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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Déclin annoncé des néoconservateurs

Publié dans De par le monde
Déclin annoncé des néoconservateurs
 
Renaud Girard a récemment annoncé le crépuscule des néoconservateurs. (1) Ce qui surprend, ce n’est pas tant son annonce que sa présentation de la pensée néoconservatrice. Elle serait un "messianisme démocratique". Si elle l’était, pourquoi serait-elle condamnée ? Non, hélas. Elle n’est ni messianique ni démocratique. Elle est brutale et destructrice. C’est ce qui la condamne.
 
Selon ses pères, Bill Kristol et Robert Kagan, "les buts moraux et les intérêts nationaux fondamentaux de l’Amérique sont presque toujours en harmonie". Cette vision du monde ne s’appuie pas sur la morale mais sur le rapport des forces en présence. Ce n’est pas un hasard si elle prit naissance après la chute de l’Union soviétique quand un monde bipolaire devint unipolaire pour un temps. Dans un document du Ministère de la défense de 1992 dont l’auteur est Paul Wolfowitz, il est écrit : "Notre objectif premier est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs, qui pose une menace du même ordre que celle posée par l’Union soviétique." Il n’y a rien de "moral" dans cet objectif qui est l’expression d’une vision hégémonique du monde.
La morale dont se prévalent Bill Kristol et Robert Kagan n’est qu’un faux-nez. Seule compte l’hégémonie américaine associée à la cause israélienne. D’où le souhait émis d’un nouveau Pearl Harbor dans "Projet pour un nouvel empire américain". Ce sera le "11 septembre". Cette analyse en apparence cynique que nous en faisons ne l’est que pour ceux qui ont oublié l’Opération Norwood qui prévoyait le massacre de plusieurs milliers d’Américains pour forcer la main du président Kennedy à Cuba, ou l’incident de la Baie du Tonkin qui entraînera les Etats-Unis dans une guerre aussi violente qu’inutile au Vietnam ou encore cette déclaration de Madeleine Albright selon laquelle la sécurité des Etats-Unis vaut bien la mort de 500 000 enfants irakiens. Faut-il aussi rappeler cette pitoyable performance de Colin Powell le 5 février 2003 aux Nations Unies destinée à convaincre le monde que Saddam Hussein dispose d’armes chimiques ? L’Irak sera envahi et détruit sans qu’il ne soit trouvé la moindre trace d’armes chimiques ce que les inspections de l’ONU, commencées en 1991 sous la direction du Suédois Hans Blix, avaient amplement démontré.
 
Les Etats-Unis sont un empire – un empire d’une violence extrême. La guerre de Corée en est l’exemple même. Constatant qu’ils ne pouvaient conquérir la Corée du nord, les dirigeants américains décidèrent de l’éradiquer. La même politique fut appliquée au Vietnam avec l’usage massif d’un herbicide, baptisé "Agent Orange", pour en cacher l’horreur. Cette barbarie est présente tout au long de l’histoire américaine… La distribution de chocolat aux populations par les "boys" à la fin de Seconde Guerre mondiale ne doit pas faire illusion. Elle est le fait d’actes spontanés de soldats étrangers à la violence du "système" qui les dirige.
Les guerres en Afghanistan et en Irak qui seront suivies de la destruction de la Libye, de la Syrie et du Yémen n’ont rien d’un "messianisme démocratique". Elles sont l’application d’une politique décidée bien avant le "11 septembre". Plusieurs documents en attestent dont : "Une nouvelle stratégie pour sécuriser le Royaume", de Richard Perle écrit en 1996 ou cette lettre adressée à Bill Clinton en janvier 1998 par Robert Kagan, William Kristol, Richard Perle, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Dans son discours du 3 octobre 2007, le général Clark, ancien commandant des forces de l’OTAn, apprend dix jours après le 11 septembre que le Pentagone prévoit la destruction de l’Irak, de la Syrie, du Liban, de la Libye, de la Somalie, du Soudan et de l’Iran. Constatant que le peuple américain n’est pas informé de cette politique, il n’hésitera pas à parler de "coup d’état". Dix ans plus tard, force est de constater que ce plan a été en partie réalisé.
 
Assistons-nous au crépuscule de cette politique néoconservatrice ? Sans doute. Ni la Russie, ni la Chine ne l’acceptent. Plus grave pour ses auteurs, elle aboutit aux résultats opposés à ceux recherchés. Ainsi, l’Irak est-elle désormais proche de l’Iran – un rapprochement qui oblige les Etats-Unis, sous la pression d’Israël, a envisagé un "changement de régime" dans ce pays. La violence appelle la violence sans que soit atteint le but fixé : le remplacement des Accords Sykes-Picot par la carte du colonel Ralph Peters. Ce dessein qui a failli réussir est sur le point d’échouer à moins d’un engagement direct des Etats-Unis en Syrie et en Iran. L’engagement en Syrie est impossible, sauf à envisager un affrontement avec la Russie, comme l’a rappelé le chef d’état-major Joseph Dunford lors de son audition au Sénat en février dernier. Un affrontement avec l’Iran ne l’est pas davantage puisqu’il remettrait en cause l’Accord signé par l’Iran, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. C’est inenvisageable à moins d’une erreur grossière de l’Iran que les Etats-Unis aimeraient provoquer, comme le laissent entendre leurs déclarations, sans espoir d’y parvenir car la ficelle est trop grosse pour que les Iraniens la saisissent.
 
La politique néoconservatrice est un désastre absolu, si l’on y ajoute son coût humain et financier. Elle met en cause la stabilité intérieure des Etats-Unis, comme l’a démontré l’élection de Donald Trump. Elle est donc condamnée. Pour autant, va-t-elle s’effacer dans un avenir proche, comme le laisse entendre Renaud Girard ? En dépit de ses échecs, elle demeure la pensée dominante à Washington, à preuve les nouvelles sanctions à l’égard de la Russie votées par le Congrès. Il faut s’attendre à de nouvelles crises. Les empires disparaissent rarement sans livrer un dernier combat.
(1) Figarovox, 17 juillet 2017.

Envoyé par l'auteur, 7 août 2017

Crise des subprimes… suite

Publié dans De par le monde
Janet Yellen face au boomerang de Ben Bernanke - Crise des subprimes… suite
 
On a beaucoup écrit sur l’assouplissement quantitatif initié par la Réserve fédérale en réponse à la crise des subprimes. Ce n’est rien d’autre qu’une politique monétaire laxiste poussée à son paroxysme. L’heure du bilan a sonné. Il est mitigé, si l’on s’en tient aux résultats obtenus à ce jour, mais inquiétant si on ausculte le futur. En déclenchant cette politique en novembre 2008, Ben Bernanke, alors gouverneur de la Réserve fédérale, a lancé un boomerang qui revient à la face de son successeur.
 
L’assouplissement quantitatif n’a pas donné les résultats espérés. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Dans les trois mois qui suivent l’éclatement de la crise des subprimes, la Réserve fédérale abaisse son taux directeur de 2 % à 0,125%. Le Congrès approuve une série de déficits budgétaires élevés. Mais, l’économie américaine ne réagit pas comme prévu. La croissance moyenne annuelle s’élève 1,3 % contre 3,1 % pour les deux cycles précédents de croissance. Il faut sept ans au chômage pour retrouver son taux d’avant la crise contre quatre ans pour le cycle précédent et deux ans et demi pour celui d’avant. Même constat pour l’inflation. Elle était de 3,8 % en 2008 et tombe en dessous de zéro en 2009. Elle remonte à 1,3 % en 2016 et atteint 1,6 % en juin 2017, toujours inférieur à l’objectif de 2 % que s’est fixée la Réserve fédérale.
 
Pourquoi l’assouplissement quantitatif n’a-t-il pas donné les résultats attendus ? Parce qu’il repose sur un postulat, parce que son objectif premier était de secourir les banques, parce que les banques n’ont pas joué le jeu et enfin parce que le consommateur a choisi de se désendetter.
 
En 2002, dans un discours devenu célèbre, le futur gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, affirme qu’une augmentation hors norme de la masse monétaire viendrait à bout de toute déflation. Il se réfère à une allégorie de Milton Friedman qui suggérait qu’un gouvernement confronté à une récession insurmontable distribue des coupures de 1.000 dollars du haut d’un hélicoptère pour relancer l’économie. C’est d’une certaine manière ce que fit Bernanke au lendemain de la faillite de Lehman Bros., point de départ de la crise des subprimes. Craignant une crise d’ampleur, il acheta pour 1.400 milliards de dollars d’actifs bancaires du 17 septembre au 17 décembre 2008, triplant le total du bilan de la banque centrale en trois mois – du jamais vu dans les annales de la finance ! Cette manne qui consolida les banques mises à mal par la crise, était aussi un encouragement à relancer la consommation par le crédit. Les banques préférèrent déposer les sommes reçues en échange de leurs actifs sur leur compte à la Réserve fédérale, "stérilisant" la politique de Ben Bernanke. Quant au consommateur qui avait cru les balivernes des banquiers sur les prix de l’immobilier qui monteraient au ciel, il choisit de se désendetter. L’assouplissement quantitatif a échoué parce qu’il s’attaquait aux symptômes et non à la racine du mal.
 
En revanche, il a produit son plein effet sur les marchés financiers. Le S&P qui s’élevait à 1.192 le 15 septembre 2008 – jour de la faillite de Lehman Bros. – perdit près de la moitié de sa valeur en six mois, atteignant son point le plus bas le 9 mars 2009 (672). La première tranche d’assouplissement quantitatif le ramena à son niveau de septembre 2008 en avril 2010 (1.186). Les deux tranches suivantes le firent monter régulièrement. Il atteint 2.440 en juillet 2017, soit deux fois son niveau d’avant la crise. Cette performance a de quoi inquiéter. Le potentiel de l’économie américaine ne la justifie en aucune manière. Son taux de croissance devrait tomber de 2,1 % en 2018 à 1,9 % en 2019 et 1,8 % en 2020, selon les prévisions du Fonds monétaire international. Prudente, cette prévision n’en est pas moins optimiste. La reprise est dans sa septième année – durée moyenne des reprises américaines. Les marchés financiers seraient-ils sujets à une "exubérance irrationnelle" ? Selon les calculs de Robert Shiller, prix Nobel d’économie et père de cette expression, le ratio du résultat net par action ramené au prix de l’action (price earning ratio ou P/E), lissé sur dix ans, a retrouvé son niveau de 1929. Le risque d’une nouvelle crise financière ne peut donc être écarté.
 
Ce présage n’a pas échappé à la Réserve fédérale. Il a conduit Janet Yellen qui a remplacé Ben Bernanke en février 2014, a relevé le taux directeur par touches successives pour l’amener dans une fourchette de 1 % à 1,25 % le 15 juin 2017. Cette politique prudente s’explique par la vulnérabilité de l’économie américaine. Mais ce ne sont pas les taux à court terme qui importent, ce sont les taux à long terme que Janet Yellen ne contrôle pas. Le financement de l’économie américaine a connu une période exceptionnelle de 1980 à 2016, contredisant la loi fondamentale de l’offre et de la demande. Les taux d’intérêt à long terme des bons du Trésor ont régulièrement baissé alors que l’endettement public augmentait. Cette conjonction inédite tenait à l’apport des capitaux étrangers. Depuis 2015, cet apport s’est réduit à la marge, laissant aux investisseurs américains le soin de combler le vide. Les taux d’intérêt à long terme remontent, redonnant à la loi fondamentale toute sa légitimité. Cette hausse va se poursuivre puisqu’il est prévu que la dette fédérale augmente. Cette augmentation va entraîner l’économie américaine dans un cercle vicieux de décroissance.
 
Ainsi, l’assouplissement quantitatif présenté comme la solution miracle aux problèmes de l’économie américaine se révèle-t-il être un leurre. Il a pris la forme d’un boomerang qui s’apprête à frapper Janet Yellen en retour. Faut-il s’étonner alors qu’elle n’ait pas répondu à la question du sénateur John Kennedy* qui, lors de l’audition du 13 juillet, lui demanda si elle accepterait un second mandat en février 2018.  
 
*Aucun lien de famille avec le président John Kennedy

Envoyé par l'auteur, 30 juillet 2017

La France dans le déni

Publié dans Du côté des élites
La France dans le déni
 
"La critique est aisée mais l’art est difficile". Cet aphorisme de La Bruyère est certainement présent à l’esprit d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe quand ils entendent ou lisent les commentaires de leurs adversaires. Si le moraliste nous met en garde contre un usage abusif de la critique, il ne l’interdit pas. Profitant de cette liberté, tout en étant conscient de la tâche difficile à laquelle notre Président et son Premier ministre sont confrontés, nous analysons leurs discours respectifs. Force est d’admettre qu’ils sont décevants.
 
Celui d’Emmanuel Macron est un exercice de rhétorique tel que Sciences Po et l’ENA l’enseignent. On est tenté de reprendre la réplique de Ronald Reagan face à son adversaire Walter Mondale en 1984 : "where is the beef ?". Amender les institutions de la 5ème République, comme le Président le propose et comme beaucoup le souhaitent, n’est pas la priorité. Depuis la Révolution française, la France a eu vingt-et-une constitutions... dont certaines n’ont jamais eu d’existence réelle ! Elles n’ont empêché ni la défaite de Sedan ni la victoire de 1918.
 
Le discours d’Edouard Philippe est plus décevant encore. Il nous détaille un inventaire à la Prévert : taxe d’habitation, prix du paquet de cigarettes, déserts médicaux, vaccins obligatoires, remboursement des lunettes, etc. L’étonnement le dispute à la déception. Notre Premier ministre n’aurait-il pas lu les rapports Attali, Gallois, Pisani-Ferry Enderlein ou ceux de la Cour des comptes, de la Commission européenne, de l’OCDE et du Fonds monétaire international ? Son objectif prioritaire se limite à ramener le déficit budgétaire sous la barre des 3% pour satisfaire aux exigences de Bruxelles.
 
Selon le souhait du Président, il espère ainsi être en mesure de négocier avec l’Allemagne la création d’un ministère économique européen qui serait le pendant de la Banque centrale européenne – vieux rêve français qui vise à faire porter par les Allemands le coût de notre impéritie. Hélas, ils ne sont pas dupes. Non seulement ils ne le sont pas, mais ils sont d’excellents négociateurs en faisant de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom. Le traitement du solde de la balance des transactions courantes en fournit un excellent exemple. Alors que son déficit est limité à 4 % du produit intérieur brut, son excédent peut atteindre 6 %. Cette différence de traitement autorise une politique commerciale allemande outrageusement mercantile.
Ces limites de 4 % et 6 % sont arbitraires. Elles ne reposent sur aucune base rationnelle. Il en va de même du 3 %. Or, si la France est en contravention de ses engagements bruxellois avec un déficit budgétaire de 3,7 %, l’Allemagne l’est tout autant avec un excédent commercial de 8,5 % !
 
Comme le montrent les études mentionnées ci-dessus, la France a deux priorités : la réduction de son coût de fonctionnement et la compétitivité de ses entreprises. Au-delà de ces deux priorités, l’objectif du gouvernement doit être d’abaisser la limite de l’excédent commercial de 6 à 4 % afin d’obliger l’Allemagne à adopter une politique de relance qui profiterait à la France et à la zone euro.
nvoyé par l'auteur, 10 juillet 2017

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