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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Fanatisme religieux ?

Publié dans En France
Fanatisme religieux ?
 
Les attentats islamistes des 7 et 9 janvier avaient suscité une réaction spontanée saine, avec une parole enfin libérée d’un carcan étouffant qui empêche toute pensée libre de se déployer. Pas pour longtemps, au moins dans certains médias où s’exprime l’intelligentsia de ce pays qui ne cesse d’entretenir une culpabilité historique qui alimente la haine de soi, la détestation de tout ce que nous sommes en tant que nous le devons à un passé honni ! Ainsi, ces événements dramatiques de janvier seraient-ils la preuve du danger des religions en général et du catholicisme en particulier ! Il est bien connu que les chrétiens ne sont pas les principales victimes des persécutions modernes et, qu’au contraire, le "fanatisme" catholique, celui des affreux "intégristes", tue à tout va et menace la société autant que l’islamisme !

Peut-être pensez-vous que je me moque, mais sachez qu’il est des esprits suffisamment entichés de la haine de l’Église pour le croire vraiment.
Le Monde du 29 janvier publie une pleine page intitulée "Le fanatisme religieux monte sur scène" qui relate une pièce "d’une intelligence redoutable" de Marius von Mayenburg – Martyr – dont la trame est ainsi expliquée : "Comment un jeune homme ordinaire, “normal”, devient-il un fanatique religieux, prêt à tuer pour ses idées ?" Et tout ce qui suit est la description d’un parfait djihadiste, mais rassurez-vous, ce n’est qu’un… intégriste catholique, ouf !
Libération n’est pas en reste qui propose coup sur coup deux billets d’une rare aigreur ; le premier, signé de Luc Le Vaillant (26 janvier), affirme "que les religions sont nocives, que les monothéismes ont un souci avec la démocratie" et se déclare "religiophobe" en mettant christianisme et islam dans le même sac ; le second, de la plume d’Olivier Adam (30 janvier), se plaint de voir la religion omniprésente partout dans les médias (l’aviez-vous remarqué ?) alors qu’il s’en croyait délivré à jamais, et là il se lâche, il faut le citer, tant ce passage révèle combien est effrayante une certaine vision pervertie de la laïcité, véritable ordre athée, obligatoire et universel : "La laïcité était un principe intangible, et l’athéisme n’était pas une croyance parmi d’autres mais un idéal universel. On voulait bien admettre qu’il y avait encore quelques volontaires pour s’aveugler, on voulait bien apprendre à les tolérer, pourvu que ça reste dans le silence des églises, des synagogues et des mosquées. Que la religion demeure une occupation privée et vaguement honteuse. Un genre d’hygiène personnelle. Comme le yoga en plus sectaire. Ou les arts martiaux, en moins physique."

Est-ce là ce qui reste de "l’esprit du 11 janvier" ? Ajoutons avec Éric Conan que "l’effet Charlie a produit chez les cultureux plus de régressions que de progrès" (Marianne, 11 février) : il montre comment le monde de la culture en est arrivé à s’auto-censurer pour ne pas provoquer l’islamisme et ne pas apparaître "islamophobe" ! Un exemple significatif en est le retrait des rares salles où il passait du beau film L’Apôtre, de Cheyenne Caron, car ce film racontant la conversion d’un musulman au catholicisme serait, selon la Sécurité intérieure, une "provocation pour la communauté musulmane" ! Notre aveuglement et notre lâcheté ne donnent-ils pas raison aux terroristes islamistes et au chantage de la violence ?

Cette haine du religieux en tant que tel qui ressort ces temps-ci est inquiétante, car elle trahit une inculture abyssale de la réalité du christianisme au nom d’un aveuglement idéologique poussé à un point extrême, et elle conduit à défendre une conception de la laïcité – en réalité d’un laïcisme exacerbé – qui en devient une tyrannie matérialiste et athée qui ne peut que faire horreur aux musulmans les plus modérés soucieux d’intégration. Bref, ce laïcisme, loin d’être la solution face à l’islam comme l’affirment les sots, ne peut que pousser davantage les musulmans vers le radicalisme.

Nos laïcistes, s’ils n’étaient pas égarés par leur aversion de la religion, sauraient que les principes qui fondent nos sociétés viennent du christianisme, à commencer par la laïcité dont ils se réclament, mais aussi la liberté. Laïcité qui est distinction des pouvoirs – et non leur hostilité ou indifférence – et qui n’existe que dans la sphère civilisationnelle judéo-chrétienne ; et liberté – fondamentale mais non illimitée – qui ne se conçoit que dans une certaine vision de la dignité de la personne humaine créée à l’image de Dieu.

Quand cessera-t-on de dénigrer le passé de l’Église et de l’Europe au prétexte qu’il faudrait conserver la balance égale entre toutes les religions et toutes les civilisations ? Qu’il y eut de vilaines choses dans notre histoire est un fait indubitable, mais la grande différence est que nous seuls savons le reconnaître et en demander pardon –comme Jean-Paul II l’a admirablement fait lors du grand Jubilé de l’an 2000– et que la violence est dans le christianisme un accident, une trahison de l’Évangile unanimement reconnue pour telle. Et il faudrait cesser de nous ressortir sans discernement l’Inquisition et les Croisades, sur lesquels il y aurait certes des critiques à formuler, mais qui sont loin de la caricature qu’en font les incultes qui ne savent juger le passé qu’à travers les grilles de leur anachronisme imbécile.

La violence dans le christianisme est donc le fait du péché des hommes, comme il en existe hélas en tout temps et en tout lieu. Dans l’islam, au contraire, elle est malheureusement inhérente au Coran lui-même et à l’exemple de Mahomet qui ne fut pas seulement un fondateur de religion, mais aussi un politique et un guerrier accompli qui n’a pas hésité à éliminer ses opposants ; et l’islam ne s’est jamais répandu que par la force du glaive. Nous n’avons donc pas à avoir honte de notre histoire, et tout en reconnaissant ses zones d’ombres, nous pouvons en être fiers ! Retrouver la juste et humble fierté de ce que nous sommes serait le premier pas du renouveau…

Paru dans La Nef, mars 2015

Sortir de l'athéisme

Publié dans Au delà
Il est de plus en plus fréquent d’entendre que nous vivons dans un "monde de fous" ! Notre postmodernité se caractérise en effet par la démesure en toutes choses, ce que les Grecs nommaient l’hybris, attitude inspirée par les passions et notamment l’orgueil d’un homme qui se veut maître de tout et qui n’accepte pas d’être limité par des contraintes imposées de l’extérieur.

On en a eu un bel exemple au milieu de l’été avec ce cas d’un couple australien stérile ayant eu recours, dans le cadre d’une GPA, à une mère porteuse thaïlandaise : or celle-ci a donné naissance à des jumeaux dont un garçon trisomique ; la logique commerciale de l’opération – on "achète" 11 000 euros un bébé "parfait" – imposait d’éliminer l’intrus malade pour ne conserver que la fille "normale" ; mais la mère porteuse, ayant des principes religieux (elle est bouddhiste), a catégoriquement refusé l’avortement et entend garder et élever l’enfant trisomique ! Ainsi, cette affaire montre-t-elle l’absurdité de la GPA qui voudrait qu’on achetât un enfant comme une vulgaire chose garantie 100 %, avec retour au vendeur en cas de déficience ! Et l’on voudrait nous faire croire que cette pratique ne conduit pas à la marchandisation d’un être humain (1) !

Cette démesure est ici flagrante et beaucoup l’ont dénoncée, mais sans aller jusqu’aux principes qui la rendent possible, car y remonter entraînerait une remise en cause trop radicale que nos modernes ne sont pas (encore) prêts à entreprendre. Il y a en effet mille autres domaines où l’hybris moderne est la règle, mais peu s’en offusquent car il s’agit, avant tout, de ne pas être dérangé dans nos habitudes de consommateurs repus et notre petit confort ; on élève juste la voix quand il y a un problème comme avec cette GPA (on aura vite oublié) ou, un peu plus longuement mais sans agir vraiment, lorsque survient une crise de grande ampleur comme celle, en 2008, d’un capitalisme financier laissé sans contrôle. Pourtant, comment ne pas voir que les dérives qui conduisent à l’avilissement de l’homme, à la marchandisation de l’humain, à la destruction de la famille, ont les mêmes origines que celles qui minent le lien social, saccagent notre environnement, démembrent nos vieilles nations et leur économie ?

La cause profonde en est cette prétention à ne dépendre de rien, pas plus d’un ordre naturel que de lois que l’expérience a de tout temps validées, et surtout pas de Dieu. L’homme moderne, souverain, doit être le maître, maître du sens afin de décider lui-même du bien et du mal, et donc ce qui est permis et ce qui ne l’est pas.
À tous ces maux il existe assurément des remèdes politiques plus ou moins aisés à mettre en œuvre avec aussi des options inévitablement différentes selon les analyses. L’action politique, cependant, pour nécessaire qu’elle soit, ne suffira pas à nous sortir de l’ornière dans laquelle nous sommes tombés, car, au-delà des raisons proprement politiques de notre déréliction, il y a une cause plus profonde à l’hybris qui nous gouverne : l’athéisme généralisé de nos sociétés occidentales et d’une grande majorité de ses citoyens ! Ce n’est pas un athéisme forcément militant, revendicatif et idéologique, c’est plus souvent un athéisme pratique et irréfléchi qui permet de s’émanciper des normes morales et laisser libre cours à cette hybris mortifère. Une telle société qui ne croit en rien, qui ne se réfère à aucune transcendance, est un phénomène nouveau, extrêmement dangereux par les germes totalitaires qu’il contient. L’histoire nous confirme que lorsqu’est chassé le surnaturel, le naturel lui-même ne tient plus, les deux ordres, s’intégrant dans une même réalité, ayant besoin de s’adosser l’un sur l’autre.

Le grand chantier de nos sociétés occidentales est donc de sortir de cet athéisme qui nous tue à petit feu, en minant ce que nous sommes. À quel "programme" cela nous conduit-il ? À rien de spectaculaire ni de révolutionnaire (sinon pour nous-mêmes qui avons toujours à nous convertir en cherchant "d’abord le Royaume des Cieux et sa justice", le reste étant donné "par surcroît") : servir le bien commun, chacun selon sa vocation, pour la plupart dans leur métier, leur famille, leurs associations, pour d’autres dans des postes plus "stratégiques", dans la politique, les médias, la culture… sans prétendre tout changer du jour au lendemain, mais en étant de vrais chrétiens là où nous sommes – et cela ne pourra pas ne pas porter de fruits. Il est en particulier un secteur clé qu’il faut réinvestir : celui des idées qui passe par de multiples canaux et particulièrement ceux de la culture, car les mentalités et "l’idéologie dominante" suivent l’évolution du débat d’idées et non l’inverse.

Dans ce contexte se pose une question : quand nous nous battons pour des vérités d’ordre naturel (contre le "mariage pour tous", par exemple), faut-il se référer à la foi et à la religion ? Comme les autres, les chrétiens ont le droit et même le devoir d’être intelligents pour avancer leurs pions et d’user de pédagogie : en ce sens, il est indispensable de ne pas transformer toute action temporelle en combat religieux. Mais cette approche est forcément limitée si l’on a bien compris que le mal profond de notre société était l’athéisme : comment y remédier si l’on ne témoigne pas de notre foi ? C’est à nous qu’il importe de réintroduire Dieu comme une réalité incontournable de la vie humaine et donc aussi de la vie sociale et politique, faute de quoi le chrétien honteux de sa foi sera inévitablement appelé un jour ou l’autre à se renier… ou à subir le martyr ! Notre dessein n’est nullement de forcer les consciences en imposant un enseignement religieux, il est de convaincre rationnellement nos concitoyens de la justesse de nos positions et du bien qui en résulte pour tous, y compris pour ceux qui ne croient pas.

(1) La Manif pour tous nous invite à nous mobiliser contre la GPA en organisant une grande manifestation le 5 octobre à Paris et Bordeaux
(cf. www.lamanifpourtous.fr). 
La Nef  N°262 de septembre 2014

La dérive du foot business

Publié dans De par le monde
Sans doute une bonne partie d’entre vous, amis lecteurs, en avez assez du mondial de foot jusqu’à l’overdose que les médias nous servent chaque jour. Comment ne pas voir cette hyper médiatisation, en période de crise, comme un dérivatif aux problèmes de l’heure, un peu comme on distrayait les foules de la Rome antique avec les jeux du cirque ? Le sport a été victime de son succès : sa médiatisation l’a malheureusement conduit à obéir à la même logique que celle des médias : l’audimat et l’argent comme finalité !

C’est d’autant plus triste que le sport est une magnifique école de vie qui apprend la discipline, le sens de l’effort, la maîtrise de soi, le fair-play, l’altruisme… Cela continue sans doute d’être vrai pour nombre de jeunes qui le pratiquent en amateur dans un cadre scolaire ou universitaire, mais le sport professionnel donne de plus en plus une image opposée aux valeurs fondamentales qu’il est censé transmettre et cela fournit un exemple détestable à une jeunesse influencée par les "stars" des jeux, guère à la hauteur de leur responsabilité comme le sont celles du show-biz : souvenons-nous, par exemple, de l’attitude lamentable des footballeurs français, lors de la coupe du monde de 2010 en Afrique du Sud !

Le football est à cet égard particulièrement symptomatique de cette dérive du sport professionnel. Le capitalisme financier, qui s’impose sans guère d’obstacle sur toute la planète, en arrive à plier à ses lois la plupart des activités humaines. Il eut donc été étonnant que le football, en tant que l’un des sports les plus populaires et donc les plus médiatiques, échappe à "ce processus de vampirisation", comme l’écrit Jean-Claude Michéa (1). Il est devenu la première industrie mondiale du divertissement, brassant des sommes colossales : droits télévisés, publicités… c’est l’impératif de la rentabilité qui prédomine désormais et qui oblige au résultat : gagner est devenu une nécessité sous peine de pertes financières importantes (par exemple, arriver quatrième au lieu de troisième au championnat de Ligue 1, c’est perdre 10 millions d’euros en raison de la non-participation à une coupe d’Europe). Cela a totalement changé l’esprit de ce sport dont la dimension de plaisir et de gratuité a largement été estompée.

Mais cette logique de l’argent a aussi modifié le jeu lui-même, ainsi que Jean-Claude Michéa, en amateur éclairé, le démontre dans son merveilleux petit livre qui ravira tous les amateurs de ballon rond : la beauté du jeu offensif a laissé place à des systèmes défensifs jugés plus "réalistes", l’équipe étant désormais organisée de façon à n’encaisser aucun but et à marquer sur contre ou sur coups de pied arrêtés, offrant ainsi un spectacle le plus souvent ennuyeux – les équipes à culture offensive comme le "Barça" (Barcelone) étant devenues l’exception. Cette obligation d’efficacité, au détriment des anciennes conceptions basées sur l’attaque et le fair play, a entraîné d’autres conséquences comme le jeu dur, la simulation (pour obtenir coups francs ou penalties), sans parler du "supportérisme" parfois violent et sectaire contraire à l’esprit originel du sport ; le patriotisme a été partout tellement ridiculisé et brimé, qu’il se manifeste comme un exutoire dans le seul lieu où il est encore toléré et même encouragé par une élite "boboïsée" qui se moque bien du foot mais qui se veut ainsi près du "peuple".

Cette dérive du foot business était-elle inévitable ? Non, et c’est précisément cela qui est intéressant car la leçon dépasse le seul cadre du football. Ce sport a été gangrené par le fric parce que ses dirigeants ont cédé aux règles du libéralisme et à l’appât du gain, en permettant que les clubs deviennent des entreprises capitalistes sans limite financière susceptible de recruter à prix d’or les meilleurs joueurs du monde. Ainsi, les grands clubs sont-ils la propriété de multimilliardaires – comme Paris avec l’émir du Qatar – au lieu d’être régis par des associations à but non lucratif qui devraient dépendre des villes dont ils portent le nom ! De plus, l’arrêt Bosman, imposé en 1995 à l’UEFA (2) par la Cour de justice européenne au nom de la "non-discrimination" (célébré à l’époque comme une victoire de l’ "antiracisme"), a affranchi les clubs de l’obligation d’avoir au moins neuf joueurs sur onze de la nationalité du pays sur le terrain. Ainsi a-t-on vu dans le passé récent de grands clubs européens gagner la Ligue des Champions avec des équipes composées entièrement d’étrangers ou presque ! Ce système conduit à la marchandisation des joueurs – qui se vendent et s’achètent sur un marché comme des objets de luxe – et au 'star système' avec des vedettes qui deviennent "des “people” incontournables, fréquentant des top-modèles, posant dans les publicités et disposant de revenus aussi indécents que ceux des grands prédateurs du marché mondial "(3) ; mais cela appauvrit aussi le football local : l’Angleterre en est un bon exemple, elle dont les clubs sont parmi les plus riches et les plus prestigieux, et dont l’équipe nationale ne parvient à aucun bon résultat depuis des décennies !

Et cette dérive de l’argent ne s’arrête pas là : on le voit actuellement au Brésil, qui a investi des sommes considérables pour ériger de magnifiques stades, alors que ce pays manque d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux… À un point tel que nombre de Brésiliens, conscients de cette disproportion, boudent la "fête du foot". Un comble au pays du roi Pelé !

(1) Jean-Claude Michéa, Le plus beau but était une passe. Écrits sur le football, Climats, 2014, 150 pages, 15 e, p. 17.
(2) Union of European Football Associations.
(3) Jean-Claude Michéa, op. cit., p. 21. 

Paru dans La Nef, juillet 2014

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