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KERROS de  Aude

KERROS de Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

URL du site internet:

L'effondrement des marchés financiers à partir de septembre 2008 a affecté le marché de l'Art Contemporain qui lui est fonctionnellement lié. Après quelques mois de désarroi, ce marché offre aujourd'hui un spectacle presque rassurant grâce à un habile travail de communication et une stratégie de repli sur la place de Paris où l'Etat joue le rôle "d'animateur de marché".
Pourquoi Paris ? Les grands collectionneurs internationaux, assez riches pour ne pas vendre les oeuvres de leur collection en temps de crise, ne souhaitent pas "communiquer" sur ces signes de richesse fondés sur la spéculation, dans les lieux mêmes du scandale à New York et à Londres… les médias et l'opinion pourraient grincer des dents. La France, étant restée en dehors de ces pratiques, est un lieu neutre où l'on peut encore se montrer. Depuis toujours l'Art a ici une autre aura. De son coté, l'AC (1) est légitimé et sanctuarisé, par l'Eglise et l'Etat réunis, magnifié par son inclusion dans le patrimoine, et enfin intellectualisé par des théoriciens sans égaux. Quatre clergés contribuent à son culte : les inspecteurs de la création, des universitaires, des journalistes et des évêques. Paris est devenu le lieu où l'AC peut se montrer en "gloire" avec le soutien de l'Etat, des régions et des municipalités, sans créer de malaise.

L'année s'annonce pleine d'évènements valorisants : Le Monde du 5 septembre titre : "Les galeries parisiennes répondent à la crise par une rentrée très chargée". Le critique d'art le plus en vue,  Philippe Dagen, professeur d'histoire de l'art à la Sorbonne, y décrit de concert avec Harry Bellet, les réseaux, les collectionneurs, les prix sans qu'il ne soit plus question d'évoquer la valeur intrinsèque  des oeuvres. Harry Bellet dans Le Monde du 6 septembre titré "La recette de Xavier Veilhan pour occuper Versailles" nous informe sur son montage financier et, cerise sur le gâteau, annonce un achat de l'Etat… Ils font avec application ce qui ne se fait plus à New York : décrire un produit financier prometteur !
Les Nuits Blanches ont mis plus que jamais l'AC dans les monuments, églises, et grandes mosquées. Si le public baisse chaque année à la FIAC (2) et dans les lieux prévus à cet effet, l' "art urbain" se répand partout à Lyon, Nantes, Lille, Bordeaux, Toulouse… Les grandes municipalités font leur com' à grand frais et au détriment des musées et du patrimoine. L'AC bénéficie d'une légitimité populaire grâce à sa fonction d'amusement et d'animation des espaces publics. Cela donne une coloration "sociale" aux techniques de fabrication de la cote. Dans quelques mois l'ouverture de "Beaubourg Bis" à Metz apportera encore du brillant à l'image de la santé inaltérable de l'AC en France.
Pinault, garanti par l'Etat français, sacré par le monde anglo-saxon "pape et sauveur de l'AC" (3), ose pour la première fois intercaler dans les monstrations de sa collection, entre Hirst et Koons, l'oeuvre d'un Charles Matton, artiste qui vient de mourir et n'a cessé de  travailler en France. Il devenait urgent de faire un geste en direction du contribuable français ! La FIAC 2009 peut être alors la plus brillante de son histoire par l'afflux des collectionneurs étrangers et l'écho programmé dans les médias nationaux et internationaux. Le mot d'ordre "Venez à Paris" court partout ! La com' bât son plein ! L'AC est ressuscité !

Paris - New York… et retour ? 
New York a gagné le titre de capitale de l'art grâce à sa technique de fabrication financière de l'art en réseau. Ce procédé a remplacé la reconnaissance de la valeur artistique, "à la française", par un "milieu de l'art", ouvert, amateur et cultivé. En 1990 lors du précédent effondrement du marché de l'AC, l'activité n'a repris à New York que 7 ans plus tard, non sans avoir connu une contestation interne violente, dite "culturals wars", posant le problème de la valeur en soi. Elles ont été passées sous silence en France par nos grands quotidiens de référence. Une telle occultation serait aujourd'hui impossible avec Internet. L'effondrement de New York comme capitale de l'art n'avait pas été clairement perçu dans les années 90 mais aujourd'hui il n'en est plus de même… Les pays émergeants sont très conscients de la vacance du pouvoir et profitent activement de l'occasion pour se libérer d'un "soft power" offensif (4) subi et mal vécu. Le séduisant discours "multiculturaliste", ne les convainc pas beaucoup. Ces pays se tournent plus que jamais vers  l'UNESCO, et les Institutions Européennes, pour mener des jeux d'influence, mais cherchent aussi à créer des liens particuliers avec toutes les institutions, pays, cercles ayant une légitimité historique, une valeur artistique, une aura dans le domaine culturel. On perçoit dans ces démarches une recherche d'échanges d'une autre nature que financiers. Signe des temps : Une seule galerie chinoise à la FIAC cette année, de même pour l'Inde et le Brésil. Ils préfèrent avoir des galeries dans le 8ème arrondissement de Paris.

La nouveauté de la FIAC 2009
La conception anglo-saxonne de l'art financier se voit de plus dans la présentation même de la FIAC : La marchandise la plus précieuse est sanctuarisée au Grand Palais, uniquement accessible à un public aisé (29 euros) ou invité. Sont présentes les puissantes galeries venant des pays anglo-saxons et de l'Europe de l'Ouest. Cette année il y très peu de Russes et pour ainsi dire pas de pays "émergeants". Le marché international s'est d'évidence fracturé, de nouvelles stratégies sont en cours... Cela reflète le fait que le dollar n'est déjà plus la seule monnaie d'échange internationale. L'AC par conséquent ne sera plus non plus la seule référence de la valeur de l'art.
Pour l'image et pour éviter les critiques d'ostracisme faites à l'égard des institutions, quelques galeries autrefois exclues ont fait leur retour. La galerie Claude Bernard par exemple, chassée au début des années 90 pour délit de peinture réapparaît pour présenter un peintre.
Par ailleurs la stratégie de Christie's et de Sotheby's élaborée depuis 2000 apparaît dans toute sa splendeur : Son présentés à la FIAC, mêlées, les oeuvres contemporaines et modernes, afin de prouver qu'elles sont vouées au même destin, l'immortalité que confère l'histoire, malgré leur différences de nature les unes conceptuelles et les autres picturales. Pour en faire la preuve, un "musée" est installé en majesté, en son centre montrant des oeuvres majeures du XXème siècle. Queue, gardiens, solennité du lieu, tout concourt à impressionner les futurs acheteurs d'oeuvres AC ou à les inciter à ne pas s'en débarrasser. A la Cour du Louvre les artistes "émergeants" sont aussi parqués et magnifiés, présélectionnés pour faire leur entrée dans les réseaux…
Autour gravitent les "off" officiels et officieux… C'est tout un monde hiérarchisé par la possession de l'argent qui apparaît pendant ce court temps de la FIAC… Les autres critères qui justifient la mise en gloire ou non des oeuvres restent obscurs et rarement formulés dans les textes critiques. Cet aspect très mercantile de la pratique de la collection d'art est celle d'une nouvelle classe, enrichie dans des activités financières, mais au demeurant inculte.
C'est très différent de la conception parisienne des salons depuis le 18ème siècle, accessibles à tous et fréquenté par l'ensemble de la société.

Profiter de cette stratégie passagère pour rendre à Paris sa place naturelle. 
C'est en cela que la France ferait mieux de penser à ses propres intérêts au lieu de servir le jeu anglo-saxon pourtant à l'origine d'une propagande menée contre elle et Paris de façon professionnelle et récurrente depuis 50 ans. (5) Paris n'a jamais cessé d'être  une capitale de l'art même si elle n'est pas une capitale financière. … elle reste la référence dans le domaine de la création et des échanges intellectuels au plus haut niveau, n'empruntant pas forcément  pour cela les circuits de la communication mercantile. Des artistes du monde entier viennent y vivre et y travailler même si le marché et leurs galeries sont ailleurs. Ici les collections sont secrètes et les travaux intellectuels ne sont pas forcément pris en compte par les médias les plus visibles.
Malheureusement, il n'y a en France qu'un seul réseau de consécration : celui de l'Etat qui travaille avec NY (6), envers et contre tout depuis 1984. Il absorbe tout l'espace médiatique, détourne l'argent du mécénat pour servir un système archaïque, qui consiste à diriger la création par l'entremise "d'inspecteurs de la création", dernière survivance d'un totalitarisme artistique dont le prototype, "les ingénieurs de l'âme en chef", crées par Staline en 1944 a disparu en 1993. Pour légitimer de tels comportements, des inspecteurs s'adonnent à des contorsions comiques pour faire passer l'AC pour un Service Public, un bienfait social… et faire oublier le produit financier en gestation fabriqué avec l'argent du contribuable. Par exemple la FIAC 2009 a prévu en son sein des colloques sur les thèmes suivants : "Art contemporain et développement durable", "Art et recyclage - Dépasser les contradictions". "Art et patrimoine - faire vivre la mémoire", "L'art contemporain comme facteur d'identité de la commune", etc.

Que faire pour pérenniser cette soudaine visibilité de Paris ?
Paris ne retrouvera sa suprématie que si elle garde son atmosphère particulière et son non conformisme. L'idéal pour cela serait de supprimer le principal obstacle à tout changement : le corps des inspecteurs de la création, ou du moins de les fondre dans un cadre plus large que celui de la direction de la création, ou de les initier à l'histoire de l'art pour atténuer, autant que faire se peut, leur bigotterie conceptuelle… Peut-on imaginer que toute la création de ce pays soit sous la férule de personnes qui sont les mêmes quarante ans durant, sans que rien ne puisse les mettre en question ? A-t-on jamais vu un tel immobilisme ? Peut-on imaginer le même rond de cuir "gérant" Delacroix, Monet et Cézanne au cours de sa carrière ?


 (1) AC : Acronyme de "Art contemporain" utilisé par Christine Sourgins dans dans les "Mirages de l'Art contemporain", éditions de la Table Ronde, ce qui ne signifie pas tout l'art d'aujourd'hui mais une idéologie qui ne reconnaît comme actuel que son étroite partie conceptuelle
(2) Entrées à la FIAC : En 2006 :  85 000 visiteurs, 2007 72 000 visiteurs, en 2008 :  65 000 visiteurs

(3) La "Power list 2009" établie en grand secret  par "Art Review" sacre Pinault (n°6), Arnault (n¨49), un fonctionnaire Alfred Paquement (n°18), un galeriste pratiquant Emmanuel Perrotin (n°64) le New York Paris et une artiste vivant et travaillant à New York Louise Bourgeois (n°75). Un homme des médias Nicolas Bourriaud commissaire de la Triennale à Londres ((n° 68)
(4) Exemple : Les négociations musclées en Corée en 2008 pour ouvrir massivement ce pays aux films américains, condamnant ainsi une forte industrie du cinéma locale
(5) La dernière manifestation très visible étant l'article de commande paru dans l'édition internationale du "Time Magazine" de Donald Morrisson le 27 novembre 2007, 7 pages titrées "The Death of French Culture"
(6) Les inspecteurs de la création en dépensant pendant un quart de siècle 60% du budget alloué à l'achat d'oeuvres aux artistes "vivant et travaillant à New York", dans des galeries newyorkaises ont  liquidé ainsi la place de Paris

(...) (site endommagé en 2013)
... (1) se sont poursuivies à Londres et à Shangaï, elles viennent d'avoir lieu à Paris. Quel bilan ? Et une question : krach ou pas krach ? Si l'on en croit Tobias Mayer, commissaire priseur à Manhattan au "glamourous look and cosmopolitan aura", tout va bien : "Nous sommes très heureux de ce qui nous arrive". Il déclarait d'ailleurs à peu près la même chose en novembre dernier. Que veut-il dire ? La situation est la suivante : les professionnels et experts -qui sont souvent des "animateurs" du marché - font des évaluations de baisse de 20% à plus de 50%, avec un taux d'invendus d'environ 50%. Malgré l'incertitude que soulèvent ces grands écarts d'estimation, on peut seulement dire que le marché ne s'est pas effondré comme en 1990.
A la différence de 1990, l'effondrement n'a pas été immédiat et total... Les collectionneurs jouaient alors chacun pour soi, en empruntant aux banques pour payer à la galerie une oeuvre afin de la revendre quelques mois plus tard, sa valeur ayant doublée.  Au moment de la crise financière, ils ont été obligés de vendre pour rembourser les banques. Aussi quand le marché reprend quelques années après,  il n'est plus question de collectionner sans assurer ses arrières en entrant dans un réseau solidaire, où la règle est d'être propriétaire de l'oeuvre. "L'Art Contemporain" est alors devenu un produit financier sécurisé, un produit dérivé. La méthode de fabrication de la valeur en réseau évolue en passant d'un système horizontal d'entente à un système vertical de "trust". Les réseaux sont dominés par de grands collectionneurs qui possèdent maisons de vente, médias, fondations, galeries etc. Il devient alors possible de "gérer" les crises... et même de les utiliser à profit, ce qui s'est produit par exemple en 2002, lors de l'explosion de la bulle Internet. Pourquoi n'en serait-il pas de même aujourd'hui ?

Gérer la crise c'est d'abord maitriser la com'
Pour l'instant les stratégies de communication fonctionnent bien.
- Vendre moins d'oeuvres. Choisir des artistes aux réseaux solides, confirmés par les Institutions.
- Estimer bas pour faire apparaître des hausses ou minimiser les baisses.
- Jouer de la confusion entre "Art moderne" et "AC"en les mêlant dans les mêmes ventes sous le même label. Ainsi les prix élevés atteints en mai à NY par Calder et David Hockney ont permis de masquer les baisses enregistrées sur l'AC. A Paris lors des ventes du 27 Mai chez Christie's, sous l'appellation "Art contemporain" on trouve mélés : Mathieu, Atlan et Fautrier, avec Buren et Morellet… C'est le fond d'atelier des Lalannes qui assure le relatif succès de toute la vente !
- Occulter les mauvaises ventes. Ainsi le 17 mars 2009 chez Christie's, avenue Matignon, François Pinault organise afin de valoriser les cotes des artistes "les plus chers du monde" de sa collection,  une "vente de charité" au profit d'une association contre le cancer. Il prend la précaution de demander aux artistes de "donner" une oeuvre afin que l'on ne puisse pas dire que des collectionneurs s'en débarrassent.  Si l'évènement caritatif et mondain fut annoncé, personne ne commenta le résultat : baisse de 20% à 60% par rapport aux estimations basses et très peu d'oeuvres vendues un peu au dessus...

Le 'Financial Art' sanctuarisé en France
L'AC a perdu aujourd'hui probablement moins que les produits dérivés. Une baisse moyenne, supérieure ou égale, à 50 % ? "Aujourd'hui la valeur de ce produit artistique spéculatif est indexé sur les très grands collectionneurs médiatiques. Tant qu'ils ne vendent pas la valeur est conservée, elles deviennent des "capitaux non productifs", observe très justement François Derivery. Mais qu'en est-il de l'avenir plus lointain, sachant que ni le marché financier ni le marché de l'AC n'ont encore touché le fond ? Contrairement à l'art ancien ou moderne dont la valeur s'estime à la qualité intrinsèque de l'oeuvre, la valeur du "Financial Art", essentiellement conceptuelle n'est ni esthétique ni matérielle. La question se pose alors: quelle pourrait être la valeur au dessous de laquelle le 'Financial Art' ne pourrait descendre ? Une sorte de "ratio" bancaire ? Les grands collectionneurs, maîtres des musées et des institutions, jouant le rôle de la banque ? Ainsi on revient à cette valeur incompressible évoquée plus haut. L'objet controversé a acquis grâce à la garantie des institutions et des médias, une valeur  historique, symbolique et sacrée.. A combien s'établira plus tard cette valeur en termes de cote ? On peut imaginer une "valeur de vestige archéologique" tels que les assignats de la Révolution, les titres de Law ou les fonds russes...
Il est certain que la France à ce titre devient le pays de référence pour le 'Financial Art'. En effet grâce à son corps d'Inspecteurs de la Création, fondement de "l'exception culturelle française", celui-ci y est thésaurisé. En effet, ce corps d'exception pendant 30 ans a consacré 60% du budget destiné aux achats d'oeuvres d'artistes vivants, à effectuer des acquisitions auprès des galeries newyorkaises pour des "artistes demeurant et travaillant à New York". Ces oeuvres sont désormais inaliénables, à jamais inscrites dans notre patrimoine le plus prestigieux et les conservateurs ont le devoir de les exposer au milieu des collections anciennes. Le Louvre, Versailles, le Grand Palais, châteaux, églises et cathédrales du grand patrimoine leur servent d'écrin. L'Etat garantit leur pérennité. Pendant ce temps-là, les Musées américains privés, très menacés semblent ne plus pouvoir garder toutes leurs collections et même ouvrir leurs portes pour les montrer.
Les touristes américains pourront donc toujours venir contempler en France leur patrimoine merveilleusement présenté dans le nôtre. Une raison de plus de faire un traditionnel "Grand Tour" et de venir en France…

A quoi sert l'Art contemporain dans les Eglises ?

Publié dans En France

Il est devenu aujourd'hui banal pour celui qui entre dans une église, en fidèle ou en touriste, d'y voir des installations d'Art contemporain. La question surgit invariablement que signifient-elles ? Quel rapport avec le lieu, son histoire et sa fonction ?
Toute personne un peu cultivée sait aujourd'hui que "l'installation" est une pratique conceptuelle inspirée de Marcel Duchamp. Son principe est le "détournement" d'objets et de lieux dans le but de déstabiliser "le regardeur" et de modifier le sens du lieu et de l'objet détourné, dans le meilleur des cas à des fins "critiques". Cette démarche définit "l'AC" (1)

Petite histoire d'une prise de pouvoir
L'on sait que l'Etat et les communes ont en charge le patrimoine que constituent les églises construites avant la loi de 1906 de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais depuis les années quatre-vingts le Ministère de la Culture s'intéresse tout particulièrement aux commandes d'art sacré. A partir de 1987, date de la construction de la cathédrale d'Evry, où la rue de Valois a joué un rôle dominant, cette démarche est devenue systématique et organisée. L'objectif est de procurer des commandes d'Etat aux artistes officiels. Il convenait donc alors de donner à un art officiel, exclusivement conceptuel et peu prisé par le public, une légitimité par inclusion inamovible dans le patrimoine.
Commande publique démultipliée - Au cours des années 80
et le début des années 90, ces commandes ont concerné essentiellement les vitraux des églises les plus remarquables du patrimoine. Démarche qui n'était pas en rupture, si ce n'est par l'importance du phénomène et le parti pris étroitement conceptuel, avec le mouvement initié après guerre pour remplacer les vitraux détruits par les bombardements dont on sait qu'ils ont donné lieu alors à quelques chefs d'oeuvre, abstraits ou figuratifs, d'une grande diversité d'expressions.
Apparition des installations - Vers la fin des années 90
on vit arriver massivement dans les églises des "installations" éphémères. Ces "oeuvres d'AC" étaient l'occasion de distribuer quelques cachets et de faire apparaître un nom d'artiste grâce à un évènement suffisamment spectaculaire pour émouvoir les médias. Seuls les lieux "sacrés" rendent possibles transgressions, blasphèmes et "détournements" significatifs en mesure d'attirer leur attention.
Développement de l'animation - A partir des années 2000
une troisième étape est franchie : Les églises deviennent des lieux d'animation culturelle. Elles participent désormais à de grandes fêtes ludiques qui n'ont plus rien à voir avec des "concerts spirituels". Les "Nuits Blanches" en sont un exemple type. Les églises offrent leurs lieux aux organisateurs d'évènements qui captent, au profit d'une oeuvre à valoriser, le grand battage médiatique. C'est aujourd'hui un des moyens les plus efficaces, et les moins onéreux puisque gratuit, pour acquérir une visibilité et travailler une cote. Dans cet esprit il faut aussi citer les évènements estivaux et touristiques. "L'art dans les Chapelles" en Bretagne en est l'exemple type, partout imité. Cette "animation" qui existe depuis 16 ans, la première du genre, capte les circuits et les flux de visiteurs au profit de l'AC institutionnel, offrant en retour des évènements repris par les médias. La fréquentation des lieux s'en trouve augmentée. Tout le monde y trouve son compte sauf peut être les visiteurs obligés de subir ce parasitage à finalité commerciale.
Le rôle de "partenaire"
La fin de la décennie voit apparaître une dernière forme de collaboration entre l'Eglise et l'Etat : Les églises deviennent des annexes des grandes foires et expositions d'AC. Par exemple en mai 2009, l'Eglise Saint Eustache à Paris est devenue un des lieux "off", une annexe de la grande exposition d'art officiel au Grand Palais : "La Force de l'Art". Une installation des fameux Pierre et Gilles occupa tout le temps de l'exposition la chapelle du baptistère. De mai à octobre 2009, à Metz, dans le cadre d'une exposition dispersée dans la ville : "Constellations", en avant première de l'ouverture de Beaubourg, Metz, l'église des Trinitaires, en "partenaire" accueille une installation d'Anish Kapoor.
L'AC comme objet liturgique
Au même moment apparaît une nouvelle pratique: Une installation est mise en lieu et place des objets liturgiques, servant à la célébration de la messe de Pâques en la cathédrale de Gap : Un Christ assis sur une chaise électrique dans une position qui fait penser à une Piéta. Cette oeuvre de Paul Fryer a été prêtée pour l'occasion par son collectionneur François Pinault qui en fabrique savamment la cote. Après ce scandale dûment médiatisé, l'oeuvre réapparaît en juin à Dinard, "clou" de l'exposition phare de l'été : "Qui a peur des artistes ?". Ce grand capitaine des finances y présente sa collection. A la fin de processus que l'on peut ici observer, il y aura tôt ou tard une vente chez Christie's dont Pinault est d'ailleurs propriétaire …
Cette année on a vu réapparaître à la Foire "Art Paris" une oeuvre de Philippe Perrin, la couronne d'épines géante en barbelé : "Heaven", exposée lors des "Nuits Blanches" de 2006 devant l'autel, dans le coeur de Saint Eustache. Elle fut présentée à la vente avec son cursus, sa précieuse polémique et son délicieux parfum de "scandale".

L'Eglise et l'Etat dans le domaine de l'art ne sont plus séparés depuis vingt ans …
Quelle est donc la finalité d'une telle "politique" ?
On s'aperçoit en essayant de comprendre cette situation inédite que chacun des acteurs de ce jeu erratique a des objectifs très différents.
Pour l'Etat et son clergé "d'inspecteurs de la création"
le but est de légitimer ses choix idéologiques, esthétiques et budgétaires par une inclusion dans le patrimoine, le sacré et l'Histoire. L'Etat dirige la "création" en France (2) et non plus seulement la "culture".
Pour l'ensemble du réseau qui forme la valeur
de l'oeuvre et en particulier pour les collectionneurs, l'inclusion dans les lieux historiques et sacrés, offrant prestige et possibilité de scandale médiatisé, augmente automatiquement la cote de l'objet par son inscription dans l'Histoire de l'art. C'est la technique mise au point dans les années 90 de la fabrication de la valeur des objets qui n'ont pas de valeur intrinsèque.
Pour l'Eglise et ses fonctionnaires
les avantages sont plus psychologiques que matériels. Grâce à l'AC, ils sont acceptés par les grands de ce monde et quittent la situation inconfortable de la marginalité dans un monde peu ouvert à la transcendance. Ils acquièrent, par simple contact d'image, les vertus de l'AC : jeunesse, actualité, visibilité. Sincères cependant, ils prêtent à l'AC des vertus chrétiennes: l'amour des autres, la perpétuelle remise en cause de la nature pécheresse, la compassion pour tout ce qui est souffrant et déchu.
Les artistes
cherchent eux des lieux forts pour bâtir un concept qui fasse choc, ce qu'aucun musée d'art contemporain, galerie ou centre d'art, par ailleurs peu fréquentés, ne peuvent fournir. C'est ce qui motive le mot de Claudio Parmiggiani lors du discours d'inauguration de son oeuvre au Collège des Bernardins : "Quand on fait un trou dans un monument historique ou sacré on en sort du sang". De cette violence naît l'oeuvre conceptuelle. Il faut savoir que le "plan com." fait partie intégrante de l'oeuvre conceptuelle. Dans une société marquée par la technologie des médias, rien n'existe, n'accède à l'être sans les médias.

Le "regardeur" est un voyeur
Et le public dans tout cela ? Ces pieuses installations sont en réalité de savants dispositifs de nature sadomasochiste, élaborés pour piéger à la fois l'artiste qui les crée, les institutionnels, le clergé, les collectionneurs, les médias. Tout le monde est à la fois bourreau et victime … Chaque acteur instrumentalise l'autre en vue d'un bénéfice matériel ou psychologique fondé sur la manipulation du public. Le "regardeur" d'AC, est ainsi à son insu mis dans la position du voyeur de ces jeux savants dignes du célèbre marquis. Le "regardeur" est d'évidence pris en otage pour le plus grand profit du Financial Art … mais pour combien de temps encore ?
Viendra le jour où le "regardeur enfin avisé" connaissant la clef du mystère de la fabrication de la valeur en réseau, posera un oeil distancié et critique sur cet art qui a envahi les lieux de culte.

Malgré les "médiateurs" prêts à tout expliquer, les "regardeurs" se faisaient rares en Mai 2009, à "La Force de l'Art" (3), à Saint Eustache comme au Grand Palais … En face, au Petit Palais, on fait la queue, on se bouscule. Point de "regardeurs", mais des "contemplateurs", se pressant devant les Icônes du Mont Athos. Manifestement le public se console. Serait-il en attente d'autre chose ?


(1) AC, acronyme de "Art contemporain" employé par Christine Sourgins dans "Les Mirages de l'Art Contemporain" Editions de la Table Ronde, permettant de distinguer cette idéologie particulière de l'art, d'essence essentiellement conceptuelle, de toute la diversité que comprend l'art d'aujourd'hui.
(2) Ceci depuis les dispositions réglementaires de 1982 créant un certain nombre d'institutions intervenant très fortement sur tous les aspects de la création. En 1993 la création du corps des "Inspecteurs de la création" complète ce dispositif.

(3) Les visiteurs de Saint Eustache et des autres "off" furent comptabilisés comme spectateurs de cette grande démonstration officielle pour cacher autant qu'il se peut l'indifférence du public. Le choix officiel étroitement conceptuel et invariable depuis trente ans n'a toujours pas convaincu.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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