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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Vous avez dit "Guerre" ?

Publié dans En France
Vous avez dit "Guerre" ?
 
Les massacres islamistes à Paris le 13 novembre ont monopolisé la scène médiatique si longtemps – même et surtout quand les radios et télévisions n’avaient plus aucune information nouvelle à transmettre, on aurait dit qu’il fallait néanmoins "occuper" l’antenne même pour ne rien dire ! – que l’on peut se demander s’il y a encore quoi que ce soit à ajouter. Beaucoup de choses pertinentes ont été lues ou entendues, mais noyées au milieu d’un embrouillamini de commentaires et témoignages indigents, si bien qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler quelques points essentiels au risque de n’être pas très original.

Une évidence semble désormais assez largement partagée : nous sommes en guerre !
Le 7 janvier n’avait pas suffi pour le faire comprendre, il a fallu un massacre supplémentaire pour que le Président lui-même en prenne conscience. Certes, il ne s’agit pas d’une guerre classique, armée contre armée, mais d’une guerre asymétrique contre un ennemi protéiforme et insaisissable qui est bien décidé à nous détruire. Si nous sommes en guerre, il faut en tirer les conséquences, à commencer par nommer l’ennemi (cela n’empêche pas de prier pour lui), qui n’est pas "le terrorisme" dû à quelques individus dérangés du cerveau, mais l’islamisme issu de courants musulmans reconnus qui ont pignon sur rue : salafisme, wahhabisme, Frères musulmans… Et ces islamistes ne sont pas les enfants des injustices sociales ou autres explications pseudo-marxistes d’un autre âge, ils trouvent dans l’islam radical une cause à leur mesure, ils sont rationnels, organisés et nous vouent une haine viscérale qui nous oblige à nous défendre en les éliminant !
Bien évidemment, il ne faut pas stigmatiser l’ensemble des musulmans – on aimerait toutefois un peu plus de réactions et de solidarité de leur part ! –, la majorité souffre de ces crimes abjects, mais il ne faut cependant pas se voiler la face : tous les terroristes sont des musulmans et c’est bien en tant que musulmans qu’ils nous attaquent et veulent notre mort, notre anéantissement !

Or, la peur de l’islamophobie empêche de bien comprendre cette réalité et bloque toute réflexion, tout vrai débat sur ce qu’est l’islam – de même que l’on raillait ceux qui craignaient que des terroristes se cachassent parmi les "réfugiés", cela faisait tache dans le tableau, hélas ! ce fut bien le cas. Affirmer sans cesse que "cela n’a rien à voir avec l’islam", comme on nous l’a sans cesse répété dans le passé, ou "refuser, comme l’affirme le communiqué du groupe “Concorde et Solidarité” de Lyon, les amalgames qui pourraient être faits entre terrorisme et religion musulmane", empêche les musulmans de se remettre en cause et de réfléchir sur une nouvelle et nécessaire interprétation du Coran aujourd’hui quasiment interdite. Les musulmans seuls peuvent réformer l’islam et on ne les aide pas en niant le réel : l’islamisme est bien une partie minoritaire de l’islam, même s’il n’en est évidemment pas le tout (et à voir certaines réactions, on ne peut ignorer la popularité des islamistes dans une partie du monde musulman). C’est aussi la seule façon d’aider les musulmans courageux qui acceptent de voir le mal et réfléchissent à la façon d’évacuer cette violence insupportable, présente aussi bien dans certains versets du Coran que dans la vie de Mahomet, le "bel exemple" pour tout musulman.

Face à la menace islamiste, la réaction des Français a été digne. On ne peut que se réjouir de la volonté unanimement affichée de ne pas céder à la peur et plus encore d’affirmer fièrement nos valeurs et nos modes de vie face à la barbarie de nos ennemis. Mais n’est-ce pas là que le bât blesse ? Quel est le mode de vie que nous voulons défendre ? Celui consumériste, matérialiste, hédoniste qui mène droit au nihilisme et qui n’a rien à offrir d’exaltant et d’alternatif aux futurs djihadistes de nos territoires ? Et quelles sont ces valeurs que nous plaçons si haut ? Faire des guerres injustes et absurdes derrière les États-Unis (Irak, Libye…), ignorer la pauvreté croissante, détruire toute morale en promouvant l’avortement, l’euthanasie, le "mariage" gay, la GPA-PMA, les manipulations génétiques… ? Il y a comme une incohérence chez certains chrétiens à prétendre préserver notre mode de vie quand c’est justement ce que les papes nous exhortent à remettre en cause ? La liberté et la défense de la dignité de la personne humaine, oui, ce sont là de nobles causes, mais c’est précisément ce que nous bafouons par la transgression de l’humain et la chape de plomb insupportable d’une pensée unique, alors même que le pouvoir est confisqué par l’oligarchie de l’argent !…
Si au moins ces horribles massacres pouvaient contribuer à faire bouger les lignes et permettre enfin un rapprochement international sur la Syrie entre les États-Unis, la Russie et la France. Combien de morts encore pour comprendre que Bachar El-Assad ne nous menace pas et que son alliance est nécessaire pour abattre Daech ? La France, dont la diplomatie n’a jamais été aussi inconsistante, sera-t-elle la dernière à le comprendre ?

Editorial paru sur www.lanef.net, décembre 2015

Le malheur du temps

Publié dans A tout un chacun
Le malheur du temps
 
Il est frappant, dans notre monde moderne, d’observer combien nos contemporains semblent peu heureux, peu épanouis. Peut-être pas plus qu’à n’importe quelle autre période, c’est évidemment une chose impossible à mesurer, mais ce qui en rend le sentiment si palpable aujourd’hui, c’est que nous vivons une époque qui se croit la plus heureuse, non seulement parce qu’elle a atteint un confort matériel inégalé avec un "progrès" technique époustouflant, mais surtout parce qu’elle se vante d’une liberté individuelle et d’une autonomie incomparables, au point qu’il n’existe plus rien susceptible de s’opposer à la volonté humaine, l’homme ayant en quelque sorte atteint son rêve : devenir Dieu… et donc se passer de lui !

Le cinéma et les séries télévisées, qui sont un assez bon reflet de l’esprit du temps, sont révélateurs du mal-vivre de nos contemporains. On n’y voit quasiment jamais un héros heureux en ménage qui a une famille stable, un conjoint et des enfants unis, dans 95 % des cas, on a affaire à des personnes dont le couple vacille ou vivant seules, souvent divorcées, n’envisageant les relations sexuelles que comme un plaisir passager n’engageant à rien, et n’ayant finalement qu’un grand vide en dehors de leur travail.
La raison de cette situation ? Nous voulons le beurre et l’argent du beurre, comme on dit ! Nous voulons la liberté maximum en toute chose, nous ne voulons dépendre de rien ni de personne, nous voulons "profiter" de la vie, de ses plaisirs, mais cette mentalité conduit inévitablement à un individualisme égocentré qui se sert des autres et qui est incapable de tout engagement sérieux et durable, de fidélité, d’effort, de discipline, de don de soi, de sacrifice même… nous refusons la notion même de péché qui culpabilise l’homme émancipé de toute tutelle et capable de décider par lui-même du bien et du mal. Cette mentalité ne peut mener finalement qu’à la solitude que tous les réseaux sociaux du monde ni la technique ne peuvent combler. Le malheur de la solitude est inscrit dans la mentalité moderne que l’on nous vante sans cesse, à commencer par l’insupportable et omniprésente publicité.

Quel rapport avec le synode ? Simplement ceci : tous ceux, parmi nos bons prélats, qui s’inquiètent à juste titre de la souffrance de personnes qui peuvent se sentir "exclues" de l’Église ou qui jugent sa discipline trop "sévère", parce qu’elles sont divorcées remariées ou de tendance homosexuelle, parce que Madame prend la pilule, etc., tous ces bons prélats, dis-je, cherchent en fait à corriger des effets négatifs au lieu de s’en prendre aux causes des maux dont ils s’offusquent.

Car enfin, les problèmes qui tournent autour du remariage après un divorce, de l’union de personnes homosexuelles, de la contraception… n’ont pris l’ampleur qu’on leur connaît que par l’exacerbation d’un individualisme forcené dans une société affranchie de toutes normes, au nom d’une fausse conception de la liberté, et dont l’unique but est la consommation toujours croissante, dans le contexte d’un libéralisme mondialisé qui est le vecteur idéologique incontesté de cette évolution – n’oublions pas que le but ultime de tout cela est le profit –, consommation qui inclut le sexe et la personne devenus des marchandises comme les autres. Là est le vrai problème et tant que l’on n’essaiera pas de lutter contre cette modernité libérale qui tue la dignité des personnes autant que la civilisation, la culture et finalement la religion, toutes les mesures d’adoucissement de l’enseignement traditionnel de l’Église ne seront qu’un cautère sur une jambe de bois, et l’Église engagée dans cette voie n’en fera jamais assez tant qu’elle ne se sera pas alignée sur le monde, car il y aura toujours de nouvelles revendications au nom de la souffrance, celle-ci étant inhérente à la condition humaine. L’exemple de certaines Églises protestantes qui ont tout lâché n’est vraiment pas encourageant, les adeptes du "changement" devraient y songer…
 
Dans le monde qui est le nôtre où il y a justement tant de malheur et de souffrance, l’Église a son rôle prophétique à tenir, que beaucoup attendent d’elle au demeurant, même si ce rôle reste incompris par nombre de nos contemporains, y compris en son sein et même hélas jusque parmi certains prélats. Elle est une pierre d’achoppement exactement comme le Christ l’a été en son temps, mais elle est aussi la lumière qui demeure et qui peut donner aux hommes désemparés d’aujourd’hui un chemin de conversion, seul capable de répondre aux aspirations profondes de l’homme et donc de lui faire goûter sa part de bonheur ici-bas. Il est nécessaire de mieux accueillir toute personne qui souffre et on ne peut que se réjouir si on parvient à un progrès en la matière, ne nous leurrons pas cependant : il n’a jamais été facile d’être chrétien, mais nous savons que Dieu donne ses grâces en abondance à quiconque cherche à le suivre. Et les nombreuses familles – dont on ne parle jamais –, qui vivent sereinement et dans la joie la fidélité à l’Église, sont le témoignage vivant que ce chemin de vrai bonheur n’est pas un leurre et qu’il est accessible à tous.

Paru sur www.lanef.net

Un islam de France ?

Publié dans En France
Un islam de France ?
 
Alors que l’Europe peine à gérer l’afflux massif des réfugiés venus principalement de Syrie et d’Irak – donc très majoritairement musulmans –, Pierre Manent publie opportunément en ce début octobre un essai qui est une réflexion sur la façon dont notre pays peut régler le "problème de l’islam" sur son territoire (1). Pierre Manent est un esprit puissant, l’un de nos meilleurs intellectuels, même si sa modestie ne le pousse pas à s’agiter dans les médias ; c’est dire si un tel essai, sur un sujet aussi brûlant que non résolu, pique la curiosité.

Essayons d’abord de résumer les grandes thèses de l’auteur pour les discuter ensuite.
Pierre Manent décrit ainsi la principale différence entre sociétés occidentales et musulmanes : " “pour nous”, la société est d’abord l’organisation et la garantie des droits individuels, elle est, “pour eux”, d’abord l’ensemble des mœurs qui fournissent la règle concrète de la vie bonne. […] Les sociétés européennes ont un principe de cohésion faible ; les sociétés musulmanes ont un principe de liberté faible" (p. 23). Comment, dès lors, accueillir les mœurs musulmanes sans qu’elles ne finissent par s’imposer ? La laïcité républicaine, qui s’épuise dans la protection des droits individuels de plus en plus indéterminés et illimités, n’est plus en mesure d’exiger quoi que ce soit des citoyens : elle est donc une mauvaise réponse, et ce d’autant plus qu’elle s’interdit de comprendre l’importance du phénomène religieux dans la vie des hommes.

Face à ce constat, Pierre Manent propose une "politique défensive" qui tienne compte de notre faiblesse, à savoir que la laïcité n’a pas "le pouvoir de transformer l’islam des mœurs en islam des droits individuels" (p. 68). Il faut donc, nous dit l’auteur, "faire des concessions" et "accepter franchement leurs mœurs puisque les musulmans sont nos concitoyens" (p. 69). La contrepartie de cette acceptation "des musulmans comme ils sont" est de "sanctuariser certains caractères fondamentaux de notre régime et certains traits de la physionomie de la France" (p. 71), ainsi que d’exiger d’eux "de prendre leur indépendance par rapport aux divers pays musulmans qui dépêchent les imans, financent et parfois administrent ou orientent les mosquées" (p. 135). Les restrictions à imposer aux mœurs musulmanes sont "l’interdiction de la polygamie et du voile intégral" (p. 76) ; les éléments de notre vie commune à réaffirmer concernent d’abord "la liberté complète de pensée et d’expression" (p. 76) et, ensuite, "une “forme de vie” qui n’est pas séparable du régime mais qui en est distincte, qui conditionne le régime et qui, d’une certaine façon, le dépasse" (p. 84).

Pour expliquer cette "forme de vie", Pierre Manent développe d’intéressantes considérations par où l’on voit que "l’islam n’a jamais pu abandonner la forme impériale que la chrétienté n’a jamais pu prendre durablement, trouvant en revanche sa forme dans la nation, ou dans la pluralité de nations appelée d’abord précisément “chrétienté”, puis “Europe” " (p. 88). Or, c’est dans le cadre de la nation que s’est développée une aspiration à la liberté inconnue en terre d’islam. Le problème est que nous détruisons la nation par une Europe que nous avons vidée de ses racines chrétiennes, si bien que, ne voyant plus de légitimité que dans les droits de l’homme, nous sommes incapables d’appréhender une réalité communautaire telle que l’islam. Pour surmonter ce vide et ce reniement de l’Europe, pour redonner sa juste place à la nation, Pierre Manent réserve en fin d’ouvrage ses plus belles pages pour en appeler à revenir à la notion d’ "Alliance" qui a porté notre histoire et qui suppose l’aide de Dieu mais aussi le châtiment de la démesure.

Il y a dans cet essai un souci de réflexion qu’il faut saluer, d’une réflexion qui se veut réaliste et pratique pour sortir concrètement de l’impasse dans laquelle, en France, l’islam nous mène – c’est déjà un grand signe de lucidité que d’en être conscient ! Ce que Pierre Manent propose serait sans doute un progrès par rapport à la situation de déni qui est la nôtre aujourd’hui. Mais serait-ce satisfaisant et même viable ?
Le problème, nous semble-t-il, est le fait de céder à l’islam sous couvert de compromis raisonnable, ce qui conduit au passage à accepter sur notre sol un puissant communautarisme. L’islam n’est pas qu’une religion, et sa logique fait que lui céder est une marque de faiblesse qui invite inévitablement à des surenchères sans fin jusqu’à l’asservissement des peuples devenus minoritaires. Hier il fallait éviter le porc dans les cantines publiques, maintenant il faut que la nourriture soit halal, et demain ? Le problème n’est pas de savoir sur quoi céder pour accommoder les musulmans, le problème est la nécessaire réforme de l’islam afin de le moderniser, faute de quoi toute cohabitation avec lui sera toujours problématique : et cela dépend d’abord des musulmans que nous ne pourrons aider dans cette voie qu’en affirmant à nouveau notre fondement chrétien.
(1) Pierre Manent, Situation de la France, Desclée de Brouwer, 2015, 176 pages, 15,90 €. 
www.lanef.net

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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