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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Mesures US de rétorsion

Publié dans De par le monde
Mesures américaines de rétorsion
 
Dans un article récent, Jeffrey D. Sachs, professeur à l’université de Columbia, New York, demande à l’Europe de s’opposer à Trump. En s’opposant à Trump et en défendant le droit international, écrit-il, les Européens renforceront "la paix internationale et l’amitié transatlantique". Voilà de bons sentiments qui ignorent une réalité. Est-il dans l’intérêt des Européens de s’opposer à Donald Trump ? La réponse est non.
 
Les mesures de rétorsion dont dispose les Etats-Unis pour imposer leur volonté au reste du monde sont suffisantes pour dissuader les Européens. Les voici :
- Le dollar. Il est à l’économie mondiale ce que le sang est au corps humain. La quasi-totalité des opérations de change sont libellées en dollar. Les deux-tiers des réserves des banques centrales sont libellées en dollar. La moitié des emprunts internationaux sont libellés en dollar. La bourse américaine est la première au monde. Elle est égale à près de la moitié du total mondial. La bourse chinoise est égale au cinquième de la bourse américaine, c’est-à-dire au dixième du total mondial. Aucune grande banque mondiale ne peut survivre sans être présente à New York. Washington le sait et n’hésite pas à utiliser l’arme du dollar pour parvenir à ses fins.
 
- SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) est une société de droit belge, contrôlée par les plus grosses banques mondiales. Créé en 1973, SWIFT remplace le Télex, jugé trop lent, et fournit des services de messagerie standardisée de transfert interbancaire. Son grand intérêt est de d’assurer la non-répudiation des échanges. Aucun tiers ne peut nier avoir effectué une transaction. Plus de 10.000 banques situées dans 200 pays effectuent chaque jour plus de 25 millions de transactions.
Bien qu’indépendant, SWFIT est dans les faits sous contrôle américain. Washington a menacé la Russie de l’exclure.
 
- Clause d’arbitration. L’Union européenne vient de signer avec le Canada le Comprehensive Economic and Trade Agreement ou CETA dont l’objet est d’abaisser les tarifs douaniers. Une clause d’arbitration autorise les entreprises à intenter une action en justice contre le gouvernement qui aurait promulgué une loi qui serait préjudiciable à leurs intérêts. Si elles obtiennent satisfaction, le gouvernement concerné devra leur payer le manque à gagner dû à cette loi. Un accord commercial similaire doit être signé avec les Etats-Unis. Quel usage en feront les entreprises américaines ?
 
- Sanctions économiques. C’est une arme dont l’efficacité est discutée. Elle n’en est pas moins redoutable par ses effets sur les populations, en particulier sur les personnes ou les familles les plus démunies. (1) Dix-neuf nations sont soumises à des sanctions à divers titres (politique, terrorisme, drogue, cybercriminalité, criminalité internationale, etc.).
 
- Interférences dans les campagnes électorales. Cambridge Analytica, société spécialisée dans ce genre d’opérations, a été mise en liquidation après avoir collecté et exploité des informations personnelles de Facebook dans la campagne présidentielle de 2016.
 
- Extra-territorialité des lois américaines. Avec un cynisme assumé, les Etats-Unis utilisent leurs lois, en particulier celles contre la corruption dans les grands contrats internationaux, pour pénaliser les entreprises étrangères tout en ignorant les entreprises américaines. Le total des amendes infligées au titre du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) s’élève à 8.872 millions de dollars dont 5.339 millions pour les entreprises européennes et 1.774 millions pour les entreprises américaines. (2)
Cette extra-territorialité s’applique aussi aux banques qui n’auraient pas respecté les sanctions économiques internationales décidées par les Etats-Unis. Le total des amendes infligées aux banques européennes depuis 2009 s’élève à 16.857 millions de dollars pour seulement 88 millions pour une seule banque américaine (JPMorgan Chase). (2) Il est difficile de ne pas y avoir une inégalité de traitement !
 
- Révolutions de couleur. Là où l’interférence électorale ne donne pas les résultats escomptés, les Etats-Unis provoquent des révolutions. La première et la plus connue est la révolution iranienne de 1953, fomentée par Kermit Roosevelt, petit-fils de Théodore Roosevelt, et membre de la CIA. Elle mit fin à la carrière politique de Mohammad Mossadegh, Premier ministre. Ces révolutions sont nombreuses : Tunisie, Egypte, Syrie, Libye, Ukraine, etc. Elles s’inspirent de la révolution cubaine de 1898 dans laquelle intervinrent les Etats-Unis au motif d’aider les insurgés et aussi de défendre leurs intérêts. Il s’agit donc d’un mode opératoire éprouvé et confirmé.
 
A ces moyens dissuasifs, il faut ajouter les Cinq Yeux ou Five Eyes (Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Australie, et Nouvelle Zélande) qui depuis la Guerre froide scrutent les cieux en permanence à la recherche d’informations, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui accumulent une quantité inimaginable de données personnelles et dont la frontière avec l’extérieur est poreuse (se reporter au scandale Cambridge Analytica). A cette liste, il faut ajouter la NSA, prise la main dans le sac il y a quelques années avec ses écoutes téléphoniques des dirigeants européens.
Si ces mesures ne suffisent pas, les Etats-Unis n’hésitent pas à prendre les personnes en otage. C’est ainsi que Frédéric Pierucci, cadre dirigeant d’Alstom, fut arrêté à l’aéroport Kennedy de New York le 14 avril 2013 pour faire pression sur la direction de l’entreprise – opération qui fut un succès du point de vue américain puisqu’elle aboutit à la reprise d’un fleuron de l’industrie française par General Electric. Mentionnons aussi l’arrestation illégale au Canada de Meng Wanzhou, fille du dirigeant de Huawei – entreprise qui aurait violé les sanctions anti-iraniennes instaurées par Washington.

La requête de Jeffrey Sachs est irrecevable. Elle est incongrue et dangereuse. C’est aux Américains de s’opposer à Donald Trump et non aux Européens. S’opposer à cet égocentrique aux réactions imprévisibles est risquée en raison des mesures de rétorsion auxquelles les Européens s’exposeraient. Ces mesures précèdent l’élection de Donald Trump. Aucune autre nation ne dispose d’un tel arsenal.
 
* Selon un
rapportde l’ONU, les sanctions imposées à l’Irak par le Conseil de sécurité en août 1990 auraient causé la mort de 576.000 enfants.
** Les chiffres sont ceux cités dans le livre de Frédéric Pierucci : Le piège américain.

Publié sur le site Iveris le 26 août 2019 - Envoyé par l'auteur, 26 août 2019

Quand les Etats ne ...

Publié dans De par le monde
Quand les Etats ne respectent plus les traités, le droit international et la parole donnée…
 
… la tension monte et les Etats se déclarent la guerre.
 
Bill Clinton n’a pas respecté l’engagement verbal de James Baker "de ne pas avancer d’un pouce à l’est" donné à Michael Gorbatchev en échange de son accord à la réunification de l’Allemagne (1). En décembre 2001, George W. Bush a dénoncé unilatéralement le traité ABM de mai 1972 sur la limitation des armes stratégiques. Le 8 mai 2018, Donald Trump a dénoncé unilatéralement l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, signé le 14 juillet 2015 après dix ans de négociations laborieuses. En octobre 2018, Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé le 8 décembre 1987, au prétexte que la Russie n’a pas respecté ses engagements alors que l’installation d’une base militaire américaine anti-missiles en Pologne en 2018, et plus tard en Roumanie, officiellement pour protéger l’Europe de tirs iraniens, est interprétée par Vladimir Poutine comme une violation du dit traité.
 
Au printemps 2018, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France tirent des missiles sur la Syrie en réponse à un usage non formellement démontré d’armes chimiques par l’armée de Bachar el-Assad.
Toujours en 2018, les Etats-Unis entament une guerre économique avec la Chine au mépris des règles de l’Organisation mondiale du commerce qui prévoient une procédure d’arbitrage en case de différent – règles que la Chine a elle-même flouées.
En juillet dernier, la Grande-Bretagne arraisonne un navire iranien à Gibraltar au mépris des règles internationales.
Il y a quelques jours, l’Inde a révoqué l’article 370 de sa constitution, annexant de fait la province Jammu-et-Cachemire en réponse à la violation du cessez-le-feu le long de la Ligne de contrôle par le Pakistan. Un conflit entre deux puissances nucléaires.
La Chine s’approprie la mer de Chine du sud, tout comme les Etats-Unis se sont appropriés le golfe du Mexique.
 
Tout ceci dans un climat de tension au Moyen-Orient et à travers le monde : inimitié croissante entre les Etats-Unis et la Russie, guerre commerciale sino-américaine, impasse diplomatique entre les Etats-Unis et la Corée du nord, querelle inquiétante entre le Japon et la Corée du sud, etc… sans parler d’une situation économique fragile avec une croissance mondiale en berne, une surévaluation des valeurs boursières et de l’immobilier…
Il ne peut y avoir de paix sans règles, et sans respect des règles.
 
(1) James Baker était le ministre des affaires étrangères de George Bush père. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique en décembre 1991, douze nations ont rejoint l’OTAN : République tchèque, Hongrie, Pologne, Bulgarie, Estonie, Lituanie, Romanie, Slovaquie, Slovénie, Albanie, Croatie et Monténégro.

Envoyé par l'auteur, 7 août 2019

Etats-Unis : l’innocente victime

Publié dans De par le monde
Etats-Unis : l’innocente victime
 
Du point de vue américain, la chose est entendue : les Etats-Unis ont été la victime d’une ignominieuse attaque à Pearl Harbor. Ils l’ont été à nouveau le 11 septembre. Aujourd’hui, c’est l’Iran qui menace leur sécurité. Ce sont les Iraniens qui ont abattu un drone américain, qui ont saisi un pétrolier étranger et s’affranchissent des contraintes du traité de Vienne. Qui doute de la malfaisance de ce pays doit se référer au
discours de George W. Bush du 29 janvier 2002. Le président américain y déclare que l’Iran avec l’Irak et la Corée du nord constitue un "axe du mal", la référence à un autre axe de l’histoire, celui de Berlin-Tokyo-Rome, souligne, s’il le fallait, la malignité de ce nouvel axe. Mais de quoi l’Iran est-elle coupable ? Et, les Etats-Unis sont-ils innocents ?
 
L’Iran est coupable de sa géographie, de ses richesses pétrolières, et de sa politique étrangère indépendante. La France fut aussi coupable de ce vice, au temps du général De Gaulle. Dieu merci, depuis Nicolas Sarkozy les choses sont rentrées dans l’ordre. C’est pourquoi la France maintient une force militaire en Syrie sans y avoir été invitée à l’inverse de l’Iran et de la Russie. On ne peut comprendre ce qui oppose les Etats-Unis à l’Iran sans revenir à 1953. Mohammad Mossadegh, alors premier ministre, considérant que le pétrole de l’Iran appartenait aux Iraniens, a eu l’idée saugrenue de nationaliser l’Anglo-Iranian Company, entreprise pétrolière détenue par des intérêts britanniques. Mal lui en prit. Kermit Roosevelt, chef de la CIA à Téhéran et petit-fils du président Théodore Roosevelt, le destitua grâce à un complot qui le fit passer pour un agent de l’Union soviétique, avec manifestations de la rue à l’appui. Ce coup d’état fut un tel succès que la CIA le reproduisit dans d’autres pays. Pour résumer une longue histoire, on peut dire que l’Iran est coupable de vouloir profiter de ses richesses et de définir sa politique.
 
Quant aux Etats-Unis, se drapant dans les grands principes hérités du Siècle des Lumières, ils ne cessent d’intervenir dans les affaires intérieures des nations.
C’est Donald Trump qui arbitrairement a dénoncé le traité de Vienne. Comment peut-il reprocher aux Iraniens de s’affranchir des quotas que ce traité impose sur la fabrication d’uranium enrichi alors qu’il le rejette ? Les Etats-Unis ne sont pas la victime mais l’agresseur.
Qui doute que Franklin Roosevelt était au courant de l’attaque de Pearl Harbor ? (1) Pire, qu’il a tout fait pour la provoquer ?
Qui croit à la version officielle du 11 septembre 2001 quand Thomas Kean et Lee H. Hamilton, respectivement président et vice-président de la Commission d’enquête, ont cru bon d’écrire un
livre
pour faire part de leur frustration face tracasseries administratives et autres embûches qui les empêchèrent de mener à bien leur investigation ?
Qui doute encore que l’incident du golfe du Tonkin est une provocation américaine pour justifier la guerre au Vietnam ?
Qui doute que Jacobo Arbenz, président du Guatemala, a été assassiné sur ordre de Washington, que Juan Bosch, premier président de la République dominicaine élu démocratiquement, fut démis de ses fonctions par les Etats-Unis ou que Joao Goulart, président réformateur du Brésil, fut victime d’un coup d’état qui institua une dictature militaire, particulièrement brutale, de deux décennies ?
Ajoutons Augusto Pinochet pour faire bonne mesure.
Comble de l’ironie, à chaque intervention, les Américains se présentent comme les défenseurs de la liberté contre une agression prétendument communiste, alors qu’ils sont du côté des ploutocrates locaux en liaison directe avec leurs grandes entreprises pour piller les ressources du pays. Ce cynisme politique ne se limite pas à l’hémisphère sud. Elle s’applique au monde entier, Europe incluse. La Grèce en est le plus triste exemple.
 
Notons avant de conclure que cette politique interventionnisme est en parfaite contradiction avec les textes officiels que sont les trop fameux "Quatorze points" de Woodrow Wilson, la "politique de bon voisinage" de Franklin Roosevelt, la Charte de l’Atlantique d’août 1941, et l’Alliance pour le progrès de John Kennedy.
 
Les Etats-Unis sont la nation "indispensable", la Nouvelle Jérusalem dotée d’une "Destinée manifeste" … Il s’en suit qu’ils sont là pour conduire le monde, c’est-à-dire le dominer. Pratiquement, cela se traduit par le pillage des ressources naturelles à travers le monde, et l’ouverture des marchés aux produits américains. D’où les deux expéditions du Commodore Perry de 1853 et de 1854 pour ouvrir le marché japonais, la "libération de Cuba" pour s’approprier le contrôle mondial du marché du sucre, ou la conquête des Philippines qui ouvre la voie au marché chinois après l’annexion de Guam. Voilà comment il faut entendre la politique des portes ouvertes (open-door policy) du Secrétaire d’état John Hay : politique d’ouverture aux produits américains tout en protégeant le marché intérieur par des tarifs douaniers ou des clauses "antécédentes" (grand-fathering). (2) Tout cela est d’une parfaite hypocrisie et révèle une avidité insatiable dont le père Goriot lui-même ne serait pas capable. A ceux qui auraient encore des doutes, voilà ce que dit Woodrow Wilson : "notre marché intérieur ne peut absorber notre production… il nous faut un grand marché (mondial) pour l’écouler." (3) C’est cette même hypocrisie qui régit les relations extérieures américaines aujourd’hui. L’Iran en est la victime, les Etats-Unis l’agresseur.
 
(1) En 1999, le Sénat reconnu que les deux officiers en charge de la défense d’Hawaï, l’amiral Kimmel et le général Short, avaient agi de façon compétente et professionnelle et qu’en aucun cas la responsabilité de la destruction des navires américains ne pouvait leur être imputée. (David Ray Griffin. The American Trajectory: divine or demonic, p. 148)
(2) Les clauses “grand-fathering” émanent de lois et règlements américains qui donnent un avantage aux Etats-Unis dans les traités internationaux – avantages dont leurs partenaires ne peuvent se prévaloir.
(3) David Ray Griffin. The American Trajectory: divine or demonic, p. 69, p. 123.

Envoyé par l'auteur, 22 juillet 2019

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