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KERROS de  Aude

KERROS de Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

URL du site internet:

Vœux : un @book

Publié dans Au delà
      Meilleurs vœux !
          ma carte de vœux : un @book,
 
         un Chemin de Compostelle gravé
 
     Cliquez, puis descendez jusqu'au livre :
              "Le Chemin des Etoiles"

Plug anal

Publié dans Du côté des élites
Plug anal : et si on parlait du véritable objet du délit ?
 
L'installation de Paul McCarthy, place Vendôme au mois d'octobre, a rempli sa fonction : créer la polémique. Ce que les défenseurs de l'artiste n'avaient pas prévu en revanche, c'est que l'événement mettrait en lumière un milieu fermé, nuisible à la création artistique.

En France, pour des raisons complexes, les débats sur l’Art contemporain dans les grands médias sont extrêmement rares. 
Généralement, lorsqu’il y a un "scandale" dû à la provocation d’une œuvre d’AC, on assiste seulement à l’exécution des fascistes coupables de "vandalisme". Pour dire combien le débat est rare, le dernier remonte à 1996. Un article de Jean Beaudrillard dans Libération avait mis alors le feu aux poudres. Il avait écrit : "L’Art contemporain spécule sur la culpabilité de ceux qui n’y comprennent rien ou qui n’ont pas compris qu’il n’y avait rien à comprendre". Toute la presse s’est impliquée pendant plusieurs mois dans une confrontation violente d’opinions.
Il y eut même en mai 1997, un colloque à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris organisé par le Monde et le Ministère de la Culture. Il tourna au procès de Moscou : Jean Clair et Jean Philippe Domecq furent jugés et condamnés comme alliés objectifs des nazis. La salle pleine d’artistes a ri et protesté, la tribune fut huée. La presse internationale assistait à l’événement et le commenta abondamment. Le lendemain, presque rien dans la presse française : le débat fut enterré pour vingt ans. 
Entre 1997 et 2014, les provocations de l’AC ont été innombrables. Rappelons-nous par exemple les évènements autour de Piss Christ. Le scénario se déroulait toujours de la même façon : la provocation "artistique" - réaction du public - concert d’indignation médiatique.

Le piège conceptuel de Mac Carthy est donc la dernière péripétie d’une longue histoire : depuis quarante ans des centaines d’œuvre d’AC (1) ont envahi les monuments les plus prestigieux afin de remplir leur mission humanitaire : "détourner", "mettre en abîme", "donner à penser". Versailles, le Louvre, Notre-Dame de Paris et tant d’autres lieux ont servi à l’usage. Le scandale crée évènement, visibilité, cote. La France est le pays d’élection des fabricants de cote, en raison de l’aura et de la légitimité internationale de son patrimoine. La vente de ces biens immatériels est aujourd'hui un commerce d’Etat.
Le "Plug anal” est-il donc un événement nouveau ? Non : le concept et le piège sont parfaits, la dramatisation (2) a très bien fonctionné. Cependant, la deuxième partie de la procédure, celle de l’orchestration médiatique, ne s’est pas passée "normalement". Certes les gardiens de l’art officiel se sont indignés unanimement : Maire de Paris, Ministre de la Culture, Présidente de la FIAC, Président de la République… Mais tout a "dysfonctionné" car le clergé culturel n’a pas entonné d’un cœur unanime les lamentations sur le danger "fasciste", "l’intégrisme catholique" et "l’obscurantisme populiste". A gauche comme à droite, la presse est divisée. Le fait qu’il n’y ait pas eu que le scandale, mais aussi un débat - est donc en soi un événement majeur.

Est-ce la provocation de trop, celle qui révèle au grand jour la faille du système ?
En URSS, le début du basculement en 1974 a été provoqué par une exposition sauvage de dissidents dans un terrain vague, balayée par des bulldozers. L’image captée par un journaliste étranger a fait le tour du monde. Ce petit événement a produit de grands enchaînements. Serions-nous dans une situation semblable ? L’enterrement du débat par les grands médias qui a eu lieu en 1997 ne peut plus se reproduire aujourd’hui en raison d’Internet, en 1975 à Moscou il a suffi que l’information soit relayée par la Presse internationale pour que le pouvoir absolu de l’Etat soviétique en matière artistique soit fragilisé. 
 
En 2014, les grands médias permettent, pour la première fois depuis vingt ans, à des opinions divergentes de s’exprimer : Jack Lang au Grand Journal de Canal Plus émet des doutes, Philippe Dagen tire la sonnette d’alarme : il est imprudent, dit-il, de révéler ainsi la fabrique de fausse monnaie qu’est le marché de l’AC.
Il contrebalence la position du  chroniqueur du Monde (3) qui compare avec enthousiasme Mac Carthy à Gustave Courbet. Si le Canard Enchaîné dénonce le fascisme rampant, oh ! Surprise, au Figaro, Rioufol et Natacha Polony critiquent le Plug. Dans Marianne, Eric Conan met à nu les ressorts du système et désigne la collaboration des fonctionnaires, etc. L’incident n’est pas clos après la FIAC, les hebdomadaires et mensuels consacrent de l’espace au débat. Comme en 1997 il s’inscrit dans la durée.

Le Plug anal, événement artistique pour une fois controversé, a laissé voir à la fois son réseau de soutien et sa finalité financière. Censé "dénoncer la société de consommation" il est surtout un produit d’appel très visible, réservé aux très grands collectionneurs, entraînant dans son sillage maints produits dérivés, une véritable industrie d’objets sériels. Les moyens formats sont destinés aux galeries et les chocolats et sextoys à la boutique de l’Hôtel de la Monnaie. Car il a paru évident aux membres du Haut Conseil Culturel en charge de sa programmation d’organiser l’exposition "La Fabrique de Chocolat"… Tout le monde sait qu’il existe entre excrément et argent un lien symbolique fort.

Quelle est en définitive la nature de l’objet du délit ? C’est un chef d’œuvre d’AC, promu par l’Etat. Si l’on regarde la composition de ce Haut Conseil, il rassemble les noms de l’art officiel en France : Président de Maison de Vente, inspecteurs de la création, universitaires, journalistes, politiques, conseillers à la Cour des Comptes, galeristes, toute une société de personnes liées en bonne partie par les mœurs. La liste dévoile l’étrange exception culturelle française où l’Etat est le centre d’un réseau où secteur public et privé se mélangent, au service d’un marché de l’art contrôlé, ostracisant les artistes vivant et travaillant en France.

Pour la première fois apparaît de façon claire et factuelle, grâce à une faille des "gate keepers médiatiques", la réalité d’un système fermé, financièrement pervers, qui stérilise la création.

Paru sur Atlantico, 15 décembre 2014
 
(1) AC, acronyme de "Art contemporain" utilisé par Christine Sourgins dans "Les Mirages de l’Art contemporain" Ed. de la Table Ronde pour distinguer ce courant conceptuel de l’ensemble de la création d’aujourd’hui.
(2) Il n’est pas impossible que la gifle et le dégonflage fasse partie du scénario de l’œuvre
(3) Le Monde, 20 octobre 2014 : "Place Vendôme, le créateur et les crétins"

Le pape écrasé par la météorite

Publié dans Du côté des élites
L’homme d’affaires et collectionneur François Pinault a prêté une sculpture "provocante" de Jean-Paul II au Musée des Beaux-Arts de Rennes, dans le cadre d’une exposition organisée par l’archevêché de la ville.
 
L’archevêché, la municipalité, les institutions culturelles de Rennes célèbrent la canonisation de Jean Paul II, dans un grand élan œcuménique. Ces divers cultes font cause et com’ commune pour lancer l’exposition "Libre !" (1) illustrant la vie et l’œuvre du pape polonais. Elle a lieu simultanément en la basilique Saint-Aubin et au Musée des Beaux-Arts. Le collectionneur français François Pinault y expose un de ses chefs-d’œuvre de Financial Art : Le Pape écrasé par une météorite, inaugurée ce 10 juin par les notables, évêque en tête. Mgr d’Ornellas lors du vernissage a célébré cette "provocation… mais salutaire".
Pour nos âmes ou pour la cote ?

La fabrication de la cote par diverses manipulations est un "grand art financier" qui mérite reconnaissance. La question se pose : qui est le véritable créateur d’une œuvre d’AC (2) ? Trois protagonistes indissociables pour ce type d’œuvre :
- le collectionneur stratège ;
- "l’artiste contemporain" signataire du concept ;
- l’artiste qui met en forme.
Lequel des trois peut bien en avoir la propriété artistique et intellectuelle ?

Une bataille sémantique et juridique est en cours : l’auteur se dit seul artiste et ravale au rang d’artisan celui qui donne forme à l’œuvre, même s’il ne lui a livré aucun programme écrit et détaillé, aucun dessin. L’ "auteur contemporain" joue de fait le rôle du commanditaire de la Renaissance qui impose le "programme" de l’œuvre à l’artiste, à une exception près… il n’est rien sans le collectionneur financier et stratège. Ils forment un binôme inséparable. La situation est inédite pour le droit français de la propriété intellectuelle et artistique élaboré dès la fin du XVIIIe siècle qui diffère totalement du droit de copyright  pratiqué dans les pays anglo-saxons, beaucoup mieux adapté au commerce et au "Financial art". Dans l’International, il y a donc aujourd’hui un violent conflit de légalité.

Un cas d’école : le réveil d’une cote endormie
Le pape écrasé par la météorite fait date dans l’histoire financière de l’art : en 1999. Le galeriste Emmanuel Perrotin se rend dans l’atelier d’un sculpteur de grand métier, Daniel Druet. Il est accompagné de l’auteur contemporain Maurizio Cattelan qui ne réalise jamais d’œuvres lui-même. "Pas d’atelier, juste un téléphone !" Telle est sa devise ! Ils viennent passer commande. Ils veulent le pape Jean Paul II grandeur nature, façon musée Grévin. Ni maquette ni projet écrit ou dessiné : au praticien d’aviser. Quelques mois plus tard, le premier exemplaire de l’œuvre est exposé et acheté à la Foire de Bâle par un collectionneur discret. Un deuxième exemplaire, appartenant à François Pinault, fait son apparition à Londres en l’Académie Royale, pour l’exposition "Apocalypse". En mai 2001, le premier exemplaire vendu à Bâle cote chez Christie’s à New York 800.000 dollars.
Les Londoniens ne sont pas papistes et le malheur du pape n’a pas attiré l’attention des médias et l’émotion du peuple. François Pinault rêve de faire mieux !
Peu après, la directrice du musée Zacheta de Varsovie succombe aux charmes de l’acquéreur de l’exemplaire numéro un : elle expose l’œuvre. La règle d’or de Clauzewitz n’est-elle pas : Voir et agir sans être vu ?
Les Polonais vénèrent leur pape qui est alors bien en vie. Scandale, révolte, insurrection des dévots, l’œuvre apparaît sur tous les écrans du monde. Anna Rottemberg démissionne du Musée. En 2004, chez Christie’s, l’œuvre atteint, grâce au mystérieux "animateur de marché", 3 millions de dollars.

En 2014, la cote est endormie depuis dix ans. L’occasion se présente : Jean Paul II prend du galon, il est canonisé. François Pinault conçoit un nouveau plan de bataille. Quelle stratégie mettre en œuvre ?  Après tout Him, un Hitler en prières, signé Maurizio Cattelan, également de la main de Druet, a fait 14 millions de dollars en 2013. Il avait été exposé dans les différents ghettos d’Europe de Prague à Varsovie. Alors pourquoi ne pas ranimer le pape ! Il faut un contexte propice… Pourquoi pas la France ? Les foules sont en effervescence, la fronde est sur Internet… En voilà un potentiel ! Pourquoi pas la Bretagne ? Les Bonnets rouges ont repris le bocage.
En ce mois de juin 2014, l’archevêché, la municipalité, les institutions culturelles de Rennes célèbrent la canonisation de Jean Paul II, dans un grand élan œcuménique. Ces divers cultes font cause et com’ commune pour lancer l’exposition "Libre !" illustrant la vie et l’œuvre du pape polonais. Elle a lieu simultanément en la basilique Saint-Aubin et au Musée des Beaux-Arts où François Pinault expose Le Pape météorisé.

L’histoire dira si François Pinault a été en l’occurrence un bon stratège. Rien n’est sûr : les curés bretons sont shootés à l’AC depuis la création de "l’Art dans les chapelles" en 1996. Le FRAC de Bretagne a établi solidement le nouveau culte célébrant "l’Art contemporain". La pratique religieuse traditionnelle s’est effondrée, disent les experts, sociologues et statisticiens. Pas de scandale – pas de cote !
En ce même mois de juin, en Normandie, au château de Vascueil, on peut voir un troisième pape, celui de Daniel Druet, son créateur. Une rétrospective est consacrée à l’artiste. De salle en salle on peut découvrir l’excellence de ce sculpteur, un des meilleurs portraitistes de son époque. A titre documentaire et anecdotique on verra le fameux pape victime de la divine colère et quelques autres célébrités. En guise de fable, il y a créé un "à la manière de" lui-même et de Cattelan : ce  dernier est portraituré en coucou squattant un nid. Elle illustre la situation ubuesque actuelle de "l’artiste" face à "l’auteur d’AC".

La loi en France protège non seulement les droits de l’artiste mais aussi ceux du praticien ; elle prévoit que sa signature doit figurer sur l’œuvre. Ainsi Le Baiser  de Rodin porte les signatures de Rodin et de Pompon. La peau lisse des amants enlacés ressemble davantage aux ours de Pompon qu’aux œuvres tourmentées et rugueuses de Rodin. Bourdelle fut aussi son praticien. On voit sur les gravures de Gustave Doré sa signature en bas à gauche et celle du praticien en bas à droite. Ce droit est bien vivant puisqu’un procès récent a été gagné par la famille du praticien de Renoir, Richard Guino, pour que soit mentionné son nom sur les tableaux du maître.
Qu’est-ce que l’art ? Qui est artiste ? Cela se règlerait-il aujourd’hui au tribunal ?

(1) "Libre" : Exposition sur Jean Paul II à la Basilique Saint-Aubin et au Musée des "Beaux-Arts" de Rennes, du 8 juin au 8 juillet 2014.
(2) AC : Acronyme de "Art contemporain". Il permet au lecteur de distinguer ainsi le courant conceptuel, financiarisé dans le monde et officiel en France, des multiples courants de l’art d’aujourd’hui.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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