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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Un enjeu secondaire ?

Publié dans A tout un chacun
Un enjeu secondaire ?
 
Dans la situation difficile qui est la nôtre, où tant de nos concitoyens peinent pour joindre les deux bouts, où la terreur islamiste vient encore de sévir, à Berlin cette fois-ci, le gouvernement socialiste n’a rien trouvé de plus urgent que d’essayer de faire passer une loi instituant un "délit d’entrave numérique à l’IVG", alors même qu’existe déjà la loi Neiertz de 1993 visant le même but. L’opposition politique à ce projet ubuesque a été faible, tout comme a été peu dénoncé un autre projet de loi, intitulé "Égalité et citoyenneté", qui, après avoir été rejeté en seconde lecture au Sénat le 19 décembre, a dû être adopté à l’Assemblée trois jours plus tard.
Les socialistes, sachant qu’ils risquent fort d’être évincés du pouvoir en mai prochain, tentent de faire passer des lois "sociétales" en tablant sur le fait que la droite, comme à son habitude, n’y reviendra pas : ces sujets étant loin d’être accessoires, on aimerait l’entendre et connaître ses intentions ! En effet, le projet "Égalité et citoyenneté" est un véritable fourre-tout où l’on retrouve l’essentiel des revendications du gauchisme culturel : insertion de la notion de genre dans le code de procédure pénale, interdiction des agissements sexistes et de la fessée aux enfants, aggravation de la répression des comportements discriminatoires, pénalisation du négationnisme, etc.

Inflation de lois répressives
Ces deux projets sont symptomatiques d’une absurde inflation normative, la loi, de plus en plus complexe, prétendant imposer avec un arsenal répressif sans précédent le comportement "moralement correct", alors même que l’État dispose déjà d’un pouvoir outrancier en la matière, sans parler de la possibilité donnée à certaines associations de se porter partie civile au moindre "dérapage" de pensée non conforme. En matière de liberté d’opinion, le Rubicon a été franchi depuis longtemps et l’on attend d’un candidat de droite l’engagement ferme d’abolir d’un coup l’ensemble de ces lois liberticides, mesure qui aurait un impact symbolique puissant sans coûter un centime à l’État – au contraire, la cessation immédiate du soutien de toutes les associations gauchistes subventionnées permettrait même quelque économie.
La droite est mal à l’aise sur ces sujets qu’elle juge électoralement peu "porteurs" : là-dessus, les différents candidats, de François Fillon à Marine Le Pen en passant par Nicolas Dupont-Aignan, se rejoignent plus ou moins. Longtemps, la droite au gouvernement a limité son discours politique à l’économie, laissant à la gauche le monopole du pouvoir culturel. Aujourd’hui, tout le monde comprend que l’économie ne suffit plus, que les questions de souveraineté et plus encore d’identité, en lien avec l’immigration massive et la présence d’un islam de plus en plus revendicatif, sont devenues les préoccupations majeures des Français. Penser, dans ce contexte, que les questions dites de "société" sont un enjeu secondaire qui intéresse peu révèle une grave erreur de perspective, et ce pour plusieurs raisons.
D’abord parce que la déconstruction de l’anthropologie traditionnelle qui s’opère avec la théorie du genre, le "mariage pour tous", la manipulation du vivant, etc., est l’un des aspects de l’anxiété d’une population qui se sent menacée dans son existence et son identité, et que l’on prive ainsi de ses repères les plus ancestraux. Il demeure, enfoui au plus profond de chacun, un bon sens naturel qui peut assez facilement émerger à nouveau et même se traduire rapidement électoralement.

L’exemple de l’avortement
En effet - et c’est la seconde raison -, sur ces questions de société, nos politiques pensent que ne sont "populaires" que les revendications qui vont dans le sens de la déconstruction, du recul incessant des limites, de la satisfaction sans discernement de tous les désirs, bref tout ce que la gauche nomme le "Progrès". Mais, faute de fermes convictions, la droite a abdiqué sur ce terrain avant même de livrer bataille, comme si elle était au fond persuadée de la légitimité des doléances de la gauche. Mais celles-ci ne sont "populaires" qu’en proportion de l’invraisemblable propagande qui s’exerce en leur faveur, qu’en raison du déséquilibre flagrant dans les médias qui militent tous dans le même sens. Ce sont des sujets sur lesquels n’existe aucun débat, seulement et toujours le même son de cloche, ceux qui tiennent un autre discours étant bannis du système ou ridiculisés.
L’exemple de l’avortement est significatif. Alors qu’aucune parole contradictoire n’est audible, que la liberté d’expression n’existe pas dans les grands médias pour les défenseurs de la vie, on en arrive au stade où dire la vérité sur l’IVG devient un délit passible des tribunaux ! Pourtant, si les Français étaient honnêtement informés (1), beaucoup réviseraient leur position et l’opinion pourrait basculer, c’est bien ce qui inquiète tant ses partisans et c’est pourquoi leur seul recours est de verrouiller le débat.
Il y a un mouvement de fond qui se dessine marqué par un réveil des peuples et le retour à des fondamentaux plus classiques trop longtemps proscrits : ce serait une erreur stratégique de penser que les questions de société sont étrangères à ce mouvement.
Enfin, il y a une troisième raison qui est celle de l’honneur de tout responsable politique : sa vocation fondamentale est le service du bien commun, ses préoccupations ne sauraient être qu’électorales et faire fi de la vérité, même lorsque celle-ci n’est pas facile à expliquer. Et n’est-ce pas son rôle que de le faire, même à contre-courant ?

(1) Droit et prévention de l’avortement en Europe, sous la direction de Grégor Puppinck (LEH Édition, 2016, 270 pages, 20 €) est une mine remarquable qui apporte de forts arguments contre l’avortement. À lire.
Paru dans www.lanef.net, éditorial janvier 2017

Le réveil des peuples

Publié dans De par le monde
Le réveil des peuples
 
Aux États-Unis, c’est la défaite d’Hillary Clinton, représentante caricaturale du système, bien plus que la victoire de Donald Trump, qui a été la bonne nouvelle. Ce rejet d’une candidate bénéficiant d’un soutien inconditionnel de 95 % des grands médias, d’un budget de campagne pharaonique et encore jamais atteints de 497,8 millions de dollars, comme si l’argent suffisait à tout acheter, y compris les votes, confirme un phénomène nouveau qui commence à se dessiner après le vote du Brexit : le réveil des peuples contre des "élites" qui ne les représentent plus.

Le mépris avec lequel ces élites ignorent ou contournent les votes populaires a commencé avec le référendum sur le traité de Maastricht, rejeté par les Danois en 1992, le traité de Nice, rejeté par les Irlandais en 2001, la constitution européenne, rejetée par les Français et les Hollandais en 2005, le traité le Lisbonne, par les Irlandais en 2008… et l’on s’étonne que les Anglais aient voulu quitter cette Europe qui se moque du vote des peuples et qui négocie dans le plus grand secret des traités commerciaux aux répercussions importantes (TAFTA et CETA) !
Ces évolutions, particulièrement nettes dans le cadre de l’Union européenne, manifestent un inquiétant délitement de la démocratie. Inquiétant à double titre. D’abord par le fait même que l’on a affaire à une élite arrogante qui croit savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour lui et donc n’hésite plus à esquiver les choix populaires pour imposer sa volonté. Ensuite parce que cette situation creuse une fracture grandissante entre l’élite et le peuple. On l’a bien vu aux États-Unis, pour l’establishment, la victoire de Trump n’était pas celle d’un opposant politique ordinaire, mais celle d’un ennemi mortel, d’un candidat diabolisé. Exactement ce que l’on observe en Europe à l’égard de dirigeants élus démocratiquement comme Viktor Orban en Hongrie ou Beata Szydlo en Pologne.

Qui n’est pas adepte de la mondialisation libérale et du nomadisme, de l’immigration et du multiculturalisme, de l’émancipation de toutes les limites, qui n’est pas féministe et inconditionnel de la lutte contre toutes les "discriminations" est criminalisé et voué aux gémonies comme "populiste". Il est amusant d’observer que nos donneurs de leçons de morale (de gauche, forcément) ne cessent de fustiger la "haine" des populistes quand eux-mêmes la pratiquent si allègrement contre ces derniers ; ce sont les mêmes qui prônent l’accueil généralisé tout en bannissant ceux qui exigent qu’il soit maîtrisé.

Plus de principes communs
Cette fracture politique croissante entre l’élite et le peuple s’illustre aussi dans les domaines économique et social avec le décrochement des classes moyennes, ce que Christophe Guilluy a décrit comme l’opposition de la "France d’en haut" qui bénéficie des effets de la mondialisation et de la "France périphérique" qui en est la victime. Cet écart croissant entre deux parties de la population est malsain ; il est de plus dangereux pour la démocratie car il exacerbe les divisions et les frustrations, il révèle enfin que l’élite n’est plus capable de se hisser au niveau du bien commun par-delà ses intérêts particuliers.
Il existe également une autre fracture, anthropologique, plus profonde encore, bien que mal perçue par une majorité de nos concitoyens : elle porte sur la vision de l’homme, son rapport avec autrui et avec la société. D’un côté l’approche dominante, volontariste, fait de l’homme un individu hors sol, citoyen du monde, libre de toute contrainte pour déterminer lui-même le bien et poursuivre son plaisir à sa guise, la responsabilité à l’égard d’autrui (conjoint ou enfants notamment) devenant secondaire. De l’autre, l’approche "classique" demeure pour l’essentiel celle d’Aristote et de saint Thomas d’Aquin qui fait de l’homme un animal politique ayant besoin d’autrui pour vivre, les droits étant la contrepartie de devoirs ; dans cette optique, la politique est le service du bien commun, lequel suppose l’existence du bien moral et exige un environnement favorisant l’épanouissement de la vertu des citoyens.

On en arrive à un stade où les divergences deviennent si béantes qu’il n’y a plus de principes communs acceptés de tous et servant de soubassement stable à la vie sociale ; chaque élection importante devient un enjeu vital susceptible de bouleverser l’équilibre de la Cité : la question se pose de savoir si la démocratie, devenue ainsi un système purement procédural sans aucun contenu moral et national, où toute notion de bien a été évacuée, est viable très longtemps ? La réponse est non ! Elle est devenue une oligarchie aux mains de l’élite dirigeante et c’est cette oligarchie qui est en train d’être remise en cause par le réveil des peuples. On ne peut donc qu’espérer que ce ne soit qu’un début, il y va de la pérennité de nos démocraties et plus fondamentalement encore de nos patries charnelles.

Paru dans www.lanef.netLa Nef, Editorial, décembre 2016

La France "d'en haut"

Publié dans En France
La France "d'en haut"
 
Lorsque nous avions publié notre enquête Faut-il se libérer du libéralisme ? (1), un lecteur nous avait reproché de nous polariser sur cette question et ainsi d’en oublier le problème, bien plus grave à ses yeux, de l’islam en France. Curieuse réaction, comme s’il n’y avait qu’un seul sujet préoccupant, comme si une société comme la nôtre ne pouvait pas être menacée de multiples façons !
J’évoque cette réaction, car la lecture du dernier essai de Christophe Guilluy, Le crépuscule de la France d’en haut (2), montre indirectement que ces deux problèmes sont liés à maints égards ; indirectement, car l’auteur aborde peu le problème de l’islam, mais il est omniprésent en filigrane, notamment à travers sa dénonciation du multiculturalisme. L’islam, en effet, ne s’est développé en France et en Europe que par l’arrivée massive d’immigrés musulmans depuis quarante ans environ ; et l’immigration, main-d’œuvre bon marché, est elle-même la conséquence d’une politique délibérée souhaitée par le patronat et rendue possible à grande échelle par la prégnance de l’idéologie libérale qui anime le grand mouvement de mondialisation qui s’est développé dans le même temps.

Que dit Christophe Guilluy ? "Le modèle mondialisé accouche d’une société banalement multiculturelle. Une société travaillée par ses tensions et ses paranoïas identitaires, ses logiques séparatistes, ses ségrégations spatiales, parfois ses émeutes ethniques, en quelque sorte une société “américaine” comme les autres. Mais pouvait-il en être autrement ? Le rouleau compresseur de la mondialisation, les abandons successifs de souveraineté et le choix de l’immigration par le grand patronat ont mis fin au modèle assimilationniste républicain."
La mondialisation accompagnée d’une idéologie de l’ "ouverture" et du sans-frontière profite à ce que Christophe Guilluy appelle "la France d’en haut", essentiellement les habitants les mieux formés des grandes métropoles, les perdants étant la "France périphérique", près de 60 % de la population qui se concentre dans le rural et les villes petites et moyennes (le périurbain). Cette "France d’en haut" qui détient tous les pouvoirs – politique, médiatique, économique – ne cesse de vanter les bienfaits de la mondialisation et de la société multiculturelle, tout en pratiquant elle-même un "grégarisme social" qui érige en fait des frontières invisibles. Ainsi est-elle protégée de cette évolution qui aligne la France sur les normes libérales et inégalitaires des sociétés anglo-saxonnes : en termes de territoires (par sa concentration dans les grandes métropoles économiquement dynamiques), de logements (phénomène de la "gentrification"), d’emplois, de scolarité…

L’imposture tient au fait que ce "grand basculement" n’est pas assumé par les élites qui occultent "l’émergence des nouvelles catégories populaires précarisées" qui forment les gros bataillons de la "France périphérique". En effet, toute contestation de cette représentation sociale d’une mondialisation "heureuse" est vite marginalisée et ostracisée en étant "réduite à la question du racisme". Ainsi, "le “populaire” se résume donc aux minorités", ce qui permet "d’évacuer la question sociale au profit d’une question ethno-culturelle" : les classes populaires "blanches" sont devenues invisibles, confortant la représentation erronée d’une société appuyée sur une classe moyenne majoritaire qui ne l’est plus en réalité, les catégories supérieures – également subtilement intégrées dans la "classe moyenne" – imposant leurs orientations comme si celles-ci bénéficiaient d’un très large consensus.

Ce qui ressort de cet essai décapant est le décalage croissant entre les élites et une large majorité de la population, hostile à la mondialisation (3) et à l’immigration sans contrôle, consciente de l’écart trop important entre les revenus (4), alors que "la classe politique surjoue les postures républicaines et égalitaires mais signe tous les traités de libre-échange, en acceptant les abandons de souveraineté". Bref, tout est fait pour accentuer ce mouvement largement rejeté par les Français, ceux qui s’y opposent étant traités de "populistes" et de "racistes", évitant ainsi tout débat de fond. Les peuples comprennent cependant de plus en plus que la défense de leur identité est le seul rempart, aussi bien contre la domination infernale de la marchandise mondialisée et du "tout marché", que contre l’islamisation de la société (5).
Sauf "conversion" soudaine de nos dirigeants ou victoire aux élections d’un candidat "populiste", ce décalage n’est pas près de se réduire, ce qui conduira, selon notre auteur, "les classes dominantes et supérieures" vers "un totalitarisme soft" pour maintenir leur pouvoir…

Paru dans La Nef, octobre 2016

(1) Chez Pierre-Guillaume de Roux en décembre 2015.
(2) Christophe Guilluy, Le crépuscule de la France d’en haut, Flammarion, 2016, 256 pages, 16 €. Ouvrage qui complète ses deux essais précédents, Fractures françaises (2010) et La France périphérique (2014).
(3) 60 % des Français considèrent la mondialisation comme "une menace" quand 62 % des cadres "y voient une opportunité".
(4) 91 % des Français, mais aussi 90 % des Chinois, 73 % des Suédois et même 65 % des Américains "sont d’accord pour dire que les différences de revenus sont trop importantes".
(5) L’enquête de l’Institut Montaigne qui montrerait "la bonne intégration de la population musulmane" est au contraire fort inquiétante : elle révèle que 28 % des musulmans en France "ont un profil autoritaire". Certains vivent en rupture avec les valeurs républicaines, plébiscitent le port du niqab ou de la burka et la polygamie. Ils semblent surreprésentés parmi les jeunes" (site du JDD du 18 sept. 2016).

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