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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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Y a-t-il des guerres justes ? (2)

Publié dans A tout un chacun
Y a-t-il des guerres justes ? (2)

En théorie, la guerre naît de l’affrontement de deux volontés politiques en désaccord, pour des intérêts culturels, économiques ou politiques jugés vitaux, mais dans la pratique bien souvent pour d’autres raisons moins rationnelles.
 
La guerre naît de l’affrontement de deux volontés en contradiction
La guerre est un affrontement entre volontés politiques, chacune cherchant une solution de force, c’est-à-dire employant la force armée pour contraindre l’autre à décider comme nous voulons et non comme il veut. 
Face à un désaccord, la guerre survient si le désaccord doit absolument être résolu, et ne peut l’être par la discussion et la négociation. Parfois le désaccord vient d’une situation tragique, à laquelle on ne voit pas d’issue raisonnable, et parfois de l’injustice et mauvaise volonté des parties. Elle touche toujours une question de principe, d’honneur, d’intérêt, tenue pour si importante que "c’est non !". Il y a alors trois solutions : soit la séparation, chacun de son côté (ce qui, parfois, est possible, comme dans la partition pacifique de la Tchécoslovaquie en 1993) ; soit on laisse vieillir le problème, sans solution (mais alors, en général, il empire) ; soit on estime qu’il faut le résoudre, en sortir, et puisqu’il n’y a pas de solution de raison, on va rechercher une solution de force.
 
Dans la guerre, l’un impose sa volonté à l’autre par une force armée qui détruit des biens et tue des personnes
La guerre est une sorte de mise aux enchères sanglante : "Si tu ne te soumets pas, tu vas payer cher." Et l’autre répond : "Fais ce que tu veux, tu souffriras plus que moi". Dans ces enchères négatives, à un moment donné, il y en a un qui renonce à surenchérir, qui craque.
Si on est obstiné jusqu’à la folie, on ne craque pas avant d’être enseveli sous les ruines de sa capitale. Mais si on est plus raisonnable, on arrête les frais et on négocie, chacun dans son rôle : vainqueur ou vaincu. Celui que l’épreuve de force a désigné comme le vaincu doit prendre sa perte, et la vie reprend, ordinaire. 
 
En théorie, les hommes ne se battent que pour des intérêts culturels, économiques ou politiques
On liste les intérêts culturels qui relèvent de l’idéologie, de la religion, parfois des deux, les intérêts économiques (matières premières, énergie, débouchés, voies de communication, etc.) et enfin les intérêts politico-stratégiques, qui concernent l’indépendance, la liberté, la domination, la sécurité, le rang, l’hégémonie, etc. Souvent les buts des guerres associent les trois, mais pas toujours. La guerre des Malouines était toute politique. Ce qui se passe en Syrie combine les trois types d’enjeux.
Mais, si les hommes ne se battaient que pour ces trois raisons, nous pourrions toujours trouver des solutions, car le prix des guerres est tel que souvent cela n’a pas de sens. En 1918, 1,5 million de Lorrains et Alsaciens sont redevenus français, mais au prix de 1,5 million de Français tués. On pouvait évidemment trouver une formule politique plus rationnelle que la Grande Guerre. Mais le calcul rationnel n’est pas seul ici. 
 
L’homme se bat aussi parce qu’il en a envie
On dit que les guerres sont imposées aux peuples par des marchands de canons, des hommes d’affaires sans scrupules et des politiciens à leur solde. De grands chefs politiques l’ont eux-mêmes déclaré sans ambages ("Farewell Address" du Président (et général) Dwight Eisenhower, 17 janvier 1961.) Mais une telle situation ne se rencontre pas toujours et partout, et peut n’être que partiellement vraie. L’expérience montre aussi des peuples entrant en guerre dans l’enthousiasme unanime. La Monarchie de Juillet s’est détruite (entre 1830 et 1848) en faisant une politique de paix, contre la volonté de l’aile marchante de la nation.
La triste vérité, c’est que l’homme fait souvent la guerre pour faire guerre, comme il fait l’amour pour faire l’amour : comme si c’était une fin en soi. Certain n’ont pas hésité à parler de plaisir, de sport. Les Grecs pensaient que la chasse, d’ailleurs fortement associée par l’iconographie à l’érotique homosexuelle, était une école de la guerre (Xénophon, L’Art de la chasse.) Ils disaient que la guerre était la forme de chasse la plus intéressante, car l’homme est le gibier le plus intelligent.
De manière plus profonde, on a pu noter que la guerre permet aussi à l’homme un dépassement de soi. Hegel a dit qu’elle "préserve la santé morale des peuples" (Principes de la philosophie du droit, § 324). Son idée semble être celle-ci : l’homme sent qu’il est fait pour plus que les intérêts empiriques. Le gain, la santé, la jouissance, la vie privée dans la société civile ne comblent pas l’âme humaine. À un certain moment, elle s’en dégoûte. L’homme alors trouve dans la guerre le moyen de reconquérir une dignité morale et une existence publique dans l’Histoire. Il se dépasse, et en risquant sa vie, qui est l’intérêt empirique premier, il redécouvre sa transcendance. Il cherche dans la guerre une grandeur perdue, un sentiment d’exaltation, une impression de purification. Le philosophe Ludwig Wittgenstein écrit (Carnets. 1914-16, 15 septembre et 9 mai 1916) : "Maintenant, la possibilité me serait donnée d’être un homme décent, car je suis face à face avec la mort" ; "seule la mort donne à la vie sa signification".
 
La guerre naît aussi de la rivalité entre les hommes et de leur volonté de domination et de liberté
Il y a un désir d’être reconnu par l’autre comme égal, puis comme supérieur et dominant ; un désir de ne pas être identifié comme inégal et dominé. Ce désir est un ressort très puissant, qui touche à la définition de la liberté et qui pollue la définition de la dignité. Les guerres sont d’autant plus totales que le concept de liberté est touché, car c’est alors "la liberté ou la mort". Les guerres deviennent totales et destructrices dans la période moderne, quand la subjectivité s’affirme comme liberté collective. Également, la guerre se démocratise : ce sont les levées en masse ; tout le monde est mobilisé. En même temps, l’objectivation scientifique permet un terrible perfectionnement des armes.
 
Citation du Président Eisenhower mettant en garde le peuple américain contre le lobby militaro-industriel,
disponible sur Youtube : "Now this conjunction of an immense military establishment and a large arms industry is new in the American experience. The total influence – economic, political, even spiritual – is felt in every city, every Statehouse, every office of the Federal government. We recognize the imperative need for this development. Yet, we must not fail to comprehend its grave implications. […] In the councils of government, we must guard against the acquisition of unwarranted influence, whether sought or unsought, by the military-industrial complex. The potential for the disastrous rise of misplaced power exists and will persist. We must never let the weight of this combination endanger our liberties or democratic processes. We should take nothing for granted."  
Paru sur www.henrihude.fr, 20 janvier 2019

Y a-t-il des guerres justes ? (1)

Publié dans A tout un chacun
Y a-t-il des guerres justes ? (1)
 
La guerre étant toujours cruelle, on se dit, non sans raison, qu'elle ne peut jamais être juste. Pourtant, qu'on y réfléchisse : s’il ne pouvait pas du tout y avoir de "guerre juste", toute résistance, toute autodéfense serait aussi injuste que toute agression. Ce serait une bonne affaire pour les méchants. Néanmoins, chercher la paix et la justice par le moyen d’une action de force ne peut se justifier que de la part de l’autorité légitime, avec une intention droite, et si le bien commun est gravement mis en cause.
La guerre est un affrontement sanglant entre groupes et non entre individus. L’homme est très social. Il est sensible à la justice et gouvernable par raison. Et pourtant il pratique la guerre, affrontement meurtrier entre sociétés ou groupes sociaux. Contrairement à une idée reçue, le meurtre n’est pas chez l’homme un résidu d’animalité. Il est au contraire un propre de l’homme. Les animaux d’une même espèce se battent beaucoup en combat singulier, mais le plus souvent ne se tuent pas, et pas en réunion. Des processus naturels de régulation bloquent l’agressivité du vainqueur dès que le combat a désigné le vainqueur.
 
La guerre est quelque chose de propre à l’homme
Il faut d’abord prendre la mesure du fait "guerre" : tous les éléments à notre disposition montrent que l’affrontement armé entre groupes humains est un fait universel dans le temps et dans l’espace, non pas exceptionnel mais assez courant (Jean Zammit et Jean Guilaine, Le sentier de la guerre. Visages de la violence préhistorique, Seuil, 2000 ; voir aussi John Keegan, Histoire de la la guerre, 1993, traduction française, Perrin, 2014). La guerre est une caractéristique humaine aussi regrettable qu’indiscutable.
 
Chez les animaux mammifères, il y a des processus de régulation de la violence dans le groupe, qui évitent la guerre. Au cours d’un "duel" ou en guerre, l’homme peut lutter à mort. La violence, chez l’homme, doit être régulée par la culture et le droit, car le sentiment d'humanité n'y suffit pas et elle ne l’est pas par des mécanismes ou des instincts. Une culture fonctionnelle est une culture de paix et en même temps une culture de limitation de la guerre, quand il y a recours collectif à la force armé. C’est pourquoi, si les barrières culturelles sautent, ou si la culture prend un caractère pervers, les humains peuvent se tuer sans limite. Les animaux ne font généralement pas ainsi. Le combat, l’épreuve de force sont souvent la règle, entre individus d’une même espèce, pour le territoire, la nourriture, la reproduction, le rang. Toutefois, il est très rare qu’il y ait une mort provoquée à l'intérieur d'une même espèce. C’est un peu comme dans certains duels jadis, qui s’arrêtaient "au premier sang". Certains conflits armés, chez des primitifs, mais pas toujours, se conforment à un schéma semblable. S'il y a un mort, ou même un blessé grave, tout s'arrête. Chez les insectes sociaux, il y a des affrontements à mort pour le territoire, mais là encore entre sociétés de différentes espèces (par exemple, fourmis contre termites), pas, que je sache, à l'intérieur d'une même espèce. 
 
Quand l’épreuve de force animale a suffisamment désigné son vainqueur, tout se calme
Chez les chiens, par exemple, c’est ritualisé : le vaincu exhibe un comportement de soumission, sur le dos, pattes en l’air. Souvent, après un combat, la hiérarchie est fixée entre dominant et dominé, et il n’y a plus de conflit. De plus, l’exhibition du comportement de soumission inhibe l’agressivité du vainqueur (Konrad Lorenz, L’Homme dans le fleuve du vivant, Flammarion, 1992). En outre, il n’y a pas de guerre entre meutes, bien que les prédateurs puissent chasser en meutes. 
Les spécialistes discutent la question, au sujet des primates et surtout des chimpanzés, à partir de faits qui semblent tout de même assez isolés. Quand un mâle dominant en remplace un autre, il arrive que le nouveau détruise la progéniture du prédécesseur. Il y a aussi quelques faits d’élimination d’un groupe chimpanzé par autre groupe, qui peuvent évoquer certains raids chez des primitifs aboutissant à des meurtres d'individus isolés. Est-ce lié un phénomène instinctif, comme lorsqu’une poule tue ses propres poussins, quand elle ne peut plus les reconnaître à l’odeur ? Est-ce en rapport avec un besoin d’espace vital ? Des truites peuvent s'entre-dévorer, si l'espace vital fait défaut. Ce sont des questions disputées. 
 
La guerre se trouve dans l’homme en tant qu’homme et non pas dans l’homme en tant qu’animal
Globalement, disons que la guerre est une particularité humaine. Cela éclaire sur les causes de la guerre. Comme il est faux que la guerre soit un résidu d’animalité, le progrès de la raison ne va pas l’éliminer automatiquement – car la raison peut être structurée plus qu’on ne croit par une logique de méfiance et de guerre (par le "doute", par exemple). L’homme, dépourvu des régulations instinctuelles de l’animal, n’évite la guerre et ne régule sa violence que par la religion, la morale et le droit. Si ces régulateurs viennent à manquer ou ne fonctionnement pas, la guerre peut prendre un caractère dévastateur. En outre, il est courant que l’homme, subvertissant la fonction de la culture, en fasse un motif de guerre (guerres de religions ou d’idéologies, par exemple).
La guerre se trouve dans l’homme en tant qu’homme et non pas dans l’homme en tant qu’animal. 
 
La guerre est spécifiquement humaine et elle est la meilleure démonstration possible des effets du péché originel
L’homme est une espèce hyper sociale, dont les moyens intellectuels et physiques lui permettent de progresser et, de plus en plus, de ne pas être soumise à la loi de la rareté. Il dispose d'un langage de double articulation, unique en son genre. Il a par ailleurs une aptitude forte à l’amitié, à l’amour, il est très sociable, et la longueur de l’éducation est exceptionnelle (de l’ordre de 15 ans, au moins), les animaux étant tous adultes beaucoup plus vite. Un être si social et doué de raison devrait normalement régler les différents non par épreuve de force mais par discussion ou arbitrage. Or le fait est qu’il n’y arrive pas si souvent. C’est la marque d’un déséquilibre fondamental, que l’on constate chez l’homme et chez l’homme seulement. C’est donc un fait que l’homme est un être de la nature, qui très couramment ne suit pas sa loi naturelle.
 
La notion de justice est très importante pour l’homme
Être juste consiste à obéir à la loi de paix, appelée loi naturelle (Thomas d'Aquin, Somme Théologique, Ia-IIae, q. 91, art. 1 et q.94. Pour une approche par le bas, voir Henri Hude, Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur, Economica, 2013, ch.11-13). Vivre en paix, en bienveillance mutuelle, est de plus l’intérêt commun. Le droit, essentiel à la constitution de l’homme, est la mise en œuvre raisonnable de cette loi de paix inscrite dans notre constitution, notre nature. Le langage humain a la particularité de signifier le vrai et le faux, le juste et l’injuste (Aristote, Politique, Livre I, 1253a, voir citation, plus bas). La guerre se manifeste lorsque l’homme ne suit pas cette loi qui est inscrite en lui et quand les hommes ne se parlent plus. Si l’homme en vient à ne pas suivre sa propre loi, il se détruit, car il retombe au niveau des animaux, à cette différence près que les animaux, eux, ont une régulation naturelle de la violence.

Citation d’Aristote : "La voix peut bien exprimer la joie et la douleur ; aussi ne manque-t-elle pas aux autres animaux, parce que leur organisation va jusqu'à ressentir ces deux affections et à se les communiquer. Mais la parole est faite pour exprimer le bien et le mal, et, par suite aussi, le juste et l'injuste ; et l'homme a ceci de spécial, parmi tous les animaux, que seul il conçoit le bien et le mal, le juste et l'injuste, et tous les sentiments de même ordre, qui en s'associant constituent précisément la famille et l'État."

Paru sur www.henrihude.fr, 17 janvier 2019

De la fureur à la jaunisse

Publié dans En France
France : de la fureur à la jaunisse
 
On dirait que les médias ne peuvent traiter qu'un seul sujet à la fois. Dès qu'on commence à y voir plus clair sur un mono-sujet, aussitôt on n'en parle plus. Un clou chasse l'autre... 
Et pourtant, la démocratie durable exige de penser dans la durée. Pas dans l'instant. 
Je me pose donc les questions de fond que tout le monde se pose, même si depuis deux jours on parle d'autre chose. Il s'agit de la France, qui n'est plus en fureur, mais qui a toujours la jaunisse.
1. Comment en sommes-nous arrivés là ?
2. Où donc tout cela peut-il aller ?
3. Où donc certains voudraient-ils aller ?
4. Où donc Macron peut-il aller ? 
 
1. Comment en sommes-nous arrivés là ?  
Une fois entendu le discours du chef de l'Etat (10 décembre 2018, 20h), rien n’est réglé : le problème de fond demeure. Il dépasse largement la seule France. Il n’y a encore aucune solution solide et sérieuse 1° pour recentrer le néolibéralisme mondialisé, dont trop de gens ne veulent plus ; 2° pour remplacer le compromis social-démocrate mis à mal par la mondialisation et la révolution industrielle numérique. 
Le président a-t-il ouvert une véritable perspective susceptible de pointer dans ces directions ? Il ouvre à demi le portefeuille et annonce une grande concertation. Celle-ci pourrait mener à quelque chose si le problème de fond était posé. Le sera-t-il ? Il faudrait une hypothèse de travail commune et déjà des concepts, à affuter.  
C’est muni de ces instruments, déjà traduits en pré-projets de lois, et déjà testés auprès de divers auditoires, qu’il eût fallu arriver au pouvoir. Et c’est sous couvert d’une telle perspective d’avenir, que le président Macron eût pu faire accepter des sacrifices raisonnés au peuple français, tout en bénéficiant de la confiance et de l’autorité européenne et internationale absolument nécessaire à un projet ambitieux, qui ne peut pas réussir dans un seul pays à la fois. Le président paye donc son impréparation. Pas d'équipe suffisante, pas de projet mûri, de grandes intuitions certes et de l'enthousiasme, une culture générale, mais il manque une pensée plus forte et une imagination plus audacieuse. Il est le dos au mur. Il voulait présenter une vision d’avenir. Il en est réduit à sauver les meubles. Ses chances de succès ne sont pas nulles mais elles sont minces.

2. Où donc tout cela va-t-il aller ?
A mon avis, il aurait fallu que, cyniquement, il accorde deux à trois fois plus de concessions matérielles, ou qu’il renonce à son programme de candidat pour une vision puissante ouvrant sur l'espérance. L’immense jacquerie actuelle ne va probablement pas cesser, même si elle peut se détendre pour un moment.  
Elle ne mènera à rien d’autre qu’à un immense gâchis s’il n’y a pas d’élites pour la conduire, dotées d’une vision claire de l’avenir. Les partis d’opposition, modérés ou populistes, n’ont pas le début d’un projet sérieux de remplacement du néolibéralisme mondial technocratique qui sévit.
Le psychodrame protestataire auquel nous assistons, et qui s’est assuré désormais un relais chez les lycéens, risque ainsi de devenir une fin en soi. Les petites décisions prises dans urgence ne feront guère que traiter les symptômes tout en aggravant la maladie.
Par exemple, la simple augmentation du SMIC de 10% aura inévitablement pour conséquence de faire augmenter le chômage. Les classes moyennes, sur lesquelles repose la démocratie durable, sont les grandes absentes de son discours. Ce sont pourtant elles qui vont payer la note alors que ce sont elles qui sont sans cesse mises à contribution, bien qu’elles souffrent moins que les classes populaires qui manifestent.
Donc, la tension va se reconstituer, à supposer qu'elle s'apaise, et nous devons prévoir : hystérie populaire, faux semblants du pouvoir impuissants et surtout morosité de la désespérance. Qui nous en fera sortir pour de bon ? Va-t-on aller jusqu'à la révolution et la crise de régime ? 

3. Où donc certains voudraient-ils aller ?
Certains séditieux ne sont pas dépourvus de vision. Ils ne disparaitront pas. Ils pourront profiter du désordre endémique pour tenter de remettre à l’ordre du jour diverses formules totalitaires, néo-communistes, trotskystes ou islamistes. D’autres peuvent estimer que l’avenir consiste dans la démondialisation radicale : la réorganisation de chaque économie sur une base strictement nationale, autarcique ; le renfermement de chaque nation dans sa propre culture et sa propre population. 
Il est malheureusement très clair que ces choix ne peuvent à terme conduire qu’à des dictatures néo-fascistes ou néo-communistes, non pas comme dans le passé, mais sur le mode postmoderne. En l’absence de nouvelle vision sérieuse, telle ou telle de ces tentatives pourrait peut-être avoir quelque chance de réussite, si une main de l’étranger pouvait les pousser. Le recours à l’armée serait-il alors nécessaire ? Nous n’en sommes pas là. 
   
4. Où donc Macron peut-il aller ?  
Le président de la République reste en grande difficulté, car il est isolé. 
Par son image de progressiste dogmatique, il s’est aliéné les conservateurs. Ce terme mérite une explication. Par "conservateurs", je n’entends pas ici les gens qui ont peur des casseurs, ni la Manif pour tous, mais d’abord (car c’est ce qui est pertinent sur le sujet de Gilets jaunes) tous ceux qui souhaitent conserver en l’état les institutions, droits et privilèges reçus des générations précédentes. 
La solitude d’Emmanuel Macron démontre qu’il y a, dans notre pays, une majorité de "conservateurs", qui va bien au-delà des gilets jaunes. Elle démontre aussi qu’à part lui, il n’y a pas grand monde, dans la classe politique, à essayer de formaliser une vision d’avenir pour le pays. Mais sa vision n’est pas populaire en l’état, sans doute parce qu’elle n’est pas assez centriste, au meilleur sens du mot, pour les raisons que nous avons essayé de dire plus haut.   
De plus, le péché originel de sa présidence est le "coup d'Etat légal" qui a volé la présidence aux Républicains. Inutile d'y revenir, mais cela explique en partie sa solitude actuelle. 
De plus, il n’a pas de parti, il s'est isolé de toutes les organisations et il a vexé une infinité de gens... A défaut de vision, le président isolé ne retrouvera une base politique minimale que s'il arrive à construire une transition acceptable entre les traditions nationales démocratiques et sa vision de l’Europe, entre les droits sociaux et la France entrepreneuriale qu’il imagine. Sinon les oppositions furieuses convergeront. La tentation, l'espoir – et peut-être les chances – de le mettre à bas seront alors forts.

Chacun peut admettre de bonne foi que personne n’aurait fait ou vraiment mieux ou vraiment pire que le président Macron, en l’absence de pensée directrice suffisante pour l’avenir. Le peuple français n’est pas composé de veaux. "Le plus têtu de tous les peuples", comme l’écrit The Economist, refuse tout simplement de réformer sans perspective crédible et équitable. La Constitution ne permet pas aujourd’hui le départ du Chef de l’État et son expulsion par la rue est inacceptable. Son départ à cause de pressions et de manœuvres serait un second coup d'Etat semi légal détruisant l’Etat de droit. 
Pour autant, si le président ne trouve pas de meilleure vision, il est condamné à se survivre impuissant pendant encore trois ans et la France à ramer dans le marécage. Le rôle principal du président est de prendre acte du problème de fond et de favoriser la recherche d’une pensée commune véritablement innovante, pour trouver les solutions qui nous sortent tous du trou. 

Le second acte de sa présidence ne peut commencer que par un acte d’humilité. Le plus gros à cet égard reste à faire. Pas seulement humilité de caractère mais de pensée. Pas de pensée de détail, mais dans les principes. Emmanuel Macron doit reconnaître ouvertement que le néolibéralisme a fait long feu, que lui-même a sous-estimé les difficultés et voulu forcer trop de gens à faire trop de choses qu’ils détestent, sans leur offrir ni perspective ni contreparties suffisantes. Ce qu'il doit dire aux Français, c'est qu'ils peuvent s’en prendre à lui s'ils en ont envie, mais qu'ils ne gagneront rien à le crucifier, parce que le problème dépasse infiniment sa personne et sa geste technocratique. 
On peut redouter que sa présidence soit durablement paralysée, ou même qu'à plus ou moins longue échéance elle finisse mal. Toutefois, en l’absence de concurrents vraiment crédibles, de vision alternative rationnelle et non extrémiste, et surtout à défaut d’un goût soudain des Français pour l’aventure et la violence, ce mouvement risque plutôt de pourrir dans la désespérance. 
Mais si Emmanuel Macron veut faire plus que survivre en tapant dur et en faisant semblant d'exister, il doit déjà briser son isolement et se souvenir que le pouvoir est impuissant sans l'autorité qui vient d’une vision de l’avenir et du fond vivant de la culture substantielle. Car il y a une culture française et une culture européenne. 

Paru sur www.henrihude.fr, 13 décembre 2018

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