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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

Arrêtons d’idolâtrer...

Publié dans A tout un chacun
Arrêtons d’idolâtrer le numérique !
 
Les cyberattaques "sans précédent" se succèdent. Celle qui avait ébranlé toute une partie des États-Unis, en octobre 2016, a provoqué un feu de paille journalistique. Il en ira sans doute de même pour la cyberattaque mondiale qui a fait les gros titres des media le 15 mai 2017. Mais nous sommes loin d’avoir atteint le maximum de la délinquance informatique : les objets connectés, notamment, offriront dans quelques années des opportunités supplémentaires aux pirates. Imaginons les facilités dont profiteront les opérateurs de "rançongiciels" lorsque nos voitures, nos chauffages, nos appareils ménagers, et les machines dans les entreprises, seront connectés, et qu’il sera possible à des malfaiteurs astucieux de prendre leur contrôle à distance …
 
Le "tout numérique" est un engouement "politiquement correct", comme le furent en leur temps le chauffage au charbon et la production d’énergie par les machines à vapeur. Au début d’une révolution technologique, le sentiment du progrès rend peu sensible aux inconvénients que présentent d’une part les nouvelles techniques en elles-mêmes, et d’autre part l’usage maladroit ou volontairement nocif qui en est fait.
À cet égard, la facilité de la délinquance informatique n’est qu’un aspect parmi plusieurs. La mauvaise maîtrise de l’outil est une source de destruction de valeur tout aussi importante. Les administrations, notamment, ont de la difficulté à se doter de logiciels adaptés aux services qu’elles ont à rendre. Pressées par des responsables qui, souvent, n’y connaissent pas grand-chose, les services mettent ou font mettre en place des outils inadaptés, censés faciliter le travail, mais qui en fait se traduisent par des pertes de temps pour les agents et pour les administrés ; le drame qu’ont été les cafouillages informatiques du RSI pour de nombreuses petites entreprises en est un exemple parmi d’autres.
Nous avions, dans un précédent article, attiré l’attention sur le coût économique impressionnant que génère la facilitation par le numérique – ou plus exactement par une certaine organisation du numérique – des incivilités en tous genres, à commencer par les spams. On pourrait ajouter à cela les problèmes posés aux utilisateurs par un rythme effréné d’innovations dont l’utilité est douteuse pour eux.
 
Deux phénomènes différents contribuent à ces innovations plus nuisibles qu’utiles :
- premièrement, les changements et pseudo-innovations sont légions dans les logiciels que nous utilisons. Cela accélère le rythme d’obsolescence du savoir-faire des utilisateurs, les obligeant à consacrer un temps précieux à des apprentissages inutiles. Une hypothèse explicative pourrait être que les entreprises créatrices de logiciels emploient de nombreuses personnes dont l’utilité est intermittente, mais qu’elles tiennent à conserver pour les avoir sous la main, et bien entraînées, le jour où il faut faire rapidement un travail utile.
- deuxièmement, les changements sont souvent réalisés dans des conditions obligeant les utilisateurs à acquérir les nouveaux logiciels – ou à remplacer le système informatique dans son ensemble. Le client est comme prisonnier de fournisseurs indélicats pour lesquels booster les ventes en accélérant le processus de vieillissement ou d’obsolescence du software et du hardware est une stratégie classique.
 
Bref, si le numérique est, dans bien des domaines, un outil merveilleux, il ne mérite nullement d’être systématiquement présenté comme la panacée. L’univers du numérique est comme un enfant gâté : on lui passe tous ses caprices, ce qui n’est sain ni pour l’économie ni pour le fonctionnement d’ensemble de la société, perturbée par la mauvaise qualité d’une partie des liens informatiques qui tendent à se substituer aux liens traditionnels.
Il serait grand temps de remettre le numérique à sa juste place. Cet outil sera d’autant plus utile que nous éviterons sa divinisation : celle-ci profite à des personnes et à des organisations avides de pouvoir et de richesse, au détriment de l’immense majorité des êtres humains.

Jacques Bichot, économiste, professeur émérite à l’université Lyon 3

Trois objectifs pour l’ U E

Publié dans Avec l'Europe
Trois objectifs à proposer à l’Union européenne
 
Le nouveau président de la République s’affirme européen convaincu. Or il y a beaucoup de travail à réaliser pour que la construction européenne réponde aux besoins des populations et des entreprises de notre vieille Europe. Voici déjà trois harmonisations nécessaires, dont l’importance est grande pour l’économie et pour les citoyens.
 
La fiscalité des entreprises
L’Union européenne a vocation à mettre en place et à faire fonctionner un marché commun, à l’intérieur duquel les entreprises des pays membres devraient pouvoir se faire concurrence dans des conditions équitables. Il n’est donc pas admissible que des législations ou réglementations, communautaires ou nationales, avantagent nettement les entreprises de certains pays et désavantagent leurs homologues d’autres pays.
Les règles de l’impôt sur les sociétés sont un exemple important de ce qui dysfonctionne dans la construction européenne. Le taux de l’impôt sur les sociétés varie de 9 % en Hongrie à 34,4 % en France, en passant par 12,5 % pour l’Irlande, 19 % pour la Tchéquie et la Pologne, 25 % pour les Pays-Bas et l’Espagne, 27,8 % pour l’Italie, et 30,2 % pour l’Allemagne. De plus, les règles de calcul du bénéfice imposable diffèrent beaucoup d’un pays à l’autre. Unifier les règles applicables au calcul de l’impôt sur les bénéfices est un impératif absolu – et un travail sans lequel l’expression "marché commun" s’apparente à la langue de bois.
 
La rémunération du travail
Il ne s’agit pas ici de plaider en faveur de dispositions visant à imposer l’égalité du coût du travail dans les divers pays de l’Union : les salaires reflètent pour une part importante la productivité, si bien que les pays où celle-ci est faible ont inévitablement des niveaux moyens de rémunération inférieurs à ceux où le travail est plus efficace. Mais, dans une Union, il convient que la notion de prix du travail (coût pour l’employeur, rémunération pour le salarié) soit la même dans tous les pays membres. Or nous en sommes loin.
La principale difficulté à surmonter – ce n’est pas la seule, mais nous nous limiterons à celle-là dans ce court article – provient du financement de la sécurité sociale. Celui-ci repose dans des proportions variables selon les pays sur trois prélèvements principaux : cotisations salariales, cotisations patronales, impôts. Un consensus fait porter les comparaisons de rémunération sur le salaire brut, parce que les cotisations patronales sont réputées être supportées par les employeurs, et non par les salariés. Aucun économiste digne de ce nom ne saurait cautionner cette stupidité : en fait, la rémunération du travail est le salaire super-brut, somme du salaire brut et des cotisations dites patronales. Mais la fiction juridique, administrative et journalistique camoufle la réalité économique. L’Union européenne ne peut pas se construire sérieusement sur cette mesure inadéquate de la rémunération du travail.
 
La solution à ce problème comporte plusieurs composantes ; limitons-nous ici à la principale : la suppression des cotisations prétendument patronales, qui devraient être absorbées par les cotisations salariales. Comme nous l’avons maintes fois expliqué, cette réforme peut être réalisée sans modifier ni le coût du travail pour les employeurs, ni le salaire net, ni les ressources des systèmes de sécurité sociale. Elle permettrait enfin d’y voir clair, et de faire des comparaisons significatives entre pays membres de l’Union.
 
Le calcul des droits à pension
La libre circulation des travailleurs dans l’Union européenne est un véritable casse-tête pour ceux qui, après l’avoir pratiquée – ou avant, à titre prévisionnel – veulent faire une estimation de la pension à laquelle ils ont ou auront droit dans les systèmes par répartition. En effet, beaucoup de ces régimes tiennent compte des durées d’assurance, à l’instar des régimes de base français. Il faut dès lors faire des calculs incroyables pour calculer ce à quoi l’assuré social a droit dans chaque pays où il a travaillé. Cette situation est ridicule dans une Union ; comment y remédier ?
 
La solution est simple ; elle s’appelle "additivité". Si, dans chaque régime, les droits acquis sont indépendants de ce qui se passe dans les autres régimes, alors il suffit à Mr X, qui a travaillé dans différents pays, d’additionner les pensions acquises dans chacun d’entre eux. C’est déjà ce qui se passe dans certains cas : si Mr X a par exemple obtenu 30 points dans le Rentenversicherung allemand (où les points sont énormes : un salarié moyen en acquiert environ un par an) et 2 millions de couronnes de compte dans le système suédois (la couronne est une unité minuscule), ce qui lui est dû dans chacun de ces deux pays est calculé de façon indépendante, et tout est simple. Tandis que si Mme Y a travaillé en France et en Allemagne, le calcul de ses droits en France, qui dépendent des durées d’assurance en Allemagne comme en France, est d’une complication déroutante.
 
Concrètement, l’additivité peut s’obtenir en remplaçant tous les régimes par annuités par des régimes en points. C’est ce que le président Macron veut faire en France, en y copiant le modèle suédois. Mieux vaudrait certes miser sur un système du type Arrco, plus familier aux Français, mais le principe d’un passage aux points est excellent. Reste à convaincre nos partenaires européens d’en faire autant : la Commission européenne, qui a nettement appuyé la candidature Macron, devrait être assez réceptive si le nouveau président français lui proposait de lancer un tel projet. 

La France au tournant

Publié dans En France
La France au tournant
 
La vie politique française est structurée depuis assez longtemps par l’existence d’un bouc émissaire : le Front National (FN). Tout ce qui émane de lui est a priori suspect. Il constitue le baudet sur lequel crier haro est un signe de respectabilité, d’appartenance à la société des bien-pensants. Voter Marine Le Pen est proclamé, par les meneurs ou les suiveurs de ce pogrom électoral et idéologique, comme étant une infamie.
Jean-Marie Le Pen, qui cherchait non pas à gouverner, mais à provoquer, offrait avec plaisir des verges à tous les pères fouettards de la politique – et Dieu sait qu’ils sont nombreux ! Mais ce jeu sadomasochiste a pris fin avec l’arrivée de sa fille à la présidence du mouvement. Le père était ravi de faire braire les ânes ; la fille veut présider la République Française : c’est une toute autre affaire. Ceux qui continuent à lui administrer des volées de bois vert (de paroles méprisantes) sont en retard d’une génération. Ses orientations – évitons de parler de programmes, comme le font à tort tous les candidats parce que c’est le mot à la mode – visent à conduire son pays sur un chemin très différent de celui qu’il a suivi jusqu’alors.
Ce chemin était-il bon ? Au vu de la situation du pays, tant sur les plan sociétal et international que sur le plan économique, il  est difficile de répondre par l’affirmative. Certes, nous ne supportons pas une chape de plomb, mais l’édredon de plumes sous lequel nous étouffons ne vaut guère mieux. Tout ce qui sort du politiquement correct est poursuivi par la police de la pensée ; les lois et règlements inutiles ou néfastes s’amoncellent, excepté dans les domaines où il faudrait protéger les citoyens contre l’indélicatesse de certains hommes d’affaires qui ne reculent devant rien pour faire du fric aux dépens de la qualité de la vie. L’Union européenne s’est empâtée au point de crouler sous son propre poids en écrasant ses membres. Le crime et la délinquance font l’objet de traitements dramatiquement inefficaces, et l’accueil sélectif des étrangers (il ne saurait s’agir d’accueil inconditionnel, si la France veut rester la France) se caractérise par l’absence d’organisation efficace.
 
Nous pourrions allonger à plaisir la liste de ce qui ne fonctionne pas correctement depuis que notre pays est gouverné par ce qu’Alain Madelin appelait "la Droiche", et que le FN nommait UMPS. Les deux partis de gouvernement se rejoignent largement : incompétence pour ce qui est de légiférer et de gouverner peu et bien ; ouverture à presque tout ce qui peut contribuer à déstructurer les mentalités individuelles et collectives. Quant au FN, il fait des propositions aberrantes, comme la sortie de l’euro et le retour à la retraite à 60 ans. De plus, il semble qu’il reste en son sein quelques personnalités ayant des nostalgies hitlériennes. Au vu d’un tel constat, nous sommes mal partis. Pourtant la "petite fille espérance", comme disait Péguy, n’est jamais bien loin. Comment la faire rentrer dans le jeu ?
 
L’effondrement du PS et de LR lui ouvre une petite porte. Certes, Macron est en pole position pour s’y engouffrer et la verrouiller, après quoi lui et son équipe appliqueront la formule que Claudel plaçait sur les lèvres d’un personnage du Soulier de satin : "Du nouveau, encore un coup, qui soit exactement semblable à l’ancien". Il va donc absorber les membres du centre et de la droite classique qui sont à la recherche d’un maroquin ou d’un siège de parlementaire qui leur permette de continuer à pratiquer leur passe-temps favori : "tout changer pour que rien ne change", selon la formule de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Mais il existe une autre possibilité.
 
En effet, il existe des hommes politiques de droite auxquels le vent du large ne fait pas peur. Les uns sont chez LR, les autres sont dans la mouvance de Dupont-Aignan ou de Philippe de Villiers, d’autres encore militent au FN, et quelques-uns sont non-inscrits. Leur union, dans un cadre ad hoc, permettrait d’aborder les élections – le second tour de la présidentielle, puis les législatives – dans des conditions propres à recomposer le paysage politique français. Une véritable droite pourrait enfin proposer des solutions innovantes et notamment houspiller les organes européens jusqu’à obtenir bien des choses, par exemple : l’unification des règles fiscales applicables aux entreprises ; une réduction drastique des règlements dont l’utilité principale est de justifier le maintien en fonction de nombreux bureaucrates ; une politique migratoire raisonnable.
Elle pourrait de même, au niveau français, réaliser l’indispensable réforme systémique de notre protection sociale usée jusqu’à la corde et rafistolée en dépit du bon sens ; libérer les entreprises de divers carcans qui les handicapent et freinent dramatiquement la création d’emplois ; travailler à l’amélioration de l’efficacité des services publics, ce qui permettra de réduire progressivement la dépense publique sans diminuer, bien au contraire, la qualité du service rendu aux citoyens ; remettre debout notre système scolaire en voie de déliquescence ; donner à nos armées les moyens de leurs missions ; faire enfin preuve de sérieux en matière de lutte contre le crime et la délinquance ; etc., etc.. Il existe suffisamment de points d’accord entre les bons éléments du FN – il y a quelques exclusions à prononcer – et ceux de la droite classique pour permettre une gouvernance efficace.
 
LR n’ayant plus de leader, c’est à Marine Le Pen de prendre l’initiative de ce rapprochement. Sa solidité face aux attaques souvent ignobles dont elle a fait l’objet, comme François Fillon, lui donne la possibilité de lancer cette opération de regroupement des patriotes. Son solide leadership donne une bonne garantie qu’elle saura, au sein du mouvement dont elle a transmis provisoirement la présidence, faire le nécessaire pour accueillir des hommes et des femmes de qualité, qui ne pensent pas exactement comme elle, mais qui sont prêts à travailler avec elle pour le redressement de leur patrie. Voudra-t-elle se lancer dans cette aventure ? Si elle ne le fait pas, pauvre France !

28 avril 2017

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