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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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Sur la question des migrants

Publié dans A tout un chacun
Sur la question des migrants
 
Il faut distinguer et ne pas confondre la question de ces migrations et le problème de l’immigration
Rendus possibles par les moyens modernes de transport, les phénomènes d’immigration massive ne sont qu’un aspect de la mondialisation économique libérale. A la liberté de circulation des biens, services, matières premières et capitaux à travers le monde et à leur mise en concurrence sur des marchés globaux des biens, matières premières, ou capitaux, correspond nécessairement la liberté de circulation de la main d’œuvre dans le monde et la mise en concurrence de tous les travailleurs et groupes de travailleurs sur un seul marché global du travail.
 
Ces phénomènes posent des problèmes de justice. En effet, comme il est impossible d’organiser des assurances sociales au niveau mondial, cette liberté de circulation des travailleurs fait entrer les peuples dans une concurrence sociale, car tout système de solidarité, établi au niveau national rend les travailleurs de cette nation moins compétitifs sur le marché mondial. De là dans ces pays doté d’un système social généreux, une pression à l’érosion de la solidarité sociale, à l’évasion des capitaux et à la destruction progressive des emplois salariés, surtout industriels... La théorie économique libérale (avec sa théorie des avantages comparatifs, notamment) explique que ce phénomène est globalement positif. Ce qui est certain, c’est l’opportunité pour l’individu riche, l’investisseur, de faire jouer la concurrence entre les peuples de travailleurs. C’est dans ce contexte que l’immigration massive de travailleurs étrangers, ou simplement de candidats aux prestations sociales, accroît la pression à la baisse sur la solidarité, les salaires et l’emploi. Elle est l’autre façon de faire baisser les coûts salariaux. Soit on délocalise les emplois trop chers, soit on fait venir des travailleurs qu’on pourra payer moins cher. De plus, l’opposition entre les travailleurs nationaux et les travailleurs étrangers ou immigrés est une aubaine pour les ploutocrates, qui permet de 1/ faire passer pour des xénophobes dans les médias les travailleurs nationaux victimes du libéralisme sauvage, et 2/ aggraver les préventions contre les immigrés et opposer entre elles deux catégories de salariés dont les intérêts économiques sont convergents. Divide et impera.
Comment peut-on concilier, dans un monde ouvert, autrement que par un compromis social-démocrate dépassé, marché et solidarité ? C’est toute la question, à laquelle, pour ma part, je me suis attaqué dans un livre intitulé
Philosophie de la prospérité. Marché et solidarité.  
 
Les grandes migrations de peuples
Le phénomène des migrants syriens, libyens, irakiens, sahéliens, etc. relève d’une autre problématique, moins économique que politique. C’est celle des Völkerwanderung, comme disent les Allemands, mot à mot "les migrations de peuples", mot composé qui se traduit en Français par "les grandes invasions". Cette dualité d’expressions suffit à résumer le problème, vu de chacun des deux côtés en présence.
Schématiquement, entré en mouvement au fin fond de l’Asie, un peuple X pousse vers l’Ouest un peuple Y, qui pousse un peuple Z, qui pousse les Germains, qui pénètrent dans l’Empire romain. Tantôt ce sont des groupes massifs qui se présentent aux portes, tantôt c’est une entrée continuelle au goutte à goutte – qui, elle, peut relever aussi, ou plutôt, de la problématique d’immigration. L’Empire réagit diversement. Soit il les arrête et les massacre, soit il les repousse et les renvoie d’où ils venaient, soit il essaye de les fixer et de les mettre à son service. C’est ainsi que les Francs gardaient la frontière nord-ouest des Gaules romaines.
Si le processus n’est pas maîtrisé, l’Empire romain tombe et laisse place au Haut Moyen-Âge. Clovis, roi des Francs, était un officier romain, qui, à la tête d’une sorte de légion étrangère impériale composée de Francs, a fait une sorte de coup d’Etat militaire dans une province de l’Empire, la Gaule.
 
Dans le cas présent, la guerre en Syrie et en Irak jette sur le chemin de l’exode une masse de gens, qui entrent dans l’Union européenne.
Sans doute est-ce une situation complexe, car la migration en cours permet à des candidats à l’immigration clandestine d’espérer un statut de réfugié politique. D’autre part, l’occasion est trop belle pour les ennemis de l’Europe, organisations terroristes ou puissants Etats, d’y infiltrer en grand nombre des agents dormants, qui se réveilleront sur ordre le jour venu. Mais enfin, la plupart de ces gens sont des fugitifs. Le régime syrien ayant subi des revers ces derniers mois, beaucoup de familles ont préféré fuir, avant qu’il ne fût trop tard, la férocité des fanatiques de l’Etat islamique.
Les discussions autour de la question "accueillir ou pas", "ouvrir ou fermer", sont normales, dans ces conditions. Mais la principale question politique est de savoir s’il est possible d’arrêter cette guerre, ou plutôt cet ensemble de guerres, qui sont la cause de la migration en cours.
 
Le Grand Echiquier
Le premier moteur de la crise des migrants c’est la guerre, et cette guerre a ses origines dans la politique de grandes puissances qui se combattent par procuration en Syrie.
Le regretté Hervé Coutau-Bégarie m’exposait un jour le principe permettant d’appréhender la situation d’ensemble et durable, dont les médias au jour le jour ne nous donnent à voir que des fragments et des instantanés. 
Ce principe est le suivant : les USA font (avec les meilleures intentions du monde ou cyniquement, Dieu seul le sait) une politique hégémonique camouflée en politique libérale universaliste. Leur jeu, sur le "grand échiquier" (The Grand Chessboard), est de maintenir leur pouvoir en évitant l’émergence d’un rival global. A cette fin, l’islamisme est l’alliance de revers aussi indispensable aux U.S. que les Turcs l’étaient au Roi de France contre l’Empereur Habsbourg. Ou encore, le même Roi de France, frappait les Protestants quand ces derniers contrariaient sa politique, mais en même temps les soutenait et les utilisait au dehors, parce qu’ils jetaient l’Allemagne dans le chaos.

Ce principe, illustré par ces précédents, permet de comprendre comment les USA ont une relation ambigüe avec les islamistes, qui affichent leur haine du "Grand Satan", mais nuisent exclusivement aux adversaires des USA (Kurdes, Etats nationaux laïques, etc.). Les islamistes et eux seuls peuvent en effet menacer de semer le désordre en Inde, en Russie, en Chine et en Europe.
Le monde musulman, laissé à lui-même, ne demanderait peut-être qu’à se moderniser et à se développer, mais en ce cas, il évoluerait dans le sens de la formation de nations indépendantes qui penseraient à leurs intérêts et non à ceux des Etats-Unis. Il semble que les seuls alliés que recherchent les Etats-Unis dans le monde musulman, ce sont les régimes les plus rétrogrades. C’est pourquoi les monarchies pétrolières, elles, ont le droit de commettre des atrocités au Yémen (1), d’étouffer des rébellions au Bahreïn, de discriminer leur minorités chiites, etc.
L’alliance de Washington avec les islamistes ne s’explique pas tant par le pouvoir et les profits du pétrole, que pour assurer le privilège du dollar, servir de prétexte à des armements démesurés, et justifier sa "protection" à ses alliés apeurés. Et ces barbus barbares, en empêchant tout régime sérieux de s’établir dans ces régions vitales, garantissent la continuation de ce jeu.
 
En face de cette politique impériale et des monarchies du Golfe ses alliés, se dressent des politiques d’indépendance nationale, et des régimes qui cherchent à conserver leur pouvoir. Le régime syrien en premier lieu, puis son patron et protecteur, l’Iran, dont les coreligionnaires souffrent en premier lieu de l’émergence de l’extrémisme sunnite. Puis enfin la Russie, probablement la seule puissance militaire au monde capable de s’opposer à l’empire américain, et qui reprend une partie de l’ancienne politique de l’union soviétique, en se rapprochant de certaines nations arabes (2).
Washington finit par se rendre compte que cette politique ne conduit qu’au chaos et qu’elle serait donc sans valeur, sauf dans le cas où le but politique serait précisément le chaos. Ses dirigeants ne sont plus tellement d’accord entre eux, témoin en est le désaccord public sur la politique envers l’Iran. Mais, l’inertie d’un tel paquebot est si importante, qu’il est probable que la politique étrangère ne changera pas substantiellement avant longtemps.
 
Perspectives politiques ?
Dans ce conflit, la France, comme l’Europe, ne pèse pas. Elle suit mollement la politique américaine dans des régions où pourtant autrefois son prestige était grand.
Nos dirigeants Français ou Allemands, sans parler des Britanniques, semblent sans esprit critique devant la politique de Washington. Les Français le sont par habitude, par solidarité libérale, par souci que les monarchies du Golfe ne cessent pas d’acheter la dette française, par électoralisme (le vote musulman) et à cause du conformisme carriériste de chaque individu politicien dans un système usé où manque l’autorité suffisante à faire entendre les intérêts de la France.  
 
L’Union Européenne brille par son absence totale de politique dans cette affaire. L’action face aux migrations est réduite à une gestion technocratique d’un surplus d’immigration. Il est inutile de trop tirer sur une ambulance. L’UE, c’est deux réalisations, l’Euro et Schengen. Sans commentaire.  
La Russie agit autrement. Tout en poussant fermement ses intérêts nationaux et en soutenant ses alliés, elle semble commencer à combattre réellement le terrorisme. Mais nos dirigeants excluent de s’entendre avec elle, qui est la bête noire de Washington.
La seule solution réaliste à la crise des migrants serait une politique d’alliance, se donnant les moyens politiques et militaires d’empêcher l’Etat islamique de conquérir Alep et Damas.  
Cette crise, si nous la subissons, porte en germe une polarisation Europe contre islam et à terme la guerre civile et le chaos en Europe même. Le résultat risque aussi d’être une France coupée du Sud, surtout du Maghreb qui est pourtant sa zone de rayonnement. 
 
Elevons le débat. Le pape sur la question des migrants
J’ai déjà, dans un article précédent, analyséla position du pape relativement à l’islam. Sur la question spéciale des  migrations, si je comprends bien, le pape a dit clairement trois choses complémentaires, à divers moments :
1° il faut bloquer l’Etat islamiste ;
2° être activement charitable avec ses victimes ;
3° dans l’exercice de cette charité, garder la circonspection et la prévoyance requises en temps de guerre.
 
Concernant le premier point :François n’est pas un utopiste pacifiste. Du point de vue de la doctrine sur la guerre, son enseignement marque même une inflexion par rapport au pacifisme plus marqué de ses prédécesseurs, un certain retour à une application plus "réaliste" de la doctrine classique de la guerre juste. Revenant de sa visite pastorale au Sri Lanka et aux Philippines, en janvier 2015, au cours de sa conférence de presse dans l’avion de retour d’Asie, (à partir de la 7ème minute plus 6 secondes), il n’hésite pas à dire que l’agression injuste doit être "arrêtée", sans entrer dans la détermination des moyens, mais indiquant sans équivoque qu’une guerre contre l’EI serait à ses yeux une guerre juste. 
Cette position s’inscrit dans une pensée plus large. Le pape estime (Sarajevo, 7 juin 2015) que nous entrons à petits pas, "par morceaux", dans une troisième guerre mondiale et il lutte pour préserver la paix. Une guerre limitée et juste, faite en temps utile, peut éviter la catastrophe.
Concernant le second point : le pape rappelle dans l’Angélus du 6 septembre 2015 le précepte de Jésus-Christ concernant l’hospitalité et l’accueil de l’étranger (3).   
Concernant le troisième point, le 12 septembre, dans une interview à la radio catholique officielle portugaise Renascença, il ajoute des considérations prudentielles au sujet du péril terroriste et du danger d’infiltration en Europe.
Ce sont là les éléments certains de sa pensée, exprimés clairement aux lieux indiqués plus haut. Ils suffisent à cerner l’essentiel d’une pensée juste et prudente.
Aller au-delà relèverait d’une interprétation hasardeuse.
 
Sur le rapport entre politique, foi et charité
La religion chrétienne est quelque chose de sérieux, de raisonnable et de juste. Le primat de la charité (= de l’amour surnaturel), dans l’enseignement classique de la théologie catholique, ne cause aucun dommage à la justice et ne remplace en aucune façon la prudence (l’excellence de la raison pratique) par un sentimentalisme irrationnel. En termes précis, la charité chrétienne n’est pas une vertu spéciale, mais "la forme de toutes les vertus (4)." On peut décider telle fois qu’il est prudent de punir, et telle fois de se montrer clément ; ou qu’il faut ici dépenser, ou au contraire ménager la dépense. Et c’est avec la même charité qu’on devra accomplir des actes matériellement différents, voire opposés. Ainsi, quoi qu’on fasse, y compris une guerre juste, il s’agit pour un vrai chrétien de tout faire avec amour surnaturel et bien sûr sans commettre aucune injustice.
 
C’est pour cela que la charité chrétienne ne prescrit aucune politique particulière, bien qu’elle prescrive de faire, dans cet esprit d’amour universel et surnaturel, la meilleure politique possible.
Parfois, la prudence peut déterminer qu’il est juste de faire la guerre et en ce cas, la charité chrétienne va consister à faire par charité ou avec charité une guerre juste. Mais faire la guerre reste d’abord, et même alors, un acte de justice et de prudence, ordonné au rétablissement de la paix et à la sauvegarde du bien commun. De même, il est possible d’ouvrir les frontières par charité et de les fermer par charité. S’il y a vingt places sur un canot de sauvetage, ce n’est pas de la charité mais du suicide que de vouloir y faire monter cinquante personnes. Et ce n’est pas non plus la charité de la part du naufragé, que de vouloir y monter de force, s’il est surnuméraire. C’est à la prudence de juger et à la charité de donner forme d’amour à ces divers actes de la prudence.
C’est pourquoi une charité authentique doit avoir un contenu, une matière d’actes prudents et justes, formant une politique digne de ce nom. La charité sans matière ne serait qu’une forme vide, dont on déduirait arbitrairement n’importe quelle imprudence ou injustice. L’humanitarisme comporte assez souvent un tel défaut.
 
Est-il besoin de rappeler que les choix politiques du Saint-Père ne sont ni l’enseignement infaillible, ni même le Magistère ordinaire, et n’imposent aux chrétiens aucune adhésion de foi (5) ? Toutefois, ces jugements prudentiels qui sont les siens se fondent sur des principes concernant les mœurs, qui eux relèvent du jugement de foi. En outre, restant sauve la liberté de dissentiment respectueux, il est juste et il est prudent de prêter une déférente attention au pape aussi dans ces matières plus contingentes, étant donnés la qualité de l’information dont dispose un pape, la hauteur de vues et le recul donnés par une tradition bimillénaire, et la dignité morale du siège apostolique.
 
(1) Voici le sujet (il faudrait le temps de traduire…) :
https://theintercept.com/2015/09/15/great-bbc-interview-british-loyalist-saudi-regime-shows-journalists-first-duty/
Et voici la discussion féroce avec le député anglais défenseur de l’Arabie saoudite :
https://theintercept.com/2015/09/15/great-bbc-interview-british-loyalist-saudi-regime-shows-journalists-first-duty/
Et voici comment le chef du journaliste enfonce le clou sur Twitter:
https://twitter.com/iankatz1000/status/642474677051486208/photo/1

(2) L’important site israélien Debka faisait récemment état de propositions russes visant à participer à l’exploitation des gisements off-shore d’hydrocarbures israéliens (le gisement Léviathan) et à assurer la sécurité de cette exploitation(contre les attaques maritimes possibles du Hezbollah) – ce qui tend à placer la Russie en position de candidate au rôle de modératrice de la région.
(3) Mt.25, 31-46, dans le discours sur les fins dernières, quand le Christ annonce le jugement dernier : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli, etc. (…) Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche: “Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli, etc. »  
(4) Thomas d’Aquin, Questions disputées sur les vertus, Question 2, Article 3. Voici la fin de la réponse : "Et parce qu’on dit qu’une mère reçoit en soi et conçoit, on dit aussi que la charité est la mère de toutes les vertus, en tant que par la conception de sa fin (le bien suprême, désiré et aimé dans la foi), elle produit les actes de toutes les vertus ; et pour la même raison on dit qu’elle est la racine des vertus."
(5) Catéchisme de l’Eglise Catholique, § 892. "L’assistance divine est encore donnée aux successeurs des apôtres, enseignant en communion avec le successeur de Pierre, et, d’une manière particulière, à l’évêque de Rome, Pasteur de toute l’Église, lorsque, sans arriver à une définition infaillible et sans se prononcer d’une “manière définitive”, ils proposent dans l’exercice du Magistère ordinaire un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation en matière de foi et de mœurs. À cet enseignement ordinaire les fidèles doivent “donner l’assentiment religieux de leur esprit” (Vatican II, Lumen Gentium, 25) qui, s’il se distingue de l’assentiment de la foi, le prolonge cependant."

www.henrihude.fr

Brider Wall-Street pour de bon

Publié dans De par le monde
Lettre des Etats-Unis, n°102 - Brider Wall-Street pour de bon
 
Je donne ci-dessous ma traduction française d’un texte de Bernie Sanders, candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2016 aux USA. Les textes sont diffusés par la campagne de Sanders, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. . En introduction à ce texte, quelques faits et observations permettant d’en mesurer la portée.
 
Premièrement, l’espace politique évolue aux Etats-Unis. L’orientation des capitaux en Asie, la désindustrialisation massive et le progrès des inégalités ont développé des tensions intérieures fortes. Les statistiques du chômage ne reflètent que partiellement la réalité, en effet, près de 94 millions d’Américains ne sont ni chômeurs, ni employés, et ne participent pas à la main d’œuvre. Ils représentent 37 % de la population en âge de travailler, soit une même proportion qu’en 1977, avant l’entrée massive des femmes sur le marché de l’emploi, et clairement, tous ne sont clairement pas étudiants ou femme au foyer. Par comparaison, en France, ce chiffre est de 28 %, et de 20 % en Allemagne. En réalité, l’immense classe moyenne qui vivait bien, adhérait globalement au système et votait pour la continuité et le juste milieu est en voie de dégonflement. Un point d’inflexion semble avoir été atteint.
 
Deuxièmement, une masse importante d’Américains a la conviction que la classe politique dans son ensemble (Républicains et Démocrates) a été achetée, purement et simplement, par les grands lobbies, et que la démocratie représentative est désormais complètement truquée. L’ancien Président Jimmy Carter a eu récemment
des déclarations allant dans ce sens, illustrant le sentiment d’une partie importante de l’électorat américain.
 
Troisièmement, les Américains se tournent de plus en plus vers des candidats hors-système, constatant l’immobilisme et l’aggravation d’un système représentatif qui ne le représente plus, les représentants élus ne semblant plus être là que pour assurer à leurs financeurs un bon retour sur investissement en utilisant leur pouvoir d’influence.
 
Dans le texte ci-dessous, Bernie Sanders promet de brider le lobby de la finance, probablement le plus puissant de tous aux Etats-Unis, en le remettant au service du développement économique et social du pays.
Depuis l’annonce de sa candidature il y a moins de trois mois, Sanders est passé de 3 % à 25 % des intentions de votes aux primaires. Dans le même temps, Clinton est passée de 67 % à 49 %. Les deux candidats sont désormais au coude à coude dans les intentions de vote de la primaire du New Hampshire, qui a si souvent fonctionné comme un électrochoc changeant du tout au tout la donne électorale. Une telle évolution, même si elle est encore loin de changer la mise, est pourtant importante à noter.
Quelle est la sincérité de Sanders ? La question se pose forcément.
Supposons Bernie Sanders sincère. A-t-il les moyens de faire ce qu’il promet ?
 
 
TEXTE DE BERNIS SANDERS, publié le 19 août 2015
Ami,
La rapacité de Wall-Street et son comportement illégal ont conduit ce pays à la pire des récessions depuis la Grande Dépression [de 1929]. Pendant trop longtemps, cette classe de milliardaires a corrompu notre système politique. Nous devons agir avec décision pour rendre à nouveau notre économie équitable.
Wall-Street, par ses manipulations dangereuses de notre économie, a aidé le 1 % le plus riche de la société à capter la majeure partie de la nouvelle richesse créée. Nous en sommes ainsi arrivés au niveau d’inégalité de revenu et de patrimoine le plus élevé parmi tous les grands pays de la Terre.
Aujourd’hui, nous vivons dans le pays le plus riche de toute l’histoire du monde, mais cela ne signifie pas grand’ chose, parce que le gros de cette richesse est contrôlé par une petite poignée d’individus. L’inégalité de patrimoine et de revenu connaît une croissance explosive. Tout cela est non seulement grotesque et immoral. Ce n’est pas économiquement durable.
La réalité, c’est que dans les quarante dernières années, Wall-Street et la classe de milliardaires ont truqué les règles de manière à pouvoir redistribuer la fortune et le revenu aux plus riches et plus puissants de ce pays. Le résultat, c’est que Wall-Street existe comme une île tournée sur elle-même, qui ne bénéficie qu’aux extrêmement riches, tout en se servant de notre argent pour s’enrichir ainsi.
Tout cela sera terminé quand je serai président. Dites-moi que c’est ce bien là que j’ai à faire, et pour cela signez, afin d’endosser mon plan pour attaquer Wall-Street.
 
Taxer Wall-Street pour financer la gratuité de l’enseignement supérieur
Il y a trop de sociétés à Wall-Street qui pratiquent le trading à grande vitesse, pour essayer de faire de l’argent rapide. Les banques peuvent se servir de l’informatique pour effectuer des milliers d’achats en bourse à la seconde [et revendre une minuscule fraction de seconde plus tard], en utilisant des algorithmes sophistiqués.
Wall-Street peut bien continuer à opérer de la sorte, si cela lui fait plaisir, mais elle devra payer une taxe sur chacune de ces opérations. Et le revenu de cette taxe serait suffisant pour financer mon plan de gratuité de l’enseignement universitaire public.
  
Découper en morceaux les banques réputées "trop grosses pour pouvoir faire faillite" (Too Big to Fail)
Au milieu de toute la grotesque inégalité dans notre pays, siège une poignée d’institutions financières dont la taille est si importante, que la faillite de la moindre d’entre elles pourrait faire courir des risques catastrophiques à des millions d’Américains et mettre en crise l’économie.
La plupart de ces plus grandes institutions financières, que nous avons sauvées de la faillite [en 2008], parce qu’elles étaient "trop grosses pour qu’il fût acceptable de les voir faire faillite", sont devenues encore plus grosses qu’elles n’étaient alors. Leurs actifs équivalent à 60 % du montant de notre produit intérieur brut, elles accordent 35 % des prêts bancaires et administrent 65 % des cartes de crédit.
Ma vision, c’est que si on est "trop gros pour faire faillite", on est tout simplement trop gros pour exister. Un point c’est tout. Donc, en tant que président, je démembrerai ces grandes banques et je restaurerai un peu de bon sens dans notre système bancaire.   
  
Mettre fin à l’activité bancaire ludique. Brider l’imprudence et l’impatience de s’enrichir
Faire de la banque doit être ennuyeux [et non pas amusant comme un jeu de casino]. Ce ne doit pas consister à faire le maximum de profit possible en jouant sur des produits financiers ésotériques. Le but de l’activité bancaire doit être tout simplement de fournir des prêts abordables aux entreprises petites et moyennes, ainsi qu’aux Américains désireux d’acquérir une maison ou une voiture.
Ce n’est évidemment pas ce dont s’occupent ces énormes institutions financières. Au contraire, elles sont en train de créer une économie qui n’est ni durable, ni défendable, que ce soit d’un point de vue moral, économique ou politique. C’est là une économie complètement faussée, qui exige des changements fondamentaux.
Nous avons besoin de banques qui investissent dans une économie productive et créatrice d’emplois. Nous n’avons pas besoin d’encore plus de spéculation mettant en péril l’économie américaine.
  
Mettre fin au trucage du système fiscal
Notre système fiscal est sauvagement inique. Entièrement truqué pour favoriser les très riches. Les plus grosses sociétés, dont les profits se comptent en milliards "planquent" leur argent dans des paradis fiscaux et ne payent rien à l’Etat fédéral. Les gestionnaires des hedge funds, qui sont milliardaires, ont un taux d’imposition inférieur à celui des infirmières et des professeurs.
Pour inverser ce mouvement de transfert massif de richesse entre la classe moyenne et les très riches, auquel nous avons assisté ces dernières années, il nous faut une véritable réforme fiscale qui oblige les sociétés riches et profitables à payer leur juste part d’impôts [tout ceci s’applique mot pour mot aux entreprises du CAC 40]. Il est fiscalement irresponsable que le Trésor perde autour de 100 milliards de dollars annuellement du fait que les sociétés et les riches "planquent" leur argent aux Îles Caïman, aux Bermudes et autres paradis fiscaux.
Il nous faut un système fiscal équitable et de progrès. Les enfants dans ce pays ne doivent pas avoir faim alors que des sociétés profitables et les plus riches se soustraient à leurs responsabilités fiscales. 
  
Ceci est faisable
La question de l’inégalité de revenu et de patrimoine est la grande question morale de notre temps ; c’est la grande question économique de notre temps ; c’est la grande question politique de notre temps.
Nous faisons face à une classe de milliardaires qui a acheté notre système politique pour s’enrichir, et qui maintenant se trouve obligée de faire face à l’écroulement de son oligarchie.
Sachez le bien : quand les gens se rassemblent et s’organisent, ils peuvent battre n’importe quelle masse d’argent répandue à pleine main par les frètes Koch, les directeurs de Goldman-Sachs, ou n’importe qui d’autre.
Notre révolution politique est en marche et quand elle aura pris toute sa force, nous ne gagnerons pas seulement contre Wall-Street. Nous gagnerons la Maison Blanche.
Ajoutez ici votre nom pour endosser mon plan en vue d’attaquer Wall-Street et la classe des milliardaires.
Nous pouvons y arriver, Ami. Merci d’être debout à nos côtés.
En solidarité.
Bernie Sanders

L'expérience grecque, leçon 2

Publié dans Avec l'Europe
Démocratie ou pas - Seconde leçon de l'expérience grecque
 
L’expérience grecque est décidément de plus en plus instructive, au moment où beaucoup de Français et de Françaises, jusqu’alors sans action politique, commencent à s’engager ou y songent.  
 
Commençons par rappeler les faits
Face à une situation de faillite, les créanciers de la Grèce lui ont fait des propositions. Le gouvernement Tsipras les a soumises à référendum. Le peuple grec les a rejetées. Tsipras est retourné à Bruxelles. Il y a malgré tout accepté toutes les propositions des créanciers, que le peuple avait rejetées. Les gouvernements européens, à commencer par le gouvernement français, trouvent ça normal. Les parlementaires français approuvent par 412 voix contre 69 et 260 contre 23.
Ce referendum montrait pourtant un refus massif des Grecs pour un énième plan de sauvetage. Il montrait aussi leur volonté de repartir à zéro en prenant aujourd’hui des pertes massives, notamment sur le système bancaire, mais avec la perspective d’échapper à cet étouffement financier sans issue et de retrouver à terme, après des années de travail et de réformes, un peu de croissance, dans un monde où le travail pourrait enfin rapporter quelque chose.
Ce score de 61% du non est d’autant plus significatif qu’au moment du vote, les jeunes adultes grecs étaient massivement ou bien en exil économique à l’étranger, ou bien dans les campagnes et dans les îles, pour de petits emplois saisonniers, sans avoir les moyens de revenir chez eux pour voter.
  
La souveraineté démocratique n’est-elle qu’un mot ?
Nos dirigeants acceptent-ils encore qu'elle soit un principe qui cadre l’action des démocraties ?

Dans un régime démocratique, la souveraineté, au sens du "pouvoir humain le plus élevé hiérarchiquement dans une communauté politique" appartient au peuple. Cette souveraineté s’exprime d’ordinaire par la voie de ses représentants. On recourt au référendum quand il semble utile que la souveraineté s’exprime directement.
Comme le disait Gambetta : "Une fois que le Peuple aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre, ou se démettre." Cela signifie que le gouvernement Tsipras n’avait tout simplement pas le droit de signer cet accord. Il avait l'obligation d'obéir à son souverain, et exprimer simplement à ses partenaires que, quelle que puisse être son opinion, ses mains étaient liées par un "non possumus".
De plus, aucun dirigeant européen respectueux du régime démocratique n’avait le droit de lui demander de le signer.
Cela signifie également que le Parlement grec, lui aussi soumis à l’autorité du Peuple souverain, n’avait pas non plus le droit de ratifier cet accord illégal, qui constitue substantiellement un coup d’État. Un coup d’État se définit en effet comme une action qui viole l’autorité des pouvoirs constitutionnels légitimes, et donc indirectement toujours celle du Peuple, en démocratie. Notons qu’ici, le pouvoir violé est directement celui du Souverain. C’est donc la forme la plus grave de coup d’État. De plus, ce coup d’État a été perpétré dans un État démocratique à l'instigation d'un autre État plus puissant. 
Signé et voté ou pas, du point de vue de la théorie démocratique, cet accord est donc nul de plein droit
 
Les mauvaises affaires de nos dirigeants
Le scandale sur la forme se renforce par l’examen du fond. Quand un débiteur est surendetté, la responsabilité est partagée : le débiteur s’est montré prodigue et irresponsable, mais son banquier a agi d’une manière tout aussi irresponsable et il est bien normal que les deux partagent les pertes. Si le prêteur ne prend pas de risque de crédit, de quel droit demande-t-il le paiement d’un intérêt ?
Et si ce risque de crédit était sous-évalué, le prêteur ne peut s’en prendre qu’à lui-même.
N’oublions pas que la réputation financière de la Grèce est historiquement très mauvaise et que son entrée dans l’Euro ne s’est faite que par la sous-estimation de son endettement réel. C’est en pensant que tous les pays de l’Euro avaient le même risque que l’Allemagne que les banques européennes ont prêté de larges sommes à la Grèce, jusqu’à l’effondrement de ses finances en 2008, quand le risque pays est réapparu sous le voile de l’Euro.
En 2010, malgré la connaissance des détails de la solvabilité grecque notamment mis au clair par les équipes techniques du FMI, les gouvernements européens et le FMI (alors dirigé par un Français avec des ambitions présidentielles) ont décidé de nationaliser la dette grecque possédée jusqu’alors en grande partie par des banques allemandes, françaises et italiennes, exposant les contribuables européens plutôt que les actionnaires de ces banques à un défaut de la Grèce.
 
Dans le droit privé, les lois sur les faillites personnelles sont partout développées et interdisent l’esclavage pour dette en imposant un partage des pertes liées au surendettement entre la banque et le citoyen. Les raisons interdisant l’esclavage pour dette individuelle doivent interdire  à plus forte raison l’esclavage pour dettes collectives d’un peuple. Or, c’est à peu près cela que revient l’accord qui a été imposé aux Grecs.
De même, dans le droit international, aucun peuple ne devrait être privé de sa souveraineté démocratique, même en cas de gouvernance économique absurde l’ayant conduit au surendettement. Dans une telle situation de banqueroute nationale, il n’y a pas de solution agréable. Une solution particulièrement dangereuse est celle où l’on viole les libertés fondamentales d’un pays afin de ne pas enregistrer de pertes à court terme. Et cela afin de ne pas engager la responsabilité des dirigeants allemands et français qui ont commis la faute en 2010 de prêter l’argent de leurs citoyens à un pays en faillite, chargeant sans vergogne les Français comme les Allemands des dettes pourries dont ils libéraient les banques.
 
Enseignements à tirer sur l’engagement politique
Il est riche d’enseignement de voir avec quelle unanimité les institutions et dirigeants européens ont annulé le referendum grec. Aucun dirigeant européen, national ou Bruxellois, n’a même envisagé un seul instant de respecter la décision du peuple grec. Aucun n’a défendu le respect du principe démocratique, devenu quantité négligeable.
Est-ce là une violation regrettable mais exceptionnelle des principes démocratiques affichés de la construction européenne ? Ou bien au contraire est-ce le véritable visage de la technocratie européenne qui se révèle ? Et pas seulement de cette technocratie ? Car tous les partis de gouvernement dans les Nations se conduisent d’une façon qui montre - et cette fois de manière claire et indubitable - combien le principe démocratique a perdu du terrain dans l’esprit de nos dirigeants.
 
De plus, l’Histoire est en train de se réveiller. L’Allemagne, en première ligne dans ces décisions, est-elle en train de reprendre en Europe le rôle de cette puissance impérialiste qui a déclenché tant de guerres ? Ou bien agit-elle scandalisée par l’incurie de certains de ses partenaires européens ? Quant à la France, qui présente en ce moment un visage superficiel et vaniteux, comment peut-elle imposer à la Grèce des mesures qu’elle est incapable de s’appliquer à elle-même ? Comment la France peut-elle s’afficher avec l’Allemagne dans cette politique brutale et odieuse, sans voir que dans les 10 années à venir, elle sera passée de l’autre côté de la table des négociations ?
Comme entre les deux guerres mondiales, les démocraties sont mortelles. A commencer par les plus faibles et les plus récentes, elles meurent sous l’action conjointe du surendettement et de la violation de la souveraineté nationale. Hier l’Allemagne des années 20, aujourd’hui la Grèce, et demain ?
  
Le cadre de tout engagement politique aujourd’hui
L’engagement politique aujourd’hui doit être conçu dans ce cadre terrible : crise économique, surendettement des Etats, extrémismes politiques, institutions internationales (y compris l’UE) et classes politiques classiques bafouant les principes démocratiques.
Dans ce cadre, ce sont les classes moyennes et populaires, fondements politiques de la démocratie, qui risquent de disparaître, laissant à terme place à un prolétariat communiste, ou bien à une classe de serfs dominés par une minorité de riches financiers. C’est aussi pour leur défense que peuvent se construire les grandes rénovations politiques de demain.
Confrontée à l’échec de ses constructions bureaucratiques et financières ainsi qu’à la remise en cause de sa légitimité par les peuples, la Technocratie, classe dirigeante des Trente Glorieuses aujourd’hui anachronique, prépare une réaction. Sa complaisance aux intérêts financiers est ahurissante. Il est triste de voir que l’idée de la construction européenne est aujourd’hui devenue le vecteur de ce pouvoir technocratique, formant ainsi le summum de la bureaucratie et de la planification centralisatrice, à l’époque de l’économie digitale et de l’innovation entrepreneuriale. L’engagement politique de ceux qui aiment la démocratie, non par idéologie, mais tout simplement par respect des peuples et des gens simples, se fera contre cette conception de l’Europe clairement anti-démocratique et anti-humaniste.
www.henrihude.fr

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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