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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Etats-Unis : l’innocente victime

Publié dans De par le monde
Etats-Unis : l’innocente victime
 
Du point de vue américain, la chose est entendue : les Etats-Unis ont été la victime d’une ignominieuse attaque à Pearl Harbor. Ils l’ont été à nouveau le 11 septembre. Aujourd’hui, c’est l’Iran qui menace leur sécurité. Ce sont les Iraniens qui ont abattu un drone américain, qui ont saisi un pétrolier étranger et s’affranchissent des contraintes du traité de Vienne. Qui doute de la malfaisance de ce pays doit se référer au
discours de George W. Bush du 29 janvier 2002. Le président américain y déclare que l’Iran avec l’Irak et la Corée du nord constitue un "axe du mal", la référence à un autre axe de l’histoire, celui de Berlin-Tokyo-Rome, souligne, s’il le fallait, la malignité de ce nouvel axe. Mais de quoi l’Iran est-elle coupable ? Et, les Etats-Unis sont-ils innocents ?
 
L’Iran est coupable de sa géographie, de ses richesses pétrolières, et de sa politique étrangère indépendante. La France fut aussi coupable de ce vice, au temps du général De Gaulle. Dieu merci, depuis Nicolas Sarkozy les choses sont rentrées dans l’ordre. C’est pourquoi la France maintient une force militaire en Syrie sans y avoir été invitée à l’inverse de l’Iran et de la Russie. On ne peut comprendre ce qui oppose les Etats-Unis à l’Iran sans revenir à 1953. Mohammad Mossadegh, alors premier ministre, considérant que le pétrole de l’Iran appartenait aux Iraniens, a eu l’idée saugrenue de nationaliser l’Anglo-Iranian Company, entreprise pétrolière détenue par des intérêts britanniques. Mal lui en prit. Kermit Roosevelt, chef de la CIA à Téhéran et petit-fils du président Théodore Roosevelt, le destitua grâce à un complot qui le fit passer pour un agent de l’Union soviétique, avec manifestations de la rue à l’appui. Ce coup d’état fut un tel succès que la CIA le reproduisit dans d’autres pays. Pour résumer une longue histoire, on peut dire que l’Iran est coupable de vouloir profiter de ses richesses et de définir sa politique.
 
Quant aux Etats-Unis, se drapant dans les grands principes hérités du Siècle des Lumières, ils ne cessent d’intervenir dans les affaires intérieures des nations.
C’est Donald Trump qui arbitrairement a dénoncé le traité de Vienne. Comment peut-il reprocher aux Iraniens de s’affranchir des quotas que ce traité impose sur la fabrication d’uranium enrichi alors qu’il le rejette ? Les Etats-Unis ne sont pas la victime mais l’agresseur.
Qui doute que Franklin Roosevelt était au courant de l’attaque de Pearl Harbor ? (1) Pire, qu’il a tout fait pour la provoquer ?
Qui croit à la version officielle du 11 septembre 2001 quand Thomas Kean et Lee H. Hamilton, respectivement président et vice-président de la Commission d’enquête, ont cru bon d’écrire un
livre
pour faire part de leur frustration face tracasseries administratives et autres embûches qui les empêchèrent de mener à bien leur investigation ?
Qui doute encore que l’incident du golfe du Tonkin est une provocation américaine pour justifier la guerre au Vietnam ?
Qui doute que Jacobo Arbenz, président du Guatemala, a été assassiné sur ordre de Washington, que Juan Bosch, premier président de la République dominicaine élu démocratiquement, fut démis de ses fonctions par les Etats-Unis ou que Joao Goulart, président réformateur du Brésil, fut victime d’un coup d’état qui institua une dictature militaire, particulièrement brutale, de deux décennies ?
Ajoutons Augusto Pinochet pour faire bonne mesure.
Comble de l’ironie, à chaque intervention, les Américains se présentent comme les défenseurs de la liberté contre une agression prétendument communiste, alors qu’ils sont du côté des ploutocrates locaux en liaison directe avec leurs grandes entreprises pour piller les ressources du pays. Ce cynisme politique ne se limite pas à l’hémisphère sud. Elle s’applique au monde entier, Europe incluse. La Grèce en est le plus triste exemple.
 
Notons avant de conclure que cette politique interventionnisme est en parfaite contradiction avec les textes officiels que sont les trop fameux "Quatorze points" de Woodrow Wilson, la "politique de bon voisinage" de Franklin Roosevelt, la Charte de l’Atlantique d’août 1941, et l’Alliance pour le progrès de John Kennedy.
 
Les Etats-Unis sont la nation "indispensable", la Nouvelle Jérusalem dotée d’une "Destinée manifeste" … Il s’en suit qu’ils sont là pour conduire le monde, c’est-à-dire le dominer. Pratiquement, cela se traduit par le pillage des ressources naturelles à travers le monde, et l’ouverture des marchés aux produits américains. D’où les deux expéditions du Commodore Perry de 1853 et de 1854 pour ouvrir le marché japonais, la "libération de Cuba" pour s’approprier le contrôle mondial du marché du sucre, ou la conquête des Philippines qui ouvre la voie au marché chinois après l’annexion de Guam. Voilà comment il faut entendre la politique des portes ouvertes (open-door policy) du Secrétaire d’état John Hay : politique d’ouverture aux produits américains tout en protégeant le marché intérieur par des tarifs douaniers ou des clauses "antécédentes" (grand-fathering). (2) Tout cela est d’une parfaite hypocrisie et révèle une avidité insatiable dont le père Goriot lui-même ne serait pas capable. A ceux qui auraient encore des doutes, voilà ce que dit Woodrow Wilson : "notre marché intérieur ne peut absorber notre production… il nous faut un grand marché (mondial) pour l’écouler." (3) C’est cette même hypocrisie qui régit les relations extérieures américaines aujourd’hui. L’Iran en est la victime, les Etats-Unis l’agresseur.
 
(1) En 1999, le Sénat reconnu que les deux officiers en charge de la défense d’Hawaï, l’amiral Kimmel et le général Short, avaient agi de façon compétente et professionnelle et qu’en aucun cas la responsabilité de la destruction des navires américains ne pouvait leur être imputée. (David Ray Griffin. The American Trajectory: divine or demonic, p. 148)
(2) Les clauses “grand-fathering” émanent de lois et règlements américains qui donnent un avantage aux Etats-Unis dans les traités internationaux – avantages dont leurs partenaires ne peuvent se prévaloir.
(3) David Ray Griffin. The American Trajectory: divine or demonic, p. 69, p. 123.

Envoyé par l'auteur, 22 juillet 2019

... sous le crâne de D. Trump

Publié dans De par le monde
Tempête sous le crâne de Donald Trump
 
Sa décision de sortir de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien a pour Donald Trump une conséquence inattendue : doit-il ou non bombarder l’Iran ? De la Corée à l’Irak en passant par le Vietnam, le Cambodge, la Lybie, le Panama, la Bosnie, le Kosovo, etc., bombarder une nation n’a jamais posé de cas de conscience aux présidents américains. Alors pourquoi hésite-t-il ? Parce ce qu’un conflit ouvert avec l’Iran provoquerait non seulement une crise économique mais éliminerait toute chance d’être réélu.
 
La situation au Moyen Orient prend son origine dans les attaques du 11 septembre. George W. Bush a entamé une guerre contre le terrorisme qui s’est matérialisée par l’invasion de l’Afghanistan et de l’Iraq, la destruction de la Lybie et la guerre en Syrie. Israël qui depuis sa création se sent isolé dans une région entourée d’ennemis, appuie la politique américaine. Mais, comme nous l’apprend la troisième loi d’Isaac Newton, toute action crée une réaction. La Russie et l’Iran ont donc répondu favorablement à la demande d’assistance de Bachar el-Assad dont le pays était au bord de l’effondrement. Grâce à cette aide, le dirigeant syrien a pu récupérer la presque totalité de son territoire.
 
Les choses auraient pu en rester là si l’aviation israélienne se cachant derrière un Il-20 pour bombarder la Syrie n’avait pas provoqué la destruction de cet avion et la mort de quinze membres d’équipage par la défense antiaérienne syrienne. Les Russes ne s’y sont pas trompés et blâmés Israël. Dans un récent
article, Youssef Hindi considère qu’il s’agit là d’une grave erreur des Israéliens. Alors que jusqu’à présent, Vladimir Poutine avait réussi à maintenir l’équilibre entre les factions israélienne et russe à l’intérieur de son gouvernement, l’abattage du Il-20 l’a fait pencher en faveur de la faction russe, soutenue par l’Armée.
 
Il existe un même équilibre instable au sein du gouvernement américain. Les conseillers de Donald Trump se partagent entre partisans des thèses israélienne et nationale.
Henri Kissinger 
a d’ailleurs déclaré : "A la Maison Blanche, c’est la guerre entre juifs et non juifs". Donald Trump est dans le camp des seconds (America First), mais il doit sa victoire en partie aux premiers (Sheldon Adelson et Robert Mercer lui ont apporté un soutien crucial à un moment critique de sa campagne en juin 2016). Pour éviter une guerre qui ruinerait ses chances d’être réélu, il finasse (nouvelles sanctions, négociation sans préconditions, etc.). Sa stratégie de "pression maximale", destinée à faire tomber le régime iranien de l’intérieur, rend bombardements et invasion inutiles. Mais que se passe-t-il si l’effet attendu ne se produit pas ?
 
Le Pentagone pourrait-il, comme en Russie, faire pencher la balance au profit des thèses nationales ? Non seulement les guerres au Moyen Orient ont entaché son image (en particulier à l’étranger) mais, plus grave, elles le privent des ressources nécessaires pour se préparer à un conflit avec la Russie ou la Chine. Or, les généraux américains pensent que c’est là leur premier devoir. Donald Trump prétend d’ailleurs avoir "reconstruit" le Pentagone.
 
Si le Pentagone réussissait à faire pencher la balance de son côté, Israël serait isolé, sans appui à Moscou et à Washington. Dans ces conditions, n’est-il pas l’intérêt de Benjamin Netanyahu de créer les conditions d’un conflit inévitable entre l’Iran et les Etats-Unis ? Cela détruirait l’ennemi qui soutient la Syrie et le Hezbollah, et aurait aussi l’avantage d’assurer sa réélection en octobre prochain. Quant à Donald Trump, il pourrait dire au revoir à la sienne en novembre 2020. La tempête sous son crâne doit lui donner des maux de tête.

Envoyé par l'auteur, 2 juillet 2019

Quel est ce pays ?

Publié dans De par le monde
Quel est ce pays ? (USA)
 
Quel est ce pays qui s’octroie le droit d’affamer les populations de l’Iran et du Venezuela au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Quel est ce pays qui après avoir détruit trois nations au Moyen-Orient (Irak, Libye et Syrie), participe à la destruction d’une quatrième (Yémen), avec l’aide de la France, créant la pire crise humanitaire de la planète ? Quel est ce pays qui au nom des valeurs de l’Occident, s’en prend aux nations riches en ressources naturelles (Iran, Iraq, et Libye pour leur pétrole, et Venezuela pour son pétrole et son or) ?
 
Quel est ce pays qui bafoue l’habeas corpus (Guantanamo), torture les prisonniers (Abu Ghraib), massacre les populations civiles (My Lai), et s’exonère des lois internationales ? Quel est ce pays qui ment effrontément au Conseil de sécurité avant d’envahir l’Irak ? Quel est ce pays qui estime que sa sécurité vaut bien la mort de 500.000 enfants ? Quel est ce pays qui se désengage unilatéralement de deux traités internationaux majeurs (traité sur les missiles nucléaires à court terme, et Accord de Vienne sur le nucléaire iranien), créant du même coup un accroissement de la tension dans les relations internationales ? Quel est ce pays qui impose ses lois extra-territorialement ?
 
Quel est ce pays qui donne des leçons de démocratie au monde alors que près de la moitié de ses électeurs se sont abstenus de voter aux élections présidentielles de ces trente dernières années ? Quel est ce pays dont la population carcérale est la plus importante au monde en nombre absolu et relatif ? Quel ce pays dont le taux d’inégalité est le plus élevé des économies avancées ? Quel est ce pays où 27 millions des habitants n’ont accès à aucune couverture sociale ? Quel est ce pays dont les dépenses militaires sont égales à celles des huit pays suivants ?
 
Ce pays n’est pas celui de Thomas Jefferson, de James Madison et d’Abraham Lincoln. Ils ont exprimé leur vision de l’Amérique dans trois documents fondateurs : la Déclaration d’indépendance, la Constitution des Etats-Unis et le discours de Gettysburg. Les dirigeants actuels les ont-ils oubliés ?

Envoyé par l'auteur, 7 mai 2019

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