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KERROS de  Aude

KERROS de Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

URL du site internet:

'Financial Art' : krach ou pas krach ?

Publié dans De par le monde

'Financial Art' : krach ou pas krach ?

(...) (site endommagé en 2013)
à New York, Londres et Shanghai, la valeur de l'Art Contemporain a-t-elle également chuté ?
En France le spectacle permanent de "l'Art Contemporain" triomphant ne cesse pas, au contraire de New York. La farandole des "artistes les plus chers du monde" continue à virevolter sous nos yeux ébahis : Jeef Koons a connu les prolongations à Versailles, David La Chapelle a pris le relais sous les ors et lambris du Palais de la Monnaie, Yan Pei Ming entend enterrer la Joconde salle Denon au Louvre, Richard Serra voit ses oeuvres restaurées à la Défense, Paul Fryer expose son "Christ sur sa chaise électrique" dans la cathédrale de Gap, Pierre et Gilles leur "Vierge Attention Travaux" à l'Église Saint Eustache.
François Pinault qui collectionne tous ces artistes, traverse habilement la crise en exposant sa collection partout dans les lieux prestigieux du patrimoine et dans les églises. Il la combat en acquérant pour ses oeuvres la légitimation républicaine et la sacralisation de l'Église catholique, apostolique et romaine. Les médias sont convoqués, cela ne coûte rien, l'illusion demeure.
En 2009, comme en 1990, "l'Art Contemporain" connaît la crise partout sauf en France où il est une affaire d'État. Certaines galeries qui travaillent en réseau avec le Ministère n'ont pas à s'inquiéter, elles ne fermeront pas comme à New York ou Shanghai. Les professionnels, "animateurs du marché", peuvent répéter leur discours en boucle dans les médias: "Les baisses sont normales, il y a eu un emportement du marché, la crise permet un réajustement, les valeurs les plus sûres résistent, les moins bons artistes disparaissent, etc. La situation est même meilleure qu'en 90. Tout reprendra comme avant". Qu'en est-il ?

Les dispositifs de sécurité fonctionnent encore
Il est vrai qu'à la différence de 1990, l'effondrement n'a pas été immédiat et total... A cette époque là les collectionneurs jouaient chacun pour soi, de façon individuelle et désordonnée, en empruntant aux banques pour payer à la galerie une oeuvre d'art qu'ils pensaient revendre quelques mois plus tard, sa valeur ayant doublé. C'était le grand jeu... Hélas, la crise arrivant, ils ont été obligés de vendre immédiatement pour rembourser les banques.
Quand le marché reprend quelques années après, ce souvenir cuisant est dans toutes les mémoires. Cette fois-ci il est hors de question de collectionner sans assurer ses arrières en entrant dans un réseau solidaire, où la règle est d'être propriétaire de l'oeuvre et de ne pas en disposer sans obéir à une stratégie commune. "L'Art Contemporain" devient alors un produit financier sécurisé, un produit dérivé en quelque sorte. La méthode de fabrication de la valeur en réseau a alors évolué passant d'un système horizontal "d'entente" à un système vertical de "trust". Les réseaux sont dominés par de grands collectionneurs qui possèdent maisons de vente, médias, fondations, galeries etc. Il devient possible ainsi de gérer les crises... et même de les utiliser à profit, ce qui s'est produit par exemple en 2002, lors de l'explosion de la bulle Internet. Pourquoi n'en serait-il pas de même aujourd'hui ?

Gérer la crise c'est d'abord maitriser la "com"
Les effets de "com" sont importants aujourd'hui et rares sont ceux qui savent que le spectacle de la réalité, et la réalité, divergent. Être informé est un privilège qui exige connaissances, temps, travail et curiosité... Pour illustrer ce décalage, citons pour l'exemple un évènement parisien récent, très médiatisé, destiné à valoriser les cotes des "artistes les plus chers du monde". Il s'agit d'une "Vente de Charité" au profit d'une oeuvre contre le cancer, ayant eu lieu le 17 mars 2009 chez Christie's, avenue Matignon. Cette initiative intervient après la prestigieuses vente "Saint Laurent-Berger" d'art ancien et moderne qui a fait penser que l'art en France, n'est pas affecté par la crise et constitue une valeur refuge idéale. Un transfert d'image est donc possible quelques semaines avant les ventes redoutées d'Art Contemporain à New York au mois de mai.
François Pinault, l'initiateur, prend la précaution de demander aux artistes de sa collection de "donner" une oeuvre afin que l'on ne puisse pas dire que des collectionneurs s'en débarrassent. Toute la presse annonça l'évènement caritatif et la soirée chez Christie's brilla par l'affluence des "people" dont les magazines ont commenté robes, costumes et accessoires en citant leurs marques prestigieuses. Malheureusement, les portefeuilles restèrent clos et il y eut peu ou pas de compte-rendu de la vente elle-même. Catalogue, estimations et résultats sont néanmoins accessibles chez Christie's. Il en ressort une baisse de 20% à 60% par rapport aux estimations basses... De très rares oeuvres étant vendues un peu au dessus...

Où se situe la valeur incompressible du "Financial Art" ?
L'AC (1) a perdu probablement moins que les produits dérivés. Une baisse moyenne, supérieure ou égale, à 40 % ? François Derivery dans un article (2) approfondi résume la situation: "Aujourd'hui la valeur de ce produit artistique spéculatif est indexé sur le collectionneur, lui-même médiatique. Les très grands collectionneurs, uniques producteurs de la valeur artistique, ne peuvent de fait ni perdre ni se tromper. Tant qu'ils ne vendent pas la valeur est conservée. Les oeuvres deviennent des "capitaux non productifs"... qu'ils peuvent faire circuler entre eux pour produire de temps à autre une cote en toute sécurité.
Mais qu'en est-il de l'avenir plus lointain, sachant que ni le marché financier ni le marché de l'AC n'ont encore touché le fond ? Contrairement à l'art ancien ou moderne dont la valeur s'estime à la qualité intrinsèque de l'oeuvre, la valeur du "Financial Art", essentiellement conceptuelle et indexée sur le collectionneur, n'est ni esthétique ni matérielle et ressemble beaucoup aux produits dérivés. La question se pose alors : quelle pourrait être la valeur au dessous de laquelle le "Financial Art" ne pourrait descendre ? On cherche quelque chose qui ressemblerait au "ratio bancaire", ces réserves et fonds propres, exigés par la loi, de 8% à 12% des montants des crédits accordés par la banque, contrepartie de leurs prêts. Pour l'Art Contemporain une valeur analogue est pensable car les grands collectionneurs, maîtres des musées et des institutions, jouent en quelque sorte le rôle de la banque.

La France conservatoire mondial du "Financial Art"
Mais comme pour les produits dérivés, la seule solution trouvée jusqu'à présent à la crise est l'intervention de l'État. Or en France l'art est une entreprise publique. Tous les yeux se tournent donc vers elle. A juste titre ! Car elle joue un rôle majeur dans la conservation de la valeur de l'AC. L'Etat français dispose d'un corps dit "scientifique" d'"inspecteurs de la création", doués d'infaillibilité. Depuis trente ans, il achète avec l'argent public les oeuvres d'artistes vivant et travaillant à New York, dans une proportion (d'après moi) de 60% de son budget.
Ces oeuvres, l'essentiel du "Financial Art", sont sanctuarisées et surajoutées de façon pérenne aux collections prestigieuses et inaliénables d'art ancien et moderne. La loi interdit ici aux Institutions de revendre ces acquisitions, ce qui n'est pas le cas ailleurs. On peut prévoir alors sans mal qu'à l'avenir, les Américains et le monde entier viendront visiter en France, en même temps que le grand patrimoine, les "saintes reliques" du "Financial Art", les musées privés américains ne pouvant plus les exposer ou même les conserver, étant donné leurs graves difficultés et leur obligation de rentabilité. Ainsi on revient à cette valeur incompressible évoquée plus haut. Grâce à la légitimation établie par la Finance, la République et l'Église, la France est désormais le lieu de la transformation de la valeur financière, historiquement enregistrée sur le marché, en icône de ce fait révolu. L'objet a acquis, grâce à la garantie de l'Etat, une valeur irréductible, symbolique et sacrée, un peu comme la sandale perdue par Marie Antoinette avant d'enjamber la guillotine ou la petite culotte de Madona. A combien s'établira cette valeur en termes de cote ? Celle des fonds russes avant Eltsine ?

Paru dans les Echos, 25 mai 2009

(1) AC : acronyme de art contemporain, conçu par Christine Sourgins dans Les Mirages de l'Art contemporain afin de mieux percevoir qu'il ne signifie pas tout l'art d'aujourd'hui mais sa partie idéologique, conceptuelle et financière.
(2) Artension, avril-mai 2009, n°47, et sur Internet

L'Art et la "Très Grande Crise"

Publié dans De par le monde

L'Art et la "Très Grande Crise"

(...) (site endommagé en 2013)
est le dénouement d'un ensemble d'évènements qui se sont déroulés depuis un demi-siècle. Tous ici avons traversé ce temps, en totalité ou en partie. Nous avons connu 50 ans de métamorphoses comme il s'en est peu souvent produit dans l'Histoire de l'Art.
Nous avons eu du mal à comprendre la nature de ces évènements en raison de leur rapidité, de leur nouveauté. Un fait s'est produit qui a changé nos vies d'artistes : Paris qui était la capitale des arts a soudain perdu cette réputation. Paris attirait le monde entier, pour participer à son "milieu de l'art" rassemblant depuis le XVIIIème siècle : artistes et esprits libres aux opinions, religions, milieux sociaux ou états de fortune les plus divers. C'était un milieu relativement affranchi de ce que les théoriciens de l'art appellent aujourd'hui "l'englobant", comprenez par là l'économie, le marché, le pouvoir dominant. Cet espace de liberté et de diversité, de non-conformisme, exceptionnel dans la vie sociale, fécondait les créateurs, leur permettant de réaliser une oeuvre exprimant la personne dans toute son individualité. On pourrait voir là le ressort de la modernité.
Que s'est-il donc passé ?
Jusqu'aux années 60, toute la vie intellectuelle et artistique avait lieu sous nos yeux, dans les cafés, les salons, les ateliers. Les journaux faisaient l'écho de la moindre dispute, publiait les manifestes, les critiques d'art étaient curieux de découvertes.

Après la guerre, ce milieu de l'art, libre et divers, apparut comme un danger et un enjeu politique
Ce milieu, en Europe de l'Ouest, était fortement séduit par les idées communistes. En France, comme en Italie, le Parti est très actif dans le monde des arts, offrant réseaux, lieux d'exposition, possibilités éditoriales. C'est une importante filière de reconnaissance en l'absence d'administrations culturelles. 
L'Amérique dès la fin des années 40 avait compris qu'elle ne gagnerait la guerre froide que si elle devenait à son tour la référence artistique du monde. Pour cela, elle devait fournir un circuit international de reconnaissance pour les artistes et intellectuels du monde entier, comme le faisait efficacement l'URSS depuis les années 20. La Tâche paraissait au premier abord insurmontable : l'Europe en général, la France en particulier, était tout à la fois le lieu de la transmission des savoirs millénaires et le lieu de l'innovation.  Il fallait donc à la fois leur arracher la faculté de transmettre "le grand art" et de produire des "avants gardes". L'Amérique alors ne disposait ni de l'un ni de l'autre. C'est ainsi que les Américains par le truchement de leurs Universités et de leurs Fondations, ont mis en oeuvre des stratégies pour destituer Paris. Cela rendit l'opération à la fois invisible et indolore. Ils s'employèrent à donner d'abord une image retouchée d'une Amérique intellectuelle, cultivée, tolérante et d'avant-garde, diffusée par Hollywood, par les tournées en Europe d'expositions et de concerts. On montrait des artistes abstraits, on traduisait les auteurs susceptibles de plaire aux intellectuels européens, alors même que ces produits d'exportation apparaissaient, dans l'Amérique maccarthiste, comme des œuvres "communistes", ou même "dégénérées".

En 1955,
un problème surgit, tous les expressionnistes abstraits étant morts, l'Amérique se trouva en panne d'avant-garde pour l'exportation … Il n'était plus temps d'ailleurs de promener les artistes américains en Europe. Il fallait désormais attirer les artistes et les avant-gardes à New York.
Où trouver une avant-garde non communiste ? Ils repèrent quelques artistes anglais, inventeurs du POP, ils aperçoivent un tout petit cercle d'artistes américains autour de Duchamp, Cage et Breton. Ils vont chercher un à un les artistes américains installés à Paris pour les inciter de rentrer à New York ... où les galeries les attendent, leur dit-on. On entendit pour la première fois la rumeur "Plus rien ne se passe à Paris"... rumeur qui revient avec exactitude tous les deux ans, entretenue par de subtiles campagnes de presse dans l'international, une des dernières en date étant l'article de Donald Morrisson dans le Time Magazine en novembre 2007. S'il est impossible de créer un "milieu de l'art" ex nihilo,  il est tout à fait  possible de remplacer la consécration toujours lente et complexe par le "milieu de l'art", comme en France, par une consécration par le marché. Le galeriste Leo Castelli inventa la méthode à appliquer pour fabriquer une cote et une célébrité en deux ans : Il fallait travailler en réseau avec des galeries amies, des fondations et des collectionneurs, et ce en Amérique et dans l'international. Reste à capter la légitimité française.

Vers 1958,
tous les courants possibles et imaginables sont là à Paris, en concurrence et en effervescence … Mais on perçoit aussi dans l'air un sentiment d'usure, d'interrogation, une sorte de crise de la modernité en art. Que pouvait-on inventer de vraiment  nouveau ? Le discours politique sur l'art, très prégnant alors, apportait plus de confusion que de remède … Le critique Pierre Restany élabora alors une théorie et rassembla des artistes pour l'illustrer. Il proclama de façon spectaculaire un manifeste à Milan sous la forme d'un happening néo-dadaïste; je cite : "la peinture de chevalet est morte … Elle est remplacée par la passionnante aventure du réel, perçu en soi … C'est la réalité sociologique qui est assignée à comparaître". Un pénis érigé sur la place de la cathédrale explosa en bouquet  pyrotechnique : le Nouveau Réalisme était né. L'évènement ne passa pas inaperçu à New York. La proposition de Restany ne comportait ni message politique, ni esthétique ... C'est l'art qui changeait de définition. Que souhaiter de mieux ?  Le problème des avant-gardes, à trouver à tout prix pour faire tourner la machine à consacrer, était résolu. Plus besoin n'était d'art à remettre en cause pour avoir une nouvelle avant-garde. Celle-ci devenait permanente. Paris était destitué.

En 1962,
le galeriste Sydney Jaris organisa une rétrospective des Nouveaux Réalistes à New York qui fonctionna comme un piège. Pierre Restany apporta sa théorie, son aura d'avant garde, ses artistes. Mais il ne connaissait pas les modes de fonctionnement en réseau. On glissa à son insu dans l'exposition quelques artistes du cru dont Warhol. Puis Restany fut tenu à l'écart. Ainsi se produisit, en douceur, le transfert de légitimité.
En 1964, Warhol eut son exposition en solo à la Stabble Galery avec une accumulation de boites Brillo. Un philosophe, Arthur Danto, fut invité … La vue de ce spectacle le mit de mauvaise humeur… Alors qu'il ruminait sa "déception", il se mit à appliquer les raisonnements propres à la philosophie analytique dont il était un représentant et constata que ce qu'il avait vu était sans nul doute de l'art puisqu'il avait reçu un carton, assisté à un vernissage, consulté une liste de prix et aperçu d'autres visiteurs comme lui ?... Il conclut : "Est de l'art ce qui est considéré comme tel par la société". Il écrivit un article qui fit référence. New York venait de produire sa première théorie de l'art … Le dernier obstacle pour destituer Paris venait d'être franchi. En 1964, à la Biennale de Venise, le prix toujours attribué à un peintre français, fut dévolu à un new-yorkais, Rauschenberg, plus conceptuel que peintre. La machine à consacrer était en marche. On assista, à l'apparition soudaine sur la scène internationale d'artistes inconnus à Paris. Il fallait à peine deux ans aux réseaux pour qu'un artiste coopté acquière la renommée internationale ... Le système se perfectionna au cours des années 70 par la création de grandes foires internationales, en commençant par celle de Bâle.

Dix ans après, en 1974,
des traités commerciaux sont négociés à Moscou entre l'URSS et l'Amérique. L'URSS manque de blé ! Pendant les négociations, des artistes dissidents exposent des installations et autres oeuvres non officielles dans un terrain vague. Des bulldozers écrasent la rébellion. Des journalistes avertis filment l'évènement. Leurs images font le tour du monde et sèment la consternation. L'Amérique pour sauver les artistes persécutés intègrent dans la négociation deux conditions : l'autorisation pour les artistes contestataires d'exposer dans le célèbre parc moscovite d'Ismaïlovo et la permission d'émigrer pour ceux qui le veulent, tout cela en échange de la clause de la nation la plus favorisée. L'URSS doit nourrir sa population et accepte la transaction. L'Amérique à gagné la guerre froide culturelle ce jour là.
C'est à ce moment que disparaît l'expression "art d'avant-garde" remplacée par l'expression "art contemporain". Ainsi s'efface, dans l'international mais pas en France, le lien entre l'art et le discours politique de gauche. L'art contemporain se veut celui du temps de la société nouvelle, sans passé ni futur. L'art d'un présent permanent. Comme ce mécanisme de la consécration reste obscur aux acteurs du marché de l'art, tout est possible.  La grande période des spéculations des années 80 peut commencer.

En France que se passe-t- il des années 50 aux années 80 ?
Après la guerre, Paris a connu une omniprésence du Parti communiste qui a pris le pouvoir dans le domaine culturel au moment de l'épuration.
En 1958, le Général De Gaulle crée le Ministère de la Culture. Il associe, tout en les encadrant, les communistes dans cette entreprise, par le biais des Maisons de la Culture. En Mai 68, les gauchistes remettent en cause le pouvoir des communistes en cherchant à l'infléchir. Au coeur de la crise, Georges Pompidou écoute le conseil de certains de ses amis financiers américains: "Travaillez en réseau avec nous, écartez les communistes, nourrissez les gauchistes et la fronde des intellectuels ne se reproduira plus". Suivant leur conseil, Georges Pompidou décide de construire Beaubourg et organise l'exposition 72-72.
Les années 70 sont marquées en France par une sorte de guerre intestine au milieu de l'art, entre artistes et intellectuels qui va miner cette société jadis libre et ouverte. Nous assistons à un phénomène sectaire dominé par les affrontements idéologiques et politiques. L'ouverture de Beaubourg en 1977 va ajouter une division supplémentaire: il y aura les artistes qui ont fait leur voyage à New York ayant droit à la visibilité et les autres qui ne comprennent toujours  pas les règles du jeu.
En 1981, Jacques Lang, en charge du Ministère de la Culture, ne se limitera pas à administrer la culture pour la rendre plus démocratique et à la portée de tous. Il veut diriger la création, venir au secours de l'avant garde, protéger le public du provincialisme, assister les artistes dès leur entrée à l'Ecole des Beaux Arts, décider du contenu de leur formation, peser sur leur consécration dans l'international … Tous les aspects de la création artistique sont pris en main. C'est ainsi qu'en l'espace de quelques mois, en 1982, il va lancer 72 mesures pour, selon ses termes, "sauver les arts plastiques". Il va créer pour parvenir à ce résultats : CNAC, FNACS, FRACS, DRACS, institutions pour les quelles il va falloir recruter un personnel spécialement adapté : des "créateurs de la création", futurs inspecteurs de la création en quelque sorte. Historiens d'art ou fonctionnaires déjà existants au Ministère ne font pas selon lui l'affaire. Il faut des gens du milieu de l'art contemporain, que l'on cooptera massivement. On se souvient encore du jour mémorable où furent recrutés les 23 directeurs de FRACS en une après-midi. Le budget du Ministère ayant fortement augmenté, ces derniers disposèrent de moyens financiers et donc du pouvoir de décréter ce qui est de l'art et ce qui ne l'est pas, de consacrer qui bon leur semble, sans avoir à fournir aucune justification ni critère et sans les contrôles d'usage dans la  fonction publique.

Cette prise de pouvoir va immédiatement entraîner d'importantes conséquences :
Tout d'abord, il provoque la destruction de la place de Paris par les fonctionnaires de la création. En effet, dès le début, le choix artistique du ministère fut le Conceptualisme pur et dur, dit "Art contemporain", référencé à New York. Très rapidement s'instaura un commerce singulier entre les agents du Ministère et les réseaux new-yorkais. Nos fonctionnaires viennent acquérir les oeuvres des artistes les plus en vogue. Ils ont ainsi acheté, 30 ans durant, à des galeries new-yorkaises, des artistes "vivant et travaillant à New York" en y consacrant 60 % du budget dévolu aux achats aux artistes vivants. En faisant cela, d'une façon systématique, nos administrateurs de la création ont anéanti la place de Paris et légitimé la place de New York car même dans les années 80, ceux-ci  avaient besoin de la légitimité et de la consécration européenne. D'ailleurs, pour finir de détruire le "milieu de l'art" qui fondait la légitimité parisienne, les galeries new-yorkaises ne tardèrent pas à exiger des artistes du monde entier d'avoir le label "vit et travaille à New York"  pour prétendre à entrer dans les réseaux et avoir une reconnaissance internationale. C'est ainsi que les artistes du monde entier n'allèrent plus à Paris pour s'installer, mais à New York.
Les fonctionnaires de la création assument une deuxième responsabilité aux conséquences visibles et peut être irrémédiables : c'est l'anéantissement, pour des raisons idéologiques, de la transmission des savoirs dans les écoles d'art dont ils ont le contrôle. C'est la démarche la plus radicale et durable que l'on connaisse, ruinant le privilège séculaire qui attirait à Paris des artistes du monde entier autant pour ses savoirs faire que pour ses avant-gardes.
La prise en charge par l'Etat de la création a eu aussi pour conséquence, selon une étude menée par la sociologue Nathalie Heinich, de multiplier le nombre des artistes de façon exponentielle. En créant une filière de consécration d'Etat et une source d'aides matérielles, a été entretenue l'idée que c'était un métier comme un autre. Le choix du conceptualisme comme art officiel donnait une chance à tous, sans l'obstacle d'avoir à prouver une compétence.
Autre conséquence encore, la destruction de ce milieu de l'art qui était le privilège de Paris. Il avait été très dégradé par les querelles sectaires des années 70 mais alors les artistes se parlaient encore, ils étaient voisins géographiquement, allant d'assemblées générales en manifs et en vernissages … A partir des années 80, l'augmentation des loyers à Paris sépare géographiquement les artistes, mais plus encore va les isoler la concurrence dans la cooptation par un seul réseau, celui de l'Etat. Sans parler de ceux qui se retirent, diabolisés par leur pratique désormais dissidente de la peinture, sculpture, gravure.

La prise en main de la création par l'Etat en France fut immédiatement sensible et remarquée. Il y eut des mouvements de protestation divers mais très vite fut mis en place, pour décourager toute résistance, un procédé piloté par le Ministère de la Culture de lynchage médiatique en meute s'abatant sur les rebelles. Ils subissaient une mise à mort immédiate grâce à l'invariable étiquette infamante de réactionnaire, poujadiste, nostalgique et même extrême droite, etc. Un climat de crainte s'installa, le débat sur l'art devint souterrain.
Le milieu de l'art en France a eu du mal à comprendre que la référence n'était plus à Paris. Le trafic New York-Paris n'était pas visible et Jacques Lang avait un double langage qui cachait cette réalité aux yeux de tous : Il affirmait: "l'art contemporain" était un art révolutionnaire de gauche, ne pas y adhérer était réactionnaire et secrètement nazi. Ainsi, il obéissait aux  consignes de New York: "Ici on peut tout consacrer sauf les communistes". Ce qu'il fit.
Mais les années 80 sont par ailleurs un  moment d'immense prospérité sur tous les marchés de l'art et tous les artistes, conceptuels ou non, vivant et travaillant à New York ou non, officiels, ou pas, en bénéficient. Très occupés à l'atelier les artistes remettent les questionnements à plus tard. Jean Clair a pourtant déjà écrit son livre "Considérations sur l'Etat des Beaux Arts" en 1983.

1990 : Deux évènements bouleversent la situation : la chute du mur de Berlin et la crise financière puis économique. Elle surgit au Japon, qui occupait alors 60% du marché de l'art. Ses suites dans le monde entraînèrent le premier krach de l'Art contemporain et des autres marchés de l'art.
En France, cela creusa encore le gouffre entre les artistes entretenus par l'Etat et tous les autres, bons ou mauvais. En effet, d'année en année, l'Etat a pris progressivement toute la place, aspirait vers lui tous les espaces médiatiques, d'exposition, l'argent des mécènes, les commandes d'art nationales, régionales et même municipales. Les circuits indépendants de consécration disparaissant, le marché intérieur de l'art  s'appauvrit aussi. Qui pouvait encore croire à l'oeuvre d'un peintre, d'un sculpteur, d'un graveur dont la pratique était, vilipendée dans les réseaux médiatiques, proches du ministère et subventionnés par lui et jugés obsolète par les fonctionnaires, comment les galeries pouvaient-elles soutenir la concurrence de l'Etat ?
En 1993, le système officiel se durcit encore. En prévision des élections devant ramener la droite au pouvoir, Jack Lang organise la survie de son système et prend 22 mesures pour le sécuriser. Pour protéger les agents qu'il avait cooptés, il crée deux corps de fonctionnaires spécialement affectés à la gestion de la création: "les conseillers et les inspecteurs de la création". Un concours est organisé et une disposition transitoire décide d'intégrer dans la fonction publique tous les agents en place. Ce fut un corps "d'experts" ayant des compétences "scientifiques" et bénéficiant pour cela du privilège unique dans la fonction publique visant à les protèger de leurs supérieurs: "le principe de liberté dans leur choix d'art", sorte de droit à l'arbitraire dans l'usage de l'argent du contribuable. Tout ceci créa en France un "Etat profond" capable de survivre à tous les changements de majorité. Il est désormais  plus difficile de diriger le Ministère de la Culture que de piloter un iceberg. Tout devient immuable et rigide.
Peu avant, en 1991, s'était effondré en Russie, du jour au lendemain, un corps similaire créé par Staline en 1944 des "Ingénieurs des âmes en chef", chargés de contrôler la littérature. En France se  consolidait ainsi le dernier art officiel d'Etat du XX siècle.

Nous n'avons pas compris en France pendant ces années 90 que l'Amérique, référence de notre art officiel, connaissait de graves difficultés. Le marché qui justifie New York comme capitale de l'art s'est écroulé du jour au lendemain parce que les collectionneurs avaient pratiqué l'emprunt auprès des banques pour acheter les oeuvres à crédit, anticipant sur la hausse de leur cote, le krach les a obligés à s'en débarrasser pour rembourser les banques.
Lorsque les cotes de l'AC s'effondrent … la critique surgit. Alors éclatèrent en Amérique "les guerres culturelles", un écho fin de siècle du Mac Carthisme, en plus moral et moins politique. Débat très différent du débat souterrain que nous connaissions au même moment en France parce que fondé sur des questions morales plutôt que  philosophiques et esthétiques. Les contestataires étaient le grand public : associations familiales, églises, ligues de vertu, et non pas exclusivement le milieu intellectuel et artistiques, comme c'était le cas en France. Les méthodes étaient violentes, manifestations, destruction des oeuvres, placards publicitaires dans les grands quotidiens et non pas, comme ici, l'écriture d'articles philosophiques dans quelques revues savantes. Je pense à l'article qui a été si déterminant de Jean Philippe Domecq dans Esprit en 1992.
Le feu aux poudres a été l'attribution d'une subvention par la NDA, institution culturelle rattachée à l'Etat Fédéral à un groupe d'artistes se réclamant de la communauté gay pour une exposition d'oeuvres choquantes, blasphématoires et pornographiques. Vous connaissez l'une d'entre elles c'est le fameux  "Piss Christ" d'Andreas Serrano. Ceci déclencha des manifestations partout en Amérique, pendant dix ans. La question fut débattue au Congrès : l'Etat peut-il utiliser l'argent du contribuable pour financer des oeuvres ne respectant pas les croyances et la morale pratiquées par les citoyens américains? Il y eut un interminable procès qui se termina en 1998 par un jugement en dernière instance du tribunal. Celui-ci déclara sans plus que "les institutions publiques avaient le droit de ne pas accepter des oeuvres attaquant les croyances religieuses". Jamais le journal Le Monde et la presse française ne rendirent compte de ces "guerres culturelles" et ce n'est pas un hasard. Peur de la contamination sans doute ... En Amérique, ces guerres culturelles furent ressenties comme un signe alarmant de l'éclatement possible du consensus si essentiel dans un pays aux communautés si diverses. Elles furent prises politiquement très au sérieux.

La politique américaine avait été d'abord de récolter les fruits de l'éclatement des empires coloniaux en instituant un empire multiculturel en Amérique même. A partir de 1965, l'apartheid disparut et une loi donnant un quota égal à tous les pays du monde pour émigrer faisaient à terme de l'Amérique la maquette du Monde. Devenir en réduction l'image du monde entier, lui donnant la légitimité de régner sur lui. L'engagement culturel le plus important de l'Amérique pendant un demi-siècle ne fut pas de développer une culture et un art élitiste mais de mettre en valeur et sur le même plan toutes les pratiques et arts populaires des communautés.  Le ciment de l'Amérique ne pouvait être que la religion multiculturelle pour éviter l'éclatement. Par ailleurs le message lancé dans le monde entier était : Venez en Amérique ! Formez-vous ! Créez ! Soyez consacrés, rentrez chez vous auréolés de gloire. La création du monde doit se faire en Amérique et la production se fait ailleurs.
Mais il fallait une théorie à tout cela. Elle fut suscitée, ce n'est pas la première fois, par les Fondations, les Universités et relayés par les médias. La vedette de la nouvelle théorie qui va englober l'art, l'art contemporain, l'économie et la paix des nations, se fonde sur l'apparition d'un nouveau concept : celui de "creativity". Toute société porteuse de "creativity" est source de prospérité économique. La "creativity", ce n'est pas du tout l'acte de créer, c'est une "attitude" propice à résoudre problèmes sociaux et économiques. Richard Florida son "inventeur" deviendra en peu de temps, à la fin des années 90,  la vedette et le porte flambeau de cette nouvelle utopie fabriquée pour le monde. Il est nommé en 2009, ambassadeur de l'Union Européenne, dans le domaine culturel, pour défendre ce point de vue tout le long de l'année dédiée par l'Europe au thème "Creativity and Innovation". La "creativity" obéit aux trois T : Tolérance, Talent and Technology. Selon cette théorie, la présence de "creativity" dans la société se mesure "scientifiquement", en enregistrant des taux importants de minorités étrangères, d'homosexuels, d'une bourgeoisie bohème et d'une haute technologie au sein de la société. La "creativity" est aussi mesurable chez les personnes, c'est une capacité à s'adapter et à changer tout le long de sa vie. C'est un "produit dérivé" de la culture et de l'art qui interdit l'idée d'élite, de perfection, de raffinement, de grand art, de transmission des techniques et des valeurs, et encourage essentiellement des attitudes de remise en cause permanente de tout, de valorisation de l'éphémère et du superficiel.

Nous avons connu une première rupture sémantique au début des années soixante qui a entravé notre pensée en  inversant  subrepticement  la définition du mot art en y ajoutant le terme "contemporain". Nous connaissons avec le mot "creativity" une deuxième manipulation sémantique. C'est un terme confusionnel comme le fut le mot "art contemporain" que Christine Sourgins a contracté en AC pour rendre évidente son idéologie. Voici la soupe conceptuelle que nous sert le mot "creativity" : C'est un mélange sous le même mot d'activités et de notions bien différentes : Art et culture, créativité et création. Art, invention, innovation, recherche scientifique, capacité entrepreneuriale, communication. Tout le monde est créatif ou peut le devenir en apprenant. Tout est "creativity" et prend le statut d'art : inventions technologiques, mode, design, architecture, etc. Ces frontières sont abolies pour le plus grand profit de la production et consommation convulsive de produits éphémères. Tout retour à une démarche d'excellence équivaudrait à vouloir arrêter la grande roue de la production et de l'économie et provoquer la discrimination sociale.

Le mur de Berlin est tombé depuis dix ans, le millénaire s'achève. L'Amérique a crée une nouvelle utopie pour faire rêver les peuples de la terre. On passe de l'ère des concepts à l'ère des marques. L'art doit changer encore de définition pour s'adapter : désormais tout est art, même l'art . Jadis exclu, il est aujourd'hui admis mais au niveau de n'importe quoi. Le premier à le concevoir pratiquement fut le directeur de Guggenheim, Thomas Krens, qui transforma l'espace muséal de sa fondation en espace rentable, au détriment des collections en partie vendues pour réaliser le projet. Il n'exposa plus des objets réservés à des esprits cultivés et préféra des objets aussi accessibles que des motos ou des collections de grands couturiers, tel Armani, attribuant aux objets de consommation le rang d'oeuvre d'art.
Il convenait de remettre alors sur pied le marché de l'art sur des bases plus sûres. Le souvenir de l'échec cuisant du krach explique l'obsession des collectionneurs de se garantir solidement lorsque le marché de l'art reprend, 7 ans plus tard, en 1997. Les collectionneurs s'inspireront alors des nouvelles méthodes très sécurisées et en vogue des produits financiers dérivés qu'ils vont adapter au marché de l'art.
La méthode de fabrication des cotes évolua alors, passant du système de l'entente inventée par Castelli au système du trust pratiqué par Pinaud. Désormais, dans chaque réseau on retrouve toute la chaîne nécessaire à la consécration : galeries, institutions muséales, fondations, médias, collectionneurs. Souvent, le principal collectionneur est tout cela à la fois. Les transferts d'argent passent alors de la poche gauche à la poche droite du veston. Ces pratiques, sur un marché normal sont qualifiées de "délit d'initiés", de "trust" et sont sévèrement réprimés par la loi. Il n'en est rien sur le marché de l'art contemporain puisque c'est le principe même de fabrication de sa valeur. Par ailleurs, la valeur du nouvel art contemporain s'établissant désormais grâce aux réseaux des collectionneurs financiers, l'art coopté par ces réseaux se vida chaque jour un peu plus de son contenu, jadis critique, pour offrir un produit lisse, vecteur idéal de la com' dans l'international. Le moyen aussi, pour les nouvelles fortunes désormais planétaires, de se faire connaître, et d'entrer dans les réseaux des financiers, sans l'obstacle, des idées, des religions, des origines sociales ou nationales.
L'art passa au cours de la décennie de l'instrumentalisation du politique à la servitude de la com' . Le mur de Berlin était bien tombé.

Cette dernière définition de l'art, n'excluant rien, permit de légitimer à jamais l'art conceptuel et de le mettre au même rang que l'art ancien et moderne. Ce glissement eut lieu grâce à l'entente passée entre Christie's et Sotheby's en 1999 en prévision du changement de millénaire, pour imposer un nouveau classement de leurs départements. Classement chronologique comprenant trois départements : art ancien, moderne et contemporain. Ce dernier commençant en 1960, avec la rupture conceptuelle. L'art moderne basculait d'un coup dans l'histoire et prenait ainsi de la valeur.
Cette stratégie fut complétée par leur décision d'investir le marché de l'art contemporain malgré le fait que les salles des ventes n'interviennent en principe que sur le second marché. Leur projet était désormais de pratiquer la gestion internationale et directe des artistes vivants. Tâche aisée grâce à leur présence partout dans l'international et leurs moyens financiers élevés, ils ont désormais le pouvoir de lancer de façon spectaculaire et fulgurante la cote d'un artiste, coopté par les réseaux, et de la rendre visible mondialement. 
Tout est  en place en 2000 pour une nouvelle flambée du marché de l'art contemporain. Deux incidents le retardèrent : la chute des twins towers et l'éclatement financier de la bulle Internet. Il fallut atteindre 2005 pour que les cotes de l'Art contemporain retrouvent les niveaux de 1989. En 2006, l'art contemporain passe devant les impressionnistes et les modernes. En 2007, l'art contemporain passe devant l'art ancien. En 2008, on assiste à l'apothéose avec la vente de Damian Hirst.  La chute vint un mois après.

Ainsi commence la Très Grande Crise …
Nous arrivons au dénouement … Le XIXème s'achève en 1914 par la Première Guerre Mondiale. Le XXème siècle s'achève en septembre 2008 par une crise qui touche toute la planète.
En 1960 avait commencé un système inconnu jusque là dans le domaine des arts. Une avant-garde parmi d'autres avait été choisie pour servir une stratégie politique aux enjeux majeurs. Pour la première fois ce fut possible, sans que cela soit perçu comme une violence. Grâce à la vertu des mass médias de créer par le spectacle une "réalité" et, par le seul fait de la montrer, d'effacer tous les autres aspects du réel. Grâce surtout à la création financière de la valeur appuyée sur des réseaux. Ainsi l'Art contemporain, l'AC, s'imposa comme l'art officiel mondial. Les théoriciens de "l'englobant" affirment que l'AC est le seul art de notre temps parce qu'unique reflet de la réalité sociale et économique. Toute autre expression artistique est ravalée au rang méprisable de "pastiche". Le refuser fait de vous un "réactionnaire". En ce faisant, les théoriciens occultent la ruse du vainqueur et avalisent la loi du plus fort. Posons-nous la question, l'art légitime est-il celui du vainqueur ? Ici, en l'occurrence : l'Art imposé par un marché financier ? 
En 2008, nous assistons à l'effondrement des produits dérivés entraînant l'effondrement du marché de l'AC qui apparaît clairement comme un "Financial Art". La lumière dans tous les esprits se fait, car l'usage de l'argent est universel. Lorsque l'on comprend que le mécanisme financier, caché derrière les oeuvres les plus nulles, ressemble en tous points à ceux des produits dérivés, on a enfin percé le mystère de la fabrication de la valeur de l'AC. On comprend aussi la différence de nature entre "art" et "art contemporain". Ce qui était si impossible à voir en raison de la manipulation sémantique du mot "art" s'aperçoit enfin grâce à la crise. Les valeurs qui se fabriquent en réseau s'effondrent avec les réseaux. Et "l'aura" qui entourait les objets les plus chers du monde s'éteint avec la disparition de la cote. Tout un chacun, qu'elle que soit sa nationalité ou sa fortune fait aujourd'hui l'expérience existentielle de ce que la finance ne dit pas la valeur. L'arbitraire et l'absurde sont mortels, chacun pour survivre doit garder l'autonomie de son jugement et trouver d'autres critères d'évaluation.
Le deuxième pilier, entendons par là la technologie des mass médias, qui avait permis en 1960 de créer un art contemporain international d'un coup de baguette magique, s'effondre aussi. Elles ont engendré un méchant petit canard incontrôlable : Internet. Nous n'avions rien su pendant les années 50 des folies du maccarthisme ni en 90 des Guerres Culturelles en Amérique, nous n'avions rien su du marasme culturel américain dans ces mêmes années, aujourd'hui de telles occultations de la réalité sont impossibles. Je donnerai un exemple qui concerne la semaine dernière : M. Pinault organise chez Christie's, dont il est propriétaire, une vente des artistes "les plus chers du monde", présents dans ses collections. Après la vente Saint Laurent, il convoque le monde entier et choisit Paris. Une vente de ce genre serait vue à Londres ou à New York comme une provocation, même par les médias. Il adopte la formule "vente de charité" pour que tout le monde comprenne que ce ne sont pas les collectionneurs qui se débarrassent de leurs collections mais les artistes, en grands humanitaires, qui en font le don pour la recherche sur le Cancer. Il convie tous les collectionneurs à donner le spectacle d'un art contemporain bien portant. La vente a eu lieu le 17 Mars dernier. Les mauvais résultats, publiés par Christie's ne font l'objet d'aucune information ou analyse dans les grands médias. Internet par les blogs se charge du commentaire.  Les mass médias sont encore maîtresses du spectacle mais plus autant de son interprétation.
Nous savons maintenant que le marché de l'Art contemporain est très mal en point, alors que le marché de l'art ancien et moderne, quand les oeuvres sont bonnes, se porte de mieux en mieux, si l'on en croit la vente Berger.

Que se passe-t-il en France en 2009 ?
Au premier abord tout semble plus tranquille qu'ailleurs. Le marché de l'Art contemporain ne s'effondre pas en France, les artistes français n'ayant pas été cooptés par les réseaux financiers. Même M. Pinault n'achetait pas d'artistes "vivant et travaillant à Paris". La crise pour les artistes français sévit depuis très longtemps, sauf pour ceux que le Ministère a abrités, et souvent fonctionnarisés grâce à des emplois de professeurs ou d'agents culturels. En revanche, il y a une incidence indirecte de la crise sur nos fonctionnaires qui dirigent la création. En effet,  leurs choix calés sur les tendances de New York sont remis en cause. Ils sont désorientés par l'effondrement de ce qui fut leur unique référence. Par ailleurs, l'omniprésence de l'art officiel est devenue trop visible et pesante ces derniers mois et mal supportée par le public. Alors que les Etats Unis, l'Angleterre, l'Allemagne, la Chine, le Japon défendent ouvertement leurs artistes, à Paris tous les hauts lieux de la consécration : le Louvre, Versailles, le Grand Palais, portent en apothéose "les oeuvres les plus chères du monde" : les hochets en or des "global collectors" selon l'appellation de Judith Benhamou. Pour donner le change aux protestations des artistes français ainsi méprisés, nos fonctionnaires de l'art améliorent convulsivement leur splendide utopie. Citons :
- les 15 mesures pour l'art contemporain déclarées par le Ministre lors de la FIAC en octobre 2008 ;
- Le projet d'ouverture du Palais de Tokyo n°2 pour "gérer" les artistes en milieu de carrière ;
- Leur obstination sans faille à ne retenir que la tendance conceptuelle, et à nier toute peinture, sculpture, gravure. Ainsi sera-t-il à la "Force de l'Art" qui va s'ouvrir au grand Palais, exposition conçue comme une vitrine de l'art en France ... Mais

Le développement de l'art officiel crée de la dissidence
Le sociologue de l'art Raimundo Strassoldo, ayant fait des études comparatives de la critique cultivée de l'art contemporain dans le monde, note qu'en raison d'un art officiel dur, la France a produit un corpus exceptionnel et unique d'analyses et critiques, réunissant, sociologues, historiens de l'art artistes, économistes, philosophes, écrivains de tous horizons idéologiques. Si les grands médias relaient le moins possible le débat sur l'art depuis trente ans, ils subissent aujourd'hui la pression très forte d'Internet et des blogs. Combien de temps pourront-ils ignorer la dissidence sans être pris en flagrant délit d'occultation ? Le Débat sur l'art est en France à la fois intense et souterrain … si l'on met à part sa courte apparition dans les grands médias entre novembre 96 et Mai 97. Depuis 30 ans, seuls trois noms ont été admis sur la scène médiatique : Clair, Fumaroli et Domecq, ce qui fit peser très lourd sur eux la tâche et donna l'impression qu'ils étaient  isolés.
Il n'en est rien, la dissidence en France est un courant majeur.
- Pierre Souchaud directeur d'Artension a rendu compte, dans des conditions très difficiles, de toutes les facettes de ce débat dans le magazine pendant 30 ans.
- De façon savante, la revue Ecritique, animée par François Dérivery, Francis Parent, Michel Dupré, a fait à la fois un travail d'analyse et d'histoire sur l'époque, et ce avec une totale et héroïque indépendance.
- La revue Le Débat de Gallimard dirigée par Marcel Gauchet ose depuis de nombreuses années exposer tous les points de vue du débat. 
- Ce fut aussi le cas de Crisis, dirigé par un anti conformiste majeur Alain de Benoît.

Vers 2002, les artistes relevant des arts visuels découvrent Photoshop, la révolution de l'image sur Internet. Ils adoptent ce mode de communication et accèdent ainsi à l'information et au débat sur l'art.
- Le premier blog ayant de très nombreuses visites et des échanges de haut niveau date de 2002. Il a été crée par le peintre Marie Sallantin et quelques autres peintres. C'est Face à l'Art. Le problème de l'exclusion totalitaire de la peinture y est clairement posé et exposé.
- Un autre blog les rejoint, la Peau de L'ours, animé par une association d'artistes liés à des amateurs. Philippe Rillon commente et décrypte, avec beaucoup de réactivité, les évènements qui intéressent l'art. - Rémy Aron Président de la Maison des Artistes crée un blog en 2007 qui informe et relie 40 000 artistes.
- Débat Art contemporain crée par Michel de Caso se consacre à un travail d'information de haut niveau sur les péripéties du débat. Il effectue aussi un travail d'archives dans Dissidents Art contemporain ou il expose l'exceptionnelle bibliographie de Laurent Danchin, rassemblant tous les écrits de la critique cultivée de l'AC et de l'Art depuis trente ans. Cette bibliographie régulièrement mise à jour et utilisée par des universitaires du monde entier. La réalité non médiatique apparaît avec toutes ses références. - Le Blog du dessin du XXIème siècle mené par Serghey Litvin Manoliou poursuit à la fois l'analyse du fonctionnement des marchés de l'AC et la recherche de solutions alternatives. Il y expose aussi le monde caché du dessin. Animé par le désir de reconstruire sur les ruines du  marché, il fonde la Foire internationale du dessin dont on verra la première manifestation à la fin de la semaine, rue de Turenne. - Dans Chroniques Culturelles de Carla van der Rhoe, docteur en Histoire de l'Art, défend du haut de  ses talons aiguille, de ses trente ans et de sa blondeur candide, la nécessité de réintroduire les méthodes de l'histoire de l'art dans l'évaluation de la création d'aujourd'hui. Elle défend une nouvelle critique d'art et se risque aussi à une critique, pleine d'esprit, du système. Tous les ténors de l'art officiel la craignent désormais … Leurs déclarations péremptoires sur ce qui est ou n'est pas de l'art sont passés au crible de son humour infaillible.
- Le blog de Christine Sourgins auteur des "Mirages de l'Art contemporain", fournit un corpus de textes d'analyse critique et savante de l'Art contemporain qui initie le regardeur à sa logique et à ses jeux. Elle s'attache à des cas concrets, des cas d'école pourrait-on dire.
- Citons encore Sophie Taam, MDA 2008 de Lydia Van den Bussch. La liste s'allonge tous les jours, les contacts avec l'étranger sont de plus en plus nombreux, le phénomène français fait tache d'huile.
Ainsi l'épisode sectaire est en voie de prendre fin. Le milieu de l'art se recentre sur les artistes et amateurs, se reconstitue et se rencontre à nouveau. Le débat reprend au point où il a été interrompu: Qu'est-ce que l'art ? Comment avons nous été aliénés ? Existe t-il des critères d'évaluation des oeuvres ? Comment sortir de l'impasse ?

Un nouveau paysage de l'art apparaît.
Une image inappropriée a fait obstacle pour décrire la "modernité" en art : celui de la succession des avant gardes. En réalité les avant gardes ne se sont jamais succédées, elles ont toujours été simultanées. L'image qui rendrait mieux compte de la réalité serait celle d'un fleuve se ramifiant en un delta : En effet, à partir du 19ème siècle le grand fleuve de l'art se divise. A partir de ce moment, l'art connaît de multiples courants qui sont là, tous à la fois, tout le long de la fin du XIX à aujourd'hui. L'épisode "Art contemporain" d'essence conceptuelle, imposé financièrement et médiatiquement, cache mais ne supprime pas cette modernité protéiforme. L'effondrement du marché de l'AC vampirisant à la fois la visibilité médiatique et les moyens financiers fait réapparaître ses multiples courants. Son inventaire et son évaluation sont désormais à l'ordre du jour, ce qui demandera du temps mais aussi le savoir et l'oeil exercé aux longues perspectives des historiens et critiques d'art, écartés par les théoriciens de l'AC. La reconstitution d'un marché de l'art, avec des amateurs n'ayant pas pour finalité principale la transaction financière, suivra.

Il n'y a plus de capitale de l'art, la place est à prendre
Paris pourrait y prétendre … mais tant qu'en France l'Etat et son réseau restent le seul circuit de légitimation et de consécration cela ne sera pas possible. Les raisons sont diverses, la première étant que la réalité artistique montrée par le Ministère, attaché exclusivement au conceptualisme, ne correspond pas à la réalité de la création d'aujourd'hui.
Du temps où le système soviétique existait encore, à la question qu'est-ce qu'un "dissident" ? Les Russes répondaient par la formule : "Celui qui dit la vérité",  c'est-à-dire celui qui voit le réel et n'adhère pas à l'utopie d'Etat. D'ailleurs la dissidence française, évoquée tout à l'heure, ressemble à cela … elle n'énonce pas une nouvelle utopie, ne prône pas un discours politique, philosophique ou esthétique … mais évoque les réalités concrètes et existentielles de la création. L'état est si omniprésent qu'aucune concurrence privée ne peut lui faire face, il lui arrive même fréquemment de faire échouer les initiatives qu'il ne contrôle pas. Toute entreprise privée qui ne va pas dans le sens de ses choix esthétiques est en mauvaise posture. Quel rayonnement ? Quelle aventure artistique ? Qu'elles découvertes sont elles possibles dans ces conditions ? Le changement est à l'ordre du jour mais ses modalités semblent difficiles à concevoir pour les gouvernants … Que peut faire le haut Comité piloté par l'Elysée et confié à M. Karmitz ? Il est trop tôt pour le dire mais il a un avantage majeur : Il vaut mieux avoir deux arts officiels plutôt qu'un ...
Alors, laissons finir de s'effondrer le mur du concept qui nous a privé du sensible et du réel, sortons du marécage sémantique, redevenons maîtres du vocabulaire et par la même de notre faculté de penser et de juger. Distinguons art et culture, art et art contemporain, créativité et création, multiculturalisme et universalité. Trouvons des critères différents pour juger des démarches différentes afin de rendre à chaque chose sa légitimité et sa fonction. En art, évaluons l'accomplissement de la forme qui offre le sens en cadeau. Pour l'AC, estimons l'authenticité de la critique et du questionnement qu'il s'est donné comme finalité car ce que l'on nomme aujourd'hui "Art contemporain" a toujours existé mais sans la prétention totalitaire d'être la seule expression possible. L'art a toujours eu des contrepouvoirs, remettant en cause son immense prestige. Démarche salutaire nous rappelant que nul ne possède la recette, ni la propriété du bien, du vrai et du beau. Ainsi, le comportement transgresseurs des philosophes cyniques, le temps récurrent du carnaval dévolu au monde à l'envers, les adeptes des "arts incohérents", de Dada et de Marcel Duchamp ont toujours été contemporains de l'art. Refusons aussi la fatalité de "l'englobant sociologique" et poursuivons la part intemporelle de l'art. Retrouvons dans notre travail le sens du transcendant et échappons à ce sacré terrifiant et totémique qui l'a remplacé. Jean Clair dit de la modernité : "C'est l'adaptation au temps …". Une démarche naturelle en somme, qui n'a pas besoin de théorie mais de pratique.
C'est peut être en retrouvant les chemins de la modernité naturelle que nous rendrons à Paris son rayonnement et sa place.
à l'Académie des Beaux Arts, 25 mars 2009

'Financial Art'

Publié dans De par le monde
'Financial Art' : le XXe siècle s'achève avec la Très-Grande-Crise

(...) (site endommagé en 2013)
de la "com" née du concept d' "Art contemporain", ce produit dérivé savamment élaboré en réseau, est en train de connaître le même destin que les autres produits dus à la créativité financière de New York, Shanghai et Londres. La Première Guerre mondiale avait mis fin au XIXe siècle. Le XXe siècle se termine avec la "Très-Grande-Crise", ce krach financier qui affecte toute la planète. Une époque s'achève, y compris dans l'art.

Signes des temps : morbidité et visions sans espoir
En France on a vu la même année, dans les lieux de prestige et de pouvoir, apparaître des icônes funèbres de la grande catastrophe humaine, intellectuelle et artistique : un squelette à Versailles de quinze mètres de long dans la cour d'honneur ; une accumulation de pierre tombales signée Yann Fabre au Louvre ; deux stèles funéraires de Richard Serra au Grand Palais, des ornements en plastique de Jeff Koons dans la Galerie des Glaces à Versailles. Tandis qu'à Londres, la dernière cote astronomique d'avant l'apocalypse financière se faisait sur un veau plongé dans du formol. 
Pour ne pas être en reste, le centre culturel catholique des Bernardins affichait trois visions hantées par la mort : les traces d'une bibliothèque incendiée, un labyrinthe de cristal brisé évoquant la nuit du même nom, et un cimetière de cloches fêlées montrant du doigt les fautes passées de l'Église et sa ruine présente. 
Remarquons au passage l'hypocrisie d'une société qui étale le spectacle d'une violence sans espoir dans les hauts lieux de la culture mais interdit, comme c'est le cas en ce moment à Gaza et ailleurs, aux journalistes d'accéder aux champs de bataille avec leurs caméras et appareils de photo. L'AC (1) ne serait-il pas un une entreprise de camouflage de la violence contemporaine en la réduisant à l'état d'oeuvre "d'art" ou plus exactement de "concept" ?

La cote s'effondre, la critique se libère
Dans ce climat d'apocalypse, vingt ans après la chute du mur de Berlin, survient l'effondrement d'une autre utopie du XXe siècle, celle de Marcel Duchamp : la déclaration verbale crée l'oeuvre et sa valeur tout comme le nominalisme appliqué aux finances crée la monnaie, le regardeur fasciné légitime ces pratiques.
Communication et travail en réseau ont remplacé l'archaïque création de chefs d'oeuvres et le fonctionnement de la planche à billets. Produits dérivés et cotes de l'AC ont été fabriqués avec les mêmes méthodes, les mêmes réseaux et les mêmes protagonistes.
Leur effondrement simultané, libère les regardeurs de leur fascination. Le réel apparaît, la parole se libère. Les doutes refoulés refont surface. La sensibilité, l'esprit critique, le bon sens honni reprend ses droits. C'est ainsi que l'on voit un peu mieux une critique de ce système, occultée jusque là, elle a l'avantage de répondre aux questions que l'on se pose. L'Internet comble le grand vide critique des médias dominants. Les blogs commentent aujourd'hui l'actualité des marchés financiers et de l'AC, chaque article qui paraît dans les grands médias est passé par eux au crible et démystifié : "Débat art contemporain" (debat-art-contemporain.blogspot.com), "Face à l'Art" (face-art-paris.org), "D0010" (d0010.org), "MDA 2008" (mda2008.blogspot.com), "La Peau de l'Ours"  (lapeaudelours.free.fr), "Chroniques Culturelles", "Tribune de l'Art" (latribunedelart.com), "Arts contemporains dissidents" (artsdissidents.org), ... etc. font le travail de décryptage que tout le monde attend. Sous la pression de cette réalité qui apparaît malgré tout, les grands médias sont obligés d'accepter quelques propos non conformistes dans leurs colonnes.


Les théoriciens imperturbables continuent leurs discours
Pourtant, dans les colloques universitaires sur "l'art contemporain" de cet automne à Paris, on a disserté de "l'Art et l'Argent", "Ethique et Esthétique", "Essai d'art", "Art et Mécénat" (2). Les maîtres théoriciens de l'AC ignorants sans doute l'ébranlement de la "Très Grande Crise" nous ont servi la dernière collection de prêt-à-penser comme si rien ne s'était produit. 
On assista au défilé annuel des concepts ultra "créatifs" pour rendre l'AC plus "arty" et plus "glamour". On a vu apparaître un abîme entre auditoire et "créateurs de concepts". Aucun de ces derniers n'avait songé à faire un rapport entre ces sujets vus par eux comme des "concepts" et la réalité. Les questions, le moment du débat venu, pleuvaient. Qu'est-ce qui fait la valeur de l'AC ? Quels sont les critères ? Et vous, théoriciens à quoi jouez vous ? Où est la critique de ce qui se passe ? Qui a prévu ? Qui est responsable de quoi ? N'avaient-ils pas toujours professé que l'AC avait pour fonction de questionner, de déstabiliser, de rompre les stériles certitudes ? 
... Pour la première fois, après chaque question, on entendit un silence de mort : les maîtres étaient sans voix ! Le pouvoir de déclarer la réalité sans contestation possible leur a échappé soudainement. Ils ne savaient pas encore qu'ils appartiennent au siècle passé.

Toujours l'amour est neuf
 
L'art comme produit financier dérivé fut l'art officiel de la fin du siècle dernier. Il connaît aujourd'hui un krach financier. Le chaos et le désordre engendré permet au débat sur l'art, souterrain depuis trois décennies, d'apparaître. La création dans toute sa diversité redeviendra visible tôt ou tard. Comme tous les matins, l'esprit libre, entrons dans l'atelier et mettons nous à l'oeuvre qui attend son accomplissement. Les diverses idéologies totalitaires du siècle passé ont cessé de nous aliéner.
 
Paru dans "Décryptage" de Liberté politique

(1) 
AC : Acronyme de Art Contemporain, employé par Christine Sourgins dans Les Mirages de l'art contemporain (La Table ronde), qui permet de ne pas le confondre avec tout l'art d'aujourd'hui et met en relief son idéologie.
(2) "L'art et l'Argent", séminaire organisé à l'IEP par Laurence Bertrand-Dorléac le 9 octobre 2008 -
"Art et Mécénat" à l'Assemblée Nationale le 13 novembre 2008 - "L'Essai sur l'Art" à I'IEHA le 28 et 29 novembre 2008 - "Ethique et
Esthétique" à la TGB et à l'IEHA le 12 et 13 décembre 2008

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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