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KERROS de  Aude

KERROS de Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

URL du site internet:

Tulipes de Jeff Koons

Publié dans Du côté des élites
Tulipes de Jeff Koons : un "cadeau" bien embarrassant
 
Les "tulipes" de Jeff Koons sèment la discorde à Paris : un hommage aux victimes du terrorisme avec une œuvre discutable ?
 
Terrorisme chic et bouquet choc
L’actualité nous y invite. Commençons par l’imminente arrivée sur le parvis du Palais de Tokyo du monument-hommage de Jeff Koons aux victimes du Bataclan. Son kitschissime "cadeau" fait débat. Sera-t-il imposé malgré impopularité, irrégularité de la procédure et "conflits d’intérêts" ?
Apparence vulgaire, contenu vague, il illustre cependant scrupuleusement les protocoles de l’Art officiel conceptuel : il questionne, met en abîme, détourne le contexte, sème le trouble en introduisant des significations clandestines et enfin déconstruit le paysage urbain parisien…  ici, le très "moderne" et élégant Palais de Tokyo dont portes, façades et statuaire rassemblent les plus grands sculpteurs du XXème siècle, dont Bourdelle et Alfred Janiot.
L’initiative de ce cadeau, fait aux Français accablés par l’attentat terroriste du Bataclan, vient de l’ex ambassadeur américain en France, Jane Dorothy Hartley, ce qui en fait un geste politique. Cependant il semble plutôt célébrer, dans ce lieu symbolique de l’art, très éloigné du Boulevard Voltaire, la victoire du global kitsch américain sur l’ "arrogante" excellence parisienne.
De plus le cadeau est accompagné d’une leçon, quintessence du discours moralisateur et philanthrope koonsien : l’art se doit de refléter "l’ego de la masse"… bel emballage pour rendre avalable une très concrète prédation du contribuable, car le "cadeau" de "l’artiste vivant le plus coté du monde" est un "don payant" de 3 millions d’euros ! Cher pour une œuvre dont l’emplacement sert la cote du "donateur" et de produit d’appel pour les produits dérivés qu’elle engendrera.
Jeff Koons tient à ce lieu absolument parce que son œuvre se doit d’échapper à toute fonction "décorative" et esthétique et remplir sa mission "critique" qui, étant visuelle, ne fait pas appel à des arguments rationnels mais utilise la dérision. Dans le cas présent, si l’on fait le rapprochement avec une iconographie ordinaire contemporaine, ce "bouquet" assemble en une seule image le fouet BDSM et le sex toy de type "fist" (1). La règle académique du conceptualisme est ainsi appliquée à la lettre : titre, iconographie, contexte et sens ne doivent pas coïncider et former un piège conceptuel.
 
Le monument de dérision à la conquête du monde
Le monumental global kitsch apparaît dans l’espace urbain international en 1976 : c’est la Pince à Linge géante de Claes Oldenburg, dressée devant l’Hôtel de Ville de Philadelphie (USA), ville historique, patrie des "pères fondateurs", défenseurs des Lumières. Vacuité apparente et gigantisme, la formule est trouvée ! Paris en 1985, suit l’exemple : les deux places de la gare Saint Lazare sont ornées d’amusantes accumulations de valises et d’horloges, signées Armand.
La même année commence le chantier des colonnes Buren au Palais Royal. C’est le premier monument qui officiellement ne célèbre rien et n’a pas de sens déclaré, mais seulement la réputation d’être un monument caché aux victimes de la terreur. Ces monuments inaugurent la nouvelle orientation de la commande publique, toujours en vigueur aujourd’hui. Les "Inspecteurs de la création" qui dirigent l’art en France depuis 1983 président aux concours et veillent à ce que les projets de monuments remplissent leur mission critique.
Ce genre devient au fil de ces décennies le vecteur de la dévalorisation systématique des cultures et de leur art. L’esthétique du kitsch a le pouvoir de caricaturer les identités en vulgarisant les styles. Il vide les formes en évacuant leur sens. L’art devient divertissement et bizutage. Son objectif se considère néanmoins "humanitaire" car tuer les identités, les rendre dérisoires, c’est en finir avec la guerre.
Tel est le discours clérical du fondamentalisme marchand qui dresse dans les villes du monde ses fétiches géants. Ils sont éphémères comme "Le vagin de la reine" à Versailles, "le plug anal" place Vendôme, "l’étron géant" à Hong Kong, ou bien permanents comme l’araignée "Maman" de Louise Bourgeois dont de multiples exemplaires sont disséminés autour de la planète. Extrêmement cotés, ces totems font le tour du monde… non sans quelques échecs !
Ainsi à Dubaï, les monuments érigés par la cheikha al Mayassa al Thany, ont été commandés aux artistes les plus cotés du Financial art. Citons parmi eux les 14 bronzes de Damian Hirst qui ornent l’entrée du Centre National de Recherche Médicale : 14 fœtus "in process", de la conception à la naissance, la statue d’Adel Abdesssemed représentant le célèbre "coup de boule" de Zidane installée sur le front de mer.
La première œuvre a été pudiquement recouverte de voiles, la deuxième rapidement déboulonnée. Pourtant le prescripteur était la famille régnante. Cela n’a pas suffi ! Dans ce pays où il n’y a pas "d’opinion publique", la désapprobation a eu recours aux nouvelles technologies, l’horrible "vox populi" est passée par le tweet. L’émeute électronique fut telle que la puissante famille a obtempéré. L’art global n’entre pas si facilement dans la chair des cultures.
 
La réémergence des monuments de célébration
Après avoir connu terreur, totalitarisme et ruine, vingt ans ont été nécessaires pour que Chine et Russie se projettent dans l’avenir, développent leurs villes, désirent pour elles beauté, sens et harmonie. On y voit apparaître des monuments de célébration. Cette volonté est d’autant plus grande que l’idéologie les avait douloureusement privées de leur art civilisationnel au profit d’un art de propagande.
Zeng Zhenwei est un sculpteur monumentaliste qui a connu la Révolution culturelle dans son enfance et adolescence. Il a consacré sa vie à restaurer la beauté de l’espace urbain, à concevoir son paysage, son mobilier, ses monuments. Il professe à l’Université le paysage urbain et enseigne l’art monumental à l’école des Beaux-Arts. Président de l’Association des sculpteurs chinois, il est très représentatif du désir actuel des artistes de participer au décor de la ville, à la célébration de son histoire, à la symbolisation de ses lieux.
Sa création est une synthèse de la modernité et des fondamentaux de l’art ancestral. Soucieux du contexte, son œuvre est à contre-courant du monumental kitsch international. Avec de nouveaux matériaux, de nouveaux formats imposés par l’architecture urbaine, il y réinsuffle le goût chinois pour le mouvement perpétuel, la fluidité métamorphique des quatre éléments. C’est un maître de l’espace. Son œuvre oscille entre des polarités fortes : abstraction très stylisée, calligraphique et figuration virtuose. On reconnaît dans ses monuments l’esprit de Canton, ville d’entrepreneurs et de commerçants, ville maritime et ouverte aux influences d’Orient et d’Occident. Sa "signature" est "l’élan vital".
La Chine est grande et diverse. Autres villes, autres monuments… à Nankin le sculpteur Wu Wei Shan, (de la même génération que Zeng Zhenwei) a créé plusieurs ensembles monumentaux. Il reçoit, dans cette ville d’histoire et de culture aux nombreux musées, une solide formation académique. Après la Révolution culturelle, il découvre l’art traditionnel puis, les frontières s’ouvrant, il découvre Auguste Rodin grâce à la première exposition occidentale venue en Chine. C’est une révélation ! Sa vocation naîtra de cette rencontre : il sculptera des monuments !
"Mon désir, ce qui m’anime, c’est la célébration… ". Représenter le corps humain est sa passion, il le revêt de manteaux où l’âme frissonne entre plis et froissements. L’homme sculpté devient paysage, terre chinoise, il mêle les différents langages de la Chine : calligraphie, peinture et poésie. Il est l’auteur de l’ensemble des sculptures du mémorial du massacre de 300 000 Chinois lors de la prise de la ville par les Japonais en 1937. Sa sculpture est profondément tragique mais par son expression et sa beauté, elle apaise les blessures de la mémoire. La renaissance de l’art chinois après sa destruction totalitaire passe par la célébration de la vie.
 
Les monuments de célébration aux victimes de la terreur surgissent un peu partout… au centre de Moscou vient d’être inauguré "Le Mur du chagrin", un grand bas-relief en bronze esquissant l’immense foule des disparus. En France, la ville d’Orange se prépare à édifier, sur la place du Théâtre, un monument dédié aux 332 victimes de la guillotine dressée en ce même lieu en 1794.
Le sculpteur Boris Lejeune évoque un détail historique de cet événement : 32 religieuses et une femme poète sont montées à l’échafaud en chantant, après avoir choisi librement de ne pas "jurer". Son œuvre ne figure ni bourreaux, ni effroi, seulement des jeunes femmes fragiles et fortes à la fois, parvenant à transcender le mal… une métaphore de l’art, dont c’est la très ancienne et mystérieuse vertu.
Les tulipes titrisées de Koons formeront-elles ou non le bouquet final de cet épisode de l’histoire de l’art qu’est le monument de dérision ? À suivre…

Envoyé par l'auteur- Paru dans Contrepoints, 2 avril 2018
 
(1) Le viatique de l’art contemporain est "la critique de la société de consommation". Les images emblématiques des produits de la consommation de masse sont la matière première de beaucoup d’œuvres, en particulier de Jeff Koons. Ici deux objets disponibles sur Amazon pour une quarantaine d’euros sont une des clefs de l’œuvre

De l’hégémonie de l’AC...

Publié dans A tout un chacun
De l’hégémonie de l’Art contemporain à la concurrence
Le doute sur la pérennité de l’Art Contemporain ronge à juste titre les responsables des portefeuilles financiers. C’est dans ce contexte que réapparaît l’objet merveilleux….
 
La disparition de l’objet merveilleux de l’offre et de la visibilité
Les objets merveilleux ont pendant quelques décennies disparu de la visibilité de l’offre artistique. Ils restèrent cachés, rares, réservés à des amateurs discrets, pour leur plaisir. Jugés inégalitaires, trop universels, pas assez global-kitsch, ils furent rejetés par l’intelligentsia et les médias. À l’ère du produit artistique, financier, dérivé, sécurisé, ces objets n’étaient pas sériels, avaient trop de valeur intrinsèque : matériaux nobles, virtuosité, génie, sens.
Un haut lieu de présentation de ces objets merveilleux persista cependant à Paris contre vents et marées entre 1993 et 2011 : le prestigieux centre d’art Mitsukoshi, créé par le mécénat privé japonais, conçu comme un écrin, pour faire connaître en Europe les œuvres des maîtres japonais, considérés comme des "trésors vivants".
Ce lieu d’exception eut le malheur d’apporter la preuve qu’il était possible de créer dans le sillage d’une tradition millénaire. Les Institutions françaises n’ont pas admis cette modernité sans rupture. Ministère de la Culture, des Affaires Étrangères et Ville de Paris, ont ignoré avec ostentation le Centre Mitsukoshi, entraînant après eux les médias.
 
Retour de quelques "objets merveilleux"
Les expositions prestigieuses ont donc été quasi invisibles durant dix-huit ans…  découragés par ce mur de silence, les mécènes ont fermé les portes de ce lieu, avec le goût amer de l’échec.
Au mois de mai 2017 quelques "objets merveilleux" ont réapparu au Musée des Arts Décoratifs. Gonzague Mézin en est l’auteur. Créateur solitaire, il a eu l’idée de relever en 2015 le nom de la maison Lignereux, crée en 1787 pour disparaître en 1804. Elle a fourni rois et princes en objets de rêve et d’exception.
Les premières œuvres de Gonzague Mézin ont été exposées dans les salles consacrées aux productions de cette célèbre maison. Contrairement aux maîtres dinandiers Goudgi et Hervé Wahlen, autres créateurs actuels d’objets merveilleux (1), qui font de leurs mains toute leur œuvre, ce jeune créateur joue plutôt le rôle de chef d’orchestre en mettant à contribution plusieurs artistes et artisans dans la confection d’un objet.
Ainsi il accorde doreurs et céramistes, pour réaliser un projet longuement mûri : reprendre l’idée traditionnelle chinoise du socle en métal doré portant une céramique accompagnée d’ornements comprenant parfois plusieurs matières précieuses.
Le phénomène n’est pas sans portée et signification… la lassitude est extrême et générale vis-à-vis d’objets sériels, recherchés pour leur vulgarité et vacuité, occupant des hauteurs monétaires dépassant le million de dollars, réescomptés par ministères, institutions et très riches collectionneurs.
Le doute sur la pérennité de l’AC ronge à juste titre les responsables des portefeuilles financiers (2). C’est dans ce contexte que réapparaît l’objet merveilleux….
 
La valeur géopolitique de "l’objet merveilleux"  
La "merveille" de Gonzague Mézin en mai 2017 au Musée des Arts Décoratifs fut suivie d’une autre en juillet 2017 dans ce même lieu. Elle fut apportée par une délégation chinoise et montrée à un public convié à apprécier un aspect méconnu de l’art chinois actuel. Solitaire était la démarche de Gonzague Mézin, officielle et politique fut celle de la mission diplomatique chinoise…
Celle-ci, lors d’une réception, ouvre solennellement un coffre en bois de rose sculpté au fermoir en or.
L’écrin semble alors se déplier comme un éventail et laisse apparaître un paysage chinois sculpté dans le jade. Le public aperçoit un roseau aux feuilles d’or, une montagne, un rocher sur lequel se dresse un coq multicolore aux quatre yeux, serti de diamants, émeraudes rubis et perles.
Deux oisillons au duvet scintillant semblent prendre leur vol. Le coq et ses poussins symbolisent l’aurore, l’origine du monde, la création. C’est le premier signe du grand cycle zodiacal chinois. L’objet merveilleux est un écrin à bijoux destiné à une reine : les oisillons sont des boucles d’oreille, le coq est une broche, un anneau du roseau devient bracelet, une pousse forme le collier.
 
L’art chinois à l’honneur
Ce chef d’œuvre a lui aussi été conçu par un "chef d’orchestre" : Deng Dingsan, grand érudit, expert en objets d’art, artiste lui-même, producteur renommé de documentaires sur l’art chinois. Il a allié le travail virtuose de trois grands maîtres chinois : le sculpteur sur jade, Wang Shuwen, le sertisseur de pierres précieuses Feng Daoming, l’orfèvre Liu Hongbao, virtuose de l’or cloisonné.
On retrouve dans cette "merveille" qui veut "honorer la Chine", noble matière, beau métier, sens fort, désir de beauté et d’enchantement… tout ce qu’interdit la doxa de l’Art contemporain financier.
 
Fin de l’hégémonie ? Le monde serait-il devenu pluri-polaire ?
C’est un fait, le tournant est historique, depuis 2013 la Chine est presque constamment au premier rang du marché de l’Art contemporain. Elle ne se comporte pas cependant en suiveur de New York.
Elle fait certes la promotion d’artistes contemporains conceptuels selon les critères de New York, mais consacre aussi les peintres de la suite de l’Art chinois en les cotant au même niveau que l’AC (3).
Ainsi elle tire parti du système de l’art financier, de ses fonctions de com., de vie relationnelle globale, tout en défendant l’identité de l’art chinois. D’autres pays émergeants, reconnaissant la pertinence de ce libéralisme artistique qui respecte la concurrence, suivent son exemple.
La rivalité entre les deux leaders du marché des arts actuels, Chine et USA, fait de l’Europe un enjeu majeur. Celle-ci pour l’instant est dans un docile suivisme de New York : religion multiculturaliste pour les masses – global kitsch pour les élites financières.
 
Deux conceptions qui s’affrontent
La France est au cœur de la convoitise, jadis en tête du marché de l’art, elle ne représente plus que 4% du marché et ses artistes sont inconnus à l’intérieur et hors de ses frontières. Sa direction bureaucratique, ses inspecteurs de la création (sic), pendant 37 ans, ont apporté leur collaboration militante au système de New York.
Deux conceptions s’affrontent désormais sur la notion de haute valeur artistique. La Chine dans ce nouveau jeu a une grande supériorité sur la France : elle admet l’Art contemporain financier sans renier le grand’art pour autant…
Certains affirment que c’est sans conséquence… que la Chine est un marché fermé sur lui-même qui n’influence pas les goûts du monde… c’est sans compter sur le fait qu’il y a plus d’universalité dans les critères du beau, même emprunts de subjectivité et de préférences culturelles, que dans le sadomasochisme critique et conceptuel de l’AC. Par ailleurs, ce sont aujourd’hui les Chinois qui collectionnent la suite de l’art Occidental. Il y a donc réelle concurrence…
 
Un monde multipolaire
Nous sommes en 2017 dans un monde culturel international tout à fait nouveau. Il est désormais multipolaire et clôt un épisode hégémonique de trois décennies, après un long épisode bipolaire où l’Amérique s’est affrontée dans une guerre froide culturelle au système soviétique.
Plus encore, le président Xi Jinping s’est donné comme mission de réaliser le rêve chinois : être une grande puissance reconnue mais aussi une grande civilisation. C’est le sens de sa détermination à ressusciter la nouvelle route de la soie à la fois commerciale, politique et culturelle.
Il a voulu incarner cette stratégie politique d’influence, en faisant la commande de douze objets merveilleux sortis de mains de maîtres, fabriquées au long de douze années, illustrant le cycle du temps. Elles fondent symboliquement ce nouvel axe d’échanges qui souhaite déplacer le centre géopolitique du monde de New York au cœur du continent Eurasien.
Elles sont destinées à faire le tour du monde avant d’être exposées dans un grand musée chinois. Le monde doit compter avec la Chine, non comme une vulgaire ressource mondiale de travailleurs mal payés, mais en tant que civilisation.
Tel était le sens de la présentation de "l’objet merveilleux" au Musée des Arts décoratifs, en juillet 2017, par la mission diplomatique à laquelle aucun officiel du ministère de la Culture, du ministère des affaires étrangères et de la ville de Paris n’a eu la sagesse d’assister, pas plus que les grands médias.
 
De la politique manipulatrice à l’influence par la séduction 
Au contraire de ce qui est souvent pensé, l’État Chinois conçoit le travail d’influence comme une démarche de séduction, d’échange entre civilisations ayant une portée universelle. il honore ainsi l’autre civilisation à laquelle il s’adresse dans une relation entre égaux.
Il n’agit pas par manipulation secrète comme ce fut le cas des USA lors de guerre froide culturelle, puis de la période hégémonique aujourd’hui révolue, consacrant financièrement des œuvres essentiellement provocatrices, niant, ridiculisant, culpabilisant toute civilisation afin de mieux soumettre ses concurrents.
La Chine agit ici plutôt selon une tradition diplomatique jadis partagée universellement. Il n’y a pas si longtemps le Général de Gaulle utilisait la Joconde comme ambassadrice aux États-Unis.
 
Offrandes diplomatiques comparées – Global Kitsch contre Grand’art
Il n’est plus tout à fait exact en 2017 de parler d’un soft power américain œuvrant à assurer son hégémonie en dévalorisant la culture européenne parce qu’elle fait ombre aux cultures du monde dont elle défend vertueusement la diversité.
Il est plus juste aujourd’hui d’évoquer un travail de propagande plus "supra national", fabriquant les cotesglobal kitsch sur la place financière de New York.
En France la politique culturelle des institutions collabore à la légitimation civilisationnelle des artistes du très haut marché, offrant les hauts lieux, sous le prétexte d’une vertueuse mission : mater l’insupportablefrench arrogance.
Ainsi Jeef Koons met "Versailles en abîme", Anish Kapoor déshonore la reine en exhibant son vagin, Paul Mac Carthy, dresse un plug anal place Vendôme… avec l’argent du contribuable.
 
La catastrophe esthétique Koons
En 2017 également, a eu lieu l’annonce du royal cadeau de Jeef Koons à la municipalité de Paris : le concept de fleurs en plastique aux couleurs criardes, à installer devant le Palais de Tokyo. Le but étant d’opérer "un nécessaire travail de rupture et de déconstruction" de l’harmonie visuelle d’une architecture des années trente et d’un ensemble de statues des plus grands sculpteurs du XXème siècle..
Pétitions, lettres et signatures ont immédiatement circulé pour éviter la catastrophe esthétique de 3 millions d’euros imposée aux contribuables (seul le concept est offert). Quelques mois après le début de la résistance au projet on a pu lire dans Le Monde un article où Robert M. Rubin, ancien Président du Centre Pompidou Fondation, association américaine pourvoyant le Musée en œuvres américaines, contribuant à leur légitimation, dénonce l’inélégance du procédé.
La soumission des institutions françaises au marché financier de l’art apparaît aujourd’hui au grand public non seulement aberrante mais incompatible avec la déontologie du Service Public. Leur unique ligne de défense qui consiste à dénoncer le populisme d’un public non éduqué – ne tient pas. Ce sont les élites qui paraissent barbares.
À l’échelle du monde, au-delà du microcosme français de la rue de Valois, les hommes ont aujourd’hui la possibilité de choisir entre un art global kitsch nomade et totalitaire et le libre échange des arts et des cultures.
 
(1) Goudgi est défendu par la Galerie Claude Bernard. Hervé Wahlen par la Galerie Michel Giraud
(2) Ce marché très "financier" a stagné en 2015-2016, repart en 2017.
(3) AC acronyme de "Art contemporain" qui a l’avantage d’éviter la confusion entre une pratique conceptuelle et financière dominante et tout l’art d’aujourd’hui

Envoyé par l’auteur, paru sur Contrepoints, 22 septembre 2017

Bombardement du marché de l’art

Publié dans De par le monde
Bombardement historique du marché de l’art !
 
Enfin ! Thierry Ehrmann, créateur d’Artprice, d’ArtMarket et de la Maison du Chaos, tient ses promesses ! Il nous avait promis pour ce 30 juin 2017 un bombardement historique du marché de l’art. C’est en cours. Pourtant ce marché vient de connaître un moment de gloire entre Biennale de Venise, Documenta et Foire de Bâle, sans compter quelques records dans les salles des ventes, après deux années de grand creux.
Son premier missile est sémantique. Il nomme aujourd’hui le marché de "l’Art contemporain": "marché traditionnel". Il le définit et le délimite comme entièrement fondé sur les grandes galeries internationales, les salles des ventes et les Institutions fabriquant la valeur en réseau.
Les œuvres de ce marché, pour être "bankables", ne peuvent pas être vendues en dessous de 50 000 euros. Avec ironie, il désigne ce marché de l’AC (1)
1 non seulement comme « traditionnel » mais comme « réactionnaire », définissant ce système comme faisant en sorte que « tout change pour que rien ne change », selon la célèbre formule du Prince de Lampedusa.
 
L’émergence de "l’Art Caché"…
Thierry Ehrmann n’en reste pas là, il fait apparaître sémantiquement l’autre marché, l’invisible, l’inexistant, plongé dans l’ombre par médias et institutions. Il le nomme, "marché OTC", "over the counter", par-dessus le comptoir.
Après une longue accumulation de "Big Data" et d’études de marché, il l’évalue, en considérant le produit des transactions comme sept à neuf fois plus élevé que "le marché traditionnel", Il emploie la métaphore de l’iceberg pour décrire cette situation : le marché traditionnel hypervisible et hypercoté de l’Art contemporain, correspond à un million de transactions en ventes publiques et 3 millions en ventes privées (galeries, etc…) alors que l’ensemble du marché de l’art mondial, invisible, est, lui de 30 millions de transactions.
Grand disrupteur devant l’Eternel, Thierry Ehrmann nous annonce aujourd’hui qu’il a rassemblé les moyens de rendre visible et commercialisable sur le marché OTC, toute la partie rejetée systématiquement par les institutions de l’Art d’aujourd’hui pour cause de non contemporanéité. Et c’est le "blast" !
 
Comment Thierry Ehrmann est devenu l’Uber de l’art
Sa stratégie est implacable. Il sait ce qu’il fait. Il connaît parfaitement à la fois le "marché traditionnel de l’art y compris contemporain" et l’expérience de la disruption puisqu’il a commencé à la pratiquer en 2015 en rendant accessibles, gratuitement, sur l’Iphone de tout un chacun, la grande majorité des données concernant les cotes des artistes.
Il sait que toute disruption court-circuitant un intermédiaire crée du profit. Encourageant ainsi les ventes en ligne, moins onéreuses, il rend les galeries non rentables et inutiles, excepté bien sur celles qui en réseau fabriquent des cotes de l’AC.
Puis il a longuement préparé l’étape suivante, celle de la disruption générale : il a créé une salle des ventes en ligne "Artmarket.com", dont le nom de domaine a été conquis définitivement en 2017. Cette appellation, de compréhension planétaire, dit tout en deux mots.
Enfin, grâce à l’achat de Xylogic puis de Blockchain, il assure la transparence de la chaîne des transactions et leur sécurité, permettant de retracer ainsi les étapes de la construction de la valeur.
Par ailleurs Thierry Ehrmann a consacré ces deux dernières années à un immense travail d’étude, de recensement et d’analyse, dans le monde entier, sans discrimination, de tous le "big data" nécessaire à l’organisation du marché OTC : réseaux sociaux, circuits parallèles, sites d’artistes, de galeries, de musées privés, d’amateurs, de critiques, d’historiens d’art indépendants. Il constate que les acteurs essentiels du marché qu’il lui reste à organiser sont bien là, présents et actifs sur Internet.
Ses recherches aboutissent à une recension sur le Net de 1,2 million d’artistes vivants, 40 millions d’amateurs potentiels, portant un intérêt à 325 courants artistiques, employant 212 techniques différentes. Ces nouveaux acteurs du marché ont un atout : ils acceptent de se plier à la concurrence et à la loi du marché et leurs prix sont plus accessibles… tant les frais de vente et de visibilité ont diminué.
Le vrai jack pot, peut enfin avoir lieu. Thierry Ehrmann, président d’Artprice et de ArtMarket.com, se sent en mesure de profiter des carences, du système fermé de l’AC, et de lancer "l’OTC market", non sans spectacle, suspens et marketing : il met aujourd’hui sous nos yeux l’offre et la demande de l’art non bankable : soit toutes les transactions allant de 50 euros à 50 000 euros, sans discrimination de genre ou de style et …c’est le Blast !
 
Son arme : une technologie de la transparence
Ses méthodes contribuent à court-circuiter non seulement les galeries moyennes, les institutions administratives et muséales, mais aussi elles mettent à mal la partie opaque du marché de l’art contemporain, c’est-à-dire le sommet de sa pyramide de Madoff ou tout est trust et entente à la fois.
En effet grâce au système de blockchain qui a fait ses preuves avec bitcoin, il peut, en appliquant au marché de l’art cette nouvelle technologie, rendre, le marché de l’art transparent.
Tout l’enchaînement des transactions créant la cote deviendrait ainsi visible. Cela ferait de lui un vrai marché où entre en jeu l’offre et de la demande (le haut marché de l’AC est essentiellement un marché de l’offre).
Le "marché traditionnel" dont le principe de fonctionnement s’en inquiète, mais Thierry Ehrmann se donne gagnant, en raison du retard et des lacunes de "l’establishment" concernant la connaissance et maîtrise d’Internet.
Le deuxième handicap étant son refus de la diversité de la création et le troisième, sa considération exclusive pour une clientèle aux moyens astronomiques. Il croit aux vertus de la concurrence… celle d’un marché d’amateurs amoureux, contre un marché de froids collectionneurs de produits financiers.
 
L’ubérisation des clercs
Thierry Ehrmann s’appuie sur une révolution culturelle en cours, observée avec attention, qui se dresse contre les fondamentaux exclusivement conceptuels, financiers, institutionnels, et bureaucratiques en France, de l’AC.
L’imposture financière, intellectuelle et artistique de l’AC est aujourd’hui largement connue. Une véritable dissidence dénonce ce "système" depuis trois décennies, en particulier en France.
Il ne faut pas oublier que la rue de Valois, avec l’argent du contribuable, a donné pendant tout ce temps comme consigne aux archivistes de sa bibliothèque des catalogues, (censée être le dépôt concernant les monographies de tous les artistes d’une époque), de mettre systématiquement à la corbeille ceux dont la "contemporanéité" officielle n’a pas été établie par eux.
Thierry Ehrmann, dans sa quête de big data, à titre privé, a fait patiemment l’inverse. Il est en mesure aujourd’hui de court-circuiter experts, médias, théoriciens de l’Université, sans oublier en France les deux cents Inspecteurs de la Création du Ministère, dont le rôle est de légitimer intellectuellement l’AC.
Il parie sur les vertus de l’écran. Devant lui, chacun se sent libre d’aimer et d’acheter ce qu’il veut, avec des moyens raisonnables, sans être ni intimidé, ni méprisé, ni moqué. Ecran qui permet aussi aux amateurs cultivés de rechercher, comparer, découvrir la pépite, dont la valeur intrinsèque pourra à nouveau être reconnue sur un futur authentique marché.
Thierry Erhmann va-t-il permettre aux artistes de réaliser, par ricochet, leur vieux rêve de liberté ? Enfin !
 
(1) AC, acronyme de "Art contemporain" utilisé par Christine Sourgins pour éviter la confusion. Cette expression ne désigne pas "tout l’Art d’aujourd’hui" comme elle le laisse croire, mais l’unique courant conceptuel. Dans "Les Mirages de l’Art
contemporain"
, (Paris 2005 Ed. de la Table Ronde).

Envoyé par l'auteur, paru dans Contrepoints, 7 juillet 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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