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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

Intelligence artificielle : ...

Publié dans A tout un chacun
Intelligence artificielle : un très ancien débat
 
Quelque peu agacé par l’engouement actuel pour l’intelligence artificielle, présentée comme une grande nouveauté, je suis retourné voir ce qu’en disait il y a une quarantaine d’années l’un de ses grands promoteurs et annonciateurs, le prix Nobel d’économie 1978, Herbert Simon.
Simon a vécu à Pittsburg, à l’époque ville très centrée sur la métallurgie, et ses travaux en tant que professeur à l’université Carnegie Mellon ne se limitèrent pas à l’économie : il reçut aussi le prix Turing en informatique, et le prix de l’association américaine de psychologie. Son véritable champ de recherche était la prise de décision : comment décidons-nous de faire ceci plutôt que cela ?
 
La rationalité procédurale
Les économistes ont d’abord raisonné sur un être humain qu’on ne rencontre guère dans la rue, homo economicus, censé posséder toutes les informations requises pour faire rationnellement le meilleur choix possible de son point de vue, à savoir celui qui maximise son "utilité". Bien sûr, trois questions se posaient : Madame Michu a-t-elle effectivement toutes les informations nécessaires ? est-elle capable de les traiter ? et sait-elle vraiment ce qui est bon pour elle ?
Les économistes n’étant pas tous ignorants des réalités, ils ont pour la plupart assez vite admis que nous sommes rarement en situation d’information parfaite, que nous commettons des erreurs de traitement de l’information, et que nous n’avons pas forcément une idée très claire de ce que nous attendons de la vie. Beaucoup de travaux ont donc été effectués pour rapprocher de la réalité le modèle homo economicus. La théorie des asymétries d’information tient compte par exemple du fait que, quand deux personnes signent un contrat, elles ne détiennent pas les mêmes informations : souvent l’employeur est un peu "short" sur les capacités réelles du candidat à tel poste, et le postulant sur ce qu’il aura exactement à faire. Mais il arrive aussi qu’un recruteur perspicace voit chez la personne en face de lui des potentialités dont celle-ci n’avait pas conscience.
 
Simon est devenu célèbre par son idée de rationalité procédurale, très simple dans son principe : nous adoptons un comportement qui, le plus souvent, selon notre expérience, conduit à un résultat acceptable. En somme, "le mieux est l’ennemi du bien", contentons-nous du bien. Et cette idée de rationalité procédurale conduit au recours à l’intelligence artificielle : dans certains domaines, la machine nous est supérieure ; elle peut constituer une aide à la décision, intéressante par sa capacité à effectuer rapidement des calculs et des recherches d’informations dans d’énormes bases de données. Ce n’est pas pour rien que les trois composants essentiels d’un système informatique sont le processeur, qui exécute les programmes ; la mémoire, qui est une première base de données ; et la connexion à internet, qui ouvre l’accès à de nombreuses autres sources d’information.
 
Intelligence artificielle et intelligence "tout court"
La capacité d’apprentissage des systèmes d’intelligence artificielle, dont on nous rebat aujourd’hui les oreilles, avait été parfaitement détectée par Herbert Simon, il y a déjà quatre décennies. En revanche, il était trop intelligent pour ne pas reconnaître en parallèle les rôles de l’intuition et de l’adaptation des préférences ou des objectifs.
Il avait fort bien vu que le problème numéro un, déjà à son époque, était l’extraordinaire abondance de l’information, l’incertitude et l’ambiguïté qui l’accompagnent souvent, et la difficulté inhérente au choix des informations pertinentes. Traiter beaucoup d’information peut être résolu par l’accroissement de la capacité de calcul des ordinateurs ; en revanche, il est très difficile de démêler dans le flot des informations celles qui sont à la fois fiables et pertinentes pour le problème que l’on veut résoudre. Il suffit de faire des recherches sur internet pour voir à quel point cela est vrai. Trouver les restaurants ouverts dans tel quartier n’est pas un problème ; en revanche, si vous vous intéressez aux comptes de l’Etat ou des organismes de sécurité sociale, l’avalanche de chiffres sous laquelle vous êtes immédiatement enseveli n’a d’égal que le manque de pertinence des données disponibles, souvent récoltées en utilisant des concepts inappropriés.
 
Une interview d’Herbert Simon par Alain Vernay publié dans Le Figaro du 21 mars 1981 (donc il y a 38 ans jour pour jour) témoigne cependant de l’enthousiasme naïf qui habitait ce grand économiste à propos de l’intelligence artificielle, comme elle habite aujourd’hui tant de nos contemporains. Le journaliste lui avait raconté l’histoire d’habitants de la Nouvelle-Guinée qui, durant la seconde guerre mondiale, voyant atterrir chez eux d’énormes avions ravitailleurs de l’armée américaine, s’étaient mis à rendre un culte à ces êtres fantastiques ; dans la foulée, il lui avait demandé "si la programmation des ordinateurs dans le but de leur faire faire des activités humaines à leur façon" n’allait pas produire des effets du même genre. La réponse de Simon avait été, selon Vernay : "L’homme s’est habitué à Copernic. Il s’est habitué à Darwin. Il lui faudra bien s’habituer à ce que l’ordinateur comprenne sa pensée et raisonne en termes de fins et de moyens à propos de n’importe quel problème exposé sous forme générale."
 
Ne soyons pas adorateurs d’un veau d’or !
J’ai un immense respect pour Simon, et je pense qu’il avait entièrement raison de nous remettre les pieds sur terre en nous rappelant que "l’homme réel se borne à chercher des solutions satisfaisantes". Mais je crois comme Alain Vernay que sa foi en l’intelligence artificielle est semblable à celle des Papous rendant un culte aux gros porteurs de l’US Army. Le fait que nombreux sont nos contemporains à partager cette adoration me parait regrettable, et même inquiétant. Le succès des ouvrages d’Hariri, Sapiens puis Homo Deus, est doublement instructif : primo, il montre que la conception de l’homme comme système de gestion de l’information capable d’évoluer et de se perfectionner en utilisant toutes sortes d’outils et de prothèses rencontre une large audience ; secundo, il nous montre combien nous sommes disposés à accepter cette conception dès lors que l’on nous fait miroiter la perspective d’un "homme augmenté".
 
Nous devons nous servir des instruments numériques les plus sophistiqués, mais pas les adorer. Ce ne sont que des créatures. L’intelligence humaine, elle, est créatrice. S’agissant du jeu d’échec, la puissance de calcul des ordinateurs a pu les faire gagner face à l’intelligence des champions, mais cela prouve seulement ce que l’on peut apprendre de n’importe quel silex taillé par nos lointains ancêtres : l’homme est capable de renforcer ses capacités en créant des outils. L’homme augmenté existe depuis des millénaires. Et il est tenté d’adorer ce qui l’augmente. C’est une erreur. L’intelligence artificielle est notre créature, elle ne doit pas devenir notre veau d’or.

Envoyé par l'auteur, 24 mars 2019

Un scandale comptable

Publié dans En France
La retraite des fonctionnaires "actifs", un scandale comptable
 
Le haut-commissariat à la réforme des retraites vient d’examiner les conditions de départ anticipé accordées aux fonctionnaires dits "actifs". Ne nous appesantissons pas sur l’adjectif "actif" utilisé pour désigner des emplois physiquement ou psychologiquement pénibles, comme celui des CRS chargés de canaliser des manifestants excités ou celui des infirmières amenées à soulever et réconforter des malades grabataires : dans le jargon administratif, il désigne des fonctions caractérisées par ce que, dans le privé, on nomme "pénibilité". Le problème à étudier est celui du droit au départ anticipé accordé à ces fonctionnaires classés "actifs".
 
Le compte professionnel de prévention
Pour les salariés du secteur privé, la pénibilité du travail donne lieu à une compensation mesurée par des "points" inscrits sur un "compte professionnel de prévention" (C2P pour les intimes). Ce C2P est le résultat de la transformation de ce qui s’appelait jusqu’à l’automne 2017 "compte de pénibilité", transformation réalisée par ordonnance du 22 septembre 2017 signée Emmanuel Macron. Les périodes d’exposition à des conditions de travail pénibles donnent droit à l’attribution de points, dûment inscrits sur ce compte. Lesdits points peuvent servir, soit à bénéficier d’une formation, soit à être exonéré de décote lors d’un départ à la retraite anticipé.
Curieusement, cette formule n’a pas été appliquée aux fonctionnaires : il ne semble pas qu’ils aient droit à la "prévention", mot flatteur mais pas tout-à-fait exact pour désigner une formation rendant possible un changement d’activité professionnelle (1). Les 765 000 fonctionnaires "actifs" relèvent pour 59 % d’entre eux de la fonction publique hospitalière, 23 % servent l’Etat, et 18 % les collectivités territoriales ; beaucoup seraient probablement intéressés par des formations leur permettant une évolution vers des emplois moins pénibles, pourquoi ne leur donner comme compensation que le droit à une retraite anticipée ?
 
La dissimulation du coût de la pénibilité dans la fonction publique
Percevoir une pension nettement avant 62 ans, cela est un avantage pour le fonctionnaire concerné, mais c’est un coût pour les finances publiques. Toutefois, ce coût est différé : le travail pénible effectué à 30 ans est rémunéré pour une partie notable sous forme d’une promesse de quelques années de pension supplémentaires, prestations qui ne seront versées que nettement plus tard, par exemple un quart de siècle. Autrement dit, ce sont les ministres du budget ou des finances des années 2030 à 2050 qui auront à trouver les recettes nécessaires à la compensation de la pénibilité d’un travail effectué en 2019.
 
Une telle situation est très malsaine, et de plus elle constitue une entorse au principe posé par l’article 47-2 de la Constitution, qui dispose : "Les comptes des administrations publiques sont réguliers et sincères. Ils donnent une image fidèle du résultat de leur gestion, de leur patrimoine et de leur situation financière." La pension servie au cours des premières années de retraite, disons par exemple 2040 à 2044, lorsqu’elle constitue la contrepartie de la pénibilité du travail effectué dans les années 2010 à 2039, devrait clairement donner lieu à constitution de provisions durant toutes ces années.
Plus précisément, les administrations concernées devraient abonder une sorte de fonds de pension donnant aux fonctionnaires "actifs" la possibilité de percevoir une pension durant quelques années précédant l’âge "normal" de départ en retraite (l’âge dit "pivot", dans un régime moderne). Dès lors, les dépenses engagées en 2019 seraient dûment payées, sous forme de cotisations à un fonds de pension, sur les budgets 2019. Demander à nos enfants ou petit-enfants de payer à notre place, dans un certain nombre d’années, une partie du travail effectué aujourd’hui par les fonctionnaires "actifs", c’est anormal, et même inadmissible.
(1) Une véritable prévention consisterait à diminuer la pénibilité et la dangerosité des activités professionnelles dont il s’agit. Songeons à la silicose, qui a touché tant de mineurs : prévenir cette terrible maladie professionnelle, ç’aurait été mécaniser l’extraction de la houille. Donner à ces mineurs la possibilité de prendre leur retraite quand ils étaient encore assez jeunes, c’était de la compensation, pas de la prévention.

Envoyé par l'auteur, 16 mars 2019

Retraites : vivement ...

Publié dans En France
Retraites : vivement le régime unique !
 
Ça traîne ! ça lambine ! ça tergiverse ! La nomination du haut-commissaire à la réforme des retraites a été prise par décret en date du 11 septembre 2017. Emmanuel Macron ayant été élu le 7 mai, cela faisait déjà 4 mois pour décider qui conduirait la réforme la plus importante et la plus délicate du quinquennat, alors que 5 années constituent un délai très court pour réaliser une telle opération. Et depuis lors, tout avance à la vitesse de l’escargot.
A commencer par la prise de conscience des députés du parti présidentiel : leur tête de file n’a rien trouvé de mieux que demander, il y a quelques jours, une indexation des pensions modestes (et d’elles seules) sur l’indice des prix à la consommation, comme si une telle opération était facile à réaliser ! Dans un système à 40 régimes, où chaque retraité perçoit en moyenne près de 3 pensions, et où les décisions sont prises par de multiples instances, c’est un véritable casse-tête, comme l’ont expliqué Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, votre serviteur, et quelques autres économistes au courant du fonctionnement de notre système de retraites. Les parlementaires feraient mieux d’apprendre comment fonctionnent nos retraites, et ce qu’il faut faire pour passer au régime unique, que de lancer des idées irréalistes.
 
La réforme des régimes spéciaux
Or, précisément, arrive sur le tapis – tardivement, certes, mais mieux vaut maintenant que dans un an – la question des régimes spéciaux (fonctionnaires, SNCF, RATP et quelques mini-régimes), et celle des régimes des professions libérales. Et le Haut-commissaire, enclin à ménager la chèvre et le chou, dit à la fois qu’il faut un système universel, mais pas un régime unique, certains régimes pouvant selon lui, faire l’objet de dérogations. Les Chrétiens ont un seul Dieu en trois personnes ; le Haut-commissariat a semble-t-il en tête un seul système en N régimes – le nombre N restant à préciser. Le temps et le nombre de conciles qui ont été nécessaires pour arriver au dogme trinitaire (5 conciles, depuis le premier concile de Nicée en 325, jusqu’au second concile de Constantinople, en 553) augurent mal de celui qu’il faudra à notre Pape des retraites et à ses successeurs pour déboucher sur un concept opérationnel acceptable par les remuants dignitaires que nos conciles républicains cherchent à mettre d’accord.
Mieux vaudrait adopter un style à la Maurice Clavel, qui titrait en 1977 : Dieu est Dieu, nom de Dieu ! Soyons réalistes : un régime unique est un régime unique, nom d’une pension ! Ce qu’il nous faut construire, ce n’est pas une nouvelle mosaïque de régimes à laquelle on aura donné le nom de système unique, mais vraiment un seul ensemble de règles applicables sans exception à tous les assurés sociaux.
Quid alors des spécificités professionnelles, de la dangerosité de certains métiers, de la fatigue particulière engendrée par certains autres ? Eh bien ! la solution est là, sous notre nez, elle nous crève les yeux : c’est la capitalisation ! La retraite par répartition est par nature une institution nationale faite pour attribuer à chaque assuré social des droits acquis selon des règles identiques. En revanche, la capitalisation permet de tenir compte de tous les cas particuliers, et notamment de la dangerosité et de la pénibilité du travail.
 
Les fonds de pension peuvent fournir des solutions sur mesure
Un militaire sert sur un théâtre d’opération ; il y risque sa vie : l’armée doit rémunérer ce "risque du métier", et il serait normal que sa rémunération comporte la prise en charge par le Trésor public de 3 formules complémentaires : une assurance-vie (pensons au conjoint survivant et aux enfants) ; un fond de pension (qui lui procurera une rémunération différée) ; et des primes (un supplément par rapport à la solde ordinaire).
Un ouvrier ou technicien travaille sur des chantiers où l’on ne s’arrête ni s’il pleut, ni s’il vente, si s’il fait une chaleur d’enfer : il a évidemment droit à recevoir davantage, à qualification égale, qu’un autre dont l’activité se déroule dans un cadre nettement plus cool. Il serait bon que le supplément de rémunération auquel il a droit prenne, pour une part importante, la forme d’un abondement à un fonds de pension assez souple pour, par exemple, lui rendre possible de prendre une retraite précoce en recevant pendant quelques années une rente qui lui permettra de bien vivre en attendant sa pension du régime unique par répartition.
 
De telles solutions ne sont pas seulement très adaptables aux cas particuliers, capables de fournir du "sur mesure" ; elles ont aussi le gros avantage de faire payer tout de suite l’employeur. Cela serait extrêmement sain pour nos finances publiques, qui fonctionnent pour une part notable en contradiction avec le principe constitutionnel plein de bon sens selon lequel toute dépense doit être inscrite au budget de l’année durant laquelle la dette correspondante prend naissance.
Pour le comprendre, reprenons le cas de notre militaire qui crapahute au Mali ou en Syrie. Lui donner chaque année deux annuités de retraite par répartition revient à différer jusqu’à son départ à la retraite le paiement par le Trésor d’une partie notable du coût de l’opération militaire. Le budget OPEX (opérations extérieures) sous-estime ainsi systématiquement le coût des dites opérations. C’est à la fois malsain et contraire à la Constitution. Si le Trésor cotisait à un fonds de pension, au lieu que soit attribuée une année d’ancienneté fictive pour le calcul de la pension, nous aurions enfin des comptes de l’Etat moins mensongers !
Pour les agents d’EDF ou de la SNCF soumis à des conditions de travail particulièrement difficiles, ce qui n’est pas le cas de tous, la capitalisation est capable de fournir des solutions sur mesures, comme pour les militaires dont nous venons de parler.
 
Seul un recours aux fonds de pension permettra de mener à bien rapidement l’unification des retraites par répartition
Si le Haut-commissariat se met à chercher comment adapter le "système unique" à plusieurs dizaines de régimes possédant chacun des spécificités, il nous fera évidemment, selon la formule consacrée, "du nouveau, mais du nouveau strictement semblable à l’ancien". Et ce sera un quinquennat perdu pour une réforme indispensable, une réforme capable d’apporter un avantage compétitif notable à l’entreprise France, et une amélioration importante au bien-être des Français. Il est donc vital de ne pas se laisser berner par la formule "système unique", destinée à faire passer une réformette sans grand intérêt, et de tenir fermement le cap du régime unique.
C’est vital, et, fort heureusement, c’est possible. Car la souplesse de la retraite par répartition peut être formidablement augmentée, surtout si Jean-Paul Delevoye a l’intelligence et le courage de tirer toutes les conséquences d’un constat qu’il a fait lors d’une de ses rencontres avec des assurés sociaux : à savoir que les cotisations, en répartition, ne préparent nullement les futures pensions, puisqu’elles sont immédiatement reversées aux retraités.
 
Dès lors que l’on comprend le fonctionnement économique de la répartition, par rapport auquel son fonctionnement juridique est en porte-à-faux, beaucoup de choses deviennent possibles. Pour être bref, disons que la répartition est une forme particulière de capitalisation, celle qui mise sur le capital humain – la capacité productive de la personne humaine. Je ne répéterai pas dans ce bref article ce que j’ai écrit dans beaucoup d’autres, et dans La retraite en Liberté (Le Cherche-midi, 2017) : disons seulement que l’investissement dans la jeunesse (et subsidiairement dans la formation continue) devrait être la source des droits à pension dans le régime unique. Dès lors, il serait possible d’autoriser chaque assuré social à contribuer, pour une part, volontairement, et donc de se préparer ainsi une meilleure retraite, ou un départ plus précoce. De même pourrait-on résoudre élégamment le délicat problème des pensions de réversion, en les remplaçant par des techniques de rentes sur deux ou plusieurs têtes, techniques bien connues des actuaires, et tout-à-fait au point.
 
Boileau écrivait : "ce qui l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dirent arrivent aisément". Si l’on conçoit bien le fonctionnement réel des retraites par répartition, l’énoncé des problèmes à résoudre pour construire un régime unique en fusionnant les quelque 40 régimes actuels est assez simple, et les principes à mettre en œuvre ne sont pas compliqués. Tout le problème est de raisonner juste, et il n’est hélas pas évident que ce soit le cas des acteurs qui sont partie prenante à cette réforme majeure.

Envoyé par l'auteur, 14 mars 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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