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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

URL du site internet:

"Ô liberté…"

Publié dans A tout un chacun
Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom !
 
Cette phrase de Manon Rolland, prononcée le 8 novembre 1793 avant que le couperet ne tombe, revient à l’esprit après le vote à la quasi-unanimité de la loi anti-terroriste. Ce projet suscite à juste titre l’hostilité d’associations et de juristes en raison des dérives qu’il peut entraîner. Non qu’il ne faille ignorer la menace terroriste mais la peur est mauvaise conseillère d’autant que son origine pose question.
 
Tout d’abord, félicitons-nous de la relative innocuité de la loi comparée à ses sœurs américaines. Les Etats-Unis se sont dotés d’un arsenal liberticide depuis le "11 septembre" : Patriot Act, FISA Amendments Act of 2008, National Defense Authority Act for 2013, … etc. Autant de lois qui s’ajoutent à l’Espionage Act of 1917. Cette force de frappe juridique est complétée d’un formidable appareil sécuritaire que constituent la National Security Agency, la CIA, le FBI, le Department of Homeland Security, … etc. Bradley Manning, Julian Assange et Edward Snowden en sont les victimes les plus connues. Cet arsenal est dénoncé par d’anciens membres du gouvernement et des services secrets sans résultat. Face à cette débauche de moyens, certains ont tenté d’en comprendre les tenants et aboutissants. Sheldon Wolin parle de "totalitarisme inversé" dans Democracy Inc., John Raston Saul dénonce un rituel démocratique d’institutions de façade, et Peter Dale Scott stigmatise un "gouvernement profond" qui dirige la nation. Dans un style populaire, Oliver Stone déplore un dévoiement de la démocratie américaine.
 
Au regard de cet arsenal, la nouvelle loi votée par l’Assemblée semble bien sage. Mais peut-être n’est-il pas nécessaire de renforcer un appareil sécuritaire déjà bien fourni et dont l’origine remonte loin dans le temps avec pour maître à penser Joseph Fouché dont les institutions demeurent à ce jour. (1) L’atteinte à notre liberté étant modeste, interrogeons-nous sur l’origine de ce qui la menace de crainte qu’elle ne soit compromise de nouveau. (2)
 
Les djihadistes sont les enfants d’Al Qu’aida, organisation créée par Osama bin Laden, elle-même fille des Talibans, création de la CIA à la demande de Zbigniew Brezinski, ancien conseiller à la Sécurité nationale de Jimmy Carter de 1977 à 1981, pour défaire l’armée soviétique. La boucle est bouclée. L’islamisme radical est le fruit d’une politique qui nous revient à la face à la manière d’un boomerang. Rappelons que Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi étaient matérialistes et athées, comme le sont un grand nombre de dirigeants occidentaux. Pourquoi se débarrasser de dirigeants partageant une même philosophie du pouvoir quand il est plus facile de s’en accommoder, en dépit de leurs crimes, ce que fit l’Occident pendant de nombreuses années ? (3) Au lieu de quoi ils furent exécutés libérant des forces maléfiques qui aujourd’hui nous menacent.
 
Avec le recul du temps, il est facile de critiquer ce qui fut fait en Afghanistan en 1979. En aurions-nous été informés sans doute aurions-nous donné notre accord. Néanmoins, il n’est pas interdit de s’interroger sur les causes et les conséquences de ce qui fut fait alors. L’ironie de la chose est que les décisions qui aujourd’hui rognent notre liberté sont prises en son nom. Manon Rolland avait raison : "Ô liberté…"
 
(1) Il semble qu’en matière de surveillance la France procède par touches successives peu contestables en elles-mêmes mais dont l’ensemble est susceptible de constituer une atteinte aux libertés individuelles.
(2) Laure de La Raudière, députée UMP de l’Eure-et-Loir, considère que les dispositions sur le blocage des sites djihadistes de la Loi de programmation militaire 2014-2019, sont inefficaces ou au pire liberticides.
(3) Question à laquelle nous avons tenté de répondre dans : "The United States’ Middle East policy is in shambles", OpEdNews.com – 19 Octobre, 2014

Politique du chômage

Publié dans Du côté des élites
Chômage : inversons la politique pour inverser la courbe
 
Le chômage repart à la hausse en septembre. Les commentaires qui accompagnent cette annonce sont aussi prévisibles que l’évolution de la courbe elle-même. Inutile de s’y arrêter.
En revanche, interrogeons-nous sur les mesures prises ces trente dernières années pour en inverser la tendance.
Elles procèdent d’une vision technocratique inefficace. L’effet attendu n’est pas au rendez-vous. Retour sur le passé.
 
Le taux de chômage s’élève à 3.4% en 1975 et à 5.3% en 1980. C’est alors qu’il ne cesse de monter pour atteindre 10.7% en 1997. Après une brève accalmie qui le fait chuter à 7.7% en 2001, il remonte à nouveau pour atteindre 10.2% en 2014.
En trente-quatre ans, le taux de chômage a doublé.
Ce n’est pas faute d’avoir tenté de l’enrayer, objecteront les politiques. Qui a oublié cette phrase de François Mitterrand : "Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé." Tout ? Tout, sauf l’essentiel peut-être.
 
Voici la liste des principales mesures prises depuis 1980 pour y mettre fin :
Raymond Barre : Pacte pour l’emploi des jeunes.
Laurent Fabius : Travail d’utilité collective, stages d’initiatives à la vie professionnelle.
Jacques Chirac : Allègement et exonérations de charges.
Michel Rocard : Contrat emploi-solidarité.
Alain Juppé : Emplois jeunes.
Lionel Jospin :Lois Aubry I et II, lois de modernisation sociale.
Jean-Pierre Raffarin :Contrat jeune en entreprise, contrat d’insertion dans la vie sociale.
François Fillon : Contrat d’autonomie.
Jean-Marc Ayrault : Contrat d’avenir.
 
Insensible à ces mesures, le chômage poursuivit sa marche ascendante. Toute personne sensée se serait interrogée sur leur inefficacité. Pas nos politiques qui, imperturbables, empilent les mesures inutiles. Se sont-ils jamais posés la question de l’origine de la croissance ? Savent-ils qu’elle naît de la productivité et que qui veut vaincre le chômage privilégie la productivité des entreprises pour favoriser la croissance et encourager l’emploi.
Qu’a fait la France ces trente dernières années ? Elle a fait l’inverse. Elle a alourdi les charges des entreprises et réduit leur productivité. Ainsi, a-t-elle institué la retraite à 60 ans, les 39 heures payées 40, les 35 heures payées 39… Elle a voté la Loi de modernisation sociale, (1) et harmonisé les SMIC pour sortir d’une situation ubuesque qu’elle avait elle-même créée.
 
Il lui faut revenir sur ses pas : réduire les charges des entreprises, ouvrir les services à la concurrence, simplifier les réglementations, … etc. Autant de mesures préconisées par les rapports Attali et Gallois, par ceux de la Cour des compte, de la Commission européenne, de l’OCDE, du FMI et d’instituts privés.
Manuel Valls a engagé cette politique mais il lui faut aller plus loin. Il lui faut abandonner l’esprit technocratique qui pervertit notre mode de pensée. Albert Einstein disait : "Nous ne résoudrons pas nos problèmes en suivant le mode de pensée de ceux qui les ont créés."
La France a besoin d’une révolution de la pensée.
 
(1) Critiquée par Laurent Fabius et qualifiée d’usine à gaz par Jean-Pierre Chevènement, l’objet principal de cette loi était d’obtenir le soutien communiste à l'élection présidentielle de 2002.

Martine et Jacques

Publié dans En France
Quand Martine s’oppose à Jacques
 
Jacques Delors est le père incontesté de l’euro.
Président de la Commission européenne, il a convaincu les Européens d’adopter une monnaie unique.
C’est un exploit puisque les essais précédents, le "Serpent dans le Smithonian tunnel" et le Système monétaire européen, avaient échoué.
Il est permis de s’interroger sur les raisons qui l’ont poussé à choisir une solution plus contraignante que les précédentes pour résoudre un problème quasi insoluble – la stabilité monétaire de la Communauté européenne. L’Allemagne ne souhaitait en aucune façon abandonner le Deutsche mark, symbole de sa réussite après la Seconde Guerre mondiale. Elle s’y résout en imposant ses conditions, c’est-à-dire en faisant de l’euro un Deutsche mark qui avait changé de nom. Les statuts de la Banque centrale européenne sont la copie conforme de ceux de la Bundesbank, et la philosophie de l’euro reflète le credo économique allemand.
 
Voilà pourquoi dès le milieu des années 1980, Jacques Delors se fit l’avocat du franc fort, avec la complicité de Jean-Claude Trichet, alors gouverneur de la Banque de France. Le résultat de cette politique ne se fit pas attendre.
Le franc se stabilisa vis-à-vis du Deutsche mark et la balance commerciale de la France devint excédentaire. Vint "l’austère qui se marre".
Lionel Jospin prit Martine Aubry comme Ministre du Travail et de l’Emploi. Elle fit promptement voter les 35 heures payées 39, augmentant du même coup le coût du travail de 11,4%, affirmant de surcroît que le monde entier suivrait la France sur cette voie.
A nouveau, le résultat ne se fit pas attendre. Les gains de salaire excédèrent les gains de productivité et la balance commerciale, positive depuis le début des années 1990, redevint négative.
 
Fort de ce bilan, Martine Aubry critique François Hollande dans le Journal du dimanche.
Mais le Président a-t-il le choix de sa politique ?
Ayant opté pour l’euro, la France se doit d’adopter une politique à l’allemande tôt ou tard.
C’est ce qui fit Jacques Delors en préparation de l’entrée de la France dans la zone euro.
En se faisant l’avocate d’une politique de relance, Martine Aubry non seulement s’oppose à son père, elle prône aussi une politique vouée à l’échec.
En revanche, une relance à l’échelon européen est souhaitable. Les Allemands le savent. Ils attendent des résultats tangibles de la France pour donner leur accord. (2) Si relance européenne il y a, la France ne pourra s’en prévaloir pour s’exonérer de réformes qu’elle a trop tardées à mettre en œuvre. Affirmer le contraire, c’est non seulement mentir aux Français, c’est aussi leur cacher la sévérité de la crise que la France traverse et, par contrecoup, l’Europe.
 
L’euro est un projet économique au service d’une cause politique : le fédéralisme européen.
Jacques Delors a eu tort de choisir cette voie pour conforter l’Europe – les Français n’y étaient pas préparés. Martine Aubry a tort de leur dire qu’une sortie de crise indolore est possible.
 
(1) Journal du dimanche, 19 octobre 2014.l
(2) La France n’a pas tenu ses objectifs budgétaires ses dix dernières années.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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