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HUREAUX  Roland

HUREAUX Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

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Libre entrée des Turcs en Europe

Publié dans Avec l'Europe
Libre entrée des Turcs en Europe : en échange de quoi ?
 
L'Union européenne a accordé à la Turquie le droit d'entrée sans visa de ses ressortissants sur le territoire de l'Union européenne à partir du 1er juin.
En échange de quoi ?
Le 18 mars,  le président Erdogan prononçait un discours violent contre la Belgique : "Il n’y a aucune raison que la bombe qui a explosé à Ankara (une bombe venait d'exploser en effet le 14 mars, Erdogan accusant les Kurdes), n’explose pas à Bruxelles ou dans une autre ville européenne (…) Là, je lance un appel aux États qui leur ouvrent les bras qui, directement ou indirectement, soutiennent les organisations terroristes. Vous nourrissez un serpent dans votre lit. Et ce serpent que vous nourrissez peut à tout moment vous mordre (...) quand les bombes commenceront à exploser dans vos villes, vous comprendrez certainement ce que nous ressentons. Mais alors, il sera trop tard." 
Le 20 mars, le gouvernement turc convoquait l'ambassadeur de Belgique pour demander que la Belgique ferme le pavillon installé par des manifestants kurdes face au Conseil européen, à la station de métro Maelbeek. Pendant la nuit, les tentes ont été saccagées, avant d’être incendiées on ne sait par qui.
Quatre jours après le discours d'Erdogan, le 22 mars, des attentats frappaient Bruxelles, faisant 34 morts et 260 blessés. Un des deux attentats avait lieu à la même station de métro Maelbeek.
Le matin de cet attentat, le quotidien Star, organe officieux du régime d'Erdogan, ouvrait sa "une" sous le titre "La Belgique, État terroriste".  
Le 23 mars la presse turque gouvernementale se réjouissait de la punition infligée à la Belgique. Le même Star faisait une édition spéciale intitulée : "Le serpent que nourrissait la Belgique en son sein l’a mordue", référence explicite au discours du président Erdogan du 18 mars. Un autre journal pro-Erdogan titrait  : "Celui qui dort avec le terrorisme, se réveille avec lui."  Le même jour, le journal islamiste Akita, un des organes du Parti de la Justice (gouvernemental) reprenait le même argument en une : "La Belgique soutient les terroristes  (...) Le gouvernement belge, en soutenant les Forces de défense populaire (YPG) (Kurdes qui luttent contre Daesh  en Irak et en Syrie) a agi comme s’il disait aux djihadistes : "Venez me mettre des bombes".

En octobre 2015, Erdogan venu faire campagne à Strasbourg auprès des Turcs émigrés, pour les élections législatives du 1er novembre, avait attaqué avec violence l'Union européenne. Il présentait la Turquie comme le défenseur de "la vraie civilisation" face à une Europe affectée par "la xénophobie, l’islamophobie et le racisme". Des bagarres eurent même lieu à Bruxelles entre services de sécurité belges et turcs.
Le 11 janvier dernier, le roi Abdallah de Jordanie, à Washington, devant une commission sénatoriale (1), avait accusé le président Erdogan d’avoir organisé la vague de migrants vers l’Europe et d’y avoir intentionnellement infiltré des djihadistes. On voit mal en effet comment un million de migrants auraient pu quitter la Turquie sans que le gouvernement turc y soit pour quelque chose. Il faut savoir que ces migrants, pour la plupart, sont non les vrais réfugiés de l'Est de la Turquie mais d'autres que les passeurs sont allé chercher via le Liban dans la région de Damas. Ces derniers seuls peuvent payer entre 5 000 et 10 000 € le passage en mer Egée. Réputé proche des Frères musulmans, Erdogan, alors Premier ministre rêvait en 1999 de conquérir l'Europe par l'immigration : "les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats."
 
Proximité d'Erdogan et de Daesh
De manière notoire, Erdogan continue à aider Daesh. Les 7500 camions qui font la force du khalifat autoproclamé, et la plupart de ses armes, ont transité par la Turquie. Daesh se finance en vendant au marché noir du pétrole par la Turquie, le fils de Recip Erdogan étant un des intermédiaires. Par la Turquie transitent aussi les dizaines de milliers de djihadistes venus du monde entier renforcer les groupes rebelles. Erdogan a ainsi contribué plus que quiconque à déclencher la guerre civile en Syrie puis à faire émerger Daesh. S'il cessait de le soutenir, du jour au lendemain, Daesh cesserait d'exister. Daesh qui a revendiqué les attentats de Paris et de Bruxelles.
Pour récompenser Erdogan de toutes ces bonnes manières, Angela Merkel est venue l'aider juste avant les élections du 1er novembre 1995 qu'il risquait de perdre. Elle lui a promis à cette occasion 3 milliards d'euros, la reprise des négociations d'entrée de la Turquie dans l'Union européenne et la libre entrée des Turcs sur son territoire.
C'est exactement ce que la même Merkel, négociant au nom de l'Union européenne a concédé à Erdogan dans l'accord passé le 18 mars. Avec encore 3 milliards d'euros en prime.
Contrepartie : une vague promesse de cessation de l'afflux de réfugiés, la possibilité pour les Grecs de renvoyer jusqu'à 72 000 réfugiés tenus pour faux en échange de vrais. Cette seule clause, sans incidence sur le flux total qui dépasse aujourd'hui le million a néanmoins valu de toutes parts aux Européens un déluge d'opprobre de la part de la bien-pensance internationale.
Avec la libre entrée de ses ressortissants, la Turquie, qui bénéficie déjà de la libre entrée de ses marchandises et d'aides considérables, est devenue de facto membre de l'Union européenne, au nez et à la barbe des peuples qui n'en voulaient pas.
Merci Madame Merkel, merci l'Europe.
(1) http://www.middleeasteye.net/news/jordans-king-accuses-turkey-sending-terrorists-europe-168759

Obama, imperator et prix Nobel

Publié dans De par le monde
Obama, imperator et prix Nobel de la paix
 
En considérant la tournée quasi-impériale que Barack Obama vient de faire en Europe, comment n'aurait-on pas du mal à comprendre les critiques des conservateurs américains à l'encontre de ce président qu'ils tiennent pour responsable de l'affaiblissement de la puissance américaine ?
Impériale, la tournée européenne du président en avait l'allure : venu à Londres dire son hostilité au Brexit, à Berlin plaider en faveur de l'approbation du TTIP (Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement) et féliciter Merkel pour son large accueil des migrants, il a chaque fois parlé en maître. On note au passage que l'étape de Paris ne lui a pas paru nécessaire : la France de Hollande ne compte plus, elle est à la botte.
 
C'est la première fois d'ailleurs que l'actuel président semble s'intéresser autant à l'Europe. Etrange Obama : métis aux allures de patricien qui n'a pas un seul ancêtre esclave (1), descendant par sa mère de Jefferson Davis, président de la Confédération sudiste durant la guerre de sécession, de saint Louis et de Guillaume le conquérant (2), il a semblé longtemps donner la priorité au Pacifique, où il a passé sa jeunesse. L'Amérique commence-t-elle à s'inquiéter de la dislocation possible de l'Europe ?
Pourtant que de griefs chez les conservateurs ! Obama aurait présidé à l'affaiblissement des Etats-Unis, voire l'aurait souhaité, il serait secrètement  musulman et par là ennemi de son propre pays.
 
Sa politique étrangère est en tous les cas bien difficile à suivre. Il a certes fait la paix avec Cuba dont l'importance stratégique n'est cependant plus ce qu'elle était. Plus décisif : l'accord de Washington avec l'Iran (14 juillet 2015) qui fait hurler Israël. Obama a évacué l'Irak comme il l'avait promis mais pas pour y ramener la paix. Il continue à bombarder l'Afghanistan même s'il y a réduit les effectifs. Il n'a pas non plus, contrairement à  ses promesses, fermé la prison de Guantanamo.
Ses ennemis conservateurs mettent ces avancées au compte de sa qualité de Prix Nobel de la paix, supposé colombe. Ses soutiens de gauche aussi d'ailleurs.
 
Un maître de l'ambiguïté
Pourtant que d'entreprises douteuses chez ce maître de l'ambigüité ! A bien le considérer, son passif est lourd : c'est bien le gouvernement Obama qui a présidé, avec le secrétaire d'Etat Hillary Clinton, aux printemps arabes dont nous savons aujourd'hui combien ils ont été manipulés et comment ils ont mal tourné et à la destruction de la Libye, qui a tenté celle de la Syrie en soutenant les rebelles djihadistes (prétendus démocrates) qui combattaient le président Assad, et qui a de manière occulte aidé à la constitution de Daesh au nord d'Irak et dans l'est de la Syrie tout en soutenant les Kurdes. Alimentant les guerres qui sont à leur origine, il a encouragé les migrations de réfugiés vers l'Europe.
Le monde est passé très près de la guerre en août 2013 quand des armes chimiques ont été utilisées dans la banlieue de Damas. Les Etats-Unis étaient prêts à bombarder la Syrie quand Obama a reculé, acceptant la médiation de Poutine. Est-ce le président qui a sauvé la paix ou, comme on le dit aussi, l'état-major qui l'a dissuadé d'attaquer, sachant la capacité de riposte russe ? Il ne pouvait en tous les cas ignorer ce que tout le monde sait aujourd'hui : qu'il s'agissait d'un coup monté par les rebelles (3).
Plus grave : la présidence Obama coïncide avec la montée des périls en Europe de l'Est. Les évènements de la place Maidan à Kiev (22 février 2014) furent en réalité, selon l'expression de Valéry Giscard d'Estaing, un "coup d'état de la CIA" contre un président,
Victor Ianoukovitch, régulièrement élu mais qui avait le défaut d'être pro-russe au bénéfice d'un pouvoir insurrectionnel pro-américain. La guerre qui a éclaté immédiatement dans l'est de l'Ukraine et la tension qui y demeure forte en sont les conséquences. Nul doute que cette opération n'aurait pas pu être conduite sans le feu vert du Prix Nobel de la paix. L'accord avec l'Iran, qui passe pour une œuvre de paix, n'a-t-il pas pour but principal d'encercler la Russie ? 
 
Même si le remplacement en 2013 d'Hillary Clinton par John Kerry, beaucoup moins belliciste, a permis un certain apaisement, l'OTAN a décidé début 1996, d'augmenter sensiblement sa présence militaire en Europe de l'Est et, tout en appelant à une large coalition contre Daesh, le président Obama poursuit en sous-main la fourniture d'armes sinon à Daesh, qu'il avait aidé à ses débuts, du moins à d'autres mouvements djihadistes, avec la volonté délibérée de ne pas permettre aux Russes de parvenir à une victoire totale, seul moyen de rétablir la paix dans ce malheureux pays.     
La méthode qui consiste à dresser chaque semaine une liste de personnes à exécuter sans procès aux quatre coins du monde, Ben Laden ayant été la victime la plus spectaculaire, est devenue d'usage courant à la Maison blanche sous Obama.
 
L'Amérique paye le prix de ses équivoques
Les conservateurs ont cependant raison de dénoncer une perte de prestige des Etats-Unis, au Proche-Orient et dans le monde. Mais cette perte de prestige n'est-elle pas due précisément à ces méthodes qu'il faut bien appeler hypocrites ?  
L'Amérique d'Obama joue sur presque tous les fronts un double jeu : elle appelle le monde musulman à la démocratie et soutient les Frères musulmans, elle organise des coalitions contre le djihadisme et l'arme en secret, elle s'entend avec l'Iran tout en prétendant continuer de soutenir Israël et l'Arabie saoudite, elle soutient les Turcs et les Kurdes, elle s'entend directement avec Moscou tout en soufflant sur les braises, o combien dangereuses, de Europe de l'Est, elle pousse les Européens à sanctionner les Russes tout en développant son commerce avec eux .
On dit que la faiblesse d'Obama a ouvert les portes du Proche-Orient à Poutine. Mais n'est-ce pas plutôt ce double jeu qui, en faisant du Proche-Orient un vaste brasier, a rendu nécessaire l'intervention d'une puissance tierce dont beaucoup attendent qu'elle ramène la paix sur la seule base réaliste : la victoire unilatérale sur les islamistes et donc le maintien d'Assad ? Les Russes ont-ils fait autre chose que de prendre au mot, presque seuls, l'appel l'Obama à une coalition contre Daesh en  août 2015 pour revenir en toute légalité sur la scène du Proche-Orient.   
Un Empire a beaucoup d'inconvénients  pour les peuples épris de liberté mais à tout le moins attend-t-on de lui qu'il préserve la paix : pax romana jadis, pax americana  hier. C'est là sa légitimité. Pour cela l'Empire doit parler haut et clair, style Trump si l'on veut. Avec l'Amérique d'Obama, on est loin du compte.
N'excluons certes pas les contractions apparentes de la politique américaine soient dues à des tirages entre ses services : la rumeur d'actions divergentes sur le terrain entre l'U.S. Army d'un côté, la CIA de l'autre, dans le Nord de l'Irak n'est peut-être pas infondée. Ce serait dès lors, non le double jeu mais une authentique faiblesse de l'exécutif qu'il faudrait mettre en cause.
Quoi qu'il en soit, le résultat est le même : à l'encontre des schémas simplistes  qui opposent sommairement faucons et colombes, Barack Obama a montré que par la combinaison de ce qui est peut-être en effet une faiblesse et sûrement d'un double jeu presque systématique, une politique trop sophistiquée pouvant constituer une véritable menace pour la paix. 
(1) Obama descend par son père d'une lignée de chefs est-africains et par sa mère de l'  aristocratie sudiste.
(2)
http://www.capedia.fr/
(3) Deux études indépendantes  vont dans ce sens :  https://www.rt.com/news/study-challenges-syria-chemical-attack-681/  et   http://www.comite-valmy.org/spip.php?article6837
   
Paru dans Le Monde

La politique étrangère de Trump

Publié dans De par le monde
La politique étrangère de Donald Trump

Entre l'interventionnisme affiché d'Hillary Clinton et le programme économique guerrier de Donald Trump, la France et l'Europe risquent-ils de pâtir de l'accession au pouvoir de l'un ou l'autre de ces deux candidats ? Si oui, sur quels domaines les conséquences de l'élection de l'un ou l'autre pourraient être négatives ?
La question de la paix en Europe est fondamentale. Elle dépend d'abord des relations de l'Europe occidentale avec la Russie. La politique américaine, spécialement celle d'Obama, a tendu à mettre en œuvre le programme défini par Zbignew Brezinski dès 1997 : enfoncer un coin entre l'Europe et la Russie, les empêcher de faire bloc pour que l'Amérique ne soit pas isolée. Inutile de dire que les Européens se sont jetés tête baissée dans le piège, en particulier en appliquant les sanctions à la Russie (alors que le commerce russo-américain est en expansion !). Les événements de la place Maidan qui furent, à l'évidence, un coup monté par Washington, comme l'a justement dit Valéry Giscard d'Estaing, ont entrainé une situation de guerre en Ukraine et une grande tension dans toute l'Europe de l'Est. Hillary Clinton ne propose rien d'autre que la continuation, voire l'aggravation de cette tension. C'est très dangereux.
Trump a prononcé il y a quelques jours un important discours de politique étrangère, démontrant qu'il maîtrise désormais le sujet. Il propose de tendre la main à Poutine pour essayer de trouver un terrain d'entente avec lui, sans lui faire naturellement de cadeau. On peut craindre que cette entente ne se fasse sur le dos des Européens, surtout si on prend en compte la forte personnalité de l'un et de l'autre qui contraste cruellement avec l'inconsistance de la plupart des dirigeants européens actuels. Mais qu'importe : l'enjeu de la guerre et de la paix est le plus important. A nous de nous défendre par ailleurs.
Trump veut faire contribuer davantage les Européens (et les Japonais) à leur défense. Je rappelle qu'on dit cela depuis trente ans sans résultat. Mais il offre une porte de sortie : si vous ne voulez pas payer (2 % du PIB lui paraît un minimum, et il a raison), vous vous débrouillerez seuls. Je dirai : et pourquoi pas ? Il est clair en effet qu'il y a un lien direct entre la subordination des Européens au sein l'OTAN et leur refus de payer pour leur défense ; ce lien est précisément ce que le général de Gaulle avait mis en avant en 1966 : un pays qui n'est pas indépendant ne veut plus payer pour une défense qui a cessé d'être la sienne, devenant inutile à ses alliés mêmes.
Je ne vois non plus rien de négatif quand Trump annonce la fin de la négociation du TAFTA qui n'est pas, selon lui, dans l'intérêt des Américains, mais qui n'est pas forcément non plus, à mon sens, dans celui des Européens. Pas davantage on ne saurait s'offusquer de son éloge de l'Etat nation qui lui semble la seule réalité solide dans la sphère internationale : ça ne fait pas plaisir à Bruxelles, mais ce ne sont pas des idées très différentes de celle du général de Gaulle et en plus, c'est vrai. .
Il met par ailleurs l'accent sur la lutte contre l'islamisme et la maîtrise de l'immigration. Là aussi, qui pourrait s'en plaindre en Europe ? Il dit que Hillary Clinton est, elle, partisane de l'accueil des réfugiés et, par là, dangereuse, ce qui est peut-être vrai mais peut être aussi tenu pur un propos électoral. Sur ces deux chapitres, il taxe de faiblesse Obama. Mais il ne va pas assez loin : non seulement la politique étrangère des Etats-Unis sous Obama - et même sous ses prédécesseurs - a été faible vis à vis de ce que les Américains appellent ISIS (en arabe Daesh) mais Trump ne dit pas qu'elle a même tendu à le promouvoir : les Etats-Unis ont fourni des armes à Daesh. Encore, ces derniers jours les Etats-Unis ont envoyé des armes sinon à Daesh, du moins à d'autres groupes islamistes de la même eau. Si Trump avait voulu faire une critique radicale de ses prédécesseurs, il aurait dû dire qu' ISIS est une créature des Etats-Unis.
Pour parler brutalement la politique américaine était jusqu'ici une alliance de fait avec l'islamisme contre la Russie (Afghanistan, Tchétchénie, Bosnie, Syrie) et tant pis pour les dommages collatéraux infligés aux Européens ; tandis que Trump propose quelque chose comme une alliance avec les Russes contre les islamistes. Dès lors qu'il annonce une politique claire fondée non sur des idéaux prétendus universels (en réalité fondée sur idéologie), mais sur des intérêts partagés entre les Etats-Unis et leurs alliés, on ne peut que s'en réjouir... s'il tient parole. Les idéaux ne se prêtent à aucun compromis et conduisent à se mêler des affaires de la terre entière - et en définitive à mettre le feu partout. Les intérêts sont nécessairement circonscrits et se prêtent au compromis. Une politique des intérêts est finalement beaucoup plus morale qu'une politique d'idéaux.
S'il y a quelque chose à redouter de la part de Trump, ce ne sont pas ses idées mais la force de sa personnalité qui laisse craindre que sur les sujets, notamment économiques, qu'il considérera être d'un intérêt vital pour les Etats-Unis, il ne sera pas un interlocuteur facile.
J'ajouterai que la force de l'appareil washingtonien est telle qu'il n'est pas exclu que, malgré ses intentions affichées , il ne soit conduit à revenir à un impérialisme classique de type néoconservateur car il est possible qu'on ne lui laisse pas le choix. Ce sera là probablement l'orientation du Sénat.
Qu'est-ce qui différencie fondamentalement les programmes de M. Trump et Mme Clinton dans leur vision des relations entre les Etats-Unis et l'Europe ?
Tous les candidats pensent que le Etats-Unis doivent rester au premier rang et, n'en déplaise à la réputation d'isolationnisme qu'on lui fait, Trump n'envisage nullement de se détourner des affaires du monde. Simplement, il interviendra avec beaucoup plus de prudence et c'est très bien comme ça.
Ceci dit, les différences entre Trump et Clinton sont nombreuses, non seulement vis à vis de l'Europe mais vis à vis du reste du monde :
- Trump veut trouver un modus vivendi avec la Russie, alors que Hillary Clinton n'en parle pas et veut sans doute continuer la politique d'isolement voire d'agressivité à l'égard de la Russie.
- Trump connait d'abord les Etats nationaux ; Clinton, par sa culture privilégie le multilatéral, au moins pour les autres pays que les Etats-Unis : Union européenne et l'OTAN.
- Trump voudra que les Européens contribuent davantage à leur défense : leur laissera-t-il pour autant plus d'autonomie ? Il semble laisser l'option du retrait de l'OTAN ouverte alors que jusqu'ici, les Américains diabolisaient tous ceux qui, en Europe, voulaient sortir ; mais il n'est pas sûr qu'il tiendra cette ligne.
- Hillary Clinton maintient que la politique des Etats-Unis doit été conditionnée par la propagation d'idéaux universels, auxquels les Européens doivent être naturellement associés sans qu'on leur laisse le choix. Trump parle d'intérêts partagés, laissant entendre que tous les intérêts ne sont pas communs, ce qui est après tout assez sain.
- Le protectionnisme de Trump gênera plus l'Allemagne qui exporte plus aux Etats-Unis que la France. Clinton est, elle, favorable au Traité transatlantique dont Berlin a plus à attendre, semble-t-il, que Paris.
- Sur un sujet qui nous éloigne de l'Europe mais la concerne au premier chef par ses effets : terrorisme, migrations, Trump critique de manière impitoyable la politique américaine au Proche-Orient de ces dernières années, non seulement celle des Démocrates mais aussi celle des Républicains, qui a conduit à de nombreuses interventions armées ou actions de déstabilisation pour y répandre la démocratie ( la position de néoconservateurs) ; il dit ce que la majorité des Européens pense : que ces interventions n'ont abouti qu'à des dépenses inutiles et à des destructions considérables. Au contraire, Clinton a été plus que quiconque associée à cette politique, même au temps de Bush dont elle a approuvé les entreprises militaires (Irak, Afghanistan);
- Trump est contre l'immigration incontrôlée aux Etats-Unis et, s'il est logique, en Europe aussi alors que Hillary Clinton est favorable à l'accueil des immigrés par les Européens. On peut même dire que le gouvernement Obama a poussé de toutes ses forces pour faire entrer des réfugiés en Europe, dans le cadre de promotion délibérée du multiculturalisme et peut-être pour affaiblir le vieux continent.
Hillary Clinton n'a pas hésité à souvent tenir des propos durs à l'égard de la Russie et de son président Vladimir Poutine. Elle défend également une diplomatie particulièrement offensive à leur égard. De son côté, Donald Trump est plutôt sur une ligne d'apaisement des relations américano-russes. Laquelle de ces deux politiques aurait un effet le plus positif sur les intérêts français et européens ?
Evidemment la seconde ligne est meilleure pour nous. L'Europe n'a rien gagner à un affrontement avec la Russie et, au contraire, des perspectives de coopération considérables en cas d'apaisement.
De manière très cynique, les idéologues d'Outre-Atlantique qui prônent une politique agressive vis à vis de la Russie disent que leur but est d'isoler la Russie mais aussi d'affaiblir l'Europe occidentale. Pour ce qui est d'isoler la Russie, ce n'est pas franchement une réussite : elle s'est rapprochée de la Chine et de l'Inde, mais aussi de l'Iran, du Brésil, comme jamais auparavant.
Il peut venir un jour où la Russie sera si forte qu'elle portera ombrage à l'Europe occidentale, mais nous en sommes loin. Pour le moment, c'est l'Empire américain qui pèse de manière très lourde sur les pays de l'Europe occidentale jusqu'à leur donner le sentiment qu'ils ne sont plus indépendants.
Dans des décisions capitales comme le fait de forcer la Grèce à rester dans l'euro ou encore d'accueillir un million de réfugiés ou assimilés, Obama a pesé très lourd, de manière discrète mais effective, notamment en s'appuyant sur Merkel dont on peut se demander si elle est autre chose qu'un relais passif de la volonté américaine.
Si l'Europe, dans la perspective d'une élection de Trump, a le loisir de s'ouvrir à la Russie, il est clair que cet étau sera desserré. Ce serait une vision très étroite des intérêts des Etats-Unis que de penser qu'ils n'ont pas intérêt à la détente. Trump semble revenir à une vision plus traditionnelle des intérêts américains (celle qui a inspiré par exemple le plan Marshall), à l'idée que la promotion des intérêts américains ne passe pas nécessairement par l'affaiblissement de leurs alliés ou partenaires. Cette idée folle qu'il fallait, pour rester fort, affaiblir même ses alliés de toujours, Royaume-Uni compris, inspirée par les idéologues "néo-cons", a prévalu au cours de ces dernières années, aussi bien avec les Démocrates qu'avec les Républicains et elle est aujourd'hui profondément ancrée dans le milieu washingtonien. C'est pourquoi les prises de position de Trump y font grincer les dents. Mais ce sont pourtant les plus raisonnables.
Entretien avec Atlantico, paru sur roland.hureaux.over-blog.com, mai 2016

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