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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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L'expérience grecque, leçon 1

Publié dans Avec l'Europe
Première leçon de l'expérience grecque : accélération du changement politique et volatilité du marché politique
 
La première leçon, c’est la vitesse accrue du changement politique
On estimait à juste titre qu’il fallait vingt ans pour qu’un parti politique puisse accéder à la maturité électorale dans une démocratie. Or, l’expérience grecque montre qu’en certaines circonstances, il est vrai exceptionnelles, les choses peuvent aller prodigieusement plus vite. Les faits nous forcent à mesurer cette accélération étonnante de l’Histoire politique en Grèce.
Rappelons que le pouvoir n’est pas du tout exercé aujourd’hui en Grèce par la seule "gauche radicale" dont nous parlent nos médias, comme si un Jean-Luc Mélenchon était arrivé tout seul au pouvoir, mais par une coalition de gens en marge ET de ce qu’on appelait la Gauche de gouvernement ET de ce qu’on appelait la Droite de gouvernement.
Les Grecs ont considéré que face aux enjeux dramatiques et systémiques auxquels était confronté leur pays, les deux partis dominants étaient interchangeables, comme cela peut paraître le cas aussi chez nous. Écuries de personnalités rivales et représentants de clans opposés, ils soutiennent tous à peu près la même politique et le même ordre existant – à cette différence près, que la "Gauche" (de gouvernement) s'adresse par pur réflexe plutôt aux classes populaires, la Droite essaie d'attirer par réflexe les conservateurs. Les deux, ensemble, empêchent l’alliance des classes populaires et des conservateurs.
Eh bien ! En Grèce, l’alliance improbable s’est produite. Les deux associés de la coalition n’existaient pas encore il y a seulement trois ans :
 
1° Syryza, dirigé par Tsipras, issu de l’antique nébuleuse gauchisante, longtemps groupusculaire, amorphe et impuissante, s’est soudain structuré, et n’est devenu formellement un parti politique qu’en 2013. Certes, on se demande si ce parti est composé de suffisamment de bon techniciens, capables de faire face aux dramatiques enjeux économiques et administratifs du pays. Cela dit, ils pourront difficilement être plus mauvais techniquement que les partis de gauche et de droite traditionnelle qui ont ruiné le pays au cours de leurs alternances.
 
2° Le parti des Grecs indépendants (AN-EL), dirigé par Kamménos, formé d’exclus de la droite de gouvernement, a été fondé en 2012. Même remarque sur leurs compétences.
Inversement, et dans le même temps, la Nouvelle Démocratie (analogue grec de l’UMP/Républicains) qui tournait toujours autour des 45% a perdu la moitié de ses voix.
Quant au PASOK, analogue au PS français, il est tombé à moins de 5% des voix, après avoir dominé la vie politique grecque pendant presque quatre décennies.
 
Ces faits donnent infiniment à penser
La France n’est pas la Grèce, mais les mêmes causes produisant les mêmes effets, tous ceux qui en Europe ne deviendront pas des Allemands sont sur une dynamique qui les amène à devenir des Grecs. Et donc je demande :
Est-il vraiment intelligent d’acheter encore très cher des parts très minoritaires dans des partis politiques certes en position de pouvoir aujourd'hui, mais qui, face aux difficultés qui attendent notre pays, risquent d'être dépassés par des partis innovants et plus modernes ?
Pensons que le monde politique est comme un marché tenu par un oligopole de partis fatigués et vieillissants, et que de nouveaux acteurs portant des innovations politiques majeures viendront bientôt bouleverser ce marché.
Est-il urgent de se placer dans telle écurie, ou de s’épuiser à constituer tel sous-parti-charnière, à l’intérieur de formations politiques qui pourraient bien se voir vouées à l’effacement, voire à la disparition dans un délai bref ?
Une entreprise politique aussi artificielle que le libéralisme-libertaire mondialisé ne vit que s’il garde constamment l’initiative. Ce qui s’est passé en Grèce est très grave pour lui, car il vient de perdre l’initiative. Dieu sait s’il pourra jamais la reprendre.
Je pense que tous ceux qui veulent s’engager utilement doivent intégrer le fait de cette accélération et de cette volatilité dans leurs calculs et y adapter leur action, sous peine de manquer les trains qui ne sont pas encore affichés, mais qui seront les seuls, demain, à parvenir en gare d’arrivée.
www.henrihude.fr, juillet 2015

“Laudato si”

Publié dans Au delà
“Laudato si”

“Laudato si” : l’écologie comme science de la maison de la famille humaine.
En publiant l’encyclique Laudato si’, le pape François a-t-il écrit une encyclique sur l’écologie ? A-t-il manifesté un engagement d’écologiste ? Je préférerais dire qu’il a fait œuvre d’écologue. J’ose même dire qu’il a fondé (peut-être sans le vouloir) l’écologie vraiment scientifique, au sens de ce que sera la science dans l’avenir, une fois que son caractère de "technoscience" aura été intégré dans un nouveau modèle de savoir, à la fois plus large et plus précis – et dont l’application compte moins d’effets mortifères.
 
Il n’y a pas de science sans la puissance du concept.
Les plus anciens exemples en sont sans doute le concept d’attraction universelle, ou le principe d’inertie. Par ces concepts surpuissants, notre esprit saisit et imagine à la fois l’essentiel structurant qui définit l’un de ses objets. Une fois acquise la définition de base vraiment conceptuelle et féconde, et la méthode de son emploi, l’esprit cesse de tâtonner sans résultat, il vole de vérité en vérité avec aisance et certitude. 
 
La science de la maison et de la famille
Quelle est donc cette définition si féconde ? Tout simplement, rejoignant ici la sagesse du langage, l’encyclique nous dit que l’écologie est d’abord la science (logos) de la maison (oikos, oikia) et de la famille (oikos, oikia). Cette maison est celle de la famille humaine. La terre est (pour l’instant ?) l’unique maison que possède cette famille. L’écologie est la science de la planète terre considérée comme la maison de cette famille.
Mais cette famille fait elle-même partie d’une famille plus large, qui est la famille de tous les êtres, qui est en même temps maison universelle – famille-maison de toutes les créatures, construite et rassemblée autour du Créateur, qui est le Père commun à tous, le Père de la famille universelle, qui inclut toutes les espèces, animales, végétales, minérales. Tous lui ressemblent, soit plus, soit moins, et donc tous ont entre eux un air de famille. "Toutes les créatures sont liées, chacune doit être valorisée avec affection et admiration, et tous en tant qu’êtres, nous avons besoin les uns des autres" (n. 42). Cela s’appelle, en philosophie, la participation ou l’analogie universelle, ou encore l’analogie de l’être.
Chaque être a sa famille et aussi sa maison. C’est pourquoi, plus généralement, "l’écologie étudie les relations entre les orga­nismes vivants et l’environnement où ceux-ci se développent" (n. 138). Elle est l’étude de la "maison" de chaque organisme, de chaque espèce. Et comme nous vivons tous dans l’ensemble que nous formons ensemble, chacun est à la fois maison pour les autres et cousin membre de la famille universelle. Tel semble être, d’un point de vue philosophique, le sens le plus profond de la référence à saint François d’Assise.
 
Un lieu de solidarité
Tous les êtres sont les uns pour les autres à la fois des cousins, plus ou moins éloignés, et des pierres de sa maison, des aides, des aliments ou des remèdes pour son corps. Cette maison est une famille et une famille de familles. La nature n’est pas qu’un lieu de concurrence, mais d’abord un lieu de solidarité, où tout est lié à tout et dépend de tout pour être et être bien. "L’interdépendance des créatures est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau : le spectacle de leurs innombrables diversités et inégalités signifie qu’aucune des créatures ne se suffit à elle-même. Elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au ser­vice les unes des autres" (n. 86).
L’Homme est dans la maison la seule famille qui sait, ou qui pourrait savoir que nous vivons tous en famille dans l’Être. Il est pour ainsi dire l’adulte responsable, ou le grand frère, au milieu de ses tout jeunes frères et sœurs qui ne savent pas parler.
C’est pour cela que cette maison est aussi comme la sœur de l’Homme, et, en un sens, sa mère.
Celui qui hausse ici les épaules devrait comprendre qu’il le fait par soumission à un idéal scientifique en partie dépassé. Ce sentiment "franciscain" n’est pas un "romantisme irrationnel" (n. 11) et "un obstacle à dépasser" (n. 54). Il n’est que l’épanouissement affectif d’une conception vraie, qui ne fait plus violence à l’Homme. Il porte aussi en germe des modes d’action raisonnables et sages, qui ne font plus violence à la nature, à notre maison. La science est-elle raisonnable, si la technique qui en sort, faute de prendre en considération d’autres régimes de connaissance et de vérité, et faute de renoncer à une pratique toute de consommation, de domination et de propriété, détruit l’Homme et toute vie avec lui ? 
 
Humanisme intégral
On ne peut étudier la famille sans la maison, ni la maison sans la famille. L’écologie ne peut être environnementale seulement. Elle doit aussi être sociale, économique, politique et culturelle : une écologie intégrale (chapitre 4). Ce terme fait sans doute pendant à la notion d’ "humanisme intégral". L’encyclique manifeste clairement comment c’est l’ "humanisme anthropocentrique", ou si l’on préfère, exclusif, qui est la racine de la crise écologique, autrement dit, du délabrement croissant de la maison commune (chapitre 3). L’écologisme intégral est un humanisme intégral et un humanisme intégral est un écologisme intégral.
L’Homme est né dans cette maison, et il en fait vraiment partie, pourtant ce n’est pas elle qui l’a engendré en totalité.
"Bien que l’être humain suppose aussi des processus évolutifs, il implique une nouveauté qui n’est pas complètement explicable par l’évolution d’autres systèmes ouverts. [...] La capacité de réflexion, l’argumentation, la créativité, l’interprétation, l’élaboration artistique, et d’autres capacités inédites, montrent une singularité qui transcende le domaine physique et biologique. La nouveauté qualitative qui implique le surgissement d’un être personnel dans l’univers matériel suppose une action directe de Dieu [...] " (n. 81).
Si l’Homme fait partie de la maison commune qu’est la nature, s’il est tout formé de sa matière et de son humus, et si cependant, il vient d’ailleurs, il en résulte cette conclusion évidente, mais surprenante, que la nature est naturellement liée à cet ailleurs d’où vient en elle l’Homme, cet être qui vient d’ailleurs. Il y a donc un mystère de la nature, de la physis.
La révélation de ce mystère, c’est la bonne nouvelle (= l’Évangile) de la création (chapitre 2).   
 
La crise écologique
Mais l’Homme se conduit étrangement. Il ne sauvegarde pas la maison commune. Il manque de douceur envers le reste de la famille. Il se moque du Père. Et la maison craque, la maison menace ruine — elle menace de lui tomber sur la tête. C’est la crise écologique (chapitre 1).
"Cette sœur, écrit François, crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses pro­priétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symp­tômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants."
L’encyclique reste prudente.
"Dans certaines discussions sur des ques­tions liées à l’environnement, il est difficile de par­venir à un consensus. Encore une fois je répète que l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent, pour que les besoins particuliers ou les idéologies n’affectent pas le bien commun" (n. 188).
La condition de sauvegarde de la maison et de la famille, c’est la sagesse, la spiritualité, la bonne éducation (chapitre 6). Elle inspire la politique et l’économie d’un monde nouveau (chapitre 5), qui est le seul qui puisse avoir un avenir.

"La guerre" du colonel Trinquier

Publié dans Devant l'histoire
Lettre ouverte au colonel Roger Trinquier sur son livre "La guerre"
 
Le théoricien de la guerre de demain
Mon colonel, depuis que vous êtes passé sur l’autre rive (+1986), vous êtes sûrement moins fana des guerres ici-bas, que de la paix éternelle. Néanmoins, ayant relu votre livre La guerre (1)et lui prêtant cette fois une attention sans préjugé, il m’a paru si intéressant, que je ne vois pas de meilleur sujet pour cette chronique.

Vous étiez né en 1908, de famille paysanne, vous entrez dans l’armée par une petite porte, êtes affecté en Indochine en 1930, où vous restez jusqu’à et pendant la Seconde Guerre mondiale. Sale caractère, vous êtes retardé à l’avancement. Vous faites la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Vous accumulez quatorze citations, dont dix à l’ordre de l’armée – et, tout en faisant la guerre, vous la pensez. Vous quittez l’armée en janvier 1961, pour une mission spéciale au Congo. Puis, vous écrivez. Vous êtes un des grands théoriciens de la guerre subversive, à mon avis, le meilleur.
Votre livre n’a pas vieilli. Sans prétention littéraire, sans pédantisme pseudo-scientifique, libre de tout, sauf du réel, il est classique. Vous pensiez en fonction de l’URSS, du parti communiste, du Vietminh et du FLN, qui ne sont plus d’actualité. Mais justement, parce que vous avez atteint à l’universel, vous éclairez le présent et l’avenir, la guerre d’aujourd’hui et celle de demain. Qui veut la paix doit préparer cette guerre, donc vous lire.
 
La guerre et l’impérialisme
"Le dessein de la Russie soviétique est d’imposer aux nations encore libres son système politique et de le faire diriger par des hommes de son choix. Ainsi, directement, ou par gouvernements satellites interposés, elle serait maîtresse du monde" (p. 15).
Certains semblent penser que cela s’applique encore à la Russie de Poutine. D’autres croient que cela s’applique mieux à une autre grande puissance.
Je me demande ce que vous en penseriez.

La dissuasion nucléaire et la mutation de la guerre
"L’arme nucléaire a amené une rupture complète avec le passé" (p. 39).    
"Une nouvelle forme de guerre a progressivement vu le jour" (p. 46). Par suite, "pour qu’une guerre ne dégénère pas en conflit nucléaire, elle devra se dérouler à l’intérieur même du pays à conquérir. […] L’agression aura l’aspect d’une guerre civile déclenchée sans l’intervention d’une puissance étrangère" (p. 46-47).
Thèse fondamentale et absolument exacte. Il est frappant de voir combien elle s’applique aux conflits de Syrie et d’Ukraine.
Pour les analyser avec certitude, il faudrait des informations certaines. De là où vous êtes, mon colonel, c’est vous qui pourriez savoir le mieux qui ment, car nous n’avons pour chercher la vérité que des médias qui disent (presque) tous la même chose, et Internet qui dit assez souvent le contraire.
 
Comprendre la fonction de la terreur
Vous écrivez aussi : "L’expérience acquise aujourd’hui nous montre qu’il n’est pas nécessaire d’avoir la sympathie des populations pour les amener à se battre pour une cause et pour les gouverner" (p. 47). Il suffit en effet de les terroriser. Là encore, parfaitement exact.
 
Toutes les atrocités de l’État islamique, qui en ce moment défrayent la chronique internationale, ont pour unique objet de terroriser les populations sur lesquelles les djihadistes ont pour but d’assurer leur emprise, y compris en dehors du Moyen-Orient et de l'Afrique. "En effet, terroriser un individu ou un groupe d’individus, c’est ne leur laisser aucune chance d’échapper à une mort certaine et souvent cruelle, si les exigences des terroristes, si exorbitantes soient-elle, ne sont pas satisfaites dans des délais très courts" (p. 64).
Un groupe de terroristes finit ainsi par devenir, aux yeux d’une infinité de complices stipendiés ou d’idiots utiles, le représentant légitime d’un peuple unanime en lutte pour sa libération. Le gouvernement révolutionnaire aura toujours le soutien d’une immense majorité, formée de tous ceux qui ont peur de voir éviscérer leur famille.
Le but d’une guerre postmoderne (c’est-à-dire en régime de dissuasion nucléaire), c’est la conquête du pays au moyen d’une apparente guerre civile conduisant de l’intérieur au renversement du régime. La façon d’y parvenir est d’abord le contrôle de la population. L’agresseur, la subversion, l’obtient en organisant la terreur. La population n’ose plus alors avoir de rapport avec le pouvoir qui la défend, et, s’il la défend mal, elle perd confiance en lui. De bon ou de mauvais gré, elle apporte à l’agresseur argent, nourriture, cache, renseignement et même la légitimité apparente. Si la terreur atteint un niveau suffisant, l’adhésion des populations sous l’effet de la peur est presque aussi forte que si elle se produisait sous l’effet de l’enthousiasme.
L’action de la terreur n’est efficace que si, dans le même temps, la subversion bénéficie de l’appui d’une action psychologique dans le pays, et internationale, qui travaille à désarmer le pouvoir, en l’empêchant de lutter contre le terrorisme avec des moyens adaptés.

On peut gagner la guerre contre les terroristes
Il est tout à fait possible de gagner une guerre contre une subversion terroriste, en employant les méthodes appropriées. Ce n’est pas une spéculation. C’est l’expérience qui l’a montré (p. 217). Tout votre ouvrage, après avoir exposé avec précision l’offensive de la subversion (première partie), explique en quoi consiste la défensive efficace (deuxième partie).
Vous montrez de manière non seulement convaincante, mais démonstrative, ce qu’il faut faire pour ne pas gagner une telle guerre, et ce qu’il ne faut pas faire, si on veut vraiment ne pas la perdre. Cette seconde partie explique prophétiquement, par exemple, toutes les bêtises qui ont été faites en Afghanistan.
Vous auriez pu ajouter, qu’il est ridicule et criminel, de mener une politique, si on ne veut pas en prendre les moyens. Mais le politicien, souvent, n’est pas un homme d’État. Parce qu’il a peur de l’opinion, il engage une politique, qu’il faudrait éviter ; et après ça, encore parce qu’il a peur de l’opinion, il ne prend pas les moyens de cette politique. A nouveau parce qu’il a peur de l’opinion, il dissimule cette absurdité et raconte des histoires pour dissimuler le fiasco qui vient. Et enfin, toujours par peur de l’opinion, il renonce à cette guerre qu’il avait faite par trouille, une fois que l’échec, résultat inévitable d’une conduite aussi absurde, aura dégoûté l’opinion.
Un grand malheur pour un pays est d'avoir à sa tête des politiciens trouillards, et non des hommes d’État.
 
Des problèmes moraux très aigus
Vous mesurez combien les tactiques victorieuses sont en forte tension avec les principes politiques de la démocratie et avec les principes moraux de l’Occident. C’est, dites-vous, cette tension qui permet à la subversion de l’emporter en empêchant l’emploi des moyens gagnants grâce à une "action psychologique" très puissante. Vous écrivez : "Le terrorisme est l’arme offensive par excellence de la guerre révolutionnaire ; l’interrogatoire des prisonniers est la seule arme efficace pour le combattre. Tout gouvernement qui engage son armée contre la subversion doit le savoir" (p. 171). Le problème éthique est aigu. "C’est au gouvernement de faire (les choix) sans ambiguïté, et en aucun cas de les laisser aux exécutants" (ibidem).

Gagner la guerre et sauver son âme
Que penser de cela d’un point de vue moral ?
D’une part, il n’est pas permis de sauver son pays en perdant son âme, car que vaudrait le salut d’un pays, s’il devait être acheté au prix de l’âme de ses plus fidèles citoyens ? Mais d’autre part, surtout si l’on est homme d’État ou militaire, il n’est permis ni de perdre certaines guerres contre certains ennemis, ni d’accepter de laisser tomber son pays, peut-être pour des siècles, sous un joug ténébreux. On ne sauvera donc pas non plus son âme sans avoir le courage de gagner aussi ce genre de guerre. Pour corser le tout, ajoutons qu’on ne la sauvera sans doute pas non plus en se plaignant d’être placé devant des choix aussi difficiles et en décidant de ne pas décider, de se laver les mains, de ne pas y penser, etc.
Vous, mon colonel, vous n'aviez pas froid aux yeux. Je me demande si vous avez sauvé votre âme. Si tel est le cas, priez pour nous. Je pense que beaucoup voudraient sauver la leur, et leur pays avec. Les choix ne sont jamais faciles. Tout salut dépendra aussi de nos décisions.
Dès aujourd’hui, que chacun y pense.

http://www.henrihude.fr 
Une version un peu abrégée de ce texte est parue dans le mensuel La Nef n° 270 de mai 2015.

 
(1) Colonel Roger Trinquier, La guerre, Albin Michel, 1980.
La guerre modernea été rééditée chez Economica (2008).
La Guerre avait fondu ensemble deux ouvrages alors épuisés, La guerre moderne (La Table Ronde, 1961) et Guerre, subversion, révolution (Robert Laffont, 1968).

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