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GIRARD Renaud

GIRARD Renaud

Né le  
 
 




Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français
 
 
Ecole normale supérieure (Ulm)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr)

 
Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984

 
A couvert la quasi-totalité des grandes crises politiques et des conflits armés depuis trente ans.
Notamment reconnu pour sa couverture des guerres
     à Chypre, en Asie centrale, en ex-Indochine, au Maghreb et au Sahel, dans les Balkans, au Proche et au Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, dans le Caucase et en Libye.
Se rend en Afghanistan pour y couvrir la lutte contre les Soviétiques et y rencontre le commandant Ahmed Chah Massoud (années 1980).
En Somalie au moment de l'intervention militaire des États-Unis (1993).
Au Rwanda dès le début du génocide de 1994.
Coincé en Tchétchénie, traverse à pied dans la neige (avec le photographe Olivier Jobard) la chaîne du Caucase vers la Géorgie afin d'échapper à l'Armée russe (hiver 1999-2000)
Au Venezuela pour y couvrir le référendum sur la modification de la Constitution et passe plusieurs jours au contact d'Hugo Chavez, le chef d’État vénézuélien (2007)
A nouveau en Somalie puis en Égypte au Caire au moment du renversement du Président Mohamed Morsi, évènement qu'il a couvert pour Le Figaro (2013)
Se rend dans la bande de Gaza pour y couvrir le conflit entre Israël et le Hamas (2014)
En Libye, (2011, 2013 et 2015)
En République Démocratique du Congo où il rencontre Moïse Katumbi, alors gouverneur de la province du Katanga (2015)
 

Conférencier et médiateur international
Professeur de stratégie, de géostratégie et de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)
Membre du Comité de rédaction de la Revue des deux Mondes, éditorialiste à Questions Internationales
Auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales, a également développé sa propre théorie géopolitique
 
 
Ouvrages
Pourquoi ils se battent ? : Voyage dans les guerres du Moyen-Orient (2005) Prix Montyon de l'Académie française
La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah (2006)
Retour à Peshawar  (2010)
Le Monde en marche (2014)
Que reste-t-il de l'Occident ?, avec Régis Debray (2014)

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Nuages noirs sur le Pacifique

Publié dans De par le monde
Nuages noirs sur le Pacifique
 
CHRONIQUE - Provoqués par la Corée du Nord qui vient de réussir le tir d'un missile intercontinental, les États-Unis accusent la Chine d'inaction. Les relations diplomatiques s'enveniment.
 
Sans chercher à être inutilement alarmiste, a-t-on le droit d'esquisser une comparaison entre la zone du Pacifique nord au soir du vendredi 28 juillet 2017 (jour de l'essai nord-coréen réussi d'un missile intercontinental capable de frapper atomiquement les grandes villes de la côte ouest des États-Unis) et l'Europe au soir du dimanche 28 juin 1914 (jour de l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc héritier d'Autriche) ? Dans les deux cas, avons-nous affaire à un problème politique local qui va fonctionner comme un catalyseur, où les séquences actions-réactions s'accélèrent tellement que les puissances ne parviennent plus à en contrôler le cours ?
Comparaison n'est pas raison, d'autant plus qu'en un siècle les moyens physiques de la diplomatie ont fait des pas de géant : les photos satellite évitent de fantasmer sur des préparations militaires qui ne seraient pas réelles ; les ministres des Affaires étrangères de puissances rivales se parlent volontiers sur leurs téléphones portables, plusieurs fois par jour si nécessaire ; les chaînes de télévision d'information en continu alertent les opinions publiques et les parlementaires en temps réel dès que surgit un sujet de tension dans les relations internationales. Mais force est de reconnaître que le problème de la Corée du Nord est à la fois sérieux et persistant et qu'il n'a pas cessé d'empirer au cours des deux dernières décennies.
 
La course à l'arme nucléaire du gouvernement de Pyongyang, qui est un des piliers idéologiques de ce régime stalinien, ne laisse pas d'inquiéter les deux grands alliés régionaux de l'Amérique que sont la Corée du Sud et le Japon. Les Japonais, seul peuple à avoir subi le feu nucléaire dans l'Histoire des hommes, se disent qu'ils n'ont décidément pas de chance avec les bombes atomiques. Lorsqu'ils étaient bellicistes, ils en reçurent deux sur leur archipel. Maintenant qu'ils ont une Constitution pacifiste leur interdisant de détenir des armes offensives, ils voient monter le risque d'être à nouveau frappés. Le fait que ce ne soit pas par l'Amérique, mais par son ennemi numéro un, ne change rien au désagrément.
 
Le président Trump a réitéré son entier soutien envers ses alliés asiatiques face à la Corée du Nord, soulignant que les États-Unis étaient prêts à utiliser l'éventail complet de ses armes pour ce faire - expression qui inclut l'usage de l'arme nucléaire. Pour résoudre la crise, les États-Unis estiment que l'ONU ne serait d'aucune utilité et que les "pourparlers ne servent plus à rien sur ce dossier", comme l'a dit Nikki Haley, leur chef de mission permanente au Conseil de sécurité.
Les Occidentaux ont longtemps considéré qu'ils pouvaient compter sur la Chine pour résoudre ce cas de prolifération nucléaire à sa frontière. Après avoir reçu le président chinois dans sa résidence de Floride les 6 et 7 avril 2017, le président américain a cru avoir réussi à passer un deal avec son homologue : la Chine réglerait une fois pour toutes la menace nucléaire nord-coréenne, en échange de quoi l'Amérique renoncerait à adopter contre elle des mesures protectionnistes.
Il y eut, visiblement, malentendu. Le 30 juillet 2017, à 1 h 30 du matin, le président Trump exprima sa déception, par un tweet : "Je suis très déçu par la Chine. Nos dirigeants dans le passé ont commis la folie de lui faire gagner des centaines de milliards par an en commerce, et malgré cela… les Chinois ne font RIEN pour nous sur le dossier coréen, à part parler. Nous n'allons pas permettre que tout cela se poursuive. La Chine pourrait facilement régler ce problème !"
À Pékin, le ministère des Affaires étrangères a réagi en rejetant la faute sur Washington et en s'indignant que les Américains puissent lier des "problèmes qui n'ont rien à voir entre eux". Pékin accepte de considérer la menace pour la paix internationale que constituent les programmes militaires balistique et nucléaire nord-coréens. La Chine applique toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sur la question. Pékin accepte aussi de discuter avec Washington des moyens de ramener à l'équilibre les flux commerciaux entre les deux pays. Mais les Chinois refusent absolument de relier dans leur diplomatie "deux domaines aussi différents".
Il faut reconnaître que les diplomates chinois répètent à l'envi aux Occidentaux depuis plus de dix ans qu'ils n'ont aucune influence sur la Corée du Nord ; que Pyongyang n'a jamais considéré Pékin comme un grand frère ; que les Nord-Coréens exigent de parler d'égal à égal avec les Américains, sinon rien…
 
Quand, sur le dossier nord-coréen, les Chinois rejettent la faute sur l'Amérique et ses alliés, ils ont en tête ses politiques néoconservatrices passées de changements de régime par la force. Pour Pékin, le renversement de Kadhafi - qui avait pourtant renoncé à son programme nucléaire et dénoncé aux services secrets anglo-saxons les trafiquants pakistanais d'équipements proliférant - a renforcé le dictateur Kim Jong-un dans sa conviction qu'on ne pouvait pas faire confiance aux Occidentaux et qu'il fallait toujours leur opposer un rapport de force.
Les Américains ne peuvent envisager désormais de frappe préventive contre la Corée du Nord, sauf à mettre en péril la vie de centaines de milliers de civils en Corée du Sud et au Japon. Diplomatiquement, ils ne peuvent rien espérer de la Russie, à laquelle ils appliquent des sanctions sur un autre sujet. Ils ne peuvent plus rien imposer politiquement à la Chine, qui leur grignote tous les jours leur ancienne hégémonie navale sur le Pacifique. Chez lui, le président Xi Jinping est présenté comme le grand bâtisseur d'une "Muraille de Chine maritime" - dont les fortins sont ces récifs de la mer de Chine méridionale que Pékin a militarisés en violation du droit international.
Une superpuissance qui décline, une autre qui émerge, un potentat local qui dérape : voilà quand même un dangereux cocktail géopolitique qui nous rappelle quelque chose…

Paru dans Le Figaro, 1er août 2017

Le crépuscule des néoconservateurs

Publié dans De par le monde

Le crépuscule des néoconservateurs

CHRONIQUE -
Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ne veulent plus faire la guerre au nom de la démocratie aux quatre coins du monde.

Aussi curieux que cela puisse paraître, le mouvement néoconservateur - qui met la démocratie au-dessus de la paix -, né en Amérique en même temps que le reaganisme et sa lutte contre "l'Empire du Mal", a eu pour père spirituel un ancien militant trotskiste, William Kristol. Et son premier parrain politique, le sénateur Jackson, est venu du Parti démocrate. En 1996, Bill Kristol et Robert Kagan affirment, dans un article intitulé "Vers une politique étrangère néoreaganienne", que "les buts moraux et les intérêts nationaux fondamentaux de l'Amérique sont presque toujours en harmonie". Cette réapparition de la morale en politique étrangère vient détrôner la doctrine Kissinger, qui privilégiait jusque-là l'impératif de la paix, toujours fondée sur la diplomatie classique et le maintien de l'équilibre des forces.

En 1997, les néoconservateurs Bill Kristol, Richard Perle et Paul Wolfowitz créent le "Project for the New American Century", destiné à maintenir l'hégémonie américaine sur la planète en empêchant l'émergence de toute puissance rivale et à créer un nouvel ordre mondial fondé sur le consensus moral, quitte à multiplier les interventions militaires en organisant des coalitions ad hoc. C'est le retour d'un wilsonisme particulier, le "wilsonisme botté", pour reprendre la brillante formule de Pierre Hassner.
Aux côtés de ces intellectuels figurent des hommes politiques du Parti républicain comme
Donald Rumsfeld et Dick Cheney. Cette génération et ces idées seront propulsées au sommet de l'exécutif américain lorsque arrive à la Maison-Blanche, en janvier 2001, George W. Bush (qui ne partage pas les vues metternichiennes ou kissingériennes de son père). Mais elles se seront déjà manifestées dans le passage de Madeleine Albright au Département d'État, qui n'a que mépris pour le vieux système onusien interdisant l'ingérence des puissances dans les affaires intérieures des États membres. L'intervention militaire unilatérale de l'Otan au Kosovo foule-t-elle aux pieds la charte de l'Otan (purement défensive) et celle de l'ONU (qui exige un accord du Conseil de sécurité avant de lancer une guerre)? En vraie néoconservatrice qu'elle est, Madeleine Albright n'en a cure, qui souhaite faire prévaloir dans les Balkans sa conception de la justice.

Ce messianisme démocratique se retrouve dans les deux longues guerres que lancera George W. Bush. Je ne compte pas parmi elles la première guerre d'Afghanistan, qui est imposée au président américain par les attentats du 11 septembre 2001: le 7 octobre la guerre commence contre le régime des talibans, qui est chassé de Kaboul le 13 novembre. Ivres d'un succès aussi rapide, les Occidentaux qui organisent une grande conférence sur l'avenir du "Royaume de l'Insolence" à Francfort le 5 décembre 2001, promettent de reconstruire, de démocratiser et de développer l'Afghanistan. Ils confient cette tâche aux soldats de l'Otan, oubliant que le paysan afghan n'a jamais aimé croiser sur ses terres des soldats étrangers en armes. Plutôt que fonder le nouveau pouvoir sur la Loya Jirga (assemblée traditionnelle des chefs de tribu et des oulémas), on prévoit une élection du président au suffrage universel, dans un système à deux tours, qui ne fonctionnera jamais…
C'est le même messianisme démocratique qui fonde l'invasion militaire de
l'Irak de Saddam Hussein en mars 2003: les néoconservateurs siégeant autour de Bush nous expliquent qu'ils vont créer un "Grand Moyen-Orient démocratique", lequel engendrera mécaniquement la paix entre Israël et ses voisins arabes.
L'enlisement de l'Otan en Afghanistan et l'extraordinaire chaos créé en Mésopotamie par l'intervention militaire anglo-saxonne vont sonner le glas de la pensée néoconservatrice aux États-Unis. En adressant un message d'ouverture au peuple iranien et au gouvernement des mollahs deux mois après son investiture, le président Obama montre qu'il n'a strictement rien d'un néoconservateur.
Mais, entre-temps, l'école néoconservatrice américaine a fait des émules en Europe. Au Quai d'Orsay, sous les mandats Sarkozy et Hollande, le réseau des néoconservateurs est devenu si puissant et si bien organisé que leurs collègues diplomates l'appellent désormais "La Secte".

La pensée néoconservatrice, c'est-à-dire la soumission de la politique étrangère à une vision moraliste du monde, va être à l'origine de
la destruction par la France en 2011 du régime Kadhafi en Libye, et de la rupture des relations diplomatiques avec la Syrie en 2012. Notre wilsonisme botté va atteindre un sommet en 2013, lorsque la DGSE livre des armes aux "rebelles modérés" de l'Armée syrienne libre (lesquelles se retrouvent très vite aux mains d'al-Qaida, soit vendues, soit saisies), puis lorsque le président Hollande annonce qu'il va faire la guerre au régime de Bachar al-Assad, avant de renoncer à cause du lâchage des alliés britannique et américain.
Aujourd'hui, la doctrine néoconservatrice a sérieusement du plomb dans l'aile, à Washington, à Londres, à Paris. Les trois puissances occidentales capables moralement et matériellement de se battre outre-mer ne sont plus disposées à le faire que contre leur ennemi principal, c'est-à-dire contre le djihadisme islamiste, qui tue leurs enfants, dans leurs rues. Elles ne veulent plus faire la guerre au nom de la démocratie aux quatre coins du monde. Elles ont renoncé au rêve des néoconservateurs qui, sans en avoir forcément conscience, avaient renoué avec la "mission civilisatrice de la colonisation", chère à Jules Ferry. Elles veulent revenir à la diplomatie classique, qui ne soumet pas le dialogue à la vertu de l'interlocuteur. Elles veulent défendre leurs intérêts, ainsi que la paix dans le monde, à laquelle elles accordent un statut d'intérêt suprême.
Emmanuel Macron n'a pas plus d'affinités électives avec Bachar al-Assad que n'en avait François Hollande. Mais il pense, à raison, que tout processus de paix en Syrie excluant Bachar n'a aucune chance d'aboutir. Et qu'en diplomatie, il faut faire passer l'efficacité avant la leçon de morale.
Paru sur Figarovox, 17 juillet 2017

La destruction de l' E I...

Publié dans En France
"La destruction de l'EI ne changerait rien à la situation française"
 
Mossoul a été reprise cette semaine aux forces de l'État islamique. À cette occasion, Renaud Girard fait le point pour FigaroVox sur la situation des conflits en Irak, en Syrie et dans l'ensemble du Moyen-Orient et rappelle la nécessité d'un retour durable au réalisme diplomatique.
 
FIGAROVOX.- Les forces irakiennes ont repris Mossoul aux djihadistes de l'État islamique, qui contrôlait la ville depuis trois ans et en avait fait sa capitale. En Syrie, les Kurdes sont tout proches de reprendre la ville de Raqqa. Certaines sources affirment que le chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, est mort. Est-ce la fin de l'État islamique ?
Non.
Faisons un peu de chronologie. L'EI a conquis Mossoul et proclamé le Califat en 2014, mais l'EI avait été créé dès 2006. D'ailleurs, sa vraie origine remonte à la création d'Al-Qaeda en Mésopotamie en 2003, dont "État Islamique" n'a été que le nouveau nom. L'EI a existé avant la proclamation du Califat et la conquête de Mossoul, l'EI continuera d'exister après la chute de Mossoul.
Il s'agit d'une organisation résiliente et fluide. La bataille de Mossoul a été tellement longue et son issue finale tellement prévisible que Daech a eu tout le temps d'anticiper la chute de sa capitale irakienne et de prendre les dispositions qui s'imposaient pour assurer sa survie.
Comme l'analyse le Général américain David Petraeus, "sur le plan militaire, même après la chute de Mossoul, Daech restera une menace importante dans quelques fiefs secondaires comme Hawidjah et même à Bagdad, où il dispose toujours de cellules actives capables de perpétrer des attentats majeurs."
Et l'EI continuera d'autant plus à exister que les problèmes structurels qui ont permis son développement sont loin d'être réglés : marginalisation des sunnites irakiens, faiblesse de l'État central irakien, force de l'idéologie salafiste...
Quid de la mort possible d'al-Baghdadi ? Revenons un peu sur l'organigramme de l'EI. Tous les dirigeants de cette organisation sont irakiens (et non pas syriens). L'EI est une organisation irakienne, qui a profité de manière opportuniste et tardive du chaos syrien pour s'implanter en Syrie après 2011. Mais il faut savoir que l'EI est un monstre bicéphale. Al-Baghdadi, la première tête du monstre, s'occupait des affaires religieuses, de la police des mœurs et assurait une visibilité médiatique au mouvement. C'était le grand méchant. Mais, dans l'ombre, il existe une deuxième tête. Ce sont les anciens officiers de l'armée de Saddam Hussein et ce sont eux qui s'occupent des affaires militaires. Ces hommes sont avant tout des sunnites. Sous la dictature de Saddam Hussein, la laïcité du parti Baas était le meilleur moyen de défendre les intérêts de la minorité sunnite. Ils étaient donc baassistes. Aujourd'hui que le baassisme s'est effondré et que les sunnites irakiens ont perdu leur prédominance politique (qu'ils détenaient depuis le Mandat britannique en 1920 jusqu'à l'invasion américaine en 2003), c'est le djihadisme qui leur semble la meilleure idéologie pour défendre la communauté sunnite face aux chiites. Derrière le changement d'oripeaux idéologiques, il y a une continuité de leur appartenance sunnite. C'est grâce à eux que l'EI a pu avoir une efficacité militaire. Et eux, rien ne prouve qu'ils soient tous morts.
Bien sûr, la chute de Mossoul porte un rude coup à l'image de l'EI. Il est donc possible que l'EI change de nom, mais sous son nom ou sous un autre, l'EI continuera d'exister.
 
La prise de Raqqa, en plus de celle de Mossoul, serait-elle une victoire totale pour les Occidentaux ?
La prise de Raqqa, en plus de celle de Mossoul, serait en effet a priori une excellente nouvelle pour les Occidentaux. Et ce d'autant plus que l'essentiel des djihadistes occidentaux (notamment français) se trouve en Syrie (et non en Irak). Cependant, il ne s'agirait pas d'une victoire totale, pour les raisons que j'ai expliquées plus haut.
On peut envisager deux théories. La première théorie est celle qui considère que la prise de Raqqa et de Mossoul est une bonne chose. La seconde théorie est celle qui considère que, finalement, Raqqa et Mossoul, constituaient des points d'ancrage territoriaux qui permettaient de fixer les terroristes. Comme une sorte de réserve indienne qui les empêchait de se répandre partout sans contrôle. On pourrait prendre la métaphore des punaises : il vaut mieux éviter de les écraser, car alors elles répandent leurs œufs partout, qui éclosent ensuite.
Entre ces deux théories, je ne peux pas trancher. Le problème de la géopolitique et de l'histoire, c'est que (contrairement aux sciences dures) on ne peut pas refaire l'expérience. C'est-à-dire qu'on ne peut pas faire une expérience dans laquelle Mossoul ne tomberait pas pour voir ce qui se passerait.
Mais, le gouvernement irakien ne pouvait de toute façon pas accepter l'existence d'un tel micro-État terroriste sur son sol. De même, les États-Unis ne pouvaient pas accepter que leur intervention militaire de 2003 aboutisse à la création d'un sanctuaire terroriste pérenne en Irak.
Toutefois une chose est sûre : il faudra gérer l'après-Mossoul et l'après-Raqqa avec l'éventuel retour des djihadistes européens. Pour cela, il faut un renseignement de qualité. Et, une fois le renseignement obtenu, il faut intervenir avec célérité et (j'ose le dire) brutalité. Avec une seule idée en tête : la préservation de nos intérêts et de notre sécurité.
 
Les Kurdes ne risquent-ils pas, une fois l'EI vaincu en Syrie, de devenir à leur tour incontrôlables et de provoquer de nouveaux conflits ?
En ce qui concerne les Kurdes, il faut faire plusieurs remarques.
Tout d'abord, les Kurdes ont toujours été incontrôlables. Cela leur a d'ailleurs valu d'être instrumentalisés à de nombreuses reprises par le passé. Ainsi les Kurdes de Turquie ont été utilisés par la Syrie d'Hafez el-Assad (le père de Bachar) pour déstabiliser la Turquie. Durant la Guerre Irak-Iran (1980 - 1988), les Kurdes irakiens étaient soutenus par l'Iran et les Kurdes iraniens par l'Irak de Saddam Hussein.

Ensuite, les Kurdes n'auront jamais d'État. Il n'existera jamais un grand État indépendant, un Kurdistan qui regrouperait les Kurdes d'Irak, de Syrie, d'Iran et de Turquie. En 1920, le Traité de Sèvres prévoyait le démantèlement de la Turquie et la naissance d'un Kurdistan indépendant. Mais la résistance nationaliste de Mustafa Kemal rendit caduc ce projet. Aujourd'hui, la création d'un Kurdistan est impossible. D'une part, les grands acteurs régionaux (Turquie, Iran…) y sont bien sûr opposés. Et on assiste aujourd'hui à un rapprochement entre l'Iran et la Turquie (Ankara et Téhéran soutiennent tous deux par exemple le Qatar) qui ne va pas dans le sens des intérêts des Kurdes de Syrie. De même la réconciliation de 2016 entre la Turquie (qui leur est hostile) et la Russie (qui leur est favorable) ne faisait déjà pas les affaires des Kurdes syriens. Et, il faut dire quelque chose de triste ici. La résistance héroïque des Kurdes syriens face à Daech leur avait donné en 2015 une aura médiatique en Occident, tout à fait légitime. Mais, hélas, le déclin de l'EI diminue grandement leur intérêt stratégique aux yeux des Occidentaux. D'autre part, les Kurdes sont bien trop divisés entre eux. Par exemple, les Kurdes irakiens sont eux-mêmes très divisés. Ainsi, le PDK de Massoud Barzani, soutenu par la Turquie, s'oppose à l'UPK de Jalal Talabani, soutenu par l'Iran. De plus, les Kurdes irakiens de Barzani, qui contrôlent le Kurdistan irakien et sont les clients d'Erdogan, sont très opposés aux Kurdes de Turquie et de Syrie, militant au PKK et au PYD, hostiles au gouvernement turc.
Entre les intérêts turcs et les intérêts des Kurdes de Syrie, les États-Unis et la Russie vont couper la poire en deux. Ils n'accepteront pas que l'armée turque pénètre en profondeur dans la zone kurde syrienne. En contrepartie, ils ne soutiendront pas la création d'un Kurdistan indépendant et ils laisseront les Turcs agir pour que les Kurdes syriens n'aient ni accès à la mer, ni continuité territoriale entre les deux zones séparées qu'ils contrôlent aujourd'hui. On va donc assister à une pérennisation du statu quo : un Kurdistan syrien autonome mais pas indépendant, coupé en deux, sans accès à la mer, dont on n'acceptera ni qu'il s'étende (ce que souhaiteraient pourtant ses dirigeants) ni qu'il soit détruit (ce que souhaiterait pourtant la Turquie).

Enfin, il faut noter que les Kurdes syriens s'appuient sur leurs propres forces. Ils ont fait preuve d'un grand courage à la bataille de Kobané en 2015. Ils ont leurs propres intérêts et leur propre agenda. Ils ne sont les laquais de personne.
Enfin, je ne pense pas que les Kurdes syriens provoqueront de nouveaux conflits. Certes incontrôlables, ils ont toutefois deux grandes qualités. D'une part, ils sont très disciplinés, qualité que ces combattants crypto-marxistes partagent avec leur allié objectif qu'est le Hezbollah libanais. D'autre part, ils sont réalistes. Depuis 2011, les Kurdes syriens sont les alliés de Bachar el-Assad. Ainsi, dans Alep reconquise, Damas a accepté la présence politique des Kurdes. Si la Syrie retrouve un jour la paix et parvient à échapper à la partition, avec un État contrôlé par le clan el-Assad, il est certain que cet État sera cependant différent de ce qu'il était avant la Guerre civile. Il s'agira d'un État fédéral, dans lequel les Kurdes bénéficieront d'un territoire autonome. Dans une telle configuration, ni les Kurdes, ni le clan el-Assad (qui sont alliés) n'auraient intérêt à s'affronter et à replonger le pays dans la guerre.
Les rebelles hostiles à Bachar el-Assad et le clan el-Assad ont des vues différentes sur l'organisation de la société syrienne et c'est pour cela qu'ils se font la guerre. Au contraire, les Kurdes syriens et le gouvernement de Bachar el-Assad possèdent un même attachement à la laïcité (qui est une protection pour les minorités -qu'elles soient kurde, alaouite ou encore druze ou chrétienne- face à la masse des Arabes sunnites). De plus, les ambitions des Kurdes ne concernent que la région kurde et pas l'ensemble de la société syrienne. Les Kurdes peuvent très bien s'accommoder du maintien du clan el-Assad à Damas. Les prétentions des Kurdes se restreignent donc à une partie du territoire syrien, contrairement à la Rébellion qui entend chasser le clan el-Assad pour prendre sa place et réorganiser la société syrienne.
Cependant, d'un point de vue strictement humanitaire, il faudra faire attention à la tentation de la purification ethnique (arabe ou kurde) qui pourrait voir le jour dans les zones limitrophes qui sépareront la zone autonome des Kurdes de la zone arabe.
 
Quelles sont les prochaines grandes étapes pour vaincre l'EI ?
Il est possible de dessiner un programme en trois étapes.
Tout d'abord, après la chute de Mossoul, il faudra continuer d'assurer la lutte militaire contre l'EI en Syrie et en Irak. Et ce jusqu'à la totale destruction de cette organisation. Comme je l'ai dit, l'EI a eu le temps d'anticiper et de préparer la chute finale de Mossoul. L'EI est un ennemi polymorphe, fluide, opportuniste et mouvant. Il va revenir à une tactique de guérilla désertique.
Ensuite, pour parvenir à la destruction totale de l'EI et à l'extirpation du mal, il faudra associer les populations locales (notamment les tribus sunnites) à la lutte contre l'EI.
Enfin, détruire les branches de l'EI qui existent dans d'autres régions du monde. Notamment au Sahel, en Somalie, en Afghanistan et au sud des Philippines. Là aussi, il faudra s'appuyer partout sur des acteurs locaux. Par exemple, les Touaregs dans le Sahel.
 
La coalition internationale contre Daech en Irak et en Syrie réunit plus de soixante États. Qui en sont les principaux acteurs ? Quelle est la place de la France dans cette coalition ?
Les principaux acteurs de la Coalition internationale contre Daech sont les États-Unis (fer de lance de cette coalition), la France, le Royaume-Uni, l'Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis (vraie puissance militaire montante du Golfe), la Jordanie (un pilote jordanien avait été ainsi capturé et brûlé vif par Daech en 2015).
La France participe à la coalition à hauteur de 1200 hommes. Elle contribue à la campagne aérienne, à des missions de renseignement et à la formation des militaires irakiens et des Kurdes peshmergas. Elle fournit un appui notable à l'armée irakienne dans le domaine de l'artillerie.

Trois remarques sur cette Coalition.
Première remarque, la Turquie (qui pourrait jouer un rôle fondamental grâce à sa position géographique et à son poids militaire) s'est très peu engagé dans la lutte contre Daech en Syrie et en Irak.
Deuxième remarque, la Russie mène une action très efficace contre Daech et Al-Nosra, mais en dehors du cadre de la Coalition (qui est en fait une coalition occidentale et arabe). Pour gagner en efficacité dans la lutte contre le djihadisme sunnite, qui est notre ennemi principal (car c'est lui qui tue nos enfants dans nos rues), il faudrait fusionner l'opération russe et l'opération de la Coalition. On voit bien que la Russie et l'Occident partagent une culture commune et des intérêts communs (notamment la lutte contre le djihadisme) : il faut donc, plus largement, ramener la Russie dans la famille occidentale.
Troisième remarque, l'Arabie Saoudite fait partie de la Coalition internationale contre l'EI. C'est une très bonne nouvelle. Mais il faudrait également que les autorités saoudiennes prennent les mesures nécessaires pour empêcher de riches particuliers saoudiens de financer le terrorisme.
 
Quels sont les enjeux diplomatiques liés au conflit irakien pour la France ?
Pour la France, l'enjeu en Irak est surtout militaire et sécuritaire. Il n'y a pas de gros enjeu diplomatique.
Cependant, la France peut constituer l'allié idéal pour l'Irak. En effet, la France a une tradition d'influence au Moyen-Orient et d'intérêt pour cette région. Elle a su adopter des positions modérées (par exemple sur le conflit israélo-palestinien ou dans son opposition à la Guerre d'Irak de 2003) qui l'ont rendue populaire auprès des populations arabes. Elle incarne une forme d'équilibre, attentive aux intérêts arabes. Mais en même temps, elle n'a aucun projet impérialiste sur cette région et tout le monde le sait bien. Contrairement aux États-Unis, elle n'a pas envahi l'Irak et elle s'est même opposée à la Guerre en Irak de 2003. La France n'excite pas le ressentiment nationaliste irakien. Il n'y a donc pas de contentieux avec l'Irak et on ne redoute aucune agression de notre part.
Alors que la France a eu des positions néoconservatrices et anti-iraniennes sous la présidence de François Hollande (2012 - 2017), notamment lorsque Laurent Fabius était au Quai d'Orsay (2012 - 2014), il semble qu'elle adopte aujourd'hui une ligne plus réaliste et plus pragmatique (comme le laissent penser la venue de Vladimir Poutine et de Donald Trump en France ainsi que les déclarations d'Emmanuel Macron et de Jean-Yves Le Drian) et donc moins anti-iranienne (comme le laisse penser la signature d'un contrat de 4,8 milliards de dollars par Total en Iran).
Si elle venait à se confirmer, cette détente avec l'Iran renforcerait encore le statut d'allié idéal de la France vis-à-vis de l'Irak. Comme le gouvernement irakien est chiite et soutenu par l'Iran, notre collaboration est moins problématique que la collaboration des États-Unis, qui affichent des positions anti-iraniennes et s'inquiètent de la montée d'un hégémonisme irano-chiite. Il y aurait alors un cercle vertueux. Notre engagement aux côtés du gouvernement irakien aiderait à la détente avec l'Iran et la détente avec l'Iran renforcerait encore notre collaboration avec l'Irak.
 
Donald Trump a affirmé que les jours de l'EI étaient comptés. S'il est vaincu, il faudra stabiliser durablement la zone. Peut-on empêcher l'émergence de nouveaux conflits et de nouvelles formes de terrorisme islamiste dans cette région ? Comment ?
Je pense que l'épisode de la domination de Daech sur Mossoul nous apprend une chose. En géopolitique, il vaut mieux prévenir que guérir. La prévention a un coût mille fois inférieur. Certes, Mossoul est reconquise… mais à quel prix ! Comme Alep, elle est détruite. Il aurait évidemment mieux valu que Daech ne la conquière jamais. La lutte a été inexpiable, car les djihadistes avaient creusé tout un réseau de tunnels, prenaient des civils en otage, multipliaient les pièges. En janvier 2014, l'EI s'emparait de Falloujah. J'avais d'ailleurs alors consacré ma chronique hebdomadaire du Figaro à cet épisode. Et l'EI n'a pris Mossoul que cinq mois plus tard, à l'été 2014. Pendant, ce laps de temps, les États-Unis, alertés par la chute de Falloujah, auraient dû intervenir contre Daech.
S'ils avaient agi ainsi, Mossoul (deuxième ville d'Irak!) ne serait pas tombée, Daech n'en aurait pas fait sa capitale et n'y aurait pas exercé son ubuesque dictature, les chrétiens mossouliotes y vivraient encore, la restauration du Califat n'aurait pu être proclamée et la ville n'aurait pas été détruite par une longue reconquête. Mais Washington, pour des raisons de pure politique intérieure, a préféré ne pas intervenir après la chute de Falloujah, alors que la politique extérieure devrait toujours être indépendante des considérations intérieures. En Irak, les États-Unis ont agi en dépit du bon sens. En 2003, ils sont intervenus alors qu'ils n'auraient pas dû. Au début de 2014, ils n'ont pas bougé alors qu'ils auraient dû intervenir. On connaît la suite.
Déjà, dans les Balkans, nous avions vu le coût exorbitant de la non-prévention. Le 3 janvier 1992, la Serbie et la Croatie signaient un accord de cessez-le-feu. Le 6 avril 1992, la guerre de Bosnie éclatait. Il aurait fallu mettre ces trois mois à profit pour prévenir l'éclatement de la guerre en Bosnie. Nous ne l'avons pas fait, nous en avons payé le prix.
Dans la crise ukrainienne, la prévention aurait pu faciliter bien des choses. Si l'accord intra-ukrainien de Kiev du 21 février 2014, avait été mieux appliqué par ses parrains, la France, l'Allemagne et la Pologne, les événements n'auraient pas dégénérés dans l'annexion de la Crimée en mars, puis dans l'ingérence militaire russe dans le combat à partir de l'été 2014.
Essayons avant tout de ne plus oublier cette importance de la prévention dans notre politique moyen-orientale! Le renseignement et la prévention doivent être les deux mamelles de notre politique.

Maintenant, quatre directions peuvent être évoquées pour stabiliser la région.
Tout d'abord, le renforcement des États pour contrôler les frontières et lutter contre l'insécurité galopante.
Ensuite, l'empowerment des sunnites irakiens. En 2007, Petraeus a brisé Al-Qaeda en Irak en détachant les tribus sunnites d'Al-Qaeda et en les utilisant - moyennant finances - contre elle. Quand les Américains ont quitté l'Irak, les sunnites ont été marginalisés par la majorité chiite, ce qui a favorisé leur ralliement à Daech. Aujourd'hui, il faut donner des garanties aux tribus sunnites (en termes de sécurité, de redistribution de la manne pétrolière, de représentation politique…) pour les désolidariser de l'EI et les retourner contre lui.
Puis, la mise en place d'un processus de paix en Syrie. Il faut réunir la France, les États-Unis, la Russie, la Turquie, l'Iran et les différents acteurs syriens (pouvoir de Damas, Kurdes, factions rebelles…) pour diviser le pays en différentes zones autonomes dans une logique de fédéralisation.
Enfin, la mise en place d'une vraie politique de développement, notamment dans le domaine du planning familial, de la construction d'infrastructures et de l'accès à l'eau potable.
Il faudra également que l'islam sunnite fasse enfin sa réforme, rejette le salafisme, ainsi que cette forme dure de puritanisme qu'est le wahhabisme. Mais cela ne peut venir que des musulmans eux-mêmes.
 
Si elle devait avoir lieu, la destruction de l'EI mettrait-elle un terme aux attentats en France ?

Non.
La destruction de l'EI ne changerait rien à la situation française.
Là encore, il faut faire de la chronologie. Daech a commencé à émerger médiatiquement en 2013-2014 et pris Mossoul et proclamé le Califat en 2014. Pourtant, les attentats islamistes en France ont commencé bien avant Daech. Dès 1994, la France était frappée par ce fléau à travers le détournement de l'Airbus Alger-Paris. 20 ans avant la prise de Mossoul! Immédiatement après vinrent les attentats de 95 - 96, organisés par des islamistes algériens et qui ensanglantèrent Paris. En 1996, était également démantelé le gang de Roubaix, gang ultra-violent de braqueurs islamistes revenus du Djihad bosniaque. En 2000, un attentat était évité de justesse au Marché de Noel et à la Cathédrale de Strasbourg. En 2012, Merah commettait ses crimes. Encore en 2015, les frères Kouachi se revendiquaient d'Al Qaeda. C'est Al-Qaeda qui a commis les attentats de New-York et Washington en 2001, Madrid en 2004, Londres en 2005. Il y a eu des attentats avant Daech, il y en aura après.
Les attentats sur le sol français ne sont pas liés à ce qui se passe au Moyen-Orient. Ils viennent d'un problème simple: certains musulmans vivant en France adhèrent à l'islam radical et haïssent la France. À partir de là, ils commettent des attentats islamistes. Ils se revendiquent de Daech car Daech est à la mode et téléguide parfois les opérations. Mais si Daech disparaît, ils se revendiqueront d'une autre organisation.
Ce n'est pas ce qui se passe à des milliers de kilomètres de nos frontières, dans les confins de l'Irak, qui va régler ce problème intérieur de la société française. Pour enrayer le terrorisme, il faut sur le court terme récupérer toutes les armes de guerre qui circulent sur le territoire. À moyen terme, il faut développer le renseignement et l'infiltration, démanteler toutes les cellules islamistes, fermer les mosquées radicales, expulser les imams radicaux étrangers. Sur le long terme, il faut suspendre l'immigration, mettre en place des politiques assimilationnistes, sortir du discours de la repentance (qui inculque la haine de la France aux jeunes générations), restaurer la discipline à l'école et revenir au Roman national.
Le combat culturel et moral est fondamental si l'on veut gagner la guerre mondiale contre l'islamisme. N'oublions pas les leçons de Gramsci. Face aux djihadistes, nous sommes dans une position asymétrique. À l'époque des Croisades, les Croisés et les Musulmans étaient tous deux mus par un moteur eschatologique : leur foi religieuse (chrétienne ou musulmane) les faisait avancer et, comme elle leur promettait un au-delà, leur permettait de braver la mort au combat. Il n'y avait pas de dissymétrie. Au contraire, de nos jours, l'Occident matérialiste et consumériste a perdu son moteur eschatologique alors que l'Orient musulman l'a conservé, ce qui crée une asymétrie en notre défaveur. Nous devons absolument retrouver la conscience de notre identité civilisationnelle et renouer avec un idéal patriotique, car notre vide spirituel ne nous permettra pas de l'emporter à long terme.
Paru sur Figarovox, 14 juillet 2017

Renaud Girard est géopoliticien, grand reporter et correspondant de guerre. Chroniqueur international du Figaro, journal pour lequel il a couvert les principaux conflits de la planète depuis 1984, il est également professeur de Stratégie à Sciences Po Paris. Il est notamment l'auteur de Retour à Peshawar (éd. Grasset, 2010) , Le Monde en guerre (éd. Montparnasse, 2016) et vient de publier Quelle diplomatie pour la France? (éd. du Cerf, 2017).

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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