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HUREAUX  Roland

HUREAUX Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  - 7 enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

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Migrants : si l'U E voulait...

Publié dans Avec l'Europe
Si l’Union européenne veut endiguer le flux des migrants, elle le peut 
 
Comment faire grief à Emmanuel Macron de vouloir réconcilier les factions qui se déchirent en Libye ? S’il y réussit, ce serait une excellente chose.
Beaucoup voient dans le retour à la paix le préalable au contrôle des flux de migrants qui traversent chaque jour la Méditerranée en direction de l’Europe.
Il est vrai que le renversement du colonel Kadhafi en 2011 a fait sauter le verrou qui bloquait le passage des populations de l’Afrique subsaharienne. Le flux n’a certes commencé en grand qu’en 2014, le temps que les réseaux s’organisent. Mais depuis, il ne tarit pas : 360 000 migrants ont pris le chemin de l’Europe en 2016 dont 4 000 se sont noyés. Pour les six premiers mois de 2017, le chiffre est de 80 000 dont 2 000 noyés. 
On aurait tort cependant de penser que la clef du problème se trouve exclusivement à Tripoli. Le rétablissement de la paix civile et d’un Etat digne de ce nom en Libye pourrait en effet faciliter le contrôle des flux de réfugiés, pour peu que ce gouvernement le veuille.
Mais le contrôle des réfugiés serait déjà possible à condition que les Européens prennent le contrôle des ports de départ pour y faire la chasse aux passeurs et autres trafiquants de chair humaine, pour y détruire les bateaux et pour filtrer en amont les vrais réfugiés, comme le propose Macron. Les vrais réfugiés sont en tout état de cause peu nombreux au départ de la Libye, moins qu’ils ne l’étaient au départ de la Turquie, une filière que les espoirs de paix en Irak et en Syrie ont commencé à tarir. 
Le fondement d’une intervention européenne (policière plutôt que militaire) dans les ports libyens pourrait être tout simplement un accord bilatéral entre le gouvernement de Tripoli et tel ou tel Etat européen (de préférence des Etats méditerranéens comme la France ou l’Italie). On objecte au Quai d’Orsay que ce gouvernement ne contrôle rien. Etonnante ignorance du droit international : on ne lui demande pas de contrôler son territoire mais de donner à d’autres le droit de le faire. Pour cela il suffit que ce gouvernement soit légitime, ce qui est le cas. Loin d’être un obstacle, sa faiblesse actuelle pourrait être un atout. Ne subsistant que sous perfusion de l’OTAN, il n’est pas en mesure de refuser un tel accord.
 
L’Union européenne ne veut pas arrêter le flux de migrants
Cela ne s’est pas fait à ce jour car l’Union européenne exigerait au préalable une résolution du Conseil de sécurité, autrement dit elle conditionne une opération qu’elle pourrait faire elle-même à l‘accord de la Russie et de la Chine – peu chauds, au vu des précédents, pour donner à nouveau un feu vert aux Occidentaux dans cette zone. Disons-le tout net : cette exigence parfaitement inutile signifie une chose, que l’Union européenne ne veut pas que le flux soit arrêté.
Pourquoi ? Différents documents émanant soit de l’ONU, soit de l’Union européenne ressassent depuis bientôt trente ans que l’Europe, compte tenu de son déficit démographique - qui est aujourd’hui d’un tiers à chaque génération, y compris en France pour la partie autochtone -  a besoin, pour fournir de la main d’œuvre à son industrie et pour équilibrer ses régimes de retraite d’un afflux de 40 ou 50 millions d’immigrés.   
On voit bien ce que ce raisonnement technocratique, seulement basé sur les chiffres, a de borné : il suppose que les hommes sont fongibles, hors de toute considération culturelle, ethnique ou religieuse. Les prospectivistes des institutions citées n’ont aucun souci de la cohésion des nations européennes. Ils préconisent même ouvertement ce qu’ils appellent le replacement. A Davos, l’effet économique positif de l’arrivée des migrants a été applaudi. Par sa politique d’accueil des années 2015 et 2016, Angela Merkel n’a pas raisonné autrement.
Dans les mêmes cercles, certains vont plus loin : ils comptent que le brassage des populations affaiblira les Etats et facilitera tant la mondialisation que l’intégration supranationale. Alors que chacun sait que c’est le contraire qui nous attend : cet afflux exacerbera les conflits religieux ou ethniques et mettra en cause un peu partout la paix civile.
Personne, dans ces sphères, n’envisage que l’effort de l’Europe pourrait porter sur le redressement démographique. Certes c’est difficile, mais pas plus que d’enrayer le réchauffement climatique ! Il n’en est pas question car cela semblerait remettre en cause la doxa féministe, comme si la maternité était un malheur.
 
La résistance compréhensible des peuples à cette perspective est tenue à Bruxelles et dans les capitales sous son influence pour un populisme rétrograde dont les leçons de morale et les poursuites judicaires devraient venir à bout. On n’imagine pas que ce puisse être l’effet du réalisme historique ou d’un légitime souci de préservation.   
Il va de soi que si ces idées figurent dans de multiples rapports, on se garde bien de dire clairement : "Non, l’Union européenne n’a pas l’intention de contrôler les passages en Méditerranée car elle a besoin des migrants". On se contente de laisser croire que ces flux ne sont pas maitrisables, qu’ils échappent à toute volonté politique, que le souci humanitaire doit d’effacer devant toute autre considération.  On renforce Frontex qui va au secours des migrants largués par les passeurs pour les amener en Italie. Au moment où les migrants ont afflué de Turquie (2015-2016), il était facile, dès lors que l’Allemagne avait décidé de les accueillir, de leur envoyer des billets d’avion qui leur auraient épargné le racket des passeurs et les noyades en mer Egée. L’hypocrisie de l’Union européenne qui ne veut pas empêcher les migrants de venir mais fait semblant de n’y pouvoir rien, est la cause des milliers de noyades en Méditerranée.
Disons-le clairement : la paix en Libye est souhaitable, mais quelle que soit l’évolution de la situation sur le terrain, si l’Union européenne veut vraiment contrôler ses frontières maritimes, elle en a déjà les moyens.
 
Le général italien Vicenzo Santo, interrogé par un journaliste sur la submersion migratoire actuelle, affirmait : "il suffit d'utiliser l'armée pour la mission qui est à
l'origine de sa création, celle de défendre nos frontières. Il est tout à fait possible de mettre le holà à cette immigration désordonnée et massive. En quelques jours, l'armée italienne pourrait y mettre fin".

Envoyé par l'auteur, 9 septembre 2017

Les effets pervers...

Publié dans En France
Les effets pervers des lois de moralisation de la vie politique
 
Il n’est pas dans les habitudes de l’auteur de ces lignes de prendre la défense des centristes, surtout depuis qu’ils se sont ralliés avec armes et bagages à Macron. Mais enfin, le retrait du gouvernement de trois figures du Modem : Francois Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard a un motif bien léger. Ils sont accusés tous trois, comme Marine Le Pen d’ailleurs dont l’immunité parlementaire a été levée pour la même raison par le Parlement européen, d’avoir utilisé des collaborateurs parlementaires pour faire fonctionner leur parti politique. Mais quelle différence y a-t-il entre le cabinet d’un élu et le personnel d’un parti ? La vérité est qu’ils ont à peu près la même mission : aider les élus de leur parti à produire des idées, à proposer des textes ou à se positionner sur eux, éventuellement à faire des programmes, et de manière inséparable, faciliter leur réélection, conséquence naturelle d’un travail bien fait. Bien malin qui pourra tracer une ligne stricte entre les activités des uns et des autres en pratique parfaitement fongibles. Même un chauffeur peut conduire aussi bien un élu qu’un président de parti : il permet à l’homme politique, généralement surchargé de travail, de gagner du temps, et on suppose que ce dernier fera de ce temps bon usage.
 
Juste retour de bâton 
Ces accusations n’en sont pas moins un juste retour de bâton pour une équipe qui n’est aujourd’hui au pouvoir que parce qu’elle a bénéficié du tout aussi injuste procès qui a été fait à François Fillon pour avoir employé son épouse comme attachée parlementaire, ce qui était pourtant parfaitement légal (plus d’une centaine de parlementaires le font !). L’emploi de proches dans ce genre de fonctions, que l’on veut proscrire, est tout aussi légitime, comme le rappelait Jacques Bichot (1), que l’emploi de sa femme ou de ses enfants par un agriculteur ou un artisan. C’est à tort qu’on assimile cette pratique au népotisme qui consiste, lui, à conférer de hautes responsabilités à des parents sans que rien, dans leurs aptitudes ou leur parcours, le justifie ; mais attaché parlementaire n’est pas une haute fonction et, quant à savoir si Mme Fillon a travaillé assez ou pas assez à ce titre, qui le dira ?
Certes, il y a peut-être d’autres raisons à ce retrait : s’agissant de Sylvie Goulard, on croit savoir que ses déclarations intempestives où elle se montrait prête à sacrifier sur l’autel de l’Europe nos industries stratégiques, voire une partie de nos moyens de défense, ont exaspéré les états-majors au point de rendre son maintien problématique. Le ministère des armées n’est assurément pas fait pour une idéologue d’Europe supranationale, surtout si elle semble oublier que même dans une fédération, telle l’Europe à laquelle elle aspire, chaque entité fédérée a le droit et le devoir de défendre âprement son intérêt, comme le font par exemple les grandes villes françaises au sein de la République une et indivisible. Quant à Bayrou, il évite par avance le déshonneur qu’il aurait essuyé à avaliser ce que Macron a promis de faire : conférer aux couples de lesbiennes le droit de recourir à la procréation artificielle, voire, à terme, reconnaître la gestation pour autrui. Cette démission collective ne fait ainsi que souligner ce qu’avait de contre-nature l’alliance de Bayrou avec Macron, des derniers représentants de la démocratie chrétienne avec les plus extrêmes des libertaires, déconstructeurs résolus de l’héritage occidental. Car s’ils ne sont plus vraiment démocrates (n’est-ce pas un des leurs Jean-Claude Juncker qui déclarait qu’ "Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens" (2) , on suppose que les centristes sont encore un petit peu chrétiens.
 
Nous épargnera-t-on une loi de moralisation de la vie politique ?
Un des grands bienfaits de cette démission aurait pu être de nous épargner une loi sur la moralisation de la vie politique qui ne pourra qu’être parfaitement contre-productive. Non seulement parce que, à l’heure de ce que le regretté Guy Debord appelait la "société du spectacle", dont le phénomène Macron constitue sans doute l’expression la plus achevée, la plupart des lois, devenues le plus souvent des moyens de communication, ont l’effet d’aggraver les maux auxquels elles prétendent porter remède (l’éducation nationale en offre un bel exemple) (3). Et pour ce qui est d’une loi de pure communication, en voilà bien une ! Mais aussi parce que, sur ce genre de sujet, on veut donner satisfaction à une opinion qui n’a qu’une compréhension très imparfaite des questions morales et politiques, biaisée par une justice et des médias eux-mêmes loin d’en avoir une perception exacte. Non que la morale et la politique n’aient rien à voir ensemble, mais parce que juger de leurs relations exige un sens casuistique que ni eux ni le grand public n’ont forcément. Selon la cible qu’ils veulent atteindre, les médias feront facilement passer pour très grave ce qui ne l’est pas et pour bénin ce qui est très grave. Allez faire des lois avec ça !
Il existe d’autres erreurs de jugement répandues dans le public. Par exemple le cumul des mandats passe pour immoral : on oublie que la loi limite les cumuls de rémunération, et que donc on ne saurait faire grief à quelqu’un de vaillant de faire au même prix le travail de deux ou trois personnes. On oublie aussi que le leadership, principe au centre de la vie politique, ne se divise pas : le disperser conduit à diluer les responsabilités. Le cumul des mandats évite bien des réunions de coordination et fait donc gagner du temps. Le cumul ne préjuge pas non plus du tout de la qualité du travail. La complexité croissante des procédures l’a certes rendu difficile mais pas au bénéfice de l’efficacité : ces procédures que les élus ont eu tort d’instaurer au fil des ans leur font perdre un temps précieux et les privent de cette capacité si nécessaire de décoller du guidon pour réfléchir à ce qu’ils font.
 
Une élection particulièrement immorale
Il serait au demeurant paradoxal qu’une loi de moralisation la vie publique émane d’un gouvernement issu d’une élection parmi les plus immorales qui aient été : tant l’instrumentalisation éhontée de la justice que la prise de parti à sens unique d’une presse, largement aux ordres des puissances financières, ont, seules, permis l’élection du nouveau président. Personne, ni juge, ni journaliste, ne s’est intéressé de près aux obscurités des déclarations de patrimoine de Macron ; le nouveau premier ministre lui-même a pu se dispenser impunément de l’obligation de transparence comme député. Et ceux-là voudraient faire une loi de moralisation !    
Tout est contre-productif dans le projet de loi annoncé : on veut interdire à un élu d’embaucher sa femme ou ses enfants, mais quid des maîtresses ou des compagnes ? Pourquoi défavoriser les gens mariés ? La multiplication des contraintes (fiscalisation des indemnités, limitation des activités annexes, interdiction de plus de trois mandats successifs, manière de reconnaître que ces sont des prébendes ou des privilèges dont il ne faudrait pas profiter trop longtemps, alors qu’en leur essence, il s’agit de fonctions utiles) et des contrôles de toutes sortes sur les élus éloignera un peu plus les gens de qualité des responsabilités politiques et, au contraire, y attirera davantage  les médiocres – et les aigrefins – (4). Selon un mot de Jean-Pierre Gérard (5), ce genre de lois a le même effet que les antibiotiques sur les bactéries : seules les plus résistantes, généralement les plus nocives, y survivent et prolifèrent.
Ces règles ne changeront pas la nature humaine et ce n’est pas en raison de tel ou tel abus ponctuel qu’il faut chaque fois chambouler la loi, généralement pour le pire. Renforcées, les règles n’en seront pas moins, n’en doutons pas, à leur tour, tournées. Français, encore un effort pour être vraiment libéraux, et cesser de vouloir tout réglementer au moindre écart !  Ne nous avait-on pas dit que Macron était un libéral !
Quant à l’obligation de produire un casier judiciaire vierge pour se présenter aux élections, c’est, comme la parité, une nouvelle atteinte à la démocratie : que ne se contente-t-on de le rendre public, laissant aux électeurs le soin d’en tirer ou non les conséquences ?
Si une seule loi de moralisation était nécessaire, ce serait pour compléter le dispositif qui, depuis 1789 interdit à la justice d’interférer avec le processus politique et administratif. Les lois des 16 et 24 août 1789, du 16 fructidor an III, du 31 mars 1914 (article 110 du Code électoral), du 2 mars 1982 (sur les Chambres régionales des comptes), dont l’esprit est pourtant clair, n’ont pas suffi à empêcher la malheureuse affaire Fillon. Si l’on veut encore préserver une certaine idée de la République, il est urgent de compléter ce dispositif. 
 
(1) Causeur, 13 février 2007 : Vive le travail en famille !
(2) Déclaration faite à la suite de la victoire de Syriza aux élections de Grèce, 16 janvier 2015
(3) Cf. Roland Hureaux, La grande démolition, la France cassée par les réformes , Buchet-Chastel 2012.
(4) Ce que l’on croit savoir de la nouvelle vague d’élus – et du filtrage qui a été opéré dans les vieux partis, pourrait en apporter une confirmation.
(5) Président du G21

Paru sur roland.hureaux.over-blog.com, août 2017  

Macron, comme Bonaparte,...

Publié dans Du côté des élites
Macron, comme Bonaparte, s’est appuyé sur l’oligarchie pour réussir
 
La fulgurante ascension d’Emmanuel Macron, énarque de 38 ans passé en quelques semaines du rang de ministre socialiste à celui de chef de l’Etat a défié tout ce qu’on croyait être les usages établis. Court-circuités les passages tenus jusque-là pour obligés du cursus honorum : élu local, député ou sénateur, président de commission. A peine a-t-il été, par le choix de Hollande, quelques mois ministre, un ministre assez classique au demeurant. 
S’il est une leçon à tirer d’un tel parcours, c’est que pour arriver aux plus hauts sommets de l’Etat, il vaut mieux s’appuyer sur la classe dirigeante que sur le peuple, comme ont tenté de le faire, chacun à sa manière, Le Pen et Mélenchon. En France, n’est pas Trump qui veut.
 
Macron ne s’est pas risqué dans cette entreprise sans s’être assuré du soutien de presque tout ce qui dirige la France, voire le monde. Son premier dîner de levée de fonds à Londres, fin 2016, était présidé par un associé de Goldman Sachs. Parmi ses soutiens, les principales fortunes françaises et les étoiles des médias, le club de Bilderberg (sauf peut-être son président Henri de Castries réputé filloniste) et le Siècle en son entier. Bref, la classe dirigeante, la vraie : les grandes fortunes, de préférence immatérielles (mode, numérique, banque), s’affichant de gauche de gauche, ou en tous les cas donnant à la gauche des gages et contrôlant un ou plusieurs médias ; pas ces ploucs de patrons de PME encartés à LR ! C’est en s’appuyant sur l’oligarchie internationale et nationale (dans quel ordre faut-il les mettre ?) qu’il a réussi son coup. Comme dit Gilles-William Goldnadel : "Chapeau l’artiste !"
Les marxistes n’en seront bien évidemment pas étonnés. Sinon qu’ils auront à se pencher sur un cas sans doute extrême de ce qu’ils appelaient l’aliénation : l’emballement d’une partie de la gauche pour le candidat de l’oligarchie, au motif qu’il se présente comme "nouveau", voire "ni gauche ni droite".
 
Comme Bonaparte
N’est-ce pas en cela que Macron rejoint Bonaparte ? Au 18 brumaire, le jeune général corse était le champion de tout ce qui avait profité de la Révolution et voulait consolider ses acquis, contre les forces populaires qui auraient pu les remettre en cause. Et la politique qu’il mena (stabilisation de la monnaie, création de la Banque de France, Code civil, Code pénal) fut d’abord au service de la bourgeoisie émergente et de l’aristocratie ralliée.
 
D’autres l‘ont imité : Louis-Philippe, Napoléon III, Thiers, Pétain, Chirac accédèrent aussi au pouvoir suprême en s’appuyant sur les classes dirigeantes. Mais ils ne se réclamaient pas, comme Macron, de la gauche ! A la rigueur peut-on inscrire dans la même série le De Gaulle de 1958 - pas celui de 1940 -, même si les hommes d’argent ne l’acceptèrent jamais vraiment.
François Mitterrand, lui, joua un jeu plus subtil : formellement élu de l’Union de la gauche et donc des classes populaires, appuyé sur le parti communiste, il n’en avait pas moins dans sa manche la plupart des grandes fortunes françaises, les Bettencourt, les Seydoux, les Riboud, Marcel Dassault lui-même ou des hommes d’influence : Ambroise Roux, Robert Hersant qui tous figuraient parmi ses proches. A l’échelon international, il était discrètement soutenu par Reagan.
Malgré quelques appuis ponctuels et un programme très avantageux pour eux, François Fillon, n’a pas vraiment réussi à séduire les hommes de l’oligarchie.
La puissance politique des grandes fortunes s’est accrue du fait de la mondialisation qui leur assure un contrôle presque total de la trame serrée des réseaux de pouvoir à l‘échelle internationale. Qu’un Donald Trump soit passé au travers de mailles du filet en s’appuyant, au moins en partie, sur le peuple américain contre l’oligarchie, explique ses difficultés actuelles : des pans entiers de l’establishment ne lui pardonnent pas ce qu’ils tiennent pour une usurpation.
 
Le bon sens en moins
Il ne faudrait cependant pas pousser trop loin la comparaison avec Bonaparte. La fougue, la jeunesse, une certaine audace, oui. Mais le génie de Bonaparte – hors de ses aventures militaires dont la responsabilité est débattue - fut d’avoir été un homme d’un bon sens supérieur. Les institutions fortes qu’il mit en place rapidement, en sus de la Banque de France et du nouvel ordre juridique déjà cités : les préfets, les lycées, l’Université, étaient marqués du coin de la raison et du sens des réalités. Comme tous les vrais chefs, Bonaparte sut faire prévaloir le bon sens sur les idéologies, qu’elles aient été jacobine ou réactionnaire.
Emmanuel Macron, au contraire, a, au long de sa campagne, enfourché tous les poncifs de l’idéologie technocratique et mondialiste, la même qui provoque depuis des années l’exaspération des Français : Europe supranationale, libéralisation à tout va, ouverture à l’immigration, lutte obsessionnelle contre les discriminations, remise en cause du cadre communal,.. etc. Il ne réussira que s’il se décide à aller à l’encontre de tout ce que l’a porté pendant la campagne.
 
Cette différence est à l’image de la manière dont les classes dominantes ont évolué : au XIXe siècle elles étaient certes libérales mais sans dogmatisme, attachées à l’héritage de la Révolution mais sans rupture avec la tradition et sans utopie, à la fois patriotes et pragmatiques. La bourgeoisie d’alors était nationale ; celle d’aujourd’hui est transnationale, tournant souvent le dos à la France au bénéfice du grand large : le libre-échange mondial, l’Europe. La bourgeoisie d’aujourd’hui est devenue idéologue, le carcan de l’idéologie lui permettant de mieux affirmer sa domination sur les populations, notamment pas des médias devenus monocolores, mais ses représentants attitrés, Macron pourrait en être assez vite un exemple, n’échappent pas au discrédit qui frappent toutes les idéologies et au rejet populaire qui s’ensuit, d’autant que c’est dans l’espace national que se fonde encore la légitimité.
Il vaut mieux s’appuyer sur l’oligarchie pour accéder au pouvoir, mais il faut savoir le jour venu se débarrasser des idéologies et donner des gages au peuple, dans le cadre national, sinon l’illusion se dissipe vite.

Paru sur roland.hureaux.over-blog.com, août 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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