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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Marche à rebours du temps…

Publié dans En France
Philippe Martinez marche à rebours du temps…
 
… les salariés n’en sont pas mieux pour autant
 
La relation capital-travail est un rapport de force. Les premières victoires syndicales ont été obtenues à la fin du 19ème siècle quand une industrialisation effrénée absorbait les paysans plus vite qu’ils ne quittaient leur campagne. Les travailleurs eurent alors la main. Ils obtinrent le droit de grève en 1864 et le droit de se syndiquer vingt ans plus tard. La récession qui suivit la Première Guerre mondiale fit pencher un temps le balancier dans l’autre sens. Le retour de la croissance et une main d’œuvre diminuée par le conflit inversa à nouveau le rapport de force. En 1936, les salariés obtinrent la semaine de 40 heures et les congés payés.
 
Une même situation se présenta après la Seconde Guerre mondiale. L’industrie n’arrivait pas à répondre aux besoins d’une croissance moyenne de 5% par an pendant près d’un quart de siècle. De deux semaines, les congés payés passèrent à trois en 1956, puis à quatre en 1969. Les Accords de Grenelle de mai 1968 augmentèrent le SMIG de 35%. Puis en 1982 seront accordées les cinq semaines de congé et la retraite à 60 ans. Les avancées sociales continuent alors que les Trente Glorieuses sont révolues depuis dix ans et que le rapport de force capital-travail s’inverse avec le ralentissement de l’économie liée aux crises pétrolières. Les salariés n’en sont pas conscients, les patrons pas davantage et les politiques encore moins. En revanche, Ronald Reagan et Margareth Tchatcher le savent. C’est pourquoi ils gagnent le bras de fer engagé par les aiguilleurs du ciel aux Etats-Unis et les mineurs en Grande-Bretagne.
 
C’est alors qu’interviennent deux évènements qui bouleverseront le monde: l’effondrement de l’URSS en décembre 1991 et l’adoption officielle de l’économie socialiste de marché par la Chine en 1992. Ils marquent l’avènement de la mondialisation qui sera officiellement entérinée en 1995 par la création de l’Organisation mondiale du commerce. La Chine y adhérera en 2001 et la Russie en 2012. Le rapport entre le capital physique (machines, équipements, etc.) et la main d’œuvre disponible se détériore rapidement au détriment de cette dernière devenue trop abondante par l’apport de la Chine. Ce phénomène a entraîné les délocalisations et un chômage permanent en Occident.
 
Quand le rapport de force évolue à votre désavantage, la seule stratégie est la négociation afin de tirer le meilleur parti de vos atouts. La CFDT l’a compris, pas la CGT. Ajoutez à cette obstination suicidaire qui nuit aux salariés plus qu’il ne les sert, l’ultimatum du 25 mai adressé aux quotidiens français qui rappelle les grandes heures du stalinisme, et vous avez un homme qui vit hors du temps – un homme avec qui aucune négociation n’est possible.

Réserve Fédérale, Wall Street, ...

Publié dans De par le monde
Assouplissement quantitatif : une stratégie sans issue
Dans le film Casablanca, Humphrey Bogart, réfléchissant à haute voix, marmonne : "cette histoire n’a pas de fin".
 
L’assouplissement quantitatif est une relation triangulaire entre la Réserve Fédérale, Wall Street et le Congrès. Sa courte histoire est ponctuée d’aphorismes, "Greenspan put", "helicopter Ben", "tapering", inintelligibles au vulgum pecus. Ils rythment la relation confuse qui unit Wall Street à la Réserve Fédérale. Leur origine se trouve dans l’opinion largement partagée dans les milieux financiers que la politique monétaire est l’instrument de choix pour conduire l’économie vers le plein-emploi.
 
Milton Friedman est le père putatif de cette conviction. Dans un discours de novembre 2002, Ben Bernanke, alors doyen de la faculté d’économie de l’université de Princeton déclara que si toutes les initiatives de la Réserve Fédérale échouaient pour redresser l’économie, elle devrait se résoudre à recourir à ce que Milton Friedman avait malicieusement appelé "helicopter drop", c’est-à-dire le largage de numéraire d’un hélicoptère pour encourager les gens à consommer afin de relancer l’économie. Bernanke prit soin de préciser que ce largage, s’il devait avoir lieu, prendrait la forme d’un déficit budgétaire financé par la banque centrale. En octobre 1987, Alan Greenspan, gouverneur de la Réserve Fédérale et disciple de Friedman, injecta de grandes quantités de liquidités dans l’économie pour juguler une crise financière inopinée. Cette initiative inédite prit le nom de "Greenspan put" du nom d’un instrument financier qui confère au propriétaire d’un actif financier le droit mais non l’obligation de le vendre à un certain prix à une date prédéterminée à un acheteur donné. Wall Street interpréta cette initiative comme une assurance que si les choses tournaient mal, Greenspan viendrait à son secours.
 
Ben Bernanke, gouverneur de la Réserve Fédérale depuis 2006, appliqua la même stratégie quand vint la crise des subprimes en 2007-08. La magie opéra de nouveau. La bourse reprit des couleurs. En un an la croissance était revenue et le chômage commença à baisser. Les monétaristes fêtèrent ce succès, ignorant le rôle qu’avait joué dans cette reprise le déficit de 10% du budget fédéral dans les deux années qui suivirent la crise, car le troisième acteur de cette pièce est le Congrès. Il est ostensiblement absent après 2010. Dans une interview qu’il accorda au New York Times en novembre 2015, Ben Bernanke, rejetant catégoriquement l’accusation que sa politique monétaire est porteuse d’une bulle financière, attribue la baisse des taux d’intérêt à l’inaction du Congrès. "Si la politique fiscale avait été plus équilibrée, nous aurions eu la même reprise avec des taux d’intérêt plus élevés", dit-il. Puis, il ajoute : "La politique fiscale étant récessionniste, la Réserve Fédérale n’avait d’autre choix que d’utiliser le seul instrument à sa disposition : les taux d’intérêt."
 
Quoiqu’il en soit, en juin 2013 Bernanke estima que le temps était venu de mettre fin à l’assouplissement quantitatif. Le taux directeur de la Réserve Fédérale était tombé à 0,125% (contre 5,25% au printemps 2007) et son bilan avait été multiplié par 3 en quatre ans. Il informa donc le Sénat qu’il réduirait progressivement la liquidité dans l’économie. Sans doute dans l’espoir de minimiser l’effet de son annonce sur les marchés financiers, il utilisa un idiome peu usé : "tapering" (diminué). Cette précaution de langage n’eut pas l’effet voulu. Les opérateurs eurent la frousse de leur vie. La bourse vacilla. Bernanke revint sur sa décision. Ce fut Janet Yellen, gouverneur de la Réserve Fédérale depuis 2014, qui pour la première fois depuis 2006, releva le taux directeur en décembre 2015. Elle annonça dans la foulée que d’autres relèvements suivraient en 2016.
 
La devise chinoise bouleversa ce scénario. En quelques jours, en mars 2016, le yuan perdit 2,6% de sa valeur contre le dollar, secouant les grandes places financières de Shanghai à Londres en passant par New York. Immédiatement, Janet Yellen prit la décision de repousser sine die tout relèvement du taux directeur, calmant du même coup les marchés. Mais, pendant quelques jours, plus d’un s’était demandé si l’on n’était pas à la veille d’une nouvelle crise de 1929. C’était improbable. Les grandes banques centrales – la Réserve Fédérale, la Banque centrale européenne, la Banque populaire de Chine, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon – avaient suffisamment de crédibilité et de moyens à leur disposition pour endiguer la crise. Peut-être maîtriseront-elle la suivante, mais elles ne contrôleront pas celle d’après, quelle que soit la date à laquelle elle intervienne.
 
Incapable de relever le taux directeur par peur de provoquer une récession, mais consciente que la politique de taux bas, voire négatifs, est désormais inefficace, sinon dangereuse par le risque de bulle financière qu’elle comporte, la Réserve Fédérale fait face à une fâcheuse vérité : l’assainissement quantitatif est une stratégie sans issue. La fin de partie ne peut être qu’une récession aux Etats-Unis qui se propagera au reste du monde en raison de l’interconnexion des économies. Bernanke n’eut-il pas tort de reculer en 2013 ? Le moment était favorable. Il ne l’est plus. La reprise américaine s’essouffle.
 
Qu’adviendra-t-il de nous, simples mortels, lorsque la prochaine crise viendra ? "Keep smiling", ordonna l’officier à Johan Moritz, "keep smiling, smiling…" (C. Virgil Gheorghiu – La 25ème heure).

L’euro survivra-t-il ?

Publié dans Avec l'Europe
L’euro survivra-t-il ?
 
Oui, si certaines conditions sont remplies.
 
L’Union économique et monétaire – l’euro – est un projet économique au service d’une cause politique : l’Europe fédérale. C’est un système monétaire international, comme l’était l’étalon-or en son temps, doublé d’attributs fédéraux : la Banque centrale européenne et le Pacte de stabilité et de croissance. C’est une expérience unique non seulement parce que jamais des nations n’ont accepté de lier leur sort au travers d’une monnaie unique mais aussi parce qu’il inverse l’ordre naturel des choses. La création d’une monnaie suit l’institution d’une nation ou d’une fédération. La Banque des Etats-Unis fut créé en 1791, soit quinze ans après l'adoption des Articles de la Confédération de 1776. L'euro fait exception à cette règle. La Banque centrale européenne fut créée avant que ne soit achevée l’Europe politique. L'euro est une monnaie sans nation. Ce défaut structurel est sa première faiblesse. Ce n’est pas la seule.
 
Lors des débats qui précédèrent la création de l’euro, deux écoles de pensée s’affrontèrent. Allemands et Hollandais étaient d’avis que la convergence des politiques économiques des futurs états membres était un préalable à la création de la monnaie unique alors que Français et Italiens assuraient qu’elle en serait un effet. Les joutes oratoires opposant les deux parties débouchèrent sur un compromis : Français et Italiens obtinrent satisfaction à condition que les futurs états membres satisfassent aux critères d’adhésion imposés par les Allemands et les Hollandais. Chacune des deux parties s’estima satisfaite. C’était faire preuve d’optimisme ou de naïveté. Dix-sept ans après la création de l’euro, cette convergence n’existe toujours pas. Elle suppose une évolution de la politique économique des deux principaux partenaires : la France et l’Allemagne. Elle n’est pas à l’ordre du jour ce qui conduit la Banque centrale européenne à prendre des mesures non-conventionnelles pour sauver l’euro. Cette absence de convergence est le second défaut structurel de l’euro.
 
Conscients de ces faiblesses, les Européens ont tenté d’y répondre par le Mécanisme européen de stabilité, la règle d’or, l’Union bancaire, etc. Pour utiles que soient ces mesures, elles n’en sont pas moins insuffisantes. Preuve en est la performance économique de la zone euro. Comparés aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, son taux de croissance est inférieur (1,5 % contre 2,4 % et 1,9 % respectivement) et son taux de chômage plus élevé (10,3 % contre 4,8 % et 5,0 %). Dans une telle économie, la priorité n’est pas la réduction du déficit budgétaire mais la croissance qui ne peut s’obtenir que par un effort collectif au travers d’un vaste programme d’investissements européen d’un montant de 2 000 milliards d’euros sur cinq ans financé par des institutions internationales. Un tel programme n’exclut pas la poursuite, voire l’accélération dans le cas de la France, des réformes structurelles imposées non par l’Europe, comme beaucoup le pensent, mais par la mondialisation. Ces réformes en ce qui concerne notre pays doivent s’inscrire dans un plan à long terme précisant les objectifs, les moyens, le calendrier et la contribution de chacun.
 
L’euro survivra s’il est remédié à ses insuffisances. Cette condition nécessaire n’est pas suffisante. Il faut aussi l’adhésion des peuples. Comme je le rappelle dans mon ouvrage : "L’euro survivra-t-il ?", de Gaulle disait de l’Europe qu’elle devait être "véritablement européenne. Si elle n’est pas l’Europe des peuples, si elle est confiée à quelques organismes technocratiques plus ou moins intégrés, elle sera une histoire pour professionnels, limitée et sans avenir. "

Le Cercle Les Echos – 28 avril 2016














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