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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

condamnation à mort

Publié dans A tout un chacun
De deux sortes de condamnation à mort
 
La suppression de la peine de mort, au sens judiciaire de cette expression, ne signifie pas, loin s’en faut, l’abolition de la mise à mort légale. Quand un pays fait la guerre, ses armées tuent non seulement des soldats, mais aussi quantité de civils. J’ignore si les statisticiens sont en mesure de nous indiquer, pour les conflits en cours, le nombre des victimes civiles ; je subodore que, dans bien des cas, plus de la moitié des personnes tuées par les opérations militaires sont des civils. En Syrie, où l’on nous dit que le cap des 300 000 morts a été franchi, je serais étonné qu’il se trouve moins de 150 000 personnes mortes au titre des "dommages collatéraux". Et quand deux bombes atomiques furent larguées par des avions américains sur deux villes japonaises pour mettre fin à la seconde guerre mondiale en démontrant de façon affreuse le pouvoir de destruction massive détenu par l’un des belligérants, si le but ultime était d’obtenir la capitulation du Japon, le but intermédiaire était bien de tuer des civils en nombre impressionnant.
La peine de mort judiciaire existe encore aux États-Unis, même si de nombreux États de cette grande république fédérale l’ont abolie. Mais la peine de mort militaire, infligée par l’armée américaine à des civils qu’aucun responsable américain ne songerait à déférer devant un tribunal, est la cause d’un  nombre de décès bien plus important. Et, à une moindre échelle, quand nos troupes interviennent, elles font également des victimes qui n’étaient pas nos ennemis.
 
Remarquons le grand écart qui existe entre le comportement judiciaire et le comportement militaire. Des nations civilisées tuent sans trop de scrupules, dans le cadre d’opérations militaires, des quantités d’innocents ne présentant aucun danger, simplement parce qu’il n’est pas possible de tuer beaucoup d’ennemis sans tuer également des personnes qui sont, potentiellement, nos amis. En revanche, elles considèrent comme inhumain de mettre à mort des criminels dont la dangerosité est avérée. Nos civilisations seraient-elles devenues schizophrènes ?
Ôter la vie ne se justifie que s’il s’agit du seul moyen à notre disposition pour éviter un plus grand malheur. Les morts d’Hiroshima ont permis de mettre fin rapidement à un conflit qui, en perdurant quelques mois de plus, aurait fauché encore un très grand nombre de vies. Le Président des États-Unis (Truman, à cette époque), entre deux maux, a choisi le moindre – ou du moins, ce qu’il considérait logiquement et en conscience comme le moindre mal, à partir des informations en sa possession. Pour des hommes civilisés, décider de tuer est d’une certaine manière un aveu de faiblesse : celui ou ceux qui prennent la décision avouent qu’ils ne savent pas faire autrement que de causer ce grand malheur pour en éviter un encore plus grand.
 
Je me demande si les législateurs qui, en France, dans divers pays, et au niveau européen, ont interdit la peine de mort judiciaire, n’ont pas été très orgueilleux ou très naïfs. Ils ont implicitement jugé que nos États ont des ressources quasiment infinies, leur permettant de neutraliser les "méchants" sans leur ôter la vie, et même, le cas échéant, sans les priver de leur liberté. Au vu de l’état dans lequel se trouvent les systèmes carcéraux et les substituts à l’incarcération, ce n’est pas très réaliste.
La peine de mort judiciaire est incontestablement un mal, tout comme le fait de tuer dans le cadre d’un conflit armé. Mais si la non-violence engendre un mal encore plus grand ? Si nous sommes incapables d’édifier et de faire fonctionner un système carcéral assez performant pour limiter à peu de chose le risque de récidive ? Ceux qui ont aboli la peine de mort, comme les chefs militaires qui ont fait effectuer des bombardements, ont engendré des victimes collatérales. La raison est quasiment la même dans les deux cas : nous ne sommes pas assez puissants pour neutraliser les méchants de façon parfaitement propre, sans bavure ni exécution capitale !
 
Les militaires occidentaux et ceux qui leur donnent l’ordre d’intervenir ont une règle de comportement : obtenir des résultats sans perdre trop d’hommes, quitte à faire davantage de morts parmi les civils innocents en bombardant qu’en allant au contact de l’ennemi. Les auteurs du code pénal, en France et dans bon nombre de pays occidentaux, ont également choisi de sacrifier des citoyens innocents, mais cette fois pour épargner des criminels, qu’ils soient terroristes ou "de droit commun". Il y a deux poids, deux mesures. Pourquoi ?

Pompidou, au secours !

Publié dans Du côté des élites
Pompidou, au secours !
 
Le successeur de Charles de Gaulle à l’Élysée avait, dit-on, lancé un jour à ses collaborateurs trop enclins à légiférer et à réglementer : "arrêtez d’emmerder les Français". Le moins que l’on puisse dire est que son message n’a guère été retenu : voilà que des candidats à la présidence de la République réclament une loi antiburkini ! Et pourquoi ne pas interdire aussi les tenues Punk, souvent destinées à montrer que leur porteur considère les bourgeois comme des cons ? Pourquoi ne pas légiférer à propos des pantalons dont la ceinture arrive au niveau du pubis et contre les baskets aux lacets déliés, autres signes identitaires marquant un refus des modes vestimentaires BCBG ?
 
Arrêtons donc de faire ou de vouloir faire des lois stupides, et occupons-nous des choses sérieuses.
Qu’une troupe d’opposants au projet de stockage de déchets nucléaires de Bure puissent, cagoulés, attaquer à la masse le mur d’enceinte de cette zone sans être rapidement interpellés et déférés au tribunal en comparution immédiate est un signe minuscule, parmi des milliers, de l’atonie des pouvoirs publics.
Que les mesures anthropomorphiques des immigrants illégaux ne soient pas systématiquement prises montre le degré de chienlit auquel la France est descendue.
Que les effectifs de police dans les quartiers difficiles soient dramatiquement insuffisants ; que les programmes de construction de places de prison aient été ralentis, voire stoppés, moyennant quoi les peines de prison auxquelles la justice condamne les délinquants deviennent souvent des torchons de papier ; que le regroupement familial soit grand ouvert, rendant l’immigration trop importante pour être gérée correctement ; que les entreprises soient incitées à pratiquer l’optimisation fiscale parce que la Commission européenne, très entreprenante s’il s’agit de réglementer l’épaisseur du papier de cigarette, est incapable de définir des normes communes de calcul du bénéfice imposable et un taux européen commun d’imposition des sociétés ; que le carrousel de TVA permette année après année au crime organisé de voler des dizaines de milliards d’euros aux Trésors publics des États membres parce que, ni à Bruxelles ni à Paris ou à Berlin on ne s’occupe sérieusement du problème : c’est tout cela, et mille autres incuries, abandons et signes d’incompétence notoire qui devraient inquiéter et mobiliser nos dirigeants et ceux qui songent à le devenir ou à le redevenir.
 
Il s’agit de diriger des administrations, de mobiliser des fonctionnaires, pour que l’État et les collectivités territoriales redeviennent – ou, parfois, deviennent – véritablement efficaces. Certes, beaucoup de textes législatifs et réglementaires doivent être supprimés, et quelques-uns doivent être rédigés, puis votés et promulgués s’il s’agit de lois, mais l’essentiel du redressement de notre pays dépend d’autre chose : nous avons besoin de meneurs d’hommes, qui guident les administrations sur la voie de l’efficacité.  

Le mythe de l’argent qui dort

Publié dans A tout un chacun
Le mythe de l’argent qui dort
 
Commentant la décision qu’a prise une petite banque allemande de facturer les dépôts à vue supérieurs à 100 000 €, un journaliste du Figaro écrivait le 13 août 2016 : "C’est une conséquence directe de la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE. Aujourd’hui, les banques qui déposent leurs liquidités auprès de l’institut monétaire doivent lui payer une ‘taxe’. La BCE espère ainsi les dissuader de laisser dormir leur argent et les inciter à prêter davantage aux ménages et aux entreprises, à taux bas."
Ces 3 phrases contiennent une bonne part de vérité. Il est exact que, si la BCE se comportait comme les banques centrales avaient coutume de le faire avant de passer à des taux voisins de zéro, et le cas échéant négatifs, ainsi qu’au "quantitative easing" , c’est-à-dire à l’achat ou à la prise en pension de quantités impressionnantes de titres émis par les Trésors publics, cette banque coopérative bavaroise n’aurait pas pris une telle décision. Il est vrai également que la BCE agit de cette manière, entre autres raisons, pour inciter les banques à prêter davantage aux entreprises et aux particuliers. En revanche, un avoir bancaire sur les livres d’une banque centrale –dans ce cas, il s’agit vraisemblablement de la Bundesbank, car la BCE n’est que le chef de file du réseau européen de banques centrales– n’a rien à voir avec "de l’argent qui dort". C’est une créance sur une banque (centrale) qui possède en contrepartie des créances sur les États européens et sur d’autres banques (commerciales) qui elles-mêmes prêtent aux agents économiques.
Dans l’état actuel des choses, les banques centrales ont acquis des titres des trésors publics bien au-delà des ressources qu’elles tirent de leurs émissions fiduciaires – les billets de banque, dont les États européens cherchent d’ailleurs à décourager la détention et l’usage pour rendre plus difficile la fraude fiscale et le blanchiment de l’argent "sale" (recettes du crime organisé). Pour mener leur politique de quantitative easing, il leur faut donc emprunter des sommes colossales aux banques de second rang. Si les avoirs de ces établissements sur les livres des banques centrales diminuaient fortement, ces dernières seraient amenées à diminuer le soutien massif qu’elles apportent à la politique de laxisme budgétaire qui est celle de la majorité des gouvernements de pays développés – ou à pratiquer des taux très élevés de réserves obligatoires, ce qui reviendrait à obliger les banques de second rang à prêter à la banque centrale.
 
Il n’est pas courant de dire que les banques centrales empruntent aux banques commerciales, parce qu’il existe une tartufferie en la matière : "cachez cet emprunt que je ne saurais voir !" Pourtant, tels sont les faits : les banques centrales ne pourraient pas pratiquer des achats massifs de titres des trésors publics sans emprunter, et comme elles ne peuvent pas émettre des billets – c’est-à-dire emprunter aux agents non financiers – autant que nécessaire, elles se tournent vers les banques de second rang.
Cet argent des banques commerciales qui, soi-disant, dormirait dans les caisses des banques centrales, constitue tout simplement un relais dans le financement des dettes publiques toujours croissantes. Les obligations émises par les États les moins mal côtés, et les bons des Trésors publics, rapportent si peu que les épargnants ne voient plus grand avantage à utiliser l’assurance vie en euros ou les sicav monétaires : comptes à vue et livrets d’épargne font aussi bien l’affaire. Et les banques commerciales n’ont pas non plus une appétence formidable pour ces titres qui ne procurent qu’un rendement dérisoire, voire négatif, alors que le risque n’est nullement insignifiant. Elles sont donc assez contentes de voir les banques centrales se ruer sur ce qui est autant un mistigri qu’un placement de père de famille. Et elles financent volontiers les banques centrales qui prennent à leur compte le risque souverain, considérant que ces institutions sont tellement grosses et vitales pour l’économie en général et le système monétaire en particulier qu’en cas de coup dur les autorités politiques ne laisseront pas s’appliquer à elles les lois ordinaires de la faillite.
La monnaie ne dort jamais, elle finance toujours quelque chose – et, en l’espèce, nous finançons nos États prodigues en conservant des liquidités en contrepartie desquelles certaines de nos banques ont des dépôts énormes sur les livres des banques centrales qui, elles, accumulent les titres représentatifs des dettes publiques.
 
Reste à savoir si la politique de taux très bas, voire négatifs, pour le refinancement des banques centrales par les banques de second rang booste ou non le crédit bancaire aux entreprises et aux particuliers. Sans doute, puisque ce sont les seules opérations de crédit qui rapportent quelque chose, même si cela reste une activité de gagne-petit. Les banques ne peuvent pas être uniquement des banques d’affaire, travaillant sur les opérations en fonds propres et sur les produits dérivés.
En outre, si les banques de second rang européennes sont globalement créancières de la BCE, il en est qui sont emprunteuses : elles distribuent plus de crédits qu’elles ne collectent de dépôts, et au lieu d’emprunter directement tout ce dont elles ont besoin aux banques qui sont dans la situation inverse, elles passent pour partie par la BCE. Ce rôle d’intermédiaire entre les banques commerciales s’est beaucoup accru depuis la crise de 2007-2008 qui a vu l’effondrement du marché interbancaire : la BCE a alors fort bien joué son rôle d’emprunteur aux banques à excédent de dépôts et de prêteur aux banques à excédent de crédits. Favoriser les secondes en leur prêtant presque gratuitement une partie de ce qui est emprunté aux premières à taux très bas ou négatif est un message clair adressé aux banques : "vous gagnerez plus, ou perdrez moins, en prêtant aux entreprises et aux particuliers qu’en me prêtant à moi BCE."
 
Reste que globalement la politique des banques centrales conduit à faire du financement de l’économie un métier de gagne-petit, tandis que les activités relatives à la prise en charge des risques (de taux d’intérêt, de taux de change, de variations des prix des matières premières et autres denrées), qui dérivent souvent vers la spéculation, ainsi que l’aide à l’optimisation fiscale, rapportent bien davantage. La politique de taux négatifs et de quantitative easing menée par les banques centrales est de ce fait assez largement responsable à la fois de l’atonie de l’économie des pays développés et de l’incurie de pouvoirs publics quasiment soustraits à la contrainte budgétaire.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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