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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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La poutre dans l’œil de Donald

Publié dans De par le monde
Commerce international : la poutre dans l’œil de Donald
 
"Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans le tien ?" Évangile de Luc, 6, 41
 
Le déficit commercial d’une nation peut avoir de nombreuses causes. Dans le cas des Etats-Unis, la politique économique amorcée par Ronald Reagan en est la raison principale. Avec le temps, cette politique se transforme en néolibéralisme aux effets dévastateurs. Les tarifs douaniers de Donald Trump n’élimineront pas le déficit commercial, ni ne feront revenir les emplois aux Etats-Unis. Plus grave, ils se révèleront contreproductifs tant pour les Américains que pour l’économie mondiale. Face à cette politique insolite, les marchés financiers s’interrogent, donnant des signaux contradictoires. Wall Street interrompt sa progression alors que le dollar s’apprécie.
 
Le retour à l’équilibre de la balance commerciale américaine exige une inversion de la politique actuelle – inversion qui ne peut se faire que dans le cadre d’un accord international car si la Chine est l’usine du monde, les Etats-Unis en sont le moteur – une réduction de leur déficit commercial entraînera nécessairement une réduction de leurs importations et une augmentation de leurs exportations. Les nations fortement exportatrices, comme la Chine et l’Allemagne, en subiront le contrecoup, et devront modifier leur politique économique en conséquence.  
 
Le déficit commercial des Etats-Unis a deux causes principales : un déficit budgétaire chronique et un taux d’épargne insuffisant. Le déficit budgétaire tient à un écart croissant entre des revenus stables et des dépenses en augmentation. Contrairement à une idée reçue, le budget de la défense n’est pas la raison principale du déficit budgétaire. Ce sont les dépenses sociales qui l’expliquent. Elles s’élèvent à 58,5% du budget en 2017 contre 15,4% pour la défense. Leur taux de croissance est quasi exponentiel (9 % par an). Comment se fait-il alors que 39 millions d’Américains soient dépourvus de protection sociale ? L’industrie pharmaceutique, connue à Wall Street sous le pseudonyme de ‘Big Pharma’, serait la grande bénéficiaire des programmes sociaux, selon certains analystes.
 
La seconde cause du déficit commercial est l’insuffisance d’épargne. Le taux d’épargne des Américains ne cesse de baisser. Il est passé de 13,3 % en 1971 à 3,4 % en 2017. C’est le résultat d’une paupérisation croissante de la population. En pourcentage du produit intérieur brut, le revenu moyen des salariés est tombé de 51.5 % en 1969 à 43 % en 2017. Les revenus les plus faibles sont les plus touchés. La part du revenu des personnes dont la rémunération est inférieure à la moyenne nationale s’élevait à 21 % en 1970. Elle est tombée à 12,5 % en 2014. Dans le même temps, la part des revenus les plus élevés doublent pratiquement, passant de 11,1 % à 20,2 %.
Pour maintenir leur train de vie, les ménages s’endettent chaque jour davantage. En janvier 2018, le niveau d’endettement des ménages excède celui de d’octobre 2008, considéré comme un sommet (13,2 milliards de dollars contre 12,7 milliards). Il est égal à 78.5 % du revenu disponible.
 
Pour sortir de la Grande Dépression, Franklin Roosevelt lança une politique de grands travaux, assortis de mesures sociales rééquilibrant la répartition des revenus. Lyndon Johnson lui emboita le pas avec son projet de Great Society, sensé éradiqué la pauvreté. Cette politique prit le nom de keynésianisme. Mais, Johnson commit une tragique erreur en intensifiant la guerre au Vietnam. Les Etats-Unis ne pouvaient s’offrir cette politique du beurre et des canons. Richard Nixon en prit acte en août 1971. Alors que les Accords de Bretton Woods lui enjoignaient de réduire le déficit budgétaire pour maintenir la parité du dollar avec l’or, il choisit de sacrifier la monnaie américaine pour éviter la récession et assurer sa réélection. Le keynésianisme fut rendu responsable de l’inflation qui en résultat. Dès lors, ses jours étaient comptés. Apparue alors l’économie de l’offre que Jean-Sébastien Say théorisa jadis. Promu par Paul Craig Roberts, secrétaire d’état au Trésor de Ronald Reagan, elle se traduisit par un déficit budgétaire accru et une politique monétaire restrictive. Le déficit était en partie dû à une réduction des tranches d’impôt les plus élevés qui par un effet de ‘ruissellement’, selon son promoteur Jack Kemp, devait se propager jusqu’aux classes défavorisées. Cette politique fut un succès en termes de croissance et d’emplois. Mais, elle accrut le déficit de la balance commerciale et ne fit rien pour les faibles revenus.
 
Les thèses défendues par Paul Craig Roberts, et les économistes Jack Kemp et John Williamson (père du Consensus de Washington), firent leur chemin, et se traduisirent dans le temps par la déréglementation de nombreux secteurs de l’économie. La réforme emblématique de cette nouvelle politique dite néolibérale, est la loi de modernisation des services financiers de 1999, plus connue sous le nom de Gramm-Leach-Bliley Act, du nom de ses parrains au Congrès. Elle remplace le Glass-Steagall Act de 1933 et ouvre la voie à une spéculation financière effrénée et frauduleuse qui conduira, avec l’aide de la politique monétaire laxiste du gouverneur de la Réserve fédérale, à la crise financière de 2008. Confrontés à cette crise qu’ils n’avaient pas anticipée et dont l’ampleur les surprit, les dirigeants politiques et le gouverneur de Réserve fédérale choisirent de secourir les grandes banques alors qu’il eut fallu congédier leurs dirigeants, déclarer un moratoire, et venir en aide aux débiteurs naïfs et aux épargnants floués.
Sous l’effet de cette crise, le déficit du budget battu un nouveau record en s’élevant à 1.412 milliards de dollars en 2009, soit 9,8 % du produit intérieur brut. La réduction du déficit de la balance commerciale de 762 milliards en 2006 à 384 milliards ne doit pas faire illusion. Elle est due à la récession qui suivit la crise. La récession passée, le déficit de la balance commerciale reparti à la hausse pour atteindre 552 milliards en 2017. Le néolibéralisme qui a remplacé le keynésianisme n’a pas donné les résultats escomptés par ses adeptes – loin s’en faut.
 
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la situation économique actuelle conduit inévitablement à une nouvelle crise dont l’intensité sera plus forte que celle de 2008. Les autorités, ayant dilapidé les munitions nécessaires pour y faire face dans une maîtrise imparfaite de la crise de 2008, seront démunies.
Dans cette affaire, les Américains n’ont cessé de reporter la responsabilité de leurs erreurs sur les autres. Donald Trump ne fait pas exception.

Envoyé par l'auteur, 2 juillet 2018

Commerce international ...

Publié dans De par le monde
Commerce international : une querelle dérisoire
 
Donald Trump a bousculé l’échiquier mondial au nom de son slogan "America First". Il l’applique en priorité à l’économie en vue de faire revenir aux Etats-Unis des emplois partis à l’étranger. C’est une mauvaise querelle qui repose sur une mécompréhension des faits.
 
Ceci dit, avant d’entamer notre propos, reconnaissons qu’il a raison au sujet de l’Allemagne. Sa politique est mercantile depuis la fin du 19ème siècle. Elle se conduit en passager clandestin en termes de défense ce qui bien sûr favorise son commerce extérieur. Avec l’euro, elle bénéficie d’un Deutsche mark dévalué d’environ 10%. Sa politique mercantile est en infraction des règles du Fonds monétaire internationale, de l’Organisation du commerce mondiale et de l’Union européenne. Elle a été condamnée par l’OCDE et le Trésor américain sans résultat. Voilà pourquoi Angela Merkel est si prudente dans sa réaction aux propos de Donald Trump.
 
Venons-en au débat proprement dit. En tant que gardien d’un système monétaire international qu’ils ont eux-mêmes élaboré à Bretton Woods (New Hampshire), en août 1944, les Américains étaient supposés s’astreindre à une politique économique prudente de manière à préserver la valeur du dollar, pilier du système. La coûteuse guerre du Vietnam les amena à faire abstraction de leurs obligations internationales pour privilégier la politique intérieure. Ainsi, en août 1971 Richard Nixon choisit-il la relance par la consommation pour assurer sa réélection, sans se soucier de son impact sur le système monétaire international. Le déficit de la balance commerciale américaine que Trump veut redresser pour rapatrier des emplois, a de nombreuses causes. La première est l’excès de consommation qu’autorise ce système dévoyé par la décision de Nixon, et non les importations d’acier ou d’aluminium. Donald Trump le sait-il ?
 
Le solde commercial d’une nation est égal à la somme de son solde budgétaire et de son épargne moins ses investissements. Cette relation a relativement bien fonctionné pour les Etats-Unis jusqu’au début des années 1980 quand Ronald Reagan lança la course aux armements avec la Guerre des étoiles. La dette américaine bondit, passant de 32% du produit intérieur brut en 1980 à 65% en 1995, donnant après coup raison à Jacques Rueff qui avait parlé de "déficits sans pleurs", en référence à cette possibilité que le système monétaire international, dit de Bretton Woods, accorde à la nation qui en est la gardienne, les Etats-Unis, de s’endetter sans limite. Valérie Giscard d’Estaing parlera plus tard du "privilège exorbitant du dollar". Inutile de préciser que les autres nations ne bénéficient pas d’une telle latitude. Si leur balance commerciale se détériore, leur monnaie se déprécie et ils doivent prendre des mesures d’austérité pour contrer la dégradation de leur économie.
 
De gardien, les Etats-Unis sont devenus les bénéficiaires, certains diraient les profiteurs, d’un système destiné à l’origine à écouler leurs surplus agricoles et industriels après la Second Guerre mondiale, tout en aidant les économies européennes à se relever. Alors que la raison demande qu’on amende le système, un évènement imprévu lui donna une nouvelle jeunesse. La crise asiatique de 1998 fit souffler un vent de panique sur des nations totalement impréparées. Craignant une nouvelle crise, leurs dirigeants accrurent leurs réserves en dollar, redonnant vigueur à un système moribond. Les économistes qualifièrent ce regain de vie de Bretton Woods II. Le dollar demeurait le pivot du système.
 
Suite aux attaques du 11 septembre, le budget américain de la défense doubla en dix ans, accroissant le déficit budgétaire ce qui, avec la crise de 2008, provoqua un recours accru à l’endettement qui passa de 55% en 2001 à 95% en 2011. A cet instant de leur histoire, les Etats-Unis entrèrent dans un nouvel environnement économique où la relation entre budget, commerce extérieur, épargne et investissement n’a plus cours. Ce monde éthéré dans lequel les lois de l’économie sont inopérantes, est un monde éphémère dont il faudra sortir un jour.
 
C’est le défi auquel Donald Trump est confronté. Les tarifs douaniers n’y changeront rien, ni les coups de menton à l’adresse des Chinois. C’est le système qu’il faut reformer. En tant que premier bénéficiaire, il est évident que les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à se lancer dans une refonte du système. A supposer qu’ils s’y risquent, la Chine et l’Allemagne, autres grands bénéficiaires du système, freineront des quatre fers…

Envoyé par l'auteur, 12 juin 2018

Quand les Russes défient...

Publié dans De par le monde
Quand les Russes défient les néoconservateurs
 
Au vu de la politique américaine agressive qui refuse la multipolarité, la question se pose de savoir comment cela va-t-il finir ? Quatre options se présentent : 1) les nations se coalisent et forcent les Etats-Unis à reconnaître l’inévitable transformation du monde, 2) la Russie défie les Etats-Unis qui reculent devant l’abysse nucléaire, 3) les Juifs américains, majoritairement démocrates et libéraux, dénoncent la stratégie de l’AIPAC et forcent le gouvernement américain à changer de politique, et 4) les psychopathes de Washington DC, dans un geste suicidaire, optent pour Armageddon. De ces quatre options, la plus probable est la seconde.
 
Les élections de mi-mandat sont désormais la préoccupation première à Washington DC, non que le résultat ait une grande influence sur la politique étrangère américaine, mais les formes doivent être respectées. Les relations internationales vont donc connaître une accalmie suivie d’un regain de tension après les élections. A un moment T donné, les néoconservateurs confronteront les Russes qui leur barrent la route de l’hégémonie. Nous n’en sommes pas encore là. Reprenons les principaux points de l’actualité.
 
Les récentes décisions de Donald Trump (transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, dénonciation de l’Accord nucléaire uranien, veto à la résolution du Conseil de sécurité condamnant Israël pour les tués de Gaza, tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium) ont fait monter la tension internationale de plusieurs crans. Ses alliés européens les condamnent, au moins pour partie. Réagissant à la décision sur l’Accord nucléaire, le président du Conseil européen, Donald Tusk, déclarent : "Avec des amis comme ça, on peut se passer d’ennemis". Même le très politique Jean-Claude Juncker y va de son couplet en demandant que l’on mette fin "au Russia bashing". Les Russes et les Chinois se sont montrés discrets, mais n’en passent pas moins. Ils continuent de tisser leur toile au travers de l’Union économique eurasiatique, de l’Organisation de coopération de Shanghai, de la Banque asiatique d’investissements pour l’infrastructure, etc. Ainsi, le Forum économique de Saint-Pétersbourg a-t-il été un succès avec quinze mille participants, et la présence remarquée de Shinzo Abe et Emmanuel Macron.
 
Iran : dans la vision néoconservatrice, la sortie de l’Accord nucléaire iranien doit être suivie de frappes israélo-américaines sur les sites nucléaires dénoncés par Benjamin Netanyahu le 30 avril. Calendrier électoral oblige, il n’y aura pas de frappes. Les Américains ne veulent pas de guerre. La Chambre des représentants en a pris acte en votant à l’unanimité le 22 mai un amendement rappelant au président qu’il n’avait pas autorité à lancer une attaque contre l’Iran. Le premier ministre israélien qui rencontre ses homologues britannique, allemand et français pour les convaincre de répudier l’accord iranien, devra prendre son mal en patience.
Notons au passage la contradiction des Européens qui souhaitent la coopération de Moscou dans l’affaire de l’Accord nucléaire, mais rejettent la proposition de Donald Trump de réintégrer la Russie dans le G7.
 
Corée du nord : ce sommet, voulu par Donald Trump, maître es négociation, se soldera par un échec. Ni les néoconservateurs, ni les Chinois ne veulent d’un accord.
 
Guerre commerciale sino-américaine : les Etats-Unis et la Chine parviendront à un accord avant les élections, ne serait-ce que pour calmer les agriculteurs américains qui craignent pour leurs exportations. Ils ont voté majoritairement pour Donald Trump en novembre 2016.
 
Après les élections, les choses reprendront leur cours normal. En premier lieu, l’Iran.
Pour justifier les frappes américaines, une attaque sous faux drapeau aura lieu dans une grande ville américaine (Boston, Chicago, San Francisco, etc.). L’émotion créée par le millier de morts, associée à la découverte d’un ou plusieurs passeports iraniens, suffira à convaincre le peuple Américain et ses représentants qu’une attaque est nécessaire pour laver l’affront. [Note : L’Opération Northwood, proposée par le chef d’état-major Lyman Lemnitzer en avril 1962, prévoyait de tuer un millier d’Américains par des actes terroristes attribués à des Cubains dans divers villes des Etats-Unis pour justifier l’invasion de Cuba.] (1) Rappelons aussi que les sénateurs Corker et Kaine ont proposé en avril un amendement qui, sous couvert de restreindre les pouvoirs du président, l’autorise en fait à déclarer la guerre sans l’accord du Congrès. Les frappes auront donc lieu, et seront peut-être suivies d’une invasion. Le monde entier protestera, Union européenne en tête, sans résultat. Seule la Russie peut s’opposer à cette nouvelle guerre ce qu’elle se gardera de faire, ne voulant pas sacrifier Moscou pour sauver Téhéran.
 
A ce point, le second objectif des néoconservateurs – créer le chaos au Moyen-Orient – aura été atteint. Viendra le temps de s’attaquer au premier : dominer le monde. Objectif : la Russie. Les combats reprendront dans le Donbass. La Russie devra prendre une décision : renoncer à défendre cette région, se soumettre et être pillée comme elle le fut au temps de Boris Eltsine ou réagir à cette nouvelle agression. La tension entre les deux nations sera à son comble, comme en octobre 1962 lors de la crise de Cuba. Fatigués des humiliations et des mensonges à répétition (Russiagate, Affaire Skripal, MH17, etc.) ainsi que des sanctions économiques injustifiées, l’Armée et le FSB (la CIA russe) prôneront une ligne dure quand Dmitri Medvedev et autres atlantistes se prononceront en faveur d’une solution négociée. Les premiers sortiront vainqueurs du débat et poseront l’index sur le bouton nucléaire en intimant aux néoconservateurs l’ordre de se retirer de l’Ukraine. Face à l’abysse nucléaire, trop attachés à leurs condominiums sur Park Avenue et à leur villa en Floride, les néoconservateurs se coucheront piteusement devant les Russes, révélant ce qu’ils sont réellement : des êtres minables, des assassins, et des imbéciles dangereux.
 
Débarrassé de ces monstres, le monde sera de nouveau en paix. 
 
(1) Le ressentiment des Américains à l’égard des Iraniens depuis l’affaire des otages de 1979 est profond, comme le démontre la récente décision d’un juge fédéral condamnant l’Iran à payer des milliards de dollars aux victimes du 11 septembre et à leurs familles.

Envoyé par l'auteur, 9 juin 2018

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