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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

Aux racines de la violence...

Publié dans A tout un chacun
Aux racines de la violence "gratuite"
 
Le docteur Maurice BERGER, psychiatre, est l’un des trop rares spécialistes français de la violence pathologique, et plus particulièrement de celle qui se manifeste chez des enfants, des adolescents et des jeunes. Il étudie "les processus à l’origine de la violence pathologique extrême", pour reprendre une expression qu’il a employée comme titre d’un chapitre de son ouvrage Voulons-nous des enfants barbares (Dunod, 2013). Il observe et analyse les échecs des institutions ayant à traiter ce problème dramatique, que ce soit la justice ou l’Aide sociale à l’enfance, institution dont il a depuis longtemps repéré et expliqué les insuffisances, pour ne pas dire le manque dramatique d’efficacité, dans deux ouvrages : L’échec de la protection de l’enfance (Dunod, 2004), et Ces enfants qu’on sacrifie … au nom de la protection de l’enfance (Dunod, 2014). Il veut contribuer à "prévenir et traiter la violence extrême" - sous-titre de Voulons-nous des enfants barbares ? (Dunod, 2013), et pour cela il analyse par exemple comment s’effectue le passage De l’incivilité au terrorisme, titre de l’ouvrage qu’il a publié chez Dunod en 2016.
 
Cette année, Maurice BERGER continue son travail salvifique, et qui le serait plus encore s’il était davantage écouté, en publiant Sur la violence gratuite en France (L’Artilleur, octobre 2019). Cet ouvrage, comme ceux qui le précèdent, devrait être lu par tous ceux qui ont en charge de lutter contre la montée de la violence dans notre pays, mais aussi par tous les citoyens soucieux de comprendre le monde où nous vivons et de porter au pouvoir des personnes ayant des idées réalistes sur les sujets importants, dont la violence fait partie. Les quelques aperçus que je vais donner du travail effectué par Maurice BERGER depuis des décennies ne sauraient évidemment pas remplacer la lecture de ses ouvrages.
 
Le rôle décisif de la petite enfance
"Quand on ne sait pas jouer à faire des accidents de voiture avec des modèles réduits, on joue en vrai". Trop d’enfants n’ont pas appris de leurs parents ou de leur entourage à imaginer, à construire des scénarios dont ils savent bien qu’ils ne constituent pas la réalité, à jouer un rôle dans une histoire inventée. Maurice BERGER éclaire à l’aide de cette observation le phénomène devenu chronique des incendies de voitures lors de certaines fêtes, renvoyant dans leurs buts les sociologues prompts à fournir une explication du type rancœur contre une société de consommation dont ces jeunes seraient exclus. Ces jeunes voyous, il discute avec eux dans un but thérapeutique, et voici ce qu’ils lui disent : "ces destructions de véhicules étaient un jeu, le but étant d’en brûler plus que ceux du quartier voisin".

Cette absence de la dimension "jeu" au sens normal, inoffensif, est héréditaire : "Il ne sert à rien de dire à des parents avec lesquels on n’a jamais joué lorsqu’ils étaient enfants, de jouer avec leur enfant, car ils n’ont pas d’enfant joueur en eux". Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire : l’équipe du Docteur Berger a pratiqué avec succès l’apprentissage du jeu aux enfants à problème et à leurs parents. Encore faut-il convaincre les uns et les autres de participer, le cas échéant en accordant une prime aux familles qui viennent ainsi, parents et enfants, apprendre à "faire comme si", à créer un monde imaginaire dans lequel on peut jouer à être et à faire ce que l’on n’est pas et ce que l’on ne fait pas réellement.
J’ai pensé, en lisant ce passage, à un jeu de mon enfance, le gendarme et le voleur. A la réflexion, il a certainement contribué à faire de votre serviteur, comme de bien d’autres, un citoyen respectueux du bien d’autrui. Il s’agit d’une sorte de vaccination psychique : mes aînés m’ont inoculé à faible dose le virus du vol, la lecture des romans de Maurice LEBLANC a complété ces parties de rigolade, et j’ai développé les anticorps correspondants. Arsène Lupin n’a pas été pour moi un modèle, mais la figure mythique qui confine le vol dans un monde totalement imaginaire. Ne pas jouer, ne pas comprendre la plaisanterie, tout prendre au sérieux, ne pas visiter par la pensée des mondes imaginaires, voilà l’origine de certains des maux qui rendent invivables trop de nos quartiers.
Maurice BERGER va jusqu’au bout de sa démarche analytique en attribuant une grande importance à "l’absence de pensée" comme source de la délinquance. "Certains jeunes n’ont pas de pensées. Je mesure l’énormité de ce que j’affirme là, et il m’a fallu plusieurs années pour accepter cette idée", écrit-il. Cette vacuité explique l’addiction à la destruction : "Détruire est le jeu de ceux qui n’ont aucune imagination, et il consiste aussi à démolir la construction des autres dont on envie la capacité de créer."
 
Les erreurs d’analyse
Il est fréquent de dénoncer "la ghettoïsation de certaines parties de la population" comme étant "à l’origine de la violence et du communautarisme", remarque Maurice BERGER. Or, estime-t-il, c’est inexact : "on est enfermé par autrui dans un ghetto alors qu’au contraire (…) la contrainte est intérieure, elle est autosécrétée, car c’est l’éloignement qui est angoissant, éloignement en pensée, mais aussi éloignement physique hors de son territoire."
Le Docteur BERGER donne des exemples à l’appui de cette affirmation politiquement incorrecte. D’abord celui des travailleurs saisonniers : ce sont pour beaucoup des européens de l’Est, alors que les jeunes des banlieues n’utilisent guère cette opportunité. Ensuite celui de la création de 350 postes à la SNCF réservés aux habitants des quartiers difficiles, avec installation du bureau d’embauche au cœur d’un de ces quartiers : 230 personnes seulement sont venues se renseigner ! Le chiffre des embauches finalement réalisées n’est pas indiqué, mais la leçon est claire : "Postuler aurait signifié se trouver seul, loin du groupe de ses semblables et sur un lieu inconnu, loin du territoire du groupe." Il faut intégrer le phénomène clanique comme une donnée très importante dans le traitement du problème posé par certaines banlieues.
 
Que faire ?
Les deux derniers chapitres du livre sous revue fournissent des pistes sur ce qu’il faudrait faire … et ne pas faire. Le but proposé par le psychiatre est clair : "aider des sujets prisonniers de leurs pulsions à penser et à se retenir". Cela de deux manières.
Premièrement, exemples à l’appui, le Docteur BERGER explique que beaucoup de ces jeunes n’ont pas conscience de la gravité d’actes tels que, par exemple, avoir frappé quelqu’un au point de le mettre dans le coma, ou avoir sodomisé un garçonnet de 5 ans. "En entretien, où il vient, car il a une obligation judiciaire de soins, il ne voit pas où est le problème, à part que ça lui cause des ennuis". La comparution devant le juge tardant, il pense que l’affaire est oubliée, et les séances avec le psychiatre ne donnent rien. C’est le jour où on lui annonce que l’audience aura lieu la semaine suivante qu’un déclic se produit : "Il me déclare que maintenant, il va réfléchir avec moi à ce qui s’est passé". Leçon à retenir des exemples de ce type : "la décision judiciaire est très souvent le seul repère, le seul indicateur qui fournit à un jeune un reflet de la gravité de ses actes."
 
Deuxièmement, en conséquence de ce qui précède, il faut "donner sens à la loi", utiliser le plus efficacement possible ce moyen de faire accéder à une conscience morale des jeunes qui "n’ont pas de regrets de leurs actes violents, sauf quand ils occasionnent des ennuis à leur famille." Et pour cela, il faut que le jugement intervienne rapidement. Juger un délit deux ans après sa commission, c’est laisser penser au délinquant qu’il n’a rien fait de grave, sentiment qui sera souvent confirmé par une ou des récidives, elles aussi dépourvues de conséquences immédiates pour le coupable.
Dans le même sens, le docteur Berger s’élève contre l’atténuation systématique des sanctions relatives aux premières agressions. "Actuellement, dans les faits, les mineurs ont compris qu’il existait un droit de premier tabassage, quel qu’en soit la gravité", explique-t-il exemples à l’appui. Il préconise une courte peine de prison, 15 jours par exemple, dès la première grosse bêtise, comme étant le meilleur et pratiquement le seul moyen de déclencher une prise de conscience et de rendre efficace le passage en centre éducatif renforcé (CER) ou en établissement de placement éducatif (EPE).
 
Bref, donner le sens du permis et du défendu, sans même parler de celui du bien et du mal, n’est pas une mince affaire quand il s’agit d’enfants et de jeunes dont l’éducation parentale a été déficiente. Les institutions créées dans ce but pourraient fonctionner plus efficacement si elles s’inspiraient des analyses et suggestions de personnes qui, comme le docteur BERGER, explorent l’univers de la violence depuis des décennies avec une grande lucidité accompagnée, comme il sied aux personnes intelligentes, d’une bonne dose d’humilité.

Envoyé par l'auteur, 12 novembre 2019

Des embryons et des hommes

Publié dans A tout un chacun
Des embryons et des hommes
 
Le psaume 8 de la Bible manifeste l’étonnement de la créature face à l’importance qu’elle revêt aux yeux de son créateur. Relisons ses versets 4 et 5 :
"Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts,
La lune et les étoiles que tu as fixées
Qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui,
L’être humain pour que tu t’en soucies ?"
 
Le psalmiste n’avait pourtant qu’une faible idée de ce qu’est la création. Aujourd’hui, alors que nous décryptons des ondes qui nous arrivent après avoir cheminé durant une douzaine de milliards d’années à la vitesse de la lumière, alors que nous comptons en milliards le nombre probable de galaxies, et que nous évaluons à 200 milliards le nombre des étoiles dans notre seule Voie Lactée, l’insignifiance de l’espèce humaine peut encore bien davantage sembler relever de l’évidence.
Blaise PASCAL, qui ne disposait pas de nos connaissances astronomiques, a répondu par avance à l’accablement qui peut nous saisir en constatant notre petitesse : "L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. (…) Quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien." Mais quand donc commence cette noblesse ? Dès qu’un spermatozoïde a fécondé un ovule pour former un embryon ? Lorsqu’un enfant atteint "l’âge de raison" ? A un moment intermédiaire entre ces deux évènements ?

Les avancées de la biologie, et particulièrement celles de la génétique et de l’embryologie, ouvrent des possibilités nouvelles : les interventions sur les embryons. Quatre motivations peuvent booster de telles pratiques : corriger une "erreur de la nature", c’est-à-dire une caractéristique génétique susceptible de déboucher sur un handicap ou pire encore ; améliorer le potentiel physique, caractériel ou intellectuel du futur enfant ; lui conférer une caractéristique appréciée par ses parents, par exemple avoir des yeux bleus ; ou enfin pratiquer une expérimentation, généralement suivie par la destruction de l’embryon.
Une activité importante commence à se développer dans le domaine des interventions sur l’embryon ; cette activité fait ipso facto son entrée dans le champ de l’analyse économique. La sélection des embryons, après étude de leur génome, et la transformation de ce génome, pour éviter des maladies génétiques ou obtenir des enfants dotés de telle ou telle qualité, sont des "services" coûteux et lucratifs qui pourraient représenter un jour une part significative dans la production, qu’elle soit mesurée par le PIB ou d’une autre manière. Outre la biologie, l’éthique et l’économie sont l’une et l’autre concernées. Economie sans éthique – science sans conscience – ne serait que ruine de l’âme, RABELAIS a raison, mais éthique sans économie ne serait que naïveté. Tentons donc une réflexion à cheval sur ces deux disciplines.
 
Les embryons non désirés font depuis fort longtemps l’objet d’une destruction
 François SCHWERER vient d’indiquer, dans un article, intitulé "Bioéthique et culture de mort", les dangers que pourrait comporter le développement des interventions sur l’embryon. Son inquiétude est compréhensible : la fécondation in vitro, par exemple, a comme sous-produit des embryons dits "surnuméraires" qui peuvent servir de matière première pour la recherche. Cette utilisation est légale en France depuis la loi du 6 août 2004, et l’auteur cité estime que cela réduit juridiquement "l’état d’objet" les embryons qui ne font pas partie d’un "projet parental" (1). Cette opinion paraît logique : il ne s’agit pas d’expérimenter sur un citoyen dûment informé, avec son consentement, mais sur un être vivant qui n’est pas reconnu comme sujet de droit, et sera ensuite éliminé. Une double question se pose : est-il moralement recommandable de reconnaître l’embryon comme sujet de droit dès qu’a eu lieu la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde ? Et cela est-il techniquement possible ?
 
Notons que différentes méthodes contraceptives aboutissent depuis longtemps à l’élimination des embryons qui ne font pas partie d’un projet parental. La pose d’un stérilet, par exemple, n’empêche pas la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde, mais la nidation de l’œuf ainsi constitué. Des contraceptifs chimiques sont semblablement utilisées pour empêcher la nidation, et donc le développement et la vie de l’ovule fécondé : si les œstrogènes agissent surtout en bloquant l’ovulation, les progestatifs rendent l’utérus impropre à la nidation. La "pilule du lendemain" agit également en évitant la nidation. Mais s’il est licite de se "débarrasser" d’un embryon apte à se transformer progressivement en un bébé, pourquoi serait-il illicite de procéder, avant son élimination, à des expériences susceptibles de faire progresser nos connaissances, actifs économiques immatériels de grande valeur ?
Si l’on condamne l’expérimentation sur l’embryon, il faut logiquement condamner de même les méthodes contraceptives qui n’empêchent pas la formation d’embryons, mais leur développement, lequel (dans les conditions naturelles) requiert la nidation. Et condamner aussi, a fortiori, l’avortement provoqué de fœtus âgés de quelques mois, avortement rendu légal par la loi VEIL. Un système législatif qui autorise l’IVG pour simple convenance personnelle ne peut évidemment pas, sauf à devenir totalement incohérent, condamner l’expérimentation sur des embryons dont la vie a commencé seulement quelques heures plus tôt.
 
La nature procède par essais et élimination des "erreurs". La science – qui fait, d’une certaine manière, partie de la nature, et en tous cas de la nature humaine – applique la même méthode : les scientifiques construisent des modèles expérimentaux, en retiennent certains et en abandonnent d’autres. Ces modèles peuvent être immatériels (conceptuels et mathématiques) ; ils peuvent aussi être matériels, tels que des prototypes. Les deux sont complémentaires.
 
A-t-on le droit d’expérimenter sur l’homme ?
L’expérimentation sur l’homme est extrêmement répandue. Certes, celle que pratiquèrent des médecins nazis font heureusement l’objet d’une réprobation unanime, mais notre médecine ne progresserait guère si elle n’obtenait pas de nombreux volontaires l’autorisation de leur appliquer un traitement expérimental. La biologie de l’embryon, très utile pour parvenir un jour à traiter des "malfaçons" dans la procréation, fait partie des disciplines expérimentales. Problème : il est difficile de demander à un embryon l’autorisation de lui appliquer une intervention génétique expérimentale ! Il est seulement possible de s’adresser aux parents. Beaucoup de ceux-ci seront probablement d’accord, puisqu’ils pratiquent couramment, comme mère nature, l’élimination de nombreux embryons, mesure non moins radicale qu’une tentative de modification génétique du dit embryon.

L’espèce humaine, comme les espèces animales, est génétiquement dotée de désirs sexuels et, de plus, ces désirs sont souvent associés au sentiment amoureux. L’amour est une des merveilles de l’existence, peut-être même LA merveille de l’existence, et s’il se manifeste de bien d’autres manières que par le désir de coït, celui-ci n’est pas un facteur négligeable. Problème : pour ne pas mettre au monde une vingtaine d’enfants, comportement dont la généralisation poserait rapidement de sérieux problèmes tant collectifs qu’individuels, un couple amoureux et encore assez jeune doit "tromper la nature".
De nombreuses méthodes le permettent et, comme il a été dit plus haut, leur efficacité n’est pas toujours parfaite. La méthode OGINO, du nom de l’obstétricien japonais qui la mit au point, est souvent considérée comme délicate et peu fiable. Les préservatifs et autres condoms sont en concurrence avec la contraception chimique ; cette dernière présente un bon rapport commodité/efficacité/prix : la "pilule" n’est pas chère, son utilisation par la femme est facile, et comme la génitrice est plus corporellement concernée que l’homme par l’éventualité d’une grossesse, le fait que la prise de la pilule soit un acte féminin est aussi un facteur de fiabilité.
Reste que cette contraception chimique, comme il a été indiqué plus haut, repose pour beaucoup sur l’obstacle mis à la nidation de l’ovule fécondé, et donc sur la mort de l’embryon peu après sa formation. La solution actuellement optimale au niveau économique conduit ainsi par commodité à considérer comme étant moralement sans importance, ou de peu d’importance, la formation d’embryons condamnés par avance. Dès lors, l’utilisation de tels embryons pour faire avancer la science et la thérapie génique se prête mal à une condamnation juridique : notre droit positif ayant entériné la contraception chimique par élimination de l’ovule fécondé, on le voit mal refuser l’utilisation de celui-ci, suivie de son élimination, pour la mise au point de thérapies géniques.
 
Le recours, pour pratiquer des expérimentations, aux "cellules souches embryonnaires" prélevées sur des embryons, ne modifie pas la problématique : comme l’explique fort justement François SCHWERER dans l’article cité, leur obtention entraîne la mort de l’embryon ainsi démembré. La position selon laquelle "on n’a pas le droit de faire d’expérience sur un être vivant, mais on peut le faire sur ses éléments constitutifs après l’avoir, au préalable, tué" est logiquement absurde. Le législateur se ridiculiserait s’il se basait sur de telles fadaises.
 
Quand le torrent de l’activité économique emporte tout sur son passage
Reste une question essentielle : les manipulations génétiques et embryonnaires peuvent devenir une activité économique de grande dimension, et tout secteur dans lequel il existe une offre et une demande intéressant de nombreuses personnes, surtout si ce sont des hommes et des femmes disposant de budgets importants – budgets qui peuvent aussi bien être publics que privés – se développe aussi naturellement qu’une jeune pousse plantée dans une terre fertile et convenablement irriguée.
Ainsi les activités guerrières prospèrent-elles depuis des millénaires, pas uniquement, mais pour une part importante, parce qu’elles génèrent une activité économique de grande envergure. Il est difficile de voir ce qui pourrait efficacement s’y opposer. Il est de même douteux que des hommes, fussent-ils intelligents, nombreux et décidés, pourront s’opposer au développement de cette activité. "Faites l’amour, pas la guerre" est un slogan qui n’a pas eu des résultats époustouflants ; son équivalent bioéthique aura vraisemblablement aussi peu d’efficacité. Il se passera dans ce domaine autant d’horreurs que dans le secteur militaire et paramilitaire : les armées régulières tuent légalement, les bandes armées tuent illégalement, mais dans tous les cas le résultat est que des êtres humains passent de vie à trépas, ou sont blessés.
 
Nous devons essayer de limiter les guerres, comme nous devons essayer de limiter le trafic de drogue, la prostitution contrainte, le vol, les agressions de toute nature (et notamment sexuelles). Nous devons de même essayer de modérer la tendance naturelle à faire sans discernement tout ce que la technique permet de faire dans le domaine de la reproduction humaine. Mais l’économie nous enseigne que nos efforts n’aboutiront qu’à de modestes succès, parce que le jeu de l’offre et de la demande est largement amoral. Nous pouvons seulement nous inspirer de la devise de Guillaume d’Orange : "Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer."    
 
(1) F. SCHWERER, "Bioéthique et culture de mort", La Nouvelle Revue Universelle, 3ème trimestre 2019, pp.13 à 20.

Envoyé par l'auteur, 5 novembre 2019

... l’échec des incompétents

Publié dans Du côté des élites
Retraites : l’échec des incompétents
 
Il y a deux semaines, j’écrivais "Retraite : la réforme en péril". Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’un simple péril : l’échec est avéré, s’il est vrai que, comme l’annonce Le Figaro, "l’exécutif semble réfléchir à la piste d’un étalement de la réforme, dont l’effet ne concernerait plus que les futurs entrants sur le marché du travail." Les Echos, eux, présentent cette déroute comme un repli astucieux sur des positions inexpugnables préservant l’essentiel : "les régimes spéciaux eux-mêmes vont bel et bien disparaître pour les nouveaux entrants". Mais ce média annonce des "transitions longues" pour quantité de métiers : électriciens-gaziers, SNCF, RATP, gendarmes, policiers, fonctionnaires hospitaliers. En clair, au lieu de percer l’abcès, nos dirigeants actuels se proposent de le recouvrir d’un emplâtre et de laisser à leurs successeurs le soin de se débrouiller avec ce qu’il adviendra. Qui voudrait empoisonner le climat social en France durant les 3 ou 4 prochaines décennies pourrait difficilement trouver mieux.
 
Le recours à la capitalisation permettrait de résoudre les problèmes
Dans un ouvrage publié en 2017, parrainé par l’association Sauvegarde retraites, et dans un bon nombre d’articles publiés dans des revues telles que Futuribles ou la RDSS (Revue de droit sanitaire et social), j’ai exposé une méthode qui permettrait de procéder très rapidement à une réforme systémique conservant pour certaines professions des avantages particuliers, tout en unifiant le système de retraites par répartition. Il s’agit tout simplement de compléter la retraite de base, dite par répartition, par des fonds de pension propres à chaque profession désireuse de conserver ou d’obtenir pour ses membres (ou certains d’entre eux) des conditions plus avantageuses, en raison par exemple de sujétions professionnelles spécifiques (travail pénible, dangereux, exigeant une limitation du droit de grève, etc.).
Prenons le cas des cheminots et des agents de la RATP, prompts à perturber les transports publics pour obtenir satisfaction. S’ils veulent absolument pouvoir prendre leur pension à un âge précoce, qu’est-ce qui empêche de le leur permettre en les rémunérant pour partie sous forme d’une cotisation à un fonds ? L’agent désireux de cesser son activité à 55 ans, par exemple, pourrait obtenir de ses placements une rente à durée déterminée, durée librement choisie, disons par exemple dix ans, de façon à ne liquider ses points du régime par répartition qu’à un âge, 65 ans dans cet exemple, où la valeur de service du point serait bien plus forte qu’à 55 ans.
Les fonds de pension peuvent procurer sous une forme très souple, totalement individualisable, tous les avantages qui sont accordés aujourd’hui sous une forme rigide, uniforme et bureaucratique. Le cheminot désireux de travailler jusqu’à 70 ans pour faire ensuite quelques voyages extraordinaires et coûteux en aurait la possibilité, d’autant plus qu’un fonds de pension n’est pas assujetti au versement d’une rente mensuelle quasiment constante : dans le cas de nos grands amateurs de voyages, le fonds pourrait parfaitement leur donner à 70 ans une forte somme, suffisante pour réaliser leur projet, en contrepartie d’une diminution (calculée par les actuaires) de la rente mensuelle ultérieure.
 
La capitalisation est nécessaire pour respecter le principe constitutionnel de sincérité des comptes publics
L’article 47-2 de la Constitution dispose : "Les comptes des administrations publiques sont réguliers et sincères. Ils donnent une image fidèle du résultat de leur gestion, de leur patrimoine et de leur situation financière". Cet article est sans cesse violé, et la gravité de ces infractions est particulièrement élevée dans le cas des retraites. Les avantages spécifiques accordés en raison de la pénibilité du travail, de sa dangerosité, ou du pouvoir de nuisance de certaines corporations, sont la cause d’une catégorie particulièrement importante d’infractions à l’article 47-2.
 
En effet, la retraite par répartition est, en réalité, une forme de capitalisation : elle est basée sur l’accumulation de "capital humain", c’est-à-dire sur la mise au monde, l’entretien et la formation des nouvelles générations. Il n’existe aucune raison, si ce n’est l’incompréhension par le législateur du fonctionnement réel des retraites par répartition, pour attribuer dans un tel système des rémunérations différées sous forme de départs précoces à la retraite. Le travail nocturne, ou dangereux, ou présentant des inconvénients sanitaires, et ainsi de suite, fait actuellement l’objet d’une rémunération différée, sous forme de pensions versées avant l’âge "normal". Or la régularité et la sincérité des comptes implique de provisionner ces versements, de façon que la dette contractée envers, par exemple, les cheminots ou le personnel hospitalier, soit dûment enregistrée dans les comptes de l’année où elle a pris naissance.
Concrètement, la solution consiste à majorer le salaire ou traitement des travailleurs concernés, et à opérer sur cette rémunération une ponction destinée à alimenter un fonds de pensions. Nous vivons actuellement, et ce depuis des décennies, dans un mensonge comptable de grande envergure, constituant une infraction répétée aux dispositions de l’article 47-2 de la Constitution. La mise en place de fonds de pension est la solution qui s’impose pour sortir de cette situation délictueuse dans laquelle sont empêtrés les membres de nos Assemblées et de nos Gouvernements.
 
Ce délit fait porter par notre jeunesse un fardeau inique à seule fin de camoufler le prix réel de certaines activités professionnelles. Il se trouve fort heureusement qu’en faisant le nécessaire pour respecter en matière de retraites précoces le principe constitutionnel de régularité des comptes publics, les autorités françaises s’engageraient dans une démarche qui les conduirait à enfin comprendre le théorème de Sauvy, base de l’économie des retraites dites par répartition.
Ce théorème, aussi simple qu’irréfutable, tient en une courte phrase : "en répartition, nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations, mais par nos enfants". L’attribution des droits à pension, qu’ils soient calculés en points ou par des méthodes plus archaïques, s’effectue en raison et en fonction des cotisations versées au profit des retraités : cela constitue la violation la plus massive de l’article 47-2. Une énorme dette publique, composée des droits à pension, est ignorée par les pouvoirs publics. L’incompétence d’une bonne partie des éminences qui nous gouvernent est probablement la cause principale de cette violation : tout simplement, ils ne savent pas ce qu’ils font.

Envoyé par l'auteur, 29 octobre 2019

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