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COLLIGNON Pierre

COLLIGNON Pierre

Né le 7 avril 1961
Marié – 6 enfants
 


Directeur général de l’Ircom

Licence de Droit
Institut d’études politiques Paris (AP)
ICG
 
Expériences
Journaliste pigiste
Responsable de la communication de la Ville de Saumur
Rédacteur en chef du Magazine « Vivre à Nantes »
Directeur des études de l’Ircom
 
Secrétaire général de l’Association internationale pour l’enseignement social chrétien (AIESC)

URL du site internet:

Attachés aux humanités,

Publié dans En France
En restant attachés aux humanités, les Français expriment leur besoin d’enracinement
 
FIGAROVOX/TRIBUNE - Le directeur général de l’Ircom, Pierre Collignon, souligne l’importance fondamentale de l’enseignement des humanités, y compris à l’heure du numérique.
 
"J’insiste sur l’importance des humanités, qui, seules, pourront fournir du sens à la jeunesse qui en réclame". Ces mots éloquents de l’immortel Marc Fumaroli résonnent particulièrement à nos oreilles. À l’heure de l’explosion des réseaux sociaux, des notifications et de la multiplication des cours de codage, plébisciter l’enseignement des humanités devant la connaissance du numérique ou des sciences semble particulièrement surprenant. Les Français sont pourtant une écrasante majorité à formuler cette aspiration, selon un récent sondage réalisé par l’IFOP.
Le système scolaire actuel ne répond donc pas complètement aux besoins ni aux souhaits des Français et de nos jeunes. Inciter un élève à ne s’exprimer qu’à travers son socle de savoirs sans lui enseigner l’exigence de notre langue et la richesse de son vocabulaire, c’est le pousser à ne voir le monde qu’à travers le petit bout de sa lorgnette. Refuser l’enseignement d’une culture générale solide, c’est priver les milieux les moins favorisés de prendre part à un système qui ne fait que reproduire les inégalités. Et priver quelqu’un de la connaissance de ses racines, c’est précisément lui ôter la possibilité d’appréhender le réel, sa richesse et ses infinies nuances.
Pourtant plus des trois quarts des Français souhaitent renforcer la transmission du latin, des lettres classiques, de l’histoire, de la philosophie et des langues étrangères dans l’enseignement supérieur ! Ces chiffres sont particulièrement éloquents et reflètent une vraie aspiration des Français et des jeunes à retrouver leurs racines.
Le savoir et l’exigence seuls permettent de rattraper les inégalités sociales. Inciter à l’excellence, c’est pousser chacun à donner le meilleur de soi-même : formidable horizon pour un jeune d’où qu’il vienne et où qu’il aille. Les jeunes Français expriment avec force l’importance d’acquérir une culture générale qui élargit leur regard sur le monde qui les entoure pour mieux trouver leur place. Une large majorité estime ainsi qu’un bagage en humanités est un avantage dans la vie personnelle (80 %) et dans la vie professionnelle (75 %).
 
Élargir le regard qu’un étudiant porte sur le monde et lui permettre de connaître ce qui l’a précédé c’est lui offrir la plus grande des libertés qui soit : celle d’exprimer sa singularité en confrontant son "moi" à celui du monde qui l’entoure.
Comment ne pas s’offusquer de la nécessité pour des établissements supérieurs et des entreprises de donner des cours d’orthographes à leurs étudiants ou salariés ? Celle dont Odette et Édouard Bled disaient qu’elle était une "préparation à bien penser" a vu la qualité de son enseignement réduite à peau de chagrin. Diminuer le nombre d’heures de cours et refuser le par cœur n’est pas la bonne réponse à la crise traversée par l’univers scolaire depuis plusieurs décennies ! Placé au 26e rang mondial et régressant chaque année, notre système semble incapable de relever le défi de la baisse de résultats de nos enfants. Le constat est alarmant mais pas désespéré !
Frein pour la recherche d’emploi, la maîtrise de la langue française est un véritable obstacle pour qui souhaite s’insérer dans le marché du travail. Ils sont devenus rarissimes les messages électroniques ne comportant pas de fautes de syntaxes ! Pourtant, 83 % des chefs d’entreprise sont favorables au renforcement de l’apprentissage des humanités dans l’enseignement supérieur, ce qui révèle une vraie aspiration des employeurs à recruter des candidats dotés d’une solide culture générale, quel que soit leur secteur de prédilection. Loin de l’opinion partagée selon laquelle les humanités seraient "non professionnalisantes" ; ces matières donnent au contraire à ceux qui les étudient des qualités essentielles pour un recruteur: créativité, maîtrise de la langue, sens de la synthèse, finesse et justesse dans le discours, hauteur de vue, esprit critique. N’oublions pas que nos étudiants seront les chefs d’entreprise, employeurs, cadres, salariés de demain et qu’une tête bien faite vaut mieux que 1000 diplômes. Se savoir héritier contribue à trouver sa juste place dans la société.
Une difficulté demeure en France : le culte du diplôme qui complexifie encore trop souvent les réorientations. Pourtant une majorité écrasante et homogène des Français (90 %) estime nécessaire de multiplier les passerelles pour les étudiants en humanités vers des formations plus orientées entreprenariat et "business": écoles de commerce, écoles d’ingénieur, formations managériales, troisième cycle universitaire, etc.
 
Les jeunes Français ont soif de trouver la boussole qui donnera du sens à leur vie personnelle et professionnelle. C’est pourquoi il est un devoir de leur transmettre une solide formation intellectuelle et humaine leur permettant de s’amarrer à la culture classique, sans pour autant les enfermer dans un passéisme hors-sol. Il faut tout simplement leur permettre de savoir d’où ils viennent pour savoir où aller.

Envoyé par l'auteur, 1er juillet 2019 - paru sur Figarovox, 14 juin 2019

Com versus communication…

Publié dans A tout un chacun
Com versus communication…
 
Dans ces temps difficiles où les médias font ou défont la société politique, il est difficile de définir ce qu’est la communication. La tâche est ardue et ancienne. Depuis la fin de la 2e guerre mondiale, de nombreux chercheurs se sont penchés sur ce sujet : Shannon et Weaver avec leur modèle linéaire de transmission du message ; Lasswell avec son modèle de communication de masse ; Jakobson et ses recherches axées sur la linguistique ; Mac Luhan, Gerbner, Riley, le philosophe Habermas, etc.
 
A partir des années 70, le mot communication renvoie à plusieurs problématiques plus ou moins enchevêtrées : les médias de masse (presse, radio, TV), le développement parallèle de la communication publicitaire, du marketing politique et de la communication d’entreprise, les transformations de la communication interpersonnelle puis le début de ce qu’on appelle alors les Nouvelle technologies de l’information et de la communication (NTIC) et l’arrivée d’internet ont considérablement brouillé la signification et la compréhension du mot.
C’est la raison pour laquelle "les sciences de la communication, pluridisciplinaires par nature ne possèdent ni modèle ni champs de recherche unifié" (1). D’où la difficulté d’en cerner les contours et de leur trouver une identité propre.
 
C’est ainsi que l’on peut se demander ce que devraient apprendre les futurs professionnels de communication ?
De fait, pour une école qui a l’ambition de préparer des futurs professionnels la seule réalité qui compte est celle du marché. Il s’agit de préparer des collaborateurs fiables qui maitrisent à la fois les enjeux et les techniques de communication utilisées aujourd’hui dans les entreprises.
Ces enjeux et ces techniques peuvent se résumer en deux points : d’abord, il s’agit d’aider l’entreprise dans ses relations avec l’ensemble de ses publics externes. Cette communication vise principalement à informer, expliquer, faire comprendre, convaincre, vendre. On parle de communication commerciale, de communication  corporate ou institutionnelle. Ensuite, il faut aider l’entreprise à créer un climat social où chacun pourra trouver sa place, comprendre les enjeux, mesurer sa propre contribution à l’ensemble et s’épanouir ; cette communication vise là encore à informer, faire comprendre, faire adhérer à un projet, créer un sentiment d’appartenance et responsabiliser. C’est le champ de la communication interne.
Mais peut-on en rester là ?
 
Comme peut le laisser imaginer le simple énoncé de ces objectifs, la mise en œuvre d’une politique de communication est difficile et il existe de nombreux pièges auxquels les professionnels de communication se trouvent confrontés.
Par nature en effet, toute entreprise vise la performance économique. Cet objectif naturel peut souvent créer des tensions et place les décideurs dans des situations où les tentations sont nombreuses.
Dans toutes ces situations, la communication joue un rôle majeur. C’est souvent elle qui va penser les messages, créer les supports, préparer les discours, mettre les moyens techniques de son "art" au service des dirigeants, etc. D’où la tentation de la "com" dont parle Jean-Marie Charpentier, Vice-président de l’Association Française de Communication interne (AFCI) dans son livre "Refonder la communication" (2).
C’est ainsi que des professionnels non avertis ou peu scrupuleux peuvent facilement devenir des instruments au service de la désinformation, du mensonge voire de la manipulation. La fin justifie les moyens et tant pis s’il faut tordre le coup à quelques vérités
C’est pourquoi, les écoles qui souhaitent former des professionnels de la communication seraient bien avisées de revenir à quelques questions fondamentales. Rompus aux techniques de communication les étudiants qu’ils forment prennent-ils vraiment le temps de réfléchir à la finalité, aux méthodes et aux moyens de la communication.
Cette réflexion doit s’enraciner dans une double conviction :
 
La première est anthropologique.
Elle part du principe que pour s’épanouir et développer tous ses talents, toute personne humaine a besoin de communiquer. En communiquant, chaque homme marque progressivement son "territoire" personnel qui est à la fois emprunt aux autres et révélation de lui-même… ou plus encore, révélation de lui-même par l’échange et la confrontation avec les autres et avec le monde. De même, toute communication est médiatique au sens où elle nécessite l’utilisation d’un intermédiaire, d’un "média". Le corps, le langage et tous les outils de communication qui n’ont cessé de se développer ces dernières années sont autant de médias par lesquels nous pouvons créer cette communication. Ils sont indispensables comme des prothèses qui viennent palier nos infirmités mais ils ne sont pas la communication. La fascination qu’ils exercent aujourd’hui dans tous les domaines de notre vie ne doit jamais nous faire oublier que les moyens ne sont jamais une fin en soi et qu’on ne pourra jamais juger la qualité d’une communication aux moyens qui sont utilisés pour la mettre en œuvre.
 
La seconde est éthique.
Pour pouvoir servir la communauté la communication doit nécessairement se mettre au service du bien commun. Elle pose à chacun les questions du "bien agir", du "pour quoi agir ?", et de son rapport à la vérité : jusqu’où peut-on "enjoliver" les qualités d’un produit pour mieux le vendre ? Est-il légitime de dissimuler les faits lors d’une crise pour ne pas entamer le potentiel de l’entreprise ? Faut-il modifier la réalité pour se bâtir une image positive ? Peut-on instrumentaliser les personnes pour obtenir d’elles un meilleur un résultat ? Toutes ces questions doivent faire l’objet d’une réflexion approfondie qui s’enracine dans une conviction : c’est en s’approchant de la vérité qui permet aux personnes mais aussi aux communautés de mieux connaître leurs forces et leurs fragilités que chacun pourra faire usage de sa liberté pour se mettre librement  au service d’un bien commun.
 
C’est en approfondissant ces deux convictions que les écoles permettront aux étudiants de se préparer pleinement à leur futur métier, de posséder une boussole sûre lorsqu’ils devront eux-mêmes discerner au milieu des nombreux aléas et tentations de leur vie professionnelle. Cette réflexion deviendra une "marque de fabrique", un "savoir-faire différenciateur" qui ne pourra qu’être apprécié des employeurs qui cherchent de plus en plus des professionnels engagés, compétents et avisés. 

(1) B. Ollivier – "Les Sciences de la communication. Théories et acquis", Armand Colin - 2007
(2) JM. Chrapentier et V. Brulois– "Refonder la communication en entreprise", Fyp Editions - 2013

Education : 5 principes pour agir

Publié dans A tout un chacun
Education : 5 principes pour agir
 
Il est curieux de voir comme la question de l’éducation revient au premier plan depuis quelques temps. Livres sur les dégâts du pédagogisme, débats télévisés sur l’enseignement de l’histoire, dossiers spéciaux sur l’effondrement de notre système éducatif fleurissent comme marguerites au printemps.
Il y a là comme un réflexe de survie dont on a tout lieu de se réjouir.
Car au fond de quoi parle t-on ?
 
L’éducation est-elle cette "Science" dont l’emprunt à la psychologie, à la sociologie, à la biologie, à l’économie ou à la philosophie nous donne l’assurance toute mathématique de la formation d’une jeunesse parfaite ? Doit-elle forger des citoyens aux "valeurs républicaines" loin des inégalitaires déterminismes culturels ? Peut-elle s’affranchir de toute forme d’apprentissage en laissant aux seuls enfants la joie de découvrir par eux-mêmes un savoir trop souvent imposé à eux par leurs professeurs ?
Pour répondre à ces questions pourquoi ne pas revenir à quelques principes de bon sens ?
En voici 5 qui pour être simples n’en sont pas moins déterminants.
 
Le premier oblige à prendre en compte le sujet même de l’éducation qui est l’enfant ou le jeune adulte. Chacun le sait, l’éducation de masse ne peut pas fonctionner. L’égalité n’est pas éducative. Elle écrase tout au prétexte qu’il ne faut pas différencier. Or chacun d’entre nous est unique. Tous nous avons besoin de nous sentir connu, reconnu et aimé dans notre singularité. Et ça change tout ! Ce regard bienveillant qui souligne l’attention que l’on me porte, cette parole confiante qui m’encourage, cette attention qui me montre combien je compte pour mon "maître" sont autant de facteurs d’épanouissement et de progrès. Ils sont même la première clé éducative.
 
Cette singularité de la personne humaine nous conduit au deuxième principe : si chacun est unique, chacun a quelque chose d’unique à apporter à notre monde. C’est la force de la création qui fait de nous des créateurs. Regardez une chambre d’enfant : confiez-la tour à tour à l’un puis à l’autre et vous verrez la différence. De façon singulière, chacun va recréer l’atmosphère qui lui convient. Il faut encourager cette créativité qui est une puissance, un élan constitutif de notre personnalité. Chacun le sait, rien ne grandit davantage que la fierté de l’œuvre accomplie.
 
Le troisième principe est moins consensuel. Il nous amène sur le terrain de la responsabilité. Le sujet est glissant car il va franchement à contrecourant de nos sociétés post modernes où la responsabilité se dilue dans le collectif, qui lui-même s’abrite sous le parapluie du "principe de précaution". Pourtant, la responsabilité est au cœur de l’éducation. C’est elle qui va conduire l’enfant ou le jeune adulte à faire un choix libre. Libre mais responsable. Libre parce que responsable ! Et cet exercice de la liberté est essentiel. Comment imaginer préparer un jeune adulte à s’engager dans un métier sans l’avoir confronté à l’exercice de sa responsabilité ? C’est un long apprentissage qui peut commencer par de petites choses et que l’on n'a jamais fini d’approfondir.
 
Lié à cet apprentissage, la subsidiarité. Elle suppose qu’aucune société, aucun groupe ne doit se substituer à l’initiative et à la responsabilité des personnes et des communautés intermédiaires au niveau où elles peuvent agir. D’elle dépendra la conscience que chacun a de son rôle et de ce qui lui revient. Elle demandera à l’éducateur de ne pas faire à la place de son élève et à l’élève de ne pas toujours demander au "maitre" de faire à sa place ! Le rôle d’un élève, quel qu’il soit est de se former. Il doit être acteur de sa formation. C’est sa responsabilité, comme c’est la responsabilité de son formateur de créer les conditions pour que cet apprentissage puisse se faire dans les meilleures conditions.
 
Le dernier principe relève du lien d’interdépendance entre les personnes, lien qui se manifeste à tous les niveaux. C’est la solidarité. Elle nous conduit à éprouver chaque jour nos différences mais aussi nos propres vulnérabilités et celles des autres. D’où la nécessité de développer chez l’élève des attitudes et des comportements qui permettent de travailler ensemble au bien commun, c’est à dire au bien de tous et de chacun "parce que tous, nous sommes vraiment responsables de tous"
 
Personnalité, créativité, responsabilité, subsidiarité et solidarité.
Cinq mots clés.
Cinq petites lumières qui peuvent éclairer la route toujours difficile des éducateurs.
Cinq principes qui ont fait leur preuve.

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