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AMAR Pierre

AMAR Pierre

Né le 10 septembre 1973






Curé de la paroisse de Limay-Vexin - Diocèse de Versailles

Licencié en droit et en théologie
Chargé de communication d'une communauté religieuse, puis aumônier militaire
 

Auteur de spectacles pour les familles :
www.santosubito.fr
www.princedudesert.fr

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Vrais martyrs et barbares

Publié dans Au delà
Faux dilemme, vrais martyrs et authentiques barbares
 
La shahâda, vous connaissez ? C’est la profession de foi musulmane, l’un des piliers de l’Islam. Elle tient en quelques mots : "j’atteste qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et je témoigne que Mohamed est son messager". La dire, c’est automatiquement devenir musulman. Quelques mots que des chrétiens coptes ont été récemment sommés de prononcer pendant un pèlerinage dans le Sinaï afin de garder la vie sauve, lors d’une embuscade tendue par Daesh. Pas un seul n’a cédé ; tous ont refusé et ont été abattus d’une balle dans la tête. Parmi ces nouveaux martyrs, de nombreux enfants, des familles entières, comme celle sur la photo plus bas (tous les quatre sont morts).
Sur les réseaux sociaux, les images, faites pour susciter l’effroi et la sidération, se succèdent sans discontinuer. Qui ne se souvient de celles des vingt et un coptes, tout d’orange vêtus, égorgés un à un sur une plage de Libye il y a déjà quelques années ? Qui n’a pas en mémoire les cris, les larmes et le sang provoqués par l’explosion de bombes dans deux églises du Caire, durant une messe des Rameaux ? A chaque fois, la lâcheté des barbares et le courage des victimes impressionnent.
 
La vie sauve pour un mot
Il aurait pourtant suffit de réagir comme saint Pierre au soir du Jeudi saint : "Jésus ? Je ne connais pas cet homme". Ou de proclamer la shahâda. Quelques mots, quelques secondes… qu’est-ce donc devant une vie ? Les premiers chrétiens ont connu ce terrible dilemme. "Brûlez quelques grains d’encens devant la statue de César"  leur disait-on. "Au pire, faites semblant, personne n’en saura rien. Et vous aurez la vie sauve !".
S’il suffit réellement d’un mot pour sauver la vie d’enfants, de ses propres enfants, n’est-il pas préférable de le prononcer, quitte à mentir ? Renier ses convictions les plus intimes pour la survie des siens, n’est-ce pas une forme de courage ? Ne pas le faire, n’est-ce pas, finalement, de l’obstination, du fanatisme, le même que celui qu’on reproche aux bourreaux ?
On est là au cœur même du sens du martyre : sans la foi, sans la vie éternelle, sans l’assurance de la fécondité de ce sacrifice à la suite du Christ, préférer mourir plutôt que renier est humainement incompréhensible. Seule la foi nous fait entrevoir qu’il y a un bien plus grand que cette vie sur terre, un bien éternel auquel cette vie sur terre nous prépare. Car une vie réussie n’est pas forcément une vie qui dure un peu plus longtemps, c’est une vie qui atteint le but, c’est un pèlerinage qui débouche sur la vraie terre promise, la cité céleste, la vie avec Dieu.
 
Martyrs et kamikazes
"Je ne crois qu’aux histoires dont les témoins se font égorger".Mal interprétée, cette affirmation de Pascal pourrait laisser croire que toute personne prête à donner sa vie pour une cause mérite du respect. Il fallait oser… mais France Info  l’a fait : tenter ce rapprochement invraisemblable entre les martyrs et les kamikazes islamistes. A propos du film Silence de Martin Scorsese, on peut en effet lire sous la plume d’un journaliste (voir le lien
ici) : "Les kamikazes islamistes d’aujourd’hui ressemblent fort, dans leur objectif, aux "bombes humaines" jésuites du XVIIème siècle, leur dénominateur commun étant la mort pour propager leur croyance".
Plus c’est gros, plus ça passe… Et c’est juste oublier qu’un kamikaze prend la vie des autres alors que le martyr offre la sienne. Le premier inflige une violence, le second la subit. L’un n’a qu’un objectif : tuer. L’autre est confronté à un choix ultime : mourir avec le Christ ou vivre sans lui. En somme, les kamikazes sont les instruments volontaires d’un totalitarisme inhumain. Les martyrs, eux, sont des victimes innocentes qui affirment leur suprême liberté : celle de croire.
Il faut affirmer avec force que, pour un chrétien, l’amour de la vérité ne consiste jamais à imposer celle-ci en faisant couler le sang des autres mais à donner sa vie, la sacrifier pour le Christ plutôt que de laisser violenter sa conscience. C’est ce que veut affirmer l’Eglise en revendiquant – toujours et partout – la liberté religieuse, c’est-à-dire le droit de changer de religion, librement et sans violence.
 
Que faire ?
Nous avons tenté de répondre à cette question
dans une vidéo
, au lendemain des attentats du Sinaï. Trois choses semblent essentielles.
D’abord, ne pas se taire. Parce qu’on s’habitue à tout, surtout au mal. Nous taire consisterait à tuer ces gens une seconde fois et d’être, d’une certaine façon, complices du sort terrible qu’ils subissent.
Les soutenir ensuite, durablement, par notre prière et nos dons. Des oeuvres existent, certaines depuis longtemps comme l’AED (Aide à l’Eglise en détresse). Nous ne pouvons pas en rester à un hashtag #jesuiscopte ou un simple "like" sur Facebook !
Rester fidèles, enfin. Car le martyre de nos frères d’Egypte, de Syrie, d’Irak, celui du père Hamel – à cent cinquante kilomètres de Paris – nous engage. Il doit réveiller nos âmes. Nous devons cela à tous ces témoins ! On ne peut pas non plus juger ceux qui auraient renié. Ils ont souvent existé dans l’histoire du christianisme. Et l’Eglise a bien sûr accordé son pardon à ceux qui avaient flanché devant la peur de la mort ou de la souffrance. Saint Pierre, en l’occurrence, en est le bon exemple !
Aurions-nous été fidèles à leur place ? Personne ne peut en être certain. Comment le savoir d’ailleurs… tout en l’espérant, avec la grâce de Dieu ! Mais nous pouvons déjà être fidèles maintenant dans ce que Dieu attend de nous, chacun dans ce que nous avons à vivre de plus ordinaire, parfois de plus répétitif. Une fidélité dans les petites choses d’aujourd’hui afin d’être fidèle, demain, dans les grandes. C’est ainsi qu’on apprend à être prêt.

Paru sur www.padreblog.fr, 7 juin 2017

La confession – le film

Publié dans Au delà
La confession – le film
 
Un film dans lequel le prêtre n’est ni un benêt, ni un pervers… osons le dire : ça fait plaisir ! "La confession", le film de Nicolas Boukhrief qui sort au cinéma ce 8 mars, est de ceux-là.
On y découvre la figure dynamique d’un jeune prêtre, curé de terrain bien dans ses pompes, donné à tous ses paroissiens, homme de foi et d’espérance pendant la période si troublée et tragique de l’occupation allemande.
L’histoire est celle qui avait déjà été présentée dans le film "Léon Morin prêtre" sorti en 1961 avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle titre ; il illustre d’ailleurs cet ancien article de Padreblog sur le célibat des prêtres. Alors qu’on pourrait s’y attendre, "La confession" ne traite justement pas du célibat des prêtres, et tant mieux. On sait combien ce célibat est signe de contradiction pour le monde et combien il est délicat pour ceux qui sont loin de l’Eglise d’en traiter avec pertinence.
 
"La confession" est avant tout l’histoire d’une femme, communiste convaincue, bouleversée par sa rencontre avec un témoin du Christ, authentique et crédible, qui se trouve être le jeune curé de son village. Sans dévoiler le scénario, on reste fasciné par l’assurance de cette paroissienne un peu atypique et la disponibilité sans faille du père Morin. Leur sens réciproque de la répartie donne lieu à des dialogues fort intéressants. On se prend même à ressentir la nostalgie du format ecclésial qui a façonné le terreau chrétien de notre pays et qui ne peut plus exister depuis longtemps : le fameux "un clocher, un curé".
Une réserve toutefois : le fait que jamais le père Morin ne soit montré en train de se ressourcer auprès du Seigneur, que ce soit dans la prière, la liturgie des heures ou l’oraison. Un autre point, mineur cette fois, m’a aussi fait sourire : ce jeune prêtre du début, en costume démodé et terne, avec sa croix à la boutonnière ; car je n’ai pas l’impression que les jeunes prêtres s’habillent ainsi désormais…
 
Les débats ne manqueront pas de naître pour commenter le zèle apostolique du héros du film qui s’accompagne de réelles imprudences, probablement dictées par sa (trop ?) grande générosité. Qu’on se rassure cependant, le père Morin reste heureusement fidèle à la grâce de son ordination.
Lorsque le film se termine, on éprouve une impression générale, heureusement partagée par la grande majorité des prêtres de France (et l’auteur de ces lignes !) : le don de lui-même, à tous et pour tous, rend un prêtre heureux. Et la foi rend heureux. Vraiment.

Paru sur Padreblog, 6 avril 2017

Catholique et Français toujours ?

Publié dans En France
Catholique et Français toujours ?
 
Il fut un temps où brandir un drapeau tricolore et chanter la Marseillaise n’était toléré qu’au stade. Mais ça, c’était avant… Avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, du moins que des barbares nous attaquent en plein Paris, ce funeste vendredi 13.
En à peine vingt-quatre heures, Facebook a versé dans un patriotisme digne de la fin du 19ème siècle, c’est-à-dire le plus cocardier qui soit. On a réalisé ce jour-là que ce réseau social rassemblait deux sortes de personnes : celles qui ne s’y connectent qu’une seule fois par semaine et qui n’étaient donc pas au courant et celles qui, face au tsunami tricolore, faisaient de la résistance… pour encore quelques heures. En ce jour d’hommage national, de nombreux drapeaux flottent aux fenêtres et pas seulement sur les bâtiments officiels.
Mais il y a mieux (ou pire ?). Le soir du 15 novembre, le cardinal archevêque de Paris préside une messe "à l’intention des victimes et de leurs proches et pour la France". La cathédrale est comble ; le parvis est noir de monde. Le glas sonne, majestueux et solennel. Derrière la statue de la Vierge au pilier – celle de Claudel ! – en incrustation, nos trois couleurs nationales. Au premier rang, Madame le maire de Paris, un ancien Président de la République et plusieurs personnalités politiques de premier plan. A l’offertoire, comme à son habitude, le titulaire des grandes orgues improvise. Et, en à peine quelques accords (bien ronflants…. !), interprète une Marseillaise pas très discrète. La vidéo
est encore en ligne.
Je ne suis pas historien. Mais c’est sans doute la première fois que l’hymne national fait office de musique liturgique. Pensez donc qu’à l’offertoire d’une messe catholique, c’est la musique d’un chant révolutionnaire qui a résonné, un chant qui implore qu’un sang impur abreuve nos sillons ! On ne pourra pas dire que cet offertoire-là n’était pas sacrificiel ! Tout cela s’est fait dans le consensus le plus unanime. Le comte de Chambord a dû se retourner dans sa tombe.
 
Chrétien et patriote ?
Derrière l’anecdote, se dessine certainement ce que des (fumeux) théoriciens du bon sens et du réel appelleraient "un nouveau paradigme". Et ce paradigme, le voici : christianisme et patriotisme font à nouveau bon ménage. Jadis, nos parents chantaient : "ô Marie, ô mère chérie, garde au cœur des Français la foi des anciens jours ! Entends du haut du ciel, ce cri de la patrie : catholique et français toujours !". Le cantique, pas très subtil il faut l’avouer, fait sourire. La partition qui l’accompagne n’est d’ailleurs pas non plus très fouillée, c’est peu de le dire… Après tout, des générations entières ont chanté bien avant "Dieu sauve le Roi" (ou bien "l’Empereur", au gré du régime en place) accompagné des flonflons des fanfares, à grand renfort de cuivres et de tambours. La musique patriotique ressemble souvent au vin de table : du gros rouge qui tache.
Dans d’autres pays, on n’a pas du tout ce genre de complexe. Aux USA, Barack Obama – qui a prêté serment sur la bible – termine très souvent ses discours par un "God bless America". Au Royaume-Uni, on implore Dieu afin qu’il sauve la reine. On ne fait pas mieux chez nos voisins helvètes ("Suisse, espère en Dieu toujours !"), en Russie ("Tu es seule au monde ! Tu es unique ! Terre natale gardée par Dieu"), en Norvège ("Norvégien, dans tes maisons et tes cabanes, remercie ton grand Dieu !") ou en Afrique du Sud ("Que Dieu entende nos prières et nous bénisse, nous ses enfants d’Afrique"). Saint Jean-Paul II lui-même cultivait pour sa Pologne natale une sorte de lien charnel qui n’était pas sans surprendre. Certains l’ont même trouvé un peu contre-nature, à l’heure de la mondialisation et du village global.
 
Deux cadeaux
Il faut reconnaître que les Français d’aujourd’hui traînent quelques fardeaux : le clergé du 20ème siècle a souvent prêché un christianisme un peu hors sol. Après tout, "notre cité se trouve dans les cieux" dit saint Paul aux Philippiens (3, 20). Et du coup, pas ici ! De ce fait, une certaine méfiance pèse sur le patriotisme, encore accentuée par le poids de l’histoire et de ses heurts. Comment la seule Révolution française a-t-elle par exemple été soldée chez les cathos ?
Mais, dans les larmes et le sang, les terroristes du vendredi 13 nous ont paradoxalement fait deux beaux cadeaux. Celui de l’unité nationale d’abord, cette réalité toujours fragile et sans cesse à construire. Mais plus encore, ils nous obligent à savoir qui nous sommes, ce que nous voulons défendre et construire. Ici et là, des voix s’élèvent sans complexe et sans esprit partisan. Elles nous parlent de l’avenir de ce pays où nous ne faisons pas qu’habiter mais que nous construisons, siècle après siècle. Ce pays a son histoire, son ADN, son identité. Or, un pays qui ne sait pas d’où il vient, ne peut savoir où il va. Dans un vademecum qui sent à plein nez soit l’aveuglement, soit l’idéologie (ou les deux !), l’Association des Maires de France (AMF) montre qu’elle n’y a rien compris : à l’entendre, les crèches de Noël doivent disparaitre de l’espace public afin de favoriser le vivre ensemble ! Peut-être demain nous demandera-t-on de renoncer aussi à la mixité et puis – qui sait ? –  après demain à la démocratie ? Or, ce n’est pas en renonçant à nos valeurs, à notre identité et à nos racines que nous renforcerons le vivre ensemble. Moins nous sommes fermes sur nos valeurs, plus les radicaux considèrent avoir le champ libre pour répandre leur vision totalitaire du monde.
 
Donner à la France un supplément d’âme
En fait, l’AMF veut nous imposer une nouvelle équation : plus de laïcisme signifie pour elle moins de radicalisme. L’emploi massif du hashtag #prayforParis lui a donné tort. Plus de christianisme appelle bien au contraire plus de patriotisme !
Que nous apporte l’enfant Jésus de la crèche et, avec lui, le christianisme qui a façonné la culture occidentale ? Ce nouveau-né de Bethléem, qui semble tant déranger, vient non seulement nous révéler l’amour de Dieu pour le monde mais aussi nous apporter un regard nouveau sur l’homme raisonnable, icône d’un Dieu rationnel. Les paroles prophétiques de Benoît XVI à Ratisbonne [sur la motivation religieuse de la violence, en septembre 2006] résonnent encore à nos oreilles…
Plutôt que de cacher ou d’enfouir les racines chrétiennes de la France, ne faudrait-il pas – plus que jamais – les retrouver et les mettre à jour ? Elles lui donneront ce supplément d’âme dont notre pays a tant besoin !
Paru sur www.padreblog.fr, 27 novembre 2016

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