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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Les 2 % de la défense

Publié dans De par le monde
Les 2 % de la défense
 
Durant sa campagne électorale, Donald Trump a déclaré que les nations européennes qui ne satisfaisaient pas aux 2 % exigés par les Etats-Unis pour leur défense ne pourraient compter sur son appui en cas de conflit (2 % du produit intérieur brut). Des Européens se sont inquiétés de cette déclaration qui met en cause l’Article V du Traité de l’Alliance Atlantique. Certains ont ravivé un vieux projet : l’Europe de la défense. Ce projet qui est débattu sans succès depuis 1954, le sera sans doute pendant longtemps avec le même résultat. Aussi est-il inutile de s’y attarder. En revanche, l’anathème de Donald Trump pose trois questions : pourquoi 2 %, pourquoi les Etats-Unis défendent-ils l’Europe et la Russie est-elle une menace ? La réponse à ces questions diffère de celle généralement admise dans les cercles officiels.
 
Pourquoi 2% ?
Le budget de la défense est défini en fonction des ressources de la nation et de la menace à laquelle elle est exposée. Pour une menace définie, plus grandes sont les ressources, plus faible est le pourcentage. Le chiffre de 2% est arbitraire. C'est une exigence de l'Otan dont la norme a été définie au sommet du Pays de Galles en 2014. Il ne repose sur aucune analyse rationnelle. A preuve, les budgets de l’après-guerre. Dans les années 1950, la moyenne est de 10% pour les Etats-Unis, 7,2% pour la France et 7,8% pour le Royaume-Uni. En 2015, ils s’élèvent à 3,3%, 2,1% et 2%, respectivement. En revanche, en dollar constant (2014), les montants n’ont cessé d’augmenter. Dans les années 1950, les Etats-Unis ont dépensé en moyenne 351 milliards de dollars annuellement, la France 33 milliards et le Royaume-Uni 46 milliards. En 2015, ces chiffres s’élèvent à 596, 61 et 60, respectivement. L’adoption d’un budget de la défense ne répond à aucune règle fixe. La part d’incertitude est grande.
 
Pourquoi les Etats-Unis défendent-ils l’Europe ?
"Lafayette, nous voilà", cette phrase que le général Pershing, commandant en chef des forces américaines en France pendant la Première Guerre mondiale n’a jamais prononcé, a donné l’illusion d’un geste altruiste en reconnaissance de l’aide jadis apportée à la Révolution américaine. Il n’en est rien. Les Américains venaient dans leur propre intérêt. Ce fut aussi le cas pour la Seconde Guerre mondiale. Ainsi que l’a expliqué le géographe anglais Harold Mackinder, il est impossible pour le Royaume-Uni et a fortiori pour les Etats-Unis de tolérer qu’une nation contrôle l’espace allant de la Prusse à la Russie blanche, car il lui serait alors possible de contrôler "l’île-monde" – une vaste surface comprenant l’Europe, l’Asie et l’Afrique du nord. C’était le projet d’Hitler à cette différence près qu’il n’incluait pas la Chine qui faisait partie de la sphère japonaise. Ce qui était vrai alors l’est encore aujourd’hui, à tel point que le géo-politologue américain Zbigniew Brzezinski s’y réfère dans son ouvrage "Le grand échiquier".
 
Les Etats-Unis ne peuvent tolérer une Europe indépendante par peur qu’elle ne devienne une puissance mondiale. Le document "Reconstruire les défenses de l’Amérique" de septembre 2000 ne laisse aucun doute sur les intentions américaines : l’objectif est l’hégémonie mondiale. La présence de John Bolton, Michael Ledeen, James Woolsey et d’autres néoconservateurs dans le cercle rapproché du nouveau président laisse peu de doute sur la direction que prendra sa politique extérieure. Le slogan "Make America Great Again" n’implique pas un retour à l’isolationnisme, contrairement à ce que pensent des observateurs européens – un isolationnisme qui n’a jamais existé dans les faits. Donald Trump examine les questions en homme d’affaires. Il pense en termes de retour sur investissement. De ce point de vue, l’OTAN coûte trop cher au regard des bénéfices que les Etats-Unis en retirent. Les Européens doivent donc augmenter leur contribution à l’effort commun. Mais pourquoi entreraient-ils dans ce jeu qui les assujettit davantage ?
 
La Russie est-elle une menace ?
Selon le général américain Breedlove, ancien commandant en chef de l’OTAN, la Russie présente une "menace existentielle pour les Etats-Unis et l’OTAN". Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2012 s’est exprimé en termes similaires. En revanche, pour le général tchèque Petr Pavel, président de la Conférence du Comité militaire de l’OTAN, aucune information ne suggère que la Russie planifie une quelconque action de grande ampleur de quelque nature que ce soit. Une analyse confirme cette conclusion. Que ce soit au plan politique, économique ou militaire, la Russie n’est pas en mesure défier la puissance américaine.
 
Les Etats-Unis sont stables politiquement depuis leur création en 1776 à l’exception de la Guerre de Sécession. La Russie a connu de nombreuses tragédies au cours de son histoire. L’économie américaine est la première au monde. Le produit intérieur brut américain de 2015 est treize fois et demie supérieur à celui de la Russie (17.947 milliards de dollars contre 1.326 milliards). Le produit intérieur brut russe est inférieur à celui de la France (2.422 milliards) et de l’Italie (1.815 milliards). Il est très dépendent du prix du pétrole. Le budget américain de la défense est le premier au monde (596 milliards de dollar, soit 36,5% du total mondial). Il est équivalent au total des huit pays suivants : Chine, Arabie Saoudite, Russie, Royaume-Uni, France, Inde, Japon et Allemagne. Les Etats-Unis sont les premiers exportateurs d’armes : 10,5 milliards de dollar, soit le double du montant russe (5,5 milliards). Le personnel de l’armée américaine s’élève à 1.492.000 individus contre 845.000 pour la Russie. Les Etats-Unis disposent de 10 porte-avions contre 1 pour la Russie, et de 71 sous-marins contre 62. La marine américaine a 326.800 officiers et marins contre 148.000 pour la Russie. Les Etats-Unis disposent de huit cent bases militaires à travers le monde contre une seule pour la Russie (Tartous en Syrie). Ils ont le plus grand réseau d’écoutes du monde (Echelon). Les Etats-Unis disposent de 4.500 missiles nucléaires contre 4.490 pour la Russie. C’est le seul domaine où la Russie est à parité avec les Etats-Unis. Encore cela est-il momentané car Barack Obama a autorisé un programme de modernisation de la force de frappe nucléaire américaine de mille milliards de dollars d’ici 2030. Il est impossible pour la Russie d’accomplir un tel effort.
 
Il serait insensé pour la Russie d’envisager une quelconque action d’ampleur à l’ouest. Ce ne sont pas les Etats-Unis qui sont menacés mais la Russie. Les Américains ont renié la promesse qu’ils avaient faite aux Russes de ne pas avancer d’un pouce à l’est (ce sont les mots mêmes de James Baker, alors Secrétaire d’Etat) en échange de la réunification de l’Allemagne. Depuis la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la République tchèque, et la Slovaquie ont rejoint l’OTAN. La présence de missiles nucléaires américains en Roumanie et en Pologne tout comme les manœuvres militaires aux frontières de la Russie ne sont pas faites pour rassurer Moscou sur les intentions de l’OTAN. On se rappelle de la réaction américaine quand les Soviétiques installèrent des bases de lancement de missiles nucléaires à Cuba… 
 
Conclusion
Ce sont aux nations de décider du montant de leur budget défense et non aux Etats-Unis. Il n’existe aucune contrainte à ce sujet dans les textes officiels. Le Trait de l’Atlantique nord est muet à ce sujet. Les 2% n’ont d’autre but que d’inciter les Européens à acheter du matériel américain, comme l’avion de combat F-35 de Martin Marietta dont John McCain a dit que c’était un scandale et une tragédie. Le Danemark en a acheté 27 au prix de 110 millions de dollars l’unité, l’Italie 90.
Les Etats-Unis ne peuvent abandonner l’Europe sans abandonner leur prétention hégémonique – prétention ancrée dans leurs gènes depuis l’arrivée du May Flower à Cape Cod en 1620 et souvent répétée au cours de leur histoire (universalisme, destinée manifeste, exceptionnalisme, etc.).
La Russie n’est une menace que dans la mesure où les Etats-Unis l’acculeraient dans une position intenable – éventualité à laquelle Vladimir Poutine a fait allusion – la forçant à réagir avec la seule arme où elle est à parité avec les Etats-Unis... l’arme nucléaire.

USA : crise constitutionnelle ?

Publié dans De par le monde
Etats-Unis : crise constitutionnelle en gestation ?
 
En déclarant n’accepter le verdict des urnes que s’il était élu, Donald Trump a choqué l’Amérique. La réaction a été immédiate. La classe politique et les médias ont condamné sa déclaration. Il a alors annoncé qu’il accepterait le verdict s’il est "juste". Les résultats d’élections présidentielles ont été contestés dans le passé mais jamais un candidat n’a refusé à l’avance la décision des électeurs. C’est donc l’annonce d’une crise constitutionnelle grave qu’il a faite. Comment en est-on arrivé là ?
 
Il y a un malaise dans la société américaine qui ne se reflète pas dans les statistiques officielles mais qui n’en est pas moins réel. Des mouvements, déjà anciens, comme Tea Party ou Occupy Wall Street ou plus récents, comme Black lives matter ou Our Revolution, en sont l’expression. Un sentiment permanent d’insécurité, l’augmentation des frais médicaux et du coût des études universitaires, l’écart de revenu entre classes laborieuse et dirigeante, etc. tous ces facteurs concourent à ce malaise. Donald Trump surfe sur ce malaise. Il est le candidat de la majorité silencieuse, cette Amérique profonde chère à Nixon, qui ne croit plus au rêve américain. Mais, ses frasques, ses excès de langage, son style l’ont isolé ainsi que ses propos sur Vladimir Poutine, l’OTAN, etc. Les caciques du Parti républicain qui craignent pour leur réélection, prennent leurs distances.
 
A sa décharge, pour être comprise son annonce sur le verdict des urnes doit être remise dans son contexte. Il existe un vif débat aux Etats-Unis sur le processus électoral. L’utilisation de machines électroniques qui ne laissent aucune trace écrite, est l’objet d’une controverse depuis de nombreuses années. Bill Moyers de Public Broadcasting Services, programma il y a quelques années une émission démontrant qu’elles sont programmées pour faire élire un candidat donné. C’est à cette controverse que Donald Trump fait allusion quand il déclare être prêt à se soumettre au verdict des urnes que s’il lui est favorable. Sa déclaration quelques jours plus tard qu’il acceptera le résultat s’il est "juste", ne change rien à l’affaire car elle sous-entend que le processus est "truqué".
 
Hillary Clinton se présente comme la candidate du rassemblement, susceptible de répondre aux attentes des "petits blancs" sans aliéner le vote noir ou latino. Elle s’appuie sur ses quarante années d’expérience et son bilan pour convaincre. Mais les révélations de WikiLeaks sur ses courriels non sécurisés, ses liens avec Wall Street, ou les tentatives, vraies ou fausses, pour écarter la candidature de Bernie Sanders lui font du tort. L’origine des fonds de la Fondation Clinton qui a collecté 2 milliards de dollars depuis sa création, est aussi l’objet d’un vif débat. Il semble en effet qu’en tant que ministre des affaires étrangères, elle ait accordé des faveurs à des personnes ou à des états étrangers en échange de dons à la Fondation.
 
A ce lourd bilan, s’ajoute sa politique jusqu’au-boutiste au Moyen Orient qui fait courir le risque d’une confrontation directe avec la Russie, selon le témoignage du général Joseph Dunford, chef d’état-major des armées. Le général qui répondait à une question du sénateur Lyndsey Graham, ajouta que c’était là un risque qu’il n’était pas prêt à prendre. Car dans cette éventualité, le recours à l’arme nucléaire ne peut plus être exclu. La miniaturisation des ogives en facilite l’usage, comme l’a prophétisé Zbigniew Brezinski, ancien conseiller à la Sécurité Nationale du président Carter dans un article de Foreign Affairs.
 
En résumé, les Américains ont le choix entre un électron libre ou une va-t-en-guerre. Face à ce choix, certains ont décidé de s’abstenir. L’abstention est en progrès. Sur une courbe de tendance commençant en 1950, elle atteindra 50 % en 2016. Dans ce cas, si Donald Trump ou Hillary Clinton est élu avec 50 % des suffrages exprimés (1), il ou elle n’aura été élue que par 25 % des électeurs inscrits – 75% des électeurs n’auront pas voté pour lui ou pour elle. Quelle serait alors la légitimité de l’un ou de l’autre ? Si à cela, s’ajoutent le doute sur le processus électoral exprimé par Donald Trump mais partagé par un certain nombre d’Américains et le malaise profond de la société américaine, le risque d’une crise constitutionnelle ne peut être exclu.
 
Dans cette hypothèse, les Américains ne seraient-ils pas en droit d’exiger la convocation d’une assemblée constituante, semblable à celle de Philadelphie de 1787, pour repenser leur démocratie selon l’idéal exprimé par Abraham Lincoln à Gettysburg en 1863 : un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple.
 
(1) 48,9 % est le taux moyen obtenu par les présidents élus depuis John Kennedy.

Clinton ou Trump ?

Publié dans De par le monde
Clinton ou Trump ?

Quel choix la démocratie américaine offre-t-elle aux électeurs ? Hillary Clinton est une va-t-en-guerre et Donald Trump un électron libre. Aucun des deux n’est habilité à présider aux destinées du pays le plus puissant du monde. Les deux autres candidats, Gary Johnson du Parti Libertaire et Jill Stein du Parti des Verts, sont crédités respectivement de 8% et 5% des intentions de vote. Ils n’ont aucune chance d’être élus d’autant qu’ils sont exclus des débats télévisés entre les deux principaux candidats. Reste l’abstention.
 
Hillary Clinton est la candidate du système. Elue, elle poursuivra la politique de Barack Obama qui se place dans le droit fil de celle de George W. Bush. Un désastre.

Donald Trump est le candidat de l'antisystème. Ceux qui placent leurs espoirs en lui se trompent. Il ne peut vaincre le système à lui seul. Il faut une volonté populaire. Or, elle n’existe pas. Les caciques du Parti Républicain, à quelques exceptions près (Pat Buchanan, Paul Craig Roberts, Lawrence Wilkerson, etc.) sont pro-système ainsi que l’ensemble de ses membres. En l’absence de volonté, il faut une organisation. Lénine qui l'avait bien compris, se servit du parti communiste pour prendre le pouvoir. Donald Trump est seul.
 
C’est le Gary Cooper du "train sifflera trois fois" de Fred Zinnemann, sauf que nous ne sommes pas à Hollywood mais à Washington : le centre mondial du pouvoir à l’état brut. Les cavaliers seuls ne sont pas les bienvenus. S'il est élu, Trump changera les choses à la marge tout au plus, sauf s’il est suicidaire. Fred Zinnemann dirigea aussi "Un homme pour l’éternité". On sait ce qu’il advint à Thomas Moore…
 
L’abstention est la seule voie raisonnable dans un système politique discrédité. Elle est en progrès constant. Sur une courbe de tendance commençant en 1952, elle devrait atteindre 50 % en 2016. Si les électeurs du Parti Libertaire et du Parti des Verts s’abstiennent, le taux approchera les 65 %. S’il atteint seulement 60 % et que le nouveau président est élu avec 51 % des votes, il n’aura été élu qu’avec 20.4 % des voix. En d’autres termes, 80 % des électeurs (79,6 % pour être précis) n’auront pas voté pour lui. Un dirigeant peut-il présider aux destinées d’une démocratie contre la volonté de 80 % des électeurs ? Si une telle situation se présente, le peuple Américain devra réunir une convention, semblable à celle de Philadelphie de 1787, pour décider de l’avenir du pays.

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