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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

Démographie ... la baisse continue

Publié dans En France
Démographie au second trimestre 2017 : la baisse continue
 
L’INSEE vient de fournir le chiffre des naissances en France métropolitaine pour le mois de juin ; nous disposons donc des résultats pour le second semestre 2017. Le premier trimestre 2017 avait été marqué par une diminution assez sensible : 15 400, soit 8,1 %, par rapport au premier trimestre 2012 ; et 4 100, soit 2,3 %, par rapport au premier trimestre 2016 (1). La natalité poursuit sa baisse au second trimestre : 14 250 naissances "perdues" par rapport à 2012, soit 7,4 % ; et 3 300 de moins qu’en 2016, soit 1,8 %.
Il faut hélas ajouter à cela deux lacunes très inquiétantes relatives au "capital humain" : d’une part le traitement inadéquat de l’immigration, qui débouche trop sur l’assistance et la délinquance, et pas assez sur l’intégration, l’augmentation de la force de travail et de la capacité de production ; d’autre part la dégradation du niveau de la formation scolaire, universitaire et professionnelle, difficile à quantifier, mais relevée par de nombreux observateurs compétents.

Le quinquennat "normal" a été donc été marqué par une diminution de l’investissement le plus important pour l’avenir : l’investissement dans l’homme, tant qualitatif que quantitatif. Sachant que les infrastructures, les entreprises, l’équipement de nos armées, de nos administrations, et l’organisation de notre fonction publique, ont également souffert d’une insuffisance d’investissement, la France issue du quinquennat Hollande aborde le quinquennat Macron dans de bien mauvaises conditions.
(1) Données corrigées pour tenir compte du phénomène "années bissextiles"

Envoyé par l'auteur, 31 juillet 2017

La vraie libération fiscale

Publié dans Du côté des élites
La vraie libération fiscale
 
C’est une institution estivale : chaque été, divers instituts (Contribuables associés, IFRAP, Institut économique Molinari) sonnent le tocsin de la "libération fiscale". Cette année, "La libération fiscale approche pour les Français" titre Le Figaro du 27 juillet, qui consacre presque deux pages à rendre compte des calculs de l’Institut Molinari.  Il est précisé "à partir du 29 juillet, chacun travaillera pour soi mais plus pour financer, via ses impôts et cotisations, l’État et la sécurité sociale". Hélas ces arithméticiens amalgament les différents prélèvements obligatoires sans se soucier ni de ce à quoi ils servent, ni des différences qui existent entre eux.
Cette présentation est nocive. Elle résulte de la colonisation intellectuelle de think tanks prétendument de droite par des conceptions socialisantes. Elle repose en effet sur deux idées de base du socialisme : selon la première, la sécurité sociale est assimilable à l’État, comme l’indique la formule "État providence" ; et selon la seconde, l’État (et donc aussi la sécurité sociale) est un agent économique totalement extérieur à la sphère de l’échange.
 
Une telle dogmatique est d’autant plus prégnante qu’elle constitue une pétition de principe, un postulat ; elle conduit à réclamer moins d’État et non pas un État qualitativement différent – "mieux d’État", comme on dit parfois. Toute perspective de réforme du secteur public dans un sens libéral est exclue d’office ; la seule politique acceptable consisterait à confier au secteur privé la plus grande partie possible des fonctions actuellement remplies par l’État et la sécurité sociale.
Curieusement, les partisans de cette politique ont oublié la maxime stalinienne "ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable". Tant que l’État lui-même ne sera pas converti, tant que les libéraux se résigneront à ce qu’il soit conçu et organisé de manière communiste, ils auront affaire à un organe formaté pour appliquer la formule de Staline. Même si les rênes de l’État sont théoriquement tenues par des hommes politiques de droite, ceux-ci feront une politique de gauche, comme leurs prédécesseurs soi-disant de droite l’ont fait pendant des décennies, et la croissance des services publics s’effectuera selon un modèle excluant la notion d’échange.
Réclamer une libération fiscale consistant à réduire la sphère étatique au profit du secteur privé n’a jamais débouché sur un changement conséquent ; au mieux, le rythme d’expansion de cette sphère est un peu ralenti, mais elle reste qualitativement inchangée. Ce projet mollasson, qui n’ose pas prôner la révolution conceptuelle dont pourrait découler un véritable changement organisationnel, est vain, nous le constatons décennie après décennie. Le seul projet réaliste est le plus ambitieux, celui qui vise à convertir l’État (au sens large, y compris l’actuel État providence) à l’économie d’échange.
Il ne faut pas se livrer à de laborieuses manœuvres destinées à faire légèrement reculer les lignes ennemies, par exemple en confiant au secteur privé telle ou telle fonction jusqu’alors remplie par une administration ; il convient de changer complètement de paradigme, en affirmant que l’État fait partie intégrante de l’économie d’échange – qui ne se limite pas au marché – et de réorganiser chaque service à partir de ce nouveau paradigme.
 
Le nœud gordien conceptuel qu’il faut trancher pour évoluer dans cette direction est la réduction de l’échange au marché. En 1988, Bertrand Lemmenicier fit paraître aux PUF Le marché du mariage et de la famille, livre qui contient de nombreux raisonnements économiques intéressants sur le fonctionnement de ces deux institutions. Je me suis demandé pourquoi ce collègue avait choisi le mot "marché". J’ai d’abord pensé qu’il voulait indiquer de façon percutante le fait qu’il allait aborder les phénomènes matrimoniaux et familiaux avec les outils du raisonnement économique. Ce n’était pas faux, mais il y avait aussi autre chose : les économistes libéraux commençaient à ne plus concevoir les échanges autrement que par référence au marché.
 
Comme la famille, l’État et la sécurité sociale sont des institutions destinées à organiser certains échanges – des échanges qui ne sont pas "marchands", qui ne peuvent pas être analysés avec exactement les mêmes outils intellectuels que la bourse ou le marché des changes, mais qui n’en sont pas moins des échanges. Malheureusement, depuis les recherches de Lemmenicier et celles, dans le même domaine, de Gary Becker (prix Nobel 1992), une tendance s’est développée au point de devenir un dogme politiquement correct : il n’y aurait d’échange que marchand. C’est ce dogme dont nous devons aujourd’hui nous débarrasser si nous voulons comprendre quelque chose au fonctionnement du monde dans lequel nous vivons. C’est ce dogme qui est sous-jacent au mythe de la "libération fiscale". C’est ce dogme qui nous empêche de réformer l’État et la sécurité sociale dans le sens d’une véritable logique d’échange.
 
La sécurité sociale et l’État produisent des services et les font payer ; ce ne sont pas des paiements de marché, indépendants de la personne qui ouvre son porte-monnaie, mais ce sont des paiements. L’analyse économique inclut d’ailleurs une branche, la théorie des prix discriminés, qui analyse les phénomènes de ce type. Le manque de jugeote des hommes politiques dits de droite – qui se sont alignés sur leurs homologues de gauche – a conduit à laisser assimiler les cotisations sociales et les taxes à des prélèvements obligatoires sans contreparties : c’est cette erreur qu’il faut corriger pour élaborer une conception libérale de la sécurité sociale et de l’État. La vraie libération fiscale ne consiste pas à ne plus payer de contributions à ces deux organismes, mais à les réformer de telle manière qu’il devienne clair que nous leur achetons des services – des services très utiles, dont les hommes politiques ont pour mission, notamment, d’améliorer le rapport qualité/prix.

Envoyé par l'auteur, 28 juillet 2017

Les tarifs réglementés

Publié dans A tout un chacun
Les tarifs réglementés du gaz et de l’électricité
 
Le Conseil d’État, saisi par l’association Anode qui regroupe les fournisseurs de gaz concurrents d’Engie (la société qui a pris la suite de Gaz de France), lui a donné raison : le maintien de tarifs réglementés pour le gaz naturel par le décret du 16 mai 2013 est contraire au droit européen, et de ce fait ce décret est annulé. Sachant que ce texte ne couvre que la période allant de sa publication à fin 2015, et que le Conseil d’État n’oblige pas Engie à revoir rétroactivement les contrats et à rembourser une partie des sommes encaissées, la décision est en elle-même platonique : la haute juridiction a sagement jugé que "l’incertitude grave qu’aurait fait naître l’annulation [des contrats Engie à tarif réglementé] sur la situation passée de plusieurs millions de consommateurs" excluait une telle révision. Les tarifs réglementés actuels, relevant d’un autre décret, ne sont pas davantage révisables.
Cette forte dépense d’énergie judiciaire, sans déboucher sur des corrections pour ce qui est du passé, met pour l’avenir les pouvoirs publics français au pied du mur : il va leur être difficile de persévérer dans la voie des tarifs réglementés. Cela pose la question : le passage à une tarification de marché, fluctuante comme un indice des prix de marché du gaz, est-il une bonne chose ?
 
Contrats à long terme versus achats au coup par coup
Il existe deux façons de s’approvisionner en gaz : les contrats à long terme, généralement conclus "de gré à gré" entre un producteur et un gros acheteur ; et les achats au coup par coup, qui passent le plus souvent par un intermédiaire de marché. Les contrats à long terme permettent aux producteurs, aux livreurs-vendeurs (dont Engie) et aux consommateurs de sécuriser débouchés, approvisionnements et prix pour plusieurs années. Rendre obligatoire les achats au coup par coup rend impossible cette relative stabilité des prix : si le prix du gaz à la production s’envole, les livreurs-vendeurs doivent répercuter cela dans leurs tarifs ou subir des pertes ; et si ce prix chute, ils sont contraints par la concurrence de diminuer les tarifs sur la base desquels ils s’efforcent de fidéliser et d’augmenter leur clientèle.
En recourant à des contrats à long terme, producteurs, livreurs-vendeurs et utilisateurs bénéficient donc d’une assez bonne stabilité des prix sur des périodes de quelques années. Bien entendu, les prix sont amenés à changer de temps à autre, parce que les coûts de production évoluent au fil des ans ; mais ces changements sont beaucoup moins fréquents que ceux des prix de marché qui évoluent de minute en minute.
Des modifications minimes au niveau de la production, de la consommation, et des anticipations des agents peuvent engendrer des variations immédiates et importantes des prix sur les marchés "spot", ceux où l’on conclut des ventes pour livraison rapide, et plus encore sur les marchés à terme et les options. Ces marchés de contrats souvent alambiqués sont généralement présentés comme permettant de réduire l’incertitude concernant les achats futurs, mais en fait ils produisent eux-mêmes une grande partie des risques contre lesquels ils offrent une protection, car ils se prêtent merveilleusement à la spéculation. L’organisation et le fonctionnement de ces marchés mobilise en pure perte des ressources humaines et technologiques très importantes.
 
Industriels versus marchands
Les contrats à long terme peuvent comporter des clauses d’ajustement : l’acheteur peut par exemple se faire accorder la possibilité d’obtenir des livraisons supplémentaires ou de réduire ses achats ; le vendeur peut obtenir des clauses de modification des prix dans certaines circonstances. Mais cette souplesse, indispensable puisque tout ne peut pas être prévu des années à l’avance, intervient dans le cadre d’un partenariat durable. Certains mois, le producteur livrera du gaz à des conditions moins rémunératrices que celles du marché spot, mais d’autres fois il recevra davantage : l’important est que, sur la durée, son activité soit rentable.
Avec les achats et ventes au coup par coup, la volatilité est beaucoup plus importante, et il n’y a pas de coopération entre partenaires : il existe un prix pour chaque transaction, et les prix peuvent varier très rapidement, en fonction de l’offre et de la demande qui sont pour une part importante spéculatives. En l’absence d’ajustements de type partenarial entre acheteurs et vendeurs ayant noué des relations à long terme, les contrats se succèdent à des prix qui peuvent évoluer très rapidement. Les échanges sont de type bousier : beaucoup d’acteurs achètent, non pas pour se servir du gaz dont ils deviennent ainsi propriétaires, mais pour le revendre avec une plus-value, si possible rapidement et sans en prendre livraison. Les opérations à terme, les "produits dérivés", se multiplient. Aux industriels qui achètent des options d’achat pour sécuriser leur prix de revient s’ajoutent non seulement des producteurs qui font l’opération réciproque (vente d’options d’achat, ou achat d’options de vente), mais aussi des financiers qui achètent et vendent des produits dérivés uniquement pour retirer des bénéfices de ce commerce.
Les acteurs de marché qui se comportent en financiers, et non en industriels, ont intérêt à ce que les transactions se réalisent le plus possible par leur intermédiaire, puisqu’ils en vivent ; ils cherchent donc à mettre des bâtons dans les roues des contrats à long terme. Pour ce faire, ils ont trouvé des alliés dans les politiciens et hauts fonctionnaires européens, qui ne jurent que par les marchés. L’Union européenne est devenue l’une des trois ou quatre grandes prêtresses de la religion du "tout marché", dont le dogme principal est que l’échange marchand doit occuper la totalité de la sphère de l’échange.
La réglementation européenne qui a permis à l’Anode d’attaquer en justice Engie, ex Gaz de France, est typique de ce refus d’accepter des échanges basés sur une coopération à long terme entre producteurs et distributeurs, échanges qui permettent aux consommateurs de bénéficier de prix assez stables. La période est propice, puisque les prix de marché du gaz sont bas, si bien que les distributeurs qui ne sont pas engagés dans des contrats d’approvisionnement à long terme peuvent vendre moins cher qu’Engie – pour peu qu’ils puissent utiliser son réseau de distribution.
 
Le monopole du marché est inefficace et inique
En effet, les sociétés qui vendent du gaz aux ménages français sont autorisées à se comporter comme les coucous qui, dit-on, au lieu de se construire des nids, utilisent ceux des autres oiseaux. Sans canalisations, la vente de gaz est limitée aux bonbonnes et au remplissage de réservoirs – qui ne vont pas sans poser quelques problèmes, de place et de sécurité. Le réseau existe, c’est celui de GDF, et il s’agit là d’un monopole naturel qui, moyennant une surveillance des prix par les pouvoirs publics (les fameux "tarifs réglementés"), fonctionne assez bien. Ce monopole naturel ne pouvait être battu en brèche que par un monopole artificiel, celui du marché, auquel il va devenir obligatoire de recourir. Si l’on en croit Les Echos du 20 juillet, l’un des ministres concernés, Nicolas Hulot, en a déjà pris son parti, disant à une audition au Sénat : "il faudra se plier aux injonctions de Bruxelles concernant les tarifs de gaz et d’électricité".
Les marchés constituent une forme d’échange intéressante, la plus efficace dans bien des cas, mais il n’existe aucune raison valable pour que les pouvoirs publics se fassent leurs promoteurs au détriment des autres formes d’échange. En agissant ainsi, nos gouvernants oublient un principe plus important, qui est la concurrence. Les formes non marchandes de l’échange doivent pouvoir concurrencer le marché à armes égales. L’État a certes à de nombreuses reprises, par le passé, abusé de son pouvoir pour limiter l’extension des marchés, mais ce n’est pas une raison pour qu’il commette maintenant l’injustice diamétralement opposée. Certains monopoles sont justifiés ; nous y perdrons s’ils sont supprimés sans autre raison que la propension des hommes politiques à enfourcher des dadas auxquels l’onction bruxelloise donne un label politiquement correct.

Envoyé par l'auteur, 24 juillet 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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