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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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Vingt ans après. Quel avenir pour l’Europe ?

Publié dans Avec l'Europe

Ces dernières années, les événements ont marché très vite. Voyons les choses en face. Fin 2011, c’est toute la vision que nous avions de notre avenir qui s’effondre. Ce que nous proposait la classe politique : construction européenne, société de consommation et solidarité sociale, tout cela est remis en cause par les réalités économiques.
Intellectuellement, nous vivons aussi une époque de remise en cause radicale. Peut-être nous faudra-t-il revenir sur les habitudes de pensée qui sont le plus enracinées dans nos raisonnements politico médiatiques, et poser des questions simples. Car les grandes erreurs stratégiques sont toujours des erreurs de bon sens.

Pouvons-nous encore soutenir le libre-échange ?

Une certaine forme de libre-échange est aujourd’hui difficile à soutenir, car c’est un jeu où nous sommes maintenant perdants.
Depuis les années 90, nous avons conjugué capitalisme financier (mobilité des capitaux et exigence de rendements élevés) avec ouverture des frontières à la concurrence de pays où la main d’œuvre est peu chère. 20 ans après, le pays est désindustrialisé. Les activités productrices de valeur ont déménagé ou ont été créées ailleurs. Ainsi les gains de productivité et les investissements dans la recherche et le développement, qui par nature se font dans l’industrie, ont lieu ailleurs et ne créent pas de croissance dans notre pays.
Il faut être juste et ajouter qu’une telle situation est en partie la conséquence de notre manque de sérieux politique. Nous payons de longues années et d’aveuglement idéologique et de lâcheté dans la gestion. Nous sommes entrés dans le grand bain de la mondialisation sans adapter les structures sociales et administratives du pays. C’est une des raisons de notre non-compétitivité. Cependant, ce n’est pas parce que la tactique a été mal gérée que la stratégie était bonne (capitalisme financier et ouverture des frontières).
D’où une question simple : Est-il souhaitable ou possible de maintenir dans son intégralité une doctrine économique qui, appliquée à un pays qui n’a pas fait le travail d’adaptation nécessaire, provoque chômage et pauvreté sans aucune perspective d’amélioration ? D’où pourrait provenir un sursaut de croissance ? D’un nouvel afflux de crédit ? Les endettements public et privé sont excessifs et l’on parle de besoin de capital pour les banques. D’une démographie qui au mieux stagne ? D’un sursaut de compétitivité ? Alors que les coûts du travail augmentent plus vite chez nous qu’ailleurs.
Si nous continuons dans ce cadre, la situation ne va pas s’améliorer. Mais c’est le cadre des traités actuels, et il ne peut en être autrement en Europe pour l’instant.
C’est l’un des fondements de la construction européenne qui se retourne contre les européens dans certains pays. Et si d’autres pays d’Europe réussissent mieux que nous, c’est en partie en profitant de nos faiblesses qu’ils maintiennent leur croissance, car face aux grands pays émergents, leur compétitivité est comparable. Il faut ajouter que nous n’avons pas le droit de reprocher à nos voisins de bien gérer leurs affaires, même si c’est à nos dépends.

Solidité de nos finances ?

Les doutes sur la solvabilité de nombreux Etats occidentaux ne sont qu’une conséquence de la désindustrialisation de ces pays sur les 20 dernières années. Dans des économies qui perdaient progressivement leurs activités créatrices de valeur, les gouvernements ont stimulé artificiellement la croissance et le niveau de vie des populations par des politiques d’argent facile d’un côté de l’Atlantique, par des dépenses publiques de plus en plus importantes de l’autre.
Cela a contribué à créer des bulles immobilières et un surendettement public. L’éclatement des bulles immobilières a provoqué la première crise financière et aggravé l’endettement public. Aujourd’hui, les investisseurs se demandent si les dettes publiques pourront un jour être remboursées.
C’est la seconde crise financière, qui porte en premier lieu sur la dette de certains pays d’Europe du sud. Si ces pays connaissaient des difficultés de refinancement, il est probable que le système financier européen traverserait des difficultés sans précédent, aggravant encore en Europe, la stagnation économique.
Ajoutons que cette question du financement de la dette souveraine se poserait tout aussi douloureusement aux Etats-Unis et en Angleterre, si les banques centrales de ces deux pays ne monétisaient pas massivement leur dette.
Et pourtant, rien de surprenant : vingt années d’arbitrages capitalistiques entre les pays matures et les pays en croissance, arbitrages rendus possibles par la dérégulation financière et l’ouverture des frontières ; vingt années de stimulation artificielle de la consommation par l’endettement public ou privé. C’est ce mécanisme malsain qui arrive à son terme.
La crise de l’Europe n’est pas simplement une crise de la dette, c’est une crise de business model.

Craquements dans la construction européenne 
C’est aussi une crise politique.

Certains dénoncent les mauvaises manières du pouvoir, ses tendances autoritaristes. Mais que cela ne cache pas aux vrais observateurs une grande impuissance des pouvoirs européen et français à appréhender la crise.
Impuissance conceptuelle d’abord. Car les grandes constructions politiques reposent sur une base philosophique, et quand la réalité vient brutalement ébranler l’édifice politique, c’est toute la philosophie qui vacille.
La construction européenne telle que nous l’avons faite est une semi union économique et monétaire qui décide de n’être ni un pouvoir, ni une culture. Cette union incomplète prétendait incarner l’universalisme philosophique et devait dissoudre les nations. Cette union est en train de trembler. Nous avons créé une monnaie sans pouvoir, sans armée, sans peuple et sans légitimité. Une monnaie de spécialistes. Ces spécialistes ont créé une zone monétaire instable, sans mécanismes redistributifs, sans politique d’ensemble et sans solidarité. Où les déséquilibres entre pays ne peuvent que croître et s’exacerber jusqu’à ce qu’ils deviennent atroces et intenables.
Les spécialistes objecteront que si l’on avait suivi leurs recommandations, nous n’en serions pas là. "Dans une zone à monnaie unique, il faut prêter une grande attention aux coûts du travail afin que ceux-ci ne divergent pas selon les pays. Il faut respecter les clauses financières du pacte de stabilité afin de conserver la même qualité de signature souveraine dans toute la zone." Paroles de raison soutenues avec une vraie continuité et une vraie cohérence intellectuelle. Mais aussi parole prêchée dans le désert.
Pensait-on que des gouvernements démocratiques faibles et asservis à l’irrationnel médiatique allaient s’astreindre à cette rigueur ? À cette hauteur de vue ? Nous savons aujourd’hui que la construction de la zone Euro reposait sur cette hypothèse fausse. Tout simplement.
De Gaulle disait qu’ il n’est pas de politique en dehors des réalités. La réalité, c’est qu’un cadre monétaire plus souple, comme celui qui existait avant l’Euro, convenait. Les pays dont le dialogue socio politique était le moins sérieux compensaient par un peu d’inflation ou un peu de dévaluation le différentiel de compétitivité que créait une gestion trop généreuse envers des revendications irresponsables.
19 septembre 2011
http://www.henrihude.fr/

Où allons-nous ? Quel avenir ?

Publié dans Avec l'Europe

Extraits d’Ethique et politique (Editions Universitaires, 1992).

Démocratiser l’économie de marchés. Oligarques et idéocrates
"
On dit que les nations européennes ont besoin d’adapter leurs institutions politiques aux exigences de l’économie de  marchés. En réalité, elles ont besoin de démocratiser l’économie de marché aujourd’hui oligarchique, qui se traduit par la croissance continuelle du chômage, l’exagération des flux migratoires et la destruction de l’environnement. Car ces trois problèmes sont solidaires. Elles n’ont absolument pas à aligner leurs institutions politiques sur le fonctionnement de l’économie de marché oligarchique, ou alors autant dire qu’il faut supprimer les démocraties. Et on les supprime si on asservit les nations.
"Ce que veulent les nations européennes, c’est vivre ensemble comme des nations vraiment libres, mais unies par toute une histoire et rapprochées par une communauté d’intérêts qui n’ont rien à voir avec les appétits et les marottes des bureaucrates, oligarques et idéocrates."
"Tout le monde est d’accord, ou presque, pour admettre la nécessité d’une construction européenne. Si l’on doit critiquer âprement ce qui se fait à ce jour, c’est que ces échafaudages institutionnels seront sans lendemain, parce qu’ils sont dépourvus de fondements solides dans l’histoire et dans la conscience des peuples. L’union bruxelloise n’aura pas plus de vie et de fécondité que la défunte union moscovite". (Ethique et politique, pp.80-81.)

De nouvelles institutions européennes
"Je songe à un sénat des nations d’Europe. (…) Ce sénat élirait son président, qui porterait le nom de président du sénat des nations d’Europe. Ce président serait la clé de voûte de tout l’édifice. Ce sénat [d’une centaine de membres] siègerait en permanence. Le principe constitutionnel essentiel doit être qu’il n’existe d’autre loi en Europe que des lois nationales. Le sénat des nations doit pouvoir élaborer et proposer des textes juridiques, mais qui ne prendraient force de loi qu’après avoir été repris, et au besoin amendés et adaptés, par les seules représentations nationales, à titre de lois nationales. (…)
"Les chefs d’Etat [de l’Union] seraient en relation avec le Président du Sénat (…) [ayant] une fonction arbitrale permanente, un rôle de promotion des intérêts communs et de garantie effective des indépendances nationales face aux intérêts économiques transnationaux, une mission de représentation de l’unité morale des nations et, enfin, un pouvoir d’exception en période de crise."
"Le président du sénat disposerait d’une force armée d’élite (…) [cf. Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, 2010]. Il possèderait le pouvoir de mettre sous contrôle et sous direction temporaire de ses commissaires économiques toutes les puissances économiques et financières qui profiteraient de leur extension transnationale pour essayer de jouer chaque nation contre toutes les autres et pour se refuser à remplir leurs obligations envers chaque nation. C’est donc lui qui serait chargé de donner effectivité aux lois nationales sur les puissances économiques et financières transnationales." (Ethique et politique, pp.84-85.)

L’effondrement prévisible de la construction bruxelloise
"Toute prétendue aliénation de l’inaliénable serait nulle de plein droit. (…)
"Un peuple a le devoir de demeurer une individualité libre, pour que soit conservée la pluralité des nations libres, sans laquelle est perdue la liberté commune du genre humain.
"Si un citoyen renonce à la souveraineté de sa nation, il pose un principe au nom duquel on pourra par la suite lui enlever tous ses droits politiques. De telles décisions ne peuvent être prises par un peuple, sauf s’il a perdu la tête ou a été abusé. La folie est juridiquement incapable et l’imposture ne fait pas droit. (…) Ceux qui prétendraient aliéner la souveraineté nationale devraient être regardés comme des usurpateurs. Avant même qu’ils aient souscrit de tels engagements, les peuples sont censés leur avoir retiré tout pouvoir de les engager." (Ethique et politique, p.87.)
"Que devient aujourd’hui la construction européenne ? La seule chose bien claire, c’est qu’on est en train de réduire l’Europe à un immense marché, et de réduire les Européens à des homines oeconomici, purs acheteurs et vendeurs sans patrie opérant sur un marché purement abstrait.
"Cette unification ne se fait que par l’argent et pour l’argent. Pareille entreprise peut enrichir certains, elle ne contribue aucunement à moyen ou long terme à la prospérité de notre continent. Parce qu’elle valorise à l’excès la richesse matérielle en sa forme la plus superficiellement monétaire et la plus immoralement myope, elle détruit toutes les valeurs de prospérité. (…)
"On abat des frontières, on érige des pouvoirs publics, on instaure un droit, et tout cela se fait dans l’indifférence, l’apathie et la résignation. C’est que l’Europe préfabriquée dont on assemble les morceaux, n’est ni celle des peuples, ni celle des personnes et qu’elle n’a aucune racine, ni dans la nature, ni dans l’histoire, ni dans la liberté. Et c’est pourquoi elle tombera.
"Cette Europe sans patrie et sans patriotisme (…) sera la chose de ceux qui en tireront profit parce qu’ils en tireront les ficelles. Cette Europe sans peuples ni patries, sans âme ni valeur, cette Europe sans communauté et sans personne, cette Europe sans démocratie et sans justice nous n’en voulons pas, nous n’en voulons pas, pire, nous ne la voulons même pas.
"Les peuples de l’Ouest, aujourd’hui courbés, paraissent consentir à leur abaissement. Il se fait un calme étrange et trompeur. Les puissants croient régner sans partage, mais ils ne font que présider au néant et tout l’essentiel leur échappe. (…)
"Un soulèvement imprévisible, un seul séisme bref (…) et nul ne saura plus dire où se dressait, hier encore, la plate géométrie des systèmes morts." (Ethique et politique, 1992, p.88).
http://www.henrihude.fr/

Ethique et finance (2)

Publié dans A tout un chacun

Un monde à économie libérale mondialisée est-il stable et durable ?

Quels sont le degré et la forme des pouvoirs nécessaires à la stabilisation de la confiance et de la paix ? Dans quelle mesure un tel système est-il conforme à la loi de paix ?
De telles interrogations sont utiles pour dessiner les figures possibles de l’avenir. La mondialisation actuelle est-elle irréversible ? Certains de ses aspects, techniques ou culturels, le sont probablement. Mais rien n’est irréversible, quand sa structure est incompatible avec la loi de la paix. L’expérience montre aussi que certaines formes de mondialisations ont disparu, comme celle du Moyen-âge avant la guerre de cent ans, ou celle de la fin du 19ème siècle et jusqu’en 1914 (1).
Toute société durablement fonctionnelle est éthique, conforme à la loi de paix, donc raisonnablement solidaire, puisque toute société non solidaire devient conflictuelle et tend vers la révolution. La solidarité se réalise essentiellement en trois lieux, qui tous ont rapport à la finance. L’étroit rapport entre la finance et l’éthique se trouve dans cette triple responsabilité. De là le concept d’une finance de paix, qui essaye de réaliser "les conditions économiques de la paix" (2).

Une finance de paix sait articuler production et consommation

Aussi importantes que soient les intermédiations monétaires, à la fin ce sont "les produits (qui) s’échangent contre les produits" (3). Il n’est donc ni fonctionnel, ni juste, de considérer le marché des biens et services sans le marché du travail. Chaque acteur réel sur le marché est demandeur de deux choses : des produits à acquérir et des produits pour les acquérir, des biens de consommation et un travail productif rémunérateur.
Si la globalisation isole d’un côté des consommateurs qui ne produisent plus, de l’autre des producteurs qui ne consomment jamais, elle n’est ni éthique, ni irréversible. La mondialisation peut constituer une perspective et un horizon valables, mais les sous-espaces économiques doivent à tout moment rester à la fois des espaces de production et des espaces de consommation, autrement nous marcherions droit aux révolutions, dans les pays consommateurs comme dans les pays producteurs. Cette responsabilité de la finance (et du politique) requiert aujourd’hui des inventions, ou réinventions.

Une finance de paix sait articuler production/consommation et investissement
Les consommateurs ne peuvent rester producteurs sans investissement suffisant. Il n’y a pas lieu de culpabiliser les dirigeants économiques qui prennent des décisions économiques, rationnelles dans le cadre des règles du jeu établies politiquement, et qui préfèrent anticiper en temps utile l’inévitable évolution des choses.

L’acteur économique concret est donc demandeur non seulement d’emploi et de biens de consommation, mais d’investissements. Cette seconde articulation permet aussi l’application de la "loi naturelle", et la paix. Le rôle du pouvoir politique est de poser des règles permettant de constituer des zones économiques cohérentes, où soient coordonnés les fonctionnements des trois marchés : travail, biens et services, investissement.
Le monde, comme espace global, est-il une zone économique cohérente ?

Une finance de paix sait articuler économie et assurance
La loi naturelle de solidarité, en termes économiques, s’appelle aussi l’assurance. La solidarité ne prend pas forcément la forme d’une assurance nationalisée, ou celle d’une démagogie favorisant le parasitisme. Cette industrie doit tenir compte des spécificités et conditions particulières du service à rendre. Il s’agit de gérer ce lien et ce bien de la solidarité d’une société, en respectant la "loi de paix". Sans assurance, pas de paix.

Pendant que, dans notre pays, l’Etat, pour éviter l’explosion sociale, est forcé d’acheter la paix au moyen d’une dépense publique colossale, qui pèse sur le travail productif, lequel en devient d’autant moins compétitif, l’assurance, elle, transforme de l’épargne en investissement et donc en instrument de travail – au moins, tant qu’on ne force pas l’assurance à financer plus la dépense publique que le travail.
Si la globalisation libérale a pour effet de ne plus offrir le travail aux espaces économiques dont les habitants sont couverts convenablement par un système de solidarité, sans que les habitants des autres espaces s’en trouvent mieux pour autant à ce point de vue, cette forme de globalisation n’est pas irréversible, car nous allons vers des difficultés graves. Les espaces où peut s’articuler un système de solidarité doivent aussi être les espaces économiquement pertinents, et réciproquement. Est-il besoin de préciser qu’il existe aussi des systèmes de solidarité abusifs ?
Il ne revient pas au philosophe d’entrer dans des considérations trop techniques (fiscalité indirecte, gestion des assurances sociales, lutte contre la corruption ou le parasitisme, niveau des salaires, réorientation des investissements ou financement de la dépense publique). D’un point de vue éthique, force est de constater que beaucoup des problèmes d’éthique financière sont des problèmes politiques et d’éthique politique. Le déficit éthique se situe d’abord à ce niveau.

18 juillet 2011
www.henrihude.fr
Article à paraître dans le n° 41 d'Analyse financière - www.revueanalysefinanciere.com

(1) Suzanne BERGER, Notre première mondialisation. Leçons d’un échec oublié, Seuil, 2003.
(2) Henri DE CASTRIES, dans la Préface à Henri HUDE, L’éthique des décideurs, Presses de la Renaissance, Paris, 2004. 2ème édition, Monceau Éditions, 2011, à paraître.
(3) Jean-Baptiste SAY,  Traité d’économie politique (1803), L.I, chap.15.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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