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HUREAUX  Roland

HUREAUX Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

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Mourir dans la dignité

Publié dans A tout un chacun

La question, de l'euthanasie revient à l'ordre du jour. Comme il arrive souvent, les défenseurs des bonnes causes ne trouvent pas toujours les bons arguments.  Il est sans doute plus que jamais nécessaire de rappeler que la vie humaine est sacrée,  que, sous aucun prétexte, on ne saurait y mettre un terme ou aider un malade à y mettre un terme volontairement. "Tu ne tueras pas" est tenu pour un absolu de l'héritage judéo-chrétien. Sous le serment d'Hippocrate, les futurs médecins disent à peu près la même chose. Mais si c'était là le seul argument des adversaires de l'euthanasie, comment se cacher les objections auxquelles il se heurte : toute l'histoire de l'Occident n'a-t-elle pas consisté, quoiqu'on dise, à organiser des exceptions à ce principe qui en principe n'en souffre pas ?  La légitime défense, le droit de la guerre qui en procède, la peine de mort, incontestée pendant des siècles, sont de ces exceptions. Sans doute les condamnés à mort n'étaient-ils pas innocents, mais ils n'étaient pas non plus volontaires !

C'est pourquoi il convient de compléter cet argument par d'autres : même si le droit a toujours admis des exceptions au précepte "Tu ne tueras pas", au moins faut-il que ces exceptions soient bornées par une limite claire. Il est douteux que la légalisation de l'euthanasie permette de marquer une telle limite, même si elle prenait la forme hautement ambiguë d' une "exception d'euthanasie" aujourd'hui envisagée par le législateur. Si le droit d'accélérer la fin de moribonds qui le demandent (ou paraissent le demander) était admis, comment éviter les abus dans une société où les progrès de la médecine aidant, le nombre de grands vieillards en état de dépendance ne cesse de s'accroître. Il n'est pas toujours facile de savoir ce que veulent ces personnes (dont beaucoup sont privées de la capacité juridique par la mise sous tutelle) mais la tentation est de les tenir pour encombrantes. Comment dès lors éviter que, une fois l'habitude prise d'abréger leurs jours à leur demande, on n'en arrive vite à le faire avec un semblant de consentement ou pas de consentement du tout. Surtout si notre société s'appauvrissait au point de ne plus supporter le poids des dépenses sociales les plus lourdes. C'est ce qui arriva en Union soviétique à la fin du communisme où le taux de mortalité s'éleva très vite au milieu de la dégradation générale des systèmes de santé. L'expérience de pays comme les Pays-Bas qui ont légalisé l'euthanasie n'est pas pour nous rassurer sur le risque de telles dérives. Le cas Humbert non plus si l'on en croit le kinésithérapeute de ce malheureux selon lequel il ne voulait en réalité pas mourir. Les militants de l'euthanasie qui ont voulu en faire un cas emblématique sont bien mal tombés.

Si la ligne rouge venait ainsi à être fréquemment transgressée, on n'ose imaginer ce que serait l'état d'esprit des malades hospitalisés, toujours aux aguets de crainte d'être "euthanasiés". Comme le communisme, qui avait voulu apporter "le pain, la paix, la liberté", entraîna au contraire la famine, la militarisation et l'esclavage, le souci peu éclairé d'adoucir les derniers jours des grands malades  plongerait au contraire ceux-ci dans une angoisse dramatique. Cette inversion des résultats est le destin, désormais bien connu, de tous les partis pris idéologiques.

Lutter contre la mort est au coeur de la condition humaine
Mais nous pensons qu'l faut prendre aussi la question sous un autre angle. Même si la fin de vie se traduit par de grandes souffrances, toute la noblesse de la condition humaine historique n'est-elle pas dans ce combat sans espoir contre la mort ? Cela est vrai au niveau de l'espèce laquelle a traversé dans des conditions de précarité incroyable des centaines de milliers d'année, luttant avec acharnement contre la menace de l'extinction. S'il est vrai que le commandement "Choisis la vie" (Dt 31,19) par lequel se termine le Pentateuque est, aux dires de Pierre Chaunu, le plus important de la Bible, il faut croire qu'il fut ardemment mis en oeuvre tout au long de l'histoire humaine pour que celle-ci malgré les multiples menaces qui pesaient sur les hommes se prolonge jusqu'à nous.

Le confort exceptionnel dont jouissent nos contemporains (au moins la majorité d'entre eux dans les pays développés), bien qu'il ne soit que le fruit de ces luttes multiséculaires, amortit  la perception que  la vie est une lutte acharnée contre la mort, que celle-ci prenne le visage de la guerre, de la famine, de la maladie. A ces menaces de toujours, il faut sans doute ajouter celle du désespoir, de la perte de sens individuelle ou collective. 
Il s'agit d'une une lutte sans espoir. Car à la fin, au moins en ce bas monde, c'est la mort qui gagne. Comme dit Heidegger, l'homme est dès le départ un "être pour la mort". Même sains de corps et d'esprit, nous sommes tous des morts en sursis, au même titre que ceux qui sont frappés d'une maladie mortelle à évolution lente. Cela n'a jamais été une raison pour ne pas combattre.
Le combat contre la mort porte sa part de souffrances : le travail, l' accouchement - qui n'est pas la seule blessure de l'amour, la lutte contre la maladie, parfois la guerre. Pourquoi ce combat ne se prolongerait-il pas dans un ultime affrontement contre la mort ? L'agonie, étymologiquement, ne signifie-t-elle pas le combat ? Combattre jusqu'au bout, n'est-ce pas en définitive cela, "mourir dans la dignité" ?
Vouloir faire l'économie de cet ultime combat (nous ne remettons évidemment pas en cause la légitimité et la nécessité des soins palliatifs), n'est ce pas risquer de briser le ressort par lequel notre espèce a traversé les siècles, en tous les cas mettre la mettre dans un engrenage  allant à contre-sens ? Cette perte de ressort n'est-ce pas ce dont souffrirent des civilisations déclinantes, comme l'Empire romain ou d'autres où, au moins dans les hautes classes, le recours au suicide se banalisa ? Heureusement pour l'espèce, d'autres civilisations prirent le relais.

On dira que cette vision héroïque de l'existence humaine ne saurait s'appliquer à tous, et aussi  qu'il existe des souffrances si grandes que, devant elles, de tels propos ne tiennent pas. Notre société a certes beaucoup fait pour limiter les souffrances. Elle supporte d'autant moins celles qui restent.  La compassion pour ceux qui souffrent encore, notamment  certains grands malades, est plus forte que dans les sociétés plus aguerries d'autrefois.
Nous ne supportons pas davantage la souffrance des animaux à l'égard desquels la pratique de l'euthanasie est généralisée. Or l'imprégnation floue de certaines philosophies orientales, la mode du végétarisme et certaines considérations scientifiques plus ou moins légitimes ont brouillé les repères qui séparaient en Occident l'humanité de l'animalité.
Cette compassion "animale" que nous éprouvons envers nos frères inférieurs peut-elle être étendue à des moribonds qui demanderaient qu'on abrège leurs souffrances ? Non, l'homme n'est pas un chat ou un chien. Plus important que la compassion, il y a le respect, non point seulement le respect de la vie mais le respect de cette éminente dignité qui est le propre de l'homme, le droit pour chacun, même les petits et les sans grade, de mener jusqu'au bout le combat qui fait la grandeur de leur destinée.  Éventuellement contre lui-même, contre les demandes que le désespoir ou des souffrances trop aiguës pourraient le conduire à formuler.
Si la morale chrétienne - la morale tout court - n'étaient que ce que disait Nietzsche, une pitié animale, une compassion primaire, une sorte de sensiblerie, rien ne devrait s'opposer à l'euthanasie. Mais la morale est justement plus que cela : la reconnaissance de l'éminente noblesse de tout homme  - de  toute femme -, quelle que soit sa condition.  Ce n'est pas seulement  la vie qui doit être respectée, c'est la personne vivante.

Le risque de l'acharnement thérapeutique
Reste à trancher la question de l'euthanasie dite passive, ou plutôt de l'acharnement thérapeutique. Bien que  la distinction entre euthanasie active (donner la mort par un acte positif) et passive (laisser advenir la mort par la cessation de certains soins devenus déraisonnables) soit à peu près claire, les partisans de l'euthanasie active cherchent à mêler les deux problèmes.
Les progrès de la médecine, s'ils ont permis le développement des soins palliatifs qui, dans la plupart des cas, permettent d'atténuer les souffrances des grands malades, ont aussi donné les moyens de prolonger la vie par des soins sophistiqués et lourds, lors même qu'il n'y a plus d'espoir de guérison ou de retour à la conscience. Cela pose un problème nouveau. Le zèle médical aidant, la tentation de ce qu'il est convenu d'appeler l' "acharnement thérapeutique" est grande. N'est-ce pas d'ailleurs le même esprit technicien qui inspire l'euthanasie active et l'acharnement thérapeutique ? L'homme moderne, fort de sa technique, veut être maître absolu de la vie et de la mort.

Indépendamment de son coût qui ne saurait entrer en considération, l'acharnement thérapeutique est aujourd'hui un vrai problème de société. Nous connaissons des personnes qui se sont suicidées non point par crainte de la maladie et de la mort, mais de l'acharnement thérapeutique. Un brave homme de nos provinces nous dit une fois : "Heureusement, l'ambulance est arrivée trop tard : ma mère a pu mourir dans sa maison". Cet homme, n'en doutons pas, aimait beaucoup sa mère. La maison dont il parlait, ses ancêtres y avaient vécu et y étaient morts, de génération en génération, depuis trois siècles. A une époque où, en France, 80 % des gens meurent à l'hôpital, généralement dans les services dits de réanimation, ne faudrait-il pas reconnaître aux grands vieillards le droit de mourir chez eux, quitte à les y mieux soigner ? En Italie, pays de développement comparable, 80 % des décès ont lieu au contraire au domicile. Le matin de sa mort, le pape Jean Paul II refusa une ultime hospitalisation pour rendre son dernier soupir au Vatican : n'y a-t-il pas là un exemple à méditer ?

Cela ne veut pas dire que les soins intensifs soient illégitimes. D'autant que, ainsi que le rappelle le beau film de Pedro Almodovar Parle avec elle (2002), le destin du comateux le plus lourd peut encore s'inscrire dans une socialité. En outre, des retours à la conscience quasi-miraculeux ont été observés. 
Mais si la césure entre euthanasie active et passive est à peu près claire, il faut bien admettre que la frontière entre soins intensifs légitimes et acharnement thérapeutique ne l'est pas toujours. Nous entrons là dans le domaine prudentiel. Les moralistes comme les médecins qui  voudraient trouver une règle parfaitement logique auront du mal : en toutes choses, la logique conduit aux excès. La vertu de prudence est, en la matière, plus que jamais nécessaire. 

C'est le grand mérite de la loi Léonetti d'avoir refusé l'euthanasie tout permettant de mettre un frein à l'acharnement thérapeutique. Les bonnes lois sont rares. Quand il en existe, la sagesse est de n'y pas toucher.

Barack le patricien

Publié dans De par le monde
(...) (site accidenté en 2013)
Les innombrables commentateurs de la victoire d'Obama ont, sans crainte de saturer auditeurs et lecteurs, ressassé l'antienne que celle-ci était la grande revanche des Afro-Américains
si longtemps humiliés. Le plus étonnant est que cette insistance sur la couleur de la peau du nouveau président intervient à une époque où toute référence raciale, voire seulement ethnique ou culturelle, est tenue pour politiquement incorrecte. Pourquoi ne pas dire que Barack Obama est un Américain comme les autres - ce qu'il revendique d'ailleurs - et reconnaître que dans l'état de discrédit où la présidence Bush a plongé le camp républicain, à peu près n'importe quel démocrate aurait été élu ? Mais puisque tant de commentateurs ne se gênent pas pour évoquer les racines du nouveau président, n'hésitons pas, tout en mesurant les limites de ces considérations ethniques, à regarder de plus près le cas Obama. Un cas assurément singulier. Étrange afro-américain en effet que ce président métis qui ne compte pas un seul esclave parmi ses ancêtres. Sa mère blanche descend, paraît-il, de Jefferson Davis, président de la Confédération sudiste - et donc des partisans de l'esclavage dans la guerre de Sécession. Son père, Barack Obama Sr - qui n'a jamais vécu aux États-Unis : c'est donc à tort que l'on fait du nouveau président un fils d'immigré - ne fut pas seulement un homme politique kenyan en vue, mais il appartient à l'ethnie luo. Cela ne dira rien à ceux qui ignorent les réalités de l'Afrique de l'Est. Mais les Luo et les Masai du Kenya, comme les Tutsis du Rwanda, les Hayas de Tanzanie - on pourrait ajouter les Amhara d'Éthiopie - figurent parmi les tribus les plus aristocratiques de l'Afrique subsaharienne, celles que l'on désignait autrefois sous le nom de "Nilo-hamitiques" par opposition aux "Bantous" qui peuplent le reste de l'Afrique. Composées d'éleveurs et de guerriers, elles ont toujours méprisé l'agriculture et les peuples qui s'y adonnaient, Européens compris. Elles sont aussi connues pour leurs dons politiques extraordinaires qui suscitent la méfiance des autres tribus : le génocide du Rwanda n'a pas d'autre cause ; le New York Times a rappelé qu'Obama, parce que Luo, n'aurait pas pu être élu au Kenya.

Pour l'anecdote, on rappellera que c'est dans ces groupes ethniques aguerris que se recrutent les champions olympiques du 10 000 m et du marathon, alors que les Afro-Américains authentiques, des États-Unis ou des Caraïbes, préfèrent le sprint. On objectera qu'Obama n'a guère connu son père, mais on sait depuis Jacques Lacan que le père imaginaire - ou imaginé - importe souvent plus que le père réel !
Ajoutons que Barack Obama a un parcours universitaire plus prestigieux qu'aucun de ses prédécesseurs. On comprend mieux que, plus que la couleur de sa peau, donnée en définitive bien relative, frappe l'aisance patricienne du nouveau président qui n'a, à cet égard, rien à envier à un Roosevelt ou un Kennedy, pourtant bien plus fortunés. C'est sans ironie que Hillary Clinton, sa rivale malheureuse à l'investiture démocrate, accusa Obama d' "élitisme" ! Ce n'est en définitive que par sa femme qu'Obama se rattache à la communauté afro-américaine. Les réticences d'un Jesse Jackson - et d'autres - en début de campagne s'expliquent par ce background.
Ces réticences furent assez vite surmontées : les Noirs américains ont vite compris l'intérêt qu'ils trouveraient à la promotion d'un homme de couleur. La base démocrate a joué le jeu, au point que la carte du vote Obama recouvre celle des fiefs traditionnels du Parti démocrate, notamment le Nord-Est des blue collars blancs. Les Républicains n'avaient nul intérêt à souligner qu'Obama était un Noir atypique.

L'élection d'Obama, ressemble fort à celles de beaucoup de présidents démocrates : Roosevelt, Carter, Clinton. Elle témoigne d'abord du rejet violent d'une présidence républicaine trop usée ou dépassée par la crise, à quoi s'ajoute le parcours sans faute d'un candidat exceptionnellement intelligent.

Paru dans Le Figaro du 10 XI 2008

Crise financière ...

Publié dans De par le monde

Crise financière : Et si tout recommençait comme avant… en pire ?

(...) (site accidenté en 2013)
Tout le monde connaît le mécanisme psychologique à l'oeuvre dans l'alcoolisme - et dans toutes les addictions d'ailleurs : l'alcool produit une euphorie qui dure un certain temps, puis, l'effet passé, vient le temps de la dépression, de la "gueule de bois" comme on dit. Les soulographes du petit matin savent comment guérir la gueule de bois : recommencer vite à boire autant et même un peu plus. Le mécanisme de l'addiction veut en effet qu'il faut des doses de plus en plus fortes de drogue pour accéder au même état d'euphorie. N'est-ce pas ce qui est en train de se passer dans l'économie mondiale ?
Après une phase d'euphorie marquée par les "subprimes", la bulle financière, les profits record, l'argent roi, nous avons depuis quelques semaines la gueule de bois. Le climat de catastrophe qui règne dans l'opinion et la grande presse ne doit pas nous leurrer : même si la dépression dure un certain temps, elle finira bien par se terminer.

Le spectre de 1929
Il arrive parfois à Alain Minc de ne pas se tromper : il n'a pas tort de dire que si, en 1929, les États étaient venus au secours du système bancaire avec la même détermination qu'ils le font aujourd'hui, nous n'aurions pas eu Hitler.
La leçon de 1929 n'ayant pas été oubliée, la réaction a été cette fois vigoureuse, malgré les hésitations de certains pays comme l'Allemagne. Son effet ne sera bien entendu pas immédiat. Les bourses peuvent encore baisser, mais enfin vient toujours un moment où les spéculateurs se rappellent que derrière les titres, il y a des biens réels : des usines, des champs, des immeubles et une activité économique qui ne s'est pas encore complètement arrêtée, Dieu merci, et que donc ces titres conservent une valeur intrinsèque au-dessous de laquelle il n'est plus raisonnable de les vendre.
Mais ne nous leurrons pas. La cause du mal, c'est l'inflation : du crédit et donc de la monnaie (deux fois la valeur de la fortune mondiale se trouve aujourd'hui en circulation !).
Le remède qu'ont trouvé les États à la crise, sous l'habillage technique, c'est ni plus ni moins qu'un surcroît d'inflation.

Planche à billets
Contrairement à ce qui se dit, ce ne sont pas les contribuables américains qui vont payer les 850 milliards de dollars du plan Paulson, c'est la création monétaire. L'Etat prête aux banques pour garantir les déposants. Pour cela, il va aggraver le déficit public et donc émettre des bons du Trésor. Qui achètera ces bons du trésor ? Ceux qui en possèdent déjà : les grands créanciers mondiaux : la Chine, le Japon, les pays pétroliers.

Et s'ils refusent ? Ils ne refuseront pas parce qu'alors, leurs réserves en dollar ne vaudraient plus rien. Ainsi, la situation actuelle était marquée par l'inflation et les grands déséquilibres mondiaux ; le résultat des mesures prises pour enrayer la crise est une plus grande inflation et les mêmes déséquilibres en plus grand.
Ce n'est pas le seul domaine où l'on peut s'attendre à une aggravation : si la cause de la quasi-faillite de certaines banques était l'irresponsabilité de leur gestion, combien plus irresponsable encore risque d'être cette gestion maintenant que l'on sait que les banques ne peuvent pas faire faillite car les États ne les laisseront jamais tomber ?
Tous ceux qui ne se laissent pas aller à l'emphase catastrophiste qui règne aujourd'hui savent que l'économie, le crédit, la bourse repartiront un jour, un peu plus tôt, un peu plus tard mais pas sur de nouvelles bases : sur les mêmes, en pire !
Ce qui changera : un contrôle plus étroit du système bancaire malgré tout (mais pas trop si l'on veut éviter une récession économique), un redémarrage de la hausse de prix aussi : c'est le seul moyen réaliste d'absorber le gonflement considérable de la masse monétaire mondiale. Et il n'est même pas certain que les salariés profiteront de cette inflation, aussi longtemps que la mondialisation des échanges de biens tire les salaires vers le bas.
L'euro risque d'être ébranlé : les ensembles de ce type ne résistent aux "chocs asymétriques" que s'ils sont faibles, or celui-ci est fort : il n'y aura plus d'alternative au dollar.
Pour le reste : les mêmes dérives, les mêmes déséquilibres, en pire.


Couple sino-américain
Jusqu'à quand ? Les seuls facteurs qui puissent changer la donne mondiale seraient que la Chine n'accepte plus de financer les déficits américains ; nous avons vu qu'elle n'a pas encore le choix, ou encore que les États-Unis acceptent un retour à l'étalon-or : cela supposerait qu'ils remboursent leur énorme dette, quitte à être les premiers bénéficiaires de la formidable réévaluation de l'or qui en résulterait : ne rêvons pas.
L'économie mondiale repose sur le couple pervers Chine-États-Unis, la première ultra excédentaire, la seconde ultra déficitaire. Tant que ces deux acteurs majeurs (nous ne parlons pas des pays pétroliers, tenus en laisse) ne décideront pas de changer radicalement la règle du jeu, l'économie mondiale pourra bien repartir mais elle ne sera pas assainie.

Paru dans Marianne2 - 20 octobre 2008

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