Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

URL du site internet:

Français, unissez-vous !

Publié dans En France
Français, unissez-vous !
 
Français, unissez-vous ! Ce n’est pas un slogan marxiste mais un cri de ralliement pour tenter de contrôler notre destin. Ces vingt-cinq dernières années, le monde a subi une profonde mutation qui s’apparente à celle que connut le Moyen-Age mais sur une période beaucoup plus courte. L’avènement de l’ordinateur personnel dans les années 80 suivi d’Internet, la chute de l’Union soviétique, la conversion de la Chine à l’économie de marché dans les années 90, et les découvertes scientifiques ont transformé notre monde. C’est la "3ème révolution industrielle" nous dit Jeremy Rifkin, professeur d’économie à l’université de Pennsylvanie. Non, répond Klauss Schwab, fondateur du Forum économique de Davos, c’est la 4ème. Quel que soit le chiffre qu’on lui attribue, il est évident que la mutation est profonde et qu’elle n’est pas seulement économique mais aussi politique, sociale et sociétale. Les anciens paradigmes tombent les uns après les autres sans que de nouveaux apparaissent. La loi sur la fin de vie eut été impensable il y a cinquante ans. 
 
Ces bouleversements modifient les relations de pouvoir au sein de nos sociétés occidentales. Les élites – relais entre le peuple et le pouvoir – ne jouent plus leur rôle. Certaines d’entre elles semblent même faire le jeu du pouvoir, celui détenu par un nombre restreint d’individus. Les ambitions s’affichent. La démocratie est remise en question. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy opposent un refus catégorique au référendum proposé par Papandréou sur l’accord de décembre 2011. Des actions militaires au Moyen Orient sont lancées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France sans l’aval du peuple. Les Allemands sont sommés d’accepter un million de réfugiés, etc., etc. Aussi, ne faut-il pas s’étonner de la création de nouvelles formations politiques comme SYRIZA en Grèce, Podemos en Espagne, AfD en Allemagne, UKIP en Grande-Bretagne et le Front national en France. Populistes, sans programme défini ou cohérent, ces partis sont pires que le mal qu’ils entendent combattre. Dans ce monde instable et indéfini, le citoyen ordinaire – celui qui est raisonnable et réfléchi – est livré à lui-même. Il ne sait à quel saint se vouer pour sortir de cet imbroglio qui le menace, lui et sa famille.
 
Ce sentiment d’impuissance inacceptable conduit les plus entreprenants à lancer des initiatives comme La Transition, Nous Citoyens, Objectif France, Génération Citoyens, etc. Leur objectif n’est pas la révolution dont on sait qu’en politique comme en physique, elle aboutit à son point de départ (Napoléon avait plus de pouvoir que Louis XVI et Lénine plus que Nicolas II) mais l’évolution vers un nouveau système qui prendrait en compte les inquiétudes et les attentes des citoyens. D’où ce "Français, unissez-vous !" Il n’est pas dit qu’unies ces initiatives aboutissent mais isolées elles n’ont aucune chance. Vox populi, vox dei.

Dividende de la paix ?

Publié dans En France
Etat de guerre et dividende de la paix
 
Lors d’une interview en novembre dernier, le général Vincent Desportes, auteur de la "La dernière bataille de France", regrette que Laurent Fabius ait plaidé jadis pour la distribution du "dividende de la paix". Le général Didier Tauzin, auteur de "Rebâtir la France", lui fait écho quelques jours plus tard. Ce dividende serait-il la cause de notre impréparation face au terrorisme ? Une augmentation du budget de la défense dont les généraux se font l’avocat entraînera nécessairement la réduction d’autres dépenses, compte tenu des revenus limités de l’Etat et de son endettement élevé.
 
La chute de l’Union soviétique s’est accompagnée d’une baisse rapide des budgets de la défense en Occident que Bill Clinton qualifia de "dividende de la paix". Ce dividende a-t-il donné lieu à un accroissement indu d’autres dépenses de l’Etat, et en particulier des dépenses sociales ? Pour le savoir, examinons les budgets de la défense et de la Sécurité sociale, et pour éviter toute polémique dont les Français sont si friands, utilisons les statistiques américaines.
En 1960, le budget de la défense s’élève à 8,6% du Produit intérieur brut (PIB) et celui de la Sécurité sociale à 2,0%. En 1990, année précédant l’effondrement de l’URSS, ces chiffres sont respectivement 5,2% et 7,0%. En 2000, année précédant l’attaque du 11 septembre, ils sont passés à 3,3% et 7,7%. En 2010, le budget de la défense s’élève à 4,7% et celui de la Sécurité sociale à 9,2% – l’augmentation du budget de la défense par rapport à l’année 2000 est liée aux guerres en Afghanistan et en Irak. En 2015, le coût de la défense baisse de nouveau (3,3%) alors que celui de la Sécurité sociale continue d’augmenter (10,1%).
L’évolution des budgets de la défense et de la Sécurité sociale s’inscrit dans un cycle long dont le dividende de la paix n’est qu’un avatar. Le premier baisse continuellement alors que le second ne cesse d’augmenter. A quoi tient cette évolution ? La raison nous en est donnée par Adolphe Wagner, économiste allemand du 19ème siècle. Il postula que les citoyens exigent davantage de leur gouvernement à mesure que leur nation s’enrichit. C’est ce que nous observons aux Etats-Unis et en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est pas le dividende de la paix qui est en cause, comme le croient les généraux, mais une appétence pour toujours davantage de services de l’Etat, ce "toujours plus" dont parle François de Closets dans l’un de ses ouvrages.
 
Le président a déclaré que nous sommes en guerre. Souhaitons qu’elle soit aussi courte que possible non seulement pour en minimiser le coût humain mais aussi pour éviter les ajustements auxquels une guerre longue nous obligerait. Il n’est pas certain que les Français soient prêts à faire les sacrifices qui leur seraient demandés en cas de guerre prolongée ni que leurs dirigeants en soient conscients. D’où l’avertissement des généraux – avertissement recevable même s’il pèche par son analyse.

Hégémonie et incohérence US

Publié dans De par le monde
Hégémonie et incohérence américaines
 
Une politique hégémonique est nécessairement incohérente puisqu’elle ne fait aucune distinction entre alliés et rivaux. La phobie sécuritaire conduit Washington à espionner ses alliés, et son esprit dominateur à imposer des sanctions à la Russie qui nuisent à ces mêmes alliés. Au Moyen Orient, sa politique destructrice qui tente de concilier des objectifs antinomiques, en fait la nation la plus haïe au monde. Elle se traduit par un exode massif des populations vers les pays voisins et, plus récemment, vers l’Europe où elle engendre de violentes divisions en Allemagne, en France et dans de nombreux autres pays.
Les effets de cette politique démontrent son incongruité.
La Russie en joue très habilement. Profitant du coup d’état orchestré par la CIA avec l’aide d’éléments pro-nazis en Ukraine, Poutine annexe la Crimée après y avoir organisé un référendum. En Syrie, il conforte sa position en combattant Daesh au grand dam des Occidentaux qui l’accusent de soutenir Bachar al-Assad. Mais comment accorder du crédit aux préoccupations 'humanitaires' et 'démocratiques' de l’Occident après la destruction de l’Irak, de la Lybie et du Yémen ? Cette politique hégémonique qui a son origine dans l’effondrement de l’Union soviétique, engendre une réaction de rejet parmi les nations qui en sont les victimes, et crée l’insécurité qu’elle souhaite éviter.
 
L’hégémonie pour credo.
Selon la doctrine de Paul Wolfowitz, ancien secrétaire adjoint à la Défense sous George W. Bush, l’objectif premier de la politique étrangère américaine est de prévenir l’émergence d’un nouveau rival dans le monde. Il est énoncé sous une autre forme dans le National Security Strategy de 2015 sous la signature de Barack Obama : "La question n’est pas de savoir si l’Amérique doit ou non diriger [le monde], mais de savoir comment elle doit le diriger". Il se traduit par une nouvelle version de la politique d’endiguement ("containement") en visant à isoler la Russie et la Chine au plan militaire (expansion de l’OTAN à l’Est, stationnement de Marines en Australie, concentration de la marine américaine en Asie-Pacifique, etc.), au plan politique par la propagande et la diabolisation de Poutine, traité de nouvel Hitler par Hillary Clinton ce à quoi Henry Kissinger, peu connu pour son aménité, objecta au vu de l’ignorance crasse du propos, et finalement au plan économique par les sanctions qui sont imposées à la Russie et par deux accords commerciaux, le TransPacific Partnership (TPP) avec les pays de l’Asie, Chine exclue et le Transatlantic Trade & Investment Partneship (TTIP) avec l’Europe, Russie exclue.
 
Bien évidemment, la Russie et la Chine ont réagi.
En 2001, la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan,le Tadjikistan et l’Ouzbékistan ont créé l’Organisation de coopération de Shanghai ou Pacte de Shanghai. C’est une alliance stratégique qui a pour vocation de s’opposer à l’OTAN. L’Inde et le Pakistan la rejoindront en 2016. Potentiellement, c’est une puissante alliance qui se met en place avec plus de trois milliards d’habitants (près de 45% de la population mondiale) et 20 % du produit intérieur brut mondial. En juillet 2014, la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du sud ont signé la déclaration de Fortaleza par laquelle ils entendent mettre fin à la suprématie du dollar. Cette même année, à l’initiative de la Chine, a été créée la Banque d’infrastructure et d’investissement de l’Asie pour promouvoir l’investissement en Asie. La Grande-Bretagne et la France en sont actionnaires en dépit de l’opposition des Etats-Unis. Parallèlement, en réponse au TPP et au TTIP, la Chine construit un vaste réseau de chemin de fer et de gazoducs la reliant à l’Europe et au Moyen Orient. En 2013, elle a inauguré une ligne ferroviaire de 11 179 kilomètres reliant Chongqing à Duisbourg en 20 jours contre 35 en bateau, baptisée la nouvelle Route de la soie. En mai 2014, CNPC, société pétrolière chinoise, a signé un accord avec Gazprom pour la fourniture de 38 milliards de mètres cubes de gaz naturel à la Russie. En avril 2015, le président Xi Jinping a signé un accord avec le Pakistan pour la construction d’un "corridor économique" reliant par route, rail et oléoduc Kashgar dans la province de Xinjiang au port de Gwadar au Pakistan.
 
Incohérence au Moyen Orient
Le Moyen Orient est la région la plus riche du monde en hydrocarbure mais aussi la plus instable.  Elle est le théâtre d’une lutte de pouvoir entre les grandes puissances depuis la Première Guerre mondiale. Cette rivalité débute par les Accords Sykes-Picot de 1916, puis prend la forme du Pacte de Quincy en 1945 par lequel les Etats-Unis s’engagent à protéger l’Arabie Saoudite en échange de pétrole. En 1953, l’Iran est l’enjeu de la rivalité américano-soviétique qui se solde par un coup d’état orchestré par la CIA. Les Etats-Unis prennent définitivement pied au Moyen Orient après l’expédition franco-britannique de 1956. Ils ont trois principaux alliés : Israël, l’Arabie Saoudite et l’Iran. La politique répressive et absurdement prétentieuse du Shah cause sa perte et l’instauration d’un régime islamiste dirigée par les Mollahs en 1979. Le conflit israélo-palestinien s’enterre dans des palabres infinies et des conflits sporadiques et violents en dépit des Accords d’Oslo. Peu concernés par ce conflit, des pays arabes cherchent à s’unir pour se libérer de la tutelle occidentale. C’est l’objectif du parti Baas ou Baath, né en 1947 à Damas. Ses deux piliers sont le socialisme et la laïcité. Saddam Hussein s’en servira pour conquérir le pouvoir en Iraq.
 
Une telle union des nations arabes, si jamais elle voyait le jour, serait une menace tant pour les intérêts américains au Moyen Orient que pour la sécurité d’Israël. Ces deux pays s’unissent donc pour y faire face. Une symbiose de leurs politiques étrangères s’instaure peu à peu. Des documents, comme Rebuilding America’s Defenses ou A Clean Break : a new strategy for securing the Realm, en donne la finalité.
Dans l’analyse de Richard Perle, principal rédacteur du second document, la Syrie, l’Iraq et l’Iran constituent les plus graves menaces pour la sécurité d’Israël. La chute de l’Union soviétique convainc les néoconservateurs que le moment est venu d’agir. L’attaque du 11 Septembre leur en donne l’occasion. Dans les jours qui suivent, des sénateurs demandent au président Bush d’attaquer l’Iraq alors qu’aucun lien ne lie ce pays à la tragique journée. Saddam Hussein que l’Occident avait soutenu dans sa lutte contre l’Iran, devient la bête noire des Américains. Ils décident de l’attaquer au motif qu’il avait envahi le Koweït. Après un succès initial, salué par un tonitruant : "Mission accomplie" du président américain sur le porte-avions Abraham Lincoln, l’invasion tourne au cauchemar. Néanmoins, l’objectif du Clean Break est atteint : l’Irak ne se relèvera pas de ses cendres, grâce à la politique du proconsul Paul Brenner.
 
Les choses en seraient restées là si Al-Qaïda, mouvement islamique créé à l’initiative du Conseiller à la Sécurité nationale de Jimmy Carter, Zbigniew Brezinski, pour faire échec à l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques, n’avait pas trouvé en Iraq une nouvelle vocation : combattre les Américains qui avaient eu l’outrecuidance de stationner des troupes en Arabie Saoudite. Par mutations et scissions successives, Al-Qaeda devient en avril 2013 l’Etat islamique en Iraq et au Liban (EIIL) qui crée en juin 2014 l’Etat islamique (EI). EIIL est plus connu sous le nom de Daesh en Syrie où il s’oppose aux forces de Bachar al-Assad. Les Américains sont désormais face aux contradictions de leur politique. Leur alliance avec Israël les engage à ne pas combattre Daesh qui veut éliminer Bachar al-Assad mais la perspective d’un califat, si Bachar tombe, les oblige à le combattre pour éviter que le califat ne voit le jour.
 
Daesh est le symbole de l’incohérence de la politique étrangère américaine. L’initiative de Brezinski était inutile. Avec ou sans Al-Qaïda, l’Union soviétique se serait retirée de l’Afghanistan de la même façon que les Etats-Unis ont quitté le Vietnam. Par un revirement imprévu dont l’Histoire a le secret, elle met en échec la politique du Clean Break, cher à Richard Perle, et donne naissance à un rapprochement de la Russie avec l’Iraq et l’Iran contraire aux intérêts américains au Moyen Orient. Les néoconservateurs devraient savoir que les intérêts de deux nations quelles qu’elles soient ne coïncident jamais. Deux universitaires américains, John Mearsheimer et Stephen Walt, l’ont démontré dans leur livre : "Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine".
 
Conclusion
Dans une affirmation qui a choqué le monde, Madeleine Albright, ministre des Affaires étrangères de Bill Clinton, a déclaré en 1996 que la sécurité américaine valait bien la mort de 500.000 enfants iraquiens. Ce n’est plus de 500.000 enfants dont il est désormais question mais de millions de morts, de blessés et de réfugiés. Cette ingérence américaine ne se limite pas au Moyen Orient. Les Etats-Unis interviennent dans toutes les parties du monde, en particulier en Amérique centrale et du Sud qu’ils considèrent comme leur chasse-gardée depuis le président James Monroe. Mais c’est au Moyen Orient où leurs interventions ont été les plus massives et les plus destructrices, à l’exception peut-être du Vietnam. Au plan humanitaire, ce n’est pas un désastre. C’est un crime.
Cette politique hégémonique est le fait d’une oligarchie. Le peuple américain y est étranger. Par une ironie du sort, elle crée le résultat opposé à celui recherché. La sécurité absolue espérée produit une sécurité précaire par un enchaînement d’évènements incontrôlables. Elle engendre le 11 septembre qui conduit à l’Afghanistan, à l’Irak, à la Libye, à la Syrie, au Yémen pour aboutir à un face-à-face avec la Russie en Syrie. Pour sortir de cette politique étrangère aux effets désastreux tant pour eux-mêmes que pour le reste du monde, les Etats-Unis doivent redéfinir leurs intérêts vitaux dans l’esprit des principes du Traité de Westphalie qui sont aussi ceux des Nations unies – principes qui seuls sont susceptibles d’apporter la paix au monde, l’hégémonie étant vouée à l’échec ou pire, à l’Apocalypse.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version