Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

URL du site internet:

Où en sont les valeurs ?

Publié dans Au delà

Le point de vue mystique et la compréhension du monde de valeurs
Un monde des valeurs ne révèle vraiment son organisation et son sens, que s’il est observé au point de vue de sa suprême valeur. C’est LA Valeur qui est la clé DES valeurs. Et la suprême valeur, la Valeur avec majuscule, c’est toujours Dieu, c’est à dire l’Absolu au sens large.
Evitons tout malentendu. Chacun sait qu’il y a beaucoup de gens qui ne croient pas en Dieu. Pour ces gens, évidemment, Dieu n’est pas la Valeur. Ce que je dis, c’est bien entendu autre chose.
Je dis que "la suprême valeur, la Valeur avec majuscule, c’est toujours Dieu, c’est à dire l’Absolu au sens large " Ce n’est pas vrai seulement pour un monde chrétien, ou musulman. C’est vrai aussi pour le monde des valeurs dites modernes, ou postmodernes, et c’est même vrai pour le monde politiquement correct ! Mais il faut, pour bien saisir cela, faire un effort d’assouplissement de l’esprit. Mais une fois qu’on l’a compris, tout s’éclaire.

Dieu ou l’Absolu ?

Le malentendu viendrait de parler de Dieu en un sens trop étroit, c'est-à-dire sans en parler d’abord comme de l’Absolu. Tout le monde croit en l’Absolu, peu ou prou, y compris les postmodernes (comme nous verrons), mais tout le monde ne croit pas en Dieu (en "l’Absolu qui est Dieu").
Quand on croit en Dieu, ou quand on n’y croit pas, on le sait. Mais quand on croit en l’Absolu, c’est tout naturel, et on n’y pense même pas. Ainsi les "athées" occidentaux ne croient-ils pas en Dieu (en l’Absolu personnel, créateur, transcendant de la Bible, ou des monothéismes), et ils ont conscience de cette incroyance-là ; mais, concentrés sur cette croyance qu’ils n’ont pas, ils ne se rendent pas compte de la croyance qu’ils ont : leur croyance en un Absolu conçu comme "autre chose que Dieu" (= autre chose qu’un Être personnel, créateur, transcendant, etc.).
Les athées occidentaux sont comme des Chrétiens qui ne seraient pas capables (il y en a) de se rendre compte qu’ils sont athées des dieux du polythéisme, et qu'ils sont athées du Grand Pan. Tertullien en était conscient et il écrivait froidement, dans son Apologeticum : "Elle n’existe pas, cette Divinité en laquelle vous croyez." (Nulla est, divinitas ista quem tenetis).

En quel sens tout le monde est mystique et en quel sens tout le monde est athée

En un mot, on appelle athée, dans toute civilisation, les gens qui ont une autre idée de l’Absolu que celle de la culture de référence. L’Absolu peut être conçu comme Dieu, ou comme l’Être, ou comme la Nature, ou la Terre, ou la Vie universelle, ou comme la Raison universelle, l’Homme, la Liberté, le Social, l’Histoire, etc. Il peut aussi être considéré comme le Néant et le Vide. Mais dans tous ces cas, il y a encore et toujours un Absolu.
Le plus surprenant, c’est que même quand on dit que "tout est relatif", l’Absolu est encore là - et c'est le relatif, qui est devenu le seul absolu. 
Par exemple, ce qu’on appelle "esthétisme" (du mot grec aisthesis, sensation), ce n’est ni d'abord le culte du Beau, ou de l’Art pour l’Art, ni d'abord une morale du plaisir (hédonisme), mais c’est la mystique et le culte du sensible comme Pure Surface, et c'est la jouissance intime d'une sorte de vie éternelle dans l'apparence qui semble être devenue l'Absolu.
On est alors conscient d’être "incroyant", au sens de "ne pas croire en une profondeur cachée, mystérieuse, une transcendance au-delà du visible, etc." Mais on est en général moins conscient d’avoir absolutisé l’Apparence, et d’en avoir fait la seule vraie Réalité, et de lui vouer un culte et de se baigner dans cet Absolu-là (largement imaginaire), comme les élus dans la lumière éternelle du paradis.
Autre exemple. La plupart du temps, une personne qui se dit sceptique, et qui s’est effectivement stabilisée dans le mouvement perpétuel du scepticisme, est une personne qui vit un mysticisme de la Vie dans le Pur Flux de la Pure Apparence, et qui se sent flotter comme avec béatitude à la frontière d’un Vide.
Parfois, les esprits oscillent entre plusieurs conceptions, ou passent de l'une à l'autre. Et de plus, beaucoup réfléchissent peu, et s'ils ont une religion, ne la pratiquent guère, ou n'approfondissent pas trop la mystique qui en est l'âme. Et pourtant, elle est là. Et rares sont ceux qui peuvent affirmer, sincèrement et sans illusion, que leur âme ne s’arrête pas à l’une ou l’autre de ces visions, même si leur esprit hésite, à la réflexion. Bref, sur l’échiquier d’une pensée et d’une vie humaine, la case de l’Absolu n’est jamais vide. Tout le monde a son dieu, ou ses dieux.

La fin de la métaphysique : une farce

C’est pour cela que la "fin de la métaphysique" est une farce, qu’on rejoue inlassablement à chaque génération. "Sortir de la métaphysique", c’est sortir d’UNE métaphysique et entrer dans UNE AUTRE. Mais souvent, on n’a conscience que de sortir, pas d’entrer. De là la fausse conscience. Déconstruire, c’est le verso de construire.
L’athéisme sans plus est donc une sorte d’illusion, un néant relatif pris pour un néant absolu (1). Tout le monde a un Dieu, et tout le monde est athée. Chacun est athée d’un dieu ou d’un autre. Quoi qu’on fasse, on est toujours l’athée de quelqu’un (2).
En un mot, l’homme est un animal mystique. Et son Absolu, c’est sa Valeur. Sa relation à cet Absolu, c’est sa vraie Vie. Méconnaître ces définitions fondatrices, c’est limiter sévèrement la capacité d’éclairage des sciences humaines et l’efficience de l’analyse politique.
Qu’est-ce qu’une religion, demandera-t-on ? C’est une organisation sociale de cette mysticité, ou d’un de ces mysticismes.

La mystique et l’éthique 

Si Dieu est la Valeur, ou si la Valeur est Dieu, les valeurs sont profondément tous les éléments et toutes formes de l’existence en cohérence avec la vraie Vie, la vie dans la Valeur. Tel étant le rapport entre la Valeur et les valeurs, les différences d’opinion sur la Valeur expliquent en partie les désaccords sur les valeurs, notamment morales, entre les divers groupes culturels.
6 juin 2011

http://www.henrihude.fr/

(1) Henri BERGSON, L'évolution créatrice (1907), Edition du Centenaire, PUF, Paris, 1954, pp.728-746.
(2) Pour un développement détaillé de ces éléments, voir Prolégomènes. Les choix humains, Parole et Silence, 2009, notamment le chapitre premier.

Où en sont les valeurs ?

Publié dans A tout un chacun

Valeurs dominantes et valeurs dominées
Les valeurs dominantes alias le "politiquement correct"
En Occident, aujourd’hui (2011), les valeurs dominantes forment ce qu’on appelle le "politiquement correct" (PC).
Les valeurs dominées se répartissent en trois groupes :
- Les plus profondes, qui appartiennent elles-mêmes à trois couches plus anciennes de la tradition culturelle occidentale (la culture classique, la religion chrétienne et la philosophie des grandes lumières) ;
- Les valeurs protestataires, dites souvent populistes, qui sont des réactions au "politiquement correct", mais restent assez souvent dépendantes de lui ;
- Des valeurs moins visibles, plus naissantes, reliées aux valeurs plus profondes et approfondissant les valeurs populistes, et qui appartiennent à la couche de l’avenir, celle qui recouvrira bientôt le politiquement correct.
Car, pour résumer en une phrase l’idée dont tous ces posts sont le développement : la situation présente des valeurs est celle de la domination du "politiquement correct" à quelque temps de sa chute. Comme pour le communisme, l’effondrement sera sans doute aussi rapide qu’inattendu.
Je trouve cinq grands caractères externes aux valeurs dominantes, celles qu’on qualifie parfois de valeurs "audibles" (les autres sont "inaudibles"). Ces caractères sont les suivants : 1° médiatiques, 2° monopolistiques, 3° en crise, 4° crisogènes, 5° planétaires.

Les valeurs dominantes sont médiatiques
Les valeurs 2011 ne sont pas une création culturelle nouvelle. Elles sont le reformatage médiatique des valeurs de modernité tardive. Que faut-il entendre par là ? Nous le verrons sous peu. L’objet de cette série de posts est en partie de revivre la création de cette modernité tardive et de ses valeurs. En tout cas, la logique de ces valeurs correspond à celle des médias. Et le pouvoir né de l’alliance entre ces deux logiques caractérise notre temps.

Les valeurs dominantes sont monopolistiques
Les valeurs 2011 incluent théoriquement le pluralisme, mais la concurrence culturelle est en fait très limitée, au bénéfice du "politiquement correct" (PC) installé en situation monopolistique. La culture classique est rayée des programmes scolaires, le christianisme est brocardé, le populisme est voué aux gémonies et même les grandes Lumières ne sont plus guère comprises par leurs héritiers tardifs. La discrétion des valeurs nouvelles, encore très peu visibles, ou le "silence sur l’essentiel" (1) frappant les valeurs profondes, ne signifient pas que ces valeurs n’existent pas, ou qu’elles aient disparu. Les excommunications médiatiques frappant les populismes n’empêchent pas non plus ces derniers de progresser. Toutefois, le PC a encore les apparences et les positions du pouvoir. Il tend à couper la communication avec le passé, imposant dans l’espace public le déracinement et l’amnésie comme s’ils étaient les conditions fondatrice d’une existence universaliste, démocratique et laïque.
Le PC tend même à étaler son uniformité dans la totalité de l’espace public mondial, y accaparant parole et débat, raison et légitimité. Dans le même temps, l’espace médiatique PC reformate la pensée, y favorisant superficialité, instantanéité, répétition collectiviste – irrationalité. Les penseurs célèbres du temps n’ont guère l’ambition de jouer le rôle de maîtres. Ils se taillent des niches écologiques dans le "PC", suivent l’opinion et se contentent de donner de la respectabilité intellectuelle à ses "intuitions".

Les valeurs dominantes sont en crise et crisogènes
Les valeurs du "politiquement correct" (PC) jouent un rôle central dans la grande crise de l’Occident, qu’elles structurent comme triomphaliste et impérial au moment même où elles l’exténuent.
Le "populisme patrimonial (2) fournit le repoussoir idéal qui permet au PC de ne pas se remettre en cause. Pourtant, les valeurs PC, loin de pouvoir fournir des principes de solution pour la crise, en sont en réalité le premier problème.
Ces valeurs triomphantes sont aussi des valeurs déclinantes. De plus en plus, sans oser se le dire les uns aux autres, les Européens réalisent le caractère systémique d’une crise intellectuelle, morale, économique et politique, dont la fin présuppose un changement conservateur radical au niveau des valeurs. Ce conservatisme nouveau serait d’ailleurs aussi la figure authentique du progressisme. L’idéologie PC cause à la jeunesse une frustration économique (déclassement), politique (absence d’horizon politique et de communauté) et morale (au-delà de certaines commodités et facilités). Elle interdit toute gestion réaliste des équilibres sociologiques et politiques, des rapports de forces internationaux. Elle sape la légitimité du politique en le réduisant à l’impuissance, voire au manque de sérieux. A notre avis, ou bien la démocratie se débarrassera du politiquement correct, ou bien le politiquement correct causera la fin des démocraties (3).

Les valeurs dominantes sont planétaires
Les valeurs PC-2011 sont virtuellement celles du monde entier. Nous parlerons ici plutôt de la France, mais une bonne part de ce que nous en dirons vaudrait pour l’Europe, pour l’Occident et même pour le genre humain. Le monde, Occident compris, souvent à son corps défendant, vit une profonde "occidentalisation PC", une unification galopante et réductrice sur le plan des valeurs.
Celle-ci n’est pas incompatible, au contraire, avec des réactions antioccidentales, dont la forme dénote paradoxalement une occidentalisation très profonde – phénomène analogue, par exemple, aux réactions antifrançaises de l’Allemagne francisée, après la Révolution et l’Empire. (Par exemple, un républicain et rationaliste, tel que J.G. Fichte, s’y fait consciemment  le promoteur du pangermanisme.) Elle se note enfin dans une certaine baisse de la puissance relative de l’Occident dans le monde, résultant de la diffusion universelle des facteurs occidentaux de la puissance. La crise occidentale PC, exportée partout, tend à devenir une crise mondiale PC.
Mais en même temps, l’univers donne aussi tous les signes de son entrée dans une phase de consolidation, ou de réaction, conservatrice, dont les fréquentes raideurs correspondent au raidissement général du dogmatisme PC. Ceci est vrai aussi en Occident.
Comme l’Occident est le premier principe d’action et de dissolution dans le monde, il est aussi la cible des réactions. C’est sur lui qu’à tous ces titres, il faut centrer l’analyse, mais, plus précisément, sur l’Europe.
Pourquoi sur elle ? Parce que la crise de la modernité tardive y est plus avancée qu’ailleurs. Aussi l’Europe semble-t-elle plus en crise, plus stagnante, plus tourmentée que le reste du monde. Mais, comme la crise de la conscience occidentale est aujourd’hui au cœur d’une crise de la conscience mondiale, il serait logique que l’Europe, en ayant parcouru plus tôt toutes les phases, soit aussi la première à en sortir.
Les Etats-Unis en auront sans doute pour au moins une génération avant de retrouver un équilibre. En Europe, c’est différent, la façade de l’ancien monde est sur le point de tomber.
3 juin 2011
http://www.henrihude.fr/

(1) Selon l’expression de Jean GUITTON, Silence sur l'essentiel, DDB, 1993.
(2) Selon l’expression de Dominique REYNIE, dans Populisme : la pente fatale, Plon, 2011, notamment chapitres 3 et 5
(3) Henri HUDE, Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l'Europe, Editions Monceau, Paris, 2010.

Avec un journaliste italien sur la Libye

Publié dans En France

Dans l'hebdomadaire italien Tempi, du 12 avril 2011, est paru un article de fond du journaliste italien Rodolfo Casadei, élaborant un entretien téléphonique que nous avions eu le 24 mars en fin d'après midi. J'ai repris le texte italien paru dans Tempi et je l'ai traduit et approfondi pour en faire l'article qui suit. 

Des analystes italiens attribuent à Sarkozy un gigantesque dessein : intervenir en Libye pour substituer la France aux États-Unis dans l’alliance avec l’Arabie Saoudite ; à travers cela, restaurer une sorte d’hégémonie française sur une portion du continent africain en fonction d’une pensée antichinoise. Qu’en pensez-vous ?
Pour être franc, l’action diplomatique et militaire de la France s’explique sans doute autant par des causes politiques internes que par de grandes raisons d’Etat. Le crédit du président Sarkozy est très bas dans l’opinion populaire, dans celle des élites économiques et des élites d’Etat.
Le président ne veut pas l’admettre, car il pense que c’est très injuste, et c’est pourquoi il est heureux de saisir les occasions de poser des actes susceptibles de restaurer sa stature d’homme d’État. Avec tout cela, je ne veux pas dire que le président n’aurait agi que dans l’intérêt de sa propre entreprise politique. Il est capable de décision audacieuse. Il estime sans doute que ce qu’il fait est aussi dans l’intérêt de la France. On ne peut pas non plus exclure un grand dessein.

Si c’est le cas, quel pourrait à ses yeux être cet intérêt de la France ? Quel serait son dessein ?
Si je devine bien, vos analystes italiens jugent que l’axe de tension déterminant sur le long terme, celui qui serait d’ores et déjà la clé d’interprétation objective des conflits, ce serait l’axe de tension sino-occidental. Dans ce contexte, il s’agirait de faire jouer à la France, en raison de ses liens historiques avec le monde arabe et en Afrique, un rôle important dans une vaste manœuvre occidentale, visant à empêcher la Chine de prendre le contrôle des gisements d’hydrocarbures et de prendre à revers l’Europe en s’installant en Afrique. La Libye aurait pu être à terme le Cuba de l’Europe. Mais une telle manœuvre ne serait pas d’abord française. Elle serait européenne, pilotée toutefois par l’alliance franco-britannique, les Allemands restant réticents, jusqu’à ce qu’ils finissent par suivre, peut-être.
De fait, les deux tiers des 30.000 Chinois installés en Libye ont été forcés de se retirer en Grèce, où la Chine avait déjà acheté le port du Pirée, comme elle voudrait acquérir la moitié du port de Lorient. La Chine juge profitable de soutenir les PME des politiciens européens en difficulté, comme elle achète les politiciens dans certains continents, en payant plus cher que nous. Il s’agit de détacher le plus possible l’Europe des États-Unis. Inversement, comme ces derniers sont forcés de réduire leurs dépenses militaires, il est de leur intérêt que l’Europe organise sa défense, réarme et assume la défense d’une partie du front antichinois. Le contrôle du pétrole reste dans cette rivalité l’objectif stratégique et politique majeur.
Dans cette hypothèse, les États-Unis se concentreraient sur le Pacifique et se contenteraient de surveiller le Pakistan et le Golfe persique, restant basés en Afghanistan. L’État d’Israël devrait davantage compter, à terme, sur l’Europe.
L’intérêt de la France ? Dans cette perspective, la France serait d’abord conçue comme une partie de l’Europe, elle-même partie d’un bloc occidental, son intérêt étant solidaire de celui de ce bloc, dont la solidité tiendrait à l’unité de vues entre les deux moitiés de l’empire occidental, les États-Unis restant le facteur unificateur et dominant par l’intermédiaire de l’OTAN.

Cette vision n’est-elle pas trop macro-politique ? Où sont là dedans les problématiques régionales particulières du monde musulman ?

Je me réfère à la pensée de vos analystes. La question de l’hégémonie est toujours la question dominante. Les Américains ne pensent qu’à la Chine, comme les Anglais ne pensaient qu’à l’Allemagne en 1900. L’Europe de la défense se fera sans doute, parce que les Américains ont aujourd'hui besoin de l’Europe, comme les Anglais avaient en 1900 besoin de la France.

Les pays arabes, ou musulmans, et les mouvements islamistes, dans ce champ de forces, sont, en même temps, des acteurs ambitieux, voire enthousiastes, et cependant plus des enjeux que des acteurs.
Dans ce sous-système, la polarité majeure est celle de l’Iran et de l’Arabie Saoudite. Ces deux États, ennemis jurés par différence de religion et par rivalité de pouvoir, sont solidaires dans leur rejet de la démocratie. Chaque régime a besoin de s’opposer à l’autre pour subsister, bien qu’ils ne puissent subsister l’un sans l’autre. Et nous qui soutenons la démocratie, soutenons l'un contre l'autre...
Les autres pays se situent par rapport à ce couple de puissances principales, la Turquie essayant de trouver sa place comme elle peut. Et en chaque pays, la structure clanique et les clivages religieux se combinent avec la tendance profonde à l’occidentalisation pour produire des dynamiques à chaque fois singulières, en interactions imprévisibles.

On a l’impression que vous hésitez dans votre interprétation. Les dirigeants occidentaux agissent-ils en politiciens ou en hommes d'État ? 
Il y a toujours matière à une telle hésitation. Les vrais hommes d’État prennent même les petites décisions en relation à de grandes raisons d’État. Les politiciens sans valeur, eux, prennent même les grandes décisions d’État en fonction de minuscules intérêts privés ou personnels. Les hommes publics de niveau médian agissent selon les deux logiques à la fois, en proportion variable, selon leur degré de médiocrité.
Mais même quand un grand responsable décide pour des raisons médiocres, ses motifs rencontrent presque toujours une grande logique d’État. C’est pourquoi il n’est pas impossible de lui prêter une grande pensée, même s’il n’a agi que par calcul égoïste, ou n'a considéré les raisons d'État qu'en second plan. Hegel appelle cela "la ruse de la Raison".
Elle n’est pas nouvelle, mais les conditions hypertechniques poussent aujourd’hui la démocratie aux extrêmes. La politique démocratique, en régime postmoderne, se déploie sans conviction forte, sous brouillage vidéo-médiatique et sous contrôle du "politiquement correct". Nos démocraties sont vouées ou à descendre dans la grande médiocrité, soit à survivre et à durer en reconnaissant les hommes d’État. Il y a de grands enjeux l'an prochain.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version