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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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de l’état omnipotent à...

Publié dans Du côté des élites
Chômage : de l’état omnipotent à l’état impuissant
 
L’annonce de l’augmentation du chômage en août a fait l’effet d’une bombe. Le gouvernement espérait une baisse. Ce chiffre va relancer le débat sur le socialisme, la social-démocratie et la sociale-libérale – débat stérile mais dont sont friands les Français. Le chômage, faut-il le rappeler, est la préoccupation majeure des Français depuis la fin des années 1980. Gouvernements de droite et de gauche ont rivalisé d’imagination et de mesures pour mettre fin à cette plaie douloureuse. En voici un résumé :
- Raymond Barre :           Pacte pour l’emploi des jeunes.
- Laurent Fabius :            Travail d’utilité collective.
                                      Stages d’initiatives à la vie professionnelle.
- Jacques Chirac :            Allègement et exonérations de charges.
- Michel Rocard :             Contrat emploi-solidarité.
- Alain Juppé :                 Emplois jeunes.
- Lionel Jospin :               Lois Aubry I et II.
                                      Lois de modernisation sociale.
- Jean-Pierre Raffarin :     Contrat jeune en entreprise.
                                      Contrat d’insertion dans la vie sociale.
- François Fillon :             Contrat d’autonomie.
- Jean-Marc Ayrault :        Contrat d’avenir.
 
En 1975, il y avait 773.000 chômeurs en France métropolitaine. (1) Ils représentaient 3,4% de la population active. Vingt ans plus tard, leur nombre est monté à 2.649.000. Ils sont 3.026.000 à fin 2014 (10,2%). Visiblement, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes des Français. Qui a oublié cette phrase de François Mitterrand : "Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé". Ce commentaire qui n’est pas sans rappeler le "toucher royal", (2) émane de cette notion très française de la toute-puissance de l’Etat. Rationnel et équitable, l’Etat assure le développement économique de la nation. Cette vision a son corolaire. Si l’économie est la responsabilité de l’Etat, le chômage est son échec. A-t-on tout essayé, comme le dit Mitterrand ? Oui… sauf les mesures qui libèrent les énergies créatrices, accroissent la productivité, modèrent les coûts salariaux, et réduisent le coût de fonctionnement de l’Etat. Ce sont les seules capables d’inverser la courbe du chômage dans une économie mondialisée, hyper-compétitive, et en évolution constante. Quelles sont-elles ? Nous les connaissons grâce aux rapports Attali, Gallois, Enderlein-Pisani-Ferry, à ceux de la Cour des comptes, de la Commission européenne, de l’OCDE, du FMI et de nombreux instituts privés. Globalement, leurs conclusions concordent.
 
Le présent gouvernement a pris des mesures : crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), pacte de responsabilité, simplification de la réglementation, réforme territoriale, loi Macron, réforme du dialogue social, etc. (3) Mais elles sont insuffisantes au regard du défi auquel la France fait face. Ces réformes nous sont imposées par la mondialisation. Certes, les textes bruxellois nous obligent –avec notre consentement– à modifier notre politique mais ils ne font qu’entériner des décisions qui s’imposent à l’Europe en raison du formidable bouleversement que le monde connaît depuis un quart de siècle. Chacun peut penser ce qu’il veut de la mondialisation, mais imaginer que nous n’y sommes pas sujets, comme des politiciens de (l’extrême) droite et de (l’extrême) gauche tentent de nous le faire croire est une imposture qui conduit à une impasse.
 
(1) Au sens du Bureau international du travail (BIT).
(2) "Le roi te touche, Dieu te guérit". Par ses mots, symboles de la puissance divine des rois de France, le malade est guéri des écrouelles. 
(3) Notons que le gouvernement a dû avoir recours à l’article 49.3 de la Constitution pour faire voter cette loi qui ne change pas fondamentalement le paysage socio-économique français
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Asphyxie de la Grèce

Publié dans Avec l'Europe
Plan B et asphyxie de la Grèce
 
Le crédit est la sève de l’économie. S’il s’assèche l’économie meurt. En tenant le crédit, la BCE tenait la Grèce.
Le troisième plan d’aide à la Grèce comprend trois dispositions importantes : un crédit de 86 milliards d’euros sur trois ans dont 25 milliards sont destinés à la recapitalisation des banques, un programme de privatisations de 50 milliards d’euros et un programme d’investissements de 35 milliards. En contrepartie, la Grèce s’engage à transformer son déficit primaire (–0,25% du PIB en 2015)(1) en un surplus (3,5% en 2018), à réformer en profondeur son système de retraite, à assouplir les règles qui régissent le marché du travail, à moderniser et dépolitiser son secteur public. Le produit des privatisations servira pour moitié au remboursement des fonds utilisés à la recapitalisation des banques, et pour un quart à la réduction de la dette grecque. Le dernier quart participera au financement du programme d’investissements. Dans un communiqué de presse du 14 août, l’Eurogroup se montre confiant de l’engagement futur du FMI aux côtés des Européens. Cette déclaration surprend car dans sa note du 14 juillet, le Fonds fait d’une réduction de la dette un préalable à tout nouveau crédit – réduction à laquelle l’Allemagne est fermement opposée. Cette question doit être examinée à l’automne.
 
Ce troisième plan est une défaite humiliante pour Alexis Tsipras qui a surévalué ses forces. Fort du soutien populaire, il croyait pouvoir faire bouger les lignes. Mais alors qu’il négociait à Bruxelles, l’économie grecque était sous perfusion, la BCE lui injectant les liquidités dont elle avait besoin pour éviter l’asphyxie. Ces avances, faites au titre de l’Assistance de liquidité d’urgence, sont sujettes à l’approbation du conseil de la BCE où l’Allemagne jouit d’une autorité indéniable. A tout moment, elle pouvait y mettre son veto. La probabilité d’une telle éventualité augmentait à mesure que les sommes avancées s’élevaient. Elles atteignirent 89 milliards d’euros en juin. Dans le même temps, la Grèce faisait usage du système de transferts transeuropéens, régis par la BCE, pour payer ses importations. (2) Le solde débiteur de la Grèce doubla en six mois pour atteindre 108 milliards d’euros en juin. En six mois, la BCE a donc avancé 197 milliards d’euros à la Grèce, soit 110% de son PIB. (3) Les états membres étant conjointement responsables, cette fuite en avant ne pouvait durer, réduisant à néant la marge de manœuvre d’Alexis Tsipras. Parallèlement, au plan politique, sa position était précaire car si les Grecs étaient prêts à le soutenir dans sa renégociation, ils ne souhaitaient quitter ni l’euro ni l’Europe.
 
Le premier ministre n’avait alors d’autre choix que de rendre les armes. Ce qu’il fit en acceptant les termes d’un plan d’aide plus durs que ceux négociés par son prédécesseur. Yanis Varoufakis, son ministre des finances, préféra démissionner. Cet économiste de talent avait-il prévu cette asphyxie de l’économie grecque ? Etait-ce l’objet du plan B d’y faire face ?

(1) Le déficit primaire exclu la charge de la dette.
(2) Système connu sous le nom de Target2.
(3) A cette somme, s’ajoute la dette publique grecque.

Grèce : un pavé dans la mare ?

Publié dans Avec l'Europe
Grèce : un pavé dans la mare ?
 
Dans un document "strictement confidentiel", les membres du conseil d’administration du Fonds monétaire international sont informés que le Fonds ne participera au troisième plan de sauvetage de la Grèce que si certaines conditions y figurent dont une annulation partielle de la dette. Un pavé dans la mare, diront certains, en raison de l’opposition de Berlin et de plusieurs autres états de la zone euro à toute annulation.
Sans le FMI, un troisième plan de soutien peut-il être accordé à la Grèce ? Aussi inattendue soit-elle, cette prise de position ne devrait pas surprendre. Elle est inscrite en filigrane dans les précédents documents du Fonds. Dans son rapport de mai 2010, le Fonds signale que les risques d’échec sont élevés et dans celui de mai 2013, il note que la dévaluation interne engendre une contraction du produit intérieur brut grec qui accroît la dette publique en pourcentage du produit intérieur brut, allant du même coup à l’encontre du but recherché. Les réserves du Fonds à l’égard de la résolution de la crise grecque s’expriment plus librement à mesure que la situation se détériore, se fondant sur des questions de règles, de principe et de politique.
 
Une question de règles
Les financements du Fonds sont régis par quatre critères économiques : impact du plan sur la balance des paiements, soutenabilité de la dette publique à moyen terme, probabilité d’accéder aux marchés des capitaux et perspective de succès du programme au regard de la capacité politique et institutionnelle du pays à faire face à ses engagements. Dans l’Ex Post Evaluation de mai 2013, le Fonds relève que le second critère n’est pas respecté, et que l’évaluation qui fut faite des critères 3 et 4 s’est révélée optimiste. Rétrospectivement, il apparaît que ces critères n’étaient pas satisfaits.
Ainsi, dès mai 2013 le Fonds est-il conscient que le premier programme de soutien à la Grèce posait un problème.
 
Dans son rapport de juin 2015, il évoque la possibilité d’une réduction de la dette en raison d’une évolution de la situation de la Grèce depuis le début de l’année. Il note en particulier un programme de privatisations très en retrait par rapport aux objectifs et un net ralentissement des réformes structurelles. Enfin, dans sa note de Juillet 2015, il déclare que la dette publique grecque est hautement insoutenable et que seule sa réduction bien au-delà de ce que l’Europe est prête à envisager peut la rendre soutenable.
 
Une question de principe
Le célèbre économiste, John Maynard Keynes, rédacteur auxiliaire des Accords de Bretton Woods – le rédacteur principal étant Harry Dexter White du Trésor américain – avait préconisé que l’obligation d’équilibrer la balance commerciale incombe non seulement aux nations déficitaires mais aussi aux nations excédentaires (1). Il avait observé que dans un système de taux de change fixe, comme l’était l’étalon-or et comme le sera le système de Bretton Woods, l’obligation faite aux seules nations déficitaires avait un effet dépressif sur l’économie mondiale. Il ne fut pas écouté mais le concept n’en fut pas moins inscrit sous une forme sibylline dans l’article IV des statuts du Fonds. Aussi, chaque année les nations font-elles l’objet d’une analyse au titre de cet article. En outre, le Fonds rédige un rapport synthétique sur l’évolution du "secteur externe", c’est-à-dire de la balance commerciale, accompagné d’une évaluation par pays.
 
Cette année, le Fonds a troqué son langage diplomatique pour un discours plus direct enjoignant nations déficitaires et excédentaires à prendre les mesures nécessaires pour rééquilibrer leurs comptes externes. La Grèce fait partie des nations structurellement déficitaires avec la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. L’Allemagne fait partie des nations structurellement excédentaires avec la Corée du sud et la Chine.
Elle est la nation dont la balance commerciale est la plus élevée au monde en termes absolus et relatifs. En moyenne annuelle, son excédent commercial s’élève à 6,5% de son produit intérieur brut depuis 2006. Elle est en infraction des règles de la zone euro qui impose une limite de 6%. La solution du problème grec passe donc aussi par une révision de la politique économique allemande, à savoir une réduction de l’épargne et un accroissement de la consommation et des investissements afin de conforter la fragile croissance européenne et d’aider indirectement la Grèce.
 
Une question politique
A l’origine, les pays émergents membres du conseil d’administration du FMI firent part de leurs réserves à l’égard du plan de soutien à la Grèce qu’ils considéraient être du ressort de l’Europe et non du Fonds. Leur opposition s’est accrue au fil du temps. Parallèlement, le dernier rapport révèle les doutes de ses rédacteurs et leur crainte de voir la crédibilité du Fonds entachée par un non-respect de ses règles. Christine Lagarde qui s’est montrée favorable à la position européenne tout au long de la crise, est désormais en porte-à-faux par rapport à l’institution qu’elle dirige. Restent les Etats-Unis qui pèsent lourds dans les décisions du Fonds en raison de leur droit de veto. Ils ont jusqu’à présent milité en faveur des plans de soutien à la Grèce. Continueront-ils ?
 
Plus qu’un pavé dans la mare, ce document "strictement confidentiel" ne fait que prendre acte d’une profonde divergence de vues entre le Fonds et la Commission européenne. S’il complique singulièrement une situation déjà complexe, peut-être facilitera-t-il la résolution de cette crise en forçant les Européens ou certains d’entre eux à voir la situation de la Grèce pour ce qu’elle : insolvable sans une annulation de dette ?
 
(1) La position de Keynes était en partie due à la situation de la Grande-Bretagne qui avait alors un énorme déficit commercial et celle de White à la situation des Etats-Unis et de son énorme excédent commercial.

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