Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

GROSJEAN Herve

GROSJEAN Herve

Né le 27 janvier 1978



Curé de la paroisse de Saint-Cyr l'Ecole


Secrétaire Général de la Commission "Ethique et Politique" du Diocèse de Versailles
     Dans ce cadre, il a fondé entre autres les Universités d'Eté "Acteurs d'Avenir" ( www.acteursdavenir.net )
     pour promouvoir la formation spirituelle et éthique des décideurs de demain.

Ordonné prêtre en 2004
Prêtre du Diocèse de Versailles


Anime avec deux confrères le Padreblog.fr

Ouvrages
Aimer en Vérité (2014) - Catholiques, engageons-nous ! (2016) - 

URL du site internet:

Présidentielles : critères...

Publié dans A tout un chacun
Présidentielles : critères de discernement
 
Beaucoup ne sont guère satisfaits de cette campagne présidentielle, qui ne semble permettre aucun réel débat de fond. Notre pays si fragilisé aurait pourtant bien besoin de profiter de ces élections pour vivre un vrai temps de discernement.
Discernement sur les questions majeures que nous rencontrons, les solutions à apporter, celui ou celle qui pourra le mieux les porter, discernement enfin sur les fondements et les repères communs qu’il nous faut retrouver pour vivre ensemble et que nous aurons à transmettre aux générations qui viennent. Mais ce discernement si nécessaire est empêché. Le débat semble impossible, comme si certains n’avaient pas intérêt à laisser s’exprimer un vrai dialogue de fond. Certains candidats d’abord, sans doute plus à l’aise dans le slogan ou l’incantation. Certains médias sûrement, préférant chercher le buzz qui rapporte de l’audience facile ou s’enivrant à l’idée de "faire l’élection" en flinguant les uns et encensant les autres. Leur travail serait pourtant nécessaire pour servir humblement la réflexion des Français en leur offrant les moyens d’un choix apaisé. Nos évêques pointaient déjà cette responsabilité dans le document "Retrouver le sens du politique" (à consulter
ici) : "Les médias ont un pouvoir d’influence dans leur manière de présenter les choses, et une responsabilité dans la qualité́ du débat public quand ils préfèrent slogans, petites phrases, et a priori réducteurs, à l’analyse sérieuse et au débat respectueux."
 
Malgré tout, il va bien falloir voter. L’Eglise rappelle que c’est un devoir moral pour tout catholique (voir Catéchisme de l’Eglise Catholique § 2240) et pas seulement un droit. Il faudra donc choisir. Sur quels critères ? L’Eglise donne-t-elle des consignes de vote ? Bien sûr que non. Elle ne veut pas nous infantiliser. Elle en appelle au contraire à notre conscience, se mettant au service de notre liberté en éclairant notre discernement. Comme souvent, l’Eglise nous interpelle, nous éclaire, nous encourage à prendre en compte tel ou tel sujet… mais nous laisse ensuite libres. En cela, nous restons responsables de notre vote. C’est aussi ce qui explique qu’il peut y avoir un réel pluralisme chez les catholiques, comme nous allons le voir.
 
Je vous propose pour ma part trois étapes pour notre discernement. Il n’y a rien d’infaillible dans mes propos, mais ils peuvent peut-être aider certains d’entre vous.
Revenir au programme
Si nous critiquons l’absence de débat de fond, nous ne pouvons pas nous-mêmes en rester à la forme. Plutôt que de vouloir sonder les reins et les cœurs de nos candidats, sachons ce qu’ils veulent faire concrètement pour notre pays. Prenons le temps de lire ces programmes, pour ne pas dire demain : "nous ne savions pas… ".
Ces programmes, nous pouvons les lire à la lumière des deux textes que nos évêques nous proposent :
ici et ici. Le premier liste quelques sujets essentiels sur lesquels ils attirent notre attention : projet de société, respect de la vie, éducation, famille, précarité, écologie, travail, immigration, violence, moralisation de la vie publique… Le deuxième dresse un constat grave et sérieux de la société, pour discerner les enjeux de cette élection importante.
Ces deux textes sont donnés pour éclairer notre discernement. La question à nous poser n’est pas : "existe-t-il un programme idéal et parfaitement conforme ?" (je ne le crois d’ailleurs pas) mais plutôt : "quel programme semble le mieux prendre en compte, même de façon imparfaite, les enjeux les plus décisifs pour notre société, avec l’éclairage que notre foi peut leur donner ?".
Au fond, il s’agit de discerner quel candidat et quel programme permettront que le bien commun, qu’une vision juste et respectueuse de l’homme et de la femme et les repères fondamentaux de notre société auxquels nous sommes tant attachés, puissent être protégés et reconnus plus largement. Il n’existe pas de "programme catholique" ni de programme parfait. Il existe par contre des cadres plus ou moins porteurs pour le bien commun et c’est à cela que nous sommes attachés comme catholiques, soucieux de l’avenir de toute notre société. Si les catholiques sont unis sur la finalité (le bien commun), ils peuvent ne pas avoir le même discernement sur les moyens (les mesures proposées par les candidats) qui vont permettre de progresser vers cette finalité. Quel "mieux possible" permettra chaque candidat ? A chacun de nous de discerner.
 
Empêcher de nouvelles transgressions
Si aucun de ces programmes n’est parfait, si "tout est lié" comme le dit le pape François, et qu’on ne peut réduire un programme à telle ou telle mesure qu’on y trouve, il me semble que notre conscience chrétienne doit rester particulièrement sensible aux questions éthiques qui touchent aux fondements même de la société, c’est-à-dire à l’anthropologie (vision ou définition de l’homme) sur laquelle se construit une vision authentique du bien commun. Pourquoi ? Parce qu’on touche là, comme l’ont toujours affirmé les papes, à la racine de tous les autres droits. Tout ce qui abîmera encore le respect de toute vie, la filiation, la famille… abîmera encore un peu plus toute la société.
Celle-ci a déjà été très fragilisée par différentes lois sociétales du quinquennat qui s’achève. Le minimum qu’on puisse espérer, c’est qu’il n’y ait pas de nouvelles transgressions éthiques dans les cinq prochaines années. Promouvoir le suicide assisté ou la PMA sans père – c’est-à-dire un droit à l’enfant généralisé – comme "nouveau progrès à conquérir" en dit long sur l’idée qu’on se fait du progrès… Il est encore temps pour les candidats concernés d’y renoncer, car cela ne pourrait que les disqualifier aux yeux de nombreux catholiques.
Ce progressisme éthique – même souriant – est destructeur. Il n’est pas un réel progrès car il ne fait qu’augmenter la confusion sur les grands principes qui doivent structurer notre vie ensemble. Une société libertaire, dans laquelle le désir individuel devient tout-puissant simplement parce qu’il est sincère, au détriment de la recherche du vrai bien pour tous, est une société toujours plus fragilisée et fracturée, dont les plus petits seront les premières victimes.
Certes, on mettra du temps pour reconstruire, et sans doute il nous faudra compter sur une prochaine génération d’élus pour cela. Certes, on peut regretter que certains ne soient pas plus courageux pour se libérer de la pensée dominante et reconstruire sans complexe ce que d’autres ont détruit sans scrupule. Mais si on peut au moins stopper la spirale de destruction, ce sera un premier pas et un cadeau pour les générations qui viennent.
 
Quel candidat et quelle équipe ?
L’élection n’est pas une canonisation. Je n’attends pas le Messie (il est déjà venu !) et ne réclame pas des candidats une perfection qui n’est pas de ce monde. Nos candidats sont à l’image de la société sécularisée de laquelle ils ont émergé. Ils en portent les désirs, les aspirations, les blessures, les fragilités et les faiblesses.
Ce qu’il nous faut discerner, c’est la capacité à gouverner des uns et des autres, dans le contexte national et international que l’on connaît. Si on croit
au rayonnement de la France et à sa vocation universelle, il faut que la personne qui sera élue soit en mesure de l’incarner. Dans la situation de guerre contre l’islamisme radical, de tensions internationales, de désordre intérieur, il faut un président solide, capable de garder la tête froide et le sens de ce qu’il sert. Qui sache trouver les mots pour parler aux Français lors des heures difficiles que nous ne manquerons pas de connaître à nouveau. Qui puisse donner du sens aux efforts que les Français vont devoir faire pour relever notre pays, socialement, moralement, économiquement.
Ce chef ne sera pas seul à exercer le pouvoir. Il va arriver avec une équipe, il va nommer des ministres, des hauts-fonctionnaires… c’est toute la tête du pays qui va être ainsi remodelée, tous les leviers du pouvoir qui vont arriver dans de nouvelles mains (ou pas !). On ne peut pas ignorer cela.
C’est ainsi une autre question qu’on peut se poser : au-delà des qualités et des limites du candidat, fera-t-il émerger autour de lui des figures qui pourront porter l’idée du bien commun que nous nous faisons ? Quelle nouvelle génération d’élus nous donnera-t-il ? Avec qui voudra ou pourra-t-il gouverner ? Cet entourage n’est jamais d’un seul bloc, il y a une certaine diversité ; mais permettra-t-il au moins à une véritable vision du bien commun d’exister et d’infuser ?
 
Voilà quelques idées, qui mériteraient certainement d’être développées. Des hommes et des femmes se soumettent à notre vote. Ne laissons personne décider pour nous. Ayons cette liberté intérieure qui nous fait discerner avec maturité et gravité celui ou celle que nous reconnaîtrons comme notre autorité légitime pour les cinq années qui viennent. Ce n’est pas d’abord un choix affectif. C’est d’abord un choix de la raison. Il ne nous est pas toujours donné de pouvoir admirer nos chefs, ou d’être enthousiasmés. Mais passant au-dessus de toute amertume ou rêverie, il nous faut les choisir et avec eux, les idées qui demain arriveront au pouvoir. Que chacun discerne, choisisse et agisse aussi : c’est en parlant, en échangeant, en faisant vivre ce dialogue de fond, que votre choix et celui de ceux qui vous entourent pourront converger vers le bien commun ! Le pape François nous le disait
aux JMJ de Cracovie
: ne laissez pas l’histoire se faire sans vous !
Paru sur www.padreblog.fr, 21 mars 2017

Noël après le 13 novembre

Publié dans Au delà
Noël après le 13 novembre
 
Les chrétiens se préparent à fêter la naissance du Christ. Comme chaque année, les églises seront pleines. Ce soir de Noël, en effet, beaucoup de Français aiment venir à cette messe si particulière au cœur de la nuit, même s’ils ne sont plus des pratiquants habituels.
Il y a une part de nostalgie, sans doute : devant la crèche, chacun retrouve un peu de son cœur d’enfant. Il y a aussi l’attachement à une tradition et à un héritage spirituel : Noël ne serait pas vraiment Noël si on réduisait cette fête aux cadeaux, au foie gras ou aux huîtres… Même les moins pratiquants, et peut-être même les moins croyants, pressentent la dimension spirituelle de cette nuit-là. C’est toujours émouvant pour un prêtre de voir les familles se rassembler dans l’église, toutes générations confondues et, le temps d’une messe, faire la paix, penser à ce qui les unit, prier les uns pour les autres. Ce soir-là, les visages sont beaux car les cœurs sont ouverts. Il y a enfin un besoin d’espérance. La vie est dure pour beaucoup. Les épreuves ne manquent pas dans nos familles. Les temps sont troublés. L’église devient alors un refuge et le clocher un phare. On vient y chercher un peu d’espérance. On veut croire que la naissance de cet enfant, il y a 2000 ans, a changé quelque chose. Il n’a pas pu venir pour rien. On se dit que si son message était davantage connu et suivi, le monde irait mieux. On pense à nos défunts, on espère qu’ils sont avec lui. On se sent un peu plus proche d’eux. Comme si cet enfant nous réunissait par-delà la douleur de la séparation. On espère que Dieu veille sur ce monde, sur nos familles, sur notre pays… le mal ne sera pas victorieux. C’est l’Amour qui aura le dernier mot. Cet enfant est venu pour cela. C’est le Prince de la Paix.
 
Tout cela sera encore vrai cette année. Mais sans doute encore plus vrai cette année. Nous l’avons remarqué dans certaines églises : à la suite des attentats du 13 novembre, beaucoup ont eu le réflexe de revenir. Les grands du pays se sont pressés à Notre-Dame de Paris. C’est dans les églises qu’on a prié pour les victimes et qu’on a rendu un dernier hommage pour beaucoup d’entre elles. Dans les temps troublés qui sont les nôtres, l’église retrouve ce rôle de refuge et de soutien. On redécouvre l’Eglise comme une mère attentive, pleine de compassion pour ce monde si blessé. Sa force, sa stabilité, sa liberté de parole, sa bienveillance inconditionnelle qui la rend ouverte à tous, rassurent et encouragent. Dans un pays comme la France qui veut se réapproprier son identité, qui cherche ce qui peut le rassembler, l’Eglise a évidemment un rôle à jouer. Elle a l’expérience des drames surmontés ensemble. Elle sait la soif spirituelle au fond du cœur de chacun. Elle ne défend pas ses intérêts particuliers mais se met au service du bien commun. Son message de vérité se moque des modes de pensée. Elle sait concilier la lucidité sur les blessures de ce monde, sur le mal qui le défigure, avec un regard d’espérance auquel elle ne renonce jamais. Elle est capable d’alerter, d’interpeller, sans jamais cesser d’encourager et de consoler.
 
Les tentatives de certains pour la renvoyer dans ses sacristies, pour effacer de l’espace public tout rappel de sa présence, pour nier l’héritage et les racines chrétiennes de notre pays, en sont d’autant plus grotesques et pathétiques. Les laïcards pensent simplement faire du mal à l’Eglise ? Ils font en fait du mal à la France. Car c’est bien notre pays qui sera plus fragile si on le coupe de ses racines. L’Eglise n’a pas besoin de crèches de Noël visibles pour survivre, elle. Elle a 2000 ans derrière elle, et l’éternité devant ! Mais c’est bien la France qui a besoin de signes, de gestes, de paroles fortes pour se rappeler ce qu’elle est. C’est ce qu’elle est, dans toute la richesse de son histoire et la diversité de sa culture, que les barbares de l’Etat islamique ont visé. C’est en se réappropriant cette histoire, cette culture, cet héritage spirituel que la France se redressera, sera forte et se rassemblera. C’est aussi pour cela qu’on priera ce soir de Noël dans nos églises de France. Pour que d’un mal sorte un plus grand bien. Pour que ceux que tant de familles pleurent encore ne soient pas morts pour rien. Pour que l’espérance qui nous anime – loin de nous désengager de ce monde et du relèvement de la France – fortifie notre résolution à servir avec tout ce que nous sommes ce pays que nous aimons.
Paru sur Padreblog, 18 décembre 2015

Lettre à Christiane Taubira

Publié dans Du côté des élites
Les vraies batailles – Lettre à Christiane Taubira
 
Madame,

Il y a quelques jours, interrogée par Guillaume Daret sur le plateau de France 2, vous avez affirmé vouloir ré-ouvrir le débat sur l’accès pour les couples de femmes à la Procréation médicalement assistée (PMA) – vous avez même parlé dans un reportage pour Canal + d’une "bataille à mener" – considérant cette revendication comme "légitime". Puis, sans même que le journaliste ne vous pose la question, vous avez enchaîné sur l’usage des stupéfiants, réclamant qu’on puisse "en débattre", c’est-à-dire ouvrir le débat de leur dépénalisation. Vous venez de confirmer votre intention ce dimanche soir sur BFMTV.
Les politologues évoqueront peut-être une habile stratégie de diversion, pour faire oublier les chiffres du chômage ou l’insécurité. D’autres y verront une volonté de ressouder la gauche autour de thèmes sociétaux censés "être de gauche". Pour notre part, nous ne connaissons pas vos intentions profondes et n’imaginons pas que vous soyez simplement dans la provocation. Vous n’êtes pas la seule dans le monde politique sur cette ligne libertaire, mais de par votre charisme vous êtes de loin la plus influente…
 
Pourquoi ?
Alors nous vous posons cette question : pourquoi cet acharnement à affaiblir ce qui nous est le plus précieux à tous, croyants ou non : la famille et la jeunesse ? Pourquoi ce double message catastrophique envoyé à la société française, déjà si fragile et si blessée ? N’avez-vous vraiment pas d’autres batailles à mener ? Cette question n’est pas que rhétorique, elle est profonde. Comme prêtres, nous sommes prêts à venir vous la poser et vous écouter, tant nous voudrions comprendre ce qui vous anime.
La "PMA pour toutes" n’est rien de moins que le droit à l’enfant institué en actes, et vous le savez certainement. Nous entendons bien le désir sincère de ces femmes qui vivent en couple et qui voudraient avoir un enfant. Mais ce désir ne peut être tout-puissant : il ne peut légitimer qu’on "fabrique" un enfant sans père ! Dans sa conception même, la place du père est gommée, son nom effacé, sans même qu’il ne soit remplacé par une autre figure masculine. Le manque de père, quelle qu’en soit la raison, est déjà une souffrance ; nous le voyons si souvent sur le terrain. L’instituer en amont est une profonde injustice pour l’enfant. La médecine est là pour soigner, pas pour répondre à tous les désirs.
Remarquez, vous êtes assez cohérente : nous avons toujours dit que le "mariage pour tous" que vous avez porté brillamment, ne pouvait qu’ouvrir un jour à la PMA puis à la GPA. C’est dans la logique… Les démentis prudents de votre gouvernement ne nous ont pas dupés. Vos propos nous donnent raison… mais nous n’avons pas perdu l’espoir de limiter les dégâts, en attendant qu’arrive le temps de reconstruire.
 
Ne vous trompez pas de bataille
Ce sont aussi les jeunes qui risquent de payer cher votre deuxième bataille, celle pour un débat sur la dépénalisation du cannabis…  Sur le terrain, dans les collèges et les lycées, nous observons suffisamment quels ravages peut faire cette saleté de drogue, entraînant tant de jeunes dans une spirale d’échecs, de mensonges, de décrochage scolaire. Nous sommes aussi témoins des efforts parfois héroïques que doivent faire ces jeunes pour s’en sortir et s’en libérer. Comment comprendre que des adultes – et qui plus est la ministre de la Justice, et des élus avec elle – puissent donner l’impression de relativiser ce danger ? Car au-delà de tous les arguments que vous pourrez produire pour ré-ouvrir le débat, vous ne pourrez éviter que l’idée même de dépénalisation signifie dans l’esprit des jeunes que "finalement le cannabis, c’est pas si grave … puisque ça n’est plus un délit". Encore une fois, ce seront les plus fragiles, les plus jeunes et les plus pauvres qui subiront la casse, et non les quelques nostalgiques de 68, adeptes du pétard récréatif dans leur loft de Saint-Germain-des-Prés.
 
Madame, vous avez d’autres batailles à mener, pour lesquelles vous pourrez compter sur nous. Par exemple la lutte contre la GPA, que notre pays s’honorerait à mener au niveau mondial. Que faites-vous concrètement contre ces sociétés américaines qui viennent chercher leurs clients en France, que faites-vous surtout pour que la loi dissuade réellement ceux-ci ? Les femmes pauvres sont les premières victimes de cette marchandisation de la maternité. Nous voudrions vous soutenir également dans la bataille pour une justice rapide et accessible à tous, même aux plus fragiles, l’accompagnement des victimes, la réinsertion des prisonniers à l’issue de leur peine, la lutte contre la récidive, l’indépendance de la justice… Autant de thèmes parmi beaucoup d’autres sur lesquels nous vous attendons pour le bien de notre pays.
Ces vraies batailles vous attendent. Il faut cesser d’abîmer le peu qu’il reste de ces repères essentiels qui nous construisent et participent au bien d’un pays. Cette vague libertaire à laquelle vous avez associé votre talent et votre énergie, nous ne voulons pas la voir dévaster notre civilisation.
Cette civilisation, nous y tenons. Et ce tsunami libéral-libertaire qui veut la submerger, rasant ses fondations, ses repères et ses institutions, pour imposer le désir individuel comme norme ultime et rejeter toute idée de vérité et de bien commun, nous nous y opposerons encore et encore. Car les premières victimes de ce tsunami seront toujours les plus fragiles…
 
Merci !
Permettez-nous par ailleurs de vous remercier, Madame. Cela peut sembler paradoxal ! Mais malgré vous, vous avez participé à réveiller la génération qui vient. Nous sommes ceux que 68 a laissés orphelins, ceux à qui on a volé l’héritage du passé, ceux à qui on a refusé de transmettre. Voilà que cette vague libertaire, à laquelle avec beaucoup d’autres vous participez, nous a forcés à nous lever. Il fallait résister et pour cela s’engager. Une vraie prise de conscience s’est opérée. Et si demain toute une jeunesse se sera engagée, ce sera en partie pour rebâtir ce que vous aurez participé avec tant de soin à déconstruire…
Nous vous redisons le profond respect que nous avons pour votre fonction si importante – et aussi pour vous-même – car on ne réduit heureusement jamais quelqu’un à ses actes ou ses idées. On combat des idées, et nous le ferons de toutes nos forces, mais jamais les personnes : nous serons même toujours prêts à la rencontre, au dialogue franc et direct. Nous vous assurons aussi de notre prière. Les chrétiens ont toujours prié pour ceux qui les gouvernaient. Ils ont toujours voulu se comporter en "citoyens exemplaires" comme le leur demandait déjà saint Pierre, le premier pape. Cela ne les a jamais empêchés de s’élever avec force et persévérance contre toutes les injustices, "pour rendre témoignage à la Vérité", même si le prix à payer fut souvent lourd… Les générations d’aujourd’hui y sont prêtes. Plus que jamais.

Paru sur www.padreblog.fr

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version