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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Brexit selon Theresa May

Publié dans Avec l'Europe
Brexit selon Theresa May
 
Le référendum du 23 juin 2016 sur l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne est une bourde monumentale qui menace l’unité du royaume. Theresa May a prononcé un discours de politique générale le 17 janvier. Les médias ont annoncé un Brexit dur. Cela surprend car la Grande-Bretagne n’est pas en mesure d’imposer ses conditions.
En se prononçant pour une sortie de l’Union, les Britanniques ont pris une mauvaise décision pour de bonnes raisons. Le destin de la Grande-Bretagne est en Europe. Mais la mondialisation qui supprime des emplois et l’immigration qui pèse sur les salaires ont conduit des électeurs à exprimer leur mécontentement. Mal leur en a pris car ils seront les premiers à souffrir du Brexit. Au vu de ce constat, il eut été judicieux de proposer des solutions adéquates. Or, il n’en est rien. Dans son discours, Theresa May annonce que les acquis de l’Union en faveur des salariés seront préservés et que l’immigration sera mieux contrôlée. Cela ne fera pas revenir les emplois dans le Lancashire ou le Yorkshire.
 
Pour ce faire, elle entend négocier un nouvel accord commercial avec l’Union européenne tout en conservant sa liberté d’action. C’est évidemment impossible. Elle n’en menace pas moins Bruxelles de transformer la Grande-Bretagne en paradis fiscal si elle n’obtient pas satisfaction – pas la meilleure façon d’entamer une négociation difficile. Elle veut aussi faire de la Grande-Bretagne "a global trading nation", entendez une nation commercialement ouverte sur le monde. Cela surprend car l’économie britannique est structurellement déficitaire. Il lui faudra donc accroître la productivité par un vaste programme d’investissement en R&D, en matériel et en formation. Mais elle n’en dit rien dans son discours.
 
Theresa May a prononcé un second discours, le 20 janvier à Philadelphie, devant les représentants du parti Républicain. Elle a évoqué les grandes heures de la nation, citant la Grande Chartre, l’Habeas Corpus et la Déclaration des Nations unies pour conclure qu’il était dans la destinée de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis de diriger le monde. Il est vrai que la démocratie telle que nous la connaissons est née sur les rives de la Tamise en 1688 et à Philadelphie en 1776. De là à en déduire que ces deux nations doivent conduire le monde il y a un pas qu’il faut se garder de franchir. Au reste, on voit mal comment cela aidera la Grande-Bretagne à s’extirper de la situation dans lequel elle s’est fourvoyée.
Ces deux discours frappent par leur vacuité au regard des problèmes auxquels la Grande-Bretagne est confrontée. A ce jour, la situation économique est contrastée. La bourse se porte bien mais la livre sterling s’est effondrée. A terme, la Grande-Bretagne devra se rapprocher de l’Union européenne qui compte pour cinquante pour cent de son commerce extérieur. L’expression "Brexit dur" est vide de sens.

D. Trump : une présidence...

Publié dans De par le monde
Donald Trump : une présidence mouvementée en perspective
 
En démocratie, l’accession à la présidence requiert plusieurs attributs : un candidat charismatique, un programme, un parti et un financement. Donald Trump ne satisfait pas à ces critères. Ses supporters lui reconnaissent du charisme mais ils sont loin de faire l’unanimité. Son programme est incohérent. Il n’a ni parti ni organisation, et contrairement à ses assertions, il n’a financé que 20 % des 322 millions de dollars qu’a coûté sa campagne. Dans ces conditions, quelle présidence peut-on en attendre ?
 
Commençons par son programme. Son électorat est la classe moyenne blanche, conservatrice et rurale. Ses électeurs se reconnaissent dans le Tea Party, mouvement libertaire, sans hiérarchie ni chef, en partie récupéré par les frères Koch, milliardaires texans. Donald Trump leur a promis le retour des emplois manufacturiers et, pour preuve donna en exemple la décision de Carrier Corporation de ne pas externaliser une usine au Mexique, sauvant ainsi mille emplois. Cette priorité donnée à l’emploi peut surprendre dans un pays où le chômage s’élève à 4,6 %. La raison en est que ce chiffre officiel ne reflète pas la réalité. Le chômage s’élève à 10 % si l’on inclue les demandeurs d’emploi "découragés". Le revenu médian des ménages est inférieur à ce qu’il était en 1998, et un tiers des personnes âgés de 21 à 45 ans reçoit une aide financière de leurs parents. Il y a donc une réelle détresse dans une partie de la population. Les promesses de Donald Trump inverseront-elles cette tendance ? Rien n’est moins sûr.
 
S’il est vrai que la mondialisation a éliminé des emplois, elle n’est pas seule en cause. La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication est aussi responsable ainsi que la politique budgétaire. Après une brève politique d’expansion en réponse à la crise des subprimes, le gouvernement a rapidement réduit le déficit budgétaire. Par ailleurs, un retour des emplois manufacturiers, à supposer qu’il soit possible, entraînerait une augmentation du coût de la vie, contrecarrant l’objectif d’augmentation du pouvoir d’achat. La politique d’infrastructure de Donald Trump est aussi sujette à caution. Il prévoit de lancer un programme de grands travaux de mille milliards de dollars, financé pour moitié par le secteur privé. L’autre moitié, financée par l’Etat fédéral, augmentera la dette publique qu’il a promis de réduire à zéro sur huit ans – une gageure. Son plan fiscal promet une réduction d’impôts pour l’ensemble de la population. Juste en apparence, ce plan favorise en fait les plus riches qui paient le plus d’impôt. Les revenus les plus élevés (1 % de la population) captent 18 % du total contre seulement 8 % en 1975.
 
On retrouve les mêmes contradictions en politique étrangère. Alors que Donald Trump veut rétablir des relations normales avec la Russie, le général James Mattis, son futur ministre de la défense, cite la Russie comme la plus importante menace à laquelle font face les Etats-Unis. Rex Tillerson, ancien président d’Exxon et ministre des affaires étrangères, est quant à lui partisan d’un rapprochement avec Vladimir Poutine. Par ailleurs, les liens réels ou supposés de Donald Trump avec la Russie ont fait l’objet d’accusations des services secrets américains. La chose est grave puisqu’elle suggère une trahison et peut conduire à sa destitution. La hache de guerre est enterrée, semble-t-il, mais elle resurgira.
 
Cette présidence sera à l’image de Donald Trump : brouillonne, contradictoire, remplie d’approximations dans les analyses et de contradictions dans les faits. En politique intérieure, la présence d’anciens dirigeants de Goldman Sachs dans le cercle rapproché du président renforce le scepticisme sur la nature de sa politique économique. En politique extérieure, ses ennemis fourbissent leurs armes, à preuve les manœuvres de l’Otan qui se déroulent aux frontières de la Russie dans le cadre de l’opération "Atlantic Resolve", où des sénateurs de son propre camp – John McCain et Lindsey Graham – haranguent les soldats baltes en vue d’un possible conflit avec la Russie.
 
Donald Trump ne satisfait pas aux conditions requises pour être candidat à la magistrature suprême. Il n’a ni programme, ni parti et son financement est assuré de la façon la plus traditionnelle qui soit ce qui le rend redevable envers ses bailleurs de fonds. Il décevra ses électeurs qui le lui feront savoir. A l’international, les évènements devraient lui être plus favorables. Un peuple américain, lassé des guerres au Moyen Orient, s’opposera à un Congrès belliciste qui rêve d’en découdre avec le nouveau président au sujet de la Russie. L’un dans l’autre, une présidence mouvementée qui, souhaitons-le, maintiendra la paix dans le monde.

USA : une élection controversée

Publié dans De par le monde
Donald Trump : une élection très controversée
 
La campagne contre le président élu ne faiblit pas. Après le comptage des voix et la légitimité du Collège électoral, c’est la Russie qui est mise en cause à double titre : piratage de l’élection et chantage possible (Donald Trump se serait livré à des "parties fines" lors de ses voyages en Russie ce qui permettrait de le faire chanter si nécessaire, selon le rapport de la CIA du 6 janvier).
Cette polémique est inhabituelle dans les annales américaines. Certes, le vote populaire donnait Hillary Clinton gagnante. Mais, une situation similaire s’est présentée en 2000. Le vote populaire était favorable à Al Gore mais c’est son opposant, George W. Bush, que la Cour suprême a choisi, sans que ne cela donne lieu à contestation. Les causes de cette campagne sont donc plus profondes qu’il n’y paraît. Elles tiennent à la politique étrangère américaine. 
 
Donald Trump est un électron libre, narcissique et machiste qui n’inspire guère la sympathie. Mais ce n’est pas de sentiment dont il est question ici mais de politique, celle des monstres froids que sont les états-nations. La chute de l’Union soviétique a donné lieu à la création d’un parti hégémonique aux Etats-Unis. Ses fondations sont la doctrine de Paul Wolfovitz et le Projet pour le nouveau siècle américain. La doctrine se résume ainsi : "Notre objectif est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival qui pose une menace semblable à celle que posait l’Union soviétique… En conséquence, nous devons nous assurer qu’aucun pouvoir hostile ne domine une région dont les ressources lui permettrait de devenir une puissance mondiale". Le Projet en tire les conséquences pratiques. En tant que première puissance mondiale, les Etats-Unis doivent façonner le monde à leur image pour préserver leurs intérêts. Pour ce faire, ils doivent étendre un ordre international propice à leur sécurité et leur prospérité. Pour atteindre cet objectif, il convient d’accroître le budget de la défense. Le message est clair : il est dans la destinée des Etats-Unis de conduire le monde. Cette politique sera mise en pratique.
 
Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Cette politique a un coût financier mais plus encore humain insoutenable. Le nombre de morts, de blessés et de migrants en Afghanistan, en Irak, en Syrie, et en Libye se comptent en millions (650 000 morts en Iraq à juillet 2006, selon l’institut britannique The Lancet). L’image des Etats-Unis est sérieusement écornée, et plus encore leur influence sur la scène internationale. Ainsi, Rodrigo Duterte, président philippin, fait-il un pied de nez à son allié et protecteur américaine en visitant la Chine et en invitant la flotte russe à Manille – situation inimaginable il y a seulement quelques années. Le récent accord sur la Syrie, conclu entre la Russie, la Turquie et l’Iran, exacerbe un sentiment de frustration en excluant les Etats-Unis et leurs alliés. C’est un camouflet.
 
Face à l’échec de cette politique dont les effets sont visibles depuis des années, une voix s’élève : celle de Donald Trump. Son projet est révolutionnaire. Non seulement rejette-t-il la politique hégémonique des néoconservateurs mais il entend aussi mettre à bas l’architecture de la Pax Americana, c’est-à-dire l’OTAN, l’OMC, etc. pour la remplacer par des accords de gré à gré entre nations où les Etats-Unis seront en position de force en raison de leur poids économique, financier et militaire. Il pense ainsi obtenir un meilleur résultat à un moindre coût. D’où l’idée de "deals" qui revient sans cesse dans ses discours et dont il a une grande pratique. Isolé au départ, les réalistes de la politique étrangère se rallient peu à peu à sa bannière.
 
Le schisme qui se dessine est d’autant plus difficile à décerner que sur beaucoup de points (Israël, Iran, Chine, etc.), néoconservateurs et réalistes sont d’accord. La différence se situe au niveau de leur philosophie respective. Alors que pour les néoconservateurs l’asservissement de la Russie constitue un préalable à la soumission de la Chine et à l’hégémonie mondiale, pour les réalistes il suffit à la nation américaine d’être la première au monde – "primus inter pares" – pour assurer sa sécurité et son bien-être. C’est tout le sens du slogan : "America First".
 
Il ne s’agit donc pas d’une simple controverse électorale mais de quelque chose de plus fondamental qui remet en cause la politique étrangère américaine, les personnes qui la dirigent et en profitent.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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