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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

Gérer nos ressources planétaires ?

Publié dans De par le monde
Comment gérer nos ressources planétaires ?
 
Un sommet mondial de l’eau se tient actuellement à Stockholm, 45 ans après la conférence des Nations-Unies sur l’environnement de 1972, qui s’était également déroulée dans la capitale suédoise, et 25 ans après le "Sommet de la terre" réuni à Rio en 1992. Cet événement coïncide avec les ravages provoqués au Texas par l’ouragan Harvey ; il montre l’importance d’une véritable gestion des ressources dont dispose l’espèce humaine – et l’immensité du travail à réaliser pour porter la qualité de cette gestion au niveau nécessaire si l’on veut éviter des drames d’une ampleur comparable à ceux que provoquent les guerres.
Nous devons mieux gérer les ressources en eau douce souterraine, très sollicitées, qui diminuent de façon inquiétante ; nous devons nous adapter à la baisse des précipitations, qui deviennent insuffisantes en maints endroits ; et les perspectives de hausse du niveau des mers – hausse qui rendrait les régions côtières, particulièrement peuplées, de plus en plus vulnérables aux tempêtes – s’ajoutent à cela pour faire envisager des mouvements migratoires de grande ampleur.
Pour faire face à ces défis, l’humanité doit s’organiser. Comment ? La question ne saurait être résolue en quelques lignes, mais deux points ont une importance particulière : les droits de propriété qui portent sur des ressources naturelles, et les autorités mondiales requises pour organiser la gestion de ces ressources.
 
Quels droits de propriété et d’usage pour les ressources naturelles ?
Il y a quelques décennies, j’avais proposé que certaines ressources naturelles deviennent propriété de l’humanité dans son ensemble. Les gisements d’hydrocarbures, par exemple, génèrent une rente qui pourrait en bonne justice revenir pour une part importante à une autorité mondiale plutôt qu’aux États, charge à elle de financer les recherches requises pour préparer l’après-pétrole et l’après-gaz.
Certes, un tel "machin", pour reprendre l’expression que Charles de Gaulle employait volontiers quand il voulait attirer l’attention sur les défauts des organismes supranationaux, aurait fonctionné avec un rendement modeste, comme l’ONU et compagnie, mais son action aurait quand même été beaucoup plus utile au genre humain que celle de divers princes ou gouvernements qui gaspillent actuellement la rente pétrolière, certains d’entre eux allant même jusqu’à l’utiliser pour augmenter leur propre capacité de nuisance ou celle d’organisations terroristes.
Aller dans ce sens requiert de grands changements juridiques, particulièrement en ce qui concerne les droits de propriété. La propriété privée, familiale ou entrepreneuriale, a certes contribué puissamment au fantastique travail d’aménagement de vastes portions de notre planète auquel nos ancêtres se sont livrés, et que nous poursuivons : d’immenses étendues de terres ont été rendues arables, des millions d’hectares de marais ont été transformés de façon à pouvoir fournir de la nourriture plutôt que des moustiques et des miasmes, et le genre humain, qui avait déjà résisté depuis des dizaines de milliers d’années à de fortes variations climatiques et à de grandes modifications du niveau des mers, a pu passer grâce aux progrès techniques et organisationnels de quelques dizaines de millions d’individus à plusieurs milliards.
 
Ces œuvres dont le genre humain peut être fier n’auraient probablement pas été accomplies si des structures étatiques ne s’étaient pas mises en place pour coordonner les efforts. Que l’on se tourne vers la Mésopotamie, vers la vallée du Nil, ou vers la Chine, on voit bien que la domestication des cours d’eau en vue de l’irrigation, l’instauration de droits de propriété privée raisonnablement solides, la diffusion de langues parlées par tous les membres de vastes sociétés, et beaucoup d’autres facteurs de développement, résultent pour une bonne part de la constitution d’administrations efficaces disposant de pouvoirs assez étendus.
Les droits de propriété privée eux-mêmes requièrent des autorités publiques capables de faire prévaloir le droit sur la tromperie et la brutalité. Pendant des siècles, il a suffi pour cela de petits États. Mais le dicton small is beautiful ne signifie pas que tout doive être petit. Le principe de subsidiarité indique que les grandes autorités ne doivent pas chercher à intervenir dans les moindres détails : de minimis non curat praetor. Il ne signifie pas qu’il ne faut pas prendre des décisions concernant de vastes communautés, jusqu’à l’humanité toute entière, mais simplement que ceux qui ont la charge de prendre de telles décisions ne doivent pas se substituer aux échelons inférieurs pour gérer les questions d’importance locale.
 
Comment disposer d’autorités mondiales raisonnables ?
Le problème auquel nous sommes aujourd’hui confrontés est donc la création ou la consolidation d’autorités planétaires, en charge de ce qui concerne le genre humain tout entier. Une double difficulté doit être surmontée : ne pas mettre en place de simples ectoplasmes, à l’image de l’Organisation des Nations Unies, qui ne dispose pas de pouvoirs conséquents ; et ne pas créer des entités voulant s’ingérer dans les questions qui relèvent de niveaux d’autorité inférieurs.
À cet égard, nous disposons d’assez bons et d’assez mauvais exemples. Les États fédéraux allemand et américain, tout en ayant certes d’importants défauts, me paraissent constituer des réussites. Je ne me prononcerai pas sur l’Union indienne ni sur la République populaire de Chine, que je connais trop mal, laissant le soin à des personnes mieux informées de dire ce que nous enseigne la gouvernance des deux pays milliardaires en nombre de citoyens, qui à ce titre sont particulièrement intéressants à observer pour savoir comment mettre en place une autorité mondiale. En revanche, je prendrai le risque de dire que l’Union européenne nous apprend davantage ce qu’il ne faut pas faire que ce qu’il faut faire quand on passe de la gouvernance d’un pays à celle d’un ensemble de pays : il ne faut pas se consacrer à la réglementation de myriades de détails, faute d’être capable de s’occuper efficacement de ce qui relève vraiment du niveau fédéral.  
 
Une des leçons à tirer des erreurs de la construction européenne est qu’une instance supranationale doit disposer de ressources propres. S’il faut, par exemple, faire face à une élévation de plusieurs mètres du niveau des océans, ce n’est pas en faisant la quête auprès des États que l’organe de gouvernance mondiale disposera des ressources voulues. En revanche, si cet organe est propriétaire des gisements d’hydrocarbures et de métaux, il disposera des moyens indispensables pour aménager la planète. Que la République de Chine conserve la propriété de la Grande Muraille et la République français celle du château de Versailles ; que les autorités sanitaires Italiennes règlementent (d’une main légère !) la fabrication de la mozzarella et leurs homologues françaises celles du camembert ; mais qu’il soit mis fin par l’autorité mondiale au saccage des forêts primaires que tolèrent actuellement des gouvernements complaisants.
Il nous faut donc une autorité mondiale qui se substitue le moins possible aux autorités nationales, mais qui exerce une gouvernance véritable, incluant un pouvoir de commandement sur les États, dans les domaines d’intérêt planétaire.

Envoyé par l'auteur, 29 août 2017

Des retraites...

Publié dans A tout un chacun
Retraites et pyramides de Ponzi
 
Les Echos du 14 août annoncent les pertes engendrées aux États-Unis par les pyramides de Ponzi : 800 millions de dollars en 2015 du fait de 61 pyramides démantelées, puis 2,3 milliards pour 59 pyramides en 2016. Le trophée de l’année, remporté par Platinum Partners, est 1 milliard de pertes pour les gogos qui se sont fait piéger. Certes, le record établi par Bernard Madoff est loin d’être égalé, mais il est quand même intéressant d’apprendre que le créateur de ce hedge fund a su ­– tout en s’abstenant de leur fournir des comptes sérieux – persuader 600 gros investisseurs qu’il pouvait leur procurer avec régularité des revenus d’environ 17 % par an. La crédulité a peu de limites.
 
Un tel phénomène est cependant moins curieux que l’aveuglement mondial relatif aux retraites par répartition. Des voix s’élèvent régulièrement, et depuis assez longtemps, notamment aux États-Unis, pour faire découvrir le pot aux roses. Citons par exemple un article de Michael Kinsley en 1996 qui exprimait la vérité de façon lapidaire : "Social security is a Ponzi scheme. Current payers-in are financing current payers-out, not their own retirements." Les cotisations vieillesse procurent légalement des droits à pension, mais ne servent à rien, réellement, pour ce qui est de donner aux caisses de retraite par répartition la capacité d’honorer les engagements qu’elles contractent ainsi.
Le principe même des retraites par répartition est en effet d’utiliser les cotisations de l’année pour payer les pensions de l’année, comme Madoff utilisait les sommes nouvellement déposées pour verser de copieux intérêts ou dividendes, et comme ses émules le font encore, quitte à se retrouver en prison quand leur escroquerie est découverte et portée devant un tribunal. Et pourtant, les législateurs de dizaines de pays réputés développés s’obstinent à inscrire dans la loi que l’État, ou des organismes publics, ou même des organismes privés dûment habilités (en France, les caisses de retraite complémentaire par répartition), sont autorisés à faire ce qui envoie en prison les imitateurs de Charles Ponzi.
Ce qui est en cause n’est pas le prélèvement de cotisations vieillesse : il est normal que les actifs prennent à leur charge les personnes devenues âgées qui les ont éduqués, entretenus et soignés durant leur enfance et leur jeunesse ; le législateur est bien dans son rôle quand il rend obligatoires de telles cotisations. En revanche, il sombre dans l’erreur et dans l’abus de droit en décidant que s’acquitter de cette dette crée un droit à pension. Verser un euro ne peut pas à la fois éteindre une dette d’un euro et créer un avoir d’un euro. Rembourser un crédit n’est pas abonder une assurance-vie !
 
Depuis 37 ans (notre premier article sur le sujet a été publié par la revue Population en 1980) nous essayons de faire prendre conscience de ce phénomène inquiétant, à la suite d’Alfred Sauvy qui, notamment dans un article publié en 1978 par la revue Droit social, essaya – déjà en vain – d’expliquer ce qui est pourtant une évidence : à savoir que nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants.
Sauvy ayant diagnostiqué le mal, nous avons proposé le remède. Celui-ci ne consiste pas à tout miser sur la capitalisation classique, qui en France mériterait certes d’être développée, mais ne saurait suffire. Il consiste à tirer les conséquences du constat fait par Sauvy, dont la principale s’énonce ainsi : puisqu’en répartition les pensions à venir se préparent de facto en investissant dans les futurs cotisants, c’est-à-dire dans les enfants et les jeunes, c’est cet investissement qui devrait logiquement ouvrir de jure des droits à pension.
L’investissement dans les futurs travailleurs se réalise de différentes manières : principalement la mise au monde des enfants, leur entretien et leur éducation par leurs propres parents, leur formation scolaire, universitaire et professionnelle, et la prise en charge de leurs ennuis de santé. Ce sont ces apports en nature, et les apports en argent qui financent certains d’entre eux, qui devraient servir de base à la distribution des droits à pension, puisque ce sont eux qui font qu’il y aura, dans quelques décennies, des personnes aptes à produire, et par le fait même à entretenir les retraités.
 
Comment passer de cette analyse économique à la réforme organisationnelle et juridique qu’elle appelle logiquement ? Une façon de faire est exposée dans le dernier en date de nos ouvrages, La retraite en liberté, publié en janvier au Cherche midi. Elle inclut le passage à un système unique de retraites par répartition, où les droits se mesurent en points, comme dans le projet esquissé par Emmanuel Macron lors de sa campagne électorale. Mais la proposition présidentielle, à l’instar du système suédois qui l’a inspirée, maintient hélas un fonctionnement de type Ponzi : les droits à pension y sont toujours obtenus en payant les cotisations vieillesse immédiatement reversées aux retraités, et non en investissant dans la jeunesse. Il ne serait pas beaucoup plus difficile de faire une réforme complète, qui ferait de la France le premier pays à rendre économiquement logique sa législation des retraites par répartition.
 
Reprenons les catégories "faux droits" et "vrais droits" élaborées par Jacques Rueff dans son ouvrage L’ordre social (paru en 1945) : ce sont elles qui sont à l’origine de l’assainissement des finances publiques réalisé au début de la cinquième République. Un faux droit, rappelons-le, est une créance qui constitue une coquille juridique vide, ou à moitié vide, de contenu économique réel. Le système actuel de retraites par répartition est un système de faux droits, puisque les cotisations vieillesse ouvrent juridiquement le droit à percevoir des pensions dans plusieurs décennies mais ne servent en rien à préparer les dites pensions. Le droit des retraites par répartition n’est pas convenablement articulé à la réalité ; il est en quelque sorte, la poésie en moins et la démagogie en plus, "le songe d’une nuit d’été", drame de la dissociation entre le mariage légal et l’amour réel. Réveillons-nous avant que ce rêve ne tourne franchement au cauchemar !

Envoyé par l'auteur, 16 août 2017

Intérêt des droits de douane

Publié dans De par le monde
Les droits de douane ont parfois du bon
 
La condamnation absolue et sans appel des droits de douane fait partie de ces positions "politiquement correctes" dont les bien-pensants, et notamment les apparatchiks européens, nous rebattent les oreilles. Le bon sens conseille pourtant de ne pas se départir d’un instrument intéressant pour la régulation des flux commerciaux internationaux : l’excès d’ouverture à tous vents n’est pas moins nuisible que l’excès de protectionnisme.
 
Le déficit extérieur américain
Pourquoi Donald Trump veut-il une révision de l’Accord de libre-échange nord-américain, le NAFTA (North American Free Trade Agreement), connu en France sous le nom Aléna ? Pour que soient rapatriée aux États-Unis une partie de la production des biens et services achetés au Mexique ou au Canada par des entreprises ou des citoyens américains. Le Président américain a comme objectif l’emploi, mais aussi la diminution du déficit de la balance des paiements américaine. À 481 Md$ en 2016 selon le FMI, celui-ci est réellement inquiétant. Le "hic" est que ni le Canada ni le Mexique ne sont mieux lotis : s’élevant en 2016, toujours d’après le FMI, respectivement à 51 Md$ et 28 Md$, leurs déficits sont eux aussi excessifs, compte tenu des dimensions beaucoup plus modestes de leurs économies. Le président milliardaire aurait sans doute mieux fait de s’attaquer au déficit des échanges du bloc nord-américain avec la Chine, le Japon et l’Allemagne.
Ceci étant, la démarche de Trump a l’intérêt d’attirer l’attention sur un point très important pour notre planète : l’organisation des échanges internationaux, et plus précisément le rôle des droits de douane dans cette organisation. Le taux de chômage américain est modeste comparé à son homologue français, sans parler du sous-emploi dramatique de nombreux pays du Tiers-monde. Si le Président américain se préoccupe de la relation entre droits de douane et emploi, combien plus encore devrions-nous le faire ! À cet égard, la démarche intellectuelle de celui qui est souvent considéré comme le père de l’économie politique, Adam Smith, est fort intéressante.
 
La position nuancée d’Adam Smith
Certains manuels présentent cet économiste comme un libéral pur et dur, partisan du "laisser-faire, laisser-passer" intégral. Leurs auteurs n’ont probablement pas lu le livre 4 de La richesse des nations. Certes, Adam Smith préconise de supprimer une bonne partie des obstacles mis par les États au commerce international. Mais il pose des exceptions à ce principe, à commencer par "l’industrie nécessaire à la défense du pays". En bon patriote, conscient de l’importance de la marine pour cette défense, il justifie l’Acte de navigation qui, à son époque, privilégiait fortement les armateurs nationaux.
Par ailleurs, Smith examine la dynamique du désarmement douanier. Il explique notamment que si un secteur industriel emploie beaucoup de personnes et bénéficie d’une forte protection douanière, "l’humanité peut exiger que la liberté du commerce ne soit rétablie que par des gradations un peu lentes, et avec beaucoup de circonspection et de réserve." L’auteur de la Théorie des sentiments moraux est toujours soucieux du sort des personnes ; la liberté des échanges est pour lui un moyen plutôt qu’une fin. S’il l’estime bonne en général, il envisage des exceptions.
 
Le lancinant problème des balances de paiement
Ce titre d’un ouvrage écrit par Jacques Rueff il y a plus d’un demi-siècle peut être utilisé pour désigner une importante réalité contemporaine : la division du monde en pays fortement excédentaires et pays fortement déficitaires dans leurs échanges extérieurs provoque la formation de créances d’un montant colossal qui ne correspondent à aucune richesse réelle, c’est-à-dire qui constituent des "faux droits" au sens donné à cette expression par Jacques Rueff. Quelques chiffres fournis par le FMI donneront une idée de l’ampleur du problème.
En 2016, d’après cet organisme, les 8 pays les plus excédentaires ont dégagé au total plus de 1 000 Md$ d’excédents : 289 pour l’Allemagne, 196 pour la Chine, 187 pour le Japon, 99 pour la Corée du sud, 71 pour la Suisse, 65 pour les Pays-Bas, 57 pour Singapour et 48 pour l’Italie. Côté déficit, les États-Unis sont loin en tête, ayant à eux seuls généré 481 Md$ de déficit ; les 7 suivants sont le Royaume-Uni (116 Md$), le Canada (51), l’Australie et la Turquie (33 Md€ chacun), le Mexique (28), l’Arabie saoudite (25) et le Brésil (24) ; la France viendrait en neuvième position avec 23 Md$ de déficit, la faiblesse de ses exportations étant partiellement compensée par un excédent au niveau des services.
 
Les déséquilibres n’ont pas grande importance s’ils sont passagers. Par exemple, il n’y a rien d’inquiétant à ce que, par suite des prix relativement bas de l’or noir depuis 2014, l’Arabie soit amenée à puiser dans ses formidables réserves. En revanche, le déficit récurrent des États-Unis, dont résulte une montagne de dettes, met en péril l’économie mondiale : celle-ci pourrait être victime d’une sorte de tsunami financier si ces trillons de dollars se portaient dans un climat de panique sur les marchés de biens, de services, de monnaies et d’actifs.
Les déficits extérieurs enregistrés année après année par certains pays engendrent en effet des emprunts monumentaux, qui correspondent rarement à des investissements. Le schéma classique est un déficit public du même ordre de grandeur que le déficit extérieur. Les obligations et bons de certains trésors publics, dont France Trésor, sont l’équivalent étatique du crédit à la consommation ; leur ampleur excessive constitue un surendettement aussi malsain que celui des ménages qui gèrent mal leur budget. Il serait donc très souhaitable pour l’humanité dans son ensemble que diminuent les déficits extérieurs et les déficits publics d’un certain nombre de pays, dont les États-Unis … et la France.
 
Les droits de douane peuvent et devraient servir à limiter les déficits des balances de paiement et les créances irrécouvrables qui en résultent
Pour atteindre un objectif raisonnable de diminution des déficits de balances des paiements et des montagnes de faux droits qui en résultent, il convient naturellement d’utiliser plusieurs moyens d’action. Ce qui suit concerne seulement l’un d’entre eux, les droits de douane, mais signalons au moins le moyen complémentaire qu’est la réduction des déficits publics.
Les droits de douane peuvent être instaurés et modifiés de manière agressive ou de manière coopérative. La seconde formule est bien préférable à la première. Y avoir recours au niveau mondial est certes difficile, mais l’OMC (organisation mondiale du commerce), qui se définit elle-même comme "la seule organisation internationale qui s’occupe des règles régissant le commerce entre les pays" n’est-elle pas là pour ça ? Il faudrait toutefois que le but de l’OMC soit infléchi. Actuellement, l’énoncé de mission qui figure sur le site de l’OMC est le suivant : "L’OMC est l’organisation internationale qui a pour objectif d’assurer l’ouverture du commerce dans l’intérêt de tous". Il conviendrait que l’ouverture commerciale ne soit plus l’alpha et l’oméga du rôle de l’OMC, mais que sa mission devienne prioritairement la négociation des accords commerciaux, et notamment des droits de douane, dans le but de contribuer à rééquilibrer les balances des paiements.
 
Concrètement, cela signifie que les pays chroniquement et fortement déficitaires pourraient adopter des droits de douane élevés, qui seraient ensuite réduits de manière progressive – conformément à la sage recommandation d’Adam Smith – au fur et à mesure de la diminution de leur déficit. Le but ne serait plus d’évoluer à tout prix vers une abolition des droits de douane, mais d’instaurer entre les nations une coopération propre à diminuer les déficits commerciaux des uns et les excédents des autres, dans l’intérêt bien compris de tous.
L’OMC n’est évidemment pas le seul organisme qui devrait réorienter ainsi ses objectifs. L’Union européenne, notamment, devrait jouer un rôle important pour établir entre ses membres des rapports comportant, lorsque c’est utile, des taxes aux frontières. L’excédent commercial allemand et le déficit français, pour ne citer que ces deux phénomènes emblématiques, sont de vrais problèmes, et pour une large part il s’agit de problèmes typiquement européens. Étant donné que l’euro ne permet pas de les résoudre en adaptant les taux de change, il convient de disposer, à l’intérieur de l’UE, d’un autre instrument de régulation : les tarifs douaniers.
 
Balances de paiements et démographie
Il serait très incorrect de ne pas au moins évoquer in fine une question qui interfère fortement avec celle des balances de paiements et des taux de change : la démographie. En effet, il est normal qu’un pays en nette croissance démographique ait un commerce extérieur déficitaire et soit endetté vis-à-vis du reste du monde, et qu’inversement un pays où la population ne se renouvelle pas soit excédentaire et créancier. Une forte natalité signifie un lourd investissement, qu’il est sain de financer partiellement par des apports extérieurs. Quant aux pays vieillissants, du fait qu’ils investissent peu dans leur jeunesse, ils ont de quoi investir à l’étranger, et ils ont tout intérêt à le faire pour obtenir un jour de ces capitaux les revenus nécessaires à leurs retraités. L’excédent des balances des paiements chinoise et allemande est en partie expliqué et justifié par la faible fécondité des Chinoises et des Allemandes.  
Il ne serait donc pas raisonnable de vouloir pour tous les pays une balance des paiements à l’équilibre : il est normal qu’un pays investissant beaucoup dans sa jeunesse soit importateur net, et contracte des dettes vis-à-vis des pays pauvres en jeunes mais riches en citoyens ayant l’âge de travailler ; ces dettes, il les remboursera plus tard, ce qui permettra aux pays vieillis d’importer assez pour traiter dignement leurs retraités.
La prise en compte du facteur démographique est donc indispensable pour parvenir à une gestion intelligente des tarifs douaniers.

Envoyé par l'auteur, 18 aoüt 2017

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