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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

URL du site internet:

L'euthanasie en marche

Publié dans Au delà

................... la mort le 19 mars de Chantal Sébire est un débat faussé qui ne se déroule pas à armes égales. Plus de trente ans après l'avortement, la méthode est la même, bien rodée, et fonctionne fort efficacement grâce à la complicité active ou tacite de quasiment tous les grands médias : elle joue sur l'émotion suscitée par des cas particuliers extrêmes pour faire passer une loi générale, hier en faveur de l'avortement, aujourd'hui de l'euthanasie, au nom d'une justice plus humaine, de la pitié même, laissant entendre par là que les adversaires d'une telle évolution - présentée comme inévitable - ne peuvent qu'avoir le coeur dur en étant insensibles à la souffrance et être d'indécrottables conservateurs.
Dans le cas présent, la manipulation est d'autant plus scandaleuse que la situation tragique de Madame Sébire était aggravée par le fait qu'elle avait refusé les secours de la médecine et des soins palliatifs. "Madame Sébire réclamait le droit pour son médecin de mettre fin à ses jours, car elle ne souhaitait ni se suicider ni accepter les traitements susceptibles de lui procurer un soulagement. Elle exigeait de la société (via la justice qu'elle a saisie) le droit au suicide" (1). Mais au nom de quoi la société devrait-elle assumer maintenant le suicide de ses membres au point d'y contribuer ? Ne voit-on pas le boulevard qui s'ouvre ainsi à tous les excès ? Certes, il peut être difficile d'empêcher une personne de se suicider, mais n'oublions pas que cet acte est un délit, ce qui signifie concrètement que ne pas essayer d'empêcher une personne de mettre fin à ses jours relève de non-assistance à personne en danger.
N'importe, il fallait profiter de l'émotion pour faire avancer la cause de l'euthanasie et le rouleau-compresseur médiatique n'a pas raté l'occasion. Ainsi, entend-on des sondages affirmant qu'une majorité de Français serait favorable à la légalisation de l'euthanasie, comme cela existe déjà chez certains de nos voisins (Pays-Bas et Belgique). Dans une étude publiée en mai 2005 dans Le Monde diplomatique, Suzanne Heim a montré qu'en avril 1941, le régime nazi, qui avait euthanasié en moins de deux ans quelque 70 000 pensionnaires d'établissements psychiatriques, avait obtenu "le consensus autour du meurtre des malades" : "Dans 80 % des cas, les proches sont d'accord". Il est triste de devoir citer cette comparaison avec le nazisme, mais elle montre notamment que l'avis d'une opinion facilement manipulée sur des sujets aussi sensibles n'est pas toujours le meilleur critère pour légiférer -  surtout à chaud !

L'homme n'est pas le maître de la vie et de la mort, et à chaque fois qu'il a essayé, cela s'est terminé tragiquement dans le sang. Dans une société d'hommes libres, il est nécessaire qu'il y ait des valeurs intangibles sur lesquelles se fonde la vie en commun, faute de quoi, inévitablement, la loi du plus fort finit par s'imposer. "Le fondement de ces valeurs, écrivait Jean-Paul II, ne peut se trouver dans des "majorités" d'opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d'une loi morale objective qui, en tant que "loi naturelle" inscrite dans le coeur de l'homme, est une référence normative pour la loi civile elle-même. Lorsque, à cause d'un tragique obscurcissement de la conscience collective, le scepticisme en viendrait à mettre en doute jusqu'aux principes fondamentaux de la loi morale, c'est le système démocratique qui serait ébranlé dans ses fondements, réduit à un simple mécanisme de régulation empirique d'intérêts divers et opposés" (Evangelium Vitae, n. 70). Si la volonté humaine a tout pouvoir, si rien ne s'impose à tous, au bon comme au méchant, alors rien ne protège les plus faibles contre les excès des plus forts.

Dans le cas présent, la campagne en faveur de l'euthanasie révèle également à quelle absurdité conduit une société sans repère, matérialiste et hédoniste. Alors que l'idéologie officielle ne jure que par les "droits de l'homme", jamais la notion de sa dignité n'a été autant rabaissée ! À lire les partisans de l'euthanasie, on peut sérieusement douter qu'une personne malade, handicapée, physiquement atteinte conserve toute sa dignité, si la seule solution à ces états est la mort ! Certes, il est légitime de chercher à éliminer la souffrance des grands malades - les soins palliatifs y parviennent assez bien aujourd'hui -, mais celle-ci fait partie de notre condition humaine : "Tout cela est aggravé par une culture ambiante qui ne reconnaît dans la souffrance aucune signification ni aucune valeur, la considérant au contraire comme le mal par excellence à éliminer à tout prix " (EV, n. 15), écrivait Jean-Paul II. Nous chrétiens savons que c'est notre création à l'image de Dieu qui fonde la dignité inaliénable de toute personne, fût-elle totalement handicapée, diminuée ou malade proche de la mort. Aucune vie n'est inutile, toute vie a un sens, même quand il est plus difficile à percevoir. Car il est une dimension de la vie qui est au-delà de l'utile concret, immédiatement palpable, c'est tout ce qui a trait à l'Amour, au don de soi, tout ce qui donne finalement un sens ultime à la vie et qui nous différencie de vulgaires animaux en recherche seulement de plaisirs passagers. Un Dieu d'Amour mort sur la croix nous enseigne le sens de toute souffrance, souffrance à laquelle personne ne peut échapper car personne n'échappe à la mort, précisément, que l'on ne veut plus voir aujourd'hui ! Jean-Paul II nous a donné un magnifique exemple, lui qui, ô combien ! diminué par la maladie, n'a jamais hésité, jusqu'à la fin, à tenir sa place et à se montrer tel qu'il était. En était-il moins "digne" ?
C'est bien de cela dont souffre notre société : c'est le sens même de la vie qu'elle a perdu en rejetant Dieu.


(1) Bernard Devalois et Louis Puybasset, médecin d'unité de soins palliatifs et anesthésiste, dans les pages "Débats" du Figaro du 21 mars 2008.

Islam : le nouvel ennemi n°1 ?

Publié dans De par le monde

................. le problème de l'islam a pris de telles proportions que beaucoup voient en lui le nouvel ennemi n°1, remplaçant ainsi le communisme dans ce rôle. Durant la guerre froide, le communisme était un ennemi bien réel et facilement identifiable ; c'est presque rassurant d'avoir un ennemi ainsi reconnaissable ! Aujourd'hui, est-ce le cas de l'islam, a-t-il pris le relais du communisme ? La réponse me semble négative.
Certes, l'islam est assurément un danger pour nous en raison de sa présence croissante en Europe et de son esprit conquérant qui se manifeste, pour ses membres les plus violents, par le recours au terrorisme. Il serait donc temps de cesser l'irénisme habituel en la matière et d'être conscient que l'islamisme, s'il n'est pas tout l'islam, fait partie intégrante de la réalité de l'islam. Tant qu'il n'y aura pas eu une révolution rouvrant les portes de l'itjihad - c'est-à-dire de l'interprétation du Coran - closes depuis le Xe siècle, l'islam restera une religion potentiellement violente et agressive. Cette agressivité est exacerbée par le fait que l'islam est totalement dépassé par l'Occident depuis au moins deux à trois siècles et se sent donc humilié par un adversaire qu'il pensait devoir toujours dominer en tant que dernière religion révélée. L'humiliation est également provoquée par la présence et les victoires d'Israël, considéré comme un cheval de Troie de l'Occident en terre d'islam.

Ce danger bien réel ne fait cependant pas de l'islam un ennemi par principe comme pouvait l'être le communisme avec lequel aucune collaboration n'était possible.
D'abord, parce que l'islam n'est pas "intrinsèquement pervers" (1) comme l'était le communisme. Aucun des régimes islamistes connus ne s'apparente au totalitarisme dans le sens donné à ce mot depuis les sinistres expériences communiste et nazi. Il n'est pas un matérialisme, une froide construction abstraite de la Raison, mais il repose sur une Foi en un Dieu créateur qui limite le pouvoir de l'homme. Certes, l'islam ignore la liberté religieuse et certains régimes musulmans sont gravement oppressifs pour les minorités non musulmanes. Cela n'en fait pas un totalitarisme, système caractérisé notamment par l'élimination de masse et la déportation de ses adversaires (2). À l'échelle de l'humanité, c'est un monothéisme qui peut être porteur de véritables valeurs spirituelles et, à condition d'être fort et ferme, l'histoire a montré que l'on pouvait cohabiter pacifiquement avec lui : ce qui est dramatique avec l'islam, c'est la faiblesse, car alors, son côté naturellement conquérant le pousse à dominer celui qui montre des signes d'infériorité. Autant le message de l'Église sur le communisme est totalement négatif, sans appel, autant son enseignement sur l'islam invite au dialogue dans la vérité aucun catholique ne peut ignorer là-dessus le Magistère de Vatican II, de Jean-Paul II et Benoît XVI. Première différence essentielle avec le communisme.
Seconde différence, l'islam existe depuis treize siècles et est appelé à demeurer au moins dans les pays musulmans : quoi qu'il arrive, il restera donc à l'échelle planétaire un partenaire incontournable de nos nations occidentales avec lequel il va falloir forcément cohabiter (chrétiens et musulmans représentent 40 % de la population mondiale, ils sont condamnés à s'entendre pour maintenir la paix dans le monde). Il est donc juste et nécessaire d'établir un dialogue sérieux avec lui, au moins pour manifester une connaissance et un respect mutuel minimum mais sans concession, ni irénisme ni indifférentisme. De plus, n'oublions pas que la France a des relations d'amitié anciennes avec nombre de pays musulmans et que ces amitiés sont essentielles d'un point de vue géopolitique.
Enfin, troisième point, l'islam n'est pas un danger en tant que tel, il n'est une menace que parce qu'il est fort de notre propre faiblesse, il ne faut jamais l'oublier. L'immigration massive qui est à l'origine de sa présence en Europe est d'abord de notre responsabilité, de la faute des politiques suicidaires de nos gouvernements qui ont eux-mêmes ouvert les vannes. Et puis, surtout, elle est la conséquence de notre propre déclin démographique contre lequel aucun dirigeant politique n'a jamais essayé de réagir vigoureusement, forcément, cela obligerait de renoncer à l'idéologie libertaire pour favoriser la famille stable, donc de revenir à un "ordre moral" honni plus que tout. En pareille situation démographique, toujours le trop-vide- riche - attire le trop-plein -pauvre. Plus que la force de l'islam, c'est notre propre faiblesse qu'il faut craindre, notre veulerie, notre suicide démographique. Face à cela, l'islam est un bouc émissaire un peu facile.
Et puis il y a aussi ce gigantesque décalage - il ne diminue pas, au contraire - entre pays riches et pays pauvres qui est insupportable : tant qu'il persistera, comment empêcher les plus pauvres - y compris musulmans - de rêver aux eldorados que constituent à leurs yeux nos pays dépeuplés ? La logique du matérialisme mercantile qui est celle du libéralisme mondial, responsable de la destruction des valeurs, des moeurs et du relativisme généralisé n'est pas de nature à rendre notre civilisation sympathique aux musulmans : peut-on leur en vouloir d'exécrer ce modèle de "culture de mort" ?

Certes, soyons vigilants contre l'islamisation rampante de la France et de l'Europe, mais de grâce, surtout, regardons les vrais problèmes en face.

(1) Pie XI, Divini redemptoris (1937), dont voici la citation complète : "le communisme est intrinsèquement pervers et l'on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne" (n. 58).
(2) Il y a certes le génocide arménien, mais la Turquie de l'époque ne peut raisonnablement être assimilée à un État totalitaire.

Il aura fallu moins de trois ans à la classe politique pour faire passer un nouveau traité européen reprenant l'essentiel d'un texte rejeté solennellement par référendum le 29 mai 2005 par 55 % des votants (et également rejeté aux Pays-Bas le 1er juin à 61 %). Car le traité ratifié le 7 février à l'Assemblée - après que le Parlement, réuni en Congrès à Versailles le 4 février, a voté la modification de la Constitution - est bien le même dans sa substance que le projet de constitution rejeté par les Français et les Hollandais, tous les chefs d'État européens l'ont finalement reconnu pour s'en féliciter. "La substance de la Constitution est maintenue. C'est un fait", déclare ravie Angela Merkel (1). Néanmoins, pour faire passer la pilule, nos technocrates ont essayé de donner le change en proposant un « mini-traité simplifié » qui est en réalité vingt fois plus volumineux et complexe que la défunte Constitution Giscard. Celle-ci faisait un peu moins de 200 pages - ce qui était déjà bien lourd - quand le traité de Lisbonne en fait plus de 3000 avec les annexes. Et ces 3000 pages sont totalement incompréhensibles car il s'agit d'ajouts ou de modifications d'articles de traités antérieurs. Bref, tout a été fait pour que personne ne puisse y comprendre quelque chose. "Le but du traité constitutionnel était d'être plus lisible… Le but de ce traité est d'être illisible" a reconnu le ministre belge des Affaires étrangères qui conclut cyniquement : "C'est un succès" (2).

La manoeuvre est déjà en elle-même une escroquerie lamentable de la part de politiciens qui prétendent tous ne jurer que par la "démocratie", mais le pire est l'hypocrisie avec laquelle tout cela s'est réalisé dans un silence soigneusement entretenu, comme si le peuple devait désormais être tenu à l'écart d'une affaire qui ne le concernait plus. Puisqu'il est trop stupide pour ne pas accepter ce que nos géniaux technocrates lui ont proposé, il suffit de se passer de son avis. Et Nicolas Sarkozy lui-même l'a avoué avec un cynisme qui n'a ému personne : "Pour convaincre tous nos partenaires d'accepter ce nouveau traité simplifié (sic) que nous leur proposions et qui n'était plus une Constitution, il fallait qu'en cas d'accord nous nous engagions à le faire approuver par voie parlementaire. Si cette condition n'avait pas été remplie, aucun accord n'aurait été possible" (3). Donc nul débat, silence radio, le traité a été voté dans une indifférence générale comme s'il s'agissait d'une quelconque loi secondaire sur un sujet non moins quelconque. Et les députés, dans leur immense majorité, ont voté comme un seul homme cette forfaiture, visiblement sans aucun état d'âme. Telle est la classe politique qui nous gouverne ! Une fois de plus, la Constitution a été changée pour l'adapter aux réalités européennes : quel sens peut encore avoir une Constitution qui est trafiquée bien plus fréquemment que n'importe quelle loi ? Sens d'autant plus réduit que le pouvoir est désormais bien plus à Bruxelles qu'à Paris. La Ve République n'est plus qu'une enveloppe vide.

La construction européenne a réussi cet exploit qui consiste à faire du mensonge et de la dissimulation la méthode ordinaire de gouvernement : tout cela augure bien du fonctionnement "démocratique" de l'Union européenne (UE) qui, à mesure qu'elle avance - masquée mais comme inéluctablement - vers un pur système fédéral, devient de plus en plus opaque et éloignée des peuples qu'elle gouverne. Aujourd'hui, le pouvoir, au sein de l'UE, est de plus en plus détenu par des technocrates anonymes totalement inconnus du grand public, jamais élus, sans aucune légitimité et qui n'ont de comptes à rendre à personne.

Ce système technocratique est on ne peut plus contraire au principe de subsidiarité cher à la doctrine sociale de l'Église. Cela seul devrait déjà jeter la suspicion chez les catholiques envers cette Europe-là ! car il est vrai que l'Église n'a en soi pas de parti à prendre entre une forme fédérale ou confédérale pour la construction européenne dès lors que sont saufs les principes de sa doctrine sociale. Or, les évêques qui s'expriment sur ces questions - notamment ceux de la COMECE (Commission des Conférences épiscopales de la Communauté Européenne) - le font le plus souvent sans guère se référer aux principes de la doctrine sociale de l'Église : ils sont systématiquement d'une invraisemblable indulgence envers toutes les dérives européennes, au point d'avoir affirmé que la Charte européenne des droits fondamentaux, annexée au traité de Lisbonne et donc ayant force de loi dans l'UE, ne posait aucun problème. C'est effarant que des évêques n'aient rien eu à redire à une charte en rupture complète avec le droit traditionnel de la famille (porte ouverte au "mariage" homosexuel, à l'adoption d'enfants par ces « couples », à la procréation médicalement assistée) et qui restreint en prime le domaine de protection de la vie humaine (recherche sur les embryons surnuméraires, clonage embryonnaire sont compatibles avec la charte). Heureusement, Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, a sauvé l'honneur épiscopal en publiant sur son site internet un remarquable communiqué, très net contre cette funeste charte européenne (4).


Cette Europe n'est décidément pas la nôtre (5). Méprisante des souverainetés nationales ! il n'est que de voir comment elle a favorisé la scandaleuse déclaration d'indépendance du Kosovo au mépris de la souveraineté serbe !, elle l'est également contre la famille et contre la vie. Nous ne la pleurerons pas quand elle s'écroulera comme elle le mérite.
La Nef

(1) In The Daily Telegraph du 29 juin 2007.
(2) Karel de Gucht in Flandreinfo du 23 juin 2007.
(3) Discours du 10 février, cité par Présent du 12 février 2008.
(4) www.diocese-frejus-toulon.com

(5) Pour aller plus loin, cf. l'excellent essai de Patrice André, "Mini-traité" européeen. La constitution par la force, préface de Jean Foyer, F.-X. de Guibert, 2007, 198 pages, 20 e.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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