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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

Identité et différences

Publié dans A tout un chacun
Identité et différences : qu’en dit l’économiste ?
 
Les questions culturelles sont rarement abordées en s’appuyant sur l’analyse économique. Certes, il est fréquent de raisonner en termes de services culturels, un "business" parmi d’autres, en calculant par exemple la valeur ajoutée que crée la production picturale ou cinématographique. En revanche, s’il est question de "culture judéo-chrétienne" ou de conformisme "politiquement correct", la parole semble devoir être laissée aux sociologues et aux philosophes. L’intérêt de leurs approches est évident, mais il est regrettable que l’on néglige ce que l’analyse économique peut apporter à la réflexion sur ce sujet important.
 
L’identité, un concept ensembliste
Le substantif "identité" est moins restrictif que l’adjectif "identique". Ceux qui parlent d’identité française, non pas au sens administratif – la "pièce d’identité" – mais pour signifier qu’il existe une langue française, une littérature française, un art culinaire français, etc., estiment que les Français ont, pour la plupart d’entre eux, beaucoup de choses en commun, et qu’une partie importante de ce patrimoine culturel commun les différencie des Allemands, des Chinois, des Mexicains et des Nigérians. Cela ne signifie pas que les Français sont identiques les uns aux autres, mais qu’ils ont en commun des usages, des connaissances, des références, des qualités et des défauts, qui diffèrent nettement de ceux des autres peuples.
Autrement dit, l’identité correspond à l’existence de caractéristiques communes, qui n’excluent pas la diversité, mais qui suffisent pour définir un ensemble. Rappelons que la théorie des ensembles n’est pas seulement le fondement des mathématiques, mais de toute réflexion logique. Et bien sûr, quand il y a des ensembles il y a des parties, des "sous-ensembles" ; il existe ainsi différents niveaux d’identité, qui s’emboîtent les uns dans les autres comme des poupées russes : humaine, occidentale, française, auvergnate ; ou encore humaine, judéo-chrétienne, catholique, chaldéenne catholique. Quel rôle économique jouent ces identités ?
 
L’identité au service de la coopération
Les économistes – du moins ceux qui ne sont pas des ultra-libéraux bornés – savent que le marché n’est pas le seul organisateur de la coopération entre les hommes. Pour coopérer, il faut se comprendre, respecter des règles communes, et aller si possible jusqu’à une certaine empathie. Au sein d’une entreprise, d’une administration, d’une association, les êtres humains collaborent entre eux, ce que rappelait le mot "collaborateur" par lequel on désignait jadis – avant le drame de l’Occupation – bon nombre de salariés.
Adam Smith, dans sa Théorie des sentiments moraux, a bien montré l’importance de l’empathie entre des hommes qui se reconnaissent comme "semblables". La "main invisible" du marché n’est pas pour lui l’alpha et l’oméga, comme le savent ceux qui ne sont pas contentés de lire les passages les plus célèbres de La richesse des nations. Adam Smith voit dans la division du travail la cause la plus importante de la prospérité ;  cette division du travail est rendue possible par la spécialisation de personnes initialement très semblables les unes aux autres : ce qui différencie les travailleurs n’existe que grâce à la nature humaine qu’ils ont en commun. Il faut posséder le même soubassement, un ensemble conséquent de caractéristiques communes, un "tronc commun" comme on dit pour les programmes scolaires, pour travailler ensemble de façon efficace comme pour vivre ensemble de manière agréable.
 
L’économie des conventions
En remontant moins loin qu’Adam Smith, l’ouverture (dans la seconde moitié du XXe siècle) d’un domaine de recherches appelé "économie des conventions" témoigne du fait que les rapports marchands ne sont pas l’alpha et l’oméga du champ économique. Sans langage commun, au sens large du terme, incluant par exemple le langage mathématique, il n’y a pas de production possible utilisant la division du travail ; le récit mythique de la construction de la tour de Babel, interrompue par une soudaine incapacité des hommes à se comprendre les uns les autres, montre que nos lointains ancêtres l’avaient compris. Et bien d’autres conventions jouent un rôle essentiel pour la production et la consommation, qui reposent sur des échanges d’informations entre de nombreux agents – et donc sur la possibilité de se comprendre. Le langage du corps et de la tenue vestimentaire est, à cet égard, presqu’aussi important que celui des mots et des phrases.
Bon nombre d’accusations de discrimination viennent de l’ignorance de cette réalité, ou du refus de la prendre en compte. L’embauche d’un collaborateur suppose que l’on puisse communiquer avec lui de façon fiable, avec des risques réduits de quiproquos. Certes, un X peut communiquer convenablement avec des personnes qui ne sortent pas de Polytechnique, mais pas forcément, du moins dans un premier temps, avec un ingénieur venant d’un pays où la conception du travail, des rapports humains, etc., est très différente de la conception française. Tout simplement parce que les conventions, les référentiels intellectuels et moraux, sont trop dissemblables.
 
Le confort identitaire
De plus, vivre dans un environnement humain compréhensible et en quelque sorte familier est un des buts que poursuivent généralement les êtres humains. Camus, dans L’étranger, montre où peut mener le dédain des conventions, en prenant comme exemple un personnage qui ne manifeste pas de chagrin lors du décès de sa mère. Le romancier est révolté par cette pression sociale en laquelle il voit une sorte de camisole de force, mais il n’en est pas moins vrai que se comporter d’une manière qui heurte les us et coutumes de ceux avec lesquels on vit engendre de la gêne, voire même des sentiments violents dès lors qu’est transgressé un usage ayant une fonction sacrée (c’est-à-dire une utilité pour la cohésion sociale, selon l’analyse que fait Durkheim des phénomènes religieux).
Le comportement de Meursault (l’étranger de Camus) engendrait de l’inconfort pour ceux qui l’entouraient : au lieu de produire de l’utilité, il produisait de la désutilité, dirait-on dans le langage de cuistre qui est souvent celui des économistes. Il en va de même pour l’arrivée sur une plage d’une cohorte de femmes en burkini, vécue comme une agression par des vacanciers autochtones qui, soit manquent de largeur d’esprit, soit détectent une volonté effective d’imposer une conception des rapports homme-femme très différente de celle qui est actuellement présente dans l’identité française.
 
Les différences, entre valeur ajoutée et nuisance
Les différences identitaires sont comme certaines substances médicinales, bénéfiques à dose homéopathique ou modérée, et nocives à forte dose. Les Français, pour la plupart, sont heureux de voir des personnes qui vivent et pensent autrement qu’eux, et d’entrer en contact avec elles – mais pas à jet continu. Le tourisme reflète l’attrait de la différence culturelle, mais il doit une grande partie de son succès au fait que les principes actifs de la différence, comme les virus dans un vaccin, ont été fortement amoindris.
Il faut compter de plus avec le phénomène suavi mare magno : Lucrèce a très joliment exprimé le contentement de celui qui, dans le confort de son intérieur douillet, entend mugir le vent et déferler la mer déchaînée. Après quelques péripéties, le touriste retrouve la sécurité de son chez-soi avec un plaisir décuplé. Les manières de faire différentes des nôtres nous intéressent et nous divertissent quand nous les observons de façon épisodique, que ce soit dans notre pays ou à l’étranger ; omniprésentes au quotidien, elles perdent de leur attrait, et deviennent même souvent désagréables.
Sur le territoire national, la présence d’étrangers en petite proportion est agréable (elle "crée de la valeur"), mais une présence massive brouille les communications, rend incertains les codes et les conventions, crée un climat de confusion culturelle. Les différences sont enrichissantes tant qu’elles ne dépassent pas certaines limites ; pour constituer une valeur ajoutée plutôt qu’une nuisance, elles doivent ne pas détériorer l’édifice relativement fragile des us et coutumes qui ont puissamment contribué à forger notre identité.

Retraites : un programme ?

Publié dans Du côté des élites
Retraites : qu’attendent Fillon et Les Républicains pour se doter d’un programme digne de ce nom ?
 
François Fillon a joué un rôle clé dans deux réformes des retraites : celle de 2003, en tant que ministre des Affaires sociales, du travail et de la solidarité, et celle de 2010, en tant que Premier ministre. L’importance de ce sujet pour les finances publiques est considérable : 14 % du PIB, plus du quart du total des dépenses de notre système social, de l’État et des collectivités territoriales réunies. On pourrait donc s’attendre à ce que son programme présidentiel soit, sur ce point, à la hauteur des enjeux. On pourrait attendre la même chose du programme du parti Les Républicains, qui fournira, si le succès est au rendez-vous, le gros de sa majorité parlementaire. En tant que spécialiste des retraites, j’ai le triste devoir de dire que c’est loin d’être le cas, et qu’il serait grand temps de corriger le tir.
 
Le site officiel du candidat Fillon est particulièrement peu disert en matière de retraites : la 15ème "mesure phare" indique simplement "recul de l’âge de la retraite à 65 ans et unifier tous les régimes pour maintenir le pouvoir d’achat des salariés". Le passage à un régime universel est une réforme structurelle en faveur de laquelle je plaide depuis plus de 20 ans (Quelles retraites en l’an 2000 ? Armand Colin, 1993) (1) : je ne vais donc pas faire la fine bouche ! Mais s’agissant d’une opération de grande ampleur, il ne suffit pas de l’annoncer dans une petite phrase qui commence par une mesure paramétrique portant sur une variable de commande qui aurait toute chance de disparaître dans un régime rénové où la liberté rendue possible par l’adoption de la neutralité actuarielle remplacerait enfin les carcans bureaucratiques actuels. François Fillon semble avoir fait allusion oralement à l’adoption d’un système pas points : c’est cela, et d’autres dispositions constitutives d’un régime efficace et juste, qu’il faudrait porter à la connaissance du corps électoral.
 
Le site du parti Les Républicains entre davantage dans les détails. On y lit d’emblée : "Nous assurerons l’égalité stricte entre le public et le privé sur le calcul des pensions de retraite et demandons un âge identique de départ à la retraite pour tous les salariés. Nous voulons la suppression des régimes spéciaux de retraite." Mais veut-on emmener les Français, épris de liberté, en rang par deux, vers un âge de "départ" obligatoire ? Alors que chacun aspire à organiser sa vie comme il l’entend, le premier préférant le loisir à l’argent, le second désirant travailler plus longtemps pour pouvoir dépenser davantage, et le troisième souhaitant une période de transition comportant une activité professionnelle réduite et la perception d’une fraction de sa pension ! Cette liberté, rendue compatible avec l’égalité et l’efficacité par l’adoption d’un régime universel en points appliquant un principe de neutralité actuarielle, serait-elle en dehors des limites de l’épure LR ?

Plus loin – page 290 et suivantes du programme – sous un chapeau "garantir une fois pour toutes le financement des retraites", arrivent les dispositions concrètes, dont les quatre principales méritent d’être connues et commentées.
- "Porter à 63 ans en 2020 l’âge légal de départ à la retraite, puis à 64 ans en 2025." Cette phrase qui nous promet la répétition des réformes paramétriques précédemment réalisées, est terrifiante, car elle montre à quel point les auteurs du programme ignorent la nécessité de dépolitiser la gestion de notre système de retraites. La loi doit fixer la structure du système, y compris la nature des leviers de commande, mais manœuvrer ces leviers pour atteindre, notamment, l’équilibre budgétaire, est de la responsabilité des gestionnaires. Ni le Parlement, ni même le Gouvernement, n’ont intérêt à se mêler de la gestion des retraites : une fois mis en place un bon système, avec des buts bien définis, il faut laisser son équipe de direction prendre ses responsabilités, quitte à la semoncer, voire à la renvoyer, si elle fait mal son travail.
- "Supprimer les régimes spéciaux tout en alignant le mode de calcul des pensions de retraite du public sur celui du privé (les 25 meilleures années, primes comprises)". Voilà de bonnes intentions, mais de celles dont l’enfer est pavé. Car une telle mesure sera encore plus difficile à mettre en œuvre que le passage à un régime universel par points, du fait notamment que les régimes spéciaux ont pour équivalent non pas le régime général, mais l’ensemble formé par les 3 régimes des salariés du privé, assurance vieillesse du régime général, Arrco et Agirc. Se donner un mal fou, et déclencher des grèves paralysantes, pour se retrouver avec des régimes de fonctionnaires et de cheminots calqués sur le régime mal fichu qu’est celui des salariés du privé, quel gâchis en perspective !
- "Nous demanderons aux gestionnaires des régimes Arrco et Agirc de poursuivre leurs efforts d’économie et d’aligner leurs coûts de gestion sur ceux de la CNAV." Si le programme de LR avait été écrit ou relu par quelqu’un connaissant le sujet, il poserait de façon bien différente l’importante question du coût de gestion. Exprimé en pourcentage, le coût d’un régime complémentaire, distribuant des pensions plus modestes que le régime de base, paraît évidemment élevé, puisque gérer des droits requiert les mêmes opérations, et coûte donc autant d’euros, que la pension mensuelle obtenue au terme d’une carrière complète soit 300 €, 600 €, ou 1 200 €. Ce phénomène s’observe également en assurance maladie, où les complémentaires fonctionnent avec des frais de 10 % à 25 % des remboursements qu’elles effectuent, contre moins de 5 % pour la sécu. Ce qui réduirait fortement les frais de gestion des retraites, c’est l’instauration d’un régime universel !
Fillon et Les Républicains ont actuellement comme atout principal la nullité de leurs adversaires. On aimerait que, d’ici les élections, la raison de voter pour eux ne soit plus le choix du moindre mal, mais celui d’un candidat et d’un  mouvement politique ayant un bon projet.
 
(1) Le plaidoyer, et surtout le travail préparatoire à une réforme structurelle, s’est poursuivi notamment dans un livre avec Alain Madelin, Quand les autruches prendront leur retraite, Le Seuil, 2003, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, janvier 2017. Ce dernier ouvrage précise comment passer, en un quinquennat, de nos 36 régimes hétéroclites à un régime unique par points, clair et simple pour les assurés sociaux, et facile à piloter.

Les âges de la retraite

Publié dans En France
Relèvement des âges légaux de la retraite : les vraies questions
 
L’INSEE et la DREES viennent de publier chacun une étude relative aux effets de la loi retraites 2010, dite loi Woerth, portant plus précisément sur sa mesure phare, le relèvement progressif des deux âges de la retraite, de 60 à 62 ans et de 65 à 67 ans.
Comme on pouvait s’y attendre, l’INSEE annonce qu’il y a moins de personnes de 60 ans à la retraite, et davantage au travail ou au chômage. La DREES, quant à elle, fait dans la prospective sociale : les personnes nées en 1980 (qui auront 37 ans cette année) seront plus affectées par la mesure si elles sont en difficulté sur le marché du travail que si elles ont un emploi stable et sûr ; elles seront proportionnellement plus nombreuses à devoir attendre 67 ans pour liquider leur pension à taux plein.
Ces observations et prévisions montrent que les modifications inéluctables de notre système de retraites par répartition doivent être accompagnées par des dispositions propres à booster l’employabilité des seniors, à commencer par une amélioration de notre formation initiale et continue. La Suède, pays où la proportion des travailleurs de 70 ans est particulièrement élevée, dispose d’un système scolaire plus performant que notre Éducation nationale, et d’institutions permettant plus facilement d’acquérir de nouvelles qualifications quand les anciennes deviennent obsolètes.
Il serait donc très injuste d’incriminer les adaptations inéluctables de notre système de retraites : le problème tient beaucoup plus à l’inadaptation de la formation professionnelle, initiale et continue, à la mauvaise organisation de notre marché du travail, et au caractère brouillon de la politique économique française.

La croissance de la longévité et l’accélération du rythme des innovations techniques se combinent pour constituer un changement économique et social de très grande ampleur. Les enfants nés en 2017 auront probablement une cinquantaine d’années à passer au travail, et ce travail ne sera pas le même quand ils commenceront leur vie professionnelle, à 20 ans ou 25 ans, et quand ils aborderont sa dernière étape, celle qui s’étendra de 60 ans à 70 ou 75 ans.  C’est à cela qu’il faut nous préparer.
Nous ne le ferons pas tant qu’il faudra un ministre – et même 4 dans le cas de la loi Woerth, car 3 autres occupants éphémères de la rue de Grenelle (Xavier Bertrand, Brice Hortefeux et Xavier Darcos) ont travaillé à la préparation de cette loi – plus le Parlement, pour prendre une mesure de gestion courante en matière de retraites. En effet, le double âge légal de la retraite est un simple paramètre de commande, comme la durée d’assurance requise pour avoir droit au taux plein au premier âge légal : le maniement de ces curseurs devrait relever de la direction d’une agence chargée des retraites par répartition, disons France retraites, comme la modification de la valeur de service du point ou de son prix d’achat, dans des régimes tels que l’Arrco et l’Agirc, relève des partenaires sociaux, gestionnaires de ces retraites complémentaires, et non du Parlement.
La politisation de ces mesures de simple gestion est catastrophique. Elle corrobore l’idée fausse mais très répandue selon laquelle la sécurité sociale doit être gérée par l’État. Et surtout, elle distrait les hommes politiques de ce qui est leur rôle fondamental : mettre en place des institutions et en réformer certaines.
Mais, dira-t-on, le relèvement des âges de la retraite était pourtant bien une réforme ? Que nenni ! Ce fut un acte de gestion paramétrique, qui n’a en rien modifié la forme de notre système de retraites. Galvauder le mot "réforme" au lieu de l’employer dans son sens usuel, à savoir "changement dans la forme d’une institution", pour reprendre la définition qu’en donne le Robert, engendre la confusion dans les esprits et dans la répartition des rôles.

En matière de retraites par répartition, qu’est-ce qui constituerait une réforme relevant du législateur ? Le passage des annuités aux points serait une réforme du régime général, et du régime des fonctionnaires ; la fusion des trois douzaines de régimes différents, l’adoption d’un principe de neutralité actuarielle, l’attribution des droits à pension au prorata des investissements réalisés dans la jeunesse, seraient des réformes, dignes d’être votées par le Parlement. C’est pour de tels changements, de nature structurelle, que la loi est nécessaire. En revanche la manipulation des paramètres, pour s’adapter aux changements démographiques et économiques, est le rôle d’une équipe de direction conseillée par des actuaires.
Tant que les hommes politiques s’attacheront à des questions qui ne sont pas de leur ressort, ils négligeront ce qui est véritablement de leur responsabilité : agir sur les institutions, sur les structures. L’expression "réforme structurelle" comporte un pléonasme ; l’expression "réforme paramétrique" est contradictoire dans les termes.
La France végète parce que le législateur fait – mal – le travail qui devrait incomber à de simples gestionnaires, et délaisse la responsabilité qui est fondamentalement la sienne : doter la France d’institutions, et notamment d’un système de sécurité sociale, de bonne qualité.

Publié sur économie matin le 10 janvier 2017

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