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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Comment les peuples jugent leurs dirigeants

Publié dans En France
Les Français ont coupé la tête de Louis XVI, et viré de Gaulle. René Coty a démissionné pour faire place à l'homme providentiel et les deux Napoléon ont abdiqué. Etre chef de l'Etat n'est pas une sinécure en France.
Pourquoi les Français traitent-ils leurs dirigeants ainsi ? Dans Les Discours, Machiavel explique que le but d'une république n'est pas de promouvoir les vertus civiques mais de défendre les intérêts de la nation. Les peuples sont attachés à leur sécurité, et veulent être entendus à ce sujet. La force de cette politique sécuritaire repose donc sur la capacité des dirigeants à créer un consensus sur cette question fondamentale. Les Anglais mirent en pratique les conseils de Machiavel. Cela explique pour partie leur victoire en 1815, victoire qui les rendit maîtres du monde. Satisfaits de cette puissance chèrement acquise, le peuple anglais ne fut jamais tenté de remercier ses dirigeants.

Les Français suivirent une autre voie. Ils instituèrent une 'République une et indivisible' qui, se transformant en empire, confisqua la liberté qu'elle prétendait donner au peuple. Voltairienne puisque dirigée par des despotes, pardon des souverains ou des présidents, (mal) éclairés, elle est aussi platonicienne. Les ministres et secrétaires d'état sont les 'philosophes' d'aujourd'hui, issus des Grands Corps de l'Etat ou de l'ENA. Elève de la promotion Voltaire, François Hollande se situe dans le droit fil de cette ligne révolutionnaire. A preuve : la réforme territoriale. Une telle initiative qui engage la France sur une question fondamentale, chargée d'histoire et d'émotions ne devrait-elle pas être l'objet d'une large consultation ? Que nenni ! Le président, aidé de ses 'philosophes', apporte la réponse, sans débat aucun. Erreur que peut-être il paiera au prix fort.

Le sort de la France ne se limite pas au mille-feuilles territoriale. Son statut en Europe et dans le monde se dégrade. Après les élections européennes, sa voix est inaudible à Bruxelles. Elle est absente du conflit ukrainien dans lequel l'Allemagne joue un rôle clé. Barack Obama consulte Angela Merkel régulièrement. Il appelle François Hollande occasionnellement. Par deux fois, une France humiliée a demandé un report de ses engagements à la Communauté européenne sur son déficit budgétaire. Son budget de la défense qui se réduit comme peau de chagrin depuis plusieurs décennies, ne lui donne plus les moyens d'assurer une politique postcoloniale destinée à 'tenir son rang' au plan mondial. En économie, l'Espagne dame le pion à la France. La balance commerciale espagnole est excédentaire en 2013, ce qui n'était pas arrivé depuis trente ans. La nôtre est déficitaire depuis 2005. Les exportations italiennes progressent plus vite que les françaises, et la balance commerciale italienne est excédentaire en 2012 et 2013. L'écart entre les balances commerciales française et allemande ne cesse de s'écarter - un écart intenable à terme.

Dans le même temps, l'industrie française se délite : Alstom, maître d'oeuvre du TGV est sur le point d'être repris par General Electric ou Siemens, Peugeot, autre entreprise emblématique, s'allie contraint et forcé avec le chinois Dongfeng, Lafarge fusionne avec Halcim transformant du même coup une entreprise française en société suisse. Le produit intérieur brut allemand par habitant surpassera de 2.300 euros celui de la France cette année.

De Gaulle rendit à la France sa souveraineté. Mitterrand utilisa l'euro pour arrimer à l'Europe une Allemagne puissante née de la réunification. Chirac refusa de participer à la guerre d'Irak. Sarkozy, en compagnie de Merkel, évita les écueils nés de la crise grecque. Que fait Hollande ? La réponse nous est donnée en négatif, par le résultat des élections européennes. Le succès du Front national tient à de nombreux facteurs, analysés à satiété par le gotha politique. Mais le principal d'entre eux n'est-il pas ce sentiment d'abandon, de vide politique, d'absence de pouvoir que ressentent les Français ? Sentiment d'autant plus profond que ni la droite ni le centre n'offrent d'alternatives viables, comme le fit Georges Pompidou en son temps. Déçus par les partis politiques traditionnels, les Français se tournent vers un parti populiste qui se nourrit d'invectives pour dissimuler un défaut de programme. Ce faisant, ils prennent un risque considérable, risque dont ils partagent la responsabilité avec les partis de gouvernement qui, ces trente dernières années, ont fait preuve d'une inertie coupable en optant pour l'immobilisme quand la mondialisation bouleversait notre planète.

Dans ses Discours, Machiavel rappelle que les peuples jugent sévèrement les dirigeants incapables de leur conférer ce sentiment de sécurité qui leur permet de vaguer sereinement à leurs occupations. C'est à cette aune qu'au-delà de François Hollande, la classe politique traditionnelle sera jugée.

Des raisons d'espérer

Publié dans En France
"Nous avons dit que les lois étaient des institutions particulières et précises du législateur, et les mœurs et les manières des institutions de sa nation en général. De là, il suit que, lorsque l'on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, cela paraîtrait trop tyrannique..." - Montesquieu, L'esprit des lois.

Dans les deux premières années de son mandat, François Hollande s'est attaché à transformer les mœurs de la société françaises. Cette erreur dénoncée par Montesquieu dont il ne peut ignorer l'enseignement, coûte cher à la France au moment où le chômage est la préoccupation première de ses concitoyens. Fort heureusement, l'esprit français qui résiste à
ces assauts répétés, sait que la sortie du marasme dans lequel nous sommes plongés, réside dans l'excellence. Or l'excellence est inscrite dans nos gènes. Le quotidien nous en apporte la preuve.

En dépit des flétrissures infligées à la France par des dirigeants désinvoltes, incompétents, et avides, les Français demeurent capables de grandes réalisations dans les arts, la littérature, la politique, le sport et l'économie. En attestent leurs nombreuses réalisations en France, en Europe et dans le monde. Ainsi, la ville de Rodez consacre-t-elle un musée à l'un de ses enfants, Pierre Soulages, peintre mondialement connu. En littérature, Marc Lévy est l'auteur d'un roman, "Et si c'était vrai", vendu à cinq millions d'exemplaires, traduit en quarante langues et distribué dans trente-deux pays. Gérard Depardieu, vilipendé pour s'être exilé en Russie, n'en est pas moins l'un des plus grands acteurs de notre temps. Christine Lagarde dirige le Fonds monétaire international, assistée d'Olivier Blanchard en charge du service économique. Thomas Piketty est l'auteur d'un ouvrage, "Le capital au 21ème siècle", salué comme l'une des grandes contributions à la pensée économique de ces dernières décennies, et vendu à 400.000 exemplaires aux Etats-Unis. La France brille régulièrement dans des
disciplines sportives comme l'équitation, l'escrime, la nation ou le handball grâce à des jeunes qui s'y consacrent avec talent, professionnalisme et ardeur.

En économie aussi, la France connaît des succès mondiaux incontestables dans de nombreux secteurs, allant des infrastructures routières à l'agroalimentaire en passant par les équipementiers, l'aérospatiale, la construction navale, la cosmétique, la chimie fine, la programmation, etc. etc. Citons quelques noms : Vinci, Limagrain, Lactalis, Michelin,
Valeo, Zodiac, Dassault, Arianespace, STX (anciennement Chantiers de l'Atlantique), L'Oréal, Dassault Systèmes, Ubisoft, etc. Cette liste est indicative. Elle n'a pas l'ambition d'être exhaustive. Mais au vu des noms qui y figurent une question vient à l'esprit : pourquoi Alstom est-il à vendre alors que le carnet de commande de STX est rempli jusqu'à 2019 ? (1)
Parce que l'export ne représente que 23% de son chiffre d'affaires quand 100% de celui de STX dépend de l'étranger où la concurrence est rude. La direction de STX le sait, les syndicats le savent ainsi que les actionnaires. Tout le monde fait les efforts nécessaires au maintien de l'activité et de l'emploi. A l'inverse, Alstom se tourne vers l'Etat (SNCF, EDF, etc.) pour maintenir son chiffre d'affaires (se reporter au commentaire de Montebourg dans Les Echos du 21 mai 2014). Ainsi, preuve est faite que le salut ne vient pas seulement de l'Etat mais aussi de l'esprit d'entreprise qui abonde en France mais qu'une élite, préoccupée par la préservation de ses avantages, décourage par crainte que le pouvoir auquel elle est si attachée, ne lui échappe. (2)

En s'acharnant sur les mœurs, l'élite tyrannise la population. Qu'elle relâche son étreinte, le résultat ne se fera pas attendre... pour le plus grand bien de la France et des Français ! Il y a des raisons d'espérer.

(1) Des lecteurs objecteront que les succès commerciaux de ces sociétés prouvent a contrario que l'Etat n'enfreint pas le développement des entreprises. Ce serait oublier que la France exporte à peine 30% de son produit intérieur brut contre 50% pour l'Allemagne. Une moindre emprise de l'Etat améliorerait la compétitivité française, et par voie de conséquence l'export et la croissance, réduisant d'autant le chômage. C'est ce que préconise le Fonds monétaire international dans son dernier rapport sur la France (Consultations au titre de l'Article IV, 15 mai 2014).
(2)L'Etat et la politique de l'offre, Magistro, 23 mai 2014. 
                         
 
 
                                                                             
 
 
 

L'Etat et la politique de l'offre

Publié dans En France
Dans sa conférence de presse du 14 janvier 2014, François Hollande fit l'éloge de la politique de l'offre. C'est une première. Jamais homme politique de gauche ne s'en était fait l'avocat. Ce discours qui rappelle l'éloge du chancelier Schröder prononcé lors des commémorations du 150ème anniversaire à Leipzig, le 23 mai 2013, interpella l'establishment politique. Mais, qu'elle est cette politique que la gauche voue aux gémonies, et que peut-on en attendre ?

Ses origines remontent à Adam Smith et Jean-Sébastien Say dont la formule célèbre, "l'offre crée sa propre demande", est restée dans les mémoires. Elle s'oppose à la politique de la demande, théorisée par John Maynard Keynes. Elle prône les vertus du marché, et préconise une implication minimale de l'Etat dans l'économie, et par voie de conséquence une faible imposition. En bref, elle donne la priorité à la création de richesse sur sa redistribution, au marché sur l'Etat. Elle est de ce fait en conflit non seulement avec la gauche mais aussi la "République une et indivisible".

Ce débat entre politique de l'offre et de la demande est stérile. Aucune des deux politiques ne prévaut sur l'autre. Elles se complètent tout autant qu'elles s'opposent. Leur utilité dépend des circonstances dans lesquelles elles sont appliquées. La régénérescence de l'offre dans les années 1980 aux Etats-Unis n'est pas le fruit du hasard mais la conséquence d'une politique de la demande poussée à son paroxysme, alliant le beurre et les canons, la Great Society et la guerre du Vietnam. Qui a oublié la déclaration du très républicain président Richard Nixon : "nous sommes tous keynésiens". Ce jour-là le keynésianisme avait vécu. L'offre fut à l'honneur sous Ronald Reagan.
Son avènement en France, quarante ans de tard, devrait être fructueux, s'il en est fait un usage judicieux et modéré.

La déclaration du Président représente-t-elle un tournant majeur dans la définition de la politique française ? Impossible de le savoir. L'avenir le dira. En revanche, ce que l'on sait, c'est que la France ne peut sortir de l'ornière dans laquelle elle est embourbée depuis des décennies que par un changement de mentalité de la classe politique.
Traditionnellement, l'Etat est vu comme l'acteur majeur en économie par opposition au marché qui n'en est que l'instrument servile. Cette philosophie dont les racines remontent loin dans le passé, imprègnent l'élite française qui est vent debout contre le monde dans lequel nous vivons depuis la chute du mur de Berlin, l'effondrement de l'Union soviétique et le ralliement de la Chine à 'l'économie socialiste de marché'. Ce monde qui privilégie la réactivité, l'innovation et l'ouverture, s'oppose au conservatisme inné de notre classe dirigeante, à ses égoïsmes, ses atermoiements patriotiques, et son immobilisme que sa lourdeur administrative engendre.

La France a les atouts dont elle a besoin pour réussir. Encore faut-il qu'elle s'affranchisse de cette idéologie républicaine sclérosante, liberticide et faussement démocratique, qui obstrue sa vision du futur. C'est la vraie contribution que la politique de l'offre peut apporter à notre pays.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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