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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

Gouvernement et Parlement

Publié dans En France
Gouvernement et Parlement : pour une bonne répartition des rôles
 
Le Premier ministre envisage de limiter le droit d’amendement des Parlementaires : la réforme constitutionnelle en préparation pourrait comporter une disposition dans ce sens, comportant un maximum de propositions d’amendements pour chaque groupe, en fonction de sa taille.
On comprend la préoccupation du Gouvernement : des manœuvres d’obstruction peuvent faire perdre beaucoup de temps et d’énergie. Mais, comme souvent hélas, le problème est abordé sans la hauteur de vue suffisante. Enlisés dans le train-train quotidien, nos dirigeants perçoivent mal la nécessité de procéder à des réformes véritables, qui modifieraient en profondeur les responsabilités des différentes composantes du sommet de l’Etat. Dans la logique propre à la Ve République, ils veulent renforcer le pouvoir de l’Exécutif tout en laissant le Législateur décider, théoriquement, de toutes sortes de dispositions qui, en réalité, ne relèvent pas de la loi. Cela relève de l’injonction paradoxale. Pour mieux cerner le problème, faisons un détour analytique.
 
L’analyse de F. A. Hayek
Friedrich A. Hakek a reçu le prix Nobel d’économie en 1974. Il a publié le premier volume de la trilogie Droit, législation et liberté peu avant de recevoir cette distinction, en 1973 ; les deux autres ont suivi en 1976 et 1979. Hayek, venu d’Autriche enseigner à la London school of economics en 1931, puis établi à Chicago à partir de 1950, avait donc pratiqué la recherche en économie depuis un demi-siècle lorsqu’il écrivit cette œuvre majeure, qui relève autant de la philosophie politique que de l’économie stricto sensu.
Son analyse est principalement conceptuelle, ce qui la dessert aujourd’hui où la rigueur est, à tort, considérée comme synonyme de recours à la quantification, aux statistiques et à l’économétrie. Il écrit notamment : "La liberté ne peut être sauvegardée qu’en suivant des principes et on la détruit en se servant d’expédients". Or c’est exactement ce que Matignon voudrait faire : limiter le nombre des amendements présentés par les parlementaires est un expédient envisagé parce que fait défaut l’idée même de s’interroger sur les principes.
 
Quels principes l’édiction des règles qui s’appliquent à notre vie en société devrait-elle suivre ? Hayek a été très impressionné par la Common law britannique ; celle-ci constituait un ensemble de "règles de juste conduite", un droit coutumier faisant l’objet d’un large consensus sans avoir été élaboré par un législateur spécialisé. Le concept de "règles de juste conduite" élaborées de façon collective et informelle, puis codifiées par le législateur, s’oppose aux "commandements" qu’est amené à édicter un gouvernement ; il s’apparente à celui de "droit naturel", un droit que les hommes découvrent progressivement au fur et à mesure que se développent leur conscience et leur expérience de la vie.
Mais les règles de juste conduite ne suffisent pas. La communauté a besoin, ne serait-ce que pour subsister et se développer, d’être encadrée par un ensemble de règles formelles et de commandements précis, définissant des droits et des devoirs, coordonnant les actions des membres de la société, qu’il s’agisse d’un village, d’une ville, d’un pays, d’un ensemble de pays, voire de l’humanité entière, de façon à ce que ces actions soient efficaces et bienfaisantes. La discipline et l’organisation font la force des armées, mais aussi de toute action collective.
 
Prenons un cas limite : le pays est en guerre, la liberté et le respect de l’être humain sont en jeu, il faut mobiliser toutes les énergies pour en sortir vainqueur. Bien entendu, la mobilisation des ressources par le Gouvernement va ressembler aux ordres du haut commandement militaire : le gouvernement doit être obéi ! Le Législateur n’a pas à se mêler de discuter longuement les décisions prises ; le Parlement doit simplement veiller à ce que les "pleins pouvoirs" accordés à l’Exécutif ne soient pas utilisés à d’autres fins que l’obtention de la victoire dans des conditions les moins inhumaines compatibles avec cet objectif prioritaire.
Dans des circonstances moins dramatiques, le contrôle parlementaire des décisions gouvernementales peut être plus serré, mais la séparation des pouvoirs reste indispensable. Le Gouvernement doit disposer d’une large autonomie de gestion, sachant qu’en revanche il n’a pas autorité sur le Législateur quand celui-ci codifie les règles de juste conduite, lesquelles doivent s’appliquer à l’Exécutif comme aux individus, aux associations et aux entreprises.
 
Conséquences pratiques de cette répartition des tâches
Dans une démocratie idéale, respectueuse du droit naturel, le Parlement aurait pour fonction principale l’élaboration et l’adoption des lois, textes succincts et relativement peu nombreux reflétant les règles de juste conduite issues de la sagesse des nations. Il ne devrait pas interférer avec les décisions gouvernementales, sauf s’il estime que celles-ci enfreignent la loi. En revanche, le gouvernement ne devrait pas s’immiscer dans la rédaction des lois.
Nous vivons, en contradiction avec ces principes, dans un méli-mélo complet entre l’Exécutif et le Législatif : les lois sont devenues principalement des listes de décisions qui, dans une République bien organisée, devraient être des prérogatives gouvernementales. Or, quand le Gouvernement commande en rédigeant des lois, comme c’est le cas depuis de nombreuses années, il est obligé de les faire voter avec aussi peu de modifications que possible par un Parlement frustré de jouer un rôle secondaire, et donc disposé, pour prouver qu’il existe, à discuter longuement chaque disposition, et à tenter d’en modifier certaines.
 
Un tel mode de fonctionnement est tout sauf optimal. Les ministres, leurs cabinets et les responsables des administrations centrales perdent leur temps à négocier le bout de gras avec des parlementaires et des groupes politiques anxieux de détenir une bribe de pouvoir. Et l’attribution au Parlement de ce plat de lentilles, pour reprendre la péricope du Livre de la Genèse dans laquelle Esaü troque son droit d’aînesse contre ce repas très modeste, coûte au Gouvernement sa capacité à décider vite et bien – dans le respect des lois – des mille et un commandements qui doivent être édictés pour faire fonctionner l’Etat et le pays.
Un exemple particulièrement édifiant est celui des lois de finances et des lois de financement de la sécurité sociale. Recueils de commandements adressés aux citoyens, aux administrations, aux entreprises, etc., ces textes volumineux n’ont aucune raison (à l’exception de quelques passages, ceux qui posent ou modifient des principes) d’être soumis au vote du Parlement : celui-ci s’est attribué le pouvoir fiscal sous la royauté, pour limiter les prétentions de Princes abusivement dépensiers, mais s’il est normal qu’il veille au grain en la matière il est contreproductif qu’il perde et fasse perdre une énergie et un temps précieux à discuter de détails au lieu de s’occuper de questions fondamentales comme les principes de l’impôt et ceux de la sécurité sociale.
 
Concrètement, chaque année des centaines de pages de prévisions budgétaires (souvent déguisées en injonctions) et de dispositions techniques sont votées en tant que textes de lois, alors qu’il s’agit de gestion courante. Le Législateur ne s’occupe pas de soustraire au statut de la fonction publique les millions de fonctionnaires dont les tâches ne requièrent nullement un tel statut, ou de fonder sérieusement les retraites par répartition qui fonctionnent depuis 1941 selon le principe des arnaques de Ponzi et Madoff (1), mais il doit voter la création, la modification ou la reconduction de dizaines de taxes et cotisations sociales dont bien peu obéissent à des principes rationnels. La confusion entre la loi et le commandement est quasiment totale.
 
Un exemple d’articulation possible entre la Représentation nationale et l’Exécutif
Il ne suffit pas de constater que notre organisation politique fonctionne mal ; il faut proposer des pistes pour la réformer, la rendre plus conforme au bon sens. Voyons donc pour quelles fonctions nous avons besoin d’organes composés d’élus représentant la Nation.
 
Il nous faut d’abord codifier les règles de juste conduite. Les plus importantes peuvent figurer dans la Constitution, mais celle-ci ne doit pas être trop volumineuse : il convient donc qu’un organe législatif rédige les principes auxquels doivent se conformer, en France, les citoyens et les organisations. Cet organe ne peut être composé que de "sages" capables de ne pas faire prévaloir dans leur travail la lutte pour les postes et le pouvoir sur la volonté de doter le pays d’un ensemble cohérent (un code) de règles de juste conduite. Ces "sages" n’ont pas besoin d’être très nombreux : quelques dizaines devraient suffire pour composer et tenir à jour un code dont le contenu sera aussi fondamental que ses dimensions seront modestes.
 
Il nous faut ensuite codifier nos institutions : l’Etat, la Justice, la sécurité sociale, les collectivités territoriales et les différents corps intermédiaires, depuis la famille jusqu’à la Société Anonyme. Là encore, il faut s’en tenir aux grandes lignes, à ce qui est véritablement structurel, et laisser beaucoup de liberté aux agents qui auront la responsabilité de faire fonctionner ces institutions. Une assemblée un peu plus "étoffée" que la précédente sera nécessaire, mais là encore il vaudrait mieux rester très en deçà du nombre actuel de députés, et même descendre nettement en dessous de celui des sénateurs.
 
Il nous faut enfin organiser la surveillance du fonctionnement des services qui constituent concrètement l’Exécutif. Les élus composant cette instance de surveillance du Gouvernement et des administrations ne doivent pas se substituer aux fonctionnaires d’autorité, mais examiner la façon dont ceux-ci et les ministres managent les administrations publiques, un peu comme dans une grande entreprise le Conseil d’administration examine ce que fait la Direction générale. Si la surveillance est efficace à ce niveau élevé, si des sanctions sont effectivement prononcées lorsque la gouvernance laisse par trop à désirer, la qualité du service public ne tardera pas à s’améliorer, car cette impulsion de rigueur et d’efficacité se diffusera depuis les ministres et les directeurs d’administrations centrales jusqu’aux plus modestes chefs de bureau.
 
L’instance de surveillance sera logiquement le plus nombreux des trois corps qui constituent, dans cette esquisse, la Représentation nationale. C’est elle, en effet, qui devra être en permanence "sur le pied de guerre", attentive à ce que tout se passe de façon efficace et juste. La sélection de ses membres devra certes inclure le passage devant les électeurs, mais aussi un examen des compétences requises, lesquelles compétences pourront être différentes de celles que l’on attend des fonctionnaires actuellement chargés de diriger les services ou de les contrôler, mais en aucun cas être inférieures.
La maquette très succincte qui vient d’être exposée à titre d’exemple, pour lancer la réflexion, ne saurait évidement apporter une réponse à toutes les questions, mais elle indique dans quelle direction aller pour donner à la France une tête bien faite plutôt que pléthorique.     

Envoyé par l'auteur, 14 mars 2018 - Jacques Bichot, économiste.
 
(1) Voir à ce sujet notre ouvrage La retraite en liberté, Le cherche-midi, 2017.

Gérer nos ressources planétaires ?

Publié dans De par le monde
Comment gérer nos ressources planétaires ?
 
Un sommet mondial de l’eau se tient actuellement à Stockholm, 45 ans après la conférence des Nations-Unies sur l’environnement de 1972, qui s’était également déroulée dans la capitale suédoise, et 25 ans après le "Sommet de la terre" réuni à Rio en 1992. Cet événement coïncide avec les ravages provoqués au Texas par l’ouragan Harvey ; il montre l’importance d’une véritable gestion des ressources dont dispose l’espèce humaine – et l’immensité du travail à réaliser pour porter la qualité de cette gestion au niveau nécessaire si l’on veut éviter des drames d’une ampleur comparable à ceux que provoquent les guerres.
Nous devons mieux gérer les ressources en eau douce souterraine, très sollicitées, qui diminuent de façon inquiétante ; nous devons nous adapter à la baisse des précipitations, qui deviennent insuffisantes en maints endroits ; et les perspectives de hausse du niveau des mers – hausse qui rendrait les régions côtières, particulièrement peuplées, de plus en plus vulnérables aux tempêtes – s’ajoutent à cela pour faire envisager des mouvements migratoires de grande ampleur.
Pour faire face à ces défis, l’humanité doit s’organiser. Comment ? La question ne saurait être résolue en quelques lignes, mais deux points ont une importance particulière : les droits de propriété qui portent sur des ressources naturelles, et les autorités mondiales requises pour organiser la gestion de ces ressources.
 
Quels droits de propriété et d’usage pour les ressources naturelles ?
Il y a quelques décennies, j’avais proposé que certaines ressources naturelles deviennent propriété de l’humanité dans son ensemble. Les gisements d’hydrocarbures, par exemple, génèrent une rente qui pourrait en bonne justice revenir pour une part importante à une autorité mondiale plutôt qu’aux États, charge à elle de financer les recherches requises pour préparer l’après-pétrole et l’après-gaz.
Certes, un tel "machin", pour reprendre l’expression que Charles de Gaulle employait volontiers quand il voulait attirer l’attention sur les défauts des organismes supranationaux, aurait fonctionné avec un rendement modeste, comme l’ONU et compagnie, mais son action aurait quand même été beaucoup plus utile au genre humain que celle de divers princes ou gouvernements qui gaspillent actuellement la rente pétrolière, certains d’entre eux allant même jusqu’à l’utiliser pour augmenter leur propre capacité de nuisance ou celle d’organisations terroristes.
Aller dans ce sens requiert de grands changements juridiques, particulièrement en ce qui concerne les droits de propriété. La propriété privée, familiale ou entrepreneuriale, a certes contribué puissamment au fantastique travail d’aménagement de vastes portions de notre planète auquel nos ancêtres se sont livrés, et que nous poursuivons : d’immenses étendues de terres ont été rendues arables, des millions d’hectares de marais ont été transformés de façon à pouvoir fournir de la nourriture plutôt que des moustiques et des miasmes, et le genre humain, qui avait déjà résisté depuis des dizaines de milliers d’années à de fortes variations climatiques et à de grandes modifications du niveau des mers, a pu passer grâce aux progrès techniques et organisationnels de quelques dizaines de millions d’individus à plusieurs milliards.
 
Ces œuvres dont le genre humain peut être fier n’auraient probablement pas été accomplies si des structures étatiques ne s’étaient pas mises en place pour coordonner les efforts. Que l’on se tourne vers la Mésopotamie, vers la vallée du Nil, ou vers la Chine, on voit bien que la domestication des cours d’eau en vue de l’irrigation, l’instauration de droits de propriété privée raisonnablement solides, la diffusion de langues parlées par tous les membres de vastes sociétés, et beaucoup d’autres facteurs de développement, résultent pour une bonne part de la constitution d’administrations efficaces disposant de pouvoirs assez étendus.
Les droits de propriété privée eux-mêmes requièrent des autorités publiques capables de faire prévaloir le droit sur la tromperie et la brutalité. Pendant des siècles, il a suffi pour cela de petits États. Mais le dicton small is beautiful ne signifie pas que tout doive être petit. Le principe de subsidiarité indique que les grandes autorités ne doivent pas chercher à intervenir dans les moindres détails : de minimis non curat praetor. Il ne signifie pas qu’il ne faut pas prendre des décisions concernant de vastes communautés, jusqu’à l’humanité toute entière, mais simplement que ceux qui ont la charge de prendre de telles décisions ne doivent pas se substituer aux échelons inférieurs pour gérer les questions d’importance locale.
 
Comment disposer d’autorités mondiales raisonnables ?
Le problème auquel nous sommes aujourd’hui confrontés est donc la création ou la consolidation d’autorités planétaires, en charge de ce qui concerne le genre humain tout entier. Une double difficulté doit être surmontée : ne pas mettre en place de simples ectoplasmes, à l’image de l’Organisation des Nations Unies, qui ne dispose pas de pouvoirs conséquents ; et ne pas créer des entités voulant s’ingérer dans les questions qui relèvent de niveaux d’autorité inférieurs.
À cet égard, nous disposons d’assez bons et d’assez mauvais exemples. Les États fédéraux allemand et américain, tout en ayant certes d’importants défauts, me paraissent constituer des réussites. Je ne me prononcerai pas sur l’Union indienne ni sur la République populaire de Chine, que je connais trop mal, laissant le soin à des personnes mieux informées de dire ce que nous enseigne la gouvernance des deux pays milliardaires en nombre de citoyens, qui à ce titre sont particulièrement intéressants à observer pour savoir comment mettre en place une autorité mondiale. En revanche, je prendrai le risque de dire que l’Union européenne nous apprend davantage ce qu’il ne faut pas faire que ce qu’il faut faire quand on passe de la gouvernance d’un pays à celle d’un ensemble de pays : il ne faut pas se consacrer à la réglementation de myriades de détails, faute d’être capable de s’occuper efficacement de ce qui relève vraiment du niveau fédéral.  
 
Une des leçons à tirer des erreurs de la construction européenne est qu’une instance supranationale doit disposer de ressources propres. S’il faut, par exemple, faire face à une élévation de plusieurs mètres du niveau des océans, ce n’est pas en faisant la quête auprès des États que l’organe de gouvernance mondiale disposera des ressources voulues. En revanche, si cet organe est propriétaire des gisements d’hydrocarbures et de métaux, il disposera des moyens indispensables pour aménager la planète. Que la République de Chine conserve la propriété de la Grande Muraille et la République français celle du château de Versailles ; que les autorités sanitaires Italiennes règlementent (d’une main légère !) la fabrication de la mozzarella et leurs homologues françaises celles du camembert ; mais qu’il soit mis fin par l’autorité mondiale au saccage des forêts primaires que tolèrent actuellement des gouvernements complaisants.
Il nous faut donc une autorité mondiale qui se substitue le moins possible aux autorités nationales, mais qui exerce une gouvernance véritable, incluant un pouvoir de commandement sur les États, dans les domaines d’intérêt planétaire.

Envoyé par l'auteur, 29 août 2017

Des retraites...

Publié dans A tout un chacun
Retraites et pyramides de Ponzi
 
Les Echos du 14 août annoncent les pertes engendrées aux États-Unis par les pyramides de Ponzi : 800 millions de dollars en 2015 du fait de 61 pyramides démantelées, puis 2,3 milliards pour 59 pyramides en 2016. Le trophée de l’année, remporté par Platinum Partners, est 1 milliard de pertes pour les gogos qui se sont fait piéger. Certes, le record établi par Bernard Madoff est loin d’être égalé, mais il est quand même intéressant d’apprendre que le créateur de ce hedge fund a su ­– tout en s’abstenant de leur fournir des comptes sérieux – persuader 600 gros investisseurs qu’il pouvait leur procurer avec régularité des revenus d’environ 17 % par an. La crédulité a peu de limites.
 
Un tel phénomène est cependant moins curieux que l’aveuglement mondial relatif aux retraites par répartition. Des voix s’élèvent régulièrement, et depuis assez longtemps, notamment aux États-Unis, pour faire découvrir le pot aux roses. Citons par exemple un article de Michael Kinsley en 1996 qui exprimait la vérité de façon lapidaire : "Social security is a Ponzi scheme. Current payers-in are financing current payers-out, not their own retirements." Les cotisations vieillesse procurent légalement des droits à pension, mais ne servent à rien, réellement, pour ce qui est de donner aux caisses de retraite par répartition la capacité d’honorer les engagements qu’elles contractent ainsi.
Le principe même des retraites par répartition est en effet d’utiliser les cotisations de l’année pour payer les pensions de l’année, comme Madoff utilisait les sommes nouvellement déposées pour verser de copieux intérêts ou dividendes, et comme ses émules le font encore, quitte à se retrouver en prison quand leur escroquerie est découverte et portée devant un tribunal. Et pourtant, les législateurs de dizaines de pays réputés développés s’obstinent à inscrire dans la loi que l’État, ou des organismes publics, ou même des organismes privés dûment habilités (en France, les caisses de retraite complémentaire par répartition), sont autorisés à faire ce qui envoie en prison les imitateurs de Charles Ponzi.
Ce qui est en cause n’est pas le prélèvement de cotisations vieillesse : il est normal que les actifs prennent à leur charge les personnes devenues âgées qui les ont éduqués, entretenus et soignés durant leur enfance et leur jeunesse ; le législateur est bien dans son rôle quand il rend obligatoires de telles cotisations. En revanche, il sombre dans l’erreur et dans l’abus de droit en décidant que s’acquitter de cette dette crée un droit à pension. Verser un euro ne peut pas à la fois éteindre une dette d’un euro et créer un avoir d’un euro. Rembourser un crédit n’est pas abonder une assurance-vie !
 
Depuis 37 ans (notre premier article sur le sujet a été publié par la revue Population en 1980) nous essayons de faire prendre conscience de ce phénomène inquiétant, à la suite d’Alfred Sauvy qui, notamment dans un article publié en 1978 par la revue Droit social, essaya – déjà en vain – d’expliquer ce qui est pourtant une évidence : à savoir que nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants.
Sauvy ayant diagnostiqué le mal, nous avons proposé le remède. Celui-ci ne consiste pas à tout miser sur la capitalisation classique, qui en France mériterait certes d’être développée, mais ne saurait suffire. Il consiste à tirer les conséquences du constat fait par Sauvy, dont la principale s’énonce ainsi : puisqu’en répartition les pensions à venir se préparent de facto en investissant dans les futurs cotisants, c’est-à-dire dans les enfants et les jeunes, c’est cet investissement qui devrait logiquement ouvrir de jure des droits à pension.
L’investissement dans les futurs travailleurs se réalise de différentes manières : principalement la mise au monde des enfants, leur entretien et leur éducation par leurs propres parents, leur formation scolaire, universitaire et professionnelle, et la prise en charge de leurs ennuis de santé. Ce sont ces apports en nature, et les apports en argent qui financent certains d’entre eux, qui devraient servir de base à la distribution des droits à pension, puisque ce sont eux qui font qu’il y aura, dans quelques décennies, des personnes aptes à produire, et par le fait même à entretenir les retraités.
 
Comment passer de cette analyse économique à la réforme organisationnelle et juridique qu’elle appelle logiquement ? Une façon de faire est exposée dans le dernier en date de nos ouvrages, La retraite en liberté, publié en janvier au Cherche midi. Elle inclut le passage à un système unique de retraites par répartition, où les droits se mesurent en points, comme dans le projet esquissé par Emmanuel Macron lors de sa campagne électorale. Mais la proposition présidentielle, à l’instar du système suédois qui l’a inspirée, maintient hélas un fonctionnement de type Ponzi : les droits à pension y sont toujours obtenus en payant les cotisations vieillesse immédiatement reversées aux retraités, et non en investissant dans la jeunesse. Il ne serait pas beaucoup plus difficile de faire une réforme complète, qui ferait de la France le premier pays à rendre économiquement logique sa législation des retraites par répartition.
 
Reprenons les catégories "faux droits" et "vrais droits" élaborées par Jacques Rueff dans son ouvrage L’ordre social (paru en 1945) : ce sont elles qui sont à l’origine de l’assainissement des finances publiques réalisé au début de la cinquième République. Un faux droit, rappelons-le, est une créance qui constitue une coquille juridique vide, ou à moitié vide, de contenu économique réel. Le système actuel de retraites par répartition est un système de faux droits, puisque les cotisations vieillesse ouvrent juridiquement le droit à percevoir des pensions dans plusieurs décennies mais ne servent en rien à préparer les dites pensions. Le droit des retraites par répartition n’est pas convenablement articulé à la réalité ; il est en quelque sorte, la poésie en moins et la démagogie en plus, "le songe d’une nuit d’été", drame de la dissociation entre le mariage légal et l’amour réel. Réveillons-nous avant que ce rêve ne tourne franchement au cauchemar !

Envoyé par l'auteur, 16 août 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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