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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

URL du site internet:

Médias et démocratie

Publié dans A tout un chacun
Médias et démocratie

Notre civilisation a inventé la démocratie, mais chacun perçoit bien que l’idéal du "gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" (Abraham Lincoln) est bien loin de la réalité des pays occidentaux, seule la petite Suisse pouvant prétendre à s’en approcher réellement. Sans doute y aurait-il beaucoup à dire sur les faiblesses des institutions qui nous gouvernent, et c’est là assurément un champ de réflexion pour quiconque est vraiment soucieux du bien commun. Force est néanmoins de constater qu’aucun régime des grandes puissances étrangères n’échappe à ce sentiment que la démocratie n’est plus qu’un leurre, qu’elle a été confisquée par une oligarchie mondialisée qui est la même ici et ailleurs.

Si l’on veut faire avancer cette question, il me semble donc erroné de se polariser uniquement sur l’aspect institutionnel, si important soit-il par ailleurs. En effet, dans notre monde moderne, les médias ont pris une telle importance qu’ils représentent non pas le quatrième pouvoir, comme l’on dit, mais bien le tout premier ! Certes, Internet et les réseaux ont ouvert un espace de liberté nouveau, cela permet de faire quelque peu contrepoids aux grands médias, mais sans leur ôter encore leur influence quant à la désinformation généralisée et au matraquage idéologique subis par l’immense majorité de nos contemporains. En effet, ce sont les grands médias qui contribuent à assurer le pouvoir de l’oligarchie, bien plus efficacement que la propagande totalitaire de Staline ou Goebbels. Pour le comprendre, il faut bien saisir trois niveaux distincts, le premier pouvant laisser croire au pluralisme.

1. Sur les questions politiques courantes, il existe un semblant d’équilibre entre la "droite" et la "gauche", entre l’UMP et le PS ; même si le FN a été marginalisé, ostracisé et continue à l’être plus ou moins, il n’est plus maintenant fondamentalement hors système. La gauche dispose certes d’un sérieux avantage dans les médias (80 % des journalistes de l’audioviosuel voteraient à gauche !), en raison des manipulations de l’histoire qui ont fait croire à l’équation simpliste archi fausse : droite = collaboration ; gauche = résistance ! Situation qui a conduit nos "élites" à être obsédées par la menace "fasciste" toujours et encore résurgente, alors qu’il y a eu une invraisemblable et coupable complaisance à l’égard du communisme – et maintenant du libéralisme beaucoup plus présentable. Bref, à ce niveau, il existe un minimum de pluralisme, même s’il est loin d’être satisfaisant.

2. Sur les questions politiques qui "fâchent" (l’Europe, l’euro, la souveraineté, la mondialisation, l’islam, l’immigration…), là on passe dans un "équilibre" 90-10, c’est-à-dire que les "idées officielles" représentent 90 % des temps d’antenne, de débats, de chroniques… Et les adversaires de ces "idées officielles" sont, selon les cas, ou passés sous silence, ou raillés (le plus souvent), ou parfois pris au sérieux tout en étant systématiquement minoritaires dans les débats (ça arrive, principalement grâce à la présence parmi les opposants de personnalités de gauche comme Emmanuel Todd, Jean-Pierre Chevènement, Jacques Sapir…).

3. Sur les questions éthiques qui engagent l’anthropologie, la vision de l’homme (genre, avortement, "mariage" homo, euthanasie, PMA/GPA…), là on est dans un système totalitaire 99-1 : durant la quasi-totalité du temps d’antenne, on nous sert toujours et toujours la même propagande et les adversaires de ces idées sont systématiquement ignorés, ridiculisés ou criminalisés en étant assimilés à l’extrémisme, au fascisme, aux ennemis du "progrès" (donc à l’obscurantisme), de la "démocratie", quand ils ne sont pas carrément "racistes"… Quand ils sont invités à s’exprimer, c’est toujours en posture difficile et minoritaire, sans jamais pouvoir s’expliquer réellement, ces "1 %" servant juste à justifier le pseudo "pluralisme" des médias ! Éric Zemmour – le plus souvent excellent au demeurant – est le prétexte qui permet de dire que d’autres idées ont droit de cité, mais il est quasiment seul dans son cas !

Compte tenu de l’importance primordiale prise par les grands médias, il est fondamentalement anormal qu’ils ne soient pas régulés démocratiquement et appartiennent de fait au pouvoir de l’Argent, faisant de nos démocraties de véritables ploutocraties ! Tous les grands médias appartiennent à des multinationales ayant une logique financière. Par le poids écrasant, omniprésent, insupportable de la publicité, les médias ne sont pas au service des spectateurs ou des lecteurs, mais des annonceurs.

Un tel système est fondamentalement oligarchique et antidémocratique. Il y a sûrement des solutions pour revenir à l’esprit de la démocratie. En voici une que je suggère comme on jette une bouteille à la mer. L’idée serait d’appliquer aux grands médias le dispositif du chèque scolaire. Ces derniers, conformément au principe de subsidiarité, appartiendraient à des associations de droit public – régulées par l’État mais ne lui appartenant pas – qui seraient subventionnées par le peuple via un "chèque médiatique" : autrement dit, les citoyens auraient un crédit d’impôt qu’ils seraient libres de reverser aux médias de leur choix. Ainsi, ceux-ci appartiendraient-ils aux Français et refléteraient plus ou moins ce qu’ils sont réellement (permettant au passage de réduire drastiquement la publicité), alors qu’il est évident aujourd’hui qu’il y a un décalage patent entre les classes politiques, médiatiques, financières qui nous dirigent et le peuple. N’est-ce pas un préalable pour changer la physionomie politique du pays ?…
http://www.lanef.net/ - mars 2014

Le danger des inégalités

Publié dans Au delà
Le danger des inégalités

Comme chaque année en même période, le gratin du monde économique et financier se retrouvait à Davos (Suisse), du 22 au 25 janvier. M. Moscovici était présent parmi nombre d’autres ministres étrangers, banquiers, patrons de multinationales, économistes … Cette année, signe des temps, ce Forum a été confronté à la question devenue incontournable des inégalités qui progressent de façon inquiétante dans quasiment toutes les économies du monde, et tout particulièrement dans les pays les plus développés. En Europe, près du quart de la population (24,8 % exactement) était en 2012 "au seuil de la pauvreté et de l’exclusion sociale" (1) – soit 125 millions de personnes !

À l’occasion de ce 44e Forum économique mondial de Davos, l’ONG internationale Oxfam a publié un rapport qui s’intitule "En finir avec les inégalités extrêmes" (2). Il reconnaît que les inégalités économiques sont nécessaires et inévitables, notamment pour rétribuer l’esprit d’initiative, d’innovation, bref le talent et le travail. Mais les inégalités extrêmes qui sont devenues les nôtres et qui ne cessent de s’aggraver deviennent non seulement inacceptables d’un point de vue moral, mais aussi dangereuses pour le pacte social de nos sociétés et même pour le bon fonctionnement de l’économie. Pour Oxfam, cette concentration de richesses aux mains d’un nombre toujours plus restreint de personnes s’explique notamment par la déréglementation financière et est aggravée par la crise, la fraude fiscale, les politiques d’austérité … Pour bien marquer les esprits, ce rapport cite quelques chiffres qui font frémir :
– Les 85 personnes les plus riches du monde ont un patrimoine égal aux 4 milliards d’hommes les moins riches de la planète, soit la moitié de la population mondiale.
– 1 % de la population détient la moitié de la richesse mondiale.
– Aux États-Unis, les 1 % les plus riches ont confisqué 95 % de la croissance depuis 2009, tandis que les 90 % les moins riches se sont appauvris.
– Sept personnes sur dix vivent dans un pays où l’inégalité économique a augmenté ces trente dernières années.

Le plus grave est le fait que les écarts, loin de se résorber, se creusent : alors qu’une toute petite minorité de privilégiés voit ses revenus continuer à croître, ceux de l’immense majorité de nos populations stagnent ou même baissent. La classe moyenne, en particulier, moteur de toute économie, se paupérise. Dans ce contexte, les salaires mirobolants des PDG de multinationales (ainsi que ceux du showbiz ou du sport), pouvant aller jusqu’à plusieurs dizaines de millions d’euros par an, sont d’une indécence scandaleuse. Surtout lorsque ces entreprises, pour délocaliser, licencient sans vergogne des centaines d’employés que le salaire du seul patron suffirait à payer ! Mais le pire est peut-être le fait que cela ne choque plus guère ; en tout cas, ces patrons-là, semble-t-il, vivant dans un autre monde, une autre réalité que celle du commun des mortels, n’ont guère d’état d’âme à recevoir de tels pactoles – y compris en quittant des entreprises qu’ils laissent parfois en grande difficulté – et estiment justifié que l’on puisse gagner autant quand certains de leurs salariés reçoivent mille fois moins qu’eux, autrement dit gagnent durant toute leur vie professionnelle moins que leur patron en un mois !

Le problème, aujourd’hui, est que le politique est bien mal armé pour combattre cette dérive dramatique. En effet, il s’agirait là de s’opposer à l’oligarchie financière mondiale, mais le monde politique, de droite comme de gauche, est lui-même lié à cette oligarchie ! C’est l’intérêt de l’enquête de Sophie Coignard et Romain Gubert de le montrer : dans La caste cannibale (3), les auteurs nous racontent, à travers de multiples cas particuliers (une partie de la classe politique française y passe), comment le capitalisme est devenu fou, leur principal responsable étant l’économiste américain Milton Friedman dont l’école de pensée a largement contribué à établir l’hégémonie du néo-libéralisme au sein de l’oligarchie financière mondiale. "Le capitalisme hystérique tient le bras de l’État immoral (et vice versa !), écrivent nos deux auteurs. D’un côté une pression fiscale à la limite du supportable, une docilité face aux groupes de pression qui empêchent de réduire les déficits publics. De l’autre, des gouvernements qui se couchent devant les banquiers, après avoir annoncé qu’ils allaient mettre la finance au pas… tout en subventionnant la spéculation."

On le voit, s’il nous faut absolument sortir de ce libéralisme fou, devenu hégémonique depuis la chute du communisme, qui concentre la richesse et accroît les inégalités au risque de provoquer l’explosion sociale, ce n’est pas pour nous tourner vers le socialisme dont l’impéritie n’est plus à prouver, on ne le sait que trop en France. Ne serait-il pas temps d’explorer enfin du côté de la doctrine sociale de l’Église ? C’est bien ce que le pape François a sous-entendu dans son subtil message au Forum de Davos où, citant Benoît XVI, il a insisté sur la nécessité d’avoir " “une vision transcendante de la personne”, car “sans perspective d’une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde privé de souffle” » (4).
Paru dans La Nef N° 256 février 2014 - http://www.lanef.net


(1) Chiffres Eurostat, cité par Michel Santi, Site Marianne, 6/01/2014.
(2) Rapport que l’on peut télécharger sur : www.oxfam.org/fr
(3) Sophie Coignard et Romain Gubert, La caste cannibale. Quand le capitalisme devient fou, Albin Michel, 2014, 330 pages, 20 e. Si l’analyse est quelque peu systématique, voire critiquable, la force de l’argument tient aux exemples très concrets difficilement contestables qui rendent aisée la lecture de cette enquête.
(4) Message du 17 janvier 2014, Zenit du 22 janvier 2014.

Un million le 13 janvier

Publié dans En France

Les manifestations contre le projet de "mariage" homosexuel, le 17 novembre à Paris et en province, ont rencontré un succès, il faut le dire, inattendu ! La France profonde s’est assez spontanément mobilisée contre ce projet : elle perçoit, sans doute confusément, qu’il est beaucoup plus qu’une simple réforme et qu’il relève d’une volonté prométhéenne de bouleverser un soubassement essentiel de toute société – la nécessité pour un enfant d’avoir un père et une mère ! Une telle mobilisation peut surprendre ceux pour qui le mariage, depuis longtemps, n’a plus aucun sens, sinon celui d’un simple contrat que l’on peut dénoncer aussi vite qu’on l’a signé ! Mais c’est précisément parce que cette institution est menacée de toute part, qu’il faut continuer à se mobiliser massivement pour la défendre. Car, que l’on ne s’y trompe pas, notre civilisation judéo-chrétienne repose sur la famille, qui est la cellule de base de la société – et non pas l’individu isolé, sans lien aucun ni racine –, et démanteler le mariage progressivement comme s’y attellent nos gouvernements successifs, de droite comme de gauche, lui ôter son sens profond, c’est attenter à la famille même et donc aux fondements d’une civilisation digne de ce nom. C’est bien à ce niveau qu’il faut situer l’enjeu du "mariage" homosexuel.
Ce succès, il me semble qu’on le doit aussi à nos évêques et il convient de leur rendre hommage pour leur combativité dans cette affaire : ils se sont clairement engagés contre le projet du gouvernement socialiste, beaucoup appelant à manifester le 17, nombre d’entre eux proposant, à l’instar du cardinal André Vingt-Trois, des argumentaires bien construits de nature à éclairer les esprits dubitatifs. Si tous soutiennent la grande manifestation du dimanche 13 janvier – et y participent, comme le cardinal Barbarin l’a fait à Lyon –, il devient envisageable de mettre un million de personnes dans la rue, comme pour la défense de l’école libre en 1984.
Dès lors, il est désormais possible d’empêcher cette folle résolution, qui semblait hier encore inéluctable, non pour soutenir un intérêt catégoriel – c’est précisément la faute des socialistes d’imposer la volonté d’une infime minorité au nom d’une notion dévoyée de l’égalité, comme si des situations différentes exigeaient un même traitement – mais pour défendre la justice, la dignité de la personne, l’enfant otage du désir d’adultes irresponsables, bref le bien commun.
À cet égard, il faut aussi rendre hommage à Frigide Barjot et à ses amis d’avoir pris l’initiative des manifestations du 17 novembre, pour ne pas laisser Civitas être le seul porte-drapeau des opposants. En effet, cet institut, par sa proximité affichée avec la Fraternité Saint-Pie X, n’a pas la capacité à rassembler au-delà des milieux traditionalistes. Il est donc essentiel, pour le succès d’un tel défilé – dont, ne l’oublions pas, dépend l’objectif qui est le retrait du projet de loi – que les organisateurs soient le plus consensuel possible et ne visent pas que le monde catholique.

Le mois dernier, j’insistais sur la notion de "bien", l’Église ayant en la matière une voix prophétique à faire entendre qu’elle ne peut mettre sous le boisseau – le monde attend et a besoin de ce témoignage qu’elle seule peut encore apporter. Mais il y a un temps pour tout, et celui d’aujourd’hui est au rassemblement de tous ceux, croyants ou non, de droite ou de gauche, qui veulent éviter à la France une dérive dramatique. Et cela est possible, car il y a encore assez de Français qui ont conservé un minimum de bon sens pour s’y opposer et aller le dire dans la rue. Sans doute beaucoup de ceux-là ne se réfèrent guère à la loi divine, ni même à la loi naturelle qu’ils ne connaissent pas, pas plus qu’ils n’appréhendent l’existence d’une nature humaine qui conditionne notre être profond. Tout cela est devenu inaudible par ignorance, nos contemporains ayant été "décérébrés" par un système éducatif et médiatique abrutissant. Certes, il faut inlassablement essayer de travailler en amont et convaincre les esprits de la validité de ces vérités, de leur bienfait pour l’homme, de leur nécessité pour le bon fonctionnement de la société, mais avec ce projet de loi imminent, nous sommes au pied du mur face à une mesure absurde dont beaucoup ne sont plus armés pour en percevoir la perversité. Pour l’immense majorité des jeunes, l’union homosexuelle ne pose aucun problème de principe : où le verraient-ils quand ils ont baigné dans un monde (famille, école, travail, médias, politique…) où tout leur dit que cela est normal, "naturel", bien même (voire mieux) ? Il n’y a plus guère que les chrétiens, les juifs et les musulmans qui, même s’ils sont eux aussi peu formés, ont au moins une religion pour leur enseigner que l’homosexualité ne peut être un bien – là-dessus, la Bible et le Coran sont sans appel.
À très court terme, donc, la priorité est au rassemblement non confessionnel en axant l’argumentation sur ce que tout le monde peut comprendre aisément, en commençant par le bien de l’enfant à protéger, chacun concevant facilement qu’il a besoin d’un père et d’une mère, qu’il ne peut être un simple objet de désir et que son intérêt fondamental prime celui de ces futurs "parents" adoptifs – encore une fois, l’adoption a pour but de donner des parents (un père et une mère) à un enfant qui n’en a plus, et non l’inverse.
Empêcher le "mariage" homosexuel est désormais possible. Cela dépend de chacun de nous. Soyons tous le 13 janvier à Paris et commençons dès maintenant à convaincre nos proches d’y être aussi. Nous pouvons – nous devons – être un million !

Paru dans La Nef, décembre 2012

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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