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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Présidentielle et l’euro

Publié dans Avec l'Europe
L’élection présidentielle et l’euro
 
Plusieurs candidats ont fait de l’euro une question clé de la campagne présidentielle. Il convient donc de s’interroger à ce sujet. L’euro a-t-il tenu ses promesses ? Sinon, faut-il en sortir ? A la première question, la réponse est sans appel : non, l’euro n’a pas tenu ses promesses. A la seconde, la réponse est plus nuancée. L’euro n’a pas tenu ses promesses mais il ne s’ensuit pas qu’il faille en sortir. L’euro souffre de défauts congénitaux auxquels il est possible de porter remède.
 
Une monnaie unique ne fonctionne que si certaines conditions sont satisfaites. La première tient à la nature des économies des pays membres. Si elles sont structurellement semblables, aucun aménagement n’est nécessaire. Si elles sont dissemblables, des transferts inter-états doivent corriger les déséquilibres entre états membres. Aux Etats-Unis, la Californie et le Texas sont riches. L’Arkansas et l’Oklahoma sont pauvres. Des transferts fédéraux rétablissent l’équilibre entre les Etats. De tels transferts n’existent pas dans la zone euro.
La seconde condition tient à la politique économique. La politique américaine est définie à Washington. Dans la zone euro, la politique est définie par l’Allemagne. C’est une politique mercantile basée sur la compétitivité des entreprises. Celle de la France lui est opposée. Elle privilégie le pouvoir d’achat pour assurer la paix sociale. L’Allemagne jouit d’un solde commercial structurellement excédentaire, la France d’un solde structurellement déficitaire.
 
Cette situation se traduit par une créance de l’Allemagne sur les membres de la zone euro. Le chiffre était de 17,5 milliards euros en janvier 1999. Il est de 743 milliards en décembre 2016, soit 24 % du produit intérieur brut. A cette date, la France avait une dette 35 milliards d’euros. En valeur absolue, les dettes de l’Italie et de l’Espagne sont les plus élevées, 364 milliards et 333 milliards d’euros, respectivement. En valeur relative, c’est la Grèce qui arrive en tête (41 % du produit intérieur brut) devant le Portugal (39 %) et l’Espagne (30 %). La politique économique de la zone euro conduit donc à un déséquilibre croissant entre l’Allemagne et le reste de la zone euro.
 
Pour rester viable, la zone euro doit adopter des transferts inter-Etats et changer de politique économique. L’Allemagne est y opposée. L’euro ne peut survivre en l’état. Une solution consisterait à créer une zone, plus restreinte comprenant l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Finlande et l’Autriche. Précisons que la France ne pourrait y participer qu’à la condition de consentir aux réformes structurelles que l’évolution de l’économie mondiale exige. Dans ce schéma, la sortie des autres pays de la zone euro pose un problème quasi insoluble.
 
Cette solution n’est pas satisfaisante. Une autre solution serait de convaincre l’Allemagne d’abandonner ses dogmes économiques. Elle devrait y consentir car elle est en infraction des règles de l’euro. Son solde commercial qui s’élève à 9 % du produit intérieur brut, est 3 % au-dessus de la limite imposée par le Pacte pour l’euro. C’est aussi dans son intérêt. Si rien n’est fait, sa créance non seulement atteindra des sommets mais sera constituée de débiteurs peu solvables. Quand la zone euro s’effondrera sous le poids de la dette, elle sera face à une économie européenne en pleine crise qui l’entraînera dans sa chute. La raison devrait la convaincre de modifier sa politique. Si elle y consent, la zone euro tiendra ses promesses.

Cessons de calomnier les Russes

Publié dans De par le monde
Cessons de calomnier les Russes
 
Surtout, nous autres Français. En 1815, le tsar Alexandre interdit à ses troupes d’entrer dans Paris pour épargner ses habitants. La bataille de la Marne fut gagnée avec le concours des Russes qui lancèrent une offensive à la demande de Joffre pour soulager l’armée française face à la pression allemande. Personne ne doute que les Alliés ont libéré la France mais combien savent qu’en juin 1944 plus rien ne pouvait arrêter Joukov dans sa marche sur Berlin après qu’il eut libéré Stalingrad et gagné la plus grande bataille de chars de tous les temps à Koursk. Combien savent que 26 millions de Soviétiques sont morts pendant la Seconde Guerre contre 300 000 Américains – un rapport de 1 à 100, pratiquement.
 
Oublions le passé, venons-en au présent.
L’élection présidentielle américaine a été l’occasion d’une virulente campagne antirusse affirmant, sans jamais le prouver, que Vladimir Poutine tentait de favoriser l’élection de Donald Trump. L’accusation ne manquerait pas de sel, si l’affaire n’était pas aussi sérieuse. En effet, depuis 1945, les Etats-Unis n’ont cessé d’intervenir dans les affaires intérieures de nombreuses nations, comme en Iran (Mossadegh), en Italie (affaire Gladio) ou au Chili (Allende). Qui doute qu’Al-Qaïda est une création américaine ? Le conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, Zbigniew Brezinski, l’a reconnu lui-même dans Libération. En Ukraine, le président Viktor Ianoukovitch, élu démocratiquement, a été victime d’un coup d’état, fomenté par les Etats-Unis. La secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Victoria Nuland s’en est vantée, ajoutant qu’elle avait dépensé 5 milliards de dollars à cet effet.
 
Les premières accusations à l’encontre de la Russie ont été formulées en juillet 2016, quelques jours après le scandale de la Convention démocrate et la démission de sa présidente, Debbie Wasserman Schultz. Les choses se sont calmées. Puis, les charges ont repris après l’élection de Donald Trump pour se porter sur Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, qui dut démissionner. C’est maintenant autour de Jeff Sessions, ancien sénateur et nouveau ministre de la justice, d’être accusé d’entente avec "l’ennemi". Jack Matlock, ancien ambassadeur à Moscou, s’étonne de ces accusations. C’est une pratique courante pour les sénateurs de s’entretenir avec les dirigeants de nations étrangères. Stephen Cohen, spécialiste de la Russie, déplore cette campagne antirusse qu’il considère très dangereuse. Noam Chomsky, linguiste reconnu et activiste politique, se désole d’une situation où les Etats-Unis sont la risée du monde entier, en l’absence de preuves justifiant ces accusations.
 
A quoi est due cette campagne ? Au fait que Donald Trump souhaite rétablir des relations normales avec la Russie. Quel mal y aurait-il à atteindre cet objectif ? Le monde n’en serait-il pas apaisé ? Cet objectif va à l’encontre de la politique néoconservatrice de domination mondiale. Lors de la réunification de l’Allemagne, les Etats-Unis se sont engagés à ne pas étendre l’OTAN à l’Est. Que constatons-nous aujourd’hui ? Que douze nations de l’Europe de l’Est ont rejoint l’Alliance atlantique. Que George W. Bush a mis fin unilatéralement au traité sur les missiles antimissiles balistiques de 1972. Que des missiles Tomahawk ont été installés en Pologne et en Roumanie sous le fallacieux prétexte de menacer l’Iran alors qu’ils visent la Russie. Que les Occidentaux conduisent les manœuvres militaires les plus grandes depuis l’opération Barbarossa de juin 1941 dans les pays baltes.
 
Si les Russes ont interféré dans l’élection présidentielle, que preuve en soit donnée. Sinon, cessons de les calomnier. La Russie est une grande nation, dotée d’une histoire et d’une culture exceptionnelles, avec laquelle la France se doit d’avoir les relations les meilleures dans le respect de sa souveraineté.

Brexit selon Theresa May

Publié dans Avec l'Europe
Brexit selon Theresa May
 
Le référendum du 23 juin 2016 sur l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne est une bourde monumentale qui menace l’unité du royaume. Theresa May a prononcé un discours de politique générale le 17 janvier. Les médias ont annoncé un Brexit dur. Cela surprend car la Grande-Bretagne n’est pas en mesure d’imposer ses conditions.
En se prononçant pour une sortie de l’Union, les Britanniques ont pris une mauvaise décision pour de bonnes raisons. Le destin de la Grande-Bretagne est en Europe. Mais la mondialisation qui supprime des emplois et l’immigration qui pèse sur les salaires ont conduit des électeurs à exprimer leur mécontentement. Mal leur en a pris car ils seront les premiers à souffrir du Brexit. Au vu de ce constat, il eut été judicieux de proposer des solutions adéquates. Or, il n’en est rien. Dans son discours, Theresa May annonce que les acquis de l’Union en faveur des salariés seront préservés et que l’immigration sera mieux contrôlée. Cela ne fera pas revenir les emplois dans le Lancashire ou le Yorkshire.
 
Pour ce faire, elle entend négocier un nouvel accord commercial avec l’Union européenne tout en conservant sa liberté d’action. C’est évidemment impossible. Elle n’en menace pas moins Bruxelles de transformer la Grande-Bretagne en paradis fiscal si elle n’obtient pas satisfaction – pas la meilleure façon d’entamer une négociation difficile. Elle veut aussi faire de la Grande-Bretagne "a global trading nation", entendez une nation commercialement ouverte sur le monde. Cela surprend car l’économie britannique est structurellement déficitaire. Il lui faudra donc accroître la productivité par un vaste programme d’investissement en R&D, en matériel et en formation. Mais elle n’en dit rien dans son discours.
 
Theresa May a prononcé un second discours, le 20 janvier à Philadelphie, devant les représentants du parti Républicain. Elle a évoqué les grandes heures de la nation, citant la Grande Chartre, l’Habeas Corpus et la Déclaration des Nations unies pour conclure qu’il était dans la destinée de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis de diriger le monde. Il est vrai que la démocratie telle que nous la connaissons est née sur les rives de la Tamise en 1688 et à Philadelphie en 1776. De là à en déduire que ces deux nations doivent conduire le monde il y a un pas qu’il faut se garder de franchir. Au reste, on voit mal comment cela aidera la Grande-Bretagne à s’extirper de la situation dans lequel elle s’est fourvoyée.
Ces deux discours frappent par leur vacuité au regard des problèmes auxquels la Grande-Bretagne est confrontée. A ce jour, la situation économique est contrastée. La bourse se porte bien mais la livre sterling s’est effondrée. A terme, la Grande-Bretagne devra se rapprocher de l’Union européenne qui compte pour cinquante pour cent de son commerce extérieur. L’expression "Brexit dur" est vide de sens.

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