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LESUEUR Jean-Thomas

LESUEUR Jean-Thomas

Né le 2 septembre 1976
Marié - 3 enfants
 




Délégué général de l'Institut Thomas More (depuis 2007)


DEA d’histoire moderne (Paris IV Sorbonne)
           (De l’émergence de la diplomatie en Europe occidentale à l’époque moderne)
 
 
A débuté sa carrière comme rapporteur de groupe de travail à l’Institut Montaigne avant de participer à la création de l’Institut Thomas More en 2004. D’abord directeur des Études, il est devenu Délégué général en 2007. Ses travaux portent sur les questions politiques liées aux enjeux institutionnels et identitaires européens et l’analyse de la vie politique française.
 
 
 

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Nouveaux chefs de file de l'Europe

Publié dans Avec l'Europe
Accord sur les migrants : l'Italie et l'Autriche, nouveaux chefs de file de l'Europe ?
 
FIGAROVOX/ENTRETIEN - Pour Jean-Thomas Lesueur (Délégué général de l'Institut Thomas More), les leaders des pays d'Europe centrale et d'Italie sont désormais les hérauts d'une opinion européenne de plus en plus favorable à un durcissement de la politique migratoire. C'est cette voix qu'ils ont fait entendre au Conseil européen.
 
FIGAROVOX - Cette nuit, le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte semble être parvenu à imposer ses conditions lors des négociations sur les migrants. L'Italie est-elle en train de prendre un rôle de leader en Europe ?
Sur cette question, en effet. À la lecture du communiqué du Conseil européen, on trouve une inflexion, qu'on peut trouver trop lente bien sûr, dans le sens d'un durcissement de la réponse à la question migratoire. Dans le vocabulaire employé, on relève des euphémismes, des prudences, tout un champ lexical de pondération, mais il est notamment question du rôle des ONG, ce qui est nouveau. On assiste à une prise de conscience des peurs que suscite en Europe la question migratoire, et de la volonté de juguler les flux de la part des dirigeants européens. Et c'est assurément par l'Italie et l'Autriche que ces changements adviennent. On a beaucoup dit, hier soir, que le processus bloquait parce que l'Italie avait des revendications particulières qu'elle voulait voir prises en compte. Or c'est justement grâce au rôle de l'Italie que ce conseil a lieu et que la stratégie européenne de contrôle des flux commence à changer.

L'accord signé est-il significatif ? On voit que beaucoup de décisions reposent sur le volontariat des pays, notamment pour établir des postes de contrôle en dehors de l'Union européenne. Que va-t-il sortir de concret ?
Je pense que l'Italie va se sentir confortée dans sa stratégie de refus d'accueillir les navires de migrants. Concrètement, tout conduit à une décomplexion par rapport aux mesures de restriction de l'immigration et d'interdiction d'accès aux ports nationaux. Malte en profitera peut-être aussi pour durcir d'accueil des navires de migrants.
Quant aux décisions prises, elles reposent effectivement sur le volontariat. Lorsque l'on suit cela de près, rien de très neuf n'émerge de cet accord. Il s'agissait d'abord, pour les dirigeants européens, que ce sommet ne tourne pas au psychodrame : ça aurait pu bien mal finir ! Les partisans d'une politique migratoire ferme prennent la main, mais Bruxelles et pas mal d'États membres restent dans l'optique d'une politique européenne concertée. Toute la culture européenne est une culture de consensus et de compromis. Et cette recherche d'équilibre est fragile. Il n'y a plus que Macron, à la sortie du conseil, pour mettre en avant l'idée d'un "dialogue européen". Les autres chefs d'État ou de gouvernement ont plutôt insisté sur la nécessité de tarir les flux migratoires.
 
La position de la France est-elle hypocrite ?
Oui, c'est le triomphe du "en même temps". Cela dit, Emmanuel Macron n'invente rien : François Hollande faisait la même chose, à savoir accueillir beaucoup moins de migrants que prévu sans l'assumer publiquement. Sur le fond, Macron est soulagé de ne pas avoir à assumer l'accueil de nouveaux migrants auprès de sa population, et publiquement il se targue de respecter les droits de l'homme et de bousculer l'Europe sur cette question.

Pourquoi les récalcitrants, comme l'Autriche ou la Hongrie, ont-ils signé l'accord, si ce n'est pour sa flexibilité et le flou qui entoure les décisions prises ?
Le fond de l'accord est assez peu contraignant, voilà le fond de l'affaire. L'Italie va par exemple pouvoir continuer sa politique de fermeté migratoire avec ce qui apparaît comme une forme de blanc-seing de la part du conseil européen. Politiquement, c'est une vraie victoire pour elle. Les Autrichiens ou les Italiens se rendent d'ailleurs compte que leur position est exactement celle attendue par les populations d'Europe occidentale. Cela constitue une situation politique inédite : la convergence d'un message porté par les dirigeants d'Europe centrale et italiens et des attentes d'une large partie de l'opinion des pays de l'Ouest. Politiquement, les résultats sont encore difficiles à cerner. Il reste que, sociologiquement et culturellement, les pays d'Europe de l'Est ont une influence considérable et portent une parole influente dans toute l'Europe. Ce qu'Angela Merkel et Emmanuel Macron sont obligés de prendre en compte.
 
Comment va-t-on "trier" entre les migrants économiques et les réfugiés qui demandent l'asile ? Quels moyens seront mis en œuvre ?
Le "laboratoire" de cette mesure sera l'Italie. Il faudra installer de vrais moyens, des hommes, du matériel et des procédures, notamment à la frontière entre la Libye et le Niger. Et l'enjeu portera sur la durée des procédures, qui doit passer de plusieurs mois à seulement quelques semaines. Mais il va sans dire que les migrants n'iront pas s'arrêter volontairement à ces postes de tri… Un Sénégalais de vingt ans, par exemple, qui tente d'atteindre l'Europe ne fuit ni la guerre, ni aucune persécution, ni même la famine, il n'a donc pas de moyens légitimes d'obtenir l'asile : il ne s'y présentera pas de lui-même.
Il faut ainsi mettre les moyens pour obtenir une vraie politique migratoire européenne et renforcer le mécanisme de garde-frontières européens. Ce qui demanderait un coût de plusieurs milliards : l'Union européenne sera de toute façon amenée à dépenser beaucoup d'argent pour mettre au point cette politique réclamée par les peuples… Car raccompagner un clandestin à la frontière coûte cher.
 
Et que deviendront les migrants des navires de sauvetage en mer affrétés par les ONG ?
C'est la première fois que le sujet est évoqué dans les conclusions d'un Conseil européen. Je pense que, pour un pays comme l'Italie, cela ouvre la possibilité de mieux contrôler ses eaux, voire d'aller intervenir au plus près des ports libyens pour bloquer les passeurs ou les ONG en mettant ensuite ses partenaires devant le fait accompli. L'Italie aurait d'ailleurs l'aval des populations européennes en recourant à ce genre de démarche. Cet accord européen pourra créer un socle d'action pour que l'Italie monte d'un cran dans sa politique migratoire. Le climat européen et les mentalités changent énormément : nous sommes à un moment de rupture, notamment par rapport au renvoi des migrants. Il y a donc aussi un problème de droit qui doit être posé…

Paru sur Figarovox, 29 juin 2018

Quelle politique migratoire ?

Publié dans En France
Quelle politique migratoire pour 2017 ?
 
Il ne fait pas grand doute que la question migratoire, liée à celle de l’identité, sera au cœur de l’élection présidentielle d’avril prochain. Place de l’islam dans la société française, crise des migrants, situation dans les quartiers sensibles, insécurité, chômage : nombre de questions appelant des réponses urgentes ramènent à la problématique migratoire.
Et, de fait, les Français expriment la volonté de plus en plus partagée de limiter l’immigration. Mais notre pays en a-t-il les moyens ? La question mérite d’être posée tant les outils de gestion migratoire, émoussés par la vision irénique d’un monde sans frontières qui a dominé ces dernières décennies, apparaissent inadaptés à la situation actuelle.
C’est donc à une refondation de sa politique migratoire que la France est appelée. Il y a beaucoup à faire, à commencer par assigner des objectifs forts et significatifs pour les Français à cette refondation. Le premier de ces objectifs devra être la baisse de l’immigration légale. La France a délivré plus de 225 000 permis de résidence en 2015. Entre l’immigration massive et l’immigration zéro, il y a une voie réaliste : un objectif situé à moins de 100 000 entrées par an. C’est celui qu’affiche François Fillon. Pour y parvenir, il faudra agir sur tous les leviers de la politique migratoire.

En premier lieu, il convient de restreindre les flux de migration pour "raisons familiales" dont on oublie souvent qu’ils ne se limitent pas au regroupement familial : ils représentent la principale cause d’entrées sur le territoire (92 000 en 2015, 41 % du total) qui alimentent le phénomène d’ "autoengendrement" de la migration familiale, mis en lumière par la démographe Michèle Tribalat. Le renforcement des conditions d’accès à la nationalité (105 000 naturalisations en 2014) doit, lui aussi, contribuer à endiguer ce phénomène mais surtout à élever l’effort d’intégration demandé à tout candidat à la naturalisation.
L’immigration de travail (21 000 entrées en 2015, 9 %) doit, elle, être réduite à son minimum tant que les conditions socio-économiques, en particulier le chômage, sont telles que nous les connaissons. De même, la politique d’accueil des étudiants étrangers (70 000 en 2015, 31 %) doit moins servir de filière d’immigration détournée qu’à attirer les talents du monde entier. Quant à la politique de l’asile (63 000 demandes d’asile en 2015), elle doit être refondée pour empêcher que les flux des autres voies d’immigration ne se reportent sur elle et qu’elle reste accessible à ceux qui en ont réellement besoin.
Enfin, il doit être mis fin à la banalisation de l’immigration illégale en proposant un statut nouveau aux irréguliers (assimilable à celui de guest workers) mais en renvoyant sans recours possibles ceux qui choisissent de rester dans la clandestinité. L’aide médicale d’État (AME) doit naturellement être supprimée.

Le deuxième objectif, celui d’un meilleur contrôle des frontières, nous amène à poser la question de l’Europe que le géographe Gérard-François Dumont qualifie de "premier espace d’immigration au monde". Il convient de cesser d’opposer frontières nationales et frontières européennes pour entrer dans une logique de double ligne de contrôle. Faut-il rappeler que les accords de Schengen prévoyaient la possibilité de réintroduction temporaire des contrôles aux frontières nationales en cas d’afflux inopiné de clandestins ? Ce sont bien ces accords que la Hongrie a appliqués à l’été 2015 !
L’Union européenne (UE) doit à ses peuples de faire du contrôle de ses frontières une priorité dans les prochaines années - fût-ce au prix de l’abandon d’autres politiques : en refondant les règles de l’espace Schengen, en définissant mieux les missions de l’agence Frontex et en triplant son budget, en travaillant à la convergence des règles en matière d’asile et en établissant une liste stricte des pays d’origine sûrs au sein de l’UE. Un objectif de 5 000 gardes-frontières et gardes-côtes pris en charge par l’UE serait un signe tangible de son volontarisme. De même que l’application du principe de subsidiarité, qui limiterait les interventions européennes sur la politique d’accueil et d’intégration des États membres. À Strasbourg, il est enfin temps d’exiger une réforme en profondeur de la Cour européenne des droits de l’homme, qui s’est arrogé des droits exorbitants.

Mais tout cela ne suffira pas si, troisième objectif, l’exigence d’intégration n’est pas remise au cœur de notre politique migratoire. Celle-ci doit impérativement être pensée à l’aune des capacités d’intégration - celles de notre pays comme celles du candidat à l’immigration. Ces dernières consistent en sa volonté d’adopter les "formes de vie", selon la belle expression de Pierre Manent, qui assurent la cohésion d’une société qui le précède et qu’il choisit de rejoindre.
Comment faire ? D’abord en étant intransigeant sur la maîtrise du français. Il est légitime d’attendre des personnes qui s’installent sur notre territoire un niveau qui leur permette de communiquer, de travailler ou d’y suivre une scolarité. Le niveau exigé aujourd’hui est trop faible pour assurer l’autonomie de l’immigré. Il convient donc de l’élever afin de garantir son indépendance linguistique.
Ensuite, comme le fait la Suisse, en faisant des acteurs locaux, et d’abord de la commune, les premiers acteurs de l’intégration. La connaissance fine des réalités locales, la capacité à évaluer le degré d’intégration d’une personne, la réactivité face à une situation problématique sont avant tout locales. En Suisse, c’est donc sous le regard de leurs voisins qu’il est demandé aux immigrés de faire les efforts d’intégration qu’on attend d’eux ; c’est au plus près de leur lieu d’habitation qu’ils trouvent les outils mis à leur disposition pour y parvenir (les cours de langue se passent en mairie, par exemple).
Enfin, le plus important sans doute, en ajoutant un volet culturel à la formation civique et linguistique dispensée à tout étranger désireux de s’installer en France. Il faut réaffirmer la nécessité pour les immigrés de s’adapter à la culture et aux coutumes françaises, non pas dans une optique de hiérarchisation des cultures ou d’humiliation, mais parce que c’est la seule façon de sauvegarder les conditions d’une vie commune. Il est naturel et normal que les "formes de vie" de la communauté d’accueil priment dans les aspects courants de la vie sociale (habitudes alimentaires, références historiques et culturelles, égalité entre les hommes et les femmes, fêtes chômées du calendrier, etc.).
Paru dans Le Figaro, 18 janvier 2017

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