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HUREAUX  Roland

HUREAUX Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

URL du site internet:

Affaire Bolloré

Publié dans En France
Affaire Bolloré :  à qui profitent les initiatives du parquet financier ?
 
La convocation, le placement en garde à vue et la mise en examen le 25 avril dernier de Vincent Bolloré pour des affaires qui se sont passées sur le continent africain montrent comment, hélas, la France, par le moyen de sa justice ou par d’autres, se tire des balles dans les pieds sur ce continent.
Notons d’abord qu’un juge d’instruction ne peut engager ce genre de procédure sans l’accord du procureur et donc sans que la hiérarchie judiciaire jusqu’au plus haut sommet de l’Etat en soit avisée. Hasard ? Les deux juges d’instruction désignés avaient déjà sévi dans l’affaire Fillon, dont personne n’entend plus parler après qu’elle ait permis au président actuel de se faire élire. Ces juges ont-ils au moins quelque connaissance de l’Afrique ? 
L’industriel est soupçonné d’avoir obtenu la concession des ports de Lomé (Togo) et de Conakry (Guinée), il y a déjà huit ans, de présidents qu’il aurait aidé par ailleurs à se faire élire, notamment par des rabais sur les conseils en communication. Les chefs d’inculpation sont
la "corruption d’agents étrangers dépositaires de l’autorité publique", l’ "abus de biens sociaux" et même le "faux et usage de faux".
 
Corruption ? Il s’agirait là d’une affaire bien mineure dans l’océan des turpitudes qui caractérisent depuis longtemps les relations des pays industriels avec beaucoup de pays du tiers monde. Jusqu’où faudrait-il remonter pour investiguer sur les relations des grandes sociétés pétrolières avec les gouvernements des pays producteurs, pas seulement en Afrique ? Le pacte du Quincy passé en 1945 entre le président Roosevelt et le roi d’Arabie, récemment reconduit, ne prévoyait-il pas l’attribution du monopole de l’extraction aux sociétés américaines en échange d’une protection politique ?
Au moins la gestion d’un port sert-elle l’intérêt d’un pays. Il n’en est pas forcément de même des juteux marchés d’armement qui permettent à certains gouvernements "amis" d’approvisionner en armes les djihadistes de Syrie, les mêmes qui commanditent des attentats dans nos villes – ou en tous les cas s’en réjouissent impudemment - ou encore de massacrer les populations civiles au Yémen. Beaucoup de chiffres circulent sur ces marchés et ceux qui, chez nous, en profitent. Loin qu’ils soient le prolongement de la politique de la France au Proche-Orient, il semble que ce soit au contraire cette politique qui est le prolongement de ces marchés.   
Nous encouragerions, dit-on, des chefs d’état corrompus ou non démocratiques. Au moins n’y a-t-il pas mort d’homme. Que dire de tel autre chef d’Etat, en Afrique de l’Est, auquel des rapports officiels du Haut-Commissariat aux réfugiés font porter la responsabilité du massacre de millions de personnes et qui est pourtant tenu à Bruxelles ou à Washington pour un "référent" régional ?  
Trop peu de Français osent encore s’engager sur le continent africain, au moment précis où il semble décoller et où il y a des places à prendre. Bolloré ou un autre : faut-il que notre justice les décourage ?  Une chose est certaine, les concurrents chinois de M. Bolloré, ne risquent pas de rencontrer des problèmes de ce genre.  
Faut-il aussi que ces procédures nous aliènent nos amis africains ? Des questions vitales comme l’immigration ne pourront être maitrisées sans leur collaboration.
 
Aujourd’hui tout le monde se mêle de tout. C’est en 2000 que, à la demande de l’OCDE, a été introduit l’article 435-3 du Code pénal qui permet de poursuivre des faits de corruption commis sur un territoire étranger. Les Etats-Unis ont vite appris à s’en servir, non contre leurs propres ressortissants mais contre des concurrents étrangers qu’ils veulent absorber ou éliminer : voir l’affaire Alstom. Nous nous en servons, nous, pour affaiblir nos positions.
Un autre genre d’action très déplorable, que la justice française ne fait rien pour décourager, est la procédure contre d’autres chefs d’Etat pour "biens mal acquis." En d’autres termes, la France s’arroge le droit de juger des responsables politiques africains pour les gains illégaux qu’ils auraient tirés de l’exercice de leur pouvoir sans que cela concerne d’aucune manière la France. Inutile de dire qu’aucune action de ce genre ne risque d’être engagée contre l’émir du Qatar ! Notre République française, qui se fait inquisitoriale pour les républiques africaines, est pleine de déférence pour les monarchies absolues du Golfe. 
 
Comme par hasard, on trouve dans ce genre d’action les mêmes avocats qui ont porté les plaintes contre Bolloré - et qui par ailleurs défendent les intérêts de Kagame. Rien de ce qui peut nuire à la France ne leur est étranger.
Il serait temps que nos magistrats – ou nos gouvernants, cessent de se considérer comme les juges de la terre entière ou, s’ils veulent le faire, qu’il n’y ait pas deux poids et deux mesures – ou alors qu’ils poussent, comme les Américains, l’hypocrisie jusqu’au bout en ne visant dans ces procédures que l’intérêt national !

Envoyé par l'auteur, paru sur roland.hureaux.over-blog.com, 9 mai 2018

La dégenèse

Publié dans A tout un chacun
La dégenèse
 
Au commencement était un monde multiforme et infiniment divers : des milliards de galaxies et d’étoiles, des milliards de planètes, une Terre divisée entre la mer et la terre ferme, avec des êtres vivants mâles et femelles, terrestres et marins, des animaux et des plantes et, sur la terre ferme, des hommes remarquablement divers par la race, la culture, la langue, répartis sur les différents continents et, au milieu d’eux, la perle de la civilisation, les peuples européens.
Le premier jour, il fut décidé de réunir les différents peuples d’Europe en un peuple unique, sous un Etat unique.
Le deuxième jour, il fut décidé de placer tous les peuples de la terre sous un gouvernement mondial unique, avec une langue commune simplifiée, à la portée de tous.
Le troisième jour, il fut décidé d’unir les hommes et les femmes pour constituer un genre unique également capable (ou incapable) de procréer.
Le quatrième jour, il fut décidé de ramener les hommes à leur condition animale, solidaires de tous les animaux, en généralisant pour marquer cette communauté le régime végétarien.
Le cinquième jour, la terre et la mer se trouvèrent confondus.
Le sixième jour, la terre et les cieux fusionnèrent en une immense galaxie.
Le septième jour, Dieu contempla le monde entièrement unifié dont toutes les différences avaient été abolies et qui n’avait plus rien à espérer que le retour au néant.  

Envoyé par l'auteur, 1er octobre 2017

Décès de S. Veil : beaucoup de...

Publié dans A tout un chacun
Décès de Simone Veil : beaucoup de malentendus
 
Le concert d’éloges qu’a suscité le décès de Simone Veil recouvre bien des ambiguïtés.
D’abord le fait que, surtout de la part de la presse, c’est moins la personne que l’on célèbre que l’avènement du supposé droit à l’avortement. On fait ainsi de l’ancien ministre de la santé une icône de libéralisation des mœurs. Rien dans ses déclarations ne le laisse supposer. La loi Veil visait à encadrer et même réduire le nombre des avortements clandestins. La propagande féministe avait alors répandu le chiffre absurde d’un million par an – alors que la vérité était plus proche de 50 000, ce qui n’était déjà pas rien (1). Simone Veil avait-elle été dupe de cette propagande ? Probablement pas, mais tout laisse penser qu’elle voulait faire une loi d’encadrement et de contrôle plus que d’émancipation.
On ne l’a pas assez relevé : Simone Veil venait clairement de la droite. Elle était issue, comme Marie-France Garaud, de l’écurie de Jean Foyer, grand détecteur de talents et qui deviendrait un des adversaires les plus résolus de la loi de 1974. Il réussit néanmoins à y faire inscrire à l’article 1 que "La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie.", le reste de la loi ne venant qu’à titre d’exception : "il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi." 
Simone Veil ne s’était pas engagée dans cette aventure sans crainte et tremblement. Elle devait dire plus tard que la loi n’aurait pas vu le jour si l’épiscopat avait manifesté haut et fort son opposition.
 
La grande défausse
Une loi qui n’aurait normalement pas dû s’appeler loi Veil. On n’a jamais relevé ce qu’il y avait d’abject dans le fait que trois personnalités de culture et, selon leurs déclarations, de foi catholique, trois hommes, Valery Giscard d’Estaing, président de la République, Jacques Chirac, Premier ministre et Jean Lecanuet, Garde des sceaux, soient allés chercher une jeune magistrate d’origine juive, rescapée des camps de la mort, pour lui faire porter le chapeau d’une loi dépénalisant (au moins en partie) l’avortement. Sur un sujet qui touchait les droits fondamentaux et donc en premier lieu le ministère de la justice, cette loi n’aurait-elle pas dû s’appeler loi Lecanuet ? Lecanuet, icône de la démocratie chrétienne finissante, enterré dans un monastère ! Instrumentalisation et de la judéité et de la shoah à des fins politiciennes : personne n’a souligné à quel point il y avait là une forme d’antisémitisme sournois, en tous les cas de lâcheté. D’ailleurs le piège diabolique concocté par Giscard et Chirac a fonctionné : la bêtise crasse qui caractérise une certaine droite l’a conduite à tomber les yeux fermés dans le panneau pour se livrer à des amalgames douteux qui ont terriblement affaibli la cause des défenseurs de la vie. 
L’intéressée était-elle obligée de tenir ce rôle ? C’est une question ouverte.
 
Le droit de l’avortement actuel n’a plus rien à voir avec la loi Veil
Enfin, et c’est le plus important, il serait temps de rappeler que la loi Veil de 1974 n’a à peu près rien à voir avec la législation de l’avortement de 2017.
Au fil des ans ont été supprimés : le principe du respect de la vie comme norme, la nécessité de l’état de détresse, l’entretien préalable avec une assistante sociale, le délai de réflexion. Le délai légal a été relevé à 12 semaines (ce qui est tout de même différent de pays, comme les Etats-Unis, où il n’y a pas de délai !). Ont été instaurés en parallèle le remboursent à 100 % de l’acte (et plus récemment de tous les examens préalables) (2) et le délit d’entrave à l’avortement. On n’est pas encore allé jusqu’à en faire un droit fondamental sans considération de délai, mais sous la pression de l’ONU et de l’UE, une motion dans ce sens a été votée récemment à l’Assemblée nationale. L’objection de conscience du personnel médical est menacée et affaiblie, les pharmaciens en étant désormais exclus. A l’instigation de Marisol Touraine, les hôpitaux sont obligés d’atteindre des quotas d’avortements et donc à y pousser les femmes hésitantes pour montrer qu’ils ne se dérobent pas à ce supposé  "service public". Le progrès du dépistage prénatal (et les actes de dépistage multipliés par la loi) ont fait de l’avortement, en France plus qu’ailleurs, un instrument quasi-généralisé d’eugénisme, ce dont on ne mesure sans doute pas encore toutes les conséquences (3). La science a entretemps découvert le RU 486 qui semble rendre l’acte plus anodin et qui peut être délivré par les infirmières de lycée.
Nous ne comptons pas au nombre des dérives la suppression de l’autorisation parentale, prévue à l’origine pour les mineures, tant le rôle des parents est, en cette matière, le plus souvent négatif.
 
On est ainsi passé de la loi de 1974 pour laquelle l’avortement provoqué était une exception à une règle générale de protection de l’enfant à naître, assortie d’un dispositif à finalité dissuasive, à un régime juridique, en théorie de semi-liberté, mais en fait d’encouragement. La sociologie contemporaine, de plus en plus hostile l’enfant, fait que les institutions les plus diverses : entreprise, hôpital, lycée, services sociaux et souvent famille se liguent pour pousser à l’avortement des femmes qui, au fond d’elles-mêmes, voudraient garder leur enfant. Tenter de dissuader une femme d’avorter est puni par la loi, l’y pousser, en soi, ne l’est pas (4). On estime à 60 % le nombre d’avortements sous pression de l’environnement et peu contestent qu’une femme entourée de gens, employeur compris, qui accueillent favorablement l’enfant, n’y recoure guère. Qui parle de liberté (5) ?
 
La loi de 1974 prévoyait que des études en vue de connaitre mieux les motivations de l’acte abortif, dans un but de prévention : cette disposition est passée à la trappe lors de la reconduction de la loi en 1978. Le sujet est devenu au contraire tabou. De même l’entretien préalable n’a la plupart du temps été qu’une formalité bien éloignée de l’esprit de la loi.
Ces évolutions ont été la plupart du temps votées à l’initiative du parti socialiste, la droite ne les remettant jamais en question "pour ne pas rouvrir le débat". Elles semblent conforter l’argument des pro-vie selon lesquels la loi Veil, sous une apparence restrictive, a ouvert la boîte de Pandore. De même, il n’est pas fortuit que le passage sans retour de la fécondité française au-dessous du seuil de renouvellement des générations date de 1975.
Il reste que Simone Veil a, au moins en privé, déploré la dénaturation de la loi qui porte son nom. Il aurait peut-être mieux valu qu’elle le dise publiquement, comme  elle a participé brièvement en 2013 (6) à la manifestation contre la loi Taubira.
Mais on trouve dans ses déclarations de 1974 des prises de position non équivoques : "Il n’y a aucun droit à l’avortement"… "Personne n’a jamais contesté, et le ministre de la santé moins que quiconque, que l’avortement soit un échec"… "C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame", ou encore "si [le projet de loi] admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et autant que possible en dissuader la femme".
"Dissuader la femme !" Avec de tels propos, Simone Veil serait aujourd’hui allée en prison.  
 
(1) On compte aujourd’hui environ 220 000 avortements légaux par an. Ce chiffre, un des plus élevés d’Europe, ne baisse pas malgré des dizaines d’années de propagande pour la contraception. Il concerne principalement les populations autochtones.
(2) Alors que les soins dentaires ou les lunettes ne sont remboursés qu’à hauteur de 20 %.
(3) Combien de grands artistes ou génies scientifiques n’auraient pas survécu au dépistage prénatal, sûrement pas Toulouse-Lautrec ?
(4) Il y a des condamnations  de ces pressions mais, à notre connaissance, seulement en cas de violences physiques, au titre des "violences faites aux femmes".
(5) Ces pressions sont d’autant plus déplorables que la plupart des femmes en gardent des traces psychologiques profondes. 
(­6) Sa santé déjà compromise ne lui permettait pas de faire plus de quelques centaines de mètres, ce qui est déjà beaucoup..

Envoyé par l'auteur, 9 septembre 2017

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