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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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Pensées sur la Chine

Publié dans De par le monde
Pensées sur la Chine
 
J’ai été jury, voici peu, dans une soutenance où un étudiant asiatique présentait un travail de recherche sur le Parti communiste chinois. Cet excellent écrit fut pour moi l’occasion de renouveler des réflexions, dont je voudrais vous faire part. Je ne chercherai pas à les articuler en système. Prenez-les telles qu’elles sont, comme de simples "pensées". J'ai mis en plus petit ce qui vient plutôt de moi et en caractères ordinaires ce que m'a rappelé le thésard.
 
1.   Le PC chinois compte 83 millions de membres. Il est divisé en deux factions principales. Ces deux groupes sont la "ligue populiste", Hu Jintao à sa tête, et la "ligue des élites", qu’avait fondée Jiang Zemin. La première représente plutôt les campagnes et l’intérieur du pays ainsi qu’un principe d’égalité, la seconde est plus libérale et représente les côtes, plus riches et développées. Aucune des deux factions ne souhaite aujourd’hui l’élimination de l’autre, à la différence du temps passé, où les purges se succédaient dans le parti. Elles préfèrent alterner au pouvoir et se le partager. Par exemple, l’actuel chef de l’Etat, Xi Jinping, appartient à la ligue des élites, et le premier ministre, Li Keqiang, aux populistes. Mon étudiant écrit : "Chacun est le représentant d’un clan dans le PCC. Cette répartition du pouvoir peut être appelée le système de ‘1 parti, 2 clans’."
Chacun comprend que ce système de parti unique en deux factions solidaires pourrait aisément évoluer, au besoin, en système où les deux factions se constitueraient en deux partis solidaires, sans qu’il y ait rien de changé à la politique, sauf qu’ils s’écharperaient pour la forme et que les Chinois enfin appelés à voter démocratiquement pour l’une des deux factions, auraient l’impression d’avoir plus de choix qu’aujourd’hui. Toute ressemblance avec d’autres situations dans le monde serait purement fortuite.
 
2.   L’Occident a pensé que le passage au capitalisme à partir du président Deng s’accompagnerait d’une évolution des mentalités dans le sens d’une occidentalisation et du libéralisme. C’est relativement vrai pour ce qui est de l’occidentalisation du mode de vie. C’est faux pour ce qui est du libéralisme. Ce qui émerge au contraire de l’occidentalisation, c’est le nationalisme, qui est un trait caractéristique et quasi unanime de la Chine contemporaine.
Ceci était prévisible, puisque c’est ce qui s’est produit en Europe avec la modernisation dans les siècles derniers. C’est aussi ce qui s’est passé au Japon entre les deux guerres mondiales, où le nationalisme et le militarisme l’ont emporté sur le début de démocratie libérale, notamment quand la crise mondiale a stoppé la croissance japonaise. En Chine, les mentalités encore très terriennes et conservatrices d’un peuple solidaire et traditionnel, malgré la rudesse de la révolution communiste, ne vont pas se dissoudre dans l’individualisme libéral, sans passer durant au moins une génération et probablement deux par l’étape du nationalisme.
De plus, les peuples les plus libéraux sont aussi ceux qui ont les institutions les plus aristocratiques. La Chine, Etat plurimillénaire, gouverné depuis toujours par une élite de hauts fonctionnaires, conservera probablement sa structure étatique. Comme la France, sa vision nationale restera incarnée par une élite plus ou moins éclairée s’appuyant sur la puissance de l’Etat.
 
 
3.   Chacun a lu ou entendu dire que la démocratie était une condition nécessaire de la croissance économique, et qu’un régime autoritaire était un facteur de stagnation.
C’est évidement faux en ce qui concerne la Chine. En France, c’est la dictature de Napoléon III qui a effectué la grande modernisation économique du XIXème siècle. Douze mois de gouvernement par un homme à poigne, tel que le général de Gaulle, ont accompli en France les réformes qui ont permis l’une des périodes les plus prospères de notre histoire. Et aujourd’hui, quelles sont les perspectives de notre système démocratique ? Peut-on raisonnablement espérer autre chose que le statu quo mortel, avec comme unique alternative un populisme brouillon et jacobin ?
 
4.   Il y aurait 83 milliardaires dans l’Assemblée Nationale de la République Populaire de Chine. Tous membres du Parti communiste. Le Président Xi Jinping est le fils d’un Vice Premier Ministre de Mao Zedong. On nomme en Chine l’ensemble de ces héritiers le "groupe des princes".
Faut-il sourire ou essayer de comprendre ? Le communisme et Marx sont "de vieilles idoles, qu’on encense par habitude", comme disait Montesquieu. Mais, il en va de même en France pour tout un ensemble de grands principes républicains, qui ne représentent plus rien et dont les juristes se servent pour déduire pompeusement que nous vivons dans le système le plus juste possible. De l’égalité absolutisée, quand on a un peu d’audace, on commence par déduire le communisme. Puis, quand on s’est embourgeoisé et que l’on se plait dans l’inégalité et le confort, on préfère en déduire le mariage homosexuel. Les dirigeants veulent croire qu’ils continuent à croire en quelque chose en quoi ils ne croient plus. Ils n’y croient plus, mais ils tiennent à faire semblant de continuer à y croire, non parce qu’ils sont cyniques, mais parce qu’ils y tiennent, comme à un souvenir de jeunesse, ou au marxisme de leur jeunesse. Ne les croyez pas cyniques. Ecoutez Valls, par exemple, parler de la République et du socialisme : c’est clair qu’il a envie de continuer à croire qu’il y croit. Ce serait dommage de le détromper. 
 
5.   Le Parti communiste chinois a réussi à se maintenir au pouvoir, tout en préservant l’indépendance de son pays et en réalisant une énorme croissance économique et montée en puissance politique. Il s’efforce de mener une politique culturelle visant à contrer les effets démoralisants de l’enrichissement rapide et de l’occidentalisation bas de gamme, en particulier en réhabilitant Confucius et en luttant contre la corruption. L’athéisme d’Etat n’a plus guère de sens, même si l’esprit antireligieux reste en Chine pour les pouvoirs une façon de se dire que le marxisme n’est pas tout à fait une coquille vide.
L’athéisme : voilà un article progressiste qui ne mange pas de pain. Comme chez nous le mariage gay. Je ne suis pas certain que ce qui se passe en Chine soit de nature à surprendre un Français attentif et judicieux. La gauche française a toujours été comme ça. L’ouvrier français a attendu de Gaulle, 1945 et les démocrates-chrétiens, pour jouir des assurances sociales que Bismarck avait accordées à l’ouvrier allemand autour de 1885, et que lui ont constamment refusées soixante-dix ans de pouvoir républicain progressiste et radical-socialiste. "Ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent donc du curé". Ajoutons que les Chinois seraient peut-être un peu plus bienveillants avec le christianisme, si les missionnaires évangélistes n’étaient pas aussi souvent dans le monde des faux nez de la CIA.
 
6.   Quelle est la nature de la classe dirigeante chinoise ? Ce sont des hauts fonctionnaires, unis par le souvenir d’avoir adhéré jadis à une philosophie progressiste, et qui dominent l’économie de leur nation. Ils ont pris le modèle capitaliste de leurs rivaux Américains, moyennant quoi, ils sont restés au pouvoir.
Y a-t-il une si grande différence avec la classe de nos Enarques ? Culturelle, certes, parce que les dirigeants chinois sont pour la plupart de vrais esprits scientifiques et ingénieurs qu’on n’a pas nourris à la salade sauce Science-Po. Et ils ont bien plus de succès, car il y a encore de la croissance en Chine, et leur pays a développé une vision du monde et reste une puissance souveraine.
On rapporte que Bush Ier parlant à Deng des droits de l’Homme, celui-ci lui aurait répondu : "L’un des premiers droits de l’Homme est d’émigrer. Combien de dizaines de millions de Chinois êtes-vous prêt à accueillir aux Etats-Unis ?" Le Président américain, humaniste mais pragmatique, aurait changé de sujet. Si les Chinois avaient les Droits de l’Homme et la démocratie, cela permettrait une plus forte pénétration des intérêts américains dans la société chinoise, mais on ne pourrait pas empêcher que les Chinois ne se répandent démocratiquement au dehors, venant constituer de puissantes communautés dans les grandes nations occidentales. On protestera donc contre les violations des Droits de l’Homme en Chine, tout en priant le Ciel qu’il ne fasse surtout rien susceptible d’en arrêter la violation.  
On a l’impression que Washington ne sait sur quel pied danser, face à la Chine, ni trouver le ton juste et l’action cohérente – trop mou pour ce qu’il a de dur, trop dur pour ce qu’il a de mou. Il aimerait bien voir tomber le régime qui tient la Chine libre et puissante, et il fait la guerre à ce pays de toutes les manières indirectes possibles (voyez le dernier livre du géopoliticien très lu en Russie et en Chine William Engdahl, Target : China), parce que c’est conforme à une vieille habitude hégémonique dont il ne se défera jamais ; mais, en sens inverse, la révolution en Chine serait autant un cauchemar aux conséquences ingérables pour Washington.   
Je crois que si la France était ce qu’elle a à être, elle pourrait entrer avec la Chine dans un dialogue extrêmement constructif. La première condition serait qu’elle redevienne elle-même et cesse de se dissoudre dans un européisme de plus en plus inconsistant.

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Après les attentats islamistes...

Publié dans En France
Après les attentats islamistes du 13 novembre 2015 à Paris
 
Après les attentats sanglants qui ont massacré Paris le vendredi 13 novembre 2015, une fois hommage rendu aux malheureuses victimes, une fois prié pour notre pays, il convient de comprendre.
Replacer l’événement dans l’image d’ensemble du monde tel qu’il est.
 
Le terrorisme islamiste, auxiliaire de la politique impériale
Depuis la guerre russo-afghane des années 1980, Washington utilise l’extrémisme islamiste comme auxiliaire privilégié au service de sa politique impériale. L’Empire, en véritable pompier pyromane, suscite d’une part des crises islamistes au sein des nations qu’il souhaite déstabiliser, et d’autre part trouve dans ces mêmes crises la justification nécessaire pour ses multiples interventions. Il pousse l’islamisme, par l’intermédiaire d’alliés, quitte à le frapper, s’il va trop loin ou sort de son rôle.
Ce partenariat innommable s’est considérablement développé et métamorphosé depuis la fourniture de missiles sol-air aux Moudjahidines afghans. Il culmine aujourd’hui dans la suite de ce que les médias ont un temps appelé le "printemps arabe", qui a vu la montée en puissance des islamistes dans de si nombreux pays.
L’objectif de cette politique est celui de tout empire : diviser pour régner.
Comme l’empire britannique à son époque, les Etats-Unis cherchent à faire s’affronter les puissances industrielles continentales : Europe, Russie et Chine, tout en s’alliant à la plus faible et la plus dominée de ces puissances : l’Europe.
Dans ce cadre, le terrorisme islamiste permet de frapper les adversaires et de déstabiliser leurs alliés, de resserrer toujours plus les liens avec une Europe réticente par la menace de la subversion et l’exploitation de l’émotion, afin de l’engager toujours plus dans une politique destructrice pour elle.
  
Les fautes de la classe dirigeante française
Face à la politique islamiste de Washington, par inconscience, par habitude de pensée, ou par lâcheté, nos dirigeants n’ont pas pris la mesure de la situation, et n’ont pas défendu les intérêts vitaux de la nation.
Ils ont commis une longue liste de fautes :

1 - La politique étrangère de la France est favorable aux monarchies du Golfe qui, en plus de prôner un Islam rétrograde et extrémiste, financent ouvertement l’islamisme. L’objectif de cette politique est notamment de trouver des investisseurs dans la dette nationale. Mais mettre notre pays en état de dépendance financière envers ces nations est une faute. De plus, et ce n’est pas l’aspect le moins grave,  cette politique envers les monarchies du Golfe est indigne de la France. Elle est vécue comme une trahison par nos partenaires traditionnels laïcs en Méditerranée et par les chrétiens d’Orient. Elle scandalise la majorité des musulmans de notre pays et d’ailleurs qui rejettent l’islamisme.
2 - Notre classe dirigeante laisse des puissances ouvertement islamistes investir dans le "culturel" dans certaines de nos banlieues pauvres, développant ainsi un réservoir potentiel de chair à canon parmi les plus pauvres et les plus vulnérables des Français.
3 - Soucieuse de séduire un électorat musulman assimilé à tort à l’intolérance islamiste, notre classe dirigeante interdit tout ce qui fait la grandeur culturelle et spirituelle de la civilisation européenne : la religion chrétienne et la grande philosophie des Lumières. Elle remplace cette civilisation par des folies libertaires et postmodernes qui sont indignes de notre pays. Cette culture libertaire fait l’objet d’un rejet profond chez ceux qui ne sont pas soumis au conditionnement social et moralisateur de nos médias.
4 - Par idéologie et par hostilité idéologique à toute forme d’autorité, nos dirigeants ont abaissé - auprès des islamistes - l’autorité de l’Etat, en décrédibilisant les forces de l’ordre et la justice.
5 - En soutenant, par soumission au directives américaines, une guerre contre Assad qui n’est pas celle de la France, ils ont armé les terroristes, préparé leur retour en France et portent une part de la responsabilité des drames actuels et futurs.  
 
La France a besoin de corriger ces fautes
Notre pays doit casser toute influence des puissances islamistes sur notre territoire, et leur enlever tout levier d’influence sur nous, notamment en matière financière. Les pays qui soutiennent l’islamisme doivent être avertis qu’ils se placent objectivement en état de guerre avec la France. Nous devons cesser de financer et soutenir tout réseau islamiste, notamment en Syrie.
En matière de politique étrangère, nous devons nous poser à nouveau la question de nos alliances.
Dans cette guerre, notre société doit s’endurcir, dans son armée et dans ses forces de l’ordre. Cela demande de développer une politique de défense, et de penser le monde en termes de puissance, ce que ne fait plus notre classe dirigeante depuis trop longtemps.
Les agents des islamistes doivent savoir qu’ils ne pourront jamais se prévaloir de l’état de droit et en abuser pour détruire la France. Pour autant, il serait absurde de détruire les libertés constitutionnelles de tous les citoyens pour répondre à la menace terroriste, comme le fait en partie l’exécutif américain.
 
La France doit se réformer pour peser à nouveau dans la construction européenne
La légitimité première et irremplaçable d’un pouvoir politique, c’est la sécurité, bien avant tout le reste. Sous cet angle, l’Union européenne apparaît dépassée et inutile. Elle date d’une époque révolue où les pays européens vivaient un déclin tranquille, sous le patronage d’un empire américain alors plus puissant et moins cynique qu’aujourd’hui.
Retranchée dans son moralisme, quelle sera la réponse bruxelloises à la guerre islamiste ? Probablement une nouvelle couche de bureaucratie limitant encore plus la liberté des citoyens et la souveraineté des nations. Peut-être des absurdités comme l’entrée dans l’UE de la Turquie, pourtant l’un des principaux soutiens des milices islamistes en Syrie.
Les Français ont commencé à se désintéresser de l’Europe quand la France a commencé à décrocher économiquement de ses partenaires, et notamment de l’Allemagne. Ce décrochage est la conséquence d’une politique conservatrice et bureaucratique inadaptée à l’évolution du monde.
Pourtant, la France réformée peut retrouver une dynamique économique formidable qui lui redonnerait un rôle moteur en Europe. Alors, l’Europe pourrait devenir autre chose qu’une bureaucratie ou un moralisme budgétaire sans vision ni grandeur, à la hauteur des enjeux.
Mais sans rebond économique de la France, sans réforme de ses institutions et libération de sa créativité, il est illusoire de vouloir peser sur l’Allemagne. L’Europe restera donc un vassal impuissant de Washington, tenu par une menace islamiste qu’elle s’interdit de combattre, et dominé par une Allemagne névrosée.
 
Les évolutions du monde musulman
Les musulmans de France sont comme les musulmans d’Egypte, ou les musulmans de Tunisie. Dans leur immense majorité, ils ne veulent pas des islamistes, et ils s’en débarrassent toutes les fois que Washington ne parvient pas à les maintenir au pouvoir.
Car l’idée que l’islamisme est en progrès irrémédiable est fausse.
L’islamisme pèserait infiniment moins sans l’argent du Golfe et sans l’accord de Washington,
L’islamisme pèserait infiniment moins si notre pays était fidèle à sa culture et rejetait le nihilisme d’État, qui est un facteur de radicalisation majeur. Car c’est par attachement à cette culture universaliste, rationnelle et spirituelle, que de nombreux musulmans ont quitté leur pays pour devenir Français. Ils se sentent trahis, au moins autant que les catholiques, par notre classe dirigeante qui renie son histoire et sa culture. 
L’islamisme pèserait infiniment moins si notre pays, en adoptant les grandes réformes économiques dont tout le monde parle depuis trente ans, retrouvait l’esprit d’entreprise et la prospérité sans quoi aucune société libre ne perdure.
La barbarie islamiste est pour les musulmans, encore plus que pour les chrétiens ou les laïcs, un élément de remise en question, de progrès et de renouveau spirituel.
Le pape comprend ces sentiments et tente d’éviter une confrontation massive et artificielle entre religions, qui ne profitera qu’à l’Empire. Mais des forces mauvaises font clairement la politique du pire. 
 
Les prochaines étapes
Il est probable qu’il ne se passera rien. Certes, les conseillers en communication travailleront pour aider leurs clients politiques à profiter des événements tragiques. Certes, nos dirigeants trouveront des mots forts pour se scandaliser.
On débattra sans conséquence, il y aura des élections avec des vainqueurs et des perdants. On votera des mesures qui donneront à l’État jacobin des pouvoirs policiers sans limite sur n’importe quel citoyen, mais l’on se gardera bien de demander à la police de faire son métier avec les islamistes.
On déploiera une rhétorique de guerre contre l’État islamique. Mais nos services cesseront-ils seulement de soutenir les islamistes qui font la guerre à Bachar el Assad en coordination avec l’ISIS ? La guerre en Syrie, est une guerre entre les États-Unis et la Russie pour la domination au Moyen-Orient. Que les morts parisiens nous aident à concevoir notre politique étrangère avec moins de légèreté.
Pourtant nous voyons qu’une longue lutte commence contre l’islamisme en France. Cette même lutte déchire aujourd’hui le monde musulman, qui se polarise, déchiré entre une islamisation galopante et désespérée, et une sécularisation profonde. Nous ne pouvons plus espérer éviter cette confrontation, ni en sortir sans nous battre.
Dans cette lutte, la France doit passer une alliance militaire, mais aussi culturelle, avec les musulmans éclairés et laïcs, afin de combattre les islamistes. Soit exactement l’inverse de ce qu’elle a fait depuis si longtemps.
Cette lutte fait partie des terribles enjeux de notre pays dans les années à venir, avec la réforme de l’État jacobin, la reconstruction du système social et la libération des forces créatives.
Rien n’évoluera à court terme. Pourtant le monde change. Plus la France attend avant de se réformer, plus la transition sera tragique. Les morts de vendredi nous montrent que les erreurs politiques se paient dans le sang.

Paru sur www.henrihude.fr

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Publié dans De par le monde
Relire Machiavel
 
Plusieurs personnes m’ont demandé ce qui se passe en Syrie. Je leur ai répondu que j’étais philosophe, pas géopoliticien ! Mais, comme elles insistaient, je leur ai répondu ce qui suit. En substance que pour comprendre le monde, il faut toujours partir des concepts classiques, pérennes et universels, tels qu’on en trouve, par exemple, dans la République de Platon, la Politique d’Aristote, le Prince de Machiavel, l’Art de la prudence de Gracian, les Pensées de Pascal, ou les Caractères de La Bruyère.
Pour être sage et sensé, il faut accepter d'être modeste, car "tout est dit et l'on vient trop tard" pour inventer les vérités premières. 
 
La théorie qui marche (= qui rend compte des phénomènes)
Avant tout, il faut être juste et se préparer à servir le bien commun. Mais beaucoup de peuples et de régimes, de dirigeants (et de dirigés) n’en ont aucun souci et ne cherchent que leur intérêt particulier et la satisfaction de leurs passions. Dans cette mesure, la politique mondiale est le grand jeu de la volonté de puissance. Celle-ci n’a pas d’autre but que la puissance et toujours plus de puissance, jusqu’au maximum de la puissance.
Les idéologies et même les religions sont alors, dans cette même mesure, des masques pour les ambitions. Mais elles ne sont pas que du vent. Elles fournissent des cadres intellectuels qui structurent l’action, ou parfois la décomposent. Il ne faut pas les presser beaucoup pour qu’elles fournissent des justifications à toutes les entreprises. L’hypocrisie joue un rôle immense en politique, mais aussi dans les âmes. Celui dont l’idéologie est asservie à la volonté de puissance a quand même besoin de se dire qu’il sauve le monde.
De plus, l’idéologie inclut souvent une idée très inadéquate de l’homme, qui conduit à des perceptions trop partielles ou trop superficielles de la réalité humaine. De là de dramatiques erreurs d’appréciation et de calcul, qui mènent à leur perte les sociétés qui manquent de sagesse classique et de sens commun.    
Le maximum de la puissance, c’est l’empire. Théoriquement, l’empire universel pourrait apporter, à la limite, l’unité du genre humain et la paix universelle. Pratiquement, l’empire n’est jamais, plus ou moins, que la domination de plusieurs nations par l’égoïsme démesuré d’une seule. Pragmatiquement, un empire peut représenter un moindre mal, par rapport à une anarchie sanglante, ou à un enfermement insignifiant de chaque groupuscule sur un minuscule territoire.
 
L’idéalisme est une sottise en politique. Le cynisme en est une autre
Si tout le monde est l’ennemi de tout le monde, tout le monde est virtuellement l’allié de tout le monde. Il y a aussi intérêt à paraître moral (Machiavel, Le Prince, ch. XVIII). Mais pas seulement. Il y a aussi intérêt à l’être. Et on ne peut l’être durablement que si on l’est non par intérêt, mais parce que c’est beau. Le pouvoir, c'est la confiance. L’honnêteté donne le pouvoir d’arbitrage. Il y a des dirigeants décents. Et ils ne perdent pas toujours. A condition d’avoir lu Machiavel, et perdu toute naïveté, mais sans pour autant être devenus machiavéliens.
De fait, rien ne peut marcher dans le monde humain sans une culture décente, inculquant le respect de la loi naturelle de paix, excluant mensonge et violence, valorisant la bienveillance, le respect d’autrui, la considération pour l’homme. Tout ceci va en général avec un ensemble de croyances qui ont fait leur preuve en matière de pouvoir civilisateur. Le monde ne serait qu’une jungle, sans le rayonnement de Jésus-Christ, de Bouddha, de Mencius, Lao-Tseu ou Confucius, et d’autres moins connus.
Il reste que, pour comprendre l’actualité géopolitique, il faut d’abord la voir avec le regard de l’Empire. C’est la première clé de lecture. Ensuite, il faut voir le monde selon les yeux des puissances qui contestent la domination impériale. Il faut affiner la vision d’ensemble par la connaissance suffisante des situations particulières. Enfin, il faut mitiger ce réalisme assez brutal par la considération fine et particulière des caractères, sans quoi il se réduirait à un cynisme sommaire et inefficient.
 
Application : le point de vue de l’Empire
Pour comprendre la politique mondiale, il faut partir d’un centre, qui est Washington (et New-York) et des réactions à l’action de
ce centre. Cette action vise à la promotion universelle de l’impérialisme de Washington, qui depuis le début, a toujours essayé, et parfois à raison, de se faire passer pour la promotion de la démocratisation libérale.
Cette promotion de l’influence de l’Empire vise, comme l’empire romain en son temps, comme les empires coloniaux européens au XIXe siècle, à abaisser les nations (Nations modernes, comme la France, ou nations tribales, comme les Zoulous).
 
Ainsi, les États-Unis ont-t-ils poussé à la construction européenne, construction bureaucratique et impuissante, restreignant les souverainetés nationales, où l’Empire peut manœuvrer librement et pousser ses intérêt. Nous avons là l’une des raisons de la construction européenne, pas la seule, mais certainement celle qui compte le plus vue de Washington.
Mais revenons-en à l’Orient.
Parmi les tribus soumises, le colonisateur choisit d’en favoriser une, qui lui servira à dominer les autres, sans pour autant lui permettre de prendre la tête d’une fédération anticoloniale. Les tribus, d’ailleurs, rivalisent souvent pour jouer ce rôle et les chefs de tribus sont avides de remplir cette fonction en général lucrative. Le caractère de Merkel, par exemple, et son action, peuvent en partie se comprendre selon ces règles.
 
Il faut savoir voler "avec des idées simples", "vers l’Orient compliqué", comme disait De Gaulle
La politique au Moyen-Orient, inextricable dans le détail, et en certains cas absurde, peut se comprendre pourtant dans ses grandes lignes à partir d’un fait central premier (combiné à des "faits essentiels seconds" - tels que, par exemple, la priorité du problème kurde pour Ankara).
Voici le fait central premier : il existe une alliance objective entre Washington et ce qu’il y a de pire dans le monde musulman.
Cette alliance est née dans les années 1980, pendant la guerre d’Afghanistan, et depuis, elle n’a pas cessé de se renforcer et de se diversifier.
Ce fait central est tout à fait attristant, surtout pour ceux qui ont lu Alexis de Tocqueville, ou les Federalist Papers, ou les écrits d’Abraham Lincoln, et qui apprécient la civilisation américaine en ce qu’elle a, ou surtout eu, de meilleur. Ce fait central est évidemment occulté par tous ceux qui sont aux ordres de Washington, ou qui, raisonnablement parfois, en ont peur.  
Ce "pire de l’islam" constitue pour Washington une alliance de revers indispensable. Elle est clé par ses effets sur une zone riche en pétrole et sur le dollar, et car elle permet la justification de dépenses d’armements sans fin et sert de prétexte à de nombreuses interventions militaires. Elle est une "alliance de revers" permettant d’intimider, ou d’enrégimenter, ou au besoin de subvertir,  tous ses rivaux potentiels : Europe, Russie, Inde et Chine.
Pour des raisons évidentes, cette alliance est inavouable de part et d’autre, et il est malvenu d’en parler, surtout quand on est journaliste. Entre la sécurité de l’emploi et la vérité, beaucoup paraissent avoir fait leur choix.
 
Aux temps du roi François Ier, la France avait besoin des Turcs contre l’empire Habsbourg. En conséquence, la Hongrie a été conquise par les Turcs, qui l’ont opprimée pendant deux siècles. L’alliance avec le Turc faisait scandale en France. Mais en ce temps-là, le roi se moquait de l’opinion publique. Aujourd’hui, François Ier ferait comme Washington. Il ferait semblant.   
Pourtant, cette alliance fonctionne. De là ces coalitions anti-islamistes de façade et inopérantes. De là ces guerres qui ont pour objet principal de changer des régimes indépendants de Washington, et qui s’opposent à l’extrémisme. De là aussi l’importance de la propagande, avec ses mensonges, la multiplication des actions spéciales et secrètes, et la saleté de la guerre terroriste.

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