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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Le réveil des peuples

Publié dans De par le monde
Le réveil des peuples
 
Aux États-Unis, c’est la défaite d’Hillary Clinton, représentante caricaturale du système, bien plus que la victoire de Donald Trump, qui a été la bonne nouvelle. Ce rejet d’une candidate bénéficiant d’un soutien inconditionnel de 95 % des grands médias, d’un budget de campagne pharaonique et encore jamais atteints de 497,8 millions de dollars, comme si l’argent suffisait à tout acheter, y compris les votes, confirme un phénomène nouveau qui commence à se dessiner après le vote du Brexit : le réveil des peuples contre des "élites" qui ne les représentent plus.

Le mépris avec lequel ces élites ignorent ou contournent les votes populaires a commencé avec le référendum sur le traité de Maastricht, rejeté par les Danois en 1992, le traité de Nice, rejeté par les Irlandais en 2001, la constitution européenne, rejetée par les Français et les Hollandais en 2005, le traité le Lisbonne, par les Irlandais en 2008… et l’on s’étonne que les Anglais aient voulu quitter cette Europe qui se moque du vote des peuples et qui négocie dans le plus grand secret des traités commerciaux aux répercussions importantes (TAFTA et CETA) !
Ces évolutions, particulièrement nettes dans le cadre de l’Union européenne, manifestent un inquiétant délitement de la démocratie. Inquiétant à double titre. D’abord par le fait même que l’on a affaire à une élite arrogante qui croit savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour lui et donc n’hésite plus à esquiver les choix populaires pour imposer sa volonté. Ensuite parce que cette situation creuse une fracture grandissante entre l’élite et le peuple. On l’a bien vu aux États-Unis, pour l’establishment, la victoire de Trump n’était pas celle d’un opposant politique ordinaire, mais celle d’un ennemi mortel, d’un candidat diabolisé. Exactement ce que l’on observe en Europe à l’égard de dirigeants élus démocratiquement comme Viktor Orban en Hongrie ou Beata Szydlo en Pologne.

Qui n’est pas adepte de la mondialisation libérale et du nomadisme, de l’immigration et du multiculturalisme, de l’émancipation de toutes les limites, qui n’est pas féministe et inconditionnel de la lutte contre toutes les "discriminations" est criminalisé et voué aux gémonies comme "populiste". Il est amusant d’observer que nos donneurs de leçons de morale (de gauche, forcément) ne cessent de fustiger la "haine" des populistes quand eux-mêmes la pratiquent si allègrement contre ces derniers ; ce sont les mêmes qui prônent l’accueil généralisé tout en bannissant ceux qui exigent qu’il soit maîtrisé.

Plus de principes communs
Cette fracture politique croissante entre l’élite et le peuple s’illustre aussi dans les domaines économique et social avec le décrochement des classes moyennes, ce que Christophe Guilluy a décrit comme l’opposition de la "France d’en haut" qui bénéficie des effets de la mondialisation et de la "France périphérique" qui en est la victime. Cet écart croissant entre deux parties de la population est malsain ; il est de plus dangereux pour la démocratie car il exacerbe les divisions et les frustrations, il révèle enfin que l’élite n’est plus capable de se hisser au niveau du bien commun par-delà ses intérêts particuliers.
Il existe également une autre fracture, anthropologique, plus profonde encore, bien que mal perçue par une majorité de nos concitoyens : elle porte sur la vision de l’homme, son rapport avec autrui et avec la société. D’un côté l’approche dominante, volontariste, fait de l’homme un individu hors sol, citoyen du monde, libre de toute contrainte pour déterminer lui-même le bien et poursuivre son plaisir à sa guise, la responsabilité à l’égard d’autrui (conjoint ou enfants notamment) devenant secondaire. De l’autre, l’approche "classique" demeure pour l’essentiel celle d’Aristote et de saint Thomas d’Aquin qui fait de l’homme un animal politique ayant besoin d’autrui pour vivre, les droits étant la contrepartie de devoirs ; dans cette optique, la politique est le service du bien commun, lequel suppose l’existence du bien moral et exige un environnement favorisant l’épanouissement de la vertu des citoyens.

On en arrive à un stade où les divergences deviennent si béantes qu’il n’y a plus de principes communs acceptés de tous et servant de soubassement stable à la vie sociale ; chaque élection importante devient un enjeu vital susceptible de bouleverser l’équilibre de la Cité : la question se pose de savoir si la démocratie, devenue ainsi un système purement procédural sans aucun contenu moral et national, où toute notion de bien a été évacuée, est viable très longtemps ? La réponse est non ! Elle est devenue une oligarchie aux mains de l’élite dirigeante et c’est cette oligarchie qui est en train d’être remise en cause par le réveil des peuples. On ne peut donc qu’espérer que ce ne soit qu’un début, il y va de la pérennité de nos démocraties et plus fondamentalement encore de nos patries charnelles.

Paru dans www.lanef.netLa Nef, Editorial, décembre 2016

La France "d'en haut"

Publié dans En France
La France "d'en haut"
 
Lorsque nous avions publié notre enquête Faut-il se libérer du libéralisme ? (1), un lecteur nous avait reproché de nous polariser sur cette question et ainsi d’en oublier le problème, bien plus grave à ses yeux, de l’islam en France. Curieuse réaction, comme s’il n’y avait qu’un seul sujet préoccupant, comme si une société comme la nôtre ne pouvait pas être menacée de multiples façons !
J’évoque cette réaction, car la lecture du dernier essai de Christophe Guilluy, Le crépuscule de la France d’en haut (2), montre indirectement que ces deux problèmes sont liés à maints égards ; indirectement, car l’auteur aborde peu le problème de l’islam, mais il est omniprésent en filigrane, notamment à travers sa dénonciation du multiculturalisme. L’islam, en effet, ne s’est développé en France et en Europe que par l’arrivée massive d’immigrés musulmans depuis quarante ans environ ; et l’immigration, main-d’œuvre bon marché, est elle-même la conséquence d’une politique délibérée souhaitée par le patronat et rendue possible à grande échelle par la prégnance de l’idéologie libérale qui anime le grand mouvement de mondialisation qui s’est développé dans le même temps.

Que dit Christophe Guilluy ? "Le modèle mondialisé accouche d’une société banalement multiculturelle. Une société travaillée par ses tensions et ses paranoïas identitaires, ses logiques séparatistes, ses ségrégations spatiales, parfois ses émeutes ethniques, en quelque sorte une société “américaine” comme les autres. Mais pouvait-il en être autrement ? Le rouleau compresseur de la mondialisation, les abandons successifs de souveraineté et le choix de l’immigration par le grand patronat ont mis fin au modèle assimilationniste républicain."
La mondialisation accompagnée d’une idéologie de l’ "ouverture" et du sans-frontière profite à ce que Christophe Guilluy appelle "la France d’en haut", essentiellement les habitants les mieux formés des grandes métropoles, les perdants étant la "France périphérique", près de 60 % de la population qui se concentre dans le rural et les villes petites et moyennes (le périurbain). Cette "France d’en haut" qui détient tous les pouvoirs – politique, médiatique, économique – ne cesse de vanter les bienfaits de la mondialisation et de la société multiculturelle, tout en pratiquant elle-même un "grégarisme social" qui érige en fait des frontières invisibles. Ainsi est-elle protégée de cette évolution qui aligne la France sur les normes libérales et inégalitaires des sociétés anglo-saxonnes : en termes de territoires (par sa concentration dans les grandes métropoles économiquement dynamiques), de logements (phénomène de la "gentrification"), d’emplois, de scolarité…

L’imposture tient au fait que ce "grand basculement" n’est pas assumé par les élites qui occultent "l’émergence des nouvelles catégories populaires précarisées" qui forment les gros bataillons de la "France périphérique". En effet, toute contestation de cette représentation sociale d’une mondialisation "heureuse" est vite marginalisée et ostracisée en étant "réduite à la question du racisme". Ainsi, "le “populaire” se résume donc aux minorités", ce qui permet "d’évacuer la question sociale au profit d’une question ethno-culturelle" : les classes populaires "blanches" sont devenues invisibles, confortant la représentation erronée d’une société appuyée sur une classe moyenne majoritaire qui ne l’est plus en réalité, les catégories supérieures – également subtilement intégrées dans la "classe moyenne" – imposant leurs orientations comme si celles-ci bénéficiaient d’un très large consensus.

Ce qui ressort de cet essai décapant est le décalage croissant entre les élites et une large majorité de la population, hostile à la mondialisation (3) et à l’immigration sans contrôle, consciente de l’écart trop important entre les revenus (4), alors que "la classe politique surjoue les postures républicaines et égalitaires mais signe tous les traités de libre-échange, en acceptant les abandons de souveraineté". Bref, tout est fait pour accentuer ce mouvement largement rejeté par les Français, ceux qui s’y opposent étant traités de "populistes" et de "racistes", évitant ainsi tout débat de fond. Les peuples comprennent cependant de plus en plus que la défense de leur identité est le seul rempart, aussi bien contre la domination infernale de la marchandise mondialisée et du "tout marché", que contre l’islamisation de la société (5).
Sauf "conversion" soudaine de nos dirigeants ou victoire aux élections d’un candidat "populiste", ce décalage n’est pas près de se réduire, ce qui conduira, selon notre auteur, "les classes dominantes et supérieures" vers "un totalitarisme soft" pour maintenir leur pouvoir…

Paru dans La Nef, octobre 2016

(1) Chez Pierre-Guillaume de Roux en décembre 2015.
(2) Christophe Guilluy, Le crépuscule de la France d’en haut, Flammarion, 2016, 256 pages, 16 €. Ouvrage qui complète ses deux essais précédents, Fractures françaises (2010) et La France périphérique (2014).
(3) 60 % des Français considèrent la mondialisation comme "une menace" quand 62 % des cadres "y voient une opportunité".
(4) 91 % des Français, mais aussi 90 % des Chinois, 73 % des Suédois et même 65 % des Américains "sont d’accord pour dire que les différences de revenus sont trop importantes".
(5) L’enquête de l’Institut Montaigne qui montrerait "la bonne intégration de la population musulmane" est au contraire fort inquiétante : elle révèle que 28 % des musulmans en France "ont un profil autoritaire". Certains vivent en rupture avec les valeurs républicaines, plébiscitent le port du niqab ou de la burka et la polygamie. Ils semblent surreprésentés parmi les jeunes" (site du JDD du 18 sept. 2016).

Une leçon de démocratie

Publié dans Avec l'Europe
Une leçon de démocratie
 
En politique, les bonnes nouvelles sont suffisamment rares pour que nous ne boudions pas notre plaisir après le vote britannique favorable au Brexit le 23 juin dernier. Il s’agit d’un événement d’une immense portée, puisque c’est la première fois qu’un véritable coup d’arrêt est porté à la "construction européenne" qui s’élabore depuis trente ans contre les peuples du vieux continent. Certes, il y avait eu le référendum de Maastricht sur la monnaie unique en 1992 qui était passé d’extrême justesse et qui aurait dû alerter nos eurocrates ; il y a surtout eu le rejet clair et net de la Constitution européenne en 2005 (en France et aux Pays-Bas) qui aurait dû stopper la machine mais que nos politiques ont superbement méprisé et finalement ignoré.

Cette fois-ci, le résultat est incontournable et crée un précédent historique : il est possible de sortir de cette Europe-là et l’on verra que, malgré les menaces et discours catastrophistes ressassés à l’envi avec une démagogie aussi absurde qu’enfantine par les partisans du Remain, le retrait britannique ne conduira à rien de tel, il montrera au contraire, qu’à l’instar de la Suisse ou de la Norvège, il y a aujourd’hui plus d’avantages que d’inconvénients à être en-dehors de cette Union européenne, moloch bureaucratique ouvert à tous les vents qui confisque la démocratie et sape les nations.

Un avertissement assez clair
De ce vote outre-Manche, il y a des leçons à tirer que nos politiques feraient bien d’intégrer s’ils en sont encore capables, tant l’idéologie européiste les aveugle.
Dès l’origine, l’Europe s’est élaborée sur une ambiguïté. Jean Monnet était clairement fédéraliste et les pères fondateurs chrétiens – Schuman, Adenauer, De Gasperi – assez peu clairs, tandis que le général de Gaulle, arrivé au pouvoir après la création de la Communauté économique européenne (CEE) en 1957, affirmait nettement la primauté nationale contre toute évolution fédéraliste : par le "compromis de Luxembourg", il avait réussi à imposer un droit de veto qui sauvegardait la souveraineté des nations.
Mais cet acquis fut peu à peu défait par ses successeurs et l’Europe prit à nouveau une direction supranationale avec l’Acte unique (1986) et ses suites… Le problème est que jamais, et nulle part, les peuples ne furent réellement informés et consultés des orientations "fédéralistes" prises par une toute petite élite politico-bureaucratique qui savait bien mieux que le peuple ce qu’il voulait et où était son bien. Pire, les signes étaient assez évidents depuis longtemps que les peuples ne voulaient pas s’engager dans cette voie, qu’ils demeuraient attachés à une certaine souveraineté de leurs nations, mais cette "élite", aveuglée par son orgueil technocratique, n’en a tenu aucun compte, les opposants à un si beau dessein ne pouvant être que d’horribles xénophobes racistes qu’il fallait rééduquer et qui finiraient bien par comprendre qu’ils avaient tort !

L’échec de l'Europe
L’échec fondamental de l’Europe est là et le Brexit en est une conséquence. Le vice rédhibitoire de cette Europe est d’être coupée des peuples, d’agir contre leur sentiment profond et leur besoin d’enracinement, d’être foncièrement anti-démocratique, aux mains d’une classe apatride non élue et inconnue du grand public. Ajoutons à cela le monstre bureaucratique ubuesque que sont devenues les institutions bruxelloises avec leur pléthore de fonctionnaires qui se mêlent de tout et de rien, et l’on comprendra le rejet qu’inspire aujourd’hui le "projet européen" ! Lequel n’a jamais eu de dimension exaltante et transcendante, mais, en plus, il n’apporte même plus d’avantages là où il prétendait en donner : en économie, où l’austérité est devenue la règle d’or. Et pour les nations du Sud soumises au carcan de l’euro, c’est pire encore et sans espoir de solutions satisfaisantes.
Au reste, est-ce vraiment "l’Europe" qui a apporté la paix et la prospérité ? On peut penser avec Marcel Gauchet que c’est plutôt l’Europe qui s’est bâtie grâce à la paix assurée par la Guerre froide, alors que la prospérité a été générale dans le monde occidental d’après-guerre (1).

L’autre leçon du Brexit est que le scrutin s’est joué principalement sur les thèmes de l’identité et des frontières dans un contexte d’immigration massive. Or, s’il est des domaines où l’Europe ne nous protège en rien, c’est bien ceux-là : elle est, par idéologie libérale, quasiment la seule zone au monde qui applique naïvement le libre-échange et qui ne cherche pas à protéger son marché intérieur ni ses frontières de l’immigration : celle-ci est même recherchée pour combler la chute démographique du vieux continent, dont tout le monde se moque ! Ainsi, au lieu de promouvoir des politiques natalistes là où les peuples vieillissants ne font plus d’enfants, édifie-t-on une société multiculturelle à forte prédominance musulmane incompatible avec nos valeurs fondamentales et dont on prend conscience qu’elle risque de mener à la guerre civile.

Les enseignements du Brexit devraient être un enjeu majeur de la présidentielle de 2017 : si l’on veut vraiment sauver l’Europe, il faut radicalement tourner le dos à la logique fédérale actuelle et rebâtir à frais nouveaux une Europe des nations avec des structures infiniment plus légères qui associeraient enfin les peuples par référendum à toutes les grandes décisions. Et rien n’empêche de commencer dès maintenant par suivre l’exemple britannique avec un référendum dans chacun des pays de l’Union. Au lieu de cela, il est fort à craindre que Mme Merkel et M. Hollande trouveront la solution dans… "encore plus d’Europe", de celle pourtant dont les peuples ne veulent plus !
(1) Marcel Gauchet, Comprendre le malheur français, Stock, 2016, p. 162. 

Paru sur www.lanef.net, éditorial, juillet-août 2016

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