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LAURENT Annie

LAURENT Annie







Journaliste, essayiste, conférencière,
spécialiste du Proche-Orient, de l'Islam et des chrétiens d'Orient.
 


Docteur d'Etat en sciences politiques
     Thèse sur "Le Liban et son voisinage" (Université Paris II).
 
A participé comme experte au Synode spécial des Evêques pour le Moyen-Orient, convoqué par Benoît XVI en 2010.
 
Ouvrages
Guerres secrètes au Liban (1987) - Vivre avec l'Islam ? - Saint-Paul (1996) - L'Europe malade de la Turquie (2005) - Les chrétiens d'Orient vont-ils disparaître ? (2005) - L'islam peut-il rendre l'homme heureux ? (2012) -

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Dieu ou Allah ? Jésus ou Issa ?

Publié dans Au delà
Dieu ou Allah ? Jésus ou Issa ?
 
Précédemment, nous avons justifié le maintien de l’usage de la graphie française pour désigner le "prophète de l’islam" : Mahomet et non Mohamed ou Muhammad.
Dans celle que vous allez lire (ci-dessous), nous nous interrogeons sur la manière d’écrire "Dieu" lorsqu’il s’agit de celui des musulmans. Autrement dit, en français, faut-il dire "Allah", comme le font la plupart des auteurs d’écrits relatifs à l’islam ? La réponse à cette question ne va pas de soi car l’écriture choisie – Dieu ou Allah – sous-entend une expression théologique spécifique.
Nous prolongeons cette analyse en abordant un sujet connexe mais lié au précédent thème : que signifie Issa, retenu par le Coran pour désigner Jésus, Fils de Dieu pour les chrétiens ?
 
Origine et sens du mot "Allah"
Si l’on veut respecter la logique linguistique, il convient de dire "Dieu" lorsqu’on s’exprime en français, comme on dit Deus en latin, Dio en italien, God en anglais, Gott en allemand, etc.
"Allah" est un terme sémitique antérieur à l’apparition de l’islam, au même titre qu’ "Eloah" en hébreu ("Elohim" étant le pluriel de majesté) et "Elah" en araméen. Provenant de la racine étymologique El ou Al, il désigne toute divinité quelle qu’elle soit, sans rapport nécessaire avec le monothéisme. Il est parfois incorporé dans un prénom. Ainsi, selon la biographie de référence de Mahomet, rédigée par Ibn Hichâm, le père du prophète de l’islam, Mahomet, qui professait l’une des religions païennes en vigueur à La Mecque au VIIe siècle, se nommait Abdallah, c’est-à-dire "Serviteur du dieu". (Cf. La vie du prophète Mahomet, Fayard, 2004).
Le nom "Allah" résulte de la contraction de l’article al- et du substantif ilâh ("divinité"). L’article semble avoir été ajouté pour signifier le caractère unique de ce Dieu ("Le Dieu") et exprimer le monothéisme intégral, comme le suggère le Coran.
 
"Dis : “Lui, Dieu est Un, Dieu ! L’Impénétrable ! Il n’engendre pas ; Il n’est pas engendré, nul n’est égal à Lui” " (112, 1-4).
Ce verset comporte une réfutation implicite de la foi des chrétiens en la divinité de Jésus-Christ, le Verbe incarné, et en la Trinité. Dans un souci de cohérence théologique, les chrétiens de langue arabe, lorsqu’ils font le signe de la Croix, disent : "Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, le seul Dieu". C’est aussi pour eux une manière de témoigner de leur foi monothéiste auprès des musulmans qui leur reprochent parfois leur "trithéisme".
 
Allah n’est donc pas un nom propre à l’islam, c’est "Dieu" écrit en langue arabe. Comme leurs compatriotes musulmans, les chrétiens arabophones prient aussi Allah ; et ceci même si le nom ne reflète pas une réalité doctrinale identique puisque, dans l’islam, le Dieu unique est résumé par le dogme de l’unicité (Tawhîd) – un Dieu Un et seulement Un -, tandis que, dans le christianisme, Dieu s’est révélé comme Un en Trois Personnes, ainsi que l’exprime le dogme de la Trinité.
Pourtant, depuis plusieurs années, des militants islamistes contestent aux chrétiens le droit de dire "Allah". Pour eux, ce nom doit être réservé au Dieu du Coran. En Malaisie, où les chrétiens représentent 9 % des 28 millions d’habitants, l’affaire a défrayé la chronique à partir de 2007, après une décision du ministère fédéral de l’Intérieur interdisant l’usage du vocable "Allah" dans le journal catholique The Herald. Suite à divers recours en justice introduits par l’Église locale, certains lui ayant donné satisfaction, la Cour suprême de Kuala Lumpur a tranché par un arrêt définitif du 21 janvier 2015, confirmant la décision du ministère.
 
Pour leur part, les traducteurs francophones du Coran écrivent tantôt "Dieu" (cf. Denise Masson, Folio-Gallimard ; M. Savary, Garnier Frères ; Sami Aldeeb Abou-Sahlieh, L’Aire), tantôt "Allâh" (cf. Régis Blachère, Maisonneuve & Larose ; Édouard Montet, Payot). Des traducteurs musulmans eux-mêmes écrivent "Dieu" (cf. Cheikh Boubakeur Hamza, Enag Éditions).
Cependant, afin d’éviter toute confusion théologique et toute vaine querelle, il nous semble aujourd’hui préférable d’utiliser le substantif "Allah" lorsqu’on évoque le Dieu des musulmans. Et ceci vaut pour toutes les langues. Mais, nous ne sommes plus ici dans une logique sémantique.
 
Et Jésus ?
Si les chrétiens arabophones prient Dieu avec le même nom que les musulmans, il n’en va pas de même pour Jésus. Tous refusent Issa (prononcer Aïssa) que le Coran donne à Jésus. Ce nom est pour eux une falsification, celui de Jésus en arabe étant Yasû’. Les chrétiens vivant en Arabie avant l’islam ont continué à appeler ainsi Jésus après l’apparition de cette nouvelle religion, et ceci jusqu’à leur disparition de ce territoire ; ceux du Levant, bien qu’arabisés, ont conservé le mot araméen en vigueur dans leur idiome antérieur, celui que parlait le Christ. Il s’agit de Yassouh ou Yessouah. Ce nom signifie "Yahvé sauve". Jésus est donc Dieu. Cette vérité est d’ailleurs explicite dans l’Évangile selon saint Matthieu lorsque l’Ange du Seigneur dit en songe à saint Joseph : "Tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés" (Mt 1, 21).
 
Pourquoi le Coran n’a-t-il pas adopté l’écriture arabe, Yasû’, pour nommer Jésus ? La raison en est fondamentale. Elle tient à l’identité que l’islam lui donne. Dans les cultures sémitiques, le nom porté par une personne n’a rien d’anodin, comme l’a démontré le Père Antoine Moussali, lazariste libanais (1921-2003) :
"Donner un nom à quelqu’un ou à quelque chose, c’est nommer son essence, ce qui le caractérise en propre, ce qui le personnifie […]. L’emprise est tellement forte que l’on serait tenté de dire que ce n’est pas l’individu qui porte le nom, mais le nom qui porte l’individu. Être, à la manière humaine, c’est être nommé. " (La croix et le croissant, Éditions de Paris, 1997, p. 43).
 
Or, le nom coranique de Jésus, Issa, est dépourvu de toute signification. Celui qui le porte n’est qu’un prophète parmi d’autres, même s’il jouit d’une position éminente et singulière. Le Coran le présente en effet comme "le Prophète de Dieu, sa Parole qu’il a jetée en Marie, un Esprit émanant de lui" (4, 171). Et, même s’il est décrit comme "Parole de Vérité" (19, 34, "fortifié par l’Esprit de sainteté" (2, 253), il s’efface devant Mahomet, le "sceau des prophètes" (33, 40), dont il annonce d’ailleurs la venue (61, 6).
L’intention qui préside à ce vide nominatif est évidente : Issa ne saurait donc prétendre à une mission salvifique, laquelle ne peut appartenir qu’à Dieu. Or, pour les musulmans, malgré ses attributs, Jésus n’est pas Fils de Dieu. Le Coran est intransigeant à ce sujet.
"Dieu est unique ! Gloire à Lui ! Comment aurait-il un fils ?" (4, 171) ;
"Créateur des cieux et de la terre, comment aurait-il un enfant, alors qu’il n’a pas de compagne, qu’il a créé toute chose et qu’il connaît tout ?" (6, 101) ;
"Il ne convient pas que Dieu se donne un fils" (19, 35).
Issa nie lui-même se faire passer pour une divinité. "Dieu dit : “Ô Jésus, fils de Marie ! Est-ce toi qui a dit aux hommes : Prenez, moi et ma mère, pour deux divinités, en dessous de Dieu ?” Jésus dit : “Gloire à toi ! Il ne m’appartient pas de déclarer ce que je n’ai pas le droit de dire. Tu l’aurais su, si je l’avais dit. Tu sais ce qui est en moi, et je ne sais ce qui est en toi” "(5, 116).
 
Par ailleurs, si "Messie" (Masîh) remplace Issa dans onze versets (p. ex. :"Ceux qui disent : “Dieu est, en vérité, le Messie, fils de Marie”, sont impies", 5, 17), cet attribut, interprété par certains commentateurs musulmans comme un titre d’honneur et par d’autres comme la marque d’une onction divine l’ayant préservé de l’influence de Satan (1), est étranger à la vocation de Jésus telle qu’elle est décrite dans les récits évangéliques. Pour l’académicien Roger Arnaldez (1911-2006), "cette qualification de Messie n’est plus alors en relation avec la mission que Jésus doit remplir parmi les hommes ; elle est une marque apposée sur lui dans sa relation avec Dieu et le monde angélique" (Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Éd. Desclée, 1980, p. 87). Autrement dit, il s’agit d’un Messie sans messianisme.
 
Pour conclure
Dieu est désigné par le même vocable en arabe et en français, mais le Dieu du Coran n’est pas celui de la Bible.
Quant à Jésus, s’il n’est pas rare d’entendre des musulmans francophones affirmer qu’ils croient en lui, son nom coranique, Issa, ne désigne pas le Christ de l’Évangile.
Ces précisions peuvent être utiles à des chrétiens soucieux d’un dialogue sans confusion avec des musulmans. Il est certain que Jésus est au cœur d’une controverse doctrinale irréconciliable entre christianisme et islam. Mais, aujourd’hui, certains fidèles de cette religion sont fascinés par la figure énigmatique, voire mystérieuse, de Issa, qui se présente dans le Coran comme un prophète, certes musulman, mais aussi comme "un Signe pour les mondes" (21, 91), "illustre en ce monde et dans la vie future, il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu" (3, 45), ayant aussi bénéficié de privilèges exceptionnels, notamment sa conception miraculeuse dans le sein virginal de Marie (19, 20) et sa capacité à résister aux tentations du démon, avantages dont même Mahomet a été privé (2).
 
(1) Maurice Borrmans, Jésus et les musulmans d’aujourd’hui, Ed. Desclée, 2005 ; R. Arnaldez, Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Desclée, 1980 ; Georges Tartar, Jésus-Christ dans le Coran, Centre évangélique de témoignage et de dialogue islamo-chrétien, 1995.
(2) R. Arnaldez, Jésus dans la pensée musulmane, Desclée, 1988 ; Fawzia Zouari (dir.), Douze musulmans parlent de Jésus, Desclée de Brouwer, 2017.

associationclarifier.fr, la Petite Feuille verte, février 2017

Mahomet ou Mohamed ?

Publié dans Devant l'histoire
Mahomet ou Mohamed ?
 
Depuis quelques décennies, un nombre croissant d’auteurs francophones renoncent à écrire Mahomet selon l’orthographe traditionnelle, qu’ils remplacent par "Mohammed" ou "Muhammad". D’autres maintiennent cependant Mahomet.
Les adeptes du changement affirment ainsi répondre à la demande de musulmans qui, invoquant l’importance de ce personnage dans leur religion, considèrent la graphie "Mahomet" comme irrespectueuse.
Concernant ce nom, il n’y a donc plus d’unité linguistique en français. Ces divergences suscitent parfois des controverses, voire des polémiques. Or, les désaccords ainsi manifestés ne sont pas anodins. C’est pourquoi nous avons pensé utile de faire le point à leur sujet. Tel est le but de cette Lettre que nous proposons à votre réflexion.
 
Question de langage
En arabe, le nom du prophète de l’islam se dit "Mohamed" ou "Muhammad", qui signifie "objet de louanges".
A partir du Moyen Age, en France, ce nom a été intégré à la langue latine. Ainsi, la traduction du Coran effectuée au XIIè siècle – la première dans un idiome occidental – à la demande de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, est intitulée Lex Mahumet pseudoprophete ("Loi du pseudo-prophète Mahomet"). Pour sa part, au XIIIè siècle, saint Thomas d’Aquin écrivait Mhumeto. De là découle la traduction française, Mahomet, qui connut des variantes, notamment dans la littérature (Mahomete, Machomete, Mahom). A partir du XVIIIè siècle, l’orthographe "Mahomet" fut définitivement fixée. Elle a en outre donné lieu aux mots "mahométan" pour désigner un fidèle de l’islam et "mahométanisme" comme équivalant à "islam".
 
Ces vocables ont été utilisés pendant des siècles sans rencontrer d’objection du côté islamique. Or, depuis plusieurs décennies, certains musulmans contestent cette graphie car ils la considèrent comme une déformation délibérée, sous-entendant un jugement dépréciatif, et donc un manque de considération envers le personnage qui est le plus important pour eux après Dieu.
Dans son livre Le vrai visage du prophète Mohammed, Noureddine Aoussat, développe une longue argumentation dans ce sens, qu’il fonde sur la prononciation arabe. Cet auteur approuve alors l’usage de Mohammed en allemand et de Muhammad en anglais. Mais il critique les traductions en langues romanes (Maometto en italien, Mahoma en espagnol, Maomé en portugais) tout en reconnaissant sans émettre de réserves les adaptations de "Mahomet" dans d’autres idiomes, y compris certains d’entre eux qui sont en vigueur en contexte musulman. Ainsi, en turc, Mohamed se dit Mehmet ou Muhammet et en kabyle Mohand. Le même nom devient Mahmoud dans certaines régions du Maghreb et Mamadou dans les pays d’Afrique subsaharienne. Il n’est pas sûr cependant que ces traductions s’appliquent au "prophète de l’islam".
Avec certains de ses coreligionnaires, N. Aoussat demande donc aux francophones de renoncer à "Mahomet" et d’écrire Mohamed ou Muhammad
(www.leprophetemohammed.com).
 
Pourtant, Tareq Oubrou, l’imam de la grande-mosquée de Bordeaux et l’un des responsables musulmans français les plus en vue, d’origine marocaine et adepte d’un islam traditionnel (il milita au sein de l’Union des Organisation islamiques de France, branche hexagonale des Frères musulmans), défend clairement la francisation de "Mahomet".
Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom “Mahomet”. Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées, expliquant que “Mahomet” viendrait de ma houmid, qui veut dire “celui qui n’est pas loué” – précisément le contraire de “Mohamed”, qui signifie “celui qui est loué”. Comme si les Français qui prononçaient ce nom le faisaient en ayant en tête son sens étymologique dépréciateur" (Ce que vous ne savez pas sur l’islam, Fayard, 2016, p. 41).
 
S’il est exact qu’un nombre croissant d’écrivains musulmans contemporains optent pour Mohamed ou Muhammad, d’autres persistent à écrire "Mahomet" lorsqu’ils s’expriment dans la langue de Molière. Parmi ces derniers, tous ne sont pas Français, certains étant ressortissants de pays arabes (voir quelques exemples en note 1).
Chaque langue a son génie propre. En conservant l’emploi de "Mahomet", on respecte simplement la graphie française traditionnelle. Celle-ci n’induit pas un quelconque jugement sur celui qui est désigné par ce nom. C’est une question de cohérence et cette règle s’applique à tous les noms de personnes traduits de l’arabe (2).
 
Mahomet prophète ?
Par ailleurs, pour parler de Mahomet, la tendance actuelle est d’écrire "le Prophète" ou "le prophète Mohamed". Pour un musulman, ces formulations sont évidemment conformes à sa doctrine (nonobstant la remarque ci-dessus pour la langue). Plusieurs fois par jour, il récite sa profession de foi (chahâda), dans laquelle figure le nom de Mahomet :
"Il n’y a pas d’autre divinité que Dieu et Mahomet est son Prophète".
Mais lorsqu’ils sont employés par des non-musulmans, surtout par des chrétiens, ces usages sont impropres. Or, des journaux, y compris catholiques comme La Croix, ainsi que des auteurs chrétiens, parmi lesquels des ecclésiastiques, s’expriment de cette manière. Ce faisant, ils émettent une croyance qui n’a jamais été avalisée par l’Église parce qu’elle ne peut pas correspondre à la foi chrétienne pour laquelle Jean-Baptiste, "le plusgrand des enfants des femmes" (Mat. 11, 11), est le dernier de tous les prophètes, donné par Dieu comme précurseur à la venue du Messie.
N’est-ce pas là, en outre, une manière d’accréditer, ne serait-ce qu’implicitement, l’enseignement du Coran selon lequel Mahomet est le "sceau des prophètes" (33, 40), en attribuant de surcroît cette affirmation à Jésus ?
"
Jésus, fils de Marie, dit : “Ô fils d’Israël ! Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Torah, existait avant moi ; pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète qui viendra après moi et dont le nom sera : Ahmed” (61, 6). Il s’agit de Mahomet, désigné ici par Ahmed qui veut dire "le loué ".
En fait, pour pouvoir faire dire au Christ qu’il annonçait Mahomet, le Coran a falsifié les citations contenues dans l’Évangile de saint Jean dans lesquelles le Fils de Dieu promet d’envoyer aux hommes le "Paraclet", autrement dit l’Esprit-Saint (cf. Jn 14, 16-17 ; 15, 26-27 ; 16, 7-11).
Dans un souci de clarté, il est donc préférable d’écrire soit "Mahomet", soit "le prophète de l’islam".
Certains musulmans récusent enfin la formule "religion de Mahomet " car, pour eux, l’islam est la religion de Dieu et non celle d’un prophète. Là encore, un non-musulman doit pouvoir rester libre par rapport à la croyance des musulmans, sans se sentir obligé de se soumettre à des exigences qui s’apparentent à des pressions.

Paru dans La Petite Feuille Verte de l'Association Clarifier, janvier 2017
 
(1) Salah STÉTIÉ (poète et diplomate libanais), Mahomet, Pygmalion, 2000.
Ahmed YOUSSEF (universitaire et journaliste égyptien), Bonaparte et Mahomet, Éditions du Rocher, 2003 ; Le moine de Mahomet, Éd. du Rocher, 2008.
Abdelwahab BOUHDIBA (Tunisien, titulaire émérite de la chaire de sociologie à l’Université de Tunis), La sexualité en Islam, Presses Universitaires de France, 1986.
Ghaleb BENCHEIKH (Français d’origine algérienne, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix), Alors, c’est quoi l’islam ?, Presses de la Renaissance, 2001.
Slimane ZEGHIDOUR (Français d’origine algérienne, journaliste et essayiste), La vie quotidienne à La Mecque, de Mahomet à nos jours, Hachette, 1989 ; Le voile et la bannière, Hachette, 1990.
(2) Noms arabes et francisés : Youssef = Joseph, Boutros = Pierre, Boulos = Paul, Antoun = Antoine, Elias = Elie, Sarkis = Serge ; Mariam = Marie, Rafqa = Rébecca, Majdaliyah = Madeleine, Marta = Marthe, Barbara = Barbe, etc.

La charia aujourd'hui

Publié dans De par le monde
La charia aujourd'hui
 
A partir du milieu du XIXème siècle, le monde musulman s’est ouvert à une certaine modernisation du fiqh, processus favorisé par le déclin de l’Empire ottoman et l’influence des nations européennes au Proche-Orient. Cependant, la réislamisation, entamée il y a une cinquantaine d’années, freine de plus en plus cette évolution.
 

1 - Charia et modernité

De l'empire ottoman aux états-nations
Les sultans ottomans ont publié des décrets de réorganisation (Tanzimat en turc) établissant de nouvelles législations (1839 et 1856). L’une des mesures les plus significatives a consisté à proclamer l’égalité devant la loi de tous les sujets de l’Empire, ce qui revenait à abolir la dhimmitude, du moins formellement. En 1840, le droit pénal islamique fut remplacé par un code reprenant les principes des codes européens. Ainsi furent supprimés les châtiments corporels (remplacés par des peines de prison ou des amendes). En 1877, un code civil fut promulgué à Istamboul, puis d’autres codes reprenant les principes de l’école hanéfite mais aussi certaines normes du droit positif (lois émanant des autorités civiles et politiques) en vigueur en Occident et ne puisant donc plus leurs sources dans la charia.
 
                    Dans le monde arabe
Puis, dans le cadre de la Nahda (Renaissance), des intellectuels arabes adeptes de l’ijtihad ont préconisé des réformes de fond, tendant à en finir avec "l’archaïsme" qui prévalait depuis les débuts de l’Islam et à aligner la législation sur le droit positif de l’Occident. Pour cela, des auteurs préconisaient une lecture historique des versets du Coran datés de Médine (622-632), partie qui contient la plupart des prescriptions juridiques, tandis que les versets antérieurs, datés de La Mecque (610-622) pouvaient, selon eux, conserver leur portée universelle.
                    Les Etats-nations
Après la Première Guerre mondiale, les Etats-nations nouvellement créés au Levant et au Maghreb, où les ressortissants musulmans représentent la majorité voire la totalité de la population, ont adopté des Constitutions plus ou moins calquées sur celles des Etats occidentaux, avec notamment la séparation des pouvoirs. Une certaine sécularisation du droit s’ensuivit, notamment dans les domaines non prévus par le Coran et la Sunna (commerce, travail, fiscalité, assurances, etc.).
"Si les constitutions des pays du monde musulman comportent toutes des dispositions consacrant la place de l’Islam ou de la charia dans le système juridique et politique national, en pratique des règles d’origine religieuse ne subsistent plus guère que dans le droit de la famille et parfois dans le droit pénal. Même lorsque le droit continue à puiser ses sources dans la charia, les normes ont été le plus souvent codifiées et donnent lieu à une grande diversité d’application entre Etats, alors même que tous affirment appliquer la charia et respecter les préceptes de Dieu"
 
Muftis et fatouas
Dans les Etats contemporains, les gouvernements se font assister par un ou plusieurs muftis, fonction dont l’origine remonte à l’époque de la création des quatre écoles sunnites
. Il s’agissait alors de personnalités privées qui jouèrent un rôle considérable dans la rédaction des traités juridiques de chacune d’elles.
Peu après, les muftis devinrent des personnages officiels. Ils le sont toujours. Aujourd’hui, fonctionnaires nommés et rétribués par l’Etat, les muftis (parfois organisés en collège présidé par un grand-mufti) ont pour mission de délivrer des consultations juridico-religieuses (fatouas) sur des problèmes pratiques auxquels le fiqh n’apporte pas de solution précise. Au Liban, p. ex., l’institution concernée porte le nom de Dar el-Fatoua (la Maison de la Fatoua).
Etymologiquement, le terme fatoua renvoie à l’idée d’éclairer un problème. Contrairement à une idée répandue depuis la fatoua de condamnation à mort prononcée par Khomeyni en 1989 contre Salman Rushdie, auteur du roman Les versets sataniques, ces avis, qu’on ne peut apparenter ni à des jugements ni à des sentences, concernent tous les sujets (politiques, sociaux culturels, juridiques, comportements individuels). Ils ne sont pas destinés qu’aux dirigeants politiques ; ils doivent aussi répondre aux questions des juges (qadîs) et des particuliers. Les muftis exercent une sorte de magistère juridique, mais personne n’est obligé de les suivre.
Commentaire de Tareq Oubrou, imam de la grande-mosquée de Bordeaux, pour qui le mufti est "vicaire du Prophète" et même "de Dieu" : Si "la fatoua de Dieu et de son Prophète sont infaillibles, celle du mufti canoniste est sujette à l’erreur". Elle "n’est qu’un avis". "Néanmoins, le mufti signe au nom de Dieu et de son Prophète. Par conséquent, même si son avis n’oblige personne, le fait de se prononcer sur une question religieuse reste un acte d’une lourde responsabilité" (La fatwâ en Europe, dirigé par Michel Younès, éd. Profac, Lyon, 2010, p. 58).
 
Aujourd’hui, on assiste, via les moyens de communications modernes, à un développement anarchique de fatouas. Certaines sont délivrées par des muftis ou des imams (chargés de conduire la prière rituelle) auto-proclamés ou militants au sein de mouvements islamistes, ce qui engendre désordres et confusions. L’un des plus célèbres et écoutés est l’Égyptien Youssef El-Qaradawi, auteur d’un ouvrage intitulé Le licite et l’illicite en Islam (éd. Al Qalam, Paris, 1992). D’une manière générale, il y a chez les musulmans une véritable obsession concernant la licéité de leurs actes ou de leurs projets, jusque dans les moindres détails. D’où le succès de ces dispensateurs de fatouas.
 
Place actuelle de la charia
Parmi les pays arabes, la Syrie est le seul (avec le Liban multiconfessionnel) où l’Islam n’est pas religion d’Etat, mais le fiqh y est une source principale du droit. Ailleurs, la charia est proclamée "source unique" ou "source principale" ou "l’une des sources" de la loi. Le Sénégal, défini comme République laïque dans sa Constitution, n’en a pas moins fondé son droit de la famille sur les principes de la charia.
Certaines réformes ont pu prendre appui sur des ouvertures contenues dans le Coran. Tel est le cas de la polygamie. L’autorisation accordée à l’homme d’épouser jusqu’à quatre femmes lui impose un traitement "équitable" envers chacune d’elles (4, 3). Cependant, le Coran affirme que cela n’est pas possible. "Vous ne pouvez être parfaitement équitables à l’égard de chacune de vos femmes, même si vous en avez le désir" (4, 129).
La Tunisie et la Turquie se sont basées sur ce verset pour déclarer la polygamie illégale, ainsi que la répudiation qui, d’après un hadîth de Mahomet, serait "pour Dieu l’acte licite le plus abominable". Ailleurs, des atténuations ont été apportées : en Syrie, le contrôle du juge est nécessaire, pour vérifier notamment les capacités financières du mari ; en Egypte et au Maroc, la première épouse a le droit d’insérer dans le contrat de mariage une clause de monogamie donnant droit au divorce en cas de non-respect de la part du mari. Cependant, ni la Tunisie (en droit) ni la Turquie (en fait) n’ont pu supprimer la clause de l’empêchement matrimonial puisque le Coran l’impose strictement (2, 221). Il en va de même pour l’héritage (4, 11). Enfin, certains pays ont introduit le divorce à l’occidentale.
 
En fait, pour survivre dans le monde actuel, le droit musulman a dû s’adapter, l’air de rien, aux nécessités du temps présent, en faisant semblant de respecter les prescriptions religieuses tout en les contournant. Cela a produit quelque quatre-vingt mille hiyal-s (expédients juridiques), inventés au gré des besoins. Cet ensemble constitue une jurisprudence parallèle sur laquelle les muftis ferment pudiquement les yeux. En voici quatre exemples :
- Le principe de la double-vente en droit commercial, pour contourner l’interdiction de l’usure ;
- L’acte de répudiation anticipée en Indonésie, pour permettre aux femmes de provoquer un divorce à leur initiative ;
- Le "mariage-minute", pour permettre ce qu’ailleurs on appelle la prostitution, qui est normalement interdite ;
- Le renoncement du meurtre du coupable d’homicide volontaire, prévu par la loi du talion, en échange du paiement du "prix du sang".
 
Il faut excepter de la modernisation plusieurs Etats de la péninsule Arabique, tels que l’Arabie-Séoudite, Koweït, Bahreïn, Oman, les Emirats arabes unis, où l’on n’a jamais cessé d’observer la charia intégrale en matière de droit matrimonial et d’appliquer des châtiments corporels. La loi fondamentale séoudienne stipule que l’Etat "a pour Constitution le Livre de Dieu et les Traditions de son Prophète" (art. 1er). Quant à la Constitution iranienne, elle oblige le Parlement à respecter la prééminence de la charia dans le vote des lois.
En fait, seule une dizaine d’Etats musulmans ne font aucune référence dans leurs Constitutions à la valeur normative de la charia.
Là où elle s’est produite, l’adoption du droit positif a eu pour conséquence de transformer le chef de l’Etat en législateur, ce qui a entraîné une rupture avec la théorie classique du droit islamique selon laquelle seul Dieu (avec la suppléance de Mahomet) a le pouvoir d’édicter des lois.
 
Réislamisation
Cependant, tout en conservant ces structures du pouvoir, plusieurs Etats ont réintroduit les principes de la charia dans leurs législations. Ils ont agi ainsi sous l’influence de la réislamisation portée par l’islamisme (Frères musulmans, salafistes, chiisme iranien, etc.) hostile à toute imitation de normes occidentales, celles-ci trahissant l’Islam à leurs yeux. Car, pour les intégristes, "il n’y a rien de profane dans la vie du vrai croyant et toutes ses activités, personnelles et sociales, politiques et économiques, doivent tomber sous les Commandements de Dieu" (R. Arnaldez, L’Islam, Desclée/Novalis, op. cit., p. 39).
Ce processus, entamé à partir des années 1960, s’est opéré surtout au Soudan, en Egypte, au Pakistan, en Iran, en Afghanistan, en Malaisie, au Nigéria et en Indonésie.
La Constitution adoptée par la Tunisie en 2014, suite à la révolution de 2010, est souvent présentée comme libérale. Elle a pourtant cédé à un compromis avec la tradition, comme le montre cette disposition ambiguë : "La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain ; l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime" (art. 1er). Cet article suppose que la citoyenneté de tout Tunisien se confond avec l’Islam et qu’il n’est donc pas légal de renoncer à cette identité.

L’ambiguïté caractérise aussi le rapport des Etats musulmans face à la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948). A l’exception de l’Arabie-Séoudite et du Yémen, la plupart d’entre eux y ont adhéré, tout comme ils ont ratifié les textes similaires qui l’ont suivi, en particulier les Pactes relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi qu’aux droits civils et politiques adoptés par l’Assemblée générale de l’ONU en 1966. Mais la plupart des Etats signataires n’ont pas accordé leurs législations avec les principes de ces documents en raison de leur incompatibilité avec la charia.
Plusieurs organismes représentatifs ont publié leurs propres documents. Parmi ceux-ci, la Déclaration des droits de l’homme dans l’Islam, approuvée en 1990 par l’Organisation de la Conférence islamique, dont le siège est à Djeddah (Arabie-Séoudite), stipule dans son Préambule : "Tous les droits et libertés énoncés dans ce document sont subordonnés à la loi islamique".
"En insérant une disposition constitutionnelle consacrant la valeur normative de la charia, les constituants ont souvent espéré contrebalancer la montée de l’opposition islamiste par la promotion d’un Islam officiel. (…) C’est toutefois une arme à double tranchant. Les mouvements radicaux de l’Islam politique vont en effet invoquer eux aussi cette référence constitutionnelle pour fonder leur contestation du pouvoir et demander que les pratiques gouvernementales soient mises en conformité avec les engagements constitutionnels de l’Etat" (N. Bernard-Maugiron et J.-P. Bras, op. cit., p. 163).
 

2 - L'Europe et la charia

La réislamisation du monde islamique touche aussi les populations musulmanes établies en Europe où leur poids démographique ne cesse de croître. Même si des intellectuels militent en faveur d’un total abandon de la charia (cf. p. ex. Abdennour Bidar, Self-Islam, Seuil, 2006), beaucoup de musulmans revendiquent désormais le droit de vivre selon les règles de celle-ci, inséparables selon eux de leurs croyances religieuses.
 
Vers la reconnaissance de la charia ?
Officiellement, la charia n’est pas inscrite dans le droit européen. Mais des jalons dans ce sens sont d’ores et déjà posés. Ils s’inscrivent dans le cadre des "accommodements raisonnables", concept imaginé au Canada pour adopter des dérogations au droit commun en vue de satisfaire à certaines exigences de la charia émises par les citoyens ou immigrés musulmans.
 
Initiatives islamiques
En 1981, une Déclaration universelle des droits de l’homme dans l’Islam, rédigée par le Conseil islamique pour l’Europe, a été proclamée au siège de l’UNESCO (Paris). On y lit : "Ces droits ont été définis par le Créateur. Or, Dieu ne donne à l’homme que ce qu’Il juge bon pour lui. Il n’est pas bon qu’un musulman abandonne sa religion, que la femme ait les mêmes droits successoraux que l’homme, qu’un non-musulman puisse épouser une musulmane ou succéder à un musulman".
Les Frères musulmans sont très actifs en ce domaine. Ainsi, à l’initiative de leur représentation en Europe, ils ont créé en 1997 un Conseil européen de la Fatoua et de la Recherche dont le siège est à Dublin. Cette instance considère que la charia doit être la norme absolue pour tous les musulmans du monde. Elle édicte des fatouas collectives pour les musulmans européens, en tenant compte de leur état de minoritaires, tout en explorant par quelles voies l’application intégrale de la charia est possible. Son président, Youssef El-Qaradawi
, réclame que les musulmans d’Europe puissent vivre "dans une civilisation musulmane complète, orientée par la foi musulmane, soumise à la loi de l’islam" (cité par Philippe de Villiers, Les cloches sonneront-elles encore demain ?, Albin Michel, 2016, p. 171).

Ce Conseil soutient en outre l’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon, fondé par l’UOIF (Union des Organisations islamiques de France), antenne des Frères musulmans.
Tareq Oubrou préconise également l’instauration d’une "charia de minorité". Pour lui, le terme "minorité" est un concept canonique et non démographique. "Il indique une posture d’exception spatio-temporelle (politico-socio-culturelle)", adaptée au contexte laïque de la France (La fatwâ en Europe, op. cit., p. 48). La question du maintien de cette doctrine se pose toutefois dans l’hypothèse où l’Islam s’imposerait un jour dans l’espace français par le nombre et l’influence politique.
Gilles Kepel estime qu’une partie des musulmans de France voient dans le vote de la loi Taubira ("mariage homosexuel") la preuve que le droit matrimonial français n’est plus intangible. Ils pourraient en profiter pour œuvrer à la reconnaissance légale du mariage islamique sur le territoire français (Terreur dans l’Hexagone, Gallimard, 2015, p. 235). Dans l’un de ses livres, Hani Ramadan, responsable du Centre islamique de Genève, justifie d’ailleurs la polygamie en invoquant des arguments "naturels" : stérilité, ménopause, maladie de l’épouse (La femme en Islam, éd. Tawhid, Lyon, 1991, p. 35-38).
 
Initiatives non islamiques
En Grande-Bretagne, ont été créés des charia councils, instances quasi-judiciaires d’arbitrage pour régler les litiges entre musulmans. Ils peuvent rendre des avis conformes à la charia dans six domaines : mariages forcés, disputes domestiques, violences conjugales, différends commerciaux et problèmes de dettes ou d’héritage et querelles internes aux mosquées (cf. Franck Frégosi, in Baudouin Dupret (dir.), La charia aujourd’hui, La Découverte, 2012, p. 75). Leurs décisions lient les parties et peuvent être enregistrées par les juridictions ordinaires.
Poussée par le projet Replacement migration (Migration de remplacement), élaboré par l’ONU en 2000, l’Union européenne (UE) a même conçu un projet de recherche baptisé "Eurislam" dont le programme est annoncé ainsi : "Trouver une place pour l’islam. Interactions culturelles entre immigrants musulmans et sociétés d’accueil". La couverture du document-programme est illustrée par le drapeau aux douze étoiles mariales encerclant un minaret surmonté du croissant islamique (cf. Ph. de Villiers, op. cit., p. 83-84).
 
Pour conclure
"Lorsque l’islam, comme religion, entre en Europe, il ne le fait pas seulement comme une religion, à l’instar du bouddhisme. Il y entre à titre de civilisation qui forme une totalité organique" (Rémi Brague, "Sur le “vrai” Islam", revue Commentaires, n° 149, printemps 2015, p. 13).
Conseil d’un chrétien oriental, le Père Samir-Khalil Samir (jésuite égyptien). Pour lui, le citoyen d’un pays doit suivre les lois de son pays.
Ce qui doit être clair, c’est que dans un pays [d’Europe], le seul droit qui compte est celui de ce pays » (Islam en Occident, les enjeux de la cohabitation, éd. Saint-Augustin, 2009, p. 91)
 
Ce qu'il faut retenir
- Le Dieu de l’Islam est le Législateur suprême. Il s’ensuit que l’Islam n’est pas qu’une religion, il est aussi, et inséparablement, une Loi.
- Dans l’Islam, tout vient de Dieu, qu’il s’agisse du bien ou du mal.
- La Loi coranique relève de l’arbitraire divin. Elle ne cherche pas d’abord ce qui convient à l’homme mais ce qui plaît à Dieu.
- Le Dieu de l’Islam n’ayant pas tout prévu dans l’ordre législatif, Il délègue une partie de son pouvoir à Mahomet, "le beau modèle" (Coran 33, 21).
- Même si la loi d’un Etat musulman ne prescrit aucune sanction pour tel ou tel crime, n’importe quel juge, mais aussi la famille du "coupable", a le droit de se référer à la charia, qui est toujours réputée supérieure aux lois humaines.
- La charia n’a jamais été ni unifiée ni codifiée.
- Seule une dizaine d’Etats musulmans ne font aucune référence dans leurs Constitutions à la valeur normative de la charia.
- A l’exception de l’Arabie-Séoudite et du Yémen, la plupart des Etats musulmans ont adhéré à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Mais la plupart des Etats signataires n’ont pas accordé leurs législations avec les principes de ces documents en raison de leur incompatibilité avec la charia.
 
En Europe, beaucoup de musulmans revendiquent désormais le droit de vivre selon les règles de la charia, inséparables selon eux de leurs croyances religieuses.

Clarifier - La Petite Feuille verte, novembre 2016

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