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HADDAD  Mezri

HADDAD Mezri

Né le 2 juillet 1961
Marié - 2 enfants
 
Philosophe
Ancien Ambassadeur


Doctorat de philosophie morale et politique
   Problématique des rapports entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel dans l’Islam et dans le Christianisme.
DEA de philosophie morale et politique
   Matérialisme historique et lutte des classes chez Karl Marx
Maîtrise de philosophie morale et politique
   L’idéologie communiste et l’islamisme : analyse et perspective. Une étude politico-philosophique 
Maître de conférences en théologie catholique (Premier candidat de tradition musulmane qualifié)
 
Réalisateur et maquettiste de la Revuede la Radio Télévision Tunisienne (1982-1983)
Chercheur au Centre de recherche sur la Pensée antique (grecque), associé au CNRS (1991-1994)
Chercheur au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, associé au CNRS (1999-2001)
Enseignant d’histoire à Paris VII - Denis Diderot, UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société (1999-2001)
Conseiller politique auprès de la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Réalités (depuis 2000)
Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO
 
Ouvrages
Introduction à la pensée islamique - ouvrage d’Histoire des idées politiques (1990, réédition 1991 et 1992)
Islam et athéisme, dans Rétrospective (2000)
Le politique est coupable, pas le religieux - ouvrage collectif intitulé L’islam est-il rebelle à la libre critique ? (2001)
Symbiose et non osmose, diversité et non dilution - ouvrage collectif intitulé "Arabofrancophonie" (2001)
Du théologico-politique comme problématique commune à l’islam et au christianisme –
      ouvrage collectif intitulé Pour un Islam de paix (2001)
Réflexion sur l’islam et le christianisme dans leur rapport au personnalisme –
      ouvrage collectif intitulé La Personne et son avenir (2002)
Non Delenda Carthago - Carthage ne sera pas détruite - Autopsie de la campagne antitunisienne (2002)
Rôle du dialogue des religions pour asseoir les fondements de la paix –
      ouvrage collectif intitulé Du dialogue euro-arabe, exigences et perspectives (2003)
L’information et la continuité culturelle entre les Arabes et l’Occident (2004)
Tunisie : des acquis aux défis - ouvrage collectif (2004)
Violence anomique ou violence atavique ? –
      ouvrage collectif (direction de Raphaël Draï et J-François Mattéi) intitulé La République Brûle-t-elle ?
Essai sur les violences urbaines françaises (2006)
Genèse de la dissidence dans l’islam des origines - Préface au livre La grande discorde de l’islam (2006)
Peut-on considérer le Comparatisme comme pierre angulaire du dialogue entre les religions et les civilisations et comme  
     fondement éthique et épistémologique de la Tolérance ? – ouvrage collectif intitulé Dialogue des Religions d’Abraham pour la
     tolérance et la paix (2006)
Du théologico-politique dans l’islam et dans le christianisme (2007)
Histoire universelle des idées politiques (2 volumes), en négociation avec Grasset et La Table Ronde (2007)
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (2012)
 
Nombreuses collaborations
Près de 500 articles publiés dans les domaines culturel, politique et relations internationales, dans la presse écrite arabe (Al-Moharrer, Al-Hayet, Al-Watan,Réalités, Al-Quds) et française (Libération, Le Figaro, Le Monde, Jeune Afrique, Marianne, Le Point, Afrique Asie…)
dont :
 
Religion et politique - Jeune Afrique n° 1979 - 15-21 décembre 1998
Discours de la méthode islamiste - Marianne - 3 janvier 1999
Voile islamique : la loi au-dessus de la foi - Le Figaro - 14 octobre 2003.
L’islam, otage des talibans – Libération - 21 mars 2001
Allah, que de crimes en ton nom ! - Le Monde - 9 mars 2001
La Tunisiene vit pas un cauchemar - Le Monde - 6 février 2001
Le virus théocratique - Le figaro - 3 octobre 2001
Les leçons d’un attentat - Le Figaro - 20 avril 2002
Du droit-de-l’hommisme - Le Figaro - 4 novembre 2002
Aux sources du refus français - Le Figaro - 26 février 2003
L’intégrisme, une chance pour la laïcité ! - Le Figaro - 20 février 2004
Un spectre hante l’Hexagone : l’activisme islamiste - Le Figaro - 28 juin 2003
Par-delà le Bien et le Mal – Libération - 19 septembre 2001
Prélude au choc des civilisations – Libération - 15 avril 2003
Europe-Turquie : le marchand de tapis et la stripteaseuse – Libération - 31 décembre 2004.
Discours américain et méthode tunisienne - Le Figaro - 28 mars 2005
SMSI : les véritables enjeux de Tunis - Tribune de Genève - 30 septembre 2005
La Shoah, second péché originel ou l’humanisme en question - Réalités n° 1042 - 15 décembre 2005
Islamisme et démocratie : lequel dissout l’autre ? - Le Monde - 4 février 2006
Vrais et faux ennemis de l’islam – Libération - 26 septembre 2006
Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité - Le Figaro - 6 octobre 2006
Les limites de la perestroïka turque - La Libre Belgique - 8 novembre 2006
Les effets pervers d’une loi vertueuse - Le Soir (Belgique) - 18 octobre 2006
 
Conférences
En FRANCE, Université Paris II-Assas, Université Paris IV-Sorbonne, Université Paris VII-Jussieu, Maison universitaire du Maroc (Paris), Centre culturel égyptien (Paris), Institut du Monde Arabe (Paris), UNESCO (Paris), Institut Hannah Arendt (Paris), HEC (Jouy en Josas), Sénat (Paris)
en BELGIQUE, Université Libre de Bruxelles
en GRANDE BRETAGNE, London School of Economics
au CANADA, Université Laval
aux ETATS-UNIS, Georgetown University
au QATAR, Palais des Congrès
en TUNISIE, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Institut de Presse et Sciences de l’Information, Institut supérieur de Théologie (Tunis), …
en SUISSE, au Palais des Nations Unies (ONU, Genève)
 
Membre-Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL), fondée en 1838 par H. de BALZAC et V. HUGO
Membre du Conseil d’Administration de Daedalos Institute of Geopolitics, Nicosie, CHYPRE
Membre fondateur de l’association Synergie France-Tunisie (Paris)
Fondateur et Secrétaire Général du CLPFT, le Cercle des Libres Penseurs Franco-Tunisiens (Paris)
Membre du Rassemblement des écrivains arabes
Membre de la Fondation des philosophes arabes.

URL du site internet:

La sécurité est le premier...

Publié dans A tout un chacun
La sécurité est le premier des droits de l'homme !
 
Mezri Haddad est un philosophe, écrivain et diplomate tunisien. Docteur en Philosophie, ancien ambassadeur de Tunisie à l'UNESCO de 2009 à 2011, il est l'auteur de plusieurs essais sur les liens entre religion et politique, notamment La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident, une alliance à haut risque (éd. Arabesques/Apopsix, 2011).
 
FIGAROVOX. - En tant que philosophe de culture musulmane, que vous inspire ce dernier acte terroriste qui a visé une Eglise et lors duquel le père Jacques Hamel a été atrocement assassiné ?
Cela m'inspire de la compassion pour les victimes, du dégout à l'égard d'une religion sclérosée et souillée et un profond sentiment de haine - comme disent les enfants chéris de la diversité - vis-à-vis des auteurs de cet acte barbare et de leurs nombreux semblables qui peuvent à tout moment basculer dans le terrorisme islamiste parce qu'ils y sont psychologiquement et idéologiquement prédisposés. Cela me renvoie aussi à tous les crimes commis au nom d'Allah et pour la gloire affligeante de son prophète, des moines de Tibhirine aux victimes de Nice, en passant par les nombreux prêtres et pasteurs en Syrie et en Irak dont nul n'évoque le supplice. L'assassinat d'un prêtre chrétien dans son Eglise ajoute à cette barbarie humaine une réalité irréductible que certains anesthésiés par l'islamophilie, ou dissuadés par l'islamophobie, refusent de voir: le choc des civilisations est bien là et il est loin d'avoir atteint son stade paroxystique.
 
Comment expliquez-vous un tel enchainement d'événements terroristes, les uns aussi violents que les autres ?
Un tel emballement ne s'explique pas, mais il se décline et se raconte ! En France et dans le monde occidental en général, on est incapable de rationaliser un phénomène qui échappe par définition même à la rationalité cartésienne, d'où les concepts ineptes qu'on invente tous les jours sur les plateaux de télévisions comme pour conjurer un mal faute de le supprimer : radicalisation, auto-radicalisation, déradicalisation, loup solitaire… Si certains candides ou cyniques n'osent plus justifier l'abomination terroriste par l'injustice sociale et la ghettoïsation, il y a aujourd'hui des "spécialistes" qui convoquent la psychanalyse pour expliquer l'attitude de l'homo islamicus. Ainsi, le criminel de Nice serait en instance de divorce et c'est pour cette raison qu'il a pris la vie à 84 innocents ; idem pour les quatre auteurs d'attaques terroristes en une semaine en Allemagne qui souffriraient de troubles mentaux.
 
Et votre explication de ces événements ?
Cette accélération d'actes islamo-terroristes a une histoire dont certaines élites intellectuelles, politiques et médiatiques devraient avoir honte. C'est l'histoire, au nom de la sacro-sainte laïcité, de la déchristianisation du pays qui fut jadis et naguère la fille aînée de l'Eglise. L'histoire des belles églises qu'on a remplacées par des mosquées sous le prétexte fallacieux qu'elles n'avaient plus de fidèles, alors qu'on n'a pas cessé, depuis trois siècles, de culpabiliser les catholiques et d'enseigner aux chrétiens que leur foi était strictement intérieure et qu'elle n'avait pas besoin de temples ni d'églises pour être vécue et partagée. C'est ainsi qu'est née chez certains intégristes musulmans le phantasme de la conversion de la France à la religion de Saïd Qutb, d'Abdelwahab, de Qaradaoui et de Ben Laden. C'est l'histoire de la sempiternelle idéologie des droits de l'homme qui a ouvert la voix au fondamentalisme et qui tétanise encore aujourd'hui les rares responsables politiques qui voudraient extirper par ses racines l'islamo-fascisme. L'histoire de l'école dite laïque qu'on croit sauver par des réformettes cosmétiques. L'histoire de l'université aujourd'hui envahie par les voilées et les enturbannés. L'histoire des territoires perdus de la République et conquis par les délinquants et les trafiquants de drogue recyclés dans le djihadisme et rédempteur pour certains et expiatoire pour d'autres. L'histoire des relations avec certaines monarchies du Golfe qu'on a autorisé à subvertir l'islam en France avant de lui réexpédier ses hordes fanatisées. L'histoire de l'antisémitisme qu'on a laissé couver jusque dans les écoles, les universités et les mosquées pour sauvegarder un semblant de paix sociale… Ajoutez à toutes ces causes endogènes les méfaits du "printemps arabe" que le monde occidental a soutenu et exalté, et vous aurez l'histoire exhaustive de l'islamo-terrorisme en France.
 
En quoi le printemps arabe serait-il responsable de ce qui se passe aujourd'hui en France et en Europe ?
En janvier 2011, j'avais déclaré sur une grande chaîne de télévision française que si vous continuez à applaudir le printemps arabe, vous finirez par l'avoir chez vous. Il existe sans l'ombre d'un doute un lien de causalité entre ce printemps dit arabe et la prolifération du terrorisme islamiste partout dans le monde et notamment en France. Sous les régimes de Saddam Hussein, de Kadhafi, de Bachar Al-Assad et de Ben Ali, il n'y avait sans doute pas de démocratie mais il n'y avait pas non plus ce type de terrorisme systématique, global et aveugle. Al-Qaïda existait mais elle était beaucoup plus un ramassis de wahhabites et de Frères musulmans qu'une organisation planétaire et à plus forte raison un "Etat islamique", avec un territoire, une armée active sur le terrain conquis, une autre, celle de l'ombre et qui est délocalisée eu Europe, une bannière, une idéologie théocratique et totalitaire, des gisements de pétrole sous son contrôle et une stratégie de guerre pour soumettre le monde civilisé à ses exigences obscurantistes. Les liens de causes à effets entre "printemps arabe", islamisme et terrorisme sont multiples. Je n'en prendrais ici qu'un seul exemple, celui de la Tunisie dont certains continuent à louer l'exemplarité par cécité ou par cynisme. De pays fournisseurs jusqu'en 2011 de cadres scientifiques et de mains d'œuvre qualifiés, elle est devenue le premier pays exportateur de terroristes, avec près de 13 000 djihadistes éparpillés entre la Syrie, l'Irak, la Libye et certaines capitales européennes.
 
Que faire devant une telle situation où la France, la Belgique, l'Allemagne et également la Tunisie, indistinctement, subissent les assauts du terrorisme ?
Pour le leur avoir dit et réitéré, les gouvernants de Nidaa Ennahda en Tunisie savent ce qu'ils ont à faire pour éradiquer un mal à l'implantation duquel ils avaient largement contribué. Quant à la France, il va falloir que l'on prenne les choses bien au sérieux, en commençant par réaliser que le terrorisme islamiste n'est pas un épiphénomène conjoncturel qui finira par se résorber, mais un fléau qui s'inscrit dans la durée, qui est appelé à s'amplifier et qui va frapper encore plus cruellement pour faire imploser la société française et provoquer une guerre civile consubstantiellement liée au conflit des religions. L'heure n'est plus à l'allumage de bougies, aux oraisons funèbres et aux discours martiaux. Il ne suffit pas de répéter ce que les Français savent et subissent dans leur chair et dans leur esprit, à savoir que la France est en guerre. Il s'agit désormais d'agir et d'appliquer les impératifs catégoriques en temps de guerre.
 
Comment, puisque cette guerre est non-conventionnelle et que l'ennemi est insaisissable, qu'il peut surgir de partout et frapper où il veut ?
D'abord par la prévention et l'anticipation en mettant hors d'état de nuire toute personne susceptible de basculer dans le terrorisme. Ces personnes, et a fortiori les djihadistes de retour de Syrie et d'Irak, doivent être isolés de la société quitte à leur construire un Guantanamo après leur avoir retiré la nationalité française. Les milliers d'immigrants qui ont afflué ces cinq dernières années doivent bénéficier d'un billet sans retour chez eux, lorsque certains gouvernants occidentaux qui ont contribué à la destruction de leurs pays y auraient réinstauré la paix civile et la sécurité. Les frontières nationales doivent redevenir hermétiques en dépit des dogmes suicidaires des européistes. Les réseaux sociaux doivent être strictement surveillés et leurs fournisseurs poursuivis en justice pour apologie du terrorisme. Les relations diplomatiques avec les pays musulmans complices idéologique ou financier ou logistique de l'islamisme daéchien doivent être rompues. Ne s'est-ont pas interrogé comment la Turquie à qui on a confié la sécurité des frontières de l'Europe est-elle devenue exportatrice de pétrole ?
Ensuite par les mesures stratégiques à tous les niveaux, à commencer par une révision globale de la politique pénale, par une véritable réforme scolaire intransigeante sur les valeurs républicaines, ainsi que par la réorganisation totale de l'islam en France en revoyant à la baisse ses revendication communautaristes, prosélytes et intrinsèquement islamistes. L'islam de France doit ressembler à la France et il doit être parfaitement compatible avec les idéaux éthiques et philosophiques de ce pays. L'islam wahhabite, l'islam des Frères musulmans, l'islam des talibans ne doivent plus se sentir chez eux en France. Il faut libérer l'islam du carcan islamiste.
 
Cela nécessite aussi un effort de la part des musulmans qui vivent paisiblement en France et qui ne se reconnaissent point en cet islam des burkas et des attentats !
C'est d'autant plus exact qu'une lourde responsabilité pèse sur la majorité des musulmans quiétistes en France et qui aspirent à vivre en paix avec leurs compatriotes catholiques, protestants, juifs, bouddhistes ou athées.
Amalgame ou pas, les criminels qui massacrent au nom d'Allah n'ont pas émergé du néant mais ils viennent des entrailles mêmes de l'islam coranique. C'est à eux et à eux seuls que revient la tâche historique d'expurger l'islam de ses scories et de ses nécroses. Un aggiornamento n'est plus souhaitable mais il est urgent, vital et décisif. Nonobstant la sacralité pathologique du corpus coranique, la sécularisation de l'islam est tout à fait possible à condition de se libérer des dogmes éculés, de se libérer de la "tradition déviante" et de renouer avec ce qu'Olivier Carré appelait la "Grande tradition", c'est-à-dire l'islam d'Averroès, celui d'Ibn Arabi, de Tawhidi et de Miskawayh qui ont opéré voilà des siècles la disjonction du temporel et du spirituel dont la confusion constituait et constitue toujours l'un des dogmes fondateurs de l'islam.
 
En attendant l'émergence de ce que certains appellent l'islam des Lumières, les mesures "préventives" et "stratégiques" que vous préconisez ne risquent-elles pas d'indigner les militants des droits de l'homme et, plus grave encore, d'accréditer la thèse selon laquelle si nous reculons en termes de liberté, c'est que les terroristes ont déjà vaincus ?
Au diable les droits de l'homme si le droit à la vie n'est plus assuré. Primo, la sécurité est également un droit de l'homme des plus précieux, que tous les philosophes contractualistes comme Hobbes, Locke, Kant ou même Rousseau mettent au cœur du contrat social et au-dessus même de la liberté. C'est que la liberté n'a aucun sens dans l'insécurité. Secundo, le premier devoir de l'Etat, c'est d'assurer la liberté de chacun dans la sécurité de tous. Un Etat qui n'est plus en mesure d'assurer la sécurité à ses citoyens perd ipso facto sa légitimité. La violence légitime chère à Max Weber est le monopole exclusif de l'Etat. Il doit en faire usage sans tergiversation et sans état d'âme. C'est le prix à payer si l'on veut éviter ce qui peut arriver de pire dans une société, la guerre civile.
Les musulmans doivent comprendre qu'il y va aujourd'hui et dans les années à venir de la survie de l'islam en tant que religion, et les dirigeants français doivent réaliser qu'il y va de la pérennité de la France en tant qu'Etat, en tant que civilisation, en tant que modèle de société basé sur la tolérance, sur l'humanisme des Lumières, sur l'altérité et sur le vivre ensemble.
Paru sur Figarovox, 27 juillet 2016

Laurent Fabius ... devenir un sage

Publié dans Du côté des élites
Laurent Fabius a tout le temps de devenir un sage
 
En juillet 2015, ici même, j'adressais une lettre ouverte au patron du Quai d'Orsay, sous le titre de "Monsieur Fabius, ne soyez pas à la Syrie ce que Colin Powell fut pour l'Irak", dans laquelle je l'invitais à faire preuve de tempérance et de clairvoyance.
Parfaitement convaincu qu'il n'était que le chef d'orchestre d'une symphonie déjà écrite à l'Elysée sous le règne de Nicolas Sarkozy, je lui indiquais que "même si vous êtes comptable au regard de l'histoire de vos faits et gestes particulièrement agressifs et bellicistes à l'encontre de la Syrie, vous n'êtes pas l'inaugurateur de cette politique suicidaire et autiste de la France au pays de Bachar Al-Assad".
Depuis, les temps ont bien changé. La Syrie mène toujours sa lutte héroïque contre les islamo-fascistes. Français et Américains se sont associés aux Russes pour éradiquer la gangrène daéchienne en Irak, en Syrie et bientôt en Libye. Le Qatar et la Turquie, alliés en Djihad à la France, se font tout petits. Et M. Laurent Fabius est parti.

Dès la levée des sanctions et l'entrée en vigueur de l'accord sur le nucléaire entre les Etats-Unis et l'Iran, en janvier dernier, les initiés savaient que les jours de Laurent Fabius au Quai d'Orsay étaient désormais comptés. Ce tournant diplomatique décisif, qui dénote le pragmatisme de Washington autant que le cynisme de l'administration américaine, amorcé par les accords du 14 juillet 2015 qui ont été conclus à Vienne, devait inévitablement faire une victime collatérale : le plus atlantiste et le plus zélote des ministres français voire occidentaux des Affaires étrangères.
Monsieur Fabius n'a pas été seulement le chef de la diplomatie française qui, selon ses propres termes (Le Monde du 14 juillet 2015), incarnait cette ligne de "fermeté constructive" ayant "permis d'aboutir à un accord suffisamment robuste" pour que les Américains ne daignent pas l'associer aux tractations secrètes ayant précédé ces accords ; il a été aussi le ministre le plus intransigeant et le plus passionné dans l'affaire syrienne.
Il devait savoir pourtant que dans les questions d'ordre multilatéral, comme dans les grands conflits géopolitiques impliquant les intérêts supérieurs de son propre Etat, tout l'art d'un diplomate, outre la retenue et la prudence, consiste à simuler une adhésion aux résolutions de la "communauté internationale" sans jamais affecter les relations bilatérales, ce que la sagesse populaire française traduit en une phrase : ne jamais insulter l'avenir.
Bien avant Henry Kissinger, la diplomatie, disait le journaliste américain Ambrose Bierce, "c'est l'art patriotique de mentir pour son pays". Le plus désolant dans l'effervescence diplomatique fabusienne, relative à la tragédie syrienne, c'est que le mensonge ne servait point les intérêts de la France mais ceux de l'hyper-puissance américaine, comme l'appelait si justement Hubert Védrine.

Le mensonge le plus éhonté fut d'accuser Bachar Al-Assad d'avoir utilisé contre les "rebelles modérés" des armes chimiques prohibées par les Nations-Unies. La désinformation étant elle-même une arme de guerre conventionnelle et implicitement autorisée par les Nations-Unies, toute la manœuvre consistait à pousser le Léviathan américain à franchir le Rubicon pour frapper la Syrie en 2013. Plus tard, en mai 2014, en présence de son homologue américain, John Kerry, M. Laurent Fabius a ajouté que la France "regrette" que les Etats-Unis n'aient pas frappé la Syrie à l'automne 2013, "lorsque des preuves de l'utilisation d'armes chimiques dans une banlieue de Damas ont été établies par Washington et Paris".
A propos d'armes chimiques et de "preuves", M.Fabius n'était pas sans savoir l'enquête de l'israélo-américain Yossef Bodansky, spécialiste reconnu des armes de destruction massive, rédacteur en chef de Defense and Foreign Affairs et ancien directeur de la Congressional Task Force on Terrorism and Unconventional Warfare. Dès le 3 septembre 2013, il affirmait que : "Les 13 et 14 août 2013, les forces de l'opposition syrienne en Turquie ont commencé à se préparer pour une offensive militaire importante. Des rencontres entre les commandants de l'insurrection et des représentants du Qatar, de la Turquie, et des États-Unis ont eu lieu à la base d'Hatay, à Antakya, siège de l'Armée syrienne libre (FSA). Les commandants de l'opposition ont informé les commandants régionaux d'une intensification imminente des combats que permettrait une mutation dans le conflit, à même de conduire à des bombardements américains de la Syrie".
Il expliquait alors que la "mutation" dans ce conflit serait l'utilisation de sarin artisanal sur des civils, suivi de la réalisation de films de propagande et du recours à des témoins multiples.
Laurent Fabius n'ignorait pas non plus l'enquête de Seymour Hersh dans la London Review of Books du 6 avril 2014, révélant que "l'échantillon prélevé par les Russes aux lendemains de l'attaque du 21 août et livré aux services anglais montre que le gaz utilisé ne correspondait pas à celui dont dispose d'ordinaire l'armée régulière syrienne".
Comme il ne pouvait pas occulter le témoignage, le 5 mai 2013 à la BBC, de l'ancienne procureure du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte. La magistrate suisse avait alors déclaré que "Nos enquêtes devront encore être approfondies, vérifiées et confirmées à travers de nouveaux témoignages, mais selon ce que nous avons pu établir jusqu'à présent, pour le moment ce sont les opposants au régime qui ont utilisé le gaz sarin".
Cette légende des armes chimiques utilisées par le "régime syrien" vient d'être pulvérisée par le directeur de la CIA, John Brennan qui, dans un entretien pas du tout contingent sur CBS News, le 11 février dernier, a déclaré qu'"Il y a un certain nombre de fois où le groupe État islamique a utilisé des armes chimiques sur le champ de bataille... La CIA pense que l'EI a la capacité de fabriquer des petites quantités de chlorine et de gaz moutarde". Comme disaient les anciens catholiques romains, Ite missa est !

Laurent Fabius n'avait pas l'autorité théologique de lancer une fatwa contre Bachar Al-Assad, à l'instar du grand imam de l'islamo-fascisme, Youssef Qaradaoui, lorsqu'il avait appelé, à partir de la capitale du respect des droits de l'Homme, Doha, au meurtre de Kadhafi. Mais il en avait l'hybris, si condamnable dans la mythologie grecque et si étrange dans la terminologie de la diplomatie universelle : "M. Bachar al-Assad ne mériterait pas d'être sur la terre" !
Isaac Goldberg, qui n'était pas diplomate mais écrivain, disait que "La diplomatie, c'est faire et dire les plus vilaines choses de la manière la plus élégante". Cette phrase de Laurent Fabius n'était pas vilaine mais abjecte, elle ne manquait pas d'élégance, elle était carrément stupide et ignoble. Il est vrai que sous le soleil ardent de ce mois d'août 2012, le chef de la diplomatie française visitait un camp de réfugiés syriens aux frontières syro-turques.
Visiblement très affecté par ce spectacle effectivement tragique, mais pas encore suffisamment informé du rôle machiavélique que le Frère musulman Erdogan a joué dans cet exode cruel et plus grave encore dans le soutien logistique aux barbares de Daech et d'Al-Nosra, M.Fabius a eu cette phrase mortelle, pas pour le chef d'Etat syrien qui lui a bien survécu, mais pour la diplomatie française qui aura beaucoup de mal pour s'en remettre... à moins d'un sursaut gaulliste... à Washington !
En remontant aussi loin dans la liste des ministres qui se sont relayés à la tête du Quai d'Orsay, on ne trouvera pas l'équivalent de M.Fabius. Il n'avait ni le talent perfide de Talleyrand, ni la majesté de Lamartine, ni l'aristocratie de Chateaubriand, ni l'authenticité d'un Gambetta, d'un Léon Blum ou d'un Mendès France, ni la roublardise d'un Edgar Faure, ni le patriotisme d'un Michel Jobert ou d'un Claude Cheysson, ni le gaullisme d'un Hubert Védrine ou d'un Dominique de Villepin, ni même le droit-de-l'hommisme d'un Bernard Kouchner. Monsieur Laurent Fabius fut tout simplement un ministre de son époque ! Désormais Président du Conseil constitutionnel, il a tout le temps de devenir un sage.

Paru dans Le Huffington Post, 22 mars 2016

"Le printemps tunisien...

Publié dans De par le monde
"Le printemps tunisien a détruit plus qu’il n’a construit"
 
Tour à tour journaliste, enseignant, chercheur, Mezri Haddad fut aussi ambassadeur de Tunisie auprès de l’Unesco, poste dont il démissionna peu avant la chute de Ben Ali. Quel que soit le pouvoir en place à Tunis, Mezri Haddad n’a jamais mâché ses mots. Ce qui lui a valu quelques traversées du désert.
Docteur en philosophie politique, auteur d’essais remarqués, il a longtemps mis en garde le monde contre l’inexorable et violente montée de l’islamisme qui accompagnerait, le jour venu, la fin des dictatures ou autocraties dans les pays arabes. L’histoire lui a donné raison et l’actualité ne le pousse guère, dans Le Figaro, à faire preuve d’optimisme.

 
Il y a cinq ans, le président Ben Ali fuyait la Tunisie. Depuis, la démocratie a-t-elle réussi à s’installer dans le pays ?
Contrairement à la légende médiatique, nous savons maintenant que Ben Ali n’a pas fui la Tunisie. Il en a été cordialement expulsé par des factieux au sein de l’armée et de la garde présidentielle à qui certains services étrangers ont fait miroiter le trône du César poignardé. Le 12 janvier 2011, soit deux jours avant l’expédition de Ben Ali à Djeddah, Hillary Clinton déclarait à partir de Doha : "Il faut aider Ben Ali à partir !" Certains généraux ont répondu à cet appel "patriotique" ! Quant à la démocratie, elle s’est bien installée comme type de gouvernement, mais pas comme fait social, pour reprendre cette nuance à Tocqueville. Au peuple qui criait famine, on a servi une soupe démocratique, des "droits subjectifs" à défaut de pain, de logement et de travail, qui étaient les principales revendications de la révolte sociale. Les gauchistes ont vite oublié les "droits objectifs" (économiques et sociaux), chers à leur prophète Marx.
 
Peut-on parler d’une exception tunisienne dans le monde arabo-musulman ?
Oui, si on la compare à la Libye ou à la Syrie ou encore au Yémen. Non, si on la confronte au Liban, au sultanat d’Oman ou au Maroc voisin. La seule comparaison qui tienne, et qui serait méthodiquement valable, est celle qui confronte le présent au passé, l’existant au révolu. En dépit ou plutôt en raison du despotisme éclairé et nécessaire de Bourguiba et de l’autoritarisme obscur et inutile de Ben Ali, la Tunisie fut un pays sécularisé, sécurisé, tolérant, socialement policé et économiquement prospère. Qu’est-il devenu aujourd’hui ? Socialement anomique, il s’est tchadorisé, s’est fragilisé sur le plan sécuritaire et il s’est économiquement ruiné. Mon pays est effectivement une exception puisqu’il est passé du modernisme bourguibien à l’islamisme dit "modéré". Le moins qu’on puisse dire est qu’il s’agit d’une "régression féconde", comme l’écrivait un sociologue arabe qui défendait l’islamo-fascisme en Algérie !
 
N’êtes-vous pas un peu trop alarmiste ? L’influence des islamistes, qui ont occupé le pouvoir, est-elle encore si forte dans la vie politique ?
Je suis un réaliste qui, plutôt que de se laisser éblouir par les décors phosphorescents, médite les leçons de l’histoire, observe les tendances lourdes qui sont à l’œuvre dans toutes sociétés et appréhende les effets d’agrégations induits par les grands bouleversements politiques ou sociologiques. Même si elle est occulte, diffuse et sournoise, l’influence des islamistes n’a jamais été aussi grande. L’entrisme trotskiste et le gradualisme gramscien dévoilent leur stratégie politique. En cinq ans d’amateurisme révolutionnaire, les Frères musulmans tunisiens ont réussi à phagocyter toutes les structures de l’État. Ils ont partiellement quitté le gouvernement, mais pas le pouvoir.
 
La Tunisie a été frappée par de violentes attaques islamistes. La sécurité est-elle mieux assurée aujourd’hui ?
Il faudrait plusieurs années pour retrouver la quiétude d’autrefois et réparer les dégâts que Moncef Marzouki (homme de gauche, président de la République de 2011 à 2014, NDLR) et ses acolytes islamistes et gauchistes ont infligé au pays en libérant de prison les criminels et en réhabilitant les terroristes, y compris les auteurs de l’attentat contre la synagogue de Djerba en 2002 et les mercenaires d’al-Qaida à Soliman en 2007. Les forces de police et l’armée font ce qu’elles peuvent et elles le payent de leur vie, mais l’insécurité et la criminalité se métastasent inexorablement parce qu’elles profitent de l’indulgence de certains juges et de la compromission d’une Assemblée nationale qui refuse encore aujourd’hui d’activer la loi antiterroriste de 2003.
 
Le chaos libyen vous inquiète-t-il ?
Évidemment. Mais les Libyens vous diront, non sans raison, que c’est le laxisme tunisien qui menace leur pays. Et pour cause : depuis 2011, la Tunisie est devenue le premier pays exportateur de main-d’œuvre islamo-terroriste aussi bien en Libye qu’en Syrie. Les rapports des Nations unies sont accablants pour le Tunisien que je suis. L’auteur du dernier attentat suicide à Zliten en Libye est un Tunisien, comme celui qui s’est attaqué à la mosquée de Valence, ou celui qui vient de se faire abattre devant le commissariat du XVIIIème arrondissement de Paris.
 
Le groupe État islamique a-t-il réussi à s’infiltrer en Tunisie ?
Avant d’être un territoire ou une armée de brigands et de mercenaires, l’État dit islamique est d’abord un état d’esprit, un atavisme religieux, une prédisposition psychologique et culturelle. Ainsi défini, l’État islamique ne s’est pas infiltré en Tunisie, mais il en fait partie depuis 2012. Il suffit d’un assaut sur nos frontières libyennes pour que les éléments intérieurs de Daech se réveillent de leur hibernation.
 
Beaucoup dénoncent le retour du clanisme avec le président Caïd Essebsi ? Est-ce une réalité ?
Il y a de l’exagération dans cette suspicion comme dans la crainte fantasmatique d’un retour à l’ancien régime. Ce qui est inquiétant en Tunisie n’est guère le clanisme, mais le régionalisme et le tribalisme avec lesquels jouent certains irresponsables de l’opposition.
 
L’Europe et plus particulièrement la France avaient promis d’aider la transition démocratique. Tiennent-elles leurs promesses ?
Pas du tout. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Les Tunisiens ne peuvent compter que sur eux-mêmes.
 
Était-ce judicieux de parler d’un "printemps arabe" en 2011 quand on voit le désordre qui règne dans les pays qui ont été secoués par une révolution ?
Partout où il s’est manifesté, le fameux "printemps arabe" a tourné au cauchemar islamiste pour certains, à la ruine et à la désolation pour d’autres. Partout, y compris en Tunisie que l’on présente comme le bon paradigme révolutionnaire et auquel l’on décerne le prix Nobel de la paix faute d’effacer sa dette extérieure devenue vertigineuse en moins de 5 ans et de soutenir son économie aujourd’hui agonisante, le "printemps arabe" a détruit plus qu’il n’a construit. En 2011, des intellectuels, des journalistes, des droits-de-l’hommistes et autres printologues bénissaient ces révoltes et annonçaient la naissance d’un homo-arabicus démocrate et civilisé. Par un caprice de l’histoire, c’est un homo-islamicus qui est né, y compris en France. D’abord sous l’appellation fallacieuse d’islamiste modéré, ensuite sous son vrai visage de daéchien barbare.
 
Faut-il redouter une explosion de l’Algérie ?
Je ne la souhaite pas, mais rien n’est impossible même si le haschich du printemps arabe a perdu de son pouvoir dopant. Les Algériens ont déjà connu la décennie noire de l’islamo-fascisme et ils ne sont pas près de la revivre. Même physiquement affaibli, tant que Bouteflika sera là et qu’une armée patriotique veillera à l’unité et à la défense de la nation, l’Algérie sera à l’abri des grands séismes géopolitiques.

Envoyé par l'auteur, paru dans Le Figaro, 14 janvier 2016, interviewé par Yves Thréard.
Dossier "Cinq ans après, le désastre des printemps arabes".
 

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