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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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C’était mieux avant ?

Publié dans A tout un chacun
C’était mieux avant ?
 
Dans son dernier livre, Éric Zemmour évoque avec émotion la banlieue de sa jeunesse et conclut "que oui, décidément, c’était mieux avant" (1). Pourtant, tout est fait pour nous convaincre du contraire.
Dans un essai aussi passionnant qu’intelligent, Olivier Rey montre les "efforts quotidiennement déployés pour persuader les gens de ne pas en croire leurs yeux et leurs oreilles, que leur expérience les trompe et que les experts savent mieux qu’eux à quel point tout s’améliore" (2). C’est que le mythe du Progrès n’admet aucune contradiction, Alain Finkielkraut en sait quelque chose, lui à qui on reproche tant sa nostalgie du temps passé (3). L’axiome de la modernité, dont la Science est l’idole, est simple : aujourd’hui est mieux qu’hier et moins bien que demain ! Toutes nos difficultés ne sont que des problèmes techniques que la Science finira par résoudre.
Formidable naïveté qui fait bien peu de cas de l’expérience, ou plutôt qui ferme volontairement les yeux sur la réalité. Jacques Ellul, pourtant, dans une œuvre foisonnante hélas visiblement peu connue de nos dirigeants, a montré combien le progrès technique était ambivalent et souvent porteur de maux équivalents à ceux qu’il résolvait.
 
Drogués à la technique
Et de fait, nos sociétés, par la technique, se sont complexifiées à un degré tel que nous sommes devenus totalement dépendants d’ "une gigantesque machinerie, matérielle et sociale" (O. Rey, p. 57), sans laquelle nous sommes incapables de vivre, et même de survivre – amusant paradoxe quand on songe que la modernité se caractérise par une volonté d’autonomie et d’émancipation de toute contrainte émanant de Dieu, de la nature et même de la culture (théorie du genre).
Les innovations, qui se multiplient avec la concurrence, sont censées nous faire gagner du temps ; mais plus nous en gagnons et plus nous avons de choses à faire et donc plus nous en manquons ; c’est alors une course effrénée à la consommation d’objets nouveaux pour aller toujours plus vite. Et cette vie moderne trépidante exige des besoins énergétiques croissants entraînant d’irréparables dégâts écologiques, mettant en danger certaines réserves naturelles essentielles (biodiversité, forêts, poissons…).
 
Même évolution du côté des sciences biomédicales ; leur lutte contre la maladie connaît certes de spectaculaires réussites dont on ne peut que se réjouir, mais ces chercheurs, pour la plupart, ne sont plus guidés par une morale objective appuyée sur une anthropologie stable (loi naturelle) et ils en arrivent à vouloir appliquer à l’être humain tout ce qui est techniquement réalisable, ouvrant ainsi les portes à d’inquiétantes dérives (PMA ou GPA "pour tous", par exemple) dont le transhumanisme est la conséquence logique.
 
Et pourtant, malgré ce Progrès que l’on nous vante à tout propos – comme si le progrès n’était que matériel et non pas d’abord en l’homme lui-même, en sa capacité à embrasser le Vrai, le Bien, le Beau –, nos contemporains ne paraissent pas plus heureux ; leur vie n’a plus guère de sens et ce n’est pas le matérialisme ambiant qui peut leur en donner. Beaucoup sont exclus du système gouverné par la mondialisation libérale qui rogne une à une les protections sociales ; et même du côté des "inclus", se maintenir à flot et suivre la dynamique de ce mouvement perpétuel n’est pas une mince affaire.
 
Revenir en arrière ?
Face à cette modernité qui refuse toute limite, la sagesse voudrait nous faire revenir sur certaines évolutions récentes. "Le problème, écrit fort justement Olivier Rey, est que le processus en cours a pris une ampleur si gigantesque qu’une énergie elle-même gigantesque serait nécessaire pour en inverser le cours. […] Ce type de tenaille – entre persévérer sur une voie sans issue, et s’en extraire à un coût immédiat énorme – est une situation générale. Le “développement”, en détruisant la nature, les aptitudes et les savoir-faire traditionnels, a en large partie supprimé les possibilités de vivre sans lui, et rendu de ce fait un changement d’orientation trop périlleux pour qu’on s’y résolve. Seule une sortie de route y pourvoira" (p. 63 et 71).
S’il est nécessaire de modifier nos "styles de vie" consuméristes, comme les papes nous y invitent, un bouleversement trop radical est aujourd’hui impossible, comme le souligne Olivier Rey, car changer une société aussi complexe n’est pas réalisable aisément ni rapidement. Les indispensables réformes ne peuvent être que progressives – la modernité, au reste, n’est pas à rejeter en bloc, notre monde n’étant ni pire ni meilleur que les précédents. Mais, rétorqueront certains, nous n’avons plus le temps, l’effondrement est proche (4). La vérité, c’est que l’on n’est sûr de rien, les médias ne retiennent que les scénarios les plus catastrophiques qui ne sont que… des modèles scientifiques très imparfaits. Et puis, peut-être l’effondrement est-il le seul moyen de sortir de l’hubris moderne !
(1) Éric Zemmour, Destin français, Albin Michel, 2018, p. 28.
(2) Olivier Rey, Leurre et malheur du transhumanisme, Desclée de Brouwer, 2018, p. 57.
(3) Cf. "Ce qui était mieux avant", Le Figaro du 29 août 2018.
(4) Cf. Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015 (cf. La Nef n°273 Septembre 2015, p. 22).
Paru sur
lanef.net, éditorial, octobre 2018

Séisme au Vatican !

Publié dans Du côté des élites
Affaire Vigano : séisme au Vatican !
 
La lettre de Mgr Carlo Maria Vigano, ancien nonce apostolique à Washington de 2011 à 2016, rendue publique le 26 août, est un événement sans précédent dans l’Eglise. Par sa forme – jamais un membre aussi élevé de l’administration vaticane n’était intervenu de la sorte – et plus encore par le fond : les faits rapportés sont effroyables mais d’une précision factuelle qui leur donne une réelle crédibilité, et ce d’autant plus que le signataire révèle principalement des faits dont il a été le témoin direct.

Parmi les informations importantes ici dévoilées, il y a l’existence d’une complaisance au sein de la Hiérarchie vaticane à l’égard de la tendance homosexuelle de certains ses membres et, surtout, le fait que le pape François aurait été informé dès le 23 juin 2013 par Mgr Vigano lui-même au cours d’un tête-à-tête du passé de prédateur sexuel du cardinal McCarrick (il y a chez cet homme une dimension diabolique), ancien archevêque de Washington et haute figure de l’épiscopat américain. Mgr Vigano affirme que les déviances de McCarrick ont été découvertes vers la fin des années 2000 et que Benoît XVI avait pris des sanctions restées secrètes contre lui dès 2009-2010 mais qu’elles ne furent jamais suivies d’effet. Or McCarrick, homme de grande influence, a continué à jouer un rôle important, tout particulièrement comme conseiller de François depuis son élection en 2013. Y a-t-il réellement eu des sanctions et pourquoi alors Benoît XVI n’a-t-il pas été obéi ? Et, surtout, pourquoi a-t-il fallu attendre l’été 2018 pour que François se décide enfin à sévir contre McCarrick ?

Certes, on peut toujours s’interroger sur la méthode de l’ancien nonce de dévoiler publiquement ce qu’il sait – ce qu’il justifie par le fait que toutes ses mises en garde sont demeurées sans réaction de ses supérieurs –, on peut aussi penser qu’il eût mieux fait de s’en tenir aux faits sans aller jusqu’à demander la démission du pape, mais vu l’ampleur du désastre, ces aspects deviennent secondaires, car le texte de Mgr Vigano est en effet une bombe, l’expression n’est, pour une fois, pas exagérée. Et face à de telles révélations qui secouent profondément et écœurent le peuple de Dieu, le silence ne peut être une réponse. Car de deux choses l’une. Ou Mgr Vigano n’est qu’un affabulateur qui ment effrontément et alors le minimum à attendre de l’Autorité, c’est qu’il soit dénoncé, qu’une enquête canonique rétablisse la vérité et sanctionne de façon exemplaire le menteur. Ou Mgr Vigano dit la vérité – en tout ou partie – et nous avons là une affaire explosive qui ne pourra être traitée par la politique de l’autruche ; face à une telle affaire, le souci de vérité devrait obliger à mettre sur pied rapidement une commission d’enquête pour examiner chacun des points soulevés par Mgr Vigano et produire les documents prouvant ou invalidant ses affirmations. La politique consistant à détourner l’attention du problème de fond et ne proposer pour toute réponse qu’une tentative de discréditer l’auteur de la lettre qui serait "proche des milieux intégristes" ou au centre d’un complot américain anti-François n’est pas à la hauteur des enjeux.

Face à de tels scandales qui discréditent l’Église, on attend de Rome une réaction énergique, avec des mesures exemplaires, comme le demandent nombre d’évêques américains, ce qui, hélas, ne semble pas être la priorité actuelle ! Mais cela ne peut venir que du pape lui-même et nous n’avons pas à pétitionner pour exiger ceci ou cela, et surtout pas demander la démission de François, mais au contraire à soutenir la fonction papale. Ce que nous, humble peuple de Dieu, sommes en revanche en droit d’attendre, c’est de connaître la vérité et d’espérer que justice soit faite, ne serait-ce que par respect de toutes les victimes innocentes de tant d’horreurs commises par des hommes consacrés.

Paru dans La Nef, 4 septembre 2018

Humanae vitae

Publié dans Devant l'histoire
Humanae vitae : un Magistère à défendre
 
Nous célébrerons en juillet prochain le cinquantenaire de l’un des documents pontificaux les plus mal compris : Humanae vitae (HV). Ce texte, qui prenait courageusement à contre-pied l’idéologie dominante, était en fait une initiative prophétique de Paul VI, tant la contraception allait avoir de répercussions fondamentales sur la sexualité et la famille, ce que personne, excepté le pape et quelques visionnaires comme Karol Wojtyla, n’avait entrevu.
En effet, la contraception a opéré un bouleversement sans précédent des comportements qui a radicalement changé l’approche de la sexualité : en déconnectant totalement cette dernière de la procréation, on a déconnecté du même coup sexualité et amour véritable – au sens de don de soi, d’engagement et de fidélité dans la durée (à vie) en vue de fonder une famille. La sexualité n’est plus alors la conséquence de l’amour (sa dimension unitive), elle répond désormais à l’appel du simple désir physique, fût-il passager et superficiel. Certes, il s’est toujours pratiqué une certaine distinction entre sexualité et procréation, mais cette distinction ne valait pas séparation en ce sens que la sexualité demeurait ouverte à la vie, même quand une naissance n’avait pas été souhaitée. Aujourd’hui, le lien sexualité-procréation est tellement rompu que l’avortement est là pour régler le "problème" de l’enfant non désiré après l’échec d’un moyen contraceptif.
 
Dissociation sexualité-procréation
Or, les dissociations sexualité-procréation, puis sexualité-amour ont eu pour conséquence de déresponsabiliser les personnes et de banaliser la sexualité réduite à une simple fonction de plaisir qui, dès lors, se pratique avec n’importe quel "partenaire", même inconnu, souvent utilisé comme simple objet de jouissance – cela rejoint la "culture du déchet" que combat le pape François et dont l’égoïsme est le fondement. Mais les effets sont encore plus profonds. Ces dissociations n’ont pas seulement banalisé la sexualité hors mariage entre l’homme et la femme, elles ont aussi "légitimé" toutes sortes de pratiques sexuelles d’une part, notamment entre personnes de même sexe, et la procréation "technique" par PMA ou GPA d’autre part : ainsi l’enfant, devenu objet d’un "droit" pour les adultes, se fabrique (selon des critères eugéniques) et s’achète comme une vulgaire marchandise. On peut désormais avoir un bébé sans sexualité (PMA) et sans maternité (GPA).
Tout est lié, tout s’enchaîne logiquement et c’est en cela qu’HV est un texte prophétique : l’encyclique avait mis le doigt sur l’origine de l’engrenage dans lequel nous avons été happés. L’argumentation d’HV appuyée sur la loi naturelle était juste, mais appelait assurément un développement – d’où l’apport personnaliste précieux de saint Jean-Paul II dans sa "théologie du corps" et son encyclique Veritatis splendor (VS, 1993), texte essentiel à relire pour bien comprendre les enjeux actuels d’HV.

En effet, les mêmes arguments avancés contre HV, et définitivement démontés dans VS, ont été repris par ceux qui espéraient faire évoluer la doctrine de l’Église sur les "divorcés remariés" après la publication d’Amoris laetitia. Et l’on voit poindre à nouveau ces raisonnements à l’approche de l’anniversaire de l’encyclique de Paul VI. Or, VS rappelle trois points majeurs de toute bonne théologie morale : le lien de subordination indispensable de la liberté à l’égard de la vérité ; la bonne intention ou la fin juste visée par le sujet, pas plus que les circonstances légitimes ou les conséquences bienfaisantes, ne suffisent à rendre bon un acte dont l’objet est intrinsèquement mauvais ; en conséquence, la bonne conscience – sans se soucier de savoir si elle a cherché à se former correctement – ne peut décider de façon autonome du bien et du mal, ni s’auto-satisfaire. À partir de là, Jean-Paul II montre les erreurs du "conséquentialisme" et du "proportionnalisme" qui ont resurgi récemment : "Le premier entend définir les critères de la justesse d’un agir déterminé à partir du seul calcul des conséquences prévisibles de l’exécution d’un choix. Le second, qui pondère entre eux les valeurs de ces actes et les biens poursuivis, s’intéresse plutôt à la proportion qu’il reconnaît entre leurs effets bons et leurs effets mauvais, en vue du “plus grand bien” ou du “moindre mal” réellement possibles dans une situation particulière" (VS 75).
 
Une "évolution inévitable" ?
Ceux qui, aujourd’hui, s’offusquent qu’un document comme Amoris laetitia soulève des questions parmi les chrétiens, jusque chez les cardinaux, ne se gênent guère pour contester frontalement HV ! Au regard des attaques subies par l’encyclique de Paul VI depuis 1968, les dubia de 2016 des quatre cardinaux apparaissent pourtant comme un modèle de déférence à l’égard du pape !
Mais il est surtout un type d’argument, ressassé à l’envi, auquel il ne faut pas céder : celui de "l’évolution inévitable" des mœurs qui rend la morale chrétienne inaccessible, laquelle doit donc être aménagée. Dans l’ordre moral, l’histoire montre que rien n’est jamais acquis définitivement, dans le bien comme dans le mal : il n’existe donc pas "d’évolution inévitable". Et c’est avoir un grand mépris pour nos contemporains que de les juger incapables de s’élever moralement, comme si la grâce n’était pas là pour suppléer à notre faiblesse humaine. N’existe-t-il pas des couples épanouis qui vivent sereinement selon la loi naturelle et le Magistère de l’Église ? L’erreur est de croire qu’il peut être facile d’être chrétien et qu’il suffirait pour cela de s’aligner sur les exigences du monde présent, alors que nombreux sont ceux qui attendent de l’Église une parole forte de vérité, à contre-courant des fausses facilités de la culture ambiante.

Paru sur lanef.net, éditorial de juin 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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