Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

COLLIGNON Pierre

COLLIGNON Pierre

Né le 7 avril 1961
Marié – 6 enfants
 


Directeur général de l’Ircom

Licence de Droit
Institut d’études politiques Paris (AP)
ICG
 
Expériences
Journaliste pigiste
Responsable de la communication de la Ville de Saumur
Rédacteur en chef du Magazine « Vivre à Nantes »
Directeur des études de l’Ircom
 
Secrétaire général de l’Association internationale pour l’enseignement social chrétien (AIESC)

URL du site internet:

Com versus communication…

Publié dans A tout un chacun
Com versus communication…
 
Dans ces temps difficiles où les médias font ou défont la société politique, il est difficile de définir ce qu’est la communication. La tâche est ardue et ancienne. Depuis la fin de la 2e guerre mondiale, de nombreux chercheurs se sont penchés sur ce sujet : Shannon et Weaver avec leur modèle linéaire de transmission du message ; Lasswell avec son modèle de communication de masse ; Jakobson et ses recherches axées sur la linguistique ; Mac Luhan, Gerbner, Riley, le philosophe Habermas, etc.
 
A partir des années 70, le mot communication renvoie à plusieurs problématiques plus ou moins enchevêtrées : les médias de masse (presse, radio, TV), le développement parallèle de la communication publicitaire, du marketing politique et de la communication d’entreprise, les transformations de la communication interpersonnelle puis le début de ce qu’on appelle alors les Nouvelle technologies de l’information et de la communication (NTIC) et l’arrivée d’internet ont considérablement brouillé la signification et la compréhension du mot.
C’est la raison pour laquelle "les sciences de la communication, pluridisciplinaires par nature ne possèdent ni modèle ni champs de recherche unifié" (1). D’où la difficulté d’en cerner les contours et de leur trouver une identité propre.
 
C’est ainsi que l’on peut se demander ce que devraient apprendre les futurs professionnels de communication ?
De fait, pour une école qui a l’ambition de préparer des futurs professionnels la seule réalité qui compte est celle du marché. Il s’agit de préparer des collaborateurs fiables qui maitrisent à la fois les enjeux et les techniques de communication utilisées aujourd’hui dans les entreprises.
Ces enjeux et ces techniques peuvent se résumer en deux points : d’abord, il s’agit d’aider l’entreprise dans ses relations avec l’ensemble de ses publics externes. Cette communication vise principalement à informer, expliquer, faire comprendre, convaincre, vendre. On parle de communication commerciale, de communication  corporate ou institutionnelle. Ensuite, il faut aider l’entreprise à créer un climat social où chacun pourra trouver sa place, comprendre les enjeux, mesurer sa propre contribution à l’ensemble et s’épanouir ; cette communication vise là encore à informer, faire comprendre, faire adhérer à un projet, créer un sentiment d’appartenance et responsabiliser. C’est le champ de la communication interne.
Mais peut-on en rester là ?
 
Comme peut le laisser imaginer le simple énoncé de ces objectifs, la mise en œuvre d’une politique de communication est difficile et il existe de nombreux pièges auxquels les professionnels de communication se trouvent confrontés.
Par nature en effet, toute entreprise vise la performance économique. Cet objectif naturel peut souvent créer des tensions et place les décideurs dans des situations où les tentations sont nombreuses.
Dans toutes ces situations, la communication joue un rôle majeur. C’est souvent elle qui va penser les messages, créer les supports, préparer les discours, mettre les moyens techniques de son "art" au service des dirigeants, etc. D’où la tentation de la "com" dont parle Jean-Marie Charpentier, Vice-président de l’Association Française de Communication interne (AFCI) dans son livre "Refonder la communication" (2).
C’est ainsi que des professionnels non avertis ou peu scrupuleux peuvent facilement devenir des instruments au service de la désinformation, du mensonge voire de la manipulation. La fin justifie les moyens et tant pis s’il faut tordre le coup à quelques vérités
C’est pourquoi, les écoles qui souhaitent former des professionnels de la communication seraient bien avisées de revenir à quelques questions fondamentales. Rompus aux techniques de communication les étudiants qu’ils forment prennent-ils vraiment le temps de réfléchir à la finalité, aux méthodes et aux moyens de la communication.
Cette réflexion doit s’enraciner dans une double conviction :
 
La première est anthropologique.
Elle part du principe que pour s’épanouir et développer tous ses talents, toute personne humaine a besoin de communiquer. En communiquant, chaque homme marque progressivement son "territoire" personnel qui est à la fois emprunt aux autres et révélation de lui-même… ou plus encore, révélation de lui-même par l’échange et la confrontation avec les autres et avec le monde. De même, toute communication est médiatique au sens où elle nécessite l’utilisation d’un intermédiaire, d’un "média". Le corps, le langage et tous les outils de communication qui n’ont cessé de se développer ces dernières années sont autant de médias par lesquels nous pouvons créer cette communication. Ils sont indispensables comme des prothèses qui viennent palier nos infirmités mais ils ne sont pas la communication. La fascination qu’ils exercent aujourd’hui dans tous les domaines de notre vie ne doit jamais nous faire oublier que les moyens ne sont jamais une fin en soi et qu’on ne pourra jamais juger la qualité d’une communication aux moyens qui sont utilisés pour la mettre en œuvre.
 
La seconde est éthique.
Pour pouvoir servir la communauté la communication doit nécessairement se mettre au service du bien commun. Elle pose à chacun les questions du "bien agir", du "pour quoi agir ?", et de son rapport à la vérité : jusqu’où peut-on "enjoliver" les qualités d’un produit pour mieux le vendre ? Est-il légitime de dissimuler les faits lors d’une crise pour ne pas entamer le potentiel de l’entreprise ? Faut-il modifier la réalité pour se bâtir une image positive ? Peut-on instrumentaliser les personnes pour obtenir d’elles un meilleur un résultat ? Toutes ces questions doivent faire l’objet d’une réflexion approfondie qui s’enracine dans une conviction : c’est en s’approchant de la vérité qui permet aux personnes mais aussi aux communautés de mieux connaître leurs forces et leurs fragilités que chacun pourra faire usage de sa liberté pour se mettre librement  au service d’un bien commun.
 
C’est en approfondissant ces deux convictions que les écoles permettront aux étudiants de se préparer pleinement à leur futur métier, de posséder une boussole sûre lorsqu’ils devront eux-mêmes discerner au milieu des nombreux aléas et tentations de leur vie professionnelle. Cette réflexion deviendra une "marque de fabrique", un "savoir-faire différenciateur" qui ne pourra qu’être apprécié des employeurs qui cherchent de plus en plus des professionnels engagés, compétents et avisés. 

(1) B. Ollivier – "Les Sciences de la communication. Théories et acquis", Armand Colin - 2007
(2) JM. Chrapentier et V. Brulois– "Refonder la communication en entreprise", Fyp Editions - 2013

Education : 5 principes pour agir

Publié dans A tout un chacun
Education : 5 principes pour agir
 
Il est curieux de voir comme la question de l’éducation revient au premier plan depuis quelques temps. Livres sur les dégâts du pédagogisme, débats télévisés sur l’enseignement de l’histoire, dossiers spéciaux sur l’effondrement de notre système éducatif fleurissent comme marguerites au printemps.
Il y a là comme un réflexe de survie dont on a tout lieu de se réjouir.
Car au fond de quoi parle t-on ?
 
L’éducation est-elle cette "Science" dont l’emprunt à la psychologie, à la sociologie, à la biologie, à l’économie ou à la philosophie nous donne l’assurance toute mathématique de la formation d’une jeunesse parfaite ? Doit-elle forger des citoyens aux "valeurs républicaines" loin des inégalitaires déterminismes culturels ? Peut-elle s’affranchir de toute forme d’apprentissage en laissant aux seuls enfants la joie de découvrir par eux-mêmes un savoir trop souvent imposé à eux par leurs professeurs ?
Pour répondre à ces questions pourquoi ne pas revenir à quelques principes de bon sens ?
En voici 5 qui pour être simples n’en sont pas moins déterminants.
 
Le premier oblige à prendre en compte le sujet même de l’éducation qui est l’enfant ou le jeune adulte. Chacun le sait, l’éducation de masse ne peut pas fonctionner. L’égalité n’est pas éducative. Elle écrase tout au prétexte qu’il ne faut pas différencier. Or chacun d’entre nous est unique. Tous nous avons besoin de nous sentir connu, reconnu et aimé dans notre singularité. Et ça change tout ! Ce regard bienveillant qui souligne l’attention que l’on me porte, cette parole confiante qui m’encourage, cette attention qui me montre combien je compte pour mon "maître" sont autant de facteurs d’épanouissement et de progrès. Ils sont même la première clé éducative.
 
Cette singularité de la personne humaine nous conduit au deuxième principe : si chacun est unique, chacun a quelque chose d’unique à apporter à notre monde. C’est la force de la création qui fait de nous des créateurs. Regardez une chambre d’enfant : confiez-la tour à tour à l’un puis à l’autre et vous verrez la différence. De façon singulière, chacun va recréer l’atmosphère qui lui convient. Il faut encourager cette créativité qui est une puissance, un élan constitutif de notre personnalité. Chacun le sait, rien ne grandit davantage que la fierté de l’œuvre accomplie.
 
Le troisième principe est moins consensuel. Il nous amène sur le terrain de la responsabilité. Le sujet est glissant car il va franchement à contrecourant de nos sociétés post modernes où la responsabilité se dilue dans le collectif, qui lui-même s’abrite sous le parapluie du "principe de précaution". Pourtant, la responsabilité est au cœur de l’éducation. C’est elle qui va conduire l’enfant ou le jeune adulte à faire un choix libre. Libre mais responsable. Libre parce que responsable ! Et cet exercice de la liberté est essentiel. Comment imaginer préparer un jeune adulte à s’engager dans un métier sans l’avoir confronté à l’exercice de sa responsabilité ? C’est un long apprentissage qui peut commencer par de petites choses et que l’on n'a jamais fini d’approfondir.
 
Lié à cet apprentissage, la subsidiarité. Elle suppose qu’aucune société, aucun groupe ne doit se substituer à l’initiative et à la responsabilité des personnes et des communautés intermédiaires au niveau où elles peuvent agir. D’elle dépendra la conscience que chacun a de son rôle et de ce qui lui revient. Elle demandera à l’éducateur de ne pas faire à la place de son élève et à l’élève de ne pas toujours demander au "maitre" de faire à sa place ! Le rôle d’un élève, quel qu’il soit est de se former. Il doit être acteur de sa formation. C’est sa responsabilité, comme c’est la responsabilité de son formateur de créer les conditions pour que cet apprentissage puisse se faire dans les meilleures conditions.
 
Le dernier principe relève du lien d’interdépendance entre les personnes, lien qui se manifeste à tous les niveaux. C’est la solidarité. Elle nous conduit à éprouver chaque jour nos différences mais aussi nos propres vulnérabilités et celles des autres. D’où la nécessité de développer chez l’élève des attitudes et des comportements qui permettent de travailler ensemble au bien commun, c’est à dire au bien de tous et de chacun "parce que tous, nous sommes vraiment responsables de tous"
 
Personnalité, créativité, responsabilité, subsidiarité et solidarité.
Cinq mots clés.
Cinq petites lumières qui peuvent éclairer la route toujours difficile des éducateurs.
Cinq principes qui ont fait leur preuve.

Un impôt détourné

Publié dans Du côté des élites
L'effet ciseau

Passée totalement inaperçue pendant les vacances, la loi de finances rectificative adoptée par le Parlement le 23 juillet dernier et soumise au Conseil constitutionnel en août (loi n° 2014891 du 8 août 2014, JO du 9), comporte plusieurs mesures qui finalisent la réforme du financement de l'apprentissage.
Cette réforme, dont l’intention était de simplifier et de rationaliser le mode de calcul et de versement de la taxe d’apprentissage, apporte également des changements notables à sa répartition, mettant ainsi en danger les établissements d’enseignement supérieur privés.
Créée en 1925, la taxe d’apprentissage est un impôt payé par les entreprises dont il faut rappeler que le but est de financer des "formations professionnelles initiales à temps plein où par apprentissage".
 
Un impôt un peu spécial
Mais cet impôt est un peu "spécial" puisque les entreprises, une fois financée la part dédiée aux Centre de formation d’apprentis (CFA) ont le choix de le verser aux écoles dont elles souhaitent soutenir le développement.
C’est ainsi que depuis de nombreuses années cette liberté a permis d’établir des liens forts entre le monde de l’entreprise et celui de l’éducation et d’adapter sans cesse les formations aux besoins des recruteurs.
Mais depuis longtemps déjà, cette liberté est grignotée et la part versée en direct aux écoles n’a cessé de diminuer (43% seulement en 2014) au profit des acteurs principaux de l’apprentissage que sont les Régions. Comme si l’Etat, qui a bien compris l’importance de ce levier financier, avait décidé de détourner au profit exclusif de sa politique d’apprentissage un impôt dont la finalité était plus respectueuse à l’origine de la liberté des entreprises.
 
Il faut dire que le "pactole" n’est pas négligeable !
En 2012, cette taxe a permis de récolter 2 milliards d'euros, dont 1,2 milliard est allé directement aux centres de formation des apprentis (CFA). Le reste, appelé "barème", a été versé aux lycées professionnels, aux universités et aux grandes écoles. Ce qui représente tout de même 800 millions d’euros dont plus de 200 millions pour les seules grandes écoles.
C’est cette répartition qui a été profondément modifiée par la loi du 8 août. Son résultat est simple : là où un établissement pouvait toucher 43% de la taxe d’apprentissage d’une entreprise, il ne pourra plus en toucher que 23% ! Tout le reste reviendra aux Régions ou directement au CFA (largement contrôlés par les Régions) et aux sections d’apprentissage.
De facto, cette réforme restreint la liberté des entreprises et donnent la part belle aux Régions qui s’occuperont dorénavant de la collecte et de la répartition des financements. Le risque est de voir les élus régionaux orienter les financements vers les formations de faible niveau de qualifications et privilégier les besoins de compétences de leur territoire, au détriment des formations du supérieur à vocation nationale ou internationale.
Comme le dit très bien Philippe Jamet, Président de la conférence des Grandes écoles : "Baisse de l’assiette et baisse de la part consacrée à l’enseignement supérieur… c’est un message contradictoire du gouvernement, qui affirme vouloir développer ce mode de formation, et apporte un coup de frein à la composante qui le développe le plus, l’enseignement supérieur !".
 
Pour couronner le tout !
Et ce n’est pas tout : un décret datant de la fin du mois d’août a amplifié encore l’impact négatif de cette loi. En effet, non seulement la part du barème (ou hors quota) de la taxe d’apprentissage, est passée de 43 à 23% mais en plus, la règle des cumuls a été supprimée. Cette règle permettait à un établissement habilité à recevoir du barème en catégorie "A" de toucher également par cumul en catégorie "B". Ce dispositif est dorénavant supprimé. Pour prendre un exemple, sur les 1 360 € de TA qu’une entreprise devait payer, un établissement pouvait recevoir grâce à ces différents cumuls jusqu’à 430 €. Dans le cadre de la nouvelle loi, l’école ne pourra toucher que 109 €.
C.Q.F.D…
Au moment où les subventions accordées aux établissements d’enseignement supérieur privés ne cessent de diminuer, le coup est rude.
Avec une taxe d’apprentissage qui se réduit comme peau de chagrin et des subventions qui baissent chaque année, la survie de nombre d’établissements va être particulièrement difficile.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version