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KERROS de  Aude

KERROS de Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

URL du site internet:

(...) (site endommagé en 2013)
... (1) se sont poursuivies à Londres et à Shangaï, elles viennent d'avoir lieu à Paris. Quel bilan ? Et une question : krach ou pas krach ? Si l'on en croit Tobias Mayer, commissaire priseur à Manhattan au "glamourous look and cosmopolitan aura", tout va bien : "Nous sommes très heureux de ce qui nous arrive". Il déclarait d'ailleurs à peu près la même chose en novembre dernier. Que veut-il dire ? La situation est la suivante : les professionnels et experts -qui sont souvent des "animateurs" du marché - font des évaluations de baisse de 20% à plus de 50%, avec un taux d'invendus d'environ 50%. Malgré l'incertitude que soulèvent ces grands écarts d'estimation, on peut seulement dire que le marché ne s'est pas effondré comme en 1990.
A la différence de 1990, l'effondrement n'a pas été immédiat et total... Les collectionneurs jouaient alors chacun pour soi, en empruntant aux banques pour payer à la galerie une oeuvre afin de la revendre quelques mois plus tard, sa valeur ayant doublée.  Au moment de la crise financière, ils ont été obligés de vendre pour rembourser les banques. Aussi quand le marché reprend quelques années après,  il n'est plus question de collectionner sans assurer ses arrières en entrant dans un réseau solidaire, où la règle est d'être propriétaire de l'oeuvre. "L'Art Contemporain" est alors devenu un produit financier sécurisé, un produit dérivé. La méthode de fabrication de la valeur en réseau évolue en passant d'un système horizontal d'entente à un système vertical de "trust". Les réseaux sont dominés par de grands collectionneurs qui possèdent maisons de vente, médias, fondations, galeries etc. Il devient alors possible de "gérer" les crises... et même de les utiliser à profit, ce qui s'est produit par exemple en 2002, lors de l'explosion de la bulle Internet. Pourquoi n'en serait-il pas de même aujourd'hui ?

Gérer la crise c'est d'abord maitriser la com'
Pour l'instant les stratégies de communication fonctionnent bien.
- Vendre moins d'oeuvres. Choisir des artistes aux réseaux solides, confirmés par les Institutions.
- Estimer bas pour faire apparaître des hausses ou minimiser les baisses.
- Jouer de la confusion entre "Art moderne" et "AC"en les mêlant dans les mêmes ventes sous le même label. Ainsi les prix élevés atteints en mai à NY par Calder et David Hockney ont permis de masquer les baisses enregistrées sur l'AC. A Paris lors des ventes du 27 Mai chez Christie's, sous l'appellation "Art contemporain" on trouve mélés : Mathieu, Atlan et Fautrier, avec Buren et Morellet… C'est le fond d'atelier des Lalannes qui assure le relatif succès de toute la vente !
- Occulter les mauvaises ventes. Ainsi le 17 mars 2009 chez Christie's, avenue Matignon, François Pinault organise afin de valoriser les cotes des artistes "les plus chers du monde" de sa collection,  une "vente de charité" au profit d'une association contre le cancer. Il prend la précaution de demander aux artistes de "donner" une oeuvre afin que l'on ne puisse pas dire que des collectionneurs s'en débarrassent.  Si l'évènement caritatif et mondain fut annoncé, personne ne commenta le résultat : baisse de 20% à 60% par rapport aux estimations basses et très peu d'oeuvres vendues un peu au dessus...

Le 'Financial Art' sanctuarisé en France
L'AC a perdu aujourd'hui probablement moins que les produits dérivés. Une baisse moyenne, supérieure ou égale, à 50 % ? "Aujourd'hui la valeur de ce produit artistique spéculatif est indexé sur les très grands collectionneurs médiatiques. Tant qu'ils ne vendent pas la valeur est conservée, elles deviennent des "capitaux non productifs", observe très justement François Derivery. Mais qu'en est-il de l'avenir plus lointain, sachant que ni le marché financier ni le marché de l'AC n'ont encore touché le fond ? Contrairement à l'art ancien ou moderne dont la valeur s'estime à la qualité intrinsèque de l'oeuvre, la valeur du "Financial Art", essentiellement conceptuelle n'est ni esthétique ni matérielle. La question se pose alors: quelle pourrait être la valeur au dessous de laquelle le 'Financial Art' ne pourrait descendre ? Une sorte de "ratio" bancaire ? Les grands collectionneurs, maîtres des musées et des institutions, jouant le rôle de la banque ? Ainsi on revient à cette valeur incompressible évoquée plus haut. L'objet controversé a acquis grâce à la garantie des institutions et des médias, une valeur  historique, symbolique et sacrée.. A combien s'établira plus tard cette valeur en termes de cote ? On peut imaginer une "valeur de vestige archéologique" tels que les assignats de la Révolution, les titres de Law ou les fonds russes...
Il est certain que la France à ce titre devient le pays de référence pour le 'Financial Art'. En effet grâce à son corps d'Inspecteurs de la Création, fondement de "l'exception culturelle française", celui-ci y est thésaurisé. En effet, ce corps d'exception pendant 30 ans a consacré 60% du budget destiné aux achats d'oeuvres d'artistes vivants, à effectuer des acquisitions auprès des galeries newyorkaises pour des "artistes demeurant et travaillant à New York". Ces oeuvres sont désormais inaliénables, à jamais inscrites dans notre patrimoine le plus prestigieux et les conservateurs ont le devoir de les exposer au milieu des collections anciennes. Le Louvre, Versailles, le Grand Palais, châteaux, églises et cathédrales du grand patrimoine leur servent d'écrin. L'Etat garantit leur pérennité. Pendant ce temps-là, les Musées américains privés, très menacés semblent ne plus pouvoir garder toutes leurs collections et même ouvrir leurs portes pour les montrer.
Les touristes américains pourront donc toujours venir contempler en France leur patrimoine merveilleusement présenté dans le nôtre. Une raison de plus de faire un traditionnel "Grand Tour" et de venir en France…

A quoi sert l'Art contemporain dans les Eglises ?

Publié dans En France

Il est devenu aujourd'hui banal pour celui qui entre dans une église, en fidèle ou en touriste, d'y voir des installations d'Art contemporain. La question surgit invariablement que signifient-elles ? Quel rapport avec le lieu, son histoire et sa fonction ?
Toute personne un peu cultivée sait aujourd'hui que "l'installation" est une pratique conceptuelle inspirée de Marcel Duchamp. Son principe est le "détournement" d'objets et de lieux dans le but de déstabiliser "le regardeur" et de modifier le sens du lieu et de l'objet détourné, dans le meilleur des cas à des fins "critiques". Cette démarche définit "l'AC" (1)

Petite histoire d'une prise de pouvoir
L'on sait que l'Etat et les communes ont en charge le patrimoine que constituent les églises construites avant la loi de 1906 de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais depuis les années quatre-vingts le Ministère de la Culture s'intéresse tout particulièrement aux commandes d'art sacré. A partir de 1987, date de la construction de la cathédrale d'Evry, où la rue de Valois a joué un rôle dominant, cette démarche est devenue systématique et organisée. L'objectif est de procurer des commandes d'Etat aux artistes officiels. Il convenait donc alors de donner à un art officiel, exclusivement conceptuel et peu prisé par le public, une légitimité par inclusion inamovible dans le patrimoine.
Commande publique démultipliée - Au cours des années 80
et le début des années 90, ces commandes ont concerné essentiellement les vitraux des églises les plus remarquables du patrimoine. Démarche qui n'était pas en rupture, si ce n'est par l'importance du phénomène et le parti pris étroitement conceptuel, avec le mouvement initié après guerre pour remplacer les vitraux détruits par les bombardements dont on sait qu'ils ont donné lieu alors à quelques chefs d'oeuvre, abstraits ou figuratifs, d'une grande diversité d'expressions.
Apparition des installations - Vers la fin des années 90
on vit arriver massivement dans les églises des "installations" éphémères. Ces "oeuvres d'AC" étaient l'occasion de distribuer quelques cachets et de faire apparaître un nom d'artiste grâce à un évènement suffisamment spectaculaire pour émouvoir les médias. Seuls les lieux "sacrés" rendent possibles transgressions, blasphèmes et "détournements" significatifs en mesure d'attirer leur attention.
Développement de l'animation - A partir des années 2000
une troisième étape est franchie : Les églises deviennent des lieux d'animation culturelle. Elles participent désormais à de grandes fêtes ludiques qui n'ont plus rien à voir avec des "concerts spirituels". Les "Nuits Blanches" en sont un exemple type. Les églises offrent leurs lieux aux organisateurs d'évènements qui captent, au profit d'une oeuvre à valoriser, le grand battage médiatique. C'est aujourd'hui un des moyens les plus efficaces, et les moins onéreux puisque gratuit, pour acquérir une visibilité et travailler une cote. Dans cet esprit il faut aussi citer les évènements estivaux et touristiques. "L'art dans les Chapelles" en Bretagne en est l'exemple type, partout imité. Cette "animation" qui existe depuis 16 ans, la première du genre, capte les circuits et les flux de visiteurs au profit de l'AC institutionnel, offrant en retour des évènements repris par les médias. La fréquentation des lieux s'en trouve augmentée. Tout le monde y trouve son compte sauf peut être les visiteurs obligés de subir ce parasitage à finalité commerciale.
Le rôle de "partenaire"
La fin de la décennie voit apparaître une dernière forme de collaboration entre l'Eglise et l'Etat : Les églises deviennent des annexes des grandes foires et expositions d'AC. Par exemple en mai 2009, l'Eglise Saint Eustache à Paris est devenue un des lieux "off", une annexe de la grande exposition d'art officiel au Grand Palais : "La Force de l'Art". Une installation des fameux Pierre et Gilles occupa tout le temps de l'exposition la chapelle du baptistère. De mai à octobre 2009, à Metz, dans le cadre d'une exposition dispersée dans la ville : "Constellations", en avant première de l'ouverture de Beaubourg, Metz, l'église des Trinitaires, en "partenaire" accueille une installation d'Anish Kapoor.
L'AC comme objet liturgique
Au même moment apparaît une nouvelle pratique: Une installation est mise en lieu et place des objets liturgiques, servant à la célébration de la messe de Pâques en la cathédrale de Gap : Un Christ assis sur une chaise électrique dans une position qui fait penser à une Piéta. Cette oeuvre de Paul Fryer a été prêtée pour l'occasion par son collectionneur François Pinault qui en fabrique savamment la cote. Après ce scandale dûment médiatisé, l'oeuvre réapparaît en juin à Dinard, "clou" de l'exposition phare de l'été : "Qui a peur des artistes ?". Ce grand capitaine des finances y présente sa collection. A la fin de processus que l'on peut ici observer, il y aura tôt ou tard une vente chez Christie's dont Pinault est d'ailleurs propriétaire …
Cette année on a vu réapparaître à la Foire "Art Paris" une oeuvre de Philippe Perrin, la couronne d'épines géante en barbelé : "Heaven", exposée lors des "Nuits Blanches" de 2006 devant l'autel, dans le coeur de Saint Eustache. Elle fut présentée à la vente avec son cursus, sa précieuse polémique et son délicieux parfum de "scandale".

L'Eglise et l'Etat dans le domaine de l'art ne sont plus séparés depuis vingt ans …
Quelle est donc la finalité d'une telle "politique" ?
On s'aperçoit en essayant de comprendre cette situation inédite que chacun des acteurs de ce jeu erratique a des objectifs très différents.
Pour l'Etat et son clergé "d'inspecteurs de la création"
le but est de légitimer ses choix idéologiques, esthétiques et budgétaires par une inclusion dans le patrimoine, le sacré et l'Histoire. L'Etat dirige la "création" en France (2) et non plus seulement la "culture".
Pour l'ensemble du réseau qui forme la valeur
de l'oeuvre et en particulier pour les collectionneurs, l'inclusion dans les lieux historiques et sacrés, offrant prestige et possibilité de scandale médiatisé, augmente automatiquement la cote de l'objet par son inscription dans l'Histoire de l'art. C'est la technique mise au point dans les années 90 de la fabrication de la valeur des objets qui n'ont pas de valeur intrinsèque.
Pour l'Eglise et ses fonctionnaires
les avantages sont plus psychologiques que matériels. Grâce à l'AC, ils sont acceptés par les grands de ce monde et quittent la situation inconfortable de la marginalité dans un monde peu ouvert à la transcendance. Ils acquièrent, par simple contact d'image, les vertus de l'AC : jeunesse, actualité, visibilité. Sincères cependant, ils prêtent à l'AC des vertus chrétiennes: l'amour des autres, la perpétuelle remise en cause de la nature pécheresse, la compassion pour tout ce qui est souffrant et déchu.
Les artistes
cherchent eux des lieux forts pour bâtir un concept qui fasse choc, ce qu'aucun musée d'art contemporain, galerie ou centre d'art, par ailleurs peu fréquentés, ne peuvent fournir. C'est ce qui motive le mot de Claudio Parmiggiani lors du discours d'inauguration de son oeuvre au Collège des Bernardins : "Quand on fait un trou dans un monument historique ou sacré on en sort du sang". De cette violence naît l'oeuvre conceptuelle. Il faut savoir que le "plan com." fait partie intégrante de l'oeuvre conceptuelle. Dans une société marquée par la technologie des médias, rien n'existe, n'accède à l'être sans les médias.

Le "regardeur" est un voyeur
Et le public dans tout cela ? Ces pieuses installations sont en réalité de savants dispositifs de nature sadomasochiste, élaborés pour piéger à la fois l'artiste qui les crée, les institutionnels, le clergé, les collectionneurs, les médias. Tout le monde est à la fois bourreau et victime … Chaque acteur instrumentalise l'autre en vue d'un bénéfice matériel ou psychologique fondé sur la manipulation du public. Le "regardeur" d'AC, est ainsi à son insu mis dans la position du voyeur de ces jeux savants dignes du célèbre marquis. Le "regardeur" est d'évidence pris en otage pour le plus grand profit du Financial Art … mais pour combien de temps encore ?
Viendra le jour où le "regardeur enfin avisé" connaissant la clef du mystère de la fabrication de la valeur en réseau, posera un oeil distancié et critique sur cet art qui a envahi les lieux de culte.

Malgré les "médiateurs" prêts à tout expliquer, les "regardeurs" se faisaient rares en Mai 2009, à "La Force de l'Art" (3), à Saint Eustache comme au Grand Palais … En face, au Petit Palais, on fait la queue, on se bouscule. Point de "regardeurs", mais des "contemplateurs", se pressant devant les Icônes du Mont Athos. Manifestement le public se console. Serait-il en attente d'autre chose ?


(1) AC, acronyme de "Art contemporain" employé par Christine Sourgins dans "Les Mirages de l'Art Contemporain" Editions de la Table Ronde, permettant de distinguer cette idéologie particulière de l'art, d'essence essentiellement conceptuelle, de toute la diversité que comprend l'art d'aujourd'hui.
(2) Ceci depuis les dispositions réglementaires de 1982 créant un certain nombre d'institutions intervenant très fortement sur tous les aspects de la création. En 1993 la création du corps des "Inspecteurs de la création" complète ce dispositif.

(3) Les visiteurs de Saint Eustache et des autres "off" furent comptabilisés comme spectateurs de cette grande démonstration officielle pour cacher autant qu'il se peut l'indifférence du public. Le choix officiel étroitement conceptuel et invariable depuis trente ans n'a toujours pas convaincu.

'Financial Art' : krach ou pas krach ?

Publié dans De par le monde

'Financial Art' : krach ou pas krach ?

(...) (site endommagé en 2013)
à New York, Londres et Shanghai, la valeur de l'Art Contemporain a-t-elle également chuté ?
En France le spectacle permanent de "l'Art Contemporain" triomphant ne cesse pas, au contraire de New York. La farandole des "artistes les plus chers du monde" continue à virevolter sous nos yeux ébahis : Jeef Koons a connu les prolongations à Versailles, David La Chapelle a pris le relais sous les ors et lambris du Palais de la Monnaie, Yan Pei Ming entend enterrer la Joconde salle Denon au Louvre, Richard Serra voit ses oeuvres restaurées à la Défense, Paul Fryer expose son "Christ sur sa chaise électrique" dans la cathédrale de Gap, Pierre et Gilles leur "Vierge Attention Travaux" à l'Église Saint Eustache.
François Pinault qui collectionne tous ces artistes, traverse habilement la crise en exposant sa collection partout dans les lieux prestigieux du patrimoine et dans les églises. Il la combat en acquérant pour ses oeuvres la légitimation républicaine et la sacralisation de l'Église catholique, apostolique et romaine. Les médias sont convoqués, cela ne coûte rien, l'illusion demeure.
En 2009, comme en 1990, "l'Art Contemporain" connaît la crise partout sauf en France où il est une affaire d'État. Certaines galeries qui travaillent en réseau avec le Ministère n'ont pas à s'inquiéter, elles ne fermeront pas comme à New York ou Shanghai. Les professionnels, "animateurs du marché", peuvent répéter leur discours en boucle dans les médias: "Les baisses sont normales, il y a eu un emportement du marché, la crise permet un réajustement, les valeurs les plus sûres résistent, les moins bons artistes disparaissent, etc. La situation est même meilleure qu'en 90. Tout reprendra comme avant". Qu'en est-il ?

Les dispositifs de sécurité fonctionnent encore
Il est vrai qu'à la différence de 1990, l'effondrement n'a pas été immédiat et total... A cette époque là les collectionneurs jouaient chacun pour soi, de façon individuelle et désordonnée, en empruntant aux banques pour payer à la galerie une oeuvre d'art qu'ils pensaient revendre quelques mois plus tard, sa valeur ayant doublé. C'était le grand jeu... Hélas, la crise arrivant, ils ont été obligés de vendre immédiatement pour rembourser les banques.
Quand le marché reprend quelques années après, ce souvenir cuisant est dans toutes les mémoires. Cette fois-ci il est hors de question de collectionner sans assurer ses arrières en entrant dans un réseau solidaire, où la règle est d'être propriétaire de l'oeuvre et de ne pas en disposer sans obéir à une stratégie commune. "L'Art Contemporain" devient alors un produit financier sécurisé, un produit dérivé en quelque sorte. La méthode de fabrication de la valeur en réseau a alors évolué passant d'un système horizontal "d'entente" à un système vertical de "trust". Les réseaux sont dominés par de grands collectionneurs qui possèdent maisons de vente, médias, fondations, galeries etc. Il devient possible ainsi de gérer les crises... et même de les utiliser à profit, ce qui s'est produit par exemple en 2002, lors de l'explosion de la bulle Internet. Pourquoi n'en serait-il pas de même aujourd'hui ?

Gérer la crise c'est d'abord maitriser la "com"
Les effets de "com" sont importants aujourd'hui et rares sont ceux qui savent que le spectacle de la réalité, et la réalité, divergent. Être informé est un privilège qui exige connaissances, temps, travail et curiosité... Pour illustrer ce décalage, citons pour l'exemple un évènement parisien récent, très médiatisé, destiné à valoriser les cotes des "artistes les plus chers du monde". Il s'agit d'une "Vente de Charité" au profit d'une oeuvre contre le cancer, ayant eu lieu le 17 mars 2009 chez Christie's, avenue Matignon. Cette initiative intervient après la prestigieuses vente "Saint Laurent-Berger" d'art ancien et moderne qui a fait penser que l'art en France, n'est pas affecté par la crise et constitue une valeur refuge idéale. Un transfert d'image est donc possible quelques semaines avant les ventes redoutées d'Art Contemporain à New York au mois de mai.
François Pinault, l'initiateur, prend la précaution de demander aux artistes de sa collection de "donner" une oeuvre afin que l'on ne puisse pas dire que des collectionneurs s'en débarrassent. Toute la presse annonça l'évènement caritatif et la soirée chez Christie's brilla par l'affluence des "people" dont les magazines ont commenté robes, costumes et accessoires en citant leurs marques prestigieuses. Malheureusement, les portefeuilles restèrent clos et il y eut peu ou pas de compte-rendu de la vente elle-même. Catalogue, estimations et résultats sont néanmoins accessibles chez Christie's. Il en ressort une baisse de 20% à 60% par rapport aux estimations basses... De très rares oeuvres étant vendues un peu au dessus...

Où se situe la valeur incompressible du "Financial Art" ?
L'AC (1) a perdu probablement moins que les produits dérivés. Une baisse moyenne, supérieure ou égale, à 40 % ? François Derivery dans un article (2) approfondi résume la situation: "Aujourd'hui la valeur de ce produit artistique spéculatif est indexé sur le collectionneur, lui-même médiatique. Les très grands collectionneurs, uniques producteurs de la valeur artistique, ne peuvent de fait ni perdre ni se tromper. Tant qu'ils ne vendent pas la valeur est conservée. Les oeuvres deviennent des "capitaux non productifs"... qu'ils peuvent faire circuler entre eux pour produire de temps à autre une cote en toute sécurité.
Mais qu'en est-il de l'avenir plus lointain, sachant que ni le marché financier ni le marché de l'AC n'ont encore touché le fond ? Contrairement à l'art ancien ou moderne dont la valeur s'estime à la qualité intrinsèque de l'oeuvre, la valeur du "Financial Art", essentiellement conceptuelle et indexée sur le collectionneur, n'est ni esthétique ni matérielle et ressemble beaucoup aux produits dérivés. La question se pose alors : quelle pourrait être la valeur au dessous de laquelle le "Financial Art" ne pourrait descendre ? On cherche quelque chose qui ressemblerait au "ratio bancaire", ces réserves et fonds propres, exigés par la loi, de 8% à 12% des montants des crédits accordés par la banque, contrepartie de leurs prêts. Pour l'Art Contemporain une valeur analogue est pensable car les grands collectionneurs, maîtres des musées et des institutions, jouent en quelque sorte le rôle de la banque.

La France conservatoire mondial du "Financial Art"
Mais comme pour les produits dérivés, la seule solution trouvée jusqu'à présent à la crise est l'intervention de l'État. Or en France l'art est une entreprise publique. Tous les yeux se tournent donc vers elle. A juste titre ! Car elle joue un rôle majeur dans la conservation de la valeur de l'AC. L'Etat français dispose d'un corps dit "scientifique" d'"inspecteurs de la création", doués d'infaillibilité. Depuis trente ans, il achète avec l'argent public les oeuvres d'artistes vivant et travaillant à New York, dans une proportion (d'après moi) de 60% de son budget.
Ces oeuvres, l'essentiel du "Financial Art", sont sanctuarisées et surajoutées de façon pérenne aux collections prestigieuses et inaliénables d'art ancien et moderne. La loi interdit ici aux Institutions de revendre ces acquisitions, ce qui n'est pas le cas ailleurs. On peut prévoir alors sans mal qu'à l'avenir, les Américains et le monde entier viendront visiter en France, en même temps que le grand patrimoine, les "saintes reliques" du "Financial Art", les musées privés américains ne pouvant plus les exposer ou même les conserver, étant donné leurs graves difficultés et leur obligation de rentabilité. Ainsi on revient à cette valeur incompressible évoquée plus haut. Grâce à la légitimation établie par la Finance, la République et l'Église, la France est désormais le lieu de la transformation de la valeur financière, historiquement enregistrée sur le marché, en icône de ce fait révolu. L'objet a acquis, grâce à la garantie de l'Etat, une valeur irréductible, symbolique et sacrée, un peu comme la sandale perdue par Marie Antoinette avant d'enjamber la guillotine ou la petite culotte de Madona. A combien s'établira cette valeur en termes de cote ? Celle des fonds russes avant Eltsine ?

Paru dans les Echos, 25 mai 2009

(1) AC : acronyme de art contemporain, conçu par Christine Sourgins dans Les Mirages de l'Art contemporain afin de mieux percevoir qu'il ne signifie pas tout l'art d'aujourd'hui mais sa partie idéologique, conceptuelle et financière.
(2) Artension, avril-mai 2009, n°47, et sur Internet

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