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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

URL du site internet:

Islam : le nouvel ennemi n°1 ?

Publié dans De par le monde

................. le problème de l'islam a pris de telles proportions que beaucoup voient en lui le nouvel ennemi n°1, remplaçant ainsi le communisme dans ce rôle. Durant la guerre froide, le communisme était un ennemi bien réel et facilement identifiable ; c'est presque rassurant d'avoir un ennemi ainsi reconnaissable ! Aujourd'hui, est-ce le cas de l'islam, a-t-il pris le relais du communisme ? La réponse me semble négative.
Certes, l'islam est assurément un danger pour nous en raison de sa présence croissante en Europe et de son esprit conquérant qui se manifeste, pour ses membres les plus violents, par le recours au terrorisme. Il serait donc temps de cesser l'irénisme habituel en la matière et d'être conscient que l'islamisme, s'il n'est pas tout l'islam, fait partie intégrante de la réalité de l'islam. Tant qu'il n'y aura pas eu une révolution rouvrant les portes de l'itjihad - c'est-à-dire de l'interprétation du Coran - closes depuis le Xe siècle, l'islam restera une religion potentiellement violente et agressive. Cette agressivité est exacerbée par le fait que l'islam est totalement dépassé par l'Occident depuis au moins deux à trois siècles et se sent donc humilié par un adversaire qu'il pensait devoir toujours dominer en tant que dernière religion révélée. L'humiliation est également provoquée par la présence et les victoires d'Israël, considéré comme un cheval de Troie de l'Occident en terre d'islam.

Ce danger bien réel ne fait cependant pas de l'islam un ennemi par principe comme pouvait l'être le communisme avec lequel aucune collaboration n'était possible.
D'abord, parce que l'islam n'est pas "intrinsèquement pervers" (1) comme l'était le communisme. Aucun des régimes islamistes connus ne s'apparente au totalitarisme dans le sens donné à ce mot depuis les sinistres expériences communiste et nazi. Il n'est pas un matérialisme, une froide construction abstraite de la Raison, mais il repose sur une Foi en un Dieu créateur qui limite le pouvoir de l'homme. Certes, l'islam ignore la liberté religieuse et certains régimes musulmans sont gravement oppressifs pour les minorités non musulmanes. Cela n'en fait pas un totalitarisme, système caractérisé notamment par l'élimination de masse et la déportation de ses adversaires (2). À l'échelle de l'humanité, c'est un monothéisme qui peut être porteur de véritables valeurs spirituelles et, à condition d'être fort et ferme, l'histoire a montré que l'on pouvait cohabiter pacifiquement avec lui : ce qui est dramatique avec l'islam, c'est la faiblesse, car alors, son côté naturellement conquérant le pousse à dominer celui qui montre des signes d'infériorité. Autant le message de l'Église sur le communisme est totalement négatif, sans appel, autant son enseignement sur l'islam invite au dialogue dans la vérité aucun catholique ne peut ignorer là-dessus le Magistère de Vatican II, de Jean-Paul II et Benoît XVI. Première différence essentielle avec le communisme.
Seconde différence, l'islam existe depuis treize siècles et est appelé à demeurer au moins dans les pays musulmans : quoi qu'il arrive, il restera donc à l'échelle planétaire un partenaire incontournable de nos nations occidentales avec lequel il va falloir forcément cohabiter (chrétiens et musulmans représentent 40 % de la population mondiale, ils sont condamnés à s'entendre pour maintenir la paix dans le monde). Il est donc juste et nécessaire d'établir un dialogue sérieux avec lui, au moins pour manifester une connaissance et un respect mutuel minimum mais sans concession, ni irénisme ni indifférentisme. De plus, n'oublions pas que la France a des relations d'amitié anciennes avec nombre de pays musulmans et que ces amitiés sont essentielles d'un point de vue géopolitique.
Enfin, troisième point, l'islam n'est pas un danger en tant que tel, il n'est une menace que parce qu'il est fort de notre propre faiblesse, il ne faut jamais l'oublier. L'immigration massive qui est à l'origine de sa présence en Europe est d'abord de notre responsabilité, de la faute des politiques suicidaires de nos gouvernements qui ont eux-mêmes ouvert les vannes. Et puis, surtout, elle est la conséquence de notre propre déclin démographique contre lequel aucun dirigeant politique n'a jamais essayé de réagir vigoureusement, forcément, cela obligerait de renoncer à l'idéologie libertaire pour favoriser la famille stable, donc de revenir à un "ordre moral" honni plus que tout. En pareille situation démographique, toujours le trop-vide- riche - attire le trop-plein -pauvre. Plus que la force de l'islam, c'est notre propre faiblesse qu'il faut craindre, notre veulerie, notre suicide démographique. Face à cela, l'islam est un bouc émissaire un peu facile.
Et puis il y a aussi ce gigantesque décalage - il ne diminue pas, au contraire - entre pays riches et pays pauvres qui est insupportable : tant qu'il persistera, comment empêcher les plus pauvres - y compris musulmans - de rêver aux eldorados que constituent à leurs yeux nos pays dépeuplés ? La logique du matérialisme mercantile qui est celle du libéralisme mondial, responsable de la destruction des valeurs, des moeurs et du relativisme généralisé n'est pas de nature à rendre notre civilisation sympathique aux musulmans : peut-on leur en vouloir d'exécrer ce modèle de "culture de mort" ?

Certes, soyons vigilants contre l'islamisation rampante de la France et de l'Europe, mais de grâce, surtout, regardons les vrais problèmes en face.

(1) Pie XI, Divini redemptoris (1937), dont voici la citation complète : "le communisme est intrinsèquement pervers et l'on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne" (n. 58).
(2) Il y a certes le génocide arménien, mais la Turquie de l'époque ne peut raisonnablement être assimilée à un État totalitaire.

Il aura fallu moins de trois ans à la classe politique pour faire passer un nouveau traité européen reprenant l'essentiel d'un texte rejeté solennellement par référendum le 29 mai 2005 par 55 % des votants (et également rejeté aux Pays-Bas le 1er juin à 61 %). Car le traité ratifié le 7 février à l'Assemblée - après que le Parlement, réuni en Congrès à Versailles le 4 février, a voté la modification de la Constitution - est bien le même dans sa substance que le projet de constitution rejeté par les Français et les Hollandais, tous les chefs d'État européens l'ont finalement reconnu pour s'en féliciter. "La substance de la Constitution est maintenue. C'est un fait", déclare ravie Angela Merkel (1). Néanmoins, pour faire passer la pilule, nos technocrates ont essayé de donner le change en proposant un « mini-traité simplifié » qui est en réalité vingt fois plus volumineux et complexe que la défunte Constitution Giscard. Celle-ci faisait un peu moins de 200 pages - ce qui était déjà bien lourd - quand le traité de Lisbonne en fait plus de 3000 avec les annexes. Et ces 3000 pages sont totalement incompréhensibles car il s'agit d'ajouts ou de modifications d'articles de traités antérieurs. Bref, tout a été fait pour que personne ne puisse y comprendre quelque chose. "Le but du traité constitutionnel était d'être plus lisible… Le but de ce traité est d'être illisible" a reconnu le ministre belge des Affaires étrangères qui conclut cyniquement : "C'est un succès" (2).

La manoeuvre est déjà en elle-même une escroquerie lamentable de la part de politiciens qui prétendent tous ne jurer que par la "démocratie", mais le pire est l'hypocrisie avec laquelle tout cela s'est réalisé dans un silence soigneusement entretenu, comme si le peuple devait désormais être tenu à l'écart d'une affaire qui ne le concernait plus. Puisqu'il est trop stupide pour ne pas accepter ce que nos géniaux technocrates lui ont proposé, il suffit de se passer de son avis. Et Nicolas Sarkozy lui-même l'a avoué avec un cynisme qui n'a ému personne : "Pour convaincre tous nos partenaires d'accepter ce nouveau traité simplifié (sic) que nous leur proposions et qui n'était plus une Constitution, il fallait qu'en cas d'accord nous nous engagions à le faire approuver par voie parlementaire. Si cette condition n'avait pas été remplie, aucun accord n'aurait été possible" (3). Donc nul débat, silence radio, le traité a été voté dans une indifférence générale comme s'il s'agissait d'une quelconque loi secondaire sur un sujet non moins quelconque. Et les députés, dans leur immense majorité, ont voté comme un seul homme cette forfaiture, visiblement sans aucun état d'âme. Telle est la classe politique qui nous gouverne ! Une fois de plus, la Constitution a été changée pour l'adapter aux réalités européennes : quel sens peut encore avoir une Constitution qui est trafiquée bien plus fréquemment que n'importe quelle loi ? Sens d'autant plus réduit que le pouvoir est désormais bien plus à Bruxelles qu'à Paris. La Ve République n'est plus qu'une enveloppe vide.

La construction européenne a réussi cet exploit qui consiste à faire du mensonge et de la dissimulation la méthode ordinaire de gouvernement : tout cela augure bien du fonctionnement "démocratique" de l'Union européenne (UE) qui, à mesure qu'elle avance - masquée mais comme inéluctablement - vers un pur système fédéral, devient de plus en plus opaque et éloignée des peuples qu'elle gouverne. Aujourd'hui, le pouvoir, au sein de l'UE, est de plus en plus détenu par des technocrates anonymes totalement inconnus du grand public, jamais élus, sans aucune légitimité et qui n'ont de comptes à rendre à personne.

Ce système technocratique est on ne peut plus contraire au principe de subsidiarité cher à la doctrine sociale de l'Église. Cela seul devrait déjà jeter la suspicion chez les catholiques envers cette Europe-là ! car il est vrai que l'Église n'a en soi pas de parti à prendre entre une forme fédérale ou confédérale pour la construction européenne dès lors que sont saufs les principes de sa doctrine sociale. Or, les évêques qui s'expriment sur ces questions - notamment ceux de la COMECE (Commission des Conférences épiscopales de la Communauté Européenne) - le font le plus souvent sans guère se référer aux principes de la doctrine sociale de l'Église : ils sont systématiquement d'une invraisemblable indulgence envers toutes les dérives européennes, au point d'avoir affirmé que la Charte européenne des droits fondamentaux, annexée au traité de Lisbonne et donc ayant force de loi dans l'UE, ne posait aucun problème. C'est effarant que des évêques n'aient rien eu à redire à une charte en rupture complète avec le droit traditionnel de la famille (porte ouverte au "mariage" homosexuel, à l'adoption d'enfants par ces « couples », à la procréation médicalement assistée) et qui restreint en prime le domaine de protection de la vie humaine (recherche sur les embryons surnuméraires, clonage embryonnaire sont compatibles avec la charte). Heureusement, Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, a sauvé l'honneur épiscopal en publiant sur son site internet un remarquable communiqué, très net contre cette funeste charte européenne (4).


Cette Europe n'est décidément pas la nôtre (5). Méprisante des souverainetés nationales ! il n'est que de voir comment elle a favorisé la scandaleuse déclaration d'indépendance du Kosovo au mépris de la souveraineté serbe !, elle l'est également contre la famille et contre la vie. Nous ne la pleurerons pas quand elle s'écroulera comme elle le mérite.
La Nef

(1) In The Daily Telegraph du 29 juin 2007.
(2) Karel de Gucht in Flandreinfo du 23 juin 2007.
(3) Discours du 10 février, cité par Présent du 12 février 2008.
(4) www.diocese-frejus-toulon.com

(5) Pour aller plus loin, cf. l'excellent essai de Patrice André, "Mini-traité" européeen. La constitution par la force, préface de Jean Foyer, F.-X. de Guibert, 2007, 198 pages, 20 e.

L'avortement : le retournement ?

Publié dans A tout un chacun

Du 18 au 27 janvier, le Planning Familial a lancé en Ile-de-France, en partenariat avec le Conseil régional, une campagne publicitaire sur le thème "Sexualité, contraception, avortement : un droit, mon choix, notre liberté", campagne justifiée par le fait que "les lois sur la contraception et l'avortement relèvent aujourd'hui moins du droit que de la tolérance.
Elles ne sont pas correctement appliquées et les libertés que l'on croyait hier acquises sont de moins en moins reconnues", peut-on lire sur le site du Planning Familial. On connaît la dialectique de ces mouvements qui hurlent à la "liberté" en péril afin d'aller toujours plus loin dans la culture de mort. Il n'empêche que des signes montrent que le vent est peut-être en train de tourner. Certes, ce n'est pas le communiqué des évêques d'Ile-de-France du 22 janvier qui en est le symbole le plus probant : "Promouvoir l'avortement, c'est renoncer à nos responsabilités". Disons que ce communiqué a un grand mérite, celui d'exister et de marquer une opposition.
Mais le principal est ailleurs. De plus en plus de médecins refusent de pratiquer des avortements et le tabou sur le traumatisme qui touche les femmes qui y ont eu recours commence peu à peu à sauter. Certes, de tels témoignages, bouleversants, effrayants, ne passent pas dans les grands médias  - du moins en France -, mais ils vont inévitablement faire leur chemin, lentement mais sûrement : ils détruisent à eux seuls le mythe de l'avortement comme étant objet d'un "choix", d'une "liberté". Et puis l'on constate chez nos voisins espagnols et italiens une véritable mobilisation de l'opinion catholique, entraînée par des épiscopats qui n'hésitent plus à monter en première ligne avec pugnacité pour défendre la Vie. Deux millions de manifestants à Madrid le 30 décembre dernier défilant à l'appel de leurs évêques - avec ceux de Madrid, Tolède et Valence en tête - avec comme slogan : "Pour la famille chrétienne". Et en Italie, l'idée d'un moratoire mondial sur l'avortement a rencontré un large succès et provoqué un débat national de très grande ampleur. Il y a encore la Croatie, où les avortements ont chuté de près de 90 % depuis 1989 grâce à une politique d'éducation et de formation menée conjointement par l'État et l'Église.
Ces exemples montrent que le courant peut être renversé, que la victoire de la "culture de mort" n'a rien d'inéluctable.

En France, la quatrième Marche pour la Vie a eu lieu le 20 janvier : elle rassemble chaque année un peu plus de monde. Certes, 10 ou 20 000 personnes c'est peu en comparaison des foules madrilènes. Mais honneur aux courageux militants qui maintiennent bien seuls, dans le silence et une grande indifférence, le flambeau de la résistance publique contre la banalisation du "crime abominable" (concile Vatican II). Cette année, six évêques ont apporté leur soutien à la marche, dont le slogan était "L'avortement en tue 1 sur 4" : Mgr Aubry, Mgr Bagnard, Mgr Cattenoz, Mgr Centène, Mgr Fort et Mgr Rey. L'an prochain, ou plus tôt si l'actualité l'exige, pourquoi l'piscopat dans son ensemble ne soutiendrait-il pas une grande manifestation en faveur de la "culture de vie" avec de nombreux évêques à sa tête (rien ne vaut l'exemple) ? À force de publier des banalités sur de multiples sujets étrangers à leur vocation, nos évêques en sont arrivés à sous-estimer le poids d'une parole forte dans un domaine qui relève sans ambages de leur compétence. Pour défendre la Vie, ils pourraient, avec un peu d'organisation et d'intelligence, rassembler des foules significatives.

Car enfin, il y a un autre facteur qui joue en notre faveur, on l'oublie trop souvent : c'est la force de la vérité et de la logique. L'avortement ne peut être ni un "choix", ni un "droit" ou une "liberté", c'est un crime. Chacun comprend que l'on n'a ni le "choix", ni le "droit", ni la "liberté" de tuer son prochain. Mais ce n'est pas une personne, objectera le partisan de l'avortement. En vérité, il n'en sait rien et ne peut le prouver et c'est bien à lui et à lui seul qu'incombe la charge de la preuve. Pour que l'avortement soit moralement légitime, en effet, il ne suffit pas qu'on ne puisse pas prouver que l'enfant à naître est une personne, il faut démontrer qu'il n'en est pas une avec certitude (1). Or, la biologie montre au contraire combien le petit d'homme est déjà tout entier dans l'oeuf qui vient de se former. S'il n'est pas déjà une personne, quand le devient-il ? Aucune réponse incontestable n'a été donnée, montrant bien qu'il existe au pire un doute qui ne peut jouer qu'en faveur de la victime, l'enfant à naître, rendant ainsi l'avortement insupportable et injustifiable.

La "culture de mort" est encore toute puissante dans les médias et les institutions. Elle le devient un peu moins dans les esprits. La résistance s'organise. Ne soyons pas en France les derniers à rejoindre le mouvement qui, un jour ou l'autre, balaiera toutes ces horreurs, marques de ce temps d'indignité où l'on tue 200 000 enfants à naître chaque année …

La Nef 

(1) Henri Hude a bien développé cette argumentation dans Éthique et politique, Éditions Universitaires, 1992, p. 266-273.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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