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BROCHE Francois

BROCHE Francois

Né le 31 août 1939
 


Journaliste, historien
 

Conseiller de la rédaction de L’Ena Hors les murs
     revue de l’association des anciens élèves de l’Ena (depuis 1999)
Membre du conseil d’administration
     de la Fondation de la France Libre
     du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle
Ancien président du comité éditorial d’Espoir
     revue de la Fondation et de l’Institut Charles de Gaulle (2005-2010)
 
Ouvrages
Le Bataillon des Guitaristes, l'épopée inconnue des FFL de Tahiti à Bir Hakeim, Fayard, 1970
     préface du général Kœnig, couronné par l'Académie Française, Prix littéraire de la Résistance 1971 -
 
•: Lemaigre-Dubreuil, Dollfuss, Alexandre de Yougoslavie et Barthou, Heydrich, Jaurès, Collection « Les Grands crimes politiques » cinq volumes aux Editions André Balland, 1977-1978.
 
Les Bombardiers de la France Libre, Groupe Lorraine, Les Presses de la Cité, 1979 - Maurice Barrès, Jean-Claude Lattès, 1987, couronné par l'Académie Française - Anna de Noailles, Robert Laffont, 1989 - Léon Daudet (1992), Prix Paul-Léautaud 1992, Prix du Nouveau Cercle de l'Union 1992 - De Gaulle secret, (1993) - Au Bon chic humanitaire, Première Ligne, 1994 - L'Expédition de Tunisie 1881, Les Presses de la Cité, 1996 - L’Épopée de la France Libre, Pygmalion/Gérard Watelet, 2000 - De Thiers à Casimir Perier (1870-1895), Pygmalion/Gérard Watelet, 2000 - Le Comte de Paris, l’ultime prétendant, Perrin, 2001 - L’Armée française sous l’Occupation, tome 1 : La Dispersion, Presses de la Cité, 2002, Prix des Ecrivains Combattants 2002 - L’Armée française sous l’Occupation, tome 2 : La Métamorphose, Presses de la Cité, 2002, Prix Edmond-Fréville de l’Académie des Sciences morales et politiques - L’Armée française sous l’Occupation, tome 3 : Le Rassemblement, Presses de la Cité, 2003 - Bir Hakeim, album illustré, préface de Pierre Messmer, présentation du général Jean Simon, Éditions Italiques, 2003 - François Huet, chef militaire du Vercors, une vie au service de la France, Editions Italiques, préface d’Henri Amouroux, 2004 - Les Hommes de De Gaulle, leur place, leur rôle, Pygmalion, 2006 - La Franceau combat, de l’appel du 18 juin à la victoire (en collaboration avec Jean-François Muracciole), Perrin, 2007 - Une Histoire des antigaullismes, Bartillat, 2007 - Bir Hakeim, la bataille qui réveilla les Français, Perrin, 2008 - Le Dernier jour du général de Gaulle, L’Archipel, 2010 - Dictionnaire de la France Libre (en collaboration avec Jean-François Muracciole), collection "Bouquins" (2010) - A l'officier des îles (2014) - Dictionnaire de la Collaboration (2014) -
 
• Edition du Journal de ma vie extérieure de Maurice Barrès (en collaboration avec Eric Roussel), Julliard, 1994
• Édition intégrale des Cahiers inédits (1887-1936) d’Henri de Régnier, Pygmalion-Gérard Watelet, 2002
•  Préface et notes au Journal de Marie Lenéru, Bartillat, 2007
• Préface et notes au Livre de ma vie d’Anna de Noailles, Bartillat, 2008
• Préface aux Déracinés de Maurice Barrès, Bartillat, 2010
• Annotation de Mes Cahiers de Maurice Barrès, nouvelle édition en cours de publication aux Editions des Equateurs, 2010-2011, et préface du tome 2 (janvier 2011)

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Vel’d’hiv’ : où était...

Publié dans Devant l'histoire
Vel’d’hiv’ : où était la "vraie France" ?
 
Je ne suis pas un électeur de Marine Le Pen, tout juste un modeste historien de la France Libre, de l’armée française sous l’Occupation et, plus récemment, de la Collaboration (1) Cette qualité m’incite, d’une part, à juger que la question de la responsabilité de la France dans la grande rafle du Vél’d’Hiv’ n’a rien à faire dans l’actuelle campagne pour l’élection présidentielle, et que, d’autre part, puisqu’elle vient d’être l’objet d’une nouvelle instrumentalisation à des fins politiques, il n’est jamais trop tard pour rappeler aux acteurs et aux commentateurs de la vie politique quelques vérités élémentaires.
 
Je voudrais d’abord renvoyer les uns et les autres au texte de deux plaques mémorielles. La première a été apposée sur le mur du l’immeuble situé au n° 8 du boulevard de Grenelle, à l’angle de la rue Nélaton, à l’emplacement du Vél’d’Hiv’, détruit en 1959.
En voici le texte :
"Les 16 et 17 juillet 1942, 13152 Juifs furent arrêtés dans Paris et sa banlieue, déportés et assassinés à Auschwitz. Dans le Vélodrome d’hiver qui s’élevait ici, 4115 enfants, 2916 femmes, 1129 hommes furent p     arqués dans des conditions inhumaines par la police du gouvernement de Vichy sur ordre des occupants nazis. Que ceux qui ont tenté de leur venir en aide soient remerciés. Passant, souviens-toi !"
 
La seconde plaque a été apposée le 29 mars 2003 sur la façade de toutes les écoles de Paris. En voici le texte :
"A la mémoire des élèves de cette école, déportés de 1942 à 1944, parce qu’ils étaient nés juifs, victimes innocentes de la barbarie nazie, avec la complicité du gouvernement de Vichy. Ils furent exterminés dans les camps de la mort. Ne les oublions jamais."
 
Dans les deux cas, le seul "gouvernement de Vichy", et non "la France", est incriminé.
Et pourtant, dans le discours prononcé à l’emplacement de l’ancien Vél’d’Hiv’, Jacques Chirac, président de la République nouvellement élu – se démarquant du général de Gaulle mais aussi de François Mitterrand, qui, tous deux, estimaient que la seule France légitime était la France Libre – a affirmé la responsabilité de "la France", dans la rafle des Juifs (16 juillet 1995) : "La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux." Dans le même discours, Jacques Chirac reconnaît que "la France droite, généreuse, fidèle à ses traditions", n’était ni à Vichy ni à Paris, mais "dans les sables libyens et partout où se battent les Français libres […], à Londres, incarnée par le général de Gaulle […] présente, une et indivisible, dans le cœur de ces Français, ces ‘’Justes parmi les nations’’ qui […] ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur."
Ces propos recélaient une incontestable contradiction : si la vraie France n’était ni à Vichy ni à Paris, comment lui imputer un crime décidé à Vichy et commis à Paris ? Sur le moment, seule la phrase sur "l’irréparable" est retenue, suscitant de violentes réactions de personnalités gaullistes (Pierre Messmer, Philippe Séguin).
 
Dix-sept ans plus tard, dans la lignée de Jacques Chirac, François Hollande, lui aussi nouvellement élu, est revenu sur ce "crime commis en France par la France", tout en précisant : "La vérité, c’est que la police française, sur la base des listes qu’elle avait elle-même établies, s’est chargée d’arrêter les milliers d’innocents pris au piège le 16 juillet 1942. C’est que la gendarmerie française les a escortées jusqu’aux camps d’internement.  […] La vérité, c’est aussi que le crime du Vél’d’Hiv’ fut commis contre la France, ses valeurs, ses principes." (22 juillet 2012)
Cette dernière phrase suggère que, s’il a été commis contre la France, le crime ne peut, dans le même temps, avoir été commis par la France. La contradiction est d’autant plus patente que, dans le même discours, François Hollande, lui aussi, rend hommage aux "Justes", qui ont permis aux trois quarts des Juifs de France d’échapper à la déportation ; au général de Gaulle ; à la Résistance ; aux soldats de la France Libre – sans rappeler toutefois, comme le lui a reproché Jean-Pierre Chevènement, que le crime du Vél’d’Hiv’ a été commis "sur l'ordre de l'Etat français de Vichy collaborant avec l'Allemagne nazie".
 
On ne peut prêter ni à Jacques Chirac, ni à François Hollande, l’intention de participer à la réhabilitation de Vichy. Toutefois, leurs déclarations concomitantes entretiennent un certain flou historique, en permettant d’identifier "l’Etat français" et "la France" : "Quand il parle de la responsabilité de l’Etat français, explique Henry Rousso à propos de Jacques Chirac, il évoque l’Etat dans sa continuité, et non pas seulement Vichy. C’est reconnaître que ce régime avait une forme de légalité, voire de légitimité. Et donc que ses crimes doivent être assumés par ses successeurs." En outre, Chirac parlait d’une "faute collective" à propos de la rafle du Vél’d’Hiv’ : "Notion moralement et juridiquement très discutable, que le droit international n’a pas reconnue, rappelle Henry Rousso, pas même en ce qui concerne l’Allemagne de l’après-guerre.. " (Libération, 17 juillet 1995)
 
Cela dit, il est normal que les torts causés par l’Etat français aux Juifs soient réparés par la République française. Ils ont commencé à l’être, dès la Libération, avec la restitution à leurs propriétaires des biens mis sous séquestre pendant l’Occupation. Et ils n’ont, fort heureusement, jamais cessé de l’être. Il s’agit là d’un devoir de justice élémentaire, mais qui ne peut pas interférer avec le débat historique de fond. Affirmer la responsabilité de "la France" dans la persécution des Juifs, c’est affirmer celle de tous les Français, c’est, implicitement, réintégrer Vichy dans la continuité de l’histoire de France. C’est, à terme, prendre le risque d’encourager la réhabilitation d’un régime condamné par la Justice et par l’Histoire.
Ce risque, Serge et Arno Klarsfeld n’ont, semble-t-il, pas hésité à la prendre quand, à propos du discours de Jacques Chirac – qui, rappellent-ils, «"proclame que la culpabilité de Vichy entraîne celle de la France" - ils expliquent qu’ "il y avait d’autres France [que celle de Vichy], celles des résistances intérieure et extérieure, et surtout celle des Justes français" (Le Monde, 24 octobre 2012). Quarante ans auparavant, Robert O. Paxton avait, il est vrai, employé l’expression "la France de Vichy", mais dans une acception tout à fait différente : Paxton étudiait le régime de Vichy dans sa spécificité, sans prétendre démontrer que Vichy avait été "la France". Ecrire qu’il a existé une "France de Vichy" à côté d’autres France, c’est aller contre le principe de la "République une et indivisible", c’est en quelque sorte reconnaître que le régime de Vichy avait une certaine légitimité, ce qui revient – implicitement - à le réhabiliter.

 
(1)  François Broche est l’auteur d’un Dictionnaire de la Collaboration (Belin, 2014), et, en collaboration avec Jean-François Muracciole, d’une Histoire de la Collaboration, 1940-1945 (Tallandier, 2017)

Debray l'idolâtre (F. Castro)

Publié dans Du côté des élites
Debray l'idolâtre (Castro)

Le Monde du 4-5 décembre publie un article insensé de Régis Debray à la gloire de Fidel Castro : "Il a, dans nos années 1960, arraché plus d’un enfant du siècle à son confort, en l’élevant, parfois, au-dessus de lui-même. […] Je ne reconnais pas la personne qui m’a permis de vivre des moments de grande intensité dans le personnage caricaturé ça et là." Passée sous silence, la tyrannie imposée par l’affreux bonhomme ! Oubliés les procès expéditifs et les exécutions sommaires ! Comptant pour rien les réquisitoires argumentés et jamais démentis : les Mémoires de prison, un témoignage hallucinant sur les prisons de Castro, d’Armando Valladares (Albin Michel, 1986), Et la nuit est tombée, de la révolution victorieuse aux prisons cubaines, d’Huber Matos (Les Belles Lettres, 2006), Cuba, l’aveuglement coupable, de Jacobo Machover (Armand Colin, 2010) ! Tous les trois – et bien d’autres encore – savaient de qui et de quoi ils parlaient : ils avaient été les compagnons de Castro avant d’être précipités dans la géhenne du nouveau "goulag tropical". L’idolâtre Debray ne veut pas le savoir : il ne garde dans sa mémoire trouée que le souvenir d’un homme "ouvert et curieux de tout, étonnamment cultivé, sans grandiloquence, pas Lider Maximo pour un sou, affectueux et parfois enfantin". Hitler lui aussi - que Castro admirait, selon Matos – était, paraît-il, curieux, cultivé, très affectueux avec ses proches – pas Führer pour un mark !

Georges Marchais

Publié dans Devant l'histoire
De qui Georges Marchais est-il le nom ?
 
Dans la récente douche froide qu’il a administrée à la Curie romaine, le pape François a énuméré les quinze maladies dont souffrent ses plus proches collaborateurs. La sixième n’est pas la moindre : il s’agit d’une "maladie d’Alzheimer spirituelle", qui entraîne, chez ceux qui en sont atteints, une perte de la mémoire de leur rencontre avec le Seigneur.
On est tenté de reprendre cette judicieuse métaphore à l’intention de nos contemporains affligés d’une inquiétante "maladie d’Alzheimer historique", dont le symptôme le plus évident est une perte de la mémoire de faits pourtant établis depuis belle lurette.
Voyez ainsi ce qui s’est passé à Villejuif. Parce que la nouvelle municipalité a décidé de donner au "parvis Georges Marchais" le nom d’un grand savant - le professeur Georges Mathé, précurseur de la cancérologie moderne, pionnier de la greffe de moelle, de l’immunothérapie et de la chimiothérapie -,les communistes du coin, emmenés par la veuve de l’ancien secrétaire général du PCF et par son fils, suivis par une poignée de militants en colère, ont vigoureusement protesté : boîtages de tracts, textos, réseaux sociaux, rassemblements, communiqués de presse – toutes les armes de l’agitation médiatique ont été utilisées.
 
"L’histoire retiendra le nom de Georges Marchais", a décrété, indigné, l’historien du communisme Roger Martelli, ancien membre du comité central de Parti. Sans doute, mais sûrement pas pour les raisons sur lesquelles, au demeurant, il ne s’est guère étendu. Si l’histoire a retenu le nom de Georges Marchais, c’est d’abord parce qu’il estimait que le bilan de l’URSS était "globalement positif", parce qu’il s’est abstenu de protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Armée rouge, parce qu’il a approuvé l’intervention soviétique en Afghanistan, parce que, durant des années, il a fait les beaux jours de l’audimat par ses saillies, ses injures, ses bourdes, ses mensonges, son phénoménal culot qui tétanisait ses interlocuteurs et rabaissait le débat politique à un niveau sans pareil de cynisme et de vulgarité.
 
Mais c’est également parce qu’il a travaillé volontairement, de 1940 à 1942, pour l’industrie aéronautique nazie, d’abord à l’Aktien Gesellschaft Otto (en abrégé : AGO), installée à Bièvres – où il réparait les chasseurs allemands endommagés pendant la bataille d’Angleterre – puis, à partir de 1943, aux usines Messerschmitt d’Augsbourg, en Bavière : "Comme un certain nombre de ses camarades, écrit l’historien du PCF Philippe Robrieux, Georges Marchais a été attiré là pour travailler sur le Messerchmitt BF 109, dit Gustav, qui […] va s’avérer l’un des avions de combat les plus redoutables de l’aviation de Hitler. Employé à la mise au point et à la fabrication de ce modèle de pointe, faisant partie d’un personnel trop précieux pour ne pas avoir été trié sur le volet, […] il n’a été sélectionné que parce qu’il offrait toutes les garanties." Ce qui permettra à l’as des Forces aériennes françaises libres Pierre Clostermann, candidat aux législatives contre lui en 1973, de lui lancer : "Pendant la guerre, je descendais les Messerschmitt que vous construisiez !"
 
Contrairement à ce qu’il a prétendu par la suite, Marchais n’a jamais été un "déporté du travail", mais bien un travailleur volontaire au service de l’effort de guerre allemand. Autrement dit : un complice direct et conscient de l’entreprise nazie. Ce cursus pour le moins discutable ne l’a pas empêché de devenir secrétaire du syndicat des métaux d’Issy-les-Moulineaux en 1946 et d’adhérer au Parti l’année suivante. On connaît la suite. Fort heureusement, des "calomniateurs" bien informés (Charles Tillon, Auguste Lecoeur, Philippe Robrieux, Jean-François Revel, Nicolas Tandler…) ont levé le voile sur le passé trouble de celui que son dernier biographe, Thomas Hofnung, appelle "l’inconnu du Parti communiste français".
Il était grand temps, on le voit, de débaptiser le "parvis Georges Marchais" de Villejuif… Et, dans la foulée, les édiles villejuifois ne pourraient-ils songer à trouver de nouveaux noms pour la rue François Billoux (qui écrivit au maréchal Pétain pour lui proposer de témoigner à charge au procès de Riom), le passage Lénine, le stade Karl Marx et la place Maurice Thorez ?

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