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HUREAUX  Roland

HUREAUX Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

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Et pendant ce temps, la France...

Publié dans En France
Et pendant ce temps, la France continue d'aider les djihadistes au Proche-Orient    
 
Les gesticulations de toutes sortes de nos officiels "atterrés", "horrifiés", "pleinement solidaires des victimes" (au point que le mécréant Hollande se soit rendu à Notre-Dame à la suite du meurtre du père Hamel), leurs mouvements de menton pour durcir l'arsenal antiterroriste ou, s'ils sont opposants, appeler le gouvernement à le faire, la rhétorique de la guerre totale que l'on assène à longueur de journée sur les petits écrans, tout cela prend un tour singulièrement amer quand on sait que les gouvernements occidentaux en général, et le français en particulier (ce dernier avec un rare acharnement), apportent depuis cinq ans un soutien constant en armes, en entrainement et en logistique aux djihadistes qui combattent en Syrie .
On ne le répétera jamais assez : le terrorisme, nous sommes allés le chercher nous-mêmes au Proche-Orient par une politique absurde, fruit d'une idéologie droit-de l'hommiste devenue folle et de la corruption qui entoure les commandes d'armement réglées par les monarchies du golfe, soutiens constants du djihadisme. Il faut ajouter notre lamentable suivisme vis à vis de la politique néoconservatrice ("néo-cons, faucons et vrai cons", dit -on !) qui a inspiré au cours des dernières années les présidents américains successifs, dans la continuité d'une politique américaine, jamais démentie, de soutien à l'islamisme le plus radical. 
 
Les attentats n'ont pas fait cesser le soutien français aux djihadistes
On aurait pu penser que cette politique aurait cessé après les attentats du Bataclan et de Nice. Il n'en a rien été : un général français déclarait le 12 juillet (1) (selon Georges Malbrunot, un de nos meilleurs spécialistes) qu'il fallait à tout prix éviter une défaite trop rapide de Daesh. Pourquoi ? Il ne le dit pas mais on le devine : parce que cela profiterait au  gouvernement Assad, toujours tenu pour l'ennemi numéro alors qu'il ne nous a jamais menacé sur notre sol (2). Il faut donc laisser Daesh en vie en attendant une relève hypothétique qui ne soit pas dans la mouvance gouvernementale. Laquelle ? De mythiques rebelles modérés se situant entre Daesh et le gouvernement Assad que les Occidentaux n'ont cessé depuis cinq ans de tenter de susciter en entrainant des mercenaires dans les camps de Turquie et de Jordanie. En vain : ou les intéressés rejoignent les islamistes avec armes et bagages ou ils disparaissent dans la nature après avoir empoché la solde. 
Il faut se rendre à l'évidence : il n'y a rien entre Assad et les différentes formations islamistes. Le tenir le premier pour l'ennemi numéro un, c'est soutenir des islamistes. Daesh est certes aujourd'hui mis au ban (du moins on l'espère), et les Occidentaux ont enfin entériné la mise au ban d'Al Nosra (alias Al Qida), dont  Fabius disait, au moment où il martyrisait la ville chrétienne de Malula, qu'il "faisait du bon boulot". Mais il y a tous les autres, répondant aux doux noms de Ahrar al-Cham, Jaïch al-Islam, Jaïch Mouhammad, Liwa’ al-Tawhid, Al-jabhat al-Islamiya, Jaïch al-Fath, autant de viviers de fondamentalistes prêts à poser des bombes chez nous. Un de ces mouvements tenu pour modéré, Harakat Nour al-Din al-Zenki, a récemment égorgé près d'Alep un enfant palestinien de douze ans. Le 25 juillet, l'ambassadeur de France aux Nations -Unies, ne trouvait à critiquer que l'armée syrienne et la Russie pour le bombardement d'Alep, prenant de fait le parti des islamistes qui l'avaient si longtemps assiégé. Comme le demandait avec humour son homologue syrien : "Pourquoi ne qualifie-t-on pas d’opposition armée modérée ceux qui ont attaqué le Bataclan, Nice ou Charlie Hebdo ?" 
Il y a deux jours, commençait un stage d'entrainement des forces spéciales du Qatar organisé par l'armée française. Si celles-ci ont la même origine que l'équipe de football, nul doute qu'il s'agit de mercenaires tout prêts pour le djihad que ce pays "ami" soutient autant qu'il le peut.

Et rappelons que pendant que le terrorisme frappe à Bruxelles, l'Union européenne maintient des sanctions très dures (allant jusqu'à interdire la vente de médicaments) à l'égard des territoires syriens de la zone gouvernementale alors que ces mêmes sanctions sont levées dès que les djihadistes s'en emparent !   
Un pareil aveuglement est peut-être sans précédent dans l'histoire. Errare humanum estperseverare diabolicum. Il y a bien quelque chose de diabolique dans ce refus de reconnaitre qu'on s'est gravement fourvoyé en soutenant des djihadistes avec le but affiché de faire régner en Syrie un régime supposé plus respectueux des droits que celui d'Assad, cela au prix d'immenses souffrances du peuple syrien, particulièrement des chrétiens qui comptaient au contraire sur notre protection .
On dira que nos djihadistes ont poussé sur le sol français. Voire. Daesh revendique la plupart des attentats, Al Nosra les approuve. Si les auteurs sont des allumés sans doute aux ordres, c'est l'émergence de l'Etat  islamique et sa terreur médiatisée qui ont échauffé l'esprit de nos terroristes nationaux, ayant fait ou pas un séjour là-bas.
Il est important de chercher des solutions nationales mais on n'en trouvera pas de sérieuse tant que n'aura pas cessé cet encouragement au terrorisme que constitue la politique absurde et criminelle que nous menons au Proche-Orient.
(1) Le Figaro, 12 juillet 2016
(2) Il nous a même propos une collaboration contre le  terrorisme que nous avons refusée.

l'Amérique et l'islamisme

Publié dans De par le monde
Le grand secret de l'alliance de l'Amérique et de l'islamisme
 
Après la vague d'attentats qui frappe les Etats-Unis et l'Europe depuis quelques mois, on peut se demander si Bachar-el-Assad est toujours l’ennemi principal des Etats-Unis au Proche-Orient. Hélas, la réponse est  claire : c'est oui.
Que juste après l'attentat d'Orlando, les plus hauts fonctionnaires du département d'État se soient plaints dans un manifeste (1) que le président n'en faisait pas assez contre le chef d'État syrien en dit long sur l'état d'esprit qui règne aujourd'hui à Washington. Le président Barack Obama a beau condamner avec emphase comme "un acte de terreur et de haine " ce qu'il qualifie de "la pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis", qui a fait 50 morts et 53 blessés, il sait très bien que la politique américaine ne changera pas pour autant.
 
Les présidents américains successifs ont clamé les uns après les autres au son des trompettes qu'ils partaient en guerre contre le terrorisme, principalement islamique. Mais il n'en ont jamais tiré les conséquences : on ne comprend rien au Proche-Orient si on n'a pas intégré que l'alliance entre les Etats-Unis et l'islamisme radical est une des données géopolitiques les plus fondamentales des 70 dernières années. Une  alliance qui s'est même renforcée au cours de la toute dernière période.
L'attentat du 11 septembre, revendiqué par l'organisation Al Qaida, avait semblé la remettre en cause. Le golem islamiste avait échappé des mains de son artisan. Il a  donné lieu à des torrents de littérature emphatique sur la guerre planétaire sans merci que le "monde libre" devrait désormais livrer au terrorisme, proclamé ennemi mondial numéro 1. Mais il n'en a rien été : comme le chien retourne à ses vomissements, les États-Unis ont très vite délaissé ces bonnes intentions pour déclarer la guerre à un ennemi qui n'avait qu’un lointain rapport avec l'attentat, si tant est qu’il en ait eu vraiment un, le régime de talibans en Afghanistan, et surtout un autre qui n'en avait strictement aucun, et qui constituait même dans sa zone un rempart contre l'islamisme, l'Irak de Saddam Hussein.
 
L'attentat d'Orlando ne changera pas la donne
Pour horrible qu’il soit, l'attentat d’Orlando risque encore moins de changer la donne, en tous les cas tant que le clan néoconservateur imposera ses vues à Washington.
L'alliance américano-islamique a commencé avec le pacte passé le 14 février 1945 sur le croiseur américain Quincy, au large de la péninsule arabique, entre le   président Roosevelt et le roi Ibn Séoud. Quand on sait comment le riche royaume saoudien, Etat ayant pignon sur rue mais adepte de la doctrine fanatique du wahhabisme, a financé année après année les mouvements islamistes, y compris terroristes, on mesure la portée de l'engagement américain.
 
On retrouve les États-Unis soutenant les Frères musulmans contre l'Egypte de Nasser au cours des années cinquante et soixante. Quoique rivaux des wahhabites, ces derniers professent la même doctrine, ayant pour objectif final le règne de l’islam sur le monde entier. Ils ont bénéficié des mêmes complicités occidentales équivoques : les Frères n'étaient-ils pas nés en 1928 dans le giron de la colonisation britannique ?
Les tenants de l'islam pur et dur n'ayant pas de doctrine économique s'accommodent facilement du libéralisme : cela suffit au Américains.
 
A partir de 1979, les États-Unis se sont appuyés sur l'Arabie saoudite et sur les rebelles islamistes pour rendre la vie impossible aux Soviétiques qui avaient envahi l'Afghanistan. Ils fournirent en particulier à ceux-ci des missiles Stinger terriblement meurtriers pour l'aviation russe. Au moins l'alibi de la lutte contre le communisme était-il défendable.
 
Quand le Front islamique du salut ( et le GIA ) algérien tentait de prendre le pouvoir à Alger et commettait des attentats sanglants à Paris, il n’avait pas eu de difficulté à ouvrir à Washington un bureau qui ressemblait fort à une représentation diplomatique. La répression de l’islamisme en Algérie (1990-2000) a fait plus de 200 000 morts (Il est étonnant que personne n'osa alors faire des reproches au gouvernement algérien, alors qu’on s'acharne sur celui de Bachar el Assad dont la position, face à une rébellion également islamiste, est analogue.)
Gulbuddin Hekmatyar, un protégé de Washington qui contrôlait le sud-est de l'Afghanistan, s'étant trouvé impliqué de loin dans le premier attentat du WTC (1993), les Américains, par Pakistanais interposés, suscitèrent pour le punir et pour  le remplacer le mouvement taliban, le plus radical qui ait existé, quitte à le combattre à son tour à partir de 2001.
 
Dans les Balkans entre 1990 et 1999, l 'OTAN a   pris parti pour les musulmans (Bosnie, Kosovo), aidés par des djihadistes,  contre les chrétiens orthodoxes.
La destruction du régime de Saddam Hussein en 2003 ne pouvait que plaire aux islamistes qui détestaient ce dictateur trop tolérant pour les minorités et, quoique musulman sincère, aux manières de mécréant. Il menaçait les monarchies du Golfe protégées par les États-Unis et adeptes d'un islam bien plus radical. La nature ayant horreur du vide, sa chute attira en Irak les islamistes de tout poil qui s'implantèrent  dans le nord de la Mésopotamie. Servi par des complaisances anglo-américaines, turques, saoudiennes, qatari et autres, ce mouvement conduisit en 2013 à la création de Daesh.   
 
Les printemps arabes : de la démocratie à islamisme  
Depuis son accession à la tête de la Turquie en 2003, Recyp Erdogan, frère musulman lui aussi, a bénéficié de toutes les faveurs de Washington. Sa candidature à l'entrée dans l'Union Européenne l'a protégé d'un coup d'Etat militaire kémaliste (c'est-à-dire laïque) et lui a permis de renforcer l'islamisation du pays, tout en lui offrant une base arrière à la rébellion islamiste en Syrie et en Irak. Daesh n'a pas d'allié plus solide aujourd'hui que la Turquie, membre de OTAN. Il suffirait que ce soutien lui soit retiré pour qu'il retourne dans les sables, mais personne n'exige  d'Erdogan qu'il le retire.  
Ce soutien aux islamistes s'est déchainé à partir de 2011, notamment sous l’influence d'Hillary Clinton. On savait depuis toujours que démocratiser un pays arabe, c’était donner le pouvoir aux Frères musulmans, non que le peuple adhère à leurs doctrines mais parce que, seuls,  ils sont présents sur le terrain pour soulager sa misère.  L'Occident se prit néanmoins d'enthousiasme pour les "printemps arabes" au point d'appuyer tantôt politiquement, tantôt militairement l'émergence de pouvoirs islamistes en Egypte, en Libye, en Tunisie, au Yémen avant de tenter de le faire en Syrie. Morsi et Erdogan, frères musulmans tous les deux, étaient les favoris d'Hillary Clinton.
Cette politique a failli réussir en Syrie où la dynastie Assad, pouvoir laïque fort, adapté à un pays religieusement pluraliste, se trouvait confrontée depuis des années à une opposition islamiste. Sans l'aide massive apportée aux opposants à Assad, il  n'y aurait sans doute pas eu de guerre en Syrie. Ces opposants sont, quoi qu’on  dise, idéologiquement proches de Daesh, même quand on feint, comme c'est le cas  d'Al Nosra, branche syrienne d'Al Qaida ou d'Ahrar-el-Sham, de leur trouver des vertus démocratiques. Cette offensive anti-Assad s'est heurtée à la détermination des Russes à garder le seul point d'appui qu’ils avaient encore dans la région et à celle  de la minorité alaouite dont sont issus les Assad, laquelle n'avait d'autre alternative que de rester au pouvoir ou d'être exterminée.
 
Pas plus que les attentats du 11 septembre, cette politique n'a été infléchie par les attentats de Paris et de Bruxelles ; seule la France semble s'être mise à l'écart. Et encore : il y a quelques semaines, l'armée syrienne aurait capturé des soldats d'Al Qaida encadrés par des conseillers techniques américains, anglais, français et saoudiens. Washington ne décolère pas que les bombardements russes n'épargnent pas Al Qaida. Al Qaida ! (2)
Contre qui cette alliance entre Washington et la mouvance islamiste ? Au Proche-Orient même contre tout ce qui avait encore apparence d'État sous la seule forme que l'on connaisse dans cette région : une dictature militaire plus ou moins laïque, fondée sur un parti unique de type baasiste ou nassérien. Bien que fort peu agressifs à l'extérieur (la Syrie a certes tenté de faire valoir ses droits sur le Liban et l'Irak sur le Koweït mais il ne s'agissait que d'objectifs limités), n'ayant jamais sérieusement menacé Israël, ces régimes furent pris en grippe par les néo-conservateurs, qui pensaient que pour faire un Etat de droit, il fallait s'abord détruire l'État et qui auraient voulu redécouper (reshape) le Proche-Orient selon des lignes ethnico-religieuses, mieux à même d’entretenir le chaos.
 
Contre la Russie
Mais cette politique est surtout dirigée contre la Russie instaurée en ennemie historique quand bien même elle n'est plus communiste ; une Russie plus vulnérable à l'islamisme par sa proximité et la présence de 15 % de musulmans sur son sol, alors que, malgré les Twin Towers et Orlando, la menace islamique est beaucoup plus lointaine en Amérique. Que l'islamisme qu'elle nourrit doive pourrir la vie aux Russes et aux Européens lui importe peu. Bien que menacée en première ligne, l'Europe s'est laissé entraîner avec une rare inconscience à soutenir les États-Unis dans cette entreprise de déstabilisation contraire à ses intérêts. La France l'a fait au  mépris d'alliés historiques qui avaient toujours bénéficié de sa protection comme les chrétiens d’Orient, premières victimes de l'appui apporté aux islamistes. La question proche-orientale est un moyen d'arrimer l'Europe occidentale au char américain, contre la Russie. Que le terrorisme et les flux de migrants déstabilisent les États d'Europe est plutôt bien vu dans certains cercles washingtoniens, où l'on compte que   ces États, une fois affaiblis par le multiculturalisme, seront  plus dociles à l'instauration d'un espace euro-atlantique unifié.
Au vu de ces collusions, nous ne cèderons pas à la tentation de dire des attentats : "les Américains les ont bien cherchés". Ce serait indécent : les victimes d'Orlando ne sont pas les mêmes que ceux qui élaborent à Washington les politiques de déstabilisation. D'ailleurs, il ne faut pas imaginer que le terrorisme soit tenu pour un grave problème par les grands qui dirigent le monde. Malgré la rhétorique dont ils usent à l'usage du peuple, les attentats terroristes sont d'abord pour eux un moyen de déstabiliser l'adversaire (le seul qui compte, la Russie) ou de coaliser les opinions publiques autour d'eux, éventuellement de restreindre les libertés. Orlando, à cette échelle, est un non-évènement.
Aujourd'hui alliée à l'islamisme contre la Russie, l 'Amérique aurait l'option alternative de s'allier à la Russie contre l'islamisme. C'est plus ou moins le programme de Trump. Le laissera-t-on faire ? En tous les cas ce serait là une rupture avec 70 ans de politique pro-islamiste : on comprend qu’elle suscite des inquiétudes à Washington.

Envoyé par l'auteur
(1) Le  Monde, 20/06/2016
(2) Al Qaida ( dont la branche syrienne s'appelle Al Nosra)  est désignée  comme une organisation terroriste à combattre dans   la Résolution  de l'ONU du 18 décembre 2015  et a  sinon revendiqué, du moins approuvé l'attentat du Bataclan, ce qui n'est pas le cas d'Ahrar-el-Sham.  Voilà ce que les forces spéciales françaises continuent à soutenir !    

L'Union européenne tombera...

Publié dans Avec l'Europe
L'Union européenne tombera d'un coup
 
Comme toutes les œuvres humaines, de la tour de Babel aux empires coloniaux, l'Union européenne aura un jour fait son temps.
Les craquements que l'on entend aujourd'hui : crises de l'euro, vagues migratoires hors de contrôle, guerre en Ukraine, récession, peuvent laisser présager que cette échéance est proche. Quel facteur sera fatal à l'édifice dont les bases, jetées dans le courant des années cinquante, semblent vermoulues : crise économique ou événement militaire ou encore l'élection d'une majorité hostile dans un grand pays membre ? On ne sait.
Ce que l'on peut affirmer en revanche sans crainte de se tromper, est que cette chute se fera d'un coup, comme celle de l'Union soviétique.
Même si l'Union européenne n'a, bien entendu, jamais généré à ce jour les horreurs du système communiste (1), elle n'en est pas moins elle aussi un système idéologique, d'une sorte différente. On pourrait dire un système utopique ou encore, selon l'expression de Hayek, constructiviste. De Gaulle disait une "chimère".
 
Des effets contraires aux buts poursuivis
Pour le décrire, nous pourrions commencer par ses effets : toujours le contraire de ceux qui sont recherchés. Lénine avait promis "le pain, la paix, la liberté", l'URSS eut la famine, une économie de guerre et l'esclavage. Les promesses des pères fondateurs de la construction européenne : la prospérité, une influence mondiale, la fraternité, la paix sont les unes après les autres démenties. La récession, la désindustrialisation, la crise agricole ; la vassalisation au sein de l'OTAN, l'ignorance de plus en plus grande des cultures et des langues des partenaires (au bénéfice du basic english ) disqualifient chaque jour ces promesses. Il n'est jusqu'à la guerre en Yougoslavie et en Ukraine, où la Commission de Bruxelles, comme l'a dit Helmut Schmidt (2), a eu sa part de responsabilisé, qui ne démente l'idée que la construction européenne pourrait être une entreprise de paix. On ajoutera : pensée pour contrôler l'Allemagne, elle lui a assuré la suprématie.
Il en résulte un sentiment d'absurdité suscité non seulement par ces contreperformances mais aussi par l'accumulation de règles qui paraissent arbitraires (et qui ont conduit, par exemple, par pur dogmatisme, au démantèlement d'EDF), un sentiment qui n'est pas sans rappeler celui qui prévalait au sein du système soviétique. Les ancien dissidents de ce dernier (Soljenitsyne, Zinoviev, Boukovski) furent d'ailleurs unanimes à souligner les ressemblances. Chez les nouveaux adhérents de l'Est, les mêmes qui soutenaient le communisme sont devenus les meilleurs partisans de l'intégration européenne et ceux qui résistaient résistent toujours.
 
On pourra trouver notre tableau noir. Ceux qui ont étudié le processus idéologique ont abouti à un constat sans appel : il n'en sort jamais rien de bon. Ce qui semble prospérer et qu'on met de manière fallacieuse sur le compte de l'Europe de Bruxelles s'est en réalité développé en dehors, sous la forme d'une coopération naturelle sans caractère idéologique : Airbus, Ariane, l'OCCAR (3). A l'inverse, Galileo, pur produit de l'Europe de Bruxelles ne sort pas des limbes.
 
Un principe unique
Le processus idéologique a été défini par Hannah Arendt (4) ou Jean Baechler (5) : il consiste à gouverner à partir d'une idée simple, trop simple, et par là fausse, réductrice du réel, dont toutes les conséquences y compris les plus folles sont tirées (puisque aucune idée concurrente ne vient se mettre en travers). Le communisme disait : les hommes sont aliénés par la propriété, supprimons la propriété et ils seront heureux. Les partisans d'l'Europe supranationale disent : la guerre a ravagé l'Europe, c'est la faute des Etats-nations, supprimons les Etats-nations pour ne faire qu'un seul Etat continental, ce sera la paix perpétuelle et par la grâce de la concurrence et de la monnaie unique, la prospérité. Tout le reste en découle. On ne se demande pas si la guerre ne proviendrait pas plutôt des idéologies que des nations.
Ceux qui fondent leur politique sur une seule idée pensent qu'elle est géniale et qu'elle apportera le salut. Si elle s'oppose à certaines tendances naturelles de l'homme (le sens de la propriété, le sens national), il faut passer en force, au besoin contre les peuples : le jeu en vaut la chandelle. On le voit : chez les idéologues de l'Europe supranationale, la confiance ne règne pas; ils se sentent assiégés par le chauvinisme, le protectionnisme, le nationalisme, le populisme assimilés depuis peu au racisme. D'où le déficit démocratique (Junker : "il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens" (6), l'intolérance à toute opposition, la pensée unique, la bureaucratie et il faut bien le dire le centralisme (l'Europe qui s'est construite, en particulier depuis l'Acte unique de 1987, est tout sauf fédérale).
Les idéologues pensent que l'idée simple qu'ils professent doit transformer la condition humaine ; ils diviseront dès lors l'histoire entre un avant fait de guerres, d'affrontements, de fanatisme et un après plus ou moins paradisiaque.
Mais si cette entreprise, fondée sur une idée, est bonne pour les Européens, elle le sera pour les autres hommes. Toute entreprise idéologique a une vocation universelle. Le socialisme ne pouvait s'établir dans un seul pays. L'Europe de Bruxelles doit répandre son idéal dans toutes ses périphéries : l'Ukraine, la Turquie et pourquoi pas demain le Maghreb et le Machrek ? Elle fait déjà la morale à l'Afrique. Idéaliste, elle est de fait impérialiste.
 
Méfiante de la nature (où subsistent les instincts mauvais), l'idéologie se méfie aussi de la culture. Produit d'un passé rempli d'horreurs, que l'on veut précisément dépasser, elle est suspecte. On ne dit pas à Bruxelles "du passé faisons table rase" mais la politique culturelle et éducative qui y est promue, à base de repentance et de promotion du libéralisme libertaire (gender, ultraféminisme), tend à dévaluer les immenses richesses que ce passé a produites. Par méfiance du passé, et parce que toute idéologie est, de fait, une religion séculière concurrente, l'idéologie ne pouvait qu'être hostile à la reconnaissance des racines chrétiennes de l'Europe. Des racines chrétiennes dont un ami agnostique nous disait que leur négation est contraire à la laïcité puisque la laïcité est fondée sur le respect de la vérité, scientifique ou historique.
 
Un château de cartes
Ce que porte le mot de "construction"(du socialisme, de l'Europe) est une entreprise prométhéenne dont la preuve du bienfondé est non point le bon fonctionnement mais la marche en avant. Elle est donc irréversible. Comme la bicyclette, elle chute si elle s'arrête, un principe qui a été opposé à satiété aux opposants des traités soumis à référendum en France en 1992 et 2005 : ne pas aller plus loin, disait-on, c'est mettre en danger tout l'édifice. Cette marche en avant signifie à la fois l'approfondissement ("vers une union toujours plus étroite" comme le dit le traité) et l'élargissement.
Le principe d'irréversibilité, qui s'appliquait déjà au socialisme est le talon d'Achille de l'entreprise, un facteur de vulnérabilité. On peut prendre une autre comparaison, celle du château de cartes où il suffit d'en enlever une seule pour qu'il s'effondre. C'est pourquoi tout a été fait pour maintenir Chypre puis la Grèce dans la zone euro, malgré le peu qu'ils représentent dans l'économie du continent (respectivement 0,1 et 1,2 % du PIB européen). L'enjeu n'était pas économique mais idéologique.
C'est pourquoi le Brexit qui pourrait résulter du référendum britannique de juin 1996 engage l'avenir de la construction européenne. Techniquement elle pourrait continuer sans le Royaume-Uni qui n'est pas partie prenante aux deux politiques les plus importantes (la monnaie unique et la libre circulation). Mais dès lors que l'Europe de Bruxelles est une construction idéologique qui doit toujours aller de l'avant, cet échec lui serait insupportable et pourrait précipiter la fin : qui osera, après une sécession britannique, imposer quoi que ce soit à la Grèce, quand se produira la prochaine crise monétaire ?
Il faut donc s'attendre à ce que les pressions les plus fantastiques soient exercées sur le peuple britannique d'ici juin. A moins que les promoteurs de l'utopie aient cessé d'y croire, comme le pouvoir soviétique au temps de Gorbatchev. Tout était alors allé très vite. Il faut espérer dès lors que l'Europe qui est déjà tombée bien bas n'ait pas à subir encore dix ou quinze ans d'ère Eltsine, avec tous les désordres que cela suppose, avant de repartir de l'avant, les égarements surmontés, sur des bases assainies, c'est à dire libérées de toute idéologie.
 
(1) Mais l'Union européenne peut encore déclencher une guerre continentale
(2) Bild, 16 mai 2014
(3) Organisation de coopération conjointe en matière d'armement dont le siège est à Bonn
(4) Hannah Arendt , Le système totalitaire, Seuil , Collection Points, 1972
(5) Jean Baechler Qu’est-ce que l’idéologie? Idées-Gallimard, 1976
(6) Le Figaro, 29 janvier 2014

Paru sur Causeur

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