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CORVEZ Alain

CORVEZ Alain

Né le 24 juillet 1941
Marié  - 4 enfants

Officier supérieur (ER)
Conseiller en stratégie internationale

Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr

Conseiller en Relations Internationales au Ministère de l’Intérieur (1989-1994)
Conseiller du Général commandant la Force des Nations Unies au Sud Liban (FINUL) (1988-1989)
Commandant en second du 94éme Régiment d’infanterie motorisée (1986-1988)
Au Ministère de la Défense
     Suivi de la concurrence mondiale économique, scientifique et technique (1983-1986)
A l'Ambassade de France en Zambie (missions en Afrique australe (1980-1983)
Spécialisation en relations internationales
Carrière d’officier d’infanterie (1976-1978)

Membre du Cercle d’Etudes et de Recherches du Général Pierre Marie Gallois (+)
Membre du Forum pour le France présidé par l’ambassadeur Pierre Maillard
Vice-président du Cercle ARAMIS
Ancien Secrétaire général de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle
Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire

URL du site internet:

Corée : coercition, dissuasion

Publié dans De par le monde
Corée : ne pas confondre coercition et dissuasion
 
La crise coréenne ne peut plus être résolue par une intervention militaire, qui ne pourrait être que nucléaire et donc apocalyptique, mais uniquement par la négociation.
 
Le niveau de technologie nucléaire atteint par la Corée du Nord ne permet plus de l’attaquer militairement sans qu’elle déclenche le feu nucléaire sur son assaillant ou son voisin du Sud, même si les arguties sur ce niveau-puissance de ses bombes, leur miniaturisation, précision des porteurs balistiques- cherchent à occulter le fait que la dissuasion nucléaire "du faible au fort" s’applique désormais inéluctablement. Kim Jong Un a parfaitement intégré ce concept que, encore aujourd’hui, certains stratèges ne semblent pas avoir assimilé.
Alain Peyrefitte dans son œuvre magistrale "C’était de Gaulle" rapporte comment le Général lui explique après l’explosion de la première bombe atomique française, qui n’était encore qu’une bombe A, le principe de la dissuasion :
"J’allais lui demander : ça ne vous fait rien de penser que vous pourriez… (Tuer vingt millions d’hommes deux heures après le déclenchement d’une agression)
Il me répond tranquillement : Précisément, nous ne les tuerons pas, parce qu’on saura que nous pourrions le faire. Et, à cause de ça, personne n’osera plus nous attaquer. Il ne s’agit plus de faire la guerre, comme depuis que l’homme est homme, mais de la rendre impossible comme on n’avait jamais réussi à le faire. Nous allons devenir un des quatre pays invulnérables. Qui s’y frotterait s’y piquerait mortellement. La force de frappe n’est pas faite pour frapper mais pour ne pas être frappé"
 
Les généraux et les stratèges américains le savent très bien, ou alors ils ne sont pas à la hauteur de leurs fonctions, mais les dirigeants et diplomates qui profèrent des menaces militaires l’ignorent ou font semblant de l’ignorer.
Les Etats-Unis auraient pu facilement soumettre à leur volonté la Corée du Nord par la coercition militaire en raison de l’immense différence de puissance en leur faveur avant que la dynastie des Kim n’atteigne pour leur pays le niveau nucléaire-si toutefois l’URSS puis la Russie, ainsi que la Chine les avaient laissé faire- mais désormais détenteur de l’arme fatale, même si loin de la parité, le petit pays ne peut plus être détruit sans déclencher des représailles insupportables pour la superpuissance.
C’est le principe de la dissuasion "du faible au fort" qui s’impose dont je rappelle la définition par le général Pierre-Marie Gallois, un des grands stratèges du vingtième siècle :
"Aussi, soudainement plongée dans l’ère de l’atome, l’opinion y a-t-elle raisonné ainsi qu’elle aurait pu rationnellement continuer de le faire dans le cycle classique. Elle pensait coercition, alors qu’il s’agissait de dissuasion. Elle comparait numériquement les forces en présence alors qu’il eût fallu qu’elle évaluât les dommages dont aurait souffert le plus fort, quelle que fût sa puissance, s’il s’en était pris à l’existence du plus faible."
 
Le Président Donald Trump avait montré au cours de sa campagne électorale une compréhension très grande des nouveaux équilibres mondiaux et annoncé qu’il voulait mettre fin à l’idée que les Etats-Unis devaient dicter leurs conduites à tous les états du monde, au prix de guerres coûtant trop cher en vies humaines et en argent, reprochant à l’administration précédente d’avoir jeté la Russie dans les bras de la Chine par une politique stupidement hostile, allant même jusqu’à dire au début de son mandat qu’il était prêt à parler avec Kim Jong Un. Mais on a vu que sur ce sujet comme sur bien d’autres, Russie, Afghanistan, Syrie, Chine, repris en main par le puissant complexe militaro-industriel dont  le Président Eisenhower disait le 17 janvier 1961 au moment de quitter sa présidence qu’il était un danger mortel, il a dû rentrer dans le rang pour mener la politique que "l’état profond" américain considère comme indispensable à  la suprématie de la première puissance militaire mondiale, dont l’économie est maintenant défiée par des puissances asiatiques. Il serait intéressant de savoir comment ces pressions s’exercent sur la direction de ce grand pays ami de la France depuis sa naissance, surtout dans les moments de crise, pour empêcher son gouvernement de mener une politique clairvoyante et raisonnable pour le monde et bénéfique "in fine" aux Etats-Unis eux-mêmes.
 
La Corée du Nord a atteint le niveau d’invulnérabilité que lui confère la détention de l’arme absolue, affirmant même sa maîtrise de la bombe à hydrogène comme le montre son dernier essai souterrain. Les sanctions ne l’ont pas empêché de progresser technologiquement, et même économiquement de façon modérée.
Ce n’est donc pas par ce moyen que quiconque pourra amener le pays à renoncer à l’arme de la souveraineté et de l’invulnérabilité, Kim Jong Un ayant en mémoire, en outre, le sort que les Etats-Unis ont réservé à Saddam Hussein et Kadhafi qui ne pouvaient résister à l’immense supériorité militaire américaine qui a pu exercer la coercition en l’absence de toute dissuasion. Le chef emblématique de la Corée du Nord ne correspond sans doute pas à la caricature qu’en font les journalistes occidentaux : loin d’être imprévisible, il applique une politique obstinée de souveraineté nationale dans laquelle il a grandi et s’est formé à l’imitation de son grand-père et de son père, intégrant maintenant la nouvelle puissance que ses aïeux ne possédaient pas mais ont travaillé à obtenir, et manie avec efficacité le concept de la dissuasion. Il cherche à préserver son pays d’un sort qui lui serait imposé de l’extérieur mais n’envisage pas de détruire la Corée du Sud et les milliers d’Américains qui s’y trouvent et ne présente donc pas une menace existentielle pour les Etats-Unis.
 
Pourtant une négociation est possible avec le gouvernement du Nord qui ne fait qu’assurer sa survie et n’entend pas convertir le Sud au communisme. Le nouveau Président Moon avait d’ailleurs indiqué sitôt après son élection qu’il était prêt à discuter avec Kim Jong Un pour avancer dans la normalisation de leurs relations. L’avenir de la péninsule est évidemment d’être un jour réunie : la question est de savoir par quelles modalités et sous quelle forme entre les deux entités si différentes politiquement mais si proches humainement. Une chose est certaine, c’est par le dialogue et la diplomatie que l’objectif doit être poursuivi, et non par une action militaire qui serait catastrophique pour la région et même pour la planète entière.
La Chine, au premier rang, peut et a intérêt à aider à ce règlement diplomatique, de même que la Russie. Les liens de ces deux grands pays avec la Corée du Nord sont anciens et connus des spécialistes qui peuvent disserter longtemps sur les aides qu’ils lui ont apporté autrefois dans les domaines scientifique et économique, directement ou par l’intermédiaire de pays tiers comme le Pakistan ou l’Ukraine, en d’autres circonstances, mais tous les deux ont intérêt à ramener le calme dans la région. Ce calme doit évidemment s’accompagner d’une diminution de la présence militaire américaine qui présente une menace toute proche pour plusieurs pays de la région, en tout premier lieu pour la Chine.
L’avenir n’est pas dans la résolution des différends par la coercition militaire mais par le dialogue prenant en compte les intérêts stratégiques et économiques raisonnables des acteurs régionaux. Les BRICS, avec les projets de développement inclus dans la nouvelle route de la soie proposent une participation "gagnant-gagnant" à ceux qui le souhaitent, sans domination de l’un ou de l’autre mais en proportion de l’investissement apporté. Ce projet économique mondial ne peut aboutir si certains pays se trouvent soumis à une menace militaire à ses frontières.
Envoyé par l'auteur, 5 septembre 2017

La conférence de Téhéran 2017

Publié dans De par le monde
Quel Etat stable, cohérent, paisible et viable peut s’établir de la Méditerranée au Jourdain ?
 
Réflexions inspirées par la Conférence internationale de Téhéran sur la Palestine des 21 et 22 février 2017.

L’état d’Israël : un état de fait
Nul n’est besoin d’être grand exégète du général de Gaulle pour savoir qu’il considérait comme une erreur la création en 1948 de l’état d’Israël, décidée à New-York après bien des difficultés et des hésitations par les grandes puissantes gagnantes de la guerre mondiale toute récente, fin 1947, création résultant des abominables persécutions que la barbarie nazie avait déployée contre les Juifs - et d’autres minorités considérées elles aussi comme inférieures et nuisibles. Mais cet état de fait regrettable à ses yeux devait être respecté puisque résultant d’une décision de l’ONU, seule instance internationale justifiée, même s’il l’appelait "le machin".
"On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains mêmes redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles."
Lors de cette conférence de presse à l’Elysée du 27 novembre 1967, il dira plus loin qu’il avait dit aux amis arabes de la France qu’ils ne devaient pas remettre en question cet état de fait en attaquant les premiers Israël. Il l’avait dit également aux dirigeants israéliens. "La France considèrerait comme agresseur celui qui tirerait le premier."
Et la guerre est venue par l’attaque israélienne de juin 1967 ; le Général a alors des mots implacables pour dénoncer Israël :
"Israël ayant attaqué, s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant, il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour, il qualifie de terrorisme."
 
Rappelons que la résolution 181 de l’ONU décidant la création de l’état d’Israël n’a été acceptée que le 29 novembre 1947 après plusieurs tentatives infructueuses dont la première datait de septembre 1947, les votes favorables des Etats étant insuffisants. Sous les pressions des Etats-Unis, huit Etats, dont la France, ont changé leur vote en quatre jours du 25 au 29 novembre.
 
Une imposante conférence qui fera date
Les 21 et 22 février 2017, 700 responsables politiques et spécialistes de 80 pays d’Amérique du Sud, d’Europe, d’Afrique, d’Inde, de Chine, de Russie, parmi lesquels 22 présidents de parlements ont débattu dans l’immense Centre de conférences internationales de Téhéran du présent et de l’avenir de la lutte pour les droits des Palestiniens à avoir un état sur la terre de leurs ancêtres.
De façon lancinante me revenait la confidence que m’avait faite le général Pierre-Marie Gallois, un des plus grands stratèges d’après-guerre, dans les années 90. Me prenant à part lors d’une réunion sur la question yougoslave, sachant que je revenais d’un voyage au Moyen-Orient, il me dit en substance : "Il n’y a pas de solution durable à deux Etats au conflit israélo-arabe, car ils seraient en permanence en belligérance, larvée ou pas ; et pour des raisons démographiques, historiques, géographiques, politiques, cet Etat ne peut être que l’Etat palestinien, avec des garanties de sécurité pour les populations juives historiques."
Introduits par un discours magistral du Guide Suprême de la Révolution Islamique, Ali Khamenei, dirigés par le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, conclus par le Président Rouhani accompagné de plusieurs ministres dont le Ministre des AE, M. Zarif, les débats ont été intenses et riches.
 
Unifier la Résistance et refuser la compromission
Si les différents orateurs ont apporté chacun leur sensibilité sur le sujet, et des propositions pour l’avenir, le sentiment général qui émane des interventions est la nécessité impérieuse d’unifier la Résistance en oubliant les rivalités internes pour s’entendre sur l’essentiel de la stratégie de lutte contre l’ennemi, excluant tout essai d’entente avec l’occupant. L’essai de négociation avec la puissance occupante a montré son inanité depuis les accords d’Oslo qui n’ont fait que faciliter la négation des droits les plus élémentaires des Palestiniens et l’annexion renforcée de terres.
Le discours introductif du Guide a fait ressortir avec une logique implacable les fondements du sujet et comment "la question de Palestine peut et doit être le pivot de l’unité de tous les pays islamiques." Il a affirmé que la troisième intifada était fortement réprimée mais remportait des succès en laissant augurer la victoire finale, car l’ennemi devait affronter la réprobation de pays de plus en plus nombreux. Il a stigmatisé la politique de compromis avec l’occupant qui a eu des effets destructeurs sur la Résistance en la divisant. Seule l’intifada est légitime face à l’injustice car le compromis tend à justifier la présence de l’occupant. La Résistance, depuis le début a remporté des victoires grâce à ses alliés comme le Hezbollah libanais, l’Iran et tous les groupes impliqués comme le Jihad Islamique, le Hamas, le Fatah ou le FPLP. La Résistance doit dépasser les divergences entre pays arabes et islamiques, ou les divergences nationales, ethniques ou confessionnelles qui existent dans certains pays. "Notre position sur la Résistance", a-t-il dit, "est une position doctrinale qui n’a rien à voir avec un groupe particulier."
Il indiquait par-là que les divisions instillées par l’ennemi entre chiisme et sunnisme, ou entre tendances religieuses ou culturelles devaient s’effacer devant le but ultime de libération de la Palestine. L’Unité nationale sur la base d’un plan djihadiste est une nécessité nationale pour la Palestine a-t-il martelé.
"Cette conférence peut-être un modèle pour tous les musulmans et toutes les nations de la région et les aider à contrôler leurs divergences en s’appuyant sur leurs points communs."
 
Il serait trop long de rapporter les nombreuses interventions pourtant souvent très enrichissantes car apportant une sensibilité différente venue d’Asie, d’Afrique, des Amériques ou d’Europe, le sentiment général étant pour dénoncer le refus d’Israël de respecter les résolutions internationales et les droits des Palestiniens et d’appeler à l’unité de la Résistance en oubliant les divergences culturelles ou confessionnelles.
Aucun parlementaire français n’avait fait le déplacement.

Le Président du Parlement libanais, Nabih Berri a eu un franc succès du fait de son habituelle aisance oratoire pour convaincre son auditoire, énonçant des propositions concrètes pour donner une suite à ces deux jours de rencontres :
1 - Si les Etats-Unis mettent à exécution leur intention de transférer à Jérusalem leur capitale, que tous les pays qui soutiennent la Résistance ferment leur ambassade à Washington.
2 - Insistant, lui aussi, sur l’impérieuse nécessité de l’unité du front de résistance, il suggère que cette conférence assure le suivi de cette résolution.

Le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, le remerciera pour ces suggestions et lui demandera de bien vouloir assurer ce suivi : un centre de coordination pourrait s’installer à Damas ou Beyrouth.
Le président du Parlement irakien, Salim Al Jabouri, insistera sur les crimes commis par Israël contre les Palestiniens et sur le fait que la résistance en Palestine est une cause commune.
Un représentant du Front Démocratique de Libération de la Palestine FDLP insiste à son tour sur la nécessité de l’unité des différents mouvements de résistance et propose d’établir un comité de suivi logistique des prises de décisions de la conférence, dont le secrétariat pourrait être à Téhéran.
Abou Ahmad Fouad, Directeur Général du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), dénoncera particulièrement les accords d’Oslo qui reconnaissaient le gouvernement sioniste.
Ahmed Jibril, du FPLP (CG), Front Populaire de Libération de la Palestine, Commandement Général, remarque qu’un nouveau Front de Résistance réclamé par certains est inutile puisqu’il existe depuis 30 ans, constitué par le Hezbollah et l’Iran et que ceci indique qu’il y a union de destins entre chiites et sunnites. Il propose la création d’un fonds islamique pour empêcher l’achat des terres palestiniennes.
L’Ayatollah Amoli Larijani (frère du Président Ali Larijani), président du pouvoir judiciaire iranien, insiste aussi sur l’universalité de la cause palestinienne, qui concerne en tout cas tout l’islam, et sur l’arrogance de l’Occident qui met partout en avant les droits de l’homme mais soutient Israël qui y contrevient journellement. La Palestine est une cause qui comporte une surface – les territoires occupés- et une profondeur - la confrontation des idéologies, sionisme contre l’islam monothéiste - s’appuyant sur la force des Etats-Unis ; il cite Fukuyama et sa théorie de la fin de l’Histoire avec la fin de l’URSS, qui fait adopter à l’Occident les thèses sionistes contre l’islam. L’Islam appelle à la paix mais en restant vigilant face aux menaces. La République Islamique d’Iran est un exemple de fermeté face à l’outrecuidance de l’Occident qui l’accuse de vouloir fabriquer des armes atomiques alors qu’il soutient les exactions d’Israël qui a l’arme atomique.
Deux rabbins antisionistes étaient parmi les délégués et ont participé aux travaux des commissions de cette conférence.
En conclusion de ces deux jours, Ali Larijani dénoncera les crimes contre l’humanité commis par Israël et affirmera que les débats ont montré que la Palestine est une cause commune à tous les pays musulmans et au-delà, à tous les hommes épris de justice et de liberté.
 
Conclusion
Les arguties diplomatiques concernant la solution du conflit israélo-palestinien sur un ou deux états me paraissent depuis longtemps hors de propos ; cette conférence internationale m’a convaincu qu’un front puissant se constitue pour orienter les diplomates raisonnables vers la seule création d’un état palestinien sur l’ensemble des territoires concernés qui assurerait des garanties aux populations juives ayant des droits justifiés pour vivre dans cet état.
Il est clair, comme me le disait le général Gallois que la coexistence pacifique de deux Etats est devenue impossible après 70 ans d’accumulations de haines qui alimentent d’ailleurs l’antisémitisme dans le monde, au grand dam de nombreux de mes amis juifs. Il semble que les extrémistes qui sont au pouvoir à Tel Aviv se permettent depuis l’origine toutes les atteintes aux droits fondamentaux des Palestiniens parce qu’ils ont eu jusqu’ici le soutien de la plus grande puissance du monde, où l’influence de leur diaspora est déterminante.

Mais le monde a changé, les Etats-Unis sont affaiblis pour diverses raisons et de nouvelles puissances mondiales rivalisent avec eux. Ils doivent s’adapter à ce nouveau monde et, bien que le nouveau Président américain reste parfois énigmatique dans ses projets, il a clairement l’idée de sortir du système figé qui dirige les EUA, comme il l’a annoncé dans sa campagne, ce qui l’a fait élire, et veut adapter son pays aux nouvelles donnes internationales. Car c’est un entrepreneur qui n’est pas prisonnier des idéologies mais raisonne sur les réalités : les liens avec Israël que nous lui connaissons, liés à son pragmatisme, peuvent l’aider à prendre des décisions radicalement différentes de ses prédécesseurs, ne serait-ce que pour mettre un terme à l’hostilité récurrente de nombreuses populations du monde qui reprochent aux Etats-Unis de soutenir des tyrans ou des injustices. Les liens de ses services avec DAESH sont désormais de notoriété publique et il arrivera à comprendre que l’Iran qu’il invective n’est pas à confondre avec les terroristes islamistes mais qu’il est au contraire un pays essentiel et au premier rang dans la lutte contre cette plaie mondiale.
Il est possible enfin que de nombreux juifs américains qui ne partagent pas les vues de l’influent AIPAC (American Israëli Public Affairs Committee), qui sont très nombreux et lassés de soutenir une cause qui dessert autant Israël que les Etats-Unis, amènent le Président Trump à comprendre que les intérêts des Etats-Unis ne se confondent pas avec ceux d’un Israël "sûr le lui-même et dominateur" qui développe l’exécration contre eux.
 
(1) On peut accéder au texte intégral de la conférence de presse du 27 novembre 1967 à l’Elysée du général de Gaulle sur le site de la Fondation Charles de Gaulle : www.charles-de-gaulle.org/
(2) On pourra lire sur Google une analyse de la vision du général de Gaulle sur le sujet telle qu’elle apparaît dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967, que j’ai écrite en 2006 :
 

De Gaulle et sa vision du Proche-Orient - Impérialisme, Terrorisme, Islamisme - Analyse par Alain Corvez

Du wahabisme

Publié dans De par le monde
Du Wahabisme
Intervention au cours du Colloque du CF2R sur le wahabisme du 18 janvier 2017

Introduction
Je voudrais essayer d'expliquer comment une secte minoritaire et fanatique de l'islam s'est imposée dans une grande partie de la péninsule arabique par l’alliance entre la famille guerrière des Séoud et la prédication de retour aux sources de l’islam primitif du mystique Abdul Wahab, créant un état qui a pris le nom de son fondateur-seul exemple au monde-, en bénéficiant des soutiens stratégiques des Britanniques, puis des Américains qui les entérinèrent avec le Pacte de février 1945 signé sur le croiseur Quincy entre Roosevelt et Ibn Séoud, étendant son influence à toute la péninsule et même au-delà grâce à la richesse de son sous-sol. Aujourd’hui, désolant les fidèles sincères de l'islam qui voient leur religion diffamée par cette vision blasphématoire enjoignant tous les musulmans de tuer ceux qui n’y adhèrent pas, cette idéologie archaïque a trouvé des soutiens et des alliés puissants qui l’exploitent à des fins stratégiques, alimentant ainsi le terrorisme qui prend les différentes formes que nous connaissons aujourd’hui et que prétendent combattre des coalitions occidentales vertueuses.
La crise provoquée par cette vision inculte, haineuse et sommaire de l’islam sunnite entraîne en son sein des craquements et des divisions, et pourrait amener les grands théologiens à vivifier les saintes bases de la foi sunnite pour l’adapter au monde moderne, en l’orientant vers l'avenir, à l'instar du chiisme tourné vers la prophétie et l’attente d’un monde meilleur. Des voix s’élèvent en ce sens, depuis deux ans environ, venant de responsables sunnites religieux, comme à Kazan et Grozny en 2016, et de chefs politiques musulmans mais laïques comme le Maréchal Sissi en Egypte. J’y reviendrai.
 
Historique
Le grand historien Jacques Benoist-Méchin a magistralement décrit les origines du monde arabe dans son livre : "Ibn Séoud, ou la naissance d’un royaume", publié en 1955, deux ans après la mort du roi Ibn Séoud, pour lequel il ne tarit pas d’éloges justifiés sur ses qualités guerrières et politiques. Il explique comment les tribus arabes au VIIème siècle attendaient un unificateur : ce fut Mahomet qui rassemblait les valeurs spirituelles, politiques et guerrières. L’expansion de l’islam fut alors fulgurante pendant les cent premières années, arrêtée en 732 en Europe par Charles d’Héristal (dit Charles Martel en raison de son ardeur au combat) dans la région de Poitiers, mais non pas écrasée, puisque son influence y restera sous différentes formes dans l’Europe méridionale. Mais la victoire de Charles Martel sur l’Emir Abderrahman auréola les Francs carolingiens d’un immense prestige pour avoir sauvé la chrétienté d’Occident.
"La domination musulmane ne s’en étendait pas moins de Narbonne à Kachgar (au Turkestan chinois) et le Calife, cette image de la divinité sur terre, se trouvait à la tête d’un empire plus vaste que ceux de Darius ou d’Alexandre le Grand."
 
Puis, à la fin du XVIIème siècle, le monde arabe qui avait montré tant de vertus guerrières exceptionnelles appuyées sur une foi ardente, s’était laissé aller au confort des situations acquises et avait dégénéré, accommodant la pratique de l’islam à sa soif de satisfactions matérielles, et développant en son sein des rivalités parfois sanglantes.
"Les tribus vivaient dans l’attente de l’homme qui restaurerait leur foi et referait leur unité. Elles s’interrogeaient anxieusement, attendant un signe, un présage et se demandaient si celui qui reprendrait en main leurs destinées serait, comme mille ans auparavant, un prophète ou un guerrier.
Ce fut un prophète : il s’appelait Mohammed-Ibn-Abdul Wahab."
 
Né à Azaïna, dans le Nedjd, en 1696, issu de la glorieuse tribu des Tenim, face à la dépravation morale de nombreuses tribus qui avaient perdu leur ancienne vigueur guerrière et s’étaient amollies dans la luxure et la jouissance des biens terrestres, notamment au Yémen, "Il préconisa qu’il fallait restaurer la Loi dans son antique pureté. Abolissant d’un geste mille ans d’histoire arabe, il revenait au point précis d’où était parti Mahomet.
…. Le guerrier cherchait une doctrine, le prédicateur cherchait une épée. Ils convinrent de mettre leurs forces en commun pour "accomplir la volonté divine et rendre au peuple arabe son unité perdue".
Afin de sceller cet accord Abdul Wahab donna à Mohammed Ibn Séoud (Le grand-père d’Abdul Aziz Ibn Séoud) sa fille en mariage en 1749 et lui confia la direction politique et militaire de l’entreprise. 
 
A la lecture de ce livre plein d’enseignements, on comprend aussi que le Yémen, berceau des premières civilisations arabes, a dû être soumis par les Séoud au cours des siècles car il représentait un contre-exemple existentiel, au point qu’Ibn Séoud aurait dit à ses héritiers :"Le bonheur du royaume réside dans le malheur de l’Yémen"
Benoist-Méchin détaille les épisodes qui ont amené la famille Séoud à dominer la péninsule par cette alliance de la doctrine inflexible et de l’intelligence guerrière :
….
"Car ce Dieu, qui était bon et miséricordieux envers ceux qui lui obéissaient aveuglément, se montrait impitoyable à l’égard de ceux qui transgressaient sa Loi. Les Wahabites se considéraient comme ses Elus, haussés par lui au-dessus du commun des mortels. Leur mission consistait à ramener tous les hommes sous son obédience, dussent-ils les y contraindre à coups de rapière."
 
Aujourd’hui
Après ce rappel historique, il faut comprendre que le wahabisme connaît aujourd’hui des divergences d’interprétation qui ont amené ses adeptes à se disputer sauvagement, entre les monarchistes et les antimonarchistes, comme l’explique l’islamologue Karim Ifrak dans une intervention érudite lors d’un colloque organisé en  mars 2016 par l’Académie de Géopolitique de Paris, divergences matérialisées par la prise de la Grande Mosquée de La Mecque en novembre 1979 par des wahabites mahdistes et donc takfiristes antimonarchistes. On sait que l’ordre monarchiste a été rétabli par l’intervention du GIGN français.
Je cite Karim Ifrak :
"Le wahabisme est un mouvement fondamentaliste aux soubassements politico-religieux sur lesquels les Al Saoud ont forgé leur politique de légitimité religieuse. Il repose sur une interprétation sommaire des Textes qui prône une pratique ritualiste la plus éloignée possible de l’islamisme. Victimes d’une vision idéaliste de l’islam, les adeptes du wahabisme prêchent un retour vers ce dernier dans sa forme la plus originelle possible. S’estimant être les dignes héritiers du salaf (les pieux ancêtres), ils n’hésitent pas à taxer les autres musulmans de déviants, voire dans le cas de certains, d’hérétiques. Aussi, à travers un prosélytisme soutenu financièrement et médiatiquement, le wahabisme ambitionne de ramener les non musulmans à se convertir à l’islam et les musulmans à épouser leur cause."
 
Enfin, notons que la confrérie des Frères Musulmans, durement réprimée par Nasser dans les années 50 qui voyait en elle un obstacle fondamental à sa vision d’unité panarabe, fut accueillie généreusement par l’Arabie en lutte contre son grand rival laïque, jusqu’au moment où elle commença à prêcher son islamisme antimonarchiste. Et nous connaissons les rivalités qui en découlèrent entre Doha et Riyad, notamment dans leurs relations aux différents groupes armés, puis lorsque les Frères accédèrent démocratiquement au pouvoir au Caire en 2012 avec Mohammed Morsi, en toute logique puisqu’ils étaient la seule formation politique restée organisée et soutenue financièrement de façon souterraine sous le régime de Moubarak.
 
Née en Afghanistan pour lutter contre les soviétiques, Al Qaïda a été la première structure rassemblant les djihadistes, financée par l’Arabie et le Pakistan, avec le soutien des services américains qui considéraient alors Oussama Ben Laden comme leur allié. Après les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par des citoyens séoudiens, George W Bush décida une opération militaire avec des bombardements massifs de l’Afghanistan qui, comme des experts dont le colonel René Cagnat l’avaient prédit, ne firent que détériorer la situation ; on sait où nous en sommes 16 ans après dans ce malheureux pays. Les Etats-Unis ont ensuite envoyé leur armée en Irak en 2003 où, sous la main de fer de Saddam Hussein le terrorisme n’existait pas : l’Irak a été détruit et le terrorisme d’inspiration wahabite y est devenu prospère. Regardons aussi la Libye où les EUA ont envoyé leurs alliés britannique et français faire le travail pour le résultat catastrophique que nous connaissons aujourd’hui. Ils ont apporté leur soutien renseignement et logistique à l’opération et ont ensuite eu un ambassadeur lynché dans le chaos qu’on avait créé.
 
Avec la guerre en Syrie, les djihadistes ont multiplié leurs organisations de lutte armée et leurs noms de guerre, en fonction de leurs affiliations et de leurs financements mais tous s’inspirent du wahabisme et montrent la même cruauté. Au nom de l’islam, leur but est de renverser le régime laïque de Damas, but qui est la raison même du soutien qu’ils ont trouvé à Riyad, Doha, Ankara, Washington, Paris ou Londres. DAESH, ou EI, Etat Islamique, n’est qu’une métastase du cancer d’Al Qaïda, en poursuit les mêmes objectifs au nom de la même idéologie, mais il a la particularité d’être au départ irakien et d’avoir été sous contrôle des services américains depuis ses débuts en 2014, s’érigeant en rival inacceptable de sa matrice créatrice.
On ne peut plus nous traiter de complotistes quand nous énonçons ces vérités puisque tout le monde a pu voir les vidéos authentiques où Hillary Clinton le dit, où le sénateur John McCain rencontre le chef d’AL Nosra dans la région d’Alep en 2013, où le Ministre des Affaires Etrangères français félicite la même organisation pour "son bon boulot en Syrie" ; et nous avons maintenant de nombreux témoignages qui attestent que John Kerry a semblé malheureux d’avouer, alors qu’il se croyait à huis clos, aux "révolutionnaires syriens" des Etats-Unis qu’il avait tout fait pour renverser le pouvoir légal à Damas, même en formant et équipant ses propres "rebelles modérés" mais que c’était un échec, ceux-ci ayant rejoint avec armes et bagages la nébuleuse terroriste. (1)
 
L’intervention militaire russe a cependant mis bas les masques, obligeant les Etats à dire clairement s’ils luttaient contre le terrorisme ou non. Erdogan, accusant les Etats-Unis de vouloir le renverser par un coup d’état en juillet 2016, a changé radicalement de position pour s’aligner sur la Russie et en subit depuis les conséquences tragiques avec les attentats meurtriers perpétrés sur son sol par DAESH. Mais l’hypocrisie qui a prévalu jusqu’ici du côté occidental n’est plus crédible ni acceptable, bien qu’on assiste à des manœuvres sordides de l’administration américaine finissante pour empêcher de reconnaître que c’est Moscou qui dirige désormais les affaires dans l’ensemble du Moyen-Orient : Ankara en premier l’a compris mais Riyad, Tel Aviv et les autres capitales savent aussi que leur sort dépend maintenant davantage des bonnes relations qu’elles auront avec Moscou, alliée de puissances importantes comme Téhéran et Pékin et de la redoutable force militaire du Hezbollah libanais, ce qui intéresse directement Israël.
Tout laisse penser que le pragmatisme du Président élu Donald Trump, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, lui fera prendre en compte cette nouvelle donne et qu’il pourrait apporter son soutien au règlement russe de la guerre syrienne, par exemple en participant à la conférence d’Astana qui devrait initier la solution politique. C’est en effet au Kazakhstan que doivent se dérouler les pourparlers entre le gouvernement syrien et son opposition entourés des puissances impliquées, pas à Genève ou à Vienne, ce qui est un signal fort du déplacement du centre de gravité des affaires mondiales. Aujourd’hui, seule Moscou, du fait de ses alliances en Eurasie et en Asie, peut apporter à Ankara, Riyad, Tel Aviv des garanties de sécurité, voire de survie politique. C’est donc la Russie qui peut faire cesser les financements et soutiens du terrorisme takfiriste, qu’ils soient étatiques ou paraétatiques.
 
Kazan et Grozny en 2016
En réaction au terrorisme takfiriste, par des jugements sommaires mais compréhensibles on a vu se développer un mouvement de rejet global de l’islam en Europe et notamment en France où Daesh, affaibli sur le terrain organise ses attaques contre les "impies occidentaux". Il est vrai que la dénonciation de cette déviance criminelle qui a été faite par des autorités religieuses sunnites a été peu audible dans les médias malheureusement.
Pourtant un sommet de l’OCI (Organisation de Coopération Islamique) à Kazan en mai 2016 avait affirmé que le terrorisme n’avait rien à voir avec l’islam, les participants se contentant d’inciter à faire la différence entre le vrai islam et sa parodie. Mais surtout un évènement d’une extrême importance a eu lieu à Grozny du 25 au 27 août suivant où deux cents savants sunnites du monde entier dont les Ulémas d’Al Azhar ont dénoncé sans ambages les organisations sunnites déviantes qui encouragent le terrorisme, les répertoriant toutes, notamment le wahabisme, et ont émis une fatoua contre elles, distinguant l’islam véritable de l’erreur, et publié un communiqué appelant les autorités politiques à soutenir les instances religieuses modérées.
L’évènement de Grozny, dont je donne ici les références pour plus de détails, restera un moment important dans l’histoire de l’islam moderne, de sa refondation et de sa lutte contre le terrorisme. (2)
 
Le Maréchal SISSI : pour une révolution religieuse de l’Islam
Un autre élément important dans ce sens, dont on a curieusement peu entendu parler, est le discours que le Maréchal Sissi a prononcé devant les Ulémas de l’Université Al Azhar du Caire le 28 décembre 2014.
Il a parlé sans ambages devant les plus hautes autorités religieuses de son pays, et donc du monde sunnite, les incitant clairement, avec une grande intelligence et persuasion à prendre position pour que l’islam ne soit pas la religion assimilée au terrorisme. Ce qu’il a dit est tellement important que je vais vous en citer des extraits significatifs :
 
Extraits du discours, le 28 décembre 2014, du Maréchal SISSI devant les Ulémas de l’Université Al Azhar du Caire (3)
Abd Al-Fatah Al-Sissi: "Nous avons parlé plus tôt de l’importance du discours religieux, et je voudrais répéter que nous ne faisons pas assez concernant le véritable discours religieux. Le problème n’a jamais été notre foi. Il est peut-être lié à l’idéologie, une idéologie que nous sanctifions.
Je parle d’un discours religieux en accord avec son temps".
[…]
« Je m’adresse aux érudits religieux et prédicateurs. Nous devons considérer longuement et froidement la situation actuelle. Je l’ai déjà dit plusieurs fois par le passé. Nous devons considérer longuement et froidement la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il est inconcevable qu’en raison de l’idéologie que nous sanctifions, notre nation dans son ensemble soit source de préoccupations, de danger, de tueries et de destruction dans le monde entier. Il est inconcevable que cette idéologie… Je ne parle pas de "religion" mais d’ "idéologie" – l’ensemble des idées et des textes que nous avons sanctifiés au cours des siècles, à tel point que les contester est devenu très difficile. On en est arrivé au point que [cette idéologie] est devenue hostile au monde entier. Peut-on imaginer que 1,6 milliard [de musulmans] tuent une population mondiale de 7 milliards pour pouvoir vivre [entre eux] ? C’est impensable.
Je prononce ces mots ici, à Al-Azhar, devant des prédicateurs et des érudits. Puisse Allah être témoin au Jour du Jugement de la sincérité de vos intentions, concernant ce que je vous dis aujourd’hui. Vous ne pouvez y voir clair en étant enfermés [dans cette idéologie]. Vous devez en émerger pour voir les choses de l’extérieur, pour vous rapprocher d’une idéologie réellement éclairée. Vous devez vous y opposer avec détermination".
[…]
"Je le répète : Nous devons révolutionner notre religion.
Honorable imam (le grand cheikh d’Al-Azhar), vous êtes responsable devant Allah. Le monde entier est suspendu à vos lèvres, car la nation islamique entière est déchirée, détruite, et court à sa perte. Nous sommes ceux qui la menons à sa perte".
Fin de citation.
 
On sait le prix que paie l’Egypte dans sa lutte contre le terrorisme et on comprend que le Président égyptien qui a aidé avec l’armée les millions d’Egyptiens qui s’étaient  rassemblés dans les rues pour se débarrasser des islamistes de Morsi en juin 2013, excédés par seulement un an de gabegie gouvernementale, se rapproche désormais de la Russie, de la Syrie, et même de l’Iran pour combattre le même ennemi. Les terroristes du Sinaï, d’Alexandrie ou du Caire sont les mêmes que ceux d’Irak, de Syrie, du Liban et d’Europe, car si les Ouïgours, les Tchétchènes, les Afghans ou les Séoudiens ont des origines ethniques et nationales différentes, ils ont les mêmes buts et mêmes procédures.
Il me semble que sous la direction éclairée du Président Sissi, l’Egypte est appelée à jouer un rôle essentiel dans les réformes de l’islam qui s’imposent au plan politique, et même un rôle dans les équilibres stratégiques au Moyen-Orient.
 
Conclusion
Le wahabisme a engendré le terrorisme qui a pu se développer grâce aux soutiens qu’il a trouvé auprès de nombreuses puissances l’utilisant à des fins stratégiques, portant atteinte à la réputation de l’islam du fait des amalgames que certains se sont empressés de faire. Peut-être la réforme qu’il commence à provoquer au sein des fidèles du Coran, théologique et politique, sera-t-elle un bien pour un mal. Il est sûr que cette doctrine tournée vers le passé ne peut franchir les obstacles du monde moderne et qu’elle doit entraîner chez les théologiens sunnites, comme les y a invité le Président Al Sissi, un "aggiornamento" salutaire de la vraie religion pour supprimer à l’intérieur de son corpus les ferments de divisions que le terrorisme takfiriste a révélé et cristallisé.
Je ne suis pas théologien et n’ai donc aucune autorité pour en dire davantage, mais en tant que géopoliticien j’ai l’habitude obstinée de lire les signes qui éclairent les rapports entre les nations, les sociétés et les cultures, et il me semble indispensable que l’islam sunnite procède à cet "aggiornamento" pour remédier aux ferments de discorde que l’apparition du takfirisme islamiste a montré au sein de la communauté musulmane.
 
Je citerai d’ailleurs un théologien orthodoxe de grande culture des autres religions, Jean-François Colosimo, qui dans son livre "Les hommes en trop", (Ceux-ci étant les chrétiens d’Orient) écrit :
C’est la Constitution iranienne qui prévoit des postes de députés pour les chrétiens, les juifs, les zoroastriens, et c’est la saoudienne qui assimile la manifestation d’une quelconque forme de liberté religieuse, hors la Sunna, à une profanation passible de la peine capitale. (…) A la différence de la clôture sunnite sur le Coran, la Loi et la répétition, le chiisme représente un islam de la prophétie, de la médiation et de l’interprétation. Parce que pensée du milieu entre Dieu et l’homme, le visible et l’invisible, l’apparent et le secret, la théologie chiite rouvre l’histoire à l’attente d’une délivrance incarnée. »
 
Le Mufti sunnite de la République Arabe Syrienne, Mohammed-Badreddine Hassoun me disait en octobre dernier à Damas que comme le Christ l’avait dit aux Pharisiens "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu", la loi religieuse doit être une loi d’adhésion à l’amour prôné par le Créateur, quand la loi de l’Etat est nécessairement une loi de contrainte pour permettre de vivre ensemble harmonieusement.
 
Toutes les religions ont cherché dans leurs exégèses à trouver un médiateur entre le Créateur et les créatures : Les bouddhistes et hindouistes ont trouvé le sage Bouddha ou la réincarnation, les Juifs attendent toujours le Messie qui sauvera Israël, les chrétiens ont le Christ incarné universel dont le retour pour "que son règne arrive" est hors de l’espace temporel, les musulmans chiites tournés vers l’avenir attendent le retour de l’Imam caché et de son règne d’harmonie ; les sunnites sincères doivent montrer clairement que le Paradis qu’ils espèrent pieusement, décrit par le Prophète dans le Coran, ne peut être atteint avec les idéologies blasphématoires et criminelles qui inspirent le terrorisme.
 
Toutes les religions ont connu des différences d’interprétation des textes saints, des réformes, des schismes. C’est la tâche du clergé et de ses dirigeants érudits de maintenir ses ouailles dans le droit chemin. L’avantage de l’Eglise catholique romaine à laquelle j’appartiens vient de son organisation hiérarchique fidèle au Pape. Mais elle n’est pas exempte pour autant de menaces et je conclurai en laissant la parole au philosophe italien Giorgio Agamben qui, réfléchissant sur la signification du temps, au sens du chronos grec, dans une magnifique conférence de Carême à Notre Dame de Paris en 2009 a conclu en forme d’avertissement solennel qui vaut à mon sens pour toutes les religions :
 
"L’état de crise et d’exception permanente que les gouvernements du monde proclament aujourd’hui est bien la parodie sécularisée de l’ajournement perpétuel du Jugement dernier dans l’histoire de l’Eglise. A l’éclipse de l’expérience messianique de l’accomplissement de la loi et du temps, correspond une hypertrophie inouïe du droit, qui prétend légiférer sur tout, mais qui trahit par un excès de légalité la perte de toute légitimité véritable. Je le dis ici et maintenant en mesurant mes mots : aujourd’hui il n’y a plus sur terre aucun pouvoir légitime et les puissants du monde sont tous eux-mêmes convaincus d’illégitimité. La judiciarisation et l’économisation intégrale des rapports humains, la confusion entre ce que nous pouvons croire, espérer, aimer et ce que nous sommes tenus de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire, marque non seulement la crise du droit et des Etats, mais aussi et surtout celle de l’Eglise.
Car l’Eglise ne peut vivre qu’en se tenant, en tant qu’institution, en relation immédiate avec la fin de l’Eglise. Et - il ne faut pas l’oublier - en théologie chrétienne, il n’y a qu’une seule institution qui ne connaîtra pas de fin et de désœuvrement : c’est l’enfer. Là on voit bien, il me semble, que le modèle de la politique d’aujourd’hui qui prétend à une économie infinie du monde, est proprement infernale. Et si l’Eglise brise sa relation originelle avec la paroikia (paroisse, séjour temporaire sur terre), elle ne peut que se perdre dans le temps.
Voilà pourquoi la question que je suis venu poser ici, sans avoir bien sûr pour le faire aucune autorité si ce n’est une habitude obstinée à lire les signes du temps, se résume en celle-ci : L’Eglise se décidera-t-elle à saisir sa chance historique et à renouer avec sa vocation messianique ? Car le risque est qu’elle soit elle-même entraînée dans la ruine qui menace tous les gouvernements et toutes les institutions de la terre."

(1)
http://www.voltairenet.org/article194918.html
(2) Qui sont les sunnites ? Polémique autour d’un congrès et de deux documents
(3) 06 février 2015 Actualités, DéclarationsFraternité d'Abraham
. Discours du Maréchal Sissi du 28 décembre 2014  Al Azhar
(4) AFRIQUE/EGYPTE - Prise de position de la Maison de la Fatwa à propos de la légitimité de la construction d’églises chrétiennes sur le territoire d’un Etat islamique

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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