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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Des professions protégées !

Publié dans En France
Montebourg qui a réussi l’exploit d’être au cœur de l’actualité économique pendant plusieurs semaines sans rien obtenir de tangible dans l’affaire Alstom, s’attaque aux professions protégées. C’est prendre les Français pour des jobards. Le barreau de Paris et le statut des notaires remontent à l’Ancien régime. Ezra Suleiman, fin connaisseur de la France, a écrit un livre sur ces derniers en 1987 !
Qu’il faille déréglementer des professions protégées qui bénéficient d’une situation de rente, ne fait aucun doute. La Commission européenne, l’OCDE et le FMI l’ont récemment rappelé dans leurs rapports. Mais, ces institutions internationales ont pris soin d’ajouter à leur liste le secteur des services (transport, énergie, etc.).(1)
Pour être effective, une remise en question doit être exhaustive et non sélective. Oublier la SNCF, les taxis parisiens, la MNEF ou les grutiers, comme le fait notre ministre, relève de la démagogie d’autant que parallèlement il souhaite investir dans les ports maritimes lesquels ne peuvent accéder à un niveau mondial sans une réforme des dockers. Notons à ce sujet qu’il ne mentionne pas les voies navigables, moyen de transport peu coûteux, peu polluant et complément indispensable d’une politique portuaire, mais aussi… concurrent de la SNCF ! (2)

Tout comme don Quichotte, notre prétendant aux plus hautes fonctions enfourche Rossinante pour combattre les maux qui rongent la France et redynamiser son économie. Nous sommes sauvés ! A preuve, la nuit dans les rues désertes, on entend de nouveau le guet, armé de sa hallebarde et de son flambeau, clamer sa lancinante complainte : "Oyez, oyez, braves gens, il est minuit. Tout est tranquille, dormez-en paix". Tout comme Guignol, notre ministre aux multiples visages, amuse le peuple et déconcerte nos amis européens.

(1) Dans sa consultation au titre de l’article IV (France, 2012), le FMI indique que les services constituent un tiers des intrants de l’industrie.
(2) Rotterdam, 5ème port mondial, ne serait rien sans le Rhin qui le relie à la Ruhr.

Victoire de Jean-Claude Junker ?

Publié dans Avec l'Europe
Avant de répondre à cette question, posons-en une autre : qui est Jean-Claude Junker ? Jean-Claude Junker est un homme politique qui fut premier ministre du Luxembourg pendant dix-huit ans. Il fut aussi président de l'Eurogroupe de 2005 à 2012 et, à ce titre, appelé Monsieur euro. L'euro étant la variable d'ajustement sur le marché des changes, ce poste est honorifique.
Autre question : quel est l'objectif primordial de Jean-Claude Juncker ? Préserver le statut de paradis fiscal du Luxembourg. Cette affirmation le met en colère, mais les règles de confidentialité du Luxembourg sont beaucoup plus strictes qu'elles ne le sont en Suisse où elles ont quasiment disparu. Voilà un secret bien gardé, hors quelques initiés.
Pourquoi David Cameron s'est-il opposé à la candidature du Luxembourgeois ?
Parce qu'attaquer l'Europe fait recette en Grande-Bretagne.
Mais aussi parce qu'en drainant l'épargne européenne et mondiale, le Luxembourg est un puissant concurrent de la City. Le Luxembourg en tire un profit économique énorme. Ce pays sans ressource, ni industrie, a le produit intérieur brut par habitant le plus élevé de l'Union européenne : 103 828 dollars (Allemagne : 41 862 dollars, France : 39 771 dollars, Royaume-Uni : 39 093 dollars).(1) Sauf à imaginer que les Luxembourgeois sont deux fois et demi plus productifs que les Allemands, ou meilleurs financiers que les Britanniques, force est de constater qu'il y a un loup !...
Le paradis fiscal luxembourgeois a de belles années devant lui et, par extension, les paradis fiscaux à travers le monde. L'élection programmée de Jean-Claude Juncker est la victoire des fédéralistes, nous dit-on. Peut-être. Mais c'est d'abord la victoire d'une certaine finance.
Faut-il s'en féliciter ?

(1) La Norvège qui jouit de ressources pétrolières importantes mais ne fait pas partie de l'Union européenne a un produit intérieur brut de 99 557 dollars par habitant. Source : la Banque mondiale.

BNP et porte-hélicoptères russes

Publié dans De par le monde
"L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu." La Rochefoucauld.

Le 5 juin, Barack Obama suggère aux Français de repousser la date de livraison des porte-hélicoptères russes. Quelques jours plus tôt, Benjamin Lawsky, superintendant des services financiers de l'état de New York assigne la BNP en justice pour 10 milliards de dollars. Existe-t-il un lien entre les deux affaires ?
Le Trésor américain, au travers de l'Office of Foreign Assets, supervise les sanctions économiques à l'égard des états étrangers. Ces sanctions s'appliquent à plusieurs pays dont l'Iran et le Soudan, deux nations pour lesquelles la banque française a effectué des transferts. Au regard de la loi américaine, en pénalisant la BNP Lawsky ne fait que son travail. De son coté, au regard de la loi internationale, la banque française est aussi dans son bon droit. Les transactions financières internationales sont régies par les Accords de Bretton Woods de 1944. Le dollar étant au cœur du système, tout transfert transite nécessairement par la Federal Reserve, la banque centrale américaine. Les statuts du Fonds monétaire international qui concrétisent les Accords de Bretton, ne contiennent aucune disposition dont le Trésor américain pourrait se prévaloir pour pénaliser la BNP. La décision du superintendant est donc un acte extraterritorial.
C'est aussi un acte hypocrite. L'Export Control Reform Initiative, entré en application en 2013, autorise le gouvernement américain à prendre compte les aspects économiques dans l'octroi de licences d'exportation de matériels militaires 'sensibles'. En clair, priorité est donnée à l'industrie de défense sur la sécurité de la nation. Seuls les équipements militaires, tels que les drones ou les technologies furtives, susceptibles de donner un 'avantage critique', sont interdits à l'exportation. (1) Attester que les porte-hélicoptères confèrent à la Russie un avantage critique est pour le moins exagéré.

L'attitude des autorités américaines est d'autant plus incompréhensible que, dans le même temps, Exxon, Mobil, BP et Total signent des contrats avec leurs homologues russes pour l'exploitation du pétrole de schiste. (2) Ceci, alors même que les Etats-Unis et l'Europe menacent la Russie de nouvelles sanctions si elle n'obtempère pas à l'injonction du président américain du 5 juin d'inverser sa politique ukrainienne dans le mois qui suit. (3) Sans tomber dans un anti-américanisme primaire, si répandu en France, il est difficile de ne pas voir un lien entre la BNP et les porte-hélicoptères russes, d'autant que cette attitude américaine s'inscrit dans un cadre plus large où le sens commun semble absent des relations internationales de la nation la plus puissante au monde. (4)

(1) "Obama can only blame himself for Putin's new navy", Colby Goodman, Foreign Policy Magazine, June 6, 2014.
(2) "New deals by oil titans deepen ties with Russia", The International New York Times, June 10, 2014.
(3) "With Group of 7 Backing, Obama Gives Russia One-Month Ukraine Deadline", Peter Baker, New York Times, June 5, 2014.
(4) "The US is an insane power like the Nazis", Dr. Edward Herman, Professor Emeritus at the Wharton School at the University of Pennsylvania, September 24, 2013

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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