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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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... sous le crâne de D. Trump

Publié dans De par le monde
Tempête sous le crâne de Donald Trump
 
Sa décision de sortir de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien a pour Donald Trump une conséquence inattendue : doit-il ou non bombarder l’Iran ? De la Corée à l’Irak en passant par le Vietnam, le Cambodge, la Lybie, le Panama, la Bosnie, le Kosovo, etc., bombarder une nation n’a jamais posé de cas de conscience aux présidents américains. Alors pourquoi hésite-t-il ? Parce ce qu’un conflit ouvert avec l’Iran provoquerait non seulement une crise économique mais éliminerait toute chance d’être réélu.
 
La situation au Moyen Orient prend son origine dans les attaques du 11 septembre. George W. Bush a entamé une guerre contre le terrorisme qui s’est matérialisée par l’invasion de l’Afghanistan et de l’Iraq, la destruction de la Lybie et la guerre en Syrie. Israël qui depuis sa création se sent isolé dans une région entourée d’ennemis, appuie la politique américaine. Mais, comme nous l’apprend la troisième loi d’Isaac Newton, toute action crée une réaction. La Russie et l’Iran ont donc répondu favorablement à la demande d’assistance de Bachar el-Assad dont le pays était au bord de l’effondrement. Grâce à cette aide, le dirigeant syrien a pu récupérer la presque totalité de son territoire.
 
Les choses auraient pu en rester là si l’aviation israélienne se cachant derrière un Il-20 pour bombarder la Syrie n’avait pas provoqué la destruction de cet avion et la mort de quinze membres d’équipage par la défense antiaérienne syrienne. Les Russes ne s’y sont pas trompés et blâmés Israël. Dans un récent
article, Youssef Hindi considère qu’il s’agit là d’une grave erreur des Israéliens. Alors que jusqu’à présent, Vladimir Poutine avait réussi à maintenir l’équilibre entre les factions israélienne et russe à l’intérieur de son gouvernement, l’abattage du Il-20 l’a fait pencher en faveur de la faction russe, soutenue par l’Armée.
 
Il existe un même équilibre instable au sein du gouvernement américain. Les conseillers de Donald Trump se partagent entre partisans des thèses israélienne et nationale.
Henri Kissinger 
a d’ailleurs déclaré : "A la Maison Blanche, c’est la guerre entre juifs et non juifs". Donald Trump est dans le camp des seconds (America First), mais il doit sa victoire en partie aux premiers (Sheldon Adelson et Robert Mercer lui ont apporté un soutien crucial à un moment critique de sa campagne en juin 2016). Pour éviter une guerre qui ruinerait ses chances d’être réélu, il finasse (nouvelles sanctions, négociation sans préconditions, etc.). Sa stratégie de "pression maximale", destinée à faire tomber le régime iranien de l’intérieur, rend bombardements et invasion inutiles. Mais que se passe-t-il si l’effet attendu ne se produit pas ?
 
Le Pentagone pourrait-il, comme en Russie, faire pencher la balance au profit des thèses nationales ? Non seulement les guerres au Moyen Orient ont entaché son image (en particulier à l’étranger) mais, plus grave, elles le privent des ressources nécessaires pour se préparer à un conflit avec la Russie ou la Chine. Or, les généraux américains pensent que c’est là leur premier devoir. Donald Trump prétend d’ailleurs avoir "reconstruit" le Pentagone.
 
Si le Pentagone réussissait à faire pencher la balance de son côté, Israël serait isolé, sans appui à Moscou et à Washington. Dans ces conditions, n’est-il pas l’intérêt de Benjamin Netanyahu de créer les conditions d’un conflit inévitable entre l’Iran et les Etats-Unis ? Cela détruirait l’ennemi qui soutient la Syrie et le Hezbollah, et aurait aussi l’avantage d’assurer sa réélection en octobre prochain. Quant à Donald Trump, il pourrait dire au revoir à la sienne en novembre 2020. La tempête sous son crâne doit lui donner des maux de tête.

Envoyé par l'auteur, 2 juillet 2019

Quel est ce pays ?

Publié dans De par le monde
Quel est ce pays ? (USA)
 
Quel est ce pays qui s’octroie le droit d’affamer les populations de l’Iran et du Venezuela au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Quel est ce pays qui après avoir détruit trois nations au Moyen-Orient (Irak, Libye et Syrie), participe à la destruction d’une quatrième (Yémen), avec l’aide de la France, créant la pire crise humanitaire de la planète ? Quel est ce pays qui au nom des valeurs de l’Occident, s’en prend aux nations riches en ressources naturelles (Iran, Iraq, et Libye pour leur pétrole, et Venezuela pour son pétrole et son or) ?
 
Quel est ce pays qui bafoue l’habeas corpus (Guantanamo), torture les prisonniers (Abu Ghraib), massacre les populations civiles (My Lai), et s’exonère des lois internationales ? Quel est ce pays qui ment effrontément au Conseil de sécurité avant d’envahir l’Irak ? Quel est ce pays qui estime que sa sécurité vaut bien la mort de 500.000 enfants ? Quel est ce pays qui se désengage unilatéralement de deux traités internationaux majeurs (traité sur les missiles nucléaires à court terme, et Accord de Vienne sur le nucléaire iranien), créant du même coup un accroissement de la tension dans les relations internationales ? Quel est ce pays qui impose ses lois extra-territorialement ?
 
Quel est ce pays qui donne des leçons de démocratie au monde alors que près de la moitié de ses électeurs se sont abstenus de voter aux élections présidentielles de ces trente dernières années ? Quel est ce pays dont la population carcérale est la plus importante au monde en nombre absolu et relatif ? Quel ce pays dont le taux d’inégalité est le plus élevé des économies avancées ? Quel est ce pays où 27 millions des habitants n’ont accès à aucune couverture sociale ? Quel est ce pays dont les dépenses militaires sont égales à celles des huit pays suivants ?
 
Ce pays n’est pas celui de Thomas Jefferson, de James Madison et d’Abraham Lincoln. Ils ont exprimé leur vision de l’Amérique dans trois documents fondateurs : la Déclaration d’indépendance, la Constitution des Etats-Unis et le discours de Gettysburg. Les dirigeants actuels les ont-ils oubliés ?

Envoyé par l'auteur, 7 mai 2019

L’avenir de l’euro n’est pas...

Publié dans Avec l'Europe
L’avenir de l’euro n’est pas assuré
 
A l’occasion du 20ème anniversaire de l’euro (1), ses partisans se félicitent de son succès. Mais, son avenir est loin d’être assuré. Au plan pratique, c’est un succès. Son adoption facilite les transactions commerciales et financières, et abaisse leur coût. Les touristes y trouvent leur compte par la facilité qu’il leur accorde de voyager à travers l’Europe.
Mais, économiquement, c’est un échec.
De 2000 à 2017, la croissance moyenne de la zone euro (1,3 %) est plus faible que celle de l’Union européenne (1,7 %), de la Grande-Bretagne (1,9 %) et des Etats-Unis (2,0 %). Le chômage (9,5 %) y est plus élevé qu’en Union européenne (9,0 %), qu’en Grande-Bretagne (5,9 %) et qu’aux Etats-Unis (6,1 %). Le taux de chômage des moins de 25 ans est alarmant : 34 % pour l’Espagne, 29 % pour l’Italie et 24 % pour la France. Seuls, l’Allemagne (9,8 %) et les Pays-Bas (10,2 %) font mieux. Ces chiffres sont à comparer avec ceux des Etats-Unis (12,8 %) et de la Grande-Bretagne (15,3 %). (2) Les "gilets jaunes" sont l’expression de cet échec, même si d’autres facteurs sont à l’œuvre. A quoi tient-il ? A trois causes principales : politique, idéologique et structurelle. En refusant de faire les réformes qui s’imposent pour le sauver, les autorités nationales et européennes le condamnent.
 
L’objet de l’euro était d’arrimer l’Allemagne à l’Europe. C’est une idée française. C’est aussi une idée fumeuse qui démontre l’inculture économique de nos élites. Comment peut-on imaginer "arrimer" un pays au travers d’un accord monétaire, sauf à supposer que les Allemands ne comprennent rien à ces choses ? Comme ils les comprennent très bien, ils ont accepté la proposition française en posant leurs conditions… Ils ont fait de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom. (3) Cela donne à nos "amis d’outre-Rhin" un avantage compétitif considérable en bénéficiant d’une monnaie dépréciée – l’euro – par rapport au Deutsche mark. La politique économique allemande étant traditionnellement mercantile, (4) les dégâts – côté français – ne se sont pas fait attendre, à preuve l’effondrement de notre outil industriel. Là aussi il y a plusieurs causes, mais l’euro en est une, incontestablement.    
 
En abandonnant l’esprit de solidarité présent dans la déclaration Schuman au profit du néolibéralisme, le traité de Maastricht est une bombe à retardement dont on voit les premiers effets en Italie, en France et dans le reste de l’Europe. Peu l’ont relevé, mais le lien existe. (5) A cette disparition de l’esprit communautaire s’ajoute la libre circulation des capitaux qui accroît tout à la fois l’efficacité et l’instabilité de l’économie de la zone. Cette disposition aurait dû s’accompagner d’un fonds de stabilisation pour contrer des mouvements de capitaux intempestifs. Les Allemands s’y sont opposés. Il a fallu attendre la crise de l’euro de 2010 pour qu’ils y consentent a minima.
 
Structurellement, l’euro est une construction déficiente. La monnaie unique ne répond pas aux conditions posées par l’économiste canadien Robert Mundell dans sa théorie de la zone monétaire optimale qui postule que les nations qui souhaitent avoir une même monnaie, doivent partager une même structure économique. Cela permet aux autorités de réagir par des mesures communes en réponse à un choc externe. La structure de l’économie allemande est différente de celle de l’Italie, sans parler de celle de la Grèce… (6) En l’absence de budget commun, la zone euro ne dispose que du levier monétaire pour répondre aux chocs externes, comme celui de la crise des subprimes. La liberté d’action de la Banque centrale européenne étant limitée par ses statuts, son gouverneur, Mario Draghi, contourna "astucieusement le carcan qui lui était imposé en rappelant à ses critiques qu’outre sa mission de veiller à la stabilité des prix, la BCE doit aussi assurer la stabilité du système bancaire.S’il n’intervient pas, plusieurs Etats membres de la périphérie seront en grande difficulté mettant du même coup en danger les banques, leur principal bailleur de fonds. Il lui faut donc aider ces Etats pour préserver la stabilité du système bancaire". (7) Mario Draghi sauva l’euro, pour un temps.
 
Tout décor a son revers. La Bundesbank accumule sur les pays du sud de l’Europe une créance qui ne cesse de croître. Fin 2017, elle s’élève à près du tiers de son produit intérieur brut avec pour principaux débiteurs l’Italie (481 milliards d’euros), l’Espagne (389 milliards), et le Portugal (81 milliards). La dette publique italienne est notée "qualité moyenne inférieure" par les agences de notation, juste un cran au-dessus de la notation "spéculative", niveau qui la transformerait en "obligations à risque" dans le jargon des marchés financiers. Cela entraînerait un relèvement des taux d’intérêt et accroîtrait le déficit budgétaire. La dette espagnole est notée "qualité moyenne inférieure", soit un niveau au-dessus de la dette italienne. Ces deux nations sont très vulnérables aux chocs externes. Leur situation ne peut que se dégrader lors de la prochaine récession américaine prévue pour 2020 par Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve Fédérale.
 
Il fut un temps où l’euro pouvait être sauvé. Ce temps est révolu. L’Italie et l’Espagne souffrent ainsi que la France, à un moindre degré. Quant à l’Allemagne, elle accumule des créances douteuses sur les nations du sud de l’Europe avec le risque d’être le banquier de l’Europe – risque inacceptable pour les Allemands. Par ailleurs, son avenir n’est plus à l’ouest mais à l’est, en Russie, en Chine et en Inde. Ces deux facteurs conduiront ses dirigeants à reconsidérer leur adhésion à la monnaie européenne et, in fine, à reprendre leur liberté pour se concentrer sur les marchés d’avenir. L’euro aura vécu.
 
(1)   Sous sa forme immatérielle, le 1er janvier 1999. Les pièces et billets entreront en service le 1er janvier 2002.
(2)  
Perspectives de l’économie mondiale – Octobre 2018 (FMI), et Eurostat.
(3)   Se reporter aux statuts de la Banque centrale européenne.
(4)   En 1887, le Parlement britannique a voté le Merchandise Marks Act pour tenter d’y mettre fin, sans résultat.
(5)   "
L’existence de l’euro, cause première des ‘gilets jaunes’ " par un collectif d’économistes et d’historiens. Barack Obama a reconnu l’existence de ce lien entre néolibéralisme qu’il appelle Consensus de Washington et mécontentement des populations laborieuses dans un récent échange
avec James Baker.
(6)   Cette disparité dans les structures économiques des états membres concentre l’activité dans les nations les plus performantes. Les nations les moins productives se vident de leurs populations qui émigrent vers les états membres à forte capacité industrielle. Cette migration est catastrophique pour certains pays, comme la Grèce ou la Roumanie.
(7)   Jean-Luc Baslé, "L’euro survivra-t-il ?" p. 113.

Envoyé par l'auteur, 3 janvier 2019, paru dans Le Cercle Les Echos 2 janvier 2019

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