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HUREAUX  Roland

HUREAUX Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  - 7 enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

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Nous entrons dans un monde nouveau

Publié dans De par le monde
Nous entrons dans un monde nouveau
 
Quand l'ambassadeur de France à Washington, dépité, tweete après l'élection de Donald Trump : "un monde s'effondre devant nos yeux", c'est "la fin d'une époque, celle du néolibéralisme", il contrevient certes aux usages diplomatiques, mais il dit la vérité.
Un monde nouveau était né en 1945 , qui devait devenir bientôt celui de la guerre froide : une confrontation idéologique sur fond de menace nucléaire ; les États-Unis et l'URSS ont su heureusement éviterun affrontement majeur.
Le monde a connu un premier grand changement avec la fin du communisme en 1990.
Il vient d'en connaître un second.
Ivres de leur victoire sur le marxisme, les cercles dirigeants américains ont, après la chute du rideau de fer, rêvé de la "fin del’histoire" par le triomphe universel de la démocratie libérale et du libéralisme économique. C'est là l'émergence de l'école néo-conservatrice (qu'on peut aussi bien appeler néo-libérale) une idéologie qui se joue  du clivage gauche-droite : elle a inspiré autant l'action d'un démocrate comme Bill Clinton (et surtoutd'Hillary Clinton entièrementacquiseà cette idéologie) que  d'un républicain comme George Bush fils et, à un moindre degré, de Barack Obama. Elle s'impose de fait aux classes dirigeantes européennes, avec l’appui des médias dont l'unanimité (le "politiquement correct") n'est pas sans rappeler celle des régimes totalitaires.
Partisans de la démocratie libérale, du libre échange, y compris des capitaux, les néoconservateurs en vue vont  plus loin : ils préconisent aussi la libre circulation des hommes, au point d'encourager les migrations et la disparition à terme des États au bénéfice d'une gouvernance mondiale. Ils prônent non seulement la liberté politique mais le libertarisme dont le symbole est le mariage homosexuel, aujourd'hui imposé de force aux pays du Tiers monde par un chantage aux subventions. 
 
Les résistances des peuples à ce monde nouveau sont diaboliséescomme du "populisme". L'Union européenne, selon le vœu de Jean Monnet lui-même, est conçue de plus en plus comme le banc d'essai de ce monde nouveau.
Beaucoup de néoconservateurs considèrent que ce modèle doit s'imposer par la force, à tout le moins par des actionsde déstabilisation délibérées contre tout ce qui lui résiste, au besoin en violation du droit international. Ces actions de déstabilisation  sont accompagnées d'une propagande planétaire destinée à diaboliser le récalcitrant en l'accusant des pires crimes. La première victime fut, en 1999, le président de la Yougoslavie, Slobodan Milosevic, dont le Tribunal pénal international vient pourtant de reconnaître qu'il n'avait aucune charge contre lui… mais il est  mort en prison entretemps. Après dix ans de chaos où elle ne semblait menacer personne (période Eltsine : 1990-1999), la Russie est remise en ordre et se relève avec Vladimir Poutine à partir de 2000 autour d'un Etat fort et du retour aux valeurs traditionnelles que combattait le communisme, en premier lieu le christianisme orthodoxe. Elle est à son tour diabolisée. Les "révolutions oranges"fomentées par l'Occident (Géorgie, Ukraine) visaient à encercler la Russie d'États hostiles selon le plan décrit par le géopoliticien américain Zbigniew Brzeziński (1). La dernière est  celle de la place Maïdan en Ukraine que Valéry Giscard d'Estaing qualifie de "coup d'état de la CIA " et qui a entraîné  la guerre d'Ukraine.
L'attentat du 11 septembre 2001 avait donné un motif aux États-Unis pour appliquer  la politique de démocratisation par la force (régime change) au Proche-Orient : invasion de l'Afghanistan, puis de l'Irak. A partir de 2011, les printemps arabes (qui s’en prenaient à des régimes souvent impopulaires mais aussi excitées de l'extérieur) entrainèrent le renversement des gouvernements en Tunisie, en Égypte et au Yémen. Non au bénéfice de vrais démocrates mais des islamistes. Cela n'était pas pour déplaire aux Etats-Unis, qui, depuis le pacte passé en 1945 entre le président Roosevelt et le roi d'Arabie Ibn Séoud (2), avaient toujours favorisé les islamistes dans le monde musulman pour y faire pièce à l'influence du communisme athée. Cette alliance a été reprise contre la Russie chrétienne.
Des dictateurs qui résistèrent aux printemps arabes, et, de fait, à l'islamisme, le premier fut renversé par une intervention occidentale, Kadhafi en Libye, le second,  Assad en Syrie fit l'objet d'une déstabilisation totale de son pays :  la Russie et la Chine qui n'avaient approuvé que du bout des lèvres à l'ONU l'intervention occidentale en Libye, mirent leur veto à celle qui était projetée en Syrie. Néanmoins une coalition composée des pays d'OTAN, des monarchies pétrolières arabes et de  la Turquie apporta un soutien militaireet financier aux djihadistes qui voulaient renverser le régime d'Assad. Les chrétiens d'Orient ont été les premières victimes, mais pas les seules, de leur action. Trump a reconnu lui-même que Daech était une création des États-Unis.
Sur un autre registre, le TAFTA (traité de libre échange transatlantique), répond à l’idéal d'un monde commercialement unifié où les États eux-mêmes seraient passibles de tribunaux en principe indépendants.
Alors qu'au temps de la guerre froide, les États-Unis avaient été toujours sur la  défensive face à l’idéologie communiste (Corée, Vietnam, Afghanistan), ils se sont trouvés,devenus idéologues à leur tour, presque partout en position offensive depuis  1990.  
Au total la politique néoconservatrice est responsable de la guerre civile dans au moins six pays : Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Yémen, Ukraine. Les vagues de migrants et l'extension du terrorisme en Europe occidentale en sont la conséquence directe ou indirecte.
Cette politique avait eu des résultats aussi désastreux au Rwanda et dans certains autres pays d'Afrique noire.
 
Les États-Unis ne pouvaient cependant prétendre étendre leur modèle à des mastodontes comme la Chine ou le Pakistan, sachant que l'Inde pouvait être tenue pour un pays démocratique et le Japon, entièrement inféodé aux États-Unis, aussi. Toujours communiste en théorie, capitaliste en fait et fort peu démocratique, la Chine, au nom d’un idéal de libre-échange généralisé, fut admise à l'OMC (3) en 2000 : trichant alors avec les règles non écrites du marché mondial, elle en profita pour déstabiliser les économies occidentalesgrâce à une monnaie largement sous-évaluée qui lui a permis de vendre ses produits très bon marché. Ses excédents gigantesques sont le revers des déficits tout aussi gigantesques des Etats-Unis et, en partie, de la désindustrialisation de l'Europe. L'attitude peu amène des Américains, dont les bases surveillent de près son environnementimmédiat, a amené la Chine à se rapprocher dela Russie, alors même  que leur commune adhésion au communisme les avait jadis opposées. 
 
La politique américaine des 25 dernières années s'est appuyée sur des dizaines  d'institutions tendant à répandre la doctrine néoconservatrice : think tanks richement dotés par les grandes banques ou les grandes entreprises, forums internationaux  (Davos,Bilderberg), Trilatérale, CFN,  et aussi des initiatives personnelles comme celle du milliardaire George Soros, qui finance la Foundation for an open society , dont les objectifs (chute de Poutine, révolutions oranges, soutien aux femens, promotion de la LGBT et de l'avortement, encouragement aux migrations, etc.) correspondent à peu près à ceux des néoconservateurs, ou encore de Bill Gates, plus orienté, lui, vers la lutte contre le réchauffement climatique et le contrôle des naissances (il veut réduire la population de la planète des 9/10e sans dire cependant  qui il gardera). L'Union européenne et presque tous les Etats qui la composent se sont peu à peu inféodés à Washington, comme le montre l'exemple des sanctions imposées à la Russie, destructrices pour l’agriculture française. Depuis le refus de Jacques Chirac de s’engager dans la guerre d'Irak que les Américains avaient presque tenu pour un crime, aucun gouvernement d'Europe occidentale n'a osé résister à la politique néoconservatrice .
 
Dans cette configuration, l'Église catholique est tenue en suspicion. Alliée choyée contre le communisme jusqu’en 1990, elle est aujourd'hui ressentie par une partie des forces dominantes de la planète comme un lieu de résistance à l'ordre nouveau, en particulier par ses positions sociétales : opposition à l'avortement, défense de la famille, mais aussi sociales : la doctrine sociale de l'Eglise n'est pas l'ultralibéralisme.  L'émergence simultanée aux États-Unis puis en Europe des affaires de pédophilie , parfois fondées mais pas toujours, a été conçue pour  la déstabiliser (4). Des révélations récentes de Wikileaks ont mis à jour des courriels de Soros où il declare vouloir subventionnercertaines tendances de l'Église catholique pour la faire évoluer et la diviser. Il n’est pas exclu que certains gestes du pape François qui ont désorienté beaucoup de catholiquesmais plu aux médias, soient inspirés par le souci de se protéger de ces tentatives de déstabilisation. Il a signé à La Havane une audacieuse déclaration commune avec le patriarche Cyrille de Moscou (12 février 2016).
La pointe extrême du néo-conservatisme se trouvait dans les projets d'Hillary Clinton: pousser la Russie dans ses retranchements, y compris par la menace d'une guerre nucléaire"limitée", pour l'affaiblir définitivement, intervenir massivementen Syrie pour empêcher la défaite des djihadistes.
 
L'échec du néo-conservatisme 
Pourquoi donc cette immense mécanique s'est-elle grippée ?
D'abord par la résistance de la Russie. Dirigée par un chef exceptionnel, Vladimir Poutine, elle a su déjouer les tentatives de déstabilisation, quitte à exercer des  représailles comme l'annexion de la Crimée. Elle a aussitôt mis un terme à la série des "changements de régimes" voulus par Washington en défendant avec tous ses les moyens le gouvernement Assad en Syrie. Malgré les turpitudes dont on l'accuse (5)[1], ce gouvernement demeure le seul légitime en droit international, ce qui fait que  l'intervention russe, faite à sa demande, est légale, alors que les actions de soutien aux djihadistes menées par les Occidentaux depuis 2011 (dont celles des Français,  pourtant confrontés au terrorisme chez eux) sont illégales.  
La Russie et les États-Unis jouent en quelque sorte à front renversé puisque désormais la Russie n'a aucune idéologie àrépandre. Elle se contente de défendre son intérêt national- conçu il est vrai largement, comme il sied à une grande puissance. Les Etats-Unis ont depuis 1990 la volonté d'étendre leur modèle (ou celui de leurs alliés comme les islamistes) au monde entier.
La Turquie, dirigée par un islamiste, Erdogan, un moment candidate à l'entrée dans l’Union européenne et alliée de l'Occident en Syrie, a jeté le masque après la récente tentative de coup d’État, qui l'a conduite à afficher ouvertement son despotisme et  à  se rapprocher de la Russie, laquelle ne se mêle pas de son régime intérieur.
Le néo-libéralisme s'est surtout heurté au réveil des peuples, vilipendé sous le nomde "populisme". Loin d'être un idéal à atteindre, le monde tel que l’ambitionnaient les libéraux est apparu à ces peuples, en Europe et aussi aux États-Unis,comme un  symbole de délocalisations, d'immigration massive, de chômage, d'inégalités croissantes, à quoi s’ajoutaient d’autres effets plus ou moins liés à la même idéologie : atomisation de la société, perte des repères (nationaux, familiaux, en France communaux, de genre, déclin de l'enseignement), désespérance de l'individu écrasé par une machine mondiale sur laquelle il n'a aucune prise. 
 
Certains modèles économiques (Bairoch, Todd) voient, au rebours de la pensée dominante, dans la libéralisation des échanges, une cause de la stagnation économique et du chômage, par disparition du moteur étatique de relance, dit keynésien, qui n'est efficace qu'à l'intérieur d'un espace protégé. Les idées protectionnistes reviennent à l'ordre du jour.
Les résistances à la pensée dominante se sont aussi exprimées en Europe : en Pologne, en Hongrie et surtout au Royaume-Uni (Brexit) et en Italie (dernier référendumquiexprimait en fait un refus de l'Europe de Bruxelles).
Mais la grande révolution est venue de l'élection de Donald Trump, le 7 novembre 2016 contre son propre parti et contre la totalité de l'establishment politique, médiatique, bancaire, des deux côtés de l’Atlantique.
Malgré une démagogie grossière, le nouveau président a une pensée en matière de politique étrangère pas très différente de celle de Poutine (ou autrefois de Nixon) : les États-Unis doivent être forts, mais pas pour répandre leur idéologie ou changer les régimes, pour défendre sans concession leurs intérêts. Il n'exclut pas un certain retour au protectionnisme, refuse le TAFTA et veut dialoguer avec Poutine. Sa priorité n’est plus l'affrontement avec la Russie, mais la défaite de l’islamisme. D'une alliance Etats-Unis - Islamistes contre la Russie, on pourrait passer à une alliance Etats-Unis - Russie contre l'islamisme. Rien ne devrait changer pour autant dans l'appui américain à Israël.
Trumps'est montré en revanche plus offensif avec la Chine. Le rétablissement de la balance commerciale américaine, nécessaire à l'assainissement de l'économie mondiale, passera sans doute par une épreuve de force avec la Chine, sinon militaire, du moins monétaire. 
Ilest difficile de dire si Trump tiendra sespromesses de non-intervention. Il reste que, souhaitant renforcer la puissance de l’Amérique, il ne sera un interlocuteurfacile pourpersonne.
 
Que deviendra dans ce monde nouveau l'Europe de Bruxelles, déjà en situation de crise profonde, en particulier sur le plan monétaire ? Il y a peu de chances qu’elle échappe à un retour du fait national, qui n'est pas nécessairement à craindre. Jean-Paul II disait que la cause des guerres n'était pas les nations mais la violation des droits des nations (6). Si Trump leur donne le feu vert, les pays d'Europe auront de meilleures relations avec la Russie, ce qui est une bonne nouvelle. Trouveront-ils  pour autant, habitués qu'ils sont depuis longtemps à la soumission, des hommes d'Etat à même de peser entre Trump et Poutine ? Peut-être.
Ce ne sont pas les nations mais les idéologies qui sont facteurs de guerre. Le néo-conservatisme libéral libertaire qui a mis à feu et à sang une partie de la planète vient de le démontrer. Pour la première fois depuis 1945, le monde est dominé par deux puissances n'ayant pas la prétention d'exporter un modèle idéologique. C'est de  bon augure pour la paix.
 
(1) Zbigniew Brzeziński, Le grand échiquier, 1977.
(2) Dit pacte de Quincy car il fut scellé sur le croiseur Quincy au large de l'Arabie
(3) Organisation mondiale du commerce
(4) Ces affaires existaient, hélas, mais elles ont été gardées sous  le coude par les médias nord-américains pour  être rendues  publiques toutes ensemble.
(5) Souvent sans fondement : ainsi, il fait peu de doutes que l'attaque aux armes chimiques de la Ghouta ( 21 août 2013) a été une provocation des djihadistes pour susciter l'intervention américaine (cf. Rapport du Massachussetts Institute of Technology) .
(6) Discours pour le 50e anniversaire de la fin de la 2ème de guerre mondiale, 8 mai 1995

La diplomatie française...

Publié dans En France
La diplomatie française en plein délire
 
Jamais, peut-être depuis des siècles la diplomatie française n'était tombée aussi bas. Laurent Fabius avait été un ministre des affaires étrangères désastreux. Son successeur, Jean-Marc Ayrault s'avère encore pire. Comme il ne connaissait pas le sujet, on pouvait attendre au moins à ce qu'il soit prudent ;  il n'en est rien.
La prise d'Alep par les forces gouvernementales syriennes avec l'appui de Russes : tout le monde devrait s'en réjouir puisqu'elle annonce la défaite des djihadistes que notre police pourchasse en France et la fin de la guerre. Au contraire elle met en rage les gouvernements occidentaux, spécialement le nôtre, qui semblent vouloir regagner par la propagande ce qu'ils ont perdu sur le terrain. Comment cette guerre aurait-elle donc pu finir autrement, sauf à connaître une bataille encore plus cruelle à Damas et la prise de pouvoir finale par les islamistes ? C'est d'ailleurs le sentiment de l'immense majorité de la population de Syrie, chrétiens d'Orient en tête. Jean-Luc Mélenchon l'avait compris avant d'autres.
Au lieu de cela, notre gouvernement est en pleine dénégation. Humilié par la défaite des djihadistes (quel aveu sur ses véritables engagements !), il est conduit à prendre des initiatives absurdes à l'ONU, comme la récente tentative de supprimer le droit de veto quand des vies humaines sont en jeu. Ce qui est idiot : des vies sont toujours en jeu s'il y a guerre. Voilà bien du BHL à l'état pur. Alors que le droit de veto au Conseil de sécurité et le principe de non-ingérence sont les piliers de l'ordre  international depuis 1945, cela reviendrait à officialiser le "droit d'ingérence humanitaire" au moment même où il vient de montrer partout son caractère criminel : six pays mis à feu et à sang depuis 15 ans au nom des droits de l'homme -, et où Trump le récuse.
 
Ayrault multiplie les communiqués vengeurs accusant les forces gouvernementales des pires crimes : "exécutions sommaires, notamment de femmes et d’enfants ; personnes brulées vives dans leurs maisons ; poursuite du ciblage systématique des hôpitaux, de leur personnel et de leurs patients… De telles atrocités révoltent les consciences" (13/12/2016).
Aucune vérification de ces faits, hautement invraisemblables quand on sait que Russes et Syriens se savent sous les projecteurs de l'opinion internationale et que la plupart des accusations proférées depuis six ans à l'encontre du gouvernement syrien se sont avérées pour le moins douteuses. Pourquoi d'ailleurs cibler les hôpitaux (où les rebelles avaient planqué leur QG), puisque la bataille est finie ?  
Aucune mention par contre des horreurs de notre allié Al Qaida, renommé Al Nosra puis Fatah al-Cham, que l'on découvre aujourd'hui, pires que celles dont on accuse  le régime.
Qui ne voit que notre diplomatie se déshonore par cette propagande grossière, plus de celle du Kominterm ou de la Propagandastaffel que d'un pays démocratique ?  
Outre des médias plus serviles que jamais, il n'y a plus pour la gober, que la Conférence de évêques de France qui s'alarme, à la suite de la reprise d'Alep, d'une  arrivée massive de réfugiés et demande qu'on les accueille. Or les seuls qui veulent aujourd'hui fuir la Syrie sont les islamistes défaits : voilà des pasteurs pressant les brebis d'accueillir les loups dans la bergerie !  
 
Ce combat d'arrière-garde hypothèque gravement les intérêts de la France. Tous les  Etats reprennent langue avec Bachar el Assad qui va, que cela plaise ou non, rester en place, sauf nous. L'équipe Obama, dans la même fureur du désespoir que notre gouvernement, voulant empêcher jusqu'au bout le retour de la paix, vient d'aider Daech à reprendre Palmyre, tandis que Donald Trump, aux affaires dans un mois, traite déjà avec Poutine sur une ligne réaliste.
Les adeptes européens de l'idéologie "néo-conservatrice" (adoptée depuis longtemps par la gauche française, selon un paradoxe qui n'est qu'apparent), le gouvernement Hollande en première ligne, sont aujourd'hui doublement frappés : par la défaite des djihadistes et par la défaite de Clinton. Le néoconservatisme ayant perdu la partie à Washington, ils avancent désormais comme un canard sans tête. Il y a en effet de quoi désespérer. Et les derniers spasmes de survie ne sont  pas les moins dangereux.
La diplomatie française s'entêtant jusqu'au bout dans ses erreurs et ses criailleries la ridiculisent. Elle se montre incapable de faire ce qui est le b a ba de toute action  diplomatique : s'adapter à une nouvelle situation. En elle se conjuguent la rigidité française et la rigidité idéologique pour notre plus grand préjudice. 

F. Hollande, le choix de la guerre

Publié dans En France
En Syrie,  Francois hollande fait encore le choix  de la guerre
 
Voilà cinq ans que, dans l'affaire syrienne, la diplomatie française est à la fois ridicule et criminelle.
Ridicule parce qu'elle se réduit, avec Hollande encore plus qu'avec son prédécesseur, à un alignement aveugle sur la diplomatie américaine dominée par les néoconservateurs. Alignement et même surenchère, pas sur le terrain car nous n'en avons pas les moyens, mais dans les enceintes internationales. On se souvient de Fabius déclarant que Assad "ne méritait pas de vivre" ! La rupture totale des relations diplomatiques avec la Syrie en 2012 nous a privés de moyens essentiels tant pour lutter contre le terrorisme que pour diversifier notre action comme il sied à toute diplomatie compétente, ce que n'est plus la nôtre. 

Politique criminelle car elle aboutit à armer des djihadistes qui massacrent tous ceux qui ne se rallient pas, à commencer par les chrétiens d'Orient qui comptaient sur la protection de la France. Ceux qui tiennent le quartier Est d'Alep depuis quatre ans avaient commencé, qui s'en souvient ? par précipiter leurs prisonniers du haut des immeubles. Les  mêmes se réjouissent bruyamment (quand ils ne les revendiquent pas) des attentats perpétrés en France depuis deux ans.

Le gouvernement syrien, sinon démocratique (il y a plus de démocratie passé un certains seuil de tensions sociales, comme nous risquons d'en faire bientôt l'expérience) du moins légitime en droit international a demandé l'appui des Russes dont l'intervention est donc légale.  Toutes les autres interventions étrangères, à commencer par celle de nos forces spéciales en appui des djihadistes, sont illégales.
La présente bataille d'Alep montre que François Hollande n'a pas changé de ligne.
L'enjeu de cette bataille est simple. Les forces loyalistes ont reconquis une grande partie de la ville. Ne reste qu'un quartier tenu par des islamistes qui y ont pris en otage la population. Dès que ce bastion sera réduit, la guerre de Syrie sera pratiquement terminée, sauf un nettoyage résiduel de groupes djihadistes dispersés. 
 
Demander le cessez-le feu aujourd'hui au motif d'épargner les populations civiles , c'est vouloir empêcher les loyalistes et les Russes d'en finir avec les islamistes.
Les Russes ont naturellement les moyens de réduire en quelques jours la résistance. Si la bataille traine, c'est que, à l'encontre de la propagande déchainée contre leurs supposés "crimes contre l'humanité", ils tiennent à épargner la vie des civils, moins par humanisme d'ailleurs que par souci de l'opinion.   
Que veulent donc ceux qui demandent un cessez-le-feu ? Que l'autre camp gagne ? Daesh au pouvoir à Damas ? Aucune puissance ne le souhaite vraiment et les massacres seraient alors immenses.
Si l'on ne veut la victoire ni du pouvoir ni des rebelles, la seule option est la poursuite de la guerre. Les bonne âmes qui demandent aujourd'hui  un cessez- le feu à Alep   demandent en fait  la poursuite de la guerre et  la poursuite des  souffrances du peule syrien.

Certains prônent le dialogue. Que Hollande et Cazeneuve montrent donc l'exemple en dialoguant avec les terroristes du Bataclan ! Ce sont les mêmes qui combattent aujourd'hui à Alep-Ouest. Aucune guerre civile ne s'est jamais terminée autrement que par la victoire d'un camp sur un autre. Et cette issue vaut toujours mieux que la poursuite de la guerre. Dans le cas d'espèce l'un des camps est sur le point de gagner, laissons le aller jusqu'au bout. Quelle aurait été  la valeur morale d'un appel au cessez-le feu début 1945, pour soi-disant épargner Berlin - et donc Hitler ? Les islamistes valent-ils mieux ?

La propagande a toujours  joué un rôle considérable dans la guerre : la presse collaborationniste ne donnait pas en 1940 une meilleure image de Churchill que celle d'aujourd'hui d'Assad. Ce qui est nouveau, c'est la puissance effrayante de la machine de propagande occidentale, fondée sur une presse de plus en plus conforme.
Le manichéisme qu'elle diffuse est inséparable d'une idéologie qui, comme toutes les idéologies, conduit au mensonge. Mensonge que de prétendre qu'il y a entre Assad et Daesh des islamistes modérés : tous veulent établir la charia et éliminer les minorités : les chrétiens le savent. Mensonge que d'accuser le régime de certains crimes (pas de tous, hélas, car cette guerre est sale), commis en réalité par ses  ennemis, telle l'attaque chimique de la Ghouta  (21 août 2013) (1)
. L'ambassadeur syrien à l'ONU a accusé les Français d'avoir aidé Al Nosra (dont le même Fabius disait qu'ils faisaient du "bon boulot") à monter cette provocation qui nous a mis au bord de la guerre mondiale. On aimerait être sûr que ce n'est pas vrai, tant la politique de la France en Syrie au cours de ces dernières années a pris une tournure démoniaque.

De la même eau, malgré les apparences, est le projet de résolution déposé par la France (et l'Espagne habituellement mieux inspirée) au Conseil de sécurité demandant un cessez-le-feu immédiat à Alep. Ce n'était pas un acte de paix mais en réalité un acte de guerre, visant, si elle était passée, à prolonger la guerre et  en tous les cas isoler la Russie et la Chine qui ont dû mettre leur veto à un moment où la tension internationale est à son comble.
C'est la rage au cœur que la puissance dominante voit en effet aujourd'hui ses alliés islamistes, malgré les armes sophistiquées qu'ils leur a livrées, perdre la guerre de Syrie : le chef d’état-major des forces armées américaines, Mark Milley, vient de déclarer qu’un "conflit extrêmement meurtrier" avec la Russie est "quasiment certain". Ashton Carter, le secrétaire à la Défense d'Obama, prix Nobel de la paix a indiqué que les USA se réservaient le droit d’effectuer une "première frappe nucléaire" .

En provoquant par ses exigences le report du voyage de Poutine à Paris  Hollande, outre qu'il laisse une fois de plus le beau rôle à Angela Merkel qui les invite tous deux à dîner à Berlin le même jour, nous remet dans une logique de guerre froide et même  pire.
(1) Deux rapports décisifs l'ont établi, l'un du MIT, l'autre du Comité contre les armes chimiques de l'ONU ( ce dernier soustrait au public)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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