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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Le parrain d’E. Macron

Publié dans De par le monde
Le parrain d’Emmanuel Macron
 
Un consultant du nom d’André Archimbaud a écrit un papier sur l’élection présidentielle intitulé : "France : Soros 66 %, Poutine 34 %". Le papier est mauvais mais le titre est bon. Soros a gagné l’élection présidentielle. Poutine a perdu. Soros est le parrain putatif d’Emmanuel Macron. Les choses sont plus compliquées que la présentation qui en est faite ci-dessous mais le temps est venu de "déconstruire" la déconstruction.
 
George Soros, milliardaire bien connu pour avoir fait chuter la livre sterling en septembre 1992, est un hongrois, naturalisé américain. Il est le fondateur de l’Open Society Institute dont l’objet officiel est la promotion de la démocratie et des droits de l’homme. Derrière ce vocable innocent se cache une volonté de régir le monde par l’uniformisation de la pensée et des cultures. Voilà pourquoi Emmanuel Macron a déclaré effrontément qu’il n’y a pas de culture française et que la colonisation est un crime contre l’humanité. Il était dans son rôle de "young leaders" (le lecteur intéressé découvrira que Bill Clinton, Barack Obama, Tony Blair, David Cameron et Matteo Renzi furent aussi des "young leaders" en leur temps, tous jeunes, inexpérimentés, et malléables). Il fallait s’y attendre, les remarques du jeune candidat firent des vagues, à tel point qu’il dut rétropédaler pour effacer la gaffe. Mais, le mal était fait et donnait un parfait exemple de déconstruction. Ces thèmes culturels réapparaitront dans le futur avec le même objectif : déconstruire. Déconstruire la culture qui a fait la France (et l’Europe) pour la remplacer par un nihiliste consumériste et hollywoodien… par toutes ces choses merveilleuses qu’une certaine Amérique exporte volontiers… Hébété par ce matraquage médiatique le peuple ne pensera plus par lui-même.
 
Entre-temps, le jeune président entamera des réformes économiques et sociales pour mettre la France à l’heure de la mondialisation ce qui en soit est une bonne chose… le monde évolue et nous devons évoluer avec lui… encore faut-il que cela se fasse dans le respect de nos traditions et coutumes. C’est là que le bât blesse : il n’en est pas question, la France devra les abandonner. Plus d’appellations contrôlées, de camembert, de champagne, de Graves ou de Saint-Emilion. Des marques, uniquement des marques (Coca-Cola, McDonald, Frito-Lay, etc.) C’est l’objet de l’Accord de libre-échange transatlantique (TTIP) que Donald Trump a annulé. Rassurez-vous, il réapparaitra. En fait, il est déjà là avec le Ceta – l’accord commercial que l’Union européenne a signé avec le Canada. C’est le petit frère du TTIP. Il agira sur la culture européenne par le commerce. Un rêve, direz-vous ? Non. John Quincy Adams, sixième président des Etats-Unis, missionna l’ambassadeur américain à Ottawa pour qu’un accord commercial soit conclu avec le Canada. Cela en fit un dominion. Note : les Etats-Unis tentèrent la conquête du Canada par les armes en 1812. Ce fut un échec. Le commerce se révéla plus sûr et moins couteux.
 
Revenons à la France. Pour garantir l’élection de Macron, on fit trébucher Fillon. Battre Le Pen fut un jeu d’enfant. Les Français eurent alors le choix entre la peste et le choléra. Ils optèrent pour la peste. On est tenté de paraphraser Churchill : ils choisirent la peste pour éviter le choléra. Ils auront la peste et le choléra. On pense aussi à Daladier qui, acclamé par les parisiens à son retour de Munich, marmonna : "les cons".
 
Cette volonté de domination de George Soros est partagée par David Rockefeller, le fondateur du Bilderberg groupe et de la Commission trilatérale. Les modalités de leurs projets respectifs divergent mais l’objectif est le même : l’établissement d’un gouvernement mondial au service d’une ploutocratie. Jacques Attali le verrait bien à Jérusalem.
 
En résumé : les choses sont plus compliquées que ne le laisse entendre cette note, mais l’essentiel y est. Nous sommes confrontés à une déconstruction de notre monde. Face aux Soros qui veulent effacer de notre mémoire collective la Renaissance, le Siècle des Lumières et bien d’autres choses encore, Poutine se fait l’avocat de notre passé et de notre culture. Rappelons qu’il est le produit d’un système que se voulait universaliste et déconnecté du monde ancien (c’est entendu : Poutine n’est pas un saint, mais les présidents américains non plus, et les dirigeants européens pas davantage). Cet attachement à la tradition n’interdit pas le changement, mais il exclut toute domination du monde par un petit groupe d’individus quel qu’il soit.

Présidentielle et l’euro

Publié dans Avec l'Europe
L’élection présidentielle et l’euro
 
Plusieurs candidats ont fait de l’euro une question clé de la campagne présidentielle. Il convient donc de s’interroger à ce sujet. L’euro a-t-il tenu ses promesses ? Sinon, faut-il en sortir ? A la première question, la réponse est sans appel : non, l’euro n’a pas tenu ses promesses. A la seconde, la réponse est plus nuancée. L’euro n’a pas tenu ses promesses mais il ne s’ensuit pas qu’il faille en sortir. L’euro souffre de défauts congénitaux auxquels il est possible de porter remède.
 
Une monnaie unique ne fonctionne que si certaines conditions sont satisfaites. La première tient à la nature des économies des pays membres. Si elles sont structurellement semblables, aucun aménagement n’est nécessaire. Si elles sont dissemblables, des transferts inter-états doivent corriger les déséquilibres entre états membres. Aux Etats-Unis, la Californie et le Texas sont riches. L’Arkansas et l’Oklahoma sont pauvres. Des transferts fédéraux rétablissent l’équilibre entre les Etats. De tels transferts n’existent pas dans la zone euro.
La seconde condition tient à la politique économique. La politique américaine est définie à Washington. Dans la zone euro, la politique est définie par l’Allemagne. C’est une politique mercantile basée sur la compétitivité des entreprises. Celle de la France lui est opposée. Elle privilégie le pouvoir d’achat pour assurer la paix sociale. L’Allemagne jouit d’un solde commercial structurellement excédentaire, la France d’un solde structurellement déficitaire.
 
Cette situation se traduit par une créance de l’Allemagne sur les membres de la zone euro. Le chiffre était de 17,5 milliards euros en janvier 1999. Il est de 743 milliards en décembre 2016, soit 24 % du produit intérieur brut. A cette date, la France avait une dette 35 milliards d’euros. En valeur absolue, les dettes de l’Italie et de l’Espagne sont les plus élevées, 364 milliards et 333 milliards d’euros, respectivement. En valeur relative, c’est la Grèce qui arrive en tête (41 % du produit intérieur brut) devant le Portugal (39 %) et l’Espagne (30 %). La politique économique de la zone euro conduit donc à un déséquilibre croissant entre l’Allemagne et le reste de la zone euro.
 
Pour rester viable, la zone euro doit adopter des transferts inter-Etats et changer de politique économique. L’Allemagne est y opposée. L’euro ne peut survivre en l’état. Une solution consisterait à créer une zone, plus restreinte comprenant l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Finlande et l’Autriche. Précisons que la France ne pourrait y participer qu’à la condition de consentir aux réformes structurelles que l’évolution de l’économie mondiale exige. Dans ce schéma, la sortie des autres pays de la zone euro pose un problème quasi insoluble.
 
Cette solution n’est pas satisfaisante. Une autre solution serait de convaincre l’Allemagne d’abandonner ses dogmes économiques. Elle devrait y consentir car elle est en infraction des règles de l’euro. Son solde commercial qui s’élève à 9 % du produit intérieur brut, est 3 % au-dessus de la limite imposée par le Pacte pour l’euro. C’est aussi dans son intérêt. Si rien n’est fait, sa créance non seulement atteindra des sommets mais sera constituée de débiteurs peu solvables. Quand la zone euro s’effondrera sous le poids de la dette, elle sera face à une économie européenne en pleine crise qui l’entraînera dans sa chute. La raison devrait la convaincre de modifier sa politique. Si elle y consent, la zone euro tiendra ses promesses.

Cessons de calomnier les Russes

Publié dans De par le monde
Cessons de calomnier les Russes
 
Surtout, nous autres Français. En 1815, le tsar Alexandre interdit à ses troupes d’entrer dans Paris pour épargner ses habitants. La bataille de la Marne fut gagnée avec le concours des Russes qui lancèrent une offensive à la demande de Joffre pour soulager l’armée française face à la pression allemande. Personne ne doute que les Alliés ont libéré la France mais combien savent qu’en juin 1944 plus rien ne pouvait arrêter Joukov dans sa marche sur Berlin après qu’il eut libéré Stalingrad et gagné la plus grande bataille de chars de tous les temps à Koursk. Combien savent que 26 millions de Soviétiques sont morts pendant la Seconde Guerre contre 300 000 Américains – un rapport de 1 à 100, pratiquement.
 
Oublions le passé, venons-en au présent.
L’élection présidentielle américaine a été l’occasion d’une virulente campagne antirusse affirmant, sans jamais le prouver, que Vladimir Poutine tentait de favoriser l’élection de Donald Trump. L’accusation ne manquerait pas de sel, si l’affaire n’était pas aussi sérieuse. En effet, depuis 1945, les Etats-Unis n’ont cessé d’intervenir dans les affaires intérieures de nombreuses nations, comme en Iran (Mossadegh), en Italie (affaire Gladio) ou au Chili (Allende). Qui doute qu’Al-Qaïda est une création américaine ? Le conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, Zbigniew Brezinski, l’a reconnu lui-même dans Libération. En Ukraine, le président Viktor Ianoukovitch, élu démocratiquement, a été victime d’un coup d’état, fomenté par les Etats-Unis. La secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Victoria Nuland s’en est vantée, ajoutant qu’elle avait dépensé 5 milliards de dollars à cet effet.
 
Les premières accusations à l’encontre de la Russie ont été formulées en juillet 2016, quelques jours après le scandale de la Convention démocrate et la démission de sa présidente, Debbie Wasserman Schultz. Les choses se sont calmées. Puis, les charges ont repris après l’élection de Donald Trump pour se porter sur Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, qui dut démissionner. C’est maintenant autour de Jeff Sessions, ancien sénateur et nouveau ministre de la justice, d’être accusé d’entente avec "l’ennemi". Jack Matlock, ancien ambassadeur à Moscou, s’étonne de ces accusations. C’est une pratique courante pour les sénateurs de s’entretenir avec les dirigeants de nations étrangères. Stephen Cohen, spécialiste de la Russie, déplore cette campagne antirusse qu’il considère très dangereuse. Noam Chomsky, linguiste reconnu et activiste politique, se désole d’une situation où les Etats-Unis sont la risée du monde entier, en l’absence de preuves justifiant ces accusations.
 
A quoi est due cette campagne ? Au fait que Donald Trump souhaite rétablir des relations normales avec la Russie. Quel mal y aurait-il à atteindre cet objectif ? Le monde n’en serait-il pas apaisé ? Cet objectif va à l’encontre de la politique néoconservatrice de domination mondiale. Lors de la réunification de l’Allemagne, les Etats-Unis se sont engagés à ne pas étendre l’OTAN à l’Est. Que constatons-nous aujourd’hui ? Que douze nations de l’Europe de l’Est ont rejoint l’Alliance atlantique. Que George W. Bush a mis fin unilatéralement au traité sur les missiles antimissiles balistiques de 1972. Que des missiles Tomahawk ont été installés en Pologne et en Roumanie sous le fallacieux prétexte de menacer l’Iran alors qu’ils visent la Russie. Que les Occidentaux conduisent les manœuvres militaires les plus grandes depuis l’opération Barbarossa de juin 1941 dans les pays baltes.
 
Si les Russes ont interféré dans l’élection présidentielle, que preuve en soit donnée. Sinon, cessons de les calomnier. La Russie est une grande nation, dotée d’une histoire et d’une culture exceptionnelles, avec laquelle la France se doit d’avoir les relations les meilleures dans le respect de sa souveraineté.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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