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HUREAUX  Roland

HUREAUX Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

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L'action de la France en Syrie

Publié dans Du côté des élites
L'action de la France en Syrie : pourquoi tant d'aveuglement ? 
 
Comment a été possible cette chose incroyable : les gouvernements français ont apporté une aide importante en armes, en entraînement militaire et même un appui occasionnel direct sur le terrain aux forces d'opposition islamistes en Syrie de 2001 à 2005.
Sans doute la posture de la France en Syrie a-t-elle changé depuis les attentats du Bataclan. Laurent Fabius qui s'était particulièrement engagé dans cette politique a rejoint le Conseil constitutionnel. Nous avions combattu le gouvernement Assad et désormais, nous ne combattons plus, nous dit-on, que Daesh et Daesh seulement. Mais même si nous ne combattons plus l'armée syrienne officielle du gouvernement de Bachar el Assad, nous continuons à proclamer que nous voulons le départ de ce dernier. Quant aux autres mouvements rebelles que nous aidions, presque tous islamistes, l'ambigüité reste de mise. 
L’attentat du 7 janvier 1995 qui semblait pourtant montrer des liens entre les auteurs et certains mouvements islamiques au Yémen, n'avait pas suffi à faire bouger d'un pouce la posture française. Il a fallu que s'y rajoutent les attentats du 13 novembre revendiqués  bruyamment par Daesh pour que les Français changent enfin leur fusil d'épaule et cessent de faire la guerre aux cotés des islamistes contre le gouvernement Assad - et tous ceux que ce dernier protégeait, notamment les chrétiens tombés en quatre ans dans ce pays de 2 millions à 1,2 millions.
 
Un engagement aberrant
Il est vrai qu'officiellement nous n'avons pas aidé Daesh, mais seulement une Armée syrienne libre, composée d'opposants "modérés" au régime, dont on peut se demander si elle a jamais vraiment existé ou des islamistes autres que Daesh, notamment le Front Al-Nosra qui pourtant est le successeur d'Al-Qaïda  et qui se trouve sur la liste des organisations à combattre figurant dans la Résolution du 18 décembre 2015 du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Il est vrai aussi que nous n'étions pas les seuls, l'alliance en faveur des rebelles syriens, de fait islamistes, étant aussi large que celle qui aujourd’hui prétend combattre Daesh : États-Unis, Royaume Uni, Allemagne (plus active qu'on le croit), Turquie, Arabie Saoudite, Qatar et sans doute Israël. N'y manquaient que la Russie et l'Iran qui soutenaient au contraire le gouvernement Assad quoique pas autant qu'aujourd’hui.
Mais cette alliance ne suffit pas à rendre compte de la véhémence de l'engagement français au moins sur le plan diplomatique : Fabius disant à la tribune des Nations Unies que Bachar El Assad "ne méritait pas de vivre" : même Roosevelt ne disait pas cela d'Hitler. Juppé n'avait pas été en reste, annonçant en 2011 que Assad n'en avait que pour une semaine. Sarkozy, Hollande furent au diapason. Les médias français, AFP en tête, violant toutes les règles de la déontologie, n'eurent d'autre source qu'un Observatoire syrien des droits de l'homme, basé à Londres, tenu par un frère musulman à la fois juge et partie.
 
Il y eut les actes : la rupture des relations diplomatiques (ce que nos partenaires n'ont pas eu la stupidité de faire), la fermeture du Lycée français (qui continue à fonctionner en autogestion grâce à des parents syriens), le refus de toute collaboration avec les services de sécurité syriens, qui est sans doute une des raisons pour lesquelles nous n'avons pas vu venir les attentats de 2015. Il est clair que personne au Quai d'Orsay ne se souvenait de ce vieux proverbe arabe qui  devrait être inscrit  sur la porte de toutes les écoles diplomatiques : "Traite ton ennemi comme s'il devait un jour être ton ami ; traite ton ami comme s'il devait un jour devenir ton ennemi".
Le temps n'est plus de ramener à la raison les auteurs de ces dérives, il est de comprendre comment ils ont pu, à ce point, la perdre. 
 
Incompétence, corruption 
Pour expliquer un comportement aussi aberrant, il faut bien sûrfaire la part de l'incompétence. Aucun des quatre protagonistes principaux de la diplomatie française, Sarkozy, Juppé, Hollande et Fabius n'avait fait de la diplomatie sa préoccupation principale au cours des dernières années. Il était facile de prévoir que le régime d'Assad appuyé sur une majorité alaouite menacée de mort et sur une Russie qui ne lâche jamais ses alliés, ne céderait pas la place en une semaine comme le pronostiquait sottementJuppé. La diplomatie française, qui a fini par se trouver complètement en porte à faux, peine à trouver des justifications pour le revirement auquel les faits l'ont contrainte aujourd’hui.  "C'est Assad qui fait le lit de Daesh" ont dit conjointement Fabius et Juppé, alors même que c'est l'armée syrienne qui, depuis cinq ans lutte seule sur le terrain contre les islamistes et que, si elle ne l'avait pas fait, Daesh serait aujourd'hui à 60 km de Jérusalem. Pour ces gens là, si Daesh monte, c’est la faute de "Bachar" puisqu’il les combat, mais pas la faute de ceux qui financent Daesh – Arabie, Qatar, Turquie, Occident. Sarkozy n'est pas en reste en traitant de "gugusses" les députés qui on fait le voyage de Damas pour tenter de débloquer une situation complexe. Notre diplomatie a fini, après toutes les autres, par comprendre que la cible principale devait être Daesh et sa réserve de terroristes : comme le dit Olivier Berruyer, "il a fallu 4 ans pour comprendre qu’un dictateur laïc qui ne nous menace pas est largement préférable à des wahhabites adeptes du djihad… Ça fait cher la leçon de diplomatie quand même… " D'autant que trois des principaux protagonistes sont parmi les gens les plus diplômés de France (deux Normale Sup-ENA et un HEC-ENA).
 
On peut aussi expliquer cette ligne  aussi excessive qu'absurde par l'argent et les intérêts. Pas tant ceux qui sont liés au pétrole saoudien dont les prix s'effondrent car  les pays producteurs ne savent quoi en faire, mais ceux qui concernent les marchés juteux, en particulier d'armement, que nous avons trouvés dans la péninsule arabique. L'argent des monarchies a permis à Daesh et aux autres mouvements rebelles islamistes de Syrie et d'Irak d'acheter des armes à la France. Nous avons agi en marchands de canon : c'est ainsi que les successeurs de Jaurès font la politique étrangère.
 
Inféodation
Il faut prendre aussi en compte le suivisme pur et simple. Depuis la réintégration complète de l'OTAN opérée par Sarkozy en 2008 (1), il n'y a plus de politique indépendante de la France qui tienne. La France s'étant ainsi liée, il ne lui restait qu'à obéir aux dirigeants américains, lesquels étaient sous influence des idéologues néoconservateurs. Cet état d'esprit suiviste que l'on observe aussi dans le refus de livrer les Mistral à la Russie par Hollande, ordonné par Washington, présente un avantage : il dispense de réfléchir. Exécuter est plus facile que décider par soi-même, surtout si on manque de ces points de repère et de la vision qui sont nécessaires pour faire des choix.
 
Mais ce suivisme ne justifiait pas que la France tente à plusieurs reprises de faire de la surenchère, notamment dans la crise d'août 2013 où une attaque à l'arme chimique a été attribuée au gouvernement de Damas et a failli entraîner une guerre élargie. C'est finalement Obama, avec l'aide de Poutine, qui a calmé le jeu mais la France surexcitée était prête à frapper la Syrie sans tenir compte des conséquences incalculables que cela aurait pu avoir. Alors que ses dirigeants savaient dès le départ que l'usage de ces armes n'était pas le fait de Damas. Aujourd’hui, avec la constitution de la grande coalition contre Daesh en août 2015, "la diplomatie française est la dernière, ou presque, à s’en tenir à la ligne du refus de toute discussion avec Bachar qui était celle de Nicolas Sarkozy et la mienne." dit Alain Juppé. Hollande a cependant infléchi la position de la France dans le dossier syrien :  Bachar el-Assad, dit-il, "ne peut constituer l'issue en Syrie, mais notre ennemi, c'est Daesh".
 
En tous les cas, la France s'est parfaitement pliée au jeu des États-Unis qui était, bien avant les printemps arabes, de détruire le régime d'Assad. Selon un article de l’avocat Robert Kennedy Junior, neveu de JFK, publié dans le magazine américain Politico : "La décision américaine d’organiser une campagne contre Bachar el-Assad n’a pas commencé avec les manifestations pacifiques du printemps arabe en 2011, mais en 2000, lorsque le Qatar a offert de construire un pipeline pour dix milliards de dollars qui traverserait l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie." (2)
 
Le rôle de l'idéologie
Incompétence, cupidité, inféodation : il y a aussi l'idéologie, inséparable de l'inféodation. De même que, dans les années 1940-45 ("les heures les plus sombres de notre histoire") l'idéologie de la Révolution nationale avait servi de paravent à notre inféodation à l'Allemagne, l'idéologie droit-de l'hommiste a servi dans les affaires du Proche-Orient, de couverture à notre inféodation aux Etats-Unis. Le droit de promouvoir par la force les idéaux occidentaux de la démocratie et des droits de l'homme, est le fond de la pensée tant des néoconservateurs américains que des socialistes français. Comme toutes les idéologies, celle-là est simplificatrice, elle fait perdre de vue la complexité du réel, spécialement au Proche-Orient. Comme toutes les idéologies, elle est messianique : elle implique que nous entrons dans une ère nouvelle où régneraient le libéralisme économique et la démocratie élective, dont il faut précipiter l'avènement ("la fin de l'histoire"disait Fukuyama). Comme toutes les idéologies, elle obéit à la "loi des effets contraires au but recherché" (Hayek): au lieu de la protection des droits, le massacre de centaines de milliers d'individus (4 millions, dit Michel Onfray, principalement en Irak), le déclenchement de guerres excessivement meurtrières, en Syrie notamment, et l’encouragement aux islamistes qui promettent tout sauf une démocratie à l'occidentale. Ajoutons y l'antichristianisme qui fait le fond de presque toutes les idéologies de droite et de gauche, ces guerres ayant été fatales aux chrétiens d'Orient que la diplomatie française se faisait fort, depuis cinq siècles, de protéger et qu'elle a totalement ignorés au cours des dernières années. .
 
L'idéologie obscurcit l'esprit, divisant le monde de manière sommaire entre les bons et les méchants. Il ne faut pas chercher ailleurs que dans l'idéologie l'obscurcissement du cerveau des responsables de notre diplomatie et de nos médias. Mais elle n'abêtit pas seulement, elle rend aussi furieux. Ce manichéisme sommaire a conduit à faire de Bachar el-Assad une sorte de nouveau Léviathan, au mépris de la réalité historique qui place les dictatures classiques très en deçà des régimes vraiment totalitaires comme la Corée du Nord. Ce manichéisme conduit les dirigeants à transformer l'action diplomatique en une propagande grossière. Un des agents de cette propagande, Bernard-Henri Lévy, est ainsi tombé dans le travers idéologique que le nouveau philosophe qu'il était dénonçait autrefois en URSS, retournement qui est assez habituel dans l'histoire desidées où ceux qui dénoncent lapaille dans l'œil du voisin se retrouvent généralement avec une poutre dans le leur. On n'a pas dit qu'Assad était une vipère lubrique, mais Fabius n'a-t-il pas dit pire ? A peu près toutes les turpitudes qui lui ont été prêtées ont été démenties ou demeurent douteuses : assassinat d'Hariri, massacre de Homs, usage d'armes chimiques. Cela n'a pas empêché un Fabius de réitérer ses accusations à la radio le matin de son départ du ministère.
 
La frénésie idéologique faitéclater les règles élémentairesde la prudence administrative, notamment le souci de s'appuyer sur une administration objective.  Concernant l'affaire des armes chimiques, Georges Malbrunot et Christian Chesnot ont révélé que la conclusion du rapport rendu public par la France avait été "élaguée" par le conseiller spécial du ministre de la Défense pour manipuler l’opinion publique et la pousser à la guerre. Une des hypothèses faite par les informateurs dans leurs rapports était la suivante : "Il est possible que des bombardements classiques de l’armée syrienne sur un laboratoire clandestin des rebelles ait provoqué une fuite de gaz. Mais cette conclusion a été "purement et simplement coupée" du texte du rapport final".  
Deux rapports, l'un du MIT, l'autre de la Commission d'enquête de  l'ONU sur la Syrie, basée à Genève, ont enlevé toute crédibilité à l'hypothèse de la culpabilité d'Assad (ce qui ne veut pas dire qu'il soit innocentsur tous les sujets mais qui, au Proche-Orient et ailleurs, l'est ?)
 
Si l'inféodation aux États-Unis et l’intérêt mercantile sont, sur fond d'incompétence, les déterminations en dernière instance de l'action calamiteuse de la France au Proche-Orient au cours des dernières années, l'idéologie a constitué un multiplicateur qui a fait perdre tous les repèresaux acteurs concernés, jusqu'à brouiller gravement leur jugement.
L'opinion commence à prendre conscience du caractère monstrueux d'une diplomatie qui a conduit à armer les islamistes (qui massacraient les chrétiens, nos protégés) dans les quatre années qui ont précédé les attentats de Charlie et du Bataclan. Aujourd’hui, les yeux s'ouvrent peu à peu : il ne faudra pas longtemps pour que nos concitoyens prennent pleinement conscience de la manière dont notre pays s'est déshonoré au cours de ces années.
 
(1) Il y avait encore quelques interstices à remplir. Il y a quelques jours, le Parlement français  a ratifié un protocole comblant cette lacune: désormais  nos bases et nos états-majors seront  la disposition permanente de l'OTAN. Hollande parachève l'œuvre de Sarkozy.  
(2) Boulevard Voltaire, 29 février 2016  
                               

Candidature d'Hillary Clinton

Publié dans De par le monde
Candidature d'Hillary Clinton : on ne saurait oublier combien la présidence Clinton fut défavorable aux intérêts français
 
Au moment où il paraît de plus en plus vraisemblable que l'élection présidentielle américaine se jouera entre Donald Trump et Hillary Clinton, il n'est pas inutile de se rappeler ce que fut la politique du mari de celle-ci, le président Bill Clinton à l'égard de notre pays entre 1992 et 2000.   
Disons-le : la présidence Clinton a été sans doute la plus hostile aux intérêts français qu'il n'y ait jamais eue dans l'histoire de ce pays. 
 
Deux affaires méritent d'être rappelées : celle du Rwanda qui a vu les Etats-Unis appuyer dans le courant des années 1990 avec discrétion mais efficacité l'équipée de Paul Kagame, parti de l'Ouganda voisin pour reconquérir le pouvoir à Kigali au bénéfice de la minorité tutsi chassée du pays en 1959, contre un gouvernement issu de la majorité hutu soutenu par la France. Les dégâts furent considérable : au moment de l'ultime offensive des rebelles, l'accident d'avion qui coûta la vie aux deux présidents hutu du Rwanda et du Burundi le 6 avril 1994, dont des proches de Kagame eux-mêmes ont avoué qu'il en était l'instigateur, fut le déclencheur de ce qui fut présenté comme le massacre de la minorité tutsi de l'intérieur ; ce massacre justifia après coup l'invasion, commencée plus tôt, du pays par les troupes de Kagame. Cette invasion peut être interprétée aussi bien comme la conséquence du massacre que sa cause. Mais une fois au pouvoir, le président Kagame envahit en 1995-96 le Congo (RDC) voisin pour exercer des représailles terribles contre les réfugiés hutus et, de fait, mettre la main sur la province du Kivu, riche en minerais de toute sorte. Si les massacres du Rwanda avaient fait près d'1 million de morts, pas tous tutsis et pas tous du fait de l'ancien gouvernement hutu, l'invasion du Kivu est, elle, selon les chiffres de l'UNHCR directement ou indirectement responsable de 4 millions de morts.
Si le gouvernement Clinton n'avait pas appuyé la rébellion de Kagame, tout cela ne serait pas arrivé. Le gouvernement hutu de Habyarimana n'était certainement pas tendre pour les Tutsis (pas plus que la Révolution française ne l'avait été pour l'ancienne aristocratie), mais il restait dans le registre des dictatures africaines ordinaires, alors que ce qui est arrivé au cours de la guerre de 1994-1996 dépasse toutes les bornes de l'horreur.
L'aboutissement de cette opération a été que le Rwanda de Kagame a quitté la francophonie pour adhérer au Commonwealth ! Son but, auquel le gouvernement Clinton ne saurait être étranger, même si la crise avait commencé avant lui, était d'éliminer la France de la région des Grands Lacs. Cette élimination fut complète quand Jacques Chirac retira en 1996 les conseillers français de l'armée congolaise qui faisait face au Kivu à une armée rwandaise tutsi encadrée par des officiers US. Ces événements avaient, entre autres, fait dire à Mitterrand vieillissant :
"La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. "(cité par Georges-Marc Benhamou, Le dernier Mitterrand).
Une guerre sans mort français évidemment, avec 5 millions de morts africains tout  de même !  
 
Affaiblir les intérêts français et en tous les cas les méconnaître, c'est ce qu'on voit aussi dans la guerre de Yougoslavie et notamment dans sa phase la plus aigue, la guerre dite du Kosovo de 1999, où les forces de l'OTAN, hors de toute légalité internationale à l'instigation des Etats-Unis et de l'Allemagne, bombardèrent pendant des semaines, le territoire de la Serbie, faisant 20 000 morts, tous civils. Tout au long de ce conflit, les Etats-Unis prirent systématiquement le parti des alliés historiques de l'Allemagne : Croates, Albanais, Kosovars, Bosniaques musulmans, les mêmes qui avaient fait bon accueil à la Wehrmacht en 1941 et combattirent au contraire avec un rare acharnement les Serbes, alliés historiques de la France et de l'Angleterre et ennemis de l'Allemagne. Il est vrai que le président Chirac s'est montré complice de cette opération qu'il aurait pu empêcher. Mitterrand, avait dit "moi vivant, la France ne fera pas la guerre à la Serbie." Margaret Thatcher ne pensait pas autrement. Dépourvu de cette conscience historique, Jacques Chirac, pour des raisons qui restent à éclaircir,  n'eut pas ces scrupules.
 
On objectera que les entreprises de Clinton allaient dans le sens des droits d'homme frappant les "méchants" ou protégeant les "bons". Qui est encore dupe de cette rhétorique, composante de la guerre médiatique et psychologique qui accompagne désormais toutes les opérations militaires et dont les clefs se trouvent outre-Atlantique ? Quand un régime est diabolisé dans l'opinion mondiale, nous ne savons pas s'il le mérite vraiment, mais nous savons qu'à coup sûr il n'est pas dans le camp des Etats-Unis !
 
A ce bilan peu glorieux des relations franco-américaines au temps de Clinton, on pourrait ajouter l'offensive commerciale de l'Amérique contre la politique agricole commune, dans le cadre des négociations du GATT, offensive qui conduisit l'Europe, au dépens des intérêts français, à démanteler partiellement les protections de son agriculture, au travers de la réforme de la politique agricole commune (1992) et le l'accord de Blair House (1993). L'agriculture française ne s'en est jamais remise.
Il est difficile de trouver d'autres présidents des Etats-Unis qui aient été aussi hostiles aux intérêts français que Bill Clinton. La France n'eut guère à se plaindre de la plupart des présidents républicains : Eisenhower, Nixon (qui ne cachait pas son admiration pour le général de Gaulle), Reagan et même Bush père et fils, quelque contestables qu'aient été les initiatives internationales de ces derniers. Pas davantage de certains démocrates comme Truman, Carter et même Obama : que la présidence de ce dernier coïncide avec une inféodation sans précédent de notre pays est à mettre au passif, moins du président américain lui-même que des dirigeants français  qui acceptent cette inféodation. Kennedy ne fit rien pour faciliter la solution de la guerre d'Algérie et sabota les initiatives européennes de la France, ce dont le général de Gaulle ne lui tint pourtant pas trop grief. Il devait s'entendre beaucoup plus mal avec son successeur Johnson.
 
Sans doute Mme Hillary Clinton n'était-elle entre 1992 et 2000 que la première dame d'Amérique, sans responsabilité officielle dans la politique étrangère américaine. Mais on doute qu'une personnalité de cette envergure ait pu être totalement étrangère aux événements que nous avons évoqués. Le nom de Clinton ne devrait inspirer aucune sympathie en France.

Protéger ses industries ...

Publié dans En France
La France doit protéger ses industries de souveraineté
 
Qui se soucie de la prise de contrôle progressive par des intérêts étrangers de nos principales industries stratégiques ? 
La plus spectaculaire est l'électronique d'Airbus qui vient d'être rachetée par le fond américain KKR, notoirement proche des services de renseignement. Interrogé sur ce sujet, le ministre de la défense français allègue que l'essentiel de ses activités se trouvent en Allemagne et que le gouvernement allemand n'a pas objecté. Comme s'il ne s'agissait que d'un problème d'emploi et comme si Berlin était en mesure de s'opposer à Washington ! 
 
La récente mésaventure du Rafale dont l'administration américaine s'estime en droit d'interdire toute exploration dès lors que s'y trouverait une seule pièce détachée américaine, aurait dû nous mettre en garde. Et n'oublions pas Alsthom qui, cédée à General Electric, emporte avec lui une partie de notre savoir-faire nucléaire, par ailleurs mis à mal par le naufrage d'Areva.
Le député Jacques Myard s'est ému récemment du projet de cession, par Safran de sa filiale à 100 % Morpho qui détient des compétences dans deux domaines essentiels à la sécurité de la France : la biométrie et la détection d’explosifs.
 
La biométrie est un secteur clé qui doit beaucoup au talent des ingénieurs français qui ont fait de Morpho un leader mondial dans ce domaine, présent sur tous les continents. Ainsi Morpho est le principal partenaire de l'Inde qui veut doter tous les Indiens, soit 1,5 milliards de personnes, d’une identité sur une base biométrique !
La détection d’explosifs dans les bagages est aussi un secteur rentable, en pleine expansion. Morpho a fait l’acquisition il y a 3 ans d’une société spécialisée. Il n’y a aucune raison de faire marche arrière aujourd’hui.
Dans sa réponse à J. Myard, insolemment désinvolte, le ministre de la défense Le Drian prétend que Morpho n'est pas dans le périmètre du ministère de la défense. Il sembla oublier que Safran, important fournisseur du ministère de la défense, lui, y est.
 
Dans tous les cas, ces deux entités doivent rester françaises.
Safran, entreprise prospère n’a nullement besoin d’une telle cession vivement souhaitée en revanche par de puissants intérêts anglo-saxons, alors même que des solutions françaises de reprise existent.
On ne peut que s’interroger sur la précipitation mise à engager une telle opération. Hasard ? Certains ont relevé que si la vente envisagée devait se conclure, elle aurait pour effet de provoquer une augmentation du cours de bourse de Safran et par voie de conséquence de  la valeur des stock-options détenues par ses dirigeants.
 
Un libéralisme à sens unique
S'émouvoir de ces projets de cession est, dira-t-on, contraire au dogme libéral qui désormais semble régner sans partage dans les sphères dirigeantes européennes.
C'est ignorer que le libéralisme est aujourd'hui à sens unique. Aux Etats-Unis le dispositif CFIUS ou Proxy permet au président d'imposer des contraintes extrêmement fortes à tout acheteur étranger d’une entreprise américaine jugée stratégique, et ceci quel que soit le secteur économique concerné. Il peut aller jusqu'à fixer de manière unilatérale la composition du conseil d’administration en y imposant en partie ou en totalité des citoyens américains, choisis par le gouvernement. L'actionnaire n'aura dès lors droit qu'aux informations financières à l'exclusion de tout droit de regard sur l'orientation stratégique ou technologique.
Morpho a eu à connaître des rigueurs de cette réglementation lors de l’achat de l’entreprise L 1, éditeur des permis de conduire américains, qui ont la valeur de titre d’identité fédéral, et à ce titre a été jugée stratégique.
Nous voyons au contraire chez nous l’Etat mettre en vente les parts qu’il possède dans des entreprises essentielles à l’exercice de sa souveraineté sans prendre les moyens d’exercer un contrôle. Le décret Montebourg qui donne un droit de veto à l'Etat représente un progrès mais c'est tout ou rien. Le dispositif CFIUS, plus pragmatique, permet de doser l’intervention et n’est pas coûteux pour la puissance publique. Il peut être mise en œuvre sans texte de loi (un décret suffit) et les traités européens ne peuvent lui être opposés dans le domaine de la défense.
Il est temps que notre pays se ressaisisse avant d'être dépouillé de tout pouvoir sur ses industries de souveraineté. L'affaire Morpho a valeur de test.

roland.hureaux.over-blog.com

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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