Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

URL du site internet:

La Chine n’est pas la cause...

Publié dans De par le monde
La Chine n’est pas la cause du déficit commercial américain
 
Les Etats-Unis ont pour habitude de reporter le poids de leurs erreurs économiques sur leurs partenaires. Cela a relativement bien fonctionné jusqu’en 2008 quand la crise des subprimes a provoqué une récession mondiale. Le G20 de novembre 2008 – premier du genre – a permis d’éviter le pire grâce à une coopération internationale inédite ainsi qu’à l’intervention de la Réserve fédérale qui a porté secours à des banques étrangères en grande difficulté dont la Société générale. Qu’en sera-t-il cette fois si la Chine refuse de se soumettre à la volonté des Etats-Unis qui l’accuse d’être la cause de leur déficit commercial ?
 
L’ordre économique mondial a été défini par les Etats-Unis à Bretton Woods dans le New Hampshire en août 1944. Vingt-sept ans plus tard, la dépréciation du dollar pose un dilemme à Richard Nixon. Il peut réduire la dépense publique et relever les taux d’intérêt ou abandonner le dollar à son sort en le désolidarisant de l’or. Il opta pour la seconde solution le 15 août 1971, évitant ainsi la récession et assurant du même coup sa réélection. (1) Mais, il reniait l’engagements pris à Bretton Woods de maintenir la valeur de l’or à 35 dollars l’once. En l’absence de valeur de référence, les taux de change des devises flottèrent librement, créant une forte instabilité sur ce marché ce qui obligea les nations à s’adapter à ce nouvel environnement économique. (2) La décision de Richard Nixon eut aussi pour effet de laisser libre cours à l’inflation qui atteint 15 % en avril 1980. Ce niveau convainquit le gouverneur de la Réserve fédérale, Paul Volcker, de relever le taux d’intérêt au jour le jour pour le porter au niveau le plus haut jamais atteint en juin 1981 (19 %).
 
Ce relèvement eut pour conséquence d’apprécier la valeur du dollar par rapport aux autres monnaies, et de réduire le volume des exportations américaines rendues trop chères par un dollar surévalué, augmentant un déficit commercial déjà jugé trop élevé. Le Secrétaire au Trésor de Ronald Reagan, James Baker, convoqua ses principaux partenaires commerciaux au Plaza Hôtel de New York pour les inviter à réévaluer leurs devises, les Etats-Unis s’engageant à réduire leur déficit budgétaire. Le Japon qui était particulièrement visé dans cette affaire, tint ses engagements. Trente-trois ans plus tard, il n’a toujours pas totalement recouvré de la récession larvée que causa ce brusque changement de politique. Les Etats-Unis réduisirent brièvement leur déficit budgétaire avant de le laisser filer à nouveau. Avec le temps, les choses se calmèrent, puis s’améliorèrent sous la présidence de Bill Clinton.
 
Au début des années 2000, George W. Bush adopta une politique économique alliant laxisme monétaire et déficit budgétaire que rien ne justifiait puisque la croissance moyenne durant le mandat de son prédécesseur s’élevait à 3,9 %. Cette politique, jointe aux manœuvres illégales des grandes banques de Wall Street, provoqua la crise des subprimes qui se répercuta quasi instantanément à travers le monde. L’Union européenne en paya le prix fort, en particulier la Grèce, mais aussi l’Italie dont le niveau d’activité est toujours inférieur ce qu’il était en 2008. En réponse à la crise, les Etats-Unis adoptèrent une politique monétaire – dite d’assouplissement quantitatif – qui eut pour effet d’abaisser leurs taux d’intérêt à un huitième de pourcent (du jamais dans l’histoire des banques centrales) mais aussi de surévaluer les monnaies de certains pays d’Asie et d’Amérique du sud dont le Japon et le Brésil. (3) Attirés par des rendements élevés, les investisseurs y placèrent leurs fonds pour y réaliser un rapide profit. Ces transactions, connues sous le nom de "carry-trade", déstabilisèrent les économies qui en furent victimes.
 
La crise de 2008 oubliée, les Etats-Unis, en la personne de Donald Trump, ont recours de nouveau à leur méthode favorite pour contrer les défauts de leur politique économique en faisant pression sur l’un de leurs partenaires, en l’occurrence la Chine, pour réduire leur déficit commercial et réindustrialiser leur économie. S’il est vrai que la Chine a, pendant des années, maintenu sa monnaie à une valeur dépréciée, cela ne l’est plus aujourd’hui. S’il est aussi vrai qu’elle a fait pression sur ses partenaires occidentaux pour obtenir des secrets de fabrication, quand elle ne les a pas volés, il l’est tout aussi que les entreprises, trop heureuses d’engranger des profits élevés, n’ont jamais menacé de se retirer de son marché. Enfin, si les gouvernements occidentaux n’étaient pas satisfaits de cet état de chose, ils pouvaient déposer un recours devant l’Organisation mondiale du commerce. Ils n’en ont rien fait. Ils pouvaient aussi s’adresser au Fonds monétaire international qui a autorité pour statuer sur les taux de change pratiqués par ses membres. (4) Aucun recours n’a été déposé. Le Trésor américain qui deux fois par an, remet un rapport au Sénat sur les taux de change des partenaires commerciaux des Etats-Unis n’a jamais accusé la Chine de manipuler sa devise.
 
En faisant pression sur la Chine, les Etats-Unis espèrent peut-être freiner durablement sa croissance, comme ils le firent avec le Japon. Ce serait une erreur. L’échelle de grandeur n’est pas la même. En 1985, l’économie japonaise était égale au tiers de l’économie américaine. En 2017, l’économie chinoise en représente les deux tiers. En 1985, les exportations japonaises vers les Etats-Unis représentaient 39 % de leurs exportations totales. La menace du protectionnisme fit plier Tokyo. En 2017, les exportations chinoises à destination des Etats-Unis ne représentent que 22 % de leurs exportations. La Chine est aussi moins dépendante de ses exportations qu’elle ne l’était jadis. Alors qu’elles s’élevaient à 35 % de son produit intérieur brut en 1985, elles sont tombées à 19 % en 2017. La relation économique entre les deux nations s’est inversée. Ce sont désormais les Etats-Unis qui sont dépendants de la Chine. Les produits dits "techniquement avancés" (5) en provenance de Chine s’élèvent à 110 milliards de dollars pour le seul mois d’août 2018 – des produits dont les Etats-Unis ont besoin pour leur industrie, en particulier leur industrie d’armement, ce qui ne laisse pas de les inquiéter. (6)
 
Chacune des crises évoquées ci-dessus a provoqué un cyclone économique dans l’œil duquel se trouve le dollar. L’attitude désinvolte des Etats-Unis à l’égard de leur monnaie a été parfaitement résumée par John Connally, Secrétaire au Trésor de Richard Nixon, lorsqu’il déclara : "le dollar est notre monnaie, et votre problème". L’interconnexion des économies tant au niveau commercial que financier, n’autorise plus cette désinvolture en raison de ses effets secondaires. Or, elle est toujours de mise à Washington. Le déficit commercial américain qui remonte à 1975, est dû à une surconsommation, en partie liée au déficit budgétaire (7) Les devises jouent un rôle réel, mais temporaire, et souvent exagéré. (8) Incomber la responsabilité de ce déficit à la Chine est un non-sens absolu. Derrière cette guerre commerciale s’en cache une autre : celle de l’hégémonie mondiale. Lors du 19ème Congrès du Parti communiste, Xi Jinping a déclaré que la Chine se hissera au premier rang mondial d’ici 2049 – centième anniversaire de la Révolution chinoise.
 
La Chine ne semble donc pas prête à se plier au diktat américain. Washington a tout intérêt à faire preuve de prudence, car si l’économie chinoise traverse un trou d’air, illustré par l’effondrement de la bourse de Shanghai, dont semble vouloir profiter Donald Trump, l’économie américaine est aussi vulnérable. La Réserve fédérale poursuit sa politique de remontée des taux d’intérêt – politique qui est généralement suivie d’une récession. Après avoir dilapidé leurs moyens d’action pour contenir la crise de 2008, les Etats-Unis sont démunis pour lutter contre une nouvelle récession. Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, l’annonce pour 2020. Incontrôlée, elle pourrait se propager rapidement à travers le monde en raison d’un endettement élevé des nations. Une guerre commerciale s’accompagnant toujours d’une montée des prix, de ruptures de stock, et donc de chômage, le résultat de l’affrontement sino-américain pourrait se traduire par une crise mondiale. 
 
Notes
(1) Il imposa également une taxe de 10% sur les importations.
(2) C’est une cause éloignée de la création de l’euro.
(3) Le real s’étant apprécié de 58% par rapport au dollar, le ministre des finances brésilien, Guido Mantega, n’hésita pas à parler de "
guerre internationale des monnaies" en septembre 2010 – sujet qui fut discuté lors de la réunion annuelle du Fonds monétaire international d’octobre 2010. Voir note 4.
(4) La question du taux de change des devises et de sa manipulation par certaines nations fut discutée lors de la réunion annuelle du Fonds monétaire international d’octobre 2010 à l’initiative des Etats-Unis qui se plaignaient de la baisse du yuan par rapport au dollar – baisse toute relative, en partie due à la crise des subprimes. Aucune décision ne fut prise. Les participants convinrent d’en discuter lors du G-20 de novembre 2010 à Séoul où à nouveau aucune décision ne fut prise.
(5) Les
produits "techniquement avancés" sont les suivants : biotechnologie, science de la vie, information et communication, électronique, matériaux spéciaux, aérospatial, armement et technologie nucléaire.
(6) Dans son discours du 4 octobre,
Mike Pence a accusé la Chine de vouloir dominer les domaines stratégiques que sont "la robotique, la biotechnologie et l’intelligence artificielle", et rappelé que les Etats-Unis exigeraient que la Chine ouvre totalement son économie au commerce mondial.
Lire aussi "
Assessing and strengthening the manufacturing and defense industrial base and supply chain resiliency of the United States."
(7) Le déficit budgétaire est passé de 666 milliards en 2017 à 779 milliards de dollars en 2018 (+ 17%).
(8) Dans un article intitulé : "
How Trump should address unfair trade with China
", Robert E. Scott, économiste au Economic Policy Institute, défend cette idée en notant que le dollar s’est apprécié de 20% depuis 2014. Ce faisant, il trompe le lecteur. S’il est vrai que le dollar s’est apprécié, cela ne date pas de 2014 mais de mai 2008 quand il atteint son point le plus tard. Son taux effectif réel s’est effondré suite à la crise des subprimes qui a commencé à l’été 2007.

Envoyé par l'auteur, 5 novembre 2018

De la crise de 2008 à... 2020

Publié dans De par le monde
De la crise de 2008 à celle de 2020
 
Les annonces d’une prochaine crise économique et financière se multiplient aux Etats-Unis. Après l’ancien gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, (1) c’est au tour de Nouriel Roubini, professeur à la New York University de prévoir une crise pour 2020. (2) En soi, ce n’est pas un scoop, les crises sont récurrentes dans le système capitaliste, et le cycle actuel d’expansion est le second le plus long après celui des années 2000. Mais, la qualité du premier, et la crédibilité du second qui fut l’un des rares à prévoir la crise de 2008, confèrent une résonnance particulière à leurs annonces. Nouriel Roubini liste cinq raisons pour justifier sa prévision. Il oublie la plus sérieuse : la désastreuse résolution de la crise de 2008 par Barack Obama. Pourquoi est-ce important ? Parce qu’elle prive les autorités des instruments fiscaux et monétaires dont elles auront besoin pour contrer la nouvelle crise. Nouriel Roubini le reconnaît sans en donner la raison. Arrêtons-nous donc un instant sur la crise 2008 pour comprendre ce qui nous attend en 2020.
 
L’ampleur de la crise de 2008 conduit les autorités américaines à prendre des mesures inorthodoxes pour en contenir les effets. Elles utilisèrent à fond les leviers fiscal et monétaire. Cela s’est traduit par une série de déficits budgétaires colossaux en pourcentage du produit intérieur brut : 9,9 % en 2009, 9,4 % en 2010, 8,7 % en 2011 et 7,0 % en 2012 – du jamais vu dans l’histoire des Etats-Unis hormis pendant la Seconde Guerre mondiale – ce qui entraîna un accroissement de 40 % de la dette publique qui atteint 100 % du produit intérieur brut. Dans le même temps, Ben Bernanke abaissait le taux directeur de la Réserve fédérale à un niveau considéré jusque-là comme inconcevable : 1/8ème de pourcent pendant 7 ans, entraînant un quasi quintuplement du bilan de la banque – à nouveau, du jamais vu dans l’histoire de cette institution – une politique qui provoqua une envolée de la bourse, comme le rappelle Nouriel Roubini. Concomitamment, les autorités fédérales vinrent au secours des grandes banques qui étaient toutes en quasi faillite. Le résultat ne s’est pas fait attendre. A l’hiver 2010, soit deux ans après la banqueroute de Lehman Brothers – élément déclencheur de la crise – la croissance était de retour. Au vu de ce résultat, les autorités avaient tout lieu de s’estimer satisfaites. Le seul problème est que, dans leur empressement à endiguer la crise, elles en oublièrent les principales victimes : les épargnants qui, floués par les banques et leurs intermédiaires, avaient investi dans l’immobilier. (3) Que fallait-il faire ?
 
Décréter un moratoire pour protéger les épargnants, nationaliser (temporairement) les banques à leur valeur de marché, et licencier leurs dirigeants, puis négocier un compromis entre autorités fédérales et épargnants pour qu’ils ne soient pas dépouillés de leurs biens, comme ils le furent brutalement, ce qui, comble de l’ironie, permit à des individus peu scrupuleux d’engranger des profits faramineux en achetant pour une bouchée de pain les dits biens qu’ils revendirent avec profit quand la croissance revint ! Il convenait aussi de rétablir le Glass-Steagall et le McFadden Acts, non dans leur texte originel mais dans une forme qui tienne compte de l’évolution du secteur bancaire. Etonnement, les banques de Wall Street sont aujourd’hui plus grandes qu’elles ne l’étaient avant 2008, accroissant d’autant le risque systémique de crise. (4)
 
Si l’usage du levier fiscal se justifie en cas de récession, en revanche, l’usage du levier monétaire dans la mesure extrême où il l’a été se justifie beaucoup moins. Par ce biais, les autorités secoururent les grandes banques, maintinrent leurs dirigeants dans leur poste et négligèrent les épargnants. De toutes les nations touchées par la crise, seule l’Islande agit équitablement, nationalisant les banques et emprisonnant leurs dirigeants. Toutes les autres suivirent peu ou prou le modèle américain au nom d’un principe bien connu en économie qui veut que si les banques s’effondrent, l’économie s’effondre. (5) C’est exact, mais cela n’implique pas que leurs dirigeants qui faillirent à leurs devoir fiduciaire soient maintenus en poste, et encore moins que la survie de leurs institutions soit assurée par l’argent du contribuable. On assista donc à une situation ubuesque où les épargnants, par le biais de l’endettement public, sauvèrent les banques qui les avaient floués. Au nom d’un sacro-saint principe, on en a renié un autre qui veut que dans une économie capitaliste le dirigeant et l’actionnaire sont responsables de leur gestion.  Ils engrangent des profits ou subissent des pertes, selon que leur gestion est bonne ou mauvaise. Les autorités ont fait l’inverse : elles sauvèrent les coupables et livrèrent les victimes à leur sort. C’est pourquoi elles sont désarmées aujourd’hui.
 
S’il y a crise en 2020, le gouvernement américain ne pourra recourir à des déficits budgétaires abyssaux. La dette américaine a atteint un niveau record qui menace la crédibilité du dollar. De son côté, la Réserve fédérale ne pourra abaisser un taux directeur qui reste très bas en dépit de sa remontée récente. Quant aux épargnants et aux salariés qui perdirent leur emploi suite à la récession de 2008, ils n’accepteront pas d’être ignorés une fois encore. Si d’aventure les autorités fédérales utilisaient les remèdes de 2008, elles seraient confrontées à la colère du peuple – "la résurgence de mouvements populistes", nous dit Nouriel Roubini. A quoi faut-il alors s’attendre ? A une crise économique et financière d’ampleur, et non à une simple récession, comme le laissent entendre Ben Bernanke et Nouriel Roubini. Ce scénario n’est bien sûr pas écrit, mais il est le plus probable… d’où les annonces de ces deux économistes de renom.
 
Notes
(1) Bernanke says U.S. economy faces a ‘Wile E. Coyote’ moment in 2020. Bloomberg, 7 June 2018.
(2) Les cinq ingrédients qui préparent la crise de 2020. Nouriel Roubini, Les Echos, 4 octobre 2018.
(3) Les banques engagèrent des intermédiaires pour convaincre les Américains d’acheter des biens immobiliers. Un grand nombre d’entre eux n’en avait pas les moyens. Aussi, sur le formulaire de prêt, l’intermédiaire entrait-il – à l’insu de l’acheteur – dans la case "revenu" un chiffre supérieur à son salaire, suffisant pour justifier le prêt immobilier. Ces prêts – appelés "liar loans" (prêts menteurs) – étaient agglomérés dans des "special vehicle purpose" (entités juridiques spéciales) qui émettaient des obligations, lesquelles permettaient à la banque de récupérer sa mise. Etrangement, ces obligations de très mauvaise qualité recevaient la notation la plus élevée, "triple A".
(4) Le Glass-Steagall divise le secteur en banques d’investissements et en banques de dépôts. Le McFadden Act limite le secteur géographique de la banque à l’état dans lequel elle est enregistrée. Le Dodd-Frank Act, voté par le Congrès en 2010, est une loi couteuse pour les banques. Elle ne supprime pas le risque systémique qu’elles posent.
(5) Ce principe est à l’origine de l’expression "too big to fail" (trop grosse pour faire faillite) qui fut énoncée pour la première fois dans une étude interne à la Citibank. A la question posée par son président, Walter Wriston, en 1978 "quel doit être le montant des fonds propres de la banque", Geoge Vojta, directeur du Corporate Planning répondit que la banque était devenue si importante au regard de l’économie américaine que le gouvernement serait obligé de venir à son secours en cas de difficulté. Dans la décennie suivante, la conclusion se révéla prémonitoire. La banque connut de sérieux problèmes. La Réserve fédérale vint à sa rescousse, et l’investisseur saoudien, Al-Whalid, entra au capital.

Envoyé par l'auteur, paru dans Les Echos, 8 octobre 2018

"L’abominable problème italien"

Publié dans Avec l'Europe
Le retour de "l’abominable problème italien"
 
Dans un article intitulé "L’UE une nouvelle fois face à l’abominable problème italien", publié par Libération dans son édition du 28 septembre, Jean Quatremer critique la décision du gouvernement italien d’accroître le déficit budgétaire en accord avec ses promesses électorales. Ni Bruxelles, ni Frankfort n’étant disposé à lancer un programme d’ajustement à la grecque, il en conclut que ce sont les marchés financiers qui siffleront la fin de la partie. Cette analyse, dans le droit fil de la pensée économique actuelle, ne fait pas justice à l’Italie.
 
Par sa décision, le gouvernement italien pose la vraie question. L’euro est un Deutsche mark qui a changé de nom, mais un Deutsche mark dévalué tout à l’avantage de l’Allemagne. L’Italie dont la politique économique est à l’opposé de celle de l’Allemagne, ne s’y retrouve pas (la France non plus). Deux solutions : ou l’Italie s’adapte à l’euro ou l’euro est restructuré en une monnaie européenne. Les Italiens ont dit non à la première solution qui implique l’adoption d’un programme d’austérité. Les Allemands ont dit non à la seconde qui remet en cause leur politique mercantile. C’est l’impasse qui force Bruxelles à imposer une politique d’austérité à l’Italie. Mais, cela ne fait pas sens, à preuve la croissance américaine, bien supérieure à la croissance européenne, qui repose sur une politique économique franchement expansionniste, financée en partie, il est vrai, par la Chine et le Japon.
 
S’il est exact que l’Italie doit réduire sa dette, il est tout aussi exact que la politique économique allemande conduit à une impasse par l’accumulation de créances qu’elle entraîne. Ces créances s’élèvent à 903 milliards d’euro en juillet 2018, soit 28 % de son produit intérieur brut. Leur montant était négligeable en 2005. Cette accumulation ne peut se poursuivre sans risque pour le crédit de l’Allemagne car ces créances sont, pour l’essentiel, sur des pays de l’Europe du sud.
 
Le vrai débat derrière cet "abominable problème italien" - pour reprendre les propos de Jean-Claude Trichet – est celui de l’économie européenne. Sera-t-elle socio-libérale (keynésienne) ou néolibérale. Les peuples optent pour le socio-libéralisme, les banques et l’oligarchie pour le néolibéralisme qui est un faux-nez pour cacher un retour au capitalisme d’antan, et dont la Grèce fait les frais.
 
Alexis Tsipras s’est couché devant Bruxelles. Contrairement à ce que les commentaires ont laissé entendre, il n’y a pas eu de remise de dette. C’est la solution généralement adoptée dans ce genre de situation. Le Fonds monétaire international y était favorable. L’Allemagne qui, rappelons-le, n’a pas soldé sa dette envers la Grèce, s’y opposa. Les Grecs paieront au prix fort pendant de nombreuses années le reniement de leur premier ministre. Les Italiens réussiront-ils à faire plier Bruxelles et Frankfort ? A défaut d’accord, ce sont les marchés financiers qui règleront le problème, comme le prévoit Jean Quatremer. Ils le feront à leur manière : brutalement et sans préavis, pour le plus grand malheur des Italiens et des Européens. Pour éviter cette issue, peut-être faut-il prêter attention aux Italiens qui, par leur vote, posent une question fondamentale : quelle économie voulons-nous ?
 
Dans ce débat, la France prend le parti de l’Allemagne, sans doute en raison du traitement de faveur dont elle bénéficie et auquel elle s’est habituée un peu vite. C’est un mauvais calcul. Elle aurait tout intérêt à se ranger du côté de l’Italie.

Envoyé par l'auteur, 2 octobre 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version