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JESSEY de Madeleine

JESSEY de Madeleine

Née le 21 juillet 1989






Ecole normale supérieure (Ulm)
Agrégée de Lettres classiques
Doctorante en Littérature comparée
Chargée de TD à la Sorbonne


Co-fondatrice et porte-parole de Sens Commun (depuis 2013)

http://madeleinedejessey.fr

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Le guide de coaching mystique

Publié dans Du côté des élites
Emmanuel Macron ou le guide de coaching mystique
 
Qu'Emmanuel Macron soit doté d'une intelligence toute particulière, nul ne le contredira, pas plus qu'on ne saurait contester son impressionnante détermination. Et quelles plus belles qualités que celles-là, lorsqu'on aspire à prendre les rênes du pays ? Emmanuel Macron semble tout désigné pour devenir cet homme providentiel que les Français appellent de leurs vœux : "c'était écrit là-haut", il en est convaincu, et ses mises en scène christiques témoignent du messianisme de sa candidature, dont la plupart des journalistes se font aujourd'hui les plus fidèles apôtres, évangélisant les foules à l'aide d'articles hagiographiques, quand ils n'excommunient pas l'ennemi de leur prophète à coup d'anathèmes savamment distribués. Le ciel pour l'un, la fange pour l'autre. "La politique, c'est mystique" : pas de pitié pour les infidèles. Et tant pis pour l'objectivité journalistique.
 
Et pourtant, cette intelligence et cette détermination, que valent-elles, si elles ne sont mises au service de la France ? Rien : elles en deviennent même d'autant plus dangereuses. Or il est à craindre que l'amour du pays soit largement supplanté, chez Emmanuel Macron, par l'amour de soi, ce qui expliquerait entre autres pourquoi son image glorieuse lui tient aujourd'hui lieu de projet pour la France, sans que la corporation médiatique ne s'en émeuve outre mesure : "C'est une erreur de penser que le programme est le cœur d'une campagne", confiait-il hier avec aplomb à un JDD manifestement conquis. Emmanuel Macron entend d'abord "construire une sacralité", instaurer un "pouvoir charismatique" : "C'est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J'ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s'ancrer dans l'immanence complète de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l'intelligence et la spiritualité. Sinon l'intelligence est toujours malheureuse"
 
Voilà donc le projet d'Emmanuel Macron pour la France : un guide de coaching mystique au bien-être, fondé sur la distribution de passions heureuses. La méthode Macron repose ainsi sur un mélange hétéroclite inspiré du Panem et circenses antique, du Meilleur des Mondes  d'Aldous Huxley et d'une politique spectacle mise au service d'un narcissisme aigu destiné à masquer l'absence abyssale d'idées précises et cohérentes.
Qu'importe, nous disent ses disciples, Emmanuel Macron a pour lui la force du renouveau, de la droiture et du changement dans un système corrompu, à bout de souffle. Quel renouveau, en effet, que ce jeune fringant qui, pour un peu, nous ferait oublier qu'il fut inspecteur des Finances à sa sortie de l'ENA, puis Secrétaire général adjoint à l'Elysée avant d'être nommé ministre de l'Économie, de l'industrie et du numérique, et d'inspirer à François Hollande les réformes économiques dont nous pouvons contempler aujourd'hui les résultats mirobolants… Quel admirable homme du terrain que ce pur produit des élites cosmopolites qui célèbre cyniquement l' "arrivée des réfugiés" comme une "opportunité économique", quitte à répondre "tant pis" à la France d'en-bas qui souffre souvent directement, elle, de cette situation…
 
D'autres exaltent la constance et l'intégrité du personnage, qu'ils lisent avec fascination à travers la franchise transfigurante de son regard. Qu'importe que cette constance se soit accommodée de reniements permanents tout au long de la carrière d'Emmanuel Macron : celui qui, pour soigner son électorat, ne cesse de clamer l'importance du service public a quitté l'inspection générale des Finances au bout de quatre années de service pour devenir banquier d'affaires chez Rothschild ; celui qui, comme inspecteur des Finances, a appris à placer la gestion chiffrée, sérieuse et rigoureuse du pays plus haut que toute autre considération se contente aujourd'hui d'une candidature aventuriste faite de propositions floues, toutes plus dépensières les unes que les autres ; celui qui a conseillé à François Hollande de se déclarer "ennemi de la finance" empochait au même moment plusieurs millions dans le privé ; celui qui confesse un jour son appartenance au socialisme le reniera sans vergogne le lendemain, suivant les nécessités de la situation ; celui qui affirmait vendredi dernier "que Monsieur Fillon n'a pas de projet" et qu' "il faut rassembler les gens sur un projet" confiait trois jours plus tard au JDD que le programme ne saurait faire le cœur d'une campagne…
 
Voilà plus de 20 ans que la France souffre d'avoir à sa tête des dirigeants narcissiques, sans colonne vertébrale et sans cap : loin de s'affranchir de ces tristes exemples, Emmanuel Macron s'inscrit dans leur parfaite continuité. Voilà plus de 20 ans que les Français confondent bon communicant et bon chef d'État : si Emmanuel Macron sait assurément captiver son auditoire, son absence de vision pour la France achèvera de nous faire parcourir les quelques mètres qui nous séparent aujourd'hui de l'abîme. Nous avons pu voir ce que l'impréparation de François Hollande avait pu causer de dégâts et d'humiliations à notre pays, en l'espace de cinq ans seulement.
 
Compte tenu du contexte, pouvons-nous, en conscience, nous permettre de renouveler l'expérience ? Un seul candidat peut aujourd'hui nous préserver du mirage Macron : le microcosme médiatique a choisi de le mettre à mort, par tous les moyens, avec l'appui sous-marin du pouvoir en place. Ce candidat n'est certes pas parfait, il ne prétend pas être l'homme providentiel ; il n'a pas pour lui le charisme hallucinogène, les mots enchanteurs et la jeunesse étourdissante d'un Emmanuel Macron ; mais il présente les seules qualités sur lesquelles devrait se fonder notre choix, dans une démocratie digne de ce nom : un programme précis, cohérent et clair, la capacité à rassembler une majorité indispensable pour gouverner, la seule ambition du relèvement de la France. Tels sont les vrais enjeux de cette élection, que d'aucuns s'efforcent de transformer en concours de beauté : la France vaut mieux que cela.
Paru sur Figarovox, 13 février 2017

J’ai vu un homme d’Etat

Publié dans Du côté des élites
L’Emission politique avec François Fillon : j’ai vu un homme d’Etat
 
J’ai eu l’honneur, hier soir, avec d’autres camarades de Sens Commun, d’assister dans le public à L’Emission Politique sur France 2 avec François Fillon.
J’ai vu un candidat qui définissait un cap clair, sans ambiguïtés et sans approximations.
J’ai vu un candidat qui n’avait pas peur de dire "je suis souverainiste" pour expliquer que sa volonté de lutter contre la dette répondait au souci que la France n’ait plus les mains liées, dans ses décisions politiques ou diplomatiques, par l’invasion de capitaux et d’investissements étrangers (notamment saoudiens ou qataris).
J’ai vu un candidat qui a rappelé que son programme économique était dicté par le pragmatisme et non par un quelconque suivisme libéral, et qu’il avait pour but premier de redonner confiance à nos enfants en leur permettant d’avoir un travail plus tard et de sauver notre modèle de protection sociale.
J’ai vu un candidat qui n’a pas cédé sur les questions sociétales, et qui a répondu très sereinement à une femme vivant en couple avec une autre femme et deux enfants nés par PMA, qui lui affirmait que les couples homosexuels étaient aussi et parfois plus capables que les couples hétérosexuels d’apporter de l’amour à un enfant : "L’enfant est né d’un père et d’une mère et cela, aucun amour ne peut l’effacer."
J’ai vu un candidat qui s’est fait féliciter à deux reprises par le juge Marc Trevidic sur la question de la lutte contre le terrorisme, la gestion des fichés S et la clarification de nos rapports avec l’Arabie Saoudite : "Je ne veux pas qu’on arrête de parler avec les Saoudiens, mais qu’on les mette en face de leurs responsabilités. On désigne la Russie comme le diable, et on considère que les Saoudiens sont parfaitement fréquentables. Ce n’est pas possible."
J’ai vu un candidat qui a réaffirmé sa volonté de dissoudre non seulement les organisations salafistes, mais aussi celles qui étaient liées au Frères Musulmans.
J’ai vu un candidat qui refusait, face à un ultramarin bien remonté, de s’excuser pour l’esclavage, de faire retomber sur la France des faits commis par le passé, ou de retirer les propos qu’il a tenus à Sablé : "La France n’est pas coupable d’avoir voulu partager sa culture aux peuples."
J’ai vu un candidat déterminé à faire passer la France à près de 0 % de production d’électricité d’origine fossile.
J’ai vu un candidat qui a rappelé qu’il n’avait pas d’autres ambitions que de gagner cette primaire, et qu’il n’accepterait donc aucun poste de ministre si Alain Juppé emportait la mise.
J’ai vu un candidat qui a réaffirmé sa volonté de choisir la moitié des ministres de son futur gouvernement parmi la société civile, pour mettre un peu de sang neuf dans le circuit fermé de la politique en donnant des responsabilités à des personnes qui se sont construites ailleurs que dans la politique et qui viendraient ainsi riches de leurs expériences, de leur compétence et de leur liberté.
J’ai vu un candidat qui a sereinement imposé son rythme, qui ne s’est jamais laissé mener par les journalistes sans pour autant tomber dans le travers de la langue de bois, et qui a calmement refusé leurs questions de politique fiction, au point de susciter à deux reprises les applaudissements du public, fait très rare dans cette émission.
J’ai vu un homme digne, droit dans ses bottes, cohérent et clair, qui maîtrisait parfaitement sa feuille de route et qui est parvenu à imposer le respect à tous ceux qui l’interpellaient.
Bref, hier soir, j’ai vu un homme d’Etat, d’une remarquable hauteur de vue.
 
N’en déplaise à certains, nous sommes repartis de cette émission en nous disant que non, décidément, nous ne regrettions pas notre choix. Le vote Fillon n’est pas seulement un vote "utile" pour barrer la route à Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy au 2nd tour de la primaire : il s’agit aussi pour nous d’un vote d’adhésion, destiné à soutenir une vision et un programme réaliste que nous partageons pour l’essentiel, même si nous aimerions qu’il aille parfois plus loin sur les questions sociétales. Mais nous savons aussi qu’en politique le mieux est l’ennemi du bien, et qu’à force de chercher la politique "idéale", on transforme celle-ci en politique idéelle, sans prise aucune sur le réel.
Pensez au second tour, à la perspective d’un Alain Juppé ou d’un Nicolas Sarkozy candidat de la droite ou président… Nous avons pu voir ce que 5 années de gouvernement impuissant et destructeur avaient pu faire de ravages : compte-tenu du caractère explosif de la situation, en conscience, je pense que nous ne pouvons pas prendre le risque de perdre encore 5 ans.
Je demande à ceux qui s’empresseront de s’indigner de mes déclarations et de les commenter d’avoir l’honnêteté de regarder l’émission dans son intégralité avant de juger tel ou tel point.
Il est encore temps de faire changer l’affiche du second tour que les médias nous imposent comme un duel écrit d’avance, à condition d’aller voter massivement le 20 novembre prochain.
Je terminerai par cette réaction d’un téléspectateur surprise sur Twitter, car elle résume parfaitement ce que nous avons vu et entendu hier : "Constant sur la famille, pragmatique sur l’économie, crédible sur le terrorisme, exigeant pour la politique. Bravo François Fillon."

madeleinedejessey.fr

Brexit :...

Publié dans Avec l'Europe
Brexit : les Républicains se souviendront-ils de Philippe Séguin ?
 
Madeleine de Jessey, porte-parole du mouvement Sens Commun, appelle les représentants de la droite à ne pas oublier le chef de file du "non" à Maastricht et à ouvrir enfin un vrai débat sur l'avenir de l'Union européenne.
 
Il est certaines surprises qui ne laisseront jamais de surprendre. Car enfin, à y regarder de près, plus étonnant que le Brexit lui-même fut le degré de stupeur et d'effroi avec lequel la nouvelle fut accueillie d'un côté comme de l'autre de la Manche. Il semblait, vendredi matin, que la foudre s'était soudainement abattue sur l'Europe, absurde et sans raison, sans que personne n'ait pu la voir venir. Tout le monde ou presque s'en était convaincu : les Anglais ne seront pas assez fous pour sortir d'une Union européenne qu'ils intégraient avec joie il y a quarante ans à peine, au terme de six années d'une lutte acharnée contre le veto du Général De Gaulle. Depuis plusieurs semaines, les grands médias jouaient en chœur le même concert, orchestré par la fine fleur des analystes politiques, sondages à l'appui : les Anglais touchent au feu ; ils seront suffisamment sages pour ne pas s'y brûler. Le peuple britannique démentait bientôt ces doctes prévisions, à 52% des suffrages.
 
La véritable surprise du Brexit, c'est qu'il se soit encore trouvé des gens surpris de tels résultats. Comme le rappelait judicieusement Alexis Brézet ce matin, "avant les Anglais, il y avait eu les Danois (en 1992 et 2000). Et les Irlandais (en 2001 et 2008). Et les Suédois (en 2003). Et les Français (en 2005). Et les Hollandais (en 2005 aussi). Et les Grecs (en 2015)… Au point qu'on se demande, après tant de rebuffades - il est vrai souvent, et en France même, superbement ignorées -, comment les dirigeants européens ont pu être surpris quand l' "impossible" est arrivé".
 
Non seulement le Brexit n'a rien de surprenant, mais il est même parfaitement logique : lorsqu'on refuse d'entendre la voix des peuples, les peuples finissent par reprendre leurs voix. Beaucoup de journalistes et d'hommes politiques évoquent à juste titre, depuis vendredi, l'impasse d'une Europe excessivement bureaucratique et normative, insuffisamment protectrice face au péril islamiste, aux excès d'une concurrence sans loi et à la pression d'une immigration chaotique ; une Europe inefficace face aux vrais problèmes lorsqu'elle est par ailleurs tatillonne à l'excès sur des sujets pour le moins dérisoires. Mais ils sont encore trop peu, ceux qui ont le courage d'évoquer le "déficit démocratique" de l'UE, cette "tare originelle de la construction européenne" que Philippe Séguin dénonçait à juste titre en son temps.
 
Les referendums passés auraient dû nous engager sur la voie d'une démocratisation massive des institutions européennes. La droite, en particulier, aurait dû se saisir des mises en garde de Philippe Séguin ou encore, bien avant lui, de celles du général de Gaulle : "On ne fera pas l'Europe si on ne la fait pas avec les peuples et en les associant. Or, la voie que l'on suit est complètement différente. [...] On se réunit dans des conseils entre augures intéressés. Mais les peuples n'y sont pas".
Qu'avons-nous fait de cet héritage ? En 2014, l'UMP s'engageait dans la campagne des européennes sans jamais évoquer les problèmes de fond soulignés par nos éminents prédécesseurs. Henri Guaino, Laurent Wauquiez ou encore Sens Commun avaient alors signalé ces absences, sans être écoutés. Le serons-nous davantage aujourd'hui ?
 
Alors que beaucoup souhaitent négocier un nouveau traité pour réformer l'UE et préparer l'Europe de demain, n'oublions pas que l'Europe a été faite pour les peuples, et qu'elle ne se fera pas sans eux. Beaucoup parlent avec raison de la nécessité pour l'UE de reconquérir les peuples en répondant de manière efficace à leurs préoccupations (emploi, immigration, sécurité, civilisation) et en garantissant la coopération des États membres sans jamais diluer leur identité propre et sans jamais attenter à leur souveraineté. Mais l'Europe ne pourra reconquérir les peuples qu'à la condition de se laisser reconquérir par eux : il est temps que les citoyens de chaque État membre se réapproprient la maîtrise du projet européen en y étant réellement associés. Qui aura le courage de redonner le pouvoir d'initiative aux corps élus ? Qui aura le courage de réduire le rôle de la Commission à celui d'un simple secrétariat au service du Parlement et du Conseil ?
 
Philippe Séguin, visionnaire, nous avait prévenus : "la logique du processus de l'engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d'un fédéralisme au rabais fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique. L'Europe qu'on nous propose n'est ni libre, ni juste, ni efficace". C'est précisément cette Europe qui vient une nouvelle fois d'être rejetée. Puissent les réformateurs de demain remonter aux sources du mal : l'Europe n'aura d'avenir qu'à la condition de reconnaître ses égarements passés.
Paru sur Figarovox, 27 juin 2016

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