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KERROS de  Aude

KERROS de Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

URL du site internet:

N-D en flammes ...

Publié dans En France
Notre-Dame en flammes : un fait géopolitique
 
Le monde a vu brûler Notre-Dame de Paris en direct, les réactions ont été immédiates. L’examen de leur contenu révèle un phénomène géopolitique concernant l’Art. Quand en 2001, le monde entier a vu également en direct s’effondrer les Twin Towers, les terroristes ont crié victoire mais le reste du monde s’est ému. On déplora 2 750 morts mais personne ne pleura les tours, symbole de la puissance américaine aux yeux du monde entier.
Dans le cas de la destruction de Notre-Dame, il n’y pas eu de morts et les causes restent hypothétiques, terrorisme ou négligence des institutions à l’égard du grand patrimoine ? Comme pour New York, la déploration n’a pas été unanime : les réseaux sociaux ont trahi satisfactions et cris de joie non commentés par la presse, mais aussi titres et déclarations venues des cinq continents, où l’on constate que l’incendie a été vécu comme une épreuve partagée avec les Français.
 
Le Grand’art serait-il un corps doué d’une âme ?
Le contenu des messages est inhabituel. Il ne ressemble pas à des condoléances. Ici le malheur les accable autant qu’il nous accable. Quel est-il ? La cathédrale, grande œuvre d’art par sa forme et son contenu, est désignée comme un être ayant un corps et une âme indissolublement liés. Ce bâtiment est un être, un parent, que le monde entier regarde mourir en éprouvant souffrance personnelle et angoisse. N’est-ce pas mystérieux ? L’œuvre d’art aurait- elle une âme chevillée à son corps ?
Le phénomène est surprenant car l’Art, celui qui est subventionné par l’État en France et dans le reste du monde, l’est de façon privée, par collectionneurs, grandes marques et groupes financiers : l’Art contemporain — international — du haut marché, répond à une définition exactement contraire à celle évoquée plus haut. Il n’est pas de célébration mais de critique, il ne crée pas, il déconstruit, il applique la dérision à tous les arts civilisationnels et en particulier à l’art Occidental, considéré comme particulièrement peccamineux. Seul un art global, "contemporain" mais sans identité, pourrait apporter la paix et la concorde internationale.

La deuxième surprise est que cette cathédrale est qualifiée dans les messages comme ayant à la fois une identité française, européenne et une qualité universelle… qu’est-ce-à dire ?
L’attachement à sa propre identité n’est donc pas un obstacle à la relation avec une autre tout aussi attachée à la sienne ? L’art serait-il plus qu’une marchandise, un produit financier, un support de propagande idéologique ? Un lien positif au-delà des conflits politiques entre des cultures différentes ? Voilà qui n’est plus enseigné dans nos écoles. Y aurait-il une distance entre le réel et l’idéologie mainstream ?
En l’espace de quelques heures tout au long de la tragédie visuelle vécue par le monde entier, la notion moyenâgeuse de l’art, formulée par Saint Thomas et l’Abbé Suger après l’avoir été par Aristote, remonte comme une pousse au printemps. Serait-ce une notion naturelle que l’on observe depuis le paléolithique ?

L’art circule dans le monde parce qu’il est beauté habitée de sens et en cela partageable malgré la différence des conditions et cultures. Entre 7 h du soir et 10 h du matin nous avons formé une humanité planétaire soudée devant le spectacle de notre âme commune, brûlant dans un corps de pierre. L’homme se reconnaît anthropologiquement dans l’art de l’autre. Plus encore, il a besoin pour se dépasser de la différence avec l’autre et de l’échange. Sans cela, c’est la stérilité et la mort.
Cela n’empêche pas que l’Art contemporain international, le seul dont on dit dans les grands médias qu’il existe, soit un très bon produit financier patrimonial. Il est très fluide dans l’international, discret, défiscalisé. Il a de multiples usages et avantages, son rendement annuel est de 8 % en moyenne, chose remarquable à une époque où les taux d’intérêt sont presque nuls, voire négatifs. Grâce à quoi, au-delà de tous les dons spontanés de tout un chacun dont l’âme exige impérieusement d’être restaurée,
quelques grandes fortunes font des dons conséquents. Il est intéressant de remarquer cependant que les montants de leurs dons ne sont pas très éloignés des plus hautes cotes de leurs artistes collectionnés en réseau : un Balloon Dog de Koons, édité en 5 exemplaires, a une cote de 58 millions de dollars, un tableau de David Hockney, 90 millions de dollars.
 
La flèche mise à l’encan
Si l’on regarde le phénomène du côté français on observe quelque chose qui est condamné par la morale des élites au pouvoir : l’expression d’un attachement profond et charnel à cette cathédrale, faisant partie de son identité.
La somme recueillie en 24 heures pour une cause qui n’est pas matérialiste a même choqué, provoqué une polémique : comment peut-on trouver tant d’argent en France pour une cause non humanitariste ?
Il faut sans doute y voir une occasion rare d’exprimer une profonde tristesse et colère d’être sans cesse humiliés par
l’installation permanente d’œuvres éphémères ou permanentes, financées en grande partie par le contribuable, dans le patrimoine français le plus prestigieux. Leur but déclaré publiquement est de le tourner en dérision, déconstruire, détourner, etc. Ainsi, vagin de la reine, plug anal, bouquet de tulipes, Arc de Triomphe emballé, Grande Roue de la Concorde promue œuvre d’art, etc.
Aussitôt que les millions d’euros ont afflué, le chef d’État a annoncé qu’un concours international serait ouvert aux architectes pour créer une nouvelle flèche. Et tout recommence ! Tout le monde sait que c’est une occasion exceptionnelle de célébrité, à condition d’obéir aux consignes de la contemporanéité en art : il faut déconstruire, transgresser ce qui existe. Quand Viollet-le-Duc a proposé une flèche non identique à l’ancienne disparue depuis longtemps, il l’a conçue gothique, dans l’esprit du lieu.
À peine les flammes éteintes,
le projet de dénaturation de l’identité apparaît
, ceux qui protestent à l’idée d’une flèche d’Art contemporain sont déjà diabolisés. En 2000, un projet visant à coiffer les tours de Notre-Dame de deux derricks en fer a failli aboutir…
 
Le Grand’art redevient une réalité anthropologique pendant les 15 heures
Notre-Dame en flammes a fait apparaître un profond clivage dans la façon de considérer l’Art dans le monde. New York s’est effacé devant Paris le temps de l’incendie. Pendant une nuit, le cœur du Grand’art battait en France… et cela alors même que les bilans 2018 du marché de l’Art contemporain de 2018 annoncent l’Amérique en tête, après avoir été plusieurs années au deuxième rang derrière la Chine.
L’usage de l’art comme soft power pour renforcer une hégémonie géopolitique triomphe aujourd’hui financièrement, mais est contesté sur le fond. Trop vide, trop attaché au principe de dérision, sans beauté, il ne peut pas traverser les siècles comme une cathédrale. La révolution technologique permet une libre connexion entre affinités civilisationnelles, libres, désirées, essentielles à la vie des arts. Qui peut empêcher le phénomène naturel de pollinisation ?
L’Art périt en circuit fermé, vit en milieu ouvert, se nourrit de la différence, emprunte sans copier et coller, assimile, se métamorphose, continue les civilisations sans les trahir. L’Art unique uniforme et global est une utopie totalitaire. L’art actuel, hors du système financier, existe pour durer, même non rentable, dans la suite de l’Art des grandes civilisations. Il a été aperçu, reconnu en regardant la cathédrale en flammes.

Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 24 avril 2019

... à l’École des Beaux-Arts

Publié dans Du côté des élites
L’affligeant Grand débat étatico-culturel à l’École des Beaux-Arts
 
Le Grand débat a eu lieu ce 6 mars 2019 sous la Grande Verrière de l’École des Beaux-Arts, dans son monumental décor polychrome de style "éclectique". Ce lieu a connu de célèbres précédents : s’y donnèrent, en des temps plus anciens, les Assemblées Générales de Mai 68 et la confrontation houleuse de 1997. Vingt ans après, notre Révolution perpétuelle et institutionnelle des Arts a pris d’autres formes.
Sur le seuil du Palais des Études, l’Inspecteur en chef de la création, Jean de Loisy, nouveau directeur de l’École des Beaux-Arts, congratule les personnalités de la rue de Valois, massivement venues en voisins. Le débat, quoique commandé par le ministère de la Culture, est organisé ce soir par Beaux-Arts Magazine et la Fondation du patrimoine.
À la tribune on aperçoit Marie-Hélène Arbus, critique d’art et Directrice Générale de la revue Beaux-Arts, partenaire du ministère, Guillaume Poitrinal directeur de la Fondation du patrimoine. On repère aussi deux personnalités respectées, le libre et courageux défenseur du patrimoine Didier Rykner, le savant directeur de l’Observatoire des Politiques Culturelles, Jean-Pierre Saez. Fabrice Bousteau, Directeur de la rédaction de Beaux-Arts Magazine, chapeau sur la tête, à charge d’animer le débat.
 
En rang d’oignons : les subventionnés de la culture
Les inspecteurs de la création, leurs amis, obligés et subventionnés, prennent place cérémonieusement aux premiers rangs. Derrière, une foule remplit la salle, des inconnus, pour les officiels… venus les observer en curieux. Trois sujets exclusivement sont prévus : la culture pour tous, la protection du patrimoine, la direction de la création par le ministère.
Les discours coulent de la tribune, lisses et fluides sur les deux premiers sujets éminemment consensuels. Qui n’est pas pour la culture pour tous et pour le patrimoine ? Vite on s’assoupit. Mais la gêne s’installe chez ceux qui résistent au sommeil ! Vite, on ressent que les mots ne veulent pas dire la même chose pour les institutionnels des premiers rangs et pour les inconnus qui les entourent.
Le hold-up sémantique qui a assuré les pleins pouvoirs aux institutions apparaît avec évidence. Le terme Art contemporain ne désigne que l’Art officiel conceptuel. Quand le mot diversité surgit dans les déclarations, celle-ci ne peut être que sexuelle, communautaire et multiculturelle, jamais de l’ordre de l’expression artistique.  
 
Une seule définition de la culture : celle du ministère
Les responsables du système ne sont pas à la tribune… alors qui interpeller ? Que dire avec des mots à double sens ?
Rien ne se passe décidément comme en 1997. Le Monde et le ministère de la Culture avaient alors décidé de convier à un grand débat aux Beaux-Arts. L’initiative devait clore, une fois pour toutes, six mois d’insurrection intellectuelle et artistique survenue dans toute la presse, causée par un article de Jean Baudrillard publié dans Libé, titré "L’Art contemporain est-il nul ?". Oh, scandale ! Comment une telle opinion avait-t-elle pu paraître ? Que faisait la milice de la pensée ?
En 2019, le Journal Le Monde ne parraine pas l’évènement. Le débat de 1997 a laissé un goût amer, car l’histoire des idées en garde un souvenir peu honorable. Tout avait tourné au procès stalinien des intellectuels dissidents Jean Clair et Jean Philippe Domecq. Publiquement interrogés, ils ont été jugés fascistes ! La salle a ri, couvert de quolibets et hué les apparatchiks de l’estrade, qui ne s’en sont pas encore remis. Le Monde a cependant couvert le nouveau débat du 6 mars 2019 et commis un article titré avec justesse : Aux Beaux-Arts, le grand débat manque de sel. En effet, cette fois-ci, les injures du genre nazi n’ont pas résonné dans la salle, ni même le mot populiste qui l’a remplacé. La consigne : "Pas de vagues !" a été observée.
 
L’État promeut l’art dont personne ne veut
L’animateur chapeauté et la directrice de Beaux-Arts magazine s’employèrent avec modération à la déploration de cette France périphérique, qui se tient si loin des infrastructures créées par l’État pour mettre l’Art contemporain à la portée du peuple… la France n’est-elle est pas le pays en Europe où il y a le plus de centres d’AC (1), de théâtres subventionnés par l’État, au km2 par habitant… et ils sont vides. Aux premiers rangs, on acquiesce et déplore que l’État n’investisse pas davantage d’argent pour multiplier les médiateurs afin d’expliquer aux péquenauds des ronds-points le génie de l’AC. Il faut combattre l’inculture jusque dans les campagnes !
Pourtant, un examen attentif de nombre d’interventions non programmées de la salle laisse apparaître une revendication simple : nous avons soif d’art et de culture, mais nous voudrions être les acteurs libres et entreprenants de cette vie des arts et non les consommateurs au bout d’une chaîne de production dirigée par l’État et consacrée, non par le public mais par les médias.  
Ils sont parfois venus de loin pour exposer leurs actions locales et libres faites avec les moyens du bord, sans visibilité ni financements. Les initiatives ont du succès, suscitent l’adhésion quoique non estampillées du fameux logo du ministère qui entraîne à sa suite les logos des mécènes privés. C’est par exemple le bistro qui devient la salle de concert, de lecture, d’exposition, de débat de proximité, ici défendu par le cafetier de C’est déjà ça (2), venu de loin pour en parler. C’est un Café culturel associatif qui a fait des émules dans toute la France. D’autres intervenants évoquent des initiatives privées pour l’initiation musicale, théâtrale, artistique, etc. La concurrence des lieux subventionnés gratuits rend leur survie économique presque impossible. L’Art Contemporain défendu exclusivement par le ministère pompe tout l’argent public, l’argent des mécènes et la visibilité médiatique. Il n’y a aucune agressivité chez les intervenants. La question n’est même pas formulée, bien que présente : pourquoi l’art qui donne du sens à la vie n’a pas de visibilité ? Pourquoi seule la grande déconstruction de l’art et de la culture, mission de l’AC, est seule visible et subventionnée ?
Fabrice Bousteau qui donne et reprend la parole, félicite et congratule chaque intervenant et lui demande d’inscrire ses naïves idées populistes sur la plateforme prévue à cet effet par le ministère : granddebatculture.fr.
Ainsi quand l’enseignement de l’Histoire de l’Art à l’école est évoqué à la tribune par Marie-Hélène Arbus, la question est : pourquoi depuis si longtemps tout le monde est d’accord sur l’enseignement de l’Histoire de l’art à l’École mais cela n’aboutit pas vraiment ?
On remarque un grand silence derrière, dans la salle. Mais aux premiers rangs, on déplore, on discute… l’ex ministre Jacques Aillagon conclut qu’il faut tout simplement davantage d’argent ! En réalité, la force d’inertie vient de ce que personne ne veut de l’enseignement tel qu’il est conçu par les ministères concernés où il s’agit d’initier les scolaires à une réception conceptuelle, critique et dé-constructive de cet art traditionnel considéré comme trop élitiste. Il ne peut être question de l’enseigner sans l’accompagner de l’initiation à la pratique déconstructiviste de "l’Art contemporain", menée par des artistes agrées par le Ministère de la Culture. Le but étant d’éviter l’enseignement de cette connaissance par des historiens d’art. 
 
Un Grand débat confisqué
Décidément les fonctionnaires participants actifs de la salle ne comprennent pas qu’une culture, un art, cela ne s’impose pas de force. Deux grands échecs en ce siècle, en URSS, en Chine, le confirment : la terreur a été impuissante. L’argent risque de l’être aussi. Adhérer à une expression artistique est chose simple : si le créateur éveille l’attention, la sensibilité, l’affinité d’âme, le public se l’approprie. L’histoire de l’art ne semble pas confirmer les analyses de Karl Marx ou du sociologue Pierre Bourdieu. Nous venons de connaître quarante-deux ans de dirigisme d’État dans ce domaine, le public ne suit toujours pas. Autre est son désir !
La ligne de fracture est ce soir-là palpable dans la salle. Les institutionnels ont d’autres soucis, ils ont quitté la réalité, croient qu’elle est comme ils la déclarent. Pourtant ils ne sont plus la référence, le haut marché les tient.
Peu à peu le public las, quitta la salle… vint alors le bon moment pour aborder le sujet dangereux, gardé pour la fin : l’art dirigé par le ministère.
Un artiste et professeur à l’École des Beaux-Arts signale la cause du non-débat auquel on assiste. La vision de ceux qui dirigent l’Art comprend beaucoup d’angles morts… l’art moderne-classique, les artistes singuliers, les artistes amateurs. Ils nient cette diversité-là.
 
Quelques artistes posent des questions :
Pourquoi les artistes français sont-ils absents de toute visibilité internationale ?
Pourquoi seulement 10 % des artistes français vivent décemment et 90 % dans la précarité (question du président de la Maison des Artistes, F. de Verdière ) ?
Pourquoi l’Art doit-il être dirigé par des Inspecteurs de la Création ? 
Pourquoi l’Art non agréé par le ministère est-il invisible ?
Pas d’interlocuteurs responsables à la tribune pour répondre et silence de mort dans les premiers rangs ! Le ministre est assis dans la salle, venu en coup de vent, pour un quart d’heure. Aillagon ex-ministre, homme de main de François Pinault, fait un commentaire : "l’appellation Inspecteurs de la Création est malheureuse ! Il faut corriger cette maladresse sémantique"… on pense à Orwell !
Après ce bon mot historique, l’élite culturelle et ses inspecteurs s’acheminèrent vers la sortie en se congratulant.
Peut-il y avoir débat sans connaissance de l’adversaire ? La foule silencieuse de ce soir-là n’était anonyme que pour les fonctionnaires et inspecteurs de la création. S’y trouvait nombre de plumes citées dans l’imposante bibliographie de Laurent Danchin que l’on peut consulter sur Internet. Elle rassemble tous les livres et écrits sur l’Art depuis 40 ans et constituant souterrainement le débat réel, non admis par l’administration et les médias.

Malgré tout, en quittant les lieux, il m’a semblé que l’on avait aperçu concrètement, lors des interventions du public, ce que Jean-Pierre Saez avait signalé lors de son introduction documentée au débat : ses multiples études pour l’Observatoire des Politiques Culturelles, sur le terrain constatent qu’il y a un désir, une soif du public, des artistes, des entrepreneurs d’art, d’être eux-mêmes les initiateurs et les acteurs de la vie artistique et culturelle en France. Ils ne veulent pas d’une culture administrée, imposée. Quoi de plus normal ?
(1) Acronyme d’Art contemporain, qui a l’avantage de souligner le fait qu’il ne reflète pas tout l’Art d’aujourd’hui mais uniquement le courant conceptuel.
(2)
Cestdejaca.fr : site du réseau associatif de cafés culturels culturels associatifs
Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 11 mars 2019

Visibilité des marchés de l’Art

Publié dans De par le monde
Visibilité des marchés de l’Art : l’alliance Art Price-Artron–Cision
 
Histoire de l’obsolescence d’une hégémonie et naissance d’une concurrence.

En ce début de 2019, le marché international de l’art connaît un événement susceptible de modifier en profondeur le système en place. Il s’agit d’une alliance commerciale et stratégique inattendue. Elle a été passée entre trois entreprises fondées sur la création et mise à profit de banques de données. Deux sont spécialisées dans le domaine de l’art, ayant aussi une capacité de vente en ligne — et une troisième répertorie les données de la presse internationale et met en relation les besoins de toute communication avec les médias qui correspondent.
Cette alliance intervient au terme d’une décennie ayant connu une révolution technologique de la communication et un changement des rapports de force géopolitiques. Une rivalité est apparue entre les tenants d’un très haut marché de l’Art mainstream, visible mondialement, seul labélisé "contemporain-international" — et des marchés qualifiés de "locaux", vendant un art dit "identitaire– non-novateur". C’est dans ce contexte que survient un partenariat, inédit entre ArtPrice – Artron – Cision.
 
– ArtPrice, à l’origine de cette aventure, est une entreprise privée française, menée par un personnage hors système et hors normes dont le principal mobile est sa liberté. Thierry Ehrmann est le créateur de la banque de données la plus complète du marché de l’Art mondial. Elle est exhaustive, incluant  à la fois le global art financier et les arts non conformes… ce que l’État français n’a pas fait, à son échelle nationale, puisque son travail d’archivage ne retient que les "officiels conceptuels".
– Artron est une institution de l’État chinois qui depuis 1996 a pour but de promouvoir art et création en Chine, en créant tous les outils nécessaires à l’existence d’un marché non existant sous le régime communiste, dont une banque de données exhaustive, n’écartant aucun courant de l’Art chinois.
– Cision est un Argus de la presse, dont le quartier général est à Chicago, fournissant aux stratèges de l’influence et la communication un service de mise en relation adaptée, avec les médias du monde entier.
 
Un chasseur d’ententes et de monopoles
Thierry Ehrmann est un Robin des bois qui n’aime pas les monopoles et les intermédiaires et leur fait la chasse. Il se nourrit de la bête et libère ainsi "vertueusement" le monde de l’Art de ses prédateurs. En déchiffrant les données de sa banque, il a constaté que le haut marché de l’art global, référencé à New-York, seul visible mondialement, est un marché de l’offre, hors sol, sans concurrence. Il a perçu également que le marché réel, qui est un marché de la demande, est infiniment plus vaste, mais sous-développé pour cause d’invisibilité.
À l’inverse, le marché hégémonique vit d’un réseau international, fortement interconnecté, partageant des intérêts communs, tenant foires, ventes aux enchères, expositions dans musées et galeries internationales. Son modèle économique associe une fonction de marché financier, sécurisé par des collectionneurs opérant en vase clos et un marché de masse commercialisant des objets dérivés arty, sériels, industriels, faisant de l’œuvre à 50 millions de dollars le produit d’appel décliné à tous les prix et formats, de la réplique pour galerie au porte-clefs et t-shirts.
Ce marché doit sa légitimité à sa rentabilité et à ses utilités : plateforme mondaine et d’affaires, occasion d’animation urbaine, touristique et muséale. Ainsi, l’Art Global Financier gagne sa vie en bénéficiant par ailleurs des dons, qui ont l’avantage d’être défiscalisés, de mécènes, sociétés, institutions, et des subventions de certains États. La CIA, qui y joua sa partie, est pour l’heure, missionnée ailleurs.
 
Pour Thierry Ehrmann, c’est un consortium conjugué d’ententes, à sa mesure.
Les données de sa banque lui donnent la primeur de l’information et les moyens d’analyse propres à lui inspirer une stratégie. Ainsi, il est le premier à constater que la Chine est passée en tête du marché de l’art dès 2009, devant l’Amérique. Le fait est peu commenté, les médias font comme si cela n’entraîne aucune conséquence. Thierry Ehrmann comprend qu’il est impensable d’avoir une banque de données à prétention planétaire sans y introduire les données chinoises, difficiles d’accès en raison de l’obstacle de la langue et du mur que constitue "Intranet" isolant la Chine de toute communication numérique avec le reste du monde. C’est ce qui motive fortement son rapprochement avec l’Agence chinoise Artron et son alliance officielle avec elle en septembre 2018.
 
Comme ArtPrice l’a déjà fait pour tous les autres pays, il s’emploie à rendre ses données accessibles au monde entier, en traduisant et en documentant notamment toutes les orthographes des noms propres qui changent d’une langue à l’autre. Pour que ce soit possible, il a fallu bénéficier d’une autorisation unique et exceptionnelle, accordée à ArtPrice, de franchir le mur de l’Intranet chinois. La fluidité de l’information ainsi obtenue a pour conséquence la naissance d’un commerce en ligne d’œuvres d’art, grâce à WeChat (1), par-dessus les frontières, ce dont les Chinois sont familiers notamment pour les achats de luxe.
Art Price, en 2017, avait déjà anticipé cette démultiplication de la circulation de l’information et l’élargissement de la clientèle du marché de l’art, en rendant accessibles ses données, pour partie gratuitement, à tous les amateurs sur leur smartphone, ce qui facilite un marché de la demande, en ligne, sans le filtre des intermédiaires.
 
Mais pour une véritable révolution, l’information brute ne suffit pas, il faut aussi des instruments d’analyse. C’est la nécessité à la quelle ArtPrice répond, créant plusieurs indices, également accessibles, pour décrire ce marché sous ses divers angles.
Il n’est plus nécessaire d’être expert pour déchiffrer le marché et donc le démystifier.
Reste un dernier obstacle à surmonter pour casser le monopole actuel de la visibilité : mettre en rapport les données vraiment mondiales du marché de l’art et la totalité des journalistes et médias du monde entier. C’est chose faite le 26 décembre 2018, par l’accord signé entre ArtPrice et Cision pour créer la première agence de presse mondiale dédiée au Marché de l’Art : Art Press Agency. Cette Révolution de l’accessibilité à l’information bouleverse le contexte : les divers marchés de l’art, qu’ils soient de l’offre ou de la demande, du global ou du local, sont désormais en concurrence.
 
De l’Art Global hégémonique aux arts pluriels en concurrence
Ainsi une autre réalité du marché planétaire apparaît, et l’on constate qu’il ne ressemble pas au marché global-financier, seul visible actuellement. En effet, les Chinois, qui aujourd’hui achètent le plus, ne font aucune discrimination entre les divers courants artistiques. Ils ont porté sur le très haut marché, bien au-dessus du million de dollars, à la fois l’art conceptuel validé à New York et les artistes qu’ils aiment pratiquant un art esthétique dans la suite de l’art. La Chine se trouve être de fait plus représentative géopolitiquement de la vraie diversité de l’art dans le monde que la place de New York.
L’art global-financier qui s’est installé comme référence après l’effondrement soviétique a perdu de son pouvoir provocateur et stupéfiant, malgré ses cotes oniriques.  L’idée de "culture et d’art global" comme fatalité historique est remise en question par beaucoup de pays depuis une décennie. L’art global kitsch apparaît soudain comme le dernier avatar d’une vieille utopie du XXe siècle qui voyait l’art du futur comme étant homogène et unique sur toute la planète.
Cette utopie, née avec la proclamation de "l’Art réaliste socialiste, international et communiste", meurt  avec le "art conceptuel global, international et financier", deux faces de la même pièce de monnaie qui réduit le monde à un matérialisme économique, sensé tout expliquer.
 
(1) Artprice est une des seules sociétés occidentales à posséder un site WeChat réservé aux sociétés de droit chinois qui touche plus de 1,8 milliard d’internautes chinois dans le monde.

Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 10 janvier 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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