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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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L'Etat et la politique de l'offre

Publié dans En France
Dans sa conférence de presse du 14 janvier 2014, François Hollande fit l'éloge de la politique de l'offre. C'est une première. Jamais homme politique de gauche ne s'en était fait l'avocat. Ce discours qui rappelle l'éloge du chancelier Schröder prononcé lors des commémorations du 150ème anniversaire à Leipzig, le 23 mai 2013, interpella l'establishment politique. Mais, qu'elle est cette politique que la gauche voue aux gémonies, et que peut-on en attendre ?

Ses origines remontent à Adam Smith et Jean-Sébastien Say dont la formule célèbre, "l'offre crée sa propre demande", est restée dans les mémoires. Elle s'oppose à la politique de la demande, théorisée par John Maynard Keynes. Elle prône les vertus du marché, et préconise une implication minimale de l'Etat dans l'économie, et par voie de conséquence une faible imposition. En bref, elle donne la priorité à la création de richesse sur sa redistribution, au marché sur l'Etat. Elle est de ce fait en conflit non seulement avec la gauche mais aussi la "République une et indivisible".

Ce débat entre politique de l'offre et de la demande est stérile. Aucune des deux politiques ne prévaut sur l'autre. Elles se complètent tout autant qu'elles s'opposent. Leur utilité dépend des circonstances dans lesquelles elles sont appliquées. La régénérescence de l'offre dans les années 1980 aux Etats-Unis n'est pas le fruit du hasard mais la conséquence d'une politique de la demande poussée à son paroxysme, alliant le beurre et les canons, la Great Society et la guerre du Vietnam. Qui a oublié la déclaration du très républicain président Richard Nixon : "nous sommes tous keynésiens". Ce jour-là le keynésianisme avait vécu. L'offre fut à l'honneur sous Ronald Reagan.
Son avènement en France, quarante ans de tard, devrait être fructueux, s'il en est fait un usage judicieux et modéré.

La déclaration du Président représente-t-elle un tournant majeur dans la définition de la politique française ? Impossible de le savoir. L'avenir le dira. En revanche, ce que l'on sait, c'est que la France ne peut sortir de l'ornière dans laquelle elle est embourbée depuis des décennies que par un changement de mentalité de la classe politique.
Traditionnellement, l'Etat est vu comme l'acteur majeur en économie par opposition au marché qui n'en est que l'instrument servile. Cette philosophie dont les racines remontent loin dans le passé, imprègnent l'élite française qui est vent debout contre le monde dans lequel nous vivons depuis la chute du mur de Berlin, l'effondrement de l'Union soviétique et le ralliement de la Chine à 'l'économie socialiste de marché'. Ce monde qui privilégie la réactivité, l'innovation et l'ouverture, s'oppose au conservatisme inné de notre classe dirigeante, à ses égoïsmes, ses atermoiements patriotiques, et son immobilisme que sa lourdeur administrative engendre.

La France a les atouts dont elle a besoin pour réussir. Encore faut-il qu'elle s'affranchisse de cette idéologie républicaine sclérosante, liberticide et faussement démocratique, qui obstrue sa vision du futur. C'est la vraie contribution que la politique de l'offre peut apporter à notre pays.

Porte-hélicoptères russes...

Publié dans En France
Porte-hélicoptères russes et Rafale indiens

Faut-il mettre l’embargo sur les porte-hélicoptères russes ? Selon certains, la question se pose suite à la crise ukrainienne. Mais, elle en entraîne une autre : quelle est la politique de la France en matière d’armements ? Au-delà du problème moral qui n’est pas traité ici, la question est de savoir s’il existe une doctrine propre à assurer notre indépendance en ce domaine. L’Inde sera très attentive à la décision qui sera prise. Porte-hélicoptères russes et Rafale indiens sont liés.

L’Inde soutient la Russie dans le conflit ukrainien. Vladimir Putin s’en est félicité publiquement. Les deux pays sont alliés depuis le temps de la Guerre froide. En elle-même, cette alliance suffit à justifier la position indienne. Mais, il est permis de penser que l’Inde, consciente de sa puissante naissante, fière de son passé et de sa culture, et qui jadis fut l’initiateur de la Conférence des "pays non-alignés" de Bandung, a fait de la crise ukrainienne sa propre analyse. Que constate-t-elle? Que le président Viktor Yanukovich, élu démocratiquement, est remplacé par Oleksandr Turchynov qui nomme Arseney Yatsenyuk, Premier Ministre, lequel n’est autre que la personne choisie  par Victoria Nuland, Sous-secrétaire d’Etat américaine. N’est-ce pas là un coup d’état en dépit d’engagements pris par les Etats-Unis de ne pas encercler la Russie ?

Cette politique d’encerclement que l’ancien Ministre des Affaires étrangères, Henry Kissinger désapprouve, (1) trouve son origine dans un document, le "Defense Strategy for the 1990s", rédigé à la demande de Dick Cheney, alors Ministre de la Défense. Plusieurs fois remanié, il deviendra le "National Security Strategy of the United States" en septembre 2002, connu sous le nom de "Bush doctrine". Son message est clair : l’effondrement de l’Union soviétique fournit aux Etats-Unis l’occasion d’assoir son hégémonie. Toute nation tentée de s’y opposer doit être contrée. L’Inde en comprend le sens géostratégique. L’effondrement de son allié russe la transforme en vassal américain. Dans cette perspective, il est logique de diversifier ses approvisionnements militaires. Encore faut-il s’assurer de la fiabilité de son fournisseur, les contrats s’étalant sur vingt-cinq ou trente ans.

La France a-t-elle une politique définie en matière de livraison d’armements ou celle-ci fluctue-t-elle au gré des évènements et des émotions du moment ? Jadis, le général de Gaulle chercha à utiliser les Mirages pour conforter l’autorité de la France sur la scène internationale. Il décida d’en vendre au Brésil alors que John Kennedy avait décidé que ce pays dans une situation économique catastrophique, ne faisant l’objet d’aucune menace extérieure, avait des problèmes plus urgents à régler que l’achat d’avions de combat. Puis, il y eut la décision de ne pas livrer de Mirage à Israël. Lors de la guerre des Malouines, les Argentins faisant un bon usage des Exocet, la France en interrompit la livraison à la demande expresse de Margaret Thatcher. Au vu de ces retournements, un acheteur étranger est en droit de s’interroger sur la fiabilité de la France. Pourquoi l’Inde achèterait-elle 126 Rafale si elle n’est pas assurée d’en avoir la livraison ? Impossible de ne pas se poser cette question si les porte-hélicoptères russes ne sont pas livrés. L’Inde qui a quadruplé son budget défense en vingt ans, est un marché d’avenir. Troisième exportateur mondial, la France a tout intérêt à la satisfaire.

Faut-il mettre l’embargo sur les porte-hélicoptères russes ? La question est d’autant plus pertinente que le Commerce extérieur est désormais rattaché au Quai d’Orsay. Une réponse positive serait désastreuse pour la France, son industrie d’armements et ses salariés, sans oublier la recherche et le développement auquel cette industrie contribue puissamment. Rien ne satisferait plus le complexe militaro-industriel américain. L’industrie militaire française n’a certes pas la dimension de son concurrent d’outre-Atlantique. Elle n’en est pas moins redoutable en raison de sa relative autonomie. Pour les Américains, l’embargo signifierait l’affaiblissement d’un concurrent gênant. Pour la France, la fin de son indépendance.
 
(1) How the Ukraine crisis ends, Henry Kissinger, The Washington Post, March 5, 2014.

Réformer la France

Publié dans En France
Réformer la France

Dans un éditorial intitulé : "France, prends garde à toi…", le politologue Yves Mény rappelle l’impérieuse nécessité qu’il y a pour notre pays de se réformer. (1) "Le diagnostic des réformes à faire et des économies à réaliser a été répété ad nauseam depuis trente ans", écrit-il. Pourquoi donc est-il si difficile de réformer la France ?

S’assigner cet objectif revient à s’interroger sur la nature du pouvoir. Qui le détient ? En vertu de quels principes ? En effet, quelle que soit la forme de gouvernement et quoique nous en pensions, le pouvoir est généralement détenu par quelques individus ou groupes d’individus.
Ainsi, aux Etats-Unis est-il aux mains du complexe militaro-industriel et de Wall Street. Depuis la Révolution Reagan, la pensée dominante est néolibérale. En France, les choses sont plus compliquées. Le pouvoir, en apparence dispersée puisqu’il est détenu par la haute fonction publique (2), l’administration et les syndicats, est unie par une pensée unique : le service de l’Etat et le radical socialisme inspiré des principes francs-maçons teintés de communisme. Un contre-pouvoir existe. Il est constitué de deux pensées distinctes, le libéralisme économique du 19ème siècle et le catholicisme. (3) Il s’exprime rarement, le premier dans les couloirs feutrés des ministères, le second par des manifestations quand la pensée radicale pousse son avantage trop loin, comme avec les lois Savary ou le mariage pour tous. Réformer la France revient donc a changé la nature du pouvoir, c’est-à-dire ses détenteurs et ses principes.

Cela pose deux questions : a) quels seront les nouveaux détenteurs et au nom de quels principes doivent-ils gouverner, b) les anciens décideurs abandonneront-ils le pouvoir ou combattront-ils pour le conserver ? Mettons de côté la première et arrêtons-nous sur la seconde. L’Histoire nous enseigne que les détenteurs ne renoncent jamais volontiers à leurs prérogatives. L’exemple nous en est donné par la "Glorieuse Révolution" anglaise et la Révolution de 1789. Dans ce dernier cas, ni l’aristocratie, ni la Cour, ni les membres des Parlements n’étaient prêts à se laisser déposséder de leurs privilèges, et ce en dépit d’un roi qui quoique faible en comprenait la nécessité. Face à l’effusion de sang qui résulte de tels refus, la question se pose de savoir si le jeu en vaut la chandelle. Faut-il réformer ? Les détenteurs du pouvoir répondront par la négative, suggérant que des modifications à la marge suffisent, alors que les ‘soumis’ exigeront des changements profonds.

Revenons à la première question. La réforme ne s’impose que si les conditions dans lesquelles s’exerce le pouvoir changent. Ce fut le cas au 18ème siècle. Les savants (Buffon, Lavoisier, Newton, et bien d’autres), les navigateurs (James Cook, La Pérouse, etc.), les inventeurs (Montgolfier, Cugnot, James Watt, etc.), les physiocrates (François Quesnay), les penseurs (Adam Smith, David Hume, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, etc.) transformaient le monde dans lequel il vivait sans qu’il fût possible de les arrêter. La chute du mur de Berlin, l’écroulement de l’Union soviétique, les innovations que sont l’ordinateur personnel, Internet, les réseaux sociaux, des hommes et des femmes tels que Ronald Reagan, Margaret Thatcher, Jean-Paul II, Gorbatchev, Helmut Kohl, François Mitterrand, etc. ont de la même manière transformé notre monde. Après les crises pétrolières de 1974 et 1978, la pensée évolue : de keynésienne elle devient néolibérale sous l’influence de Milton Friedman, Friedrich Hayek et quelques autres.

La mondialisation, née de ces évènements et de l’évolution de la pensée, bouleverse notre monde. Certaines nations n’ont pas attendu son avènement pour s’y préparer. En 1981, Ronald Reagan brise la grève des aiguilleurs du ciel. En 1984, Margaret Thatcher brise celle des mineurs.
D’autres prennent les mesures ad hoc pour y faire face avec succès. En 1992, Deng Xiaoping convertit la Chine à l’économie socialiste de marché, De 2003 à 2005, Gerhart Schröder impose les lois Hartz aux Allemands. En France, ce sont les cheminots qui brisent la réforme des retraites d’Alain Juppé, c’est Lionel Jospin qui distribue la cagnotte fiscale, lâche Claude Allègre, ministre de l’Education nationale, désireux de réformer le mammouth. Avec la retraite à 60 ans, les 35 heures payées 39 heures (4), la loi de modernisation sociale (5), la France marche à rebours du temps. Notre modèle, né de l’Après-guerre, refondé par le gaullisme, est à bout de souffle. Le monde nouveau s’impose à nous, tout comme les bouleversements du 18ème siècle le faisaient. La mondialisation est l’objet de nombreuses critiques, certaines justifiées, elle n’en est pas moins la matrice économique de notre époque. S’y opposer frontalement est contre-productif. Nous l’observons tous les jours en France. Les faillites s’enchaînent, 62.300 en 2013 contre 26.500 en Allemagne et 26.000 en Grande-Bretagne. Les plans sociaux se succèdent : Peugeot, Florange, Doux, etc.

Il convient donc de s’adapter à cette nouvelle donne par des réformes structurelles, détaillés dans de nombreux rapports (OCDE, FMI, Attali, Gallois, Cour des comptes, etc.). Ce qui nous ramène à la question initiale, celle du pouvoir. Les détenteurs accepteront-ils ces réformes qui vont à l’encontre de leurs intérêts ou à l’exemple du 18ème siècle, faudra-t-il une révolution pour entrer dans une nouvelle ère ? A chacun sa réponse.

(1) Ouest France, 19 mars 2014.
(2) Les Grands Corps de l’Etat auxquels l’ENA s’est adossée.
(3) A l’exclusion des extrêmes qui s’excluent d’eux-mêmes dans un pays de droit.
(4) Martine Aubry nous avait promis que le monde entier suivrait notre exemple !
(5) Qualifiée d’usine à gaz par Jean-Pierre Chevènement.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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