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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

URL du site internet:

Martine et Jacques

Publié dans En France
Quand Martine s’oppose à Jacques
 
Jacques Delors est le père incontesté de l’euro.
Président de la Commission européenne, il a convaincu les Européens d’adopter une monnaie unique.
C’est un exploit puisque les essais précédents, le "Serpent dans le Smithonian tunnel" et le Système monétaire européen, avaient échoué.
Il est permis de s’interroger sur les raisons qui l’ont poussé à choisir une solution plus contraignante que les précédentes pour résoudre un problème quasi insoluble – la stabilité monétaire de la Communauté européenne. L’Allemagne ne souhaitait en aucune façon abandonner le Deutsche mark, symbole de sa réussite après la Seconde Guerre mondiale. Elle s’y résout en imposant ses conditions, c’est-à-dire en faisant de l’euro un Deutsche mark qui avait changé de nom. Les statuts de la Banque centrale européenne sont la copie conforme de ceux de la Bundesbank, et la philosophie de l’euro reflète le credo économique allemand.
 
Voilà pourquoi dès le milieu des années 1980, Jacques Delors se fit l’avocat du franc fort, avec la complicité de Jean-Claude Trichet, alors gouverneur de la Banque de France. Le résultat de cette politique ne se fit pas attendre.
Le franc se stabilisa vis-à-vis du Deutsche mark et la balance commerciale de la France devint excédentaire. Vint "l’austère qui se marre".
Lionel Jospin prit Martine Aubry comme Ministre du Travail et de l’Emploi. Elle fit promptement voter les 35 heures payées 39, augmentant du même coup le coût du travail de 11,4%, affirmant de surcroît que le monde entier suivrait la France sur cette voie.
A nouveau, le résultat ne se fit pas attendre. Les gains de salaire excédèrent les gains de productivité et la balance commerciale, positive depuis le début des années 1990, redevint négative.
 
Fort de ce bilan, Martine Aubry critique François Hollande dans le Journal du dimanche.
Mais le Président a-t-il le choix de sa politique ?
Ayant opté pour l’euro, la France se doit d’adopter une politique à l’allemande tôt ou tard.
C’est ce qui fit Jacques Delors en préparation de l’entrée de la France dans la zone euro.
En se faisant l’avocate d’une politique de relance, Martine Aubry non seulement s’oppose à son père, elle prône aussi une politique vouée à l’échec.
En revanche, une relance à l’échelon européen est souhaitable. Les Allemands le savent. Ils attendent des résultats tangibles de la France pour donner leur accord. (2) Si relance européenne il y a, la France ne pourra s’en prévaloir pour s’exonérer de réformes qu’elle a trop tardées à mettre en œuvre. Affirmer le contraire, c’est non seulement mentir aux Français, c’est aussi leur cacher la sévérité de la crise que la France traverse et, par contrecoup, l’Europe.
 
L’euro est un projet économique au service d’une cause politique : le fédéralisme européen.
Jacques Delors a eu tort de choisir cette voie pour conforter l’Europe – les Français n’y étaient pas préparés. Martine Aubry a tort de leur dire qu’une sortie de crise indolore est possible.
 
(1) Journal du dimanche, 19 octobre 2014.l
(2) La France n’a pas tenu ses objectifs budgétaires ses dix dernières années.

Livrer les Mistral ?

Publié dans En France
Livrer ou ne pas livrer les Mistral ?

Au nom de quel principe répondre à cette question ?
Au nom du droit international ? Impossible quand la nation la plus puissante s’en affranchit pour envahir un pays.
Au nom du droit d’ingérence ? Impensable au vu de l’état de la Libye aujourd’hui.
Reste la souveraineté nationale.
La France n’est liée à l’Ukraine par aucune convention. En revanche, elle est liée à la Russie par un contrat. Elle doit donc livrer les Mistral.
Les Etats-Unis s’y opposent. Pourquoi ?
Leur visée hégémonique n’étant un secret pour personne, c’est à la lumière de cet objectif qu’il faut interpréter leur opposition.
 
L’Ukraine est une case essentielle sur l’échiquier mondial. Zbigniew Brezinski, ancien conseiller à la Sécurité nationale de Jimmy Carter, le dit très clairement : "Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire eurasien". (1) Il suit la voie tracée par Harold Mackinder qui énonça le postulat suivant après la Première Guerre mondiale : "Qui contrôle l’Europe centrale contrôle l’Europe, et qui contrôle l’Europe domine le monde". (2)  Contrôler l’Ukraine revient donc à affaiblir durablement la Russie.
A cette première raison s’en ajoute une seconde. Une relation de confiance s’étant établie entre Barack Obama et Vladimir Poutine au cours du temps, une opération militaire américaine en Syrie – opération à laquelle le général Dempsey, chef d’état-major, était opposée – put être évitée. (3) Cette relation laissait aussi entrevoir une résolution pacifique du différend américano-iranien. Eventualité inenvisageable pour les néoconservateurs. Etabli sur un pied d’égalité, cette relation de confiance entre les deux hommes irritait les néoconservateurs qui y voyaient un défi à leur volonté hégémonique (volonté non partagée par leurs compatriotes, volontiers isolationnistes). (4)
 
Leur solution : ouvrir un second front. (5) Ce fut l’Ukraine.
Peu à près la démission du président ukrainien, Viktor Yanukovych, Victoria Nuland, sous-secrétaire d’Etat, se vanta d’avoir dépensé 5 milliards de dollars pour arriver à ce résultat. (6) Irritée par les atermoiements initiaux des Européens, Nuland déclara tout de go qu’ils "pouvaient aller se faire enc…." (7), apostrophe qui résume l’opinion que les néoconservateurs se font de l’Europe. (8) Ainsi donc, pour satisfaire la volonté hégémonique d’une nation qui plus est lui dit d’aller se faire enc…, la France devrait-elle renoncer à la livraison d’un contrat obtenu de haute lutte après une rude concurrence avec des pays voisins ?
 
Tout au long de son histoire, la France n’a cessé d’affirmer et de défendre sa souveraineté. On pense à Richelieu, Talleyrand ou Charles de Gaulle qui se battit becs et ongles avec son mentor et adversaire, Winston Churchill, pour qu’il la reconnaisse pleinement à un moment où tout semblait perdu. Aujourd’hui comme hier, la France doit se conduire en nation souveraine et satisfaire à ses obligations contractuelles.
 
(1) "The Grand Chessboard", Zbigniew Brezinski (1997).
(2) "Democratic ideals and reality", Sir Harold Mackinder (1919).
(3) "Forgetting Cheney’s legacy of lies", Ray McGovern, Consortium News, 27 août 2014.
(4) "Putin, not Ukraine, is vexing America", Finian Cunningham, 6 septembre 2014.
(5) "The whys behind the Ukraine crisis", Robert Parry, 3 septembre 2014.
(6) Victoira Nuland est mariée au néoconservateur Robert Kagan, auteur de "La puissance et la faiblesse".
(7) En anglais : "F… the Europeans!"
(8) Souvenons-nous du commentaire de Donald Rumsfeld, ministre de la defense, au sujet de la "vieille et de la nouvelle Europe".

L'euro survivra-t-il ?

Publié dans Avec l'Europe
L'Europe déchaîne les passions, l'union économique et monétaire davantage encore. Les Britanniques qui ont refusé d'adopter l'euro, s'interrogent sur leur appartenance à l'Union européenne. A l'intérieur la zone euro, nombreux sont ceux qui questionnent, voire refusent, la politique d'austérité imposée par Bruxelles. Les Grecs ont violemment manifesté leur colère et leur désespoir à de nombreuses reprises. En Espagne, les "indignatos" ont occupé La Puerta del Sol à Madrid pendant plusieurs semaines pour s'opposer aux mesures de rigueur du gouvernement. La France, soucieuse de préserver son modèle, a longtemps compté sur une hypothétique reprise économique pour éviter les réformes structurelles le remettant en question. Des partis politiques ont inscrit la sortie de l'euro à leur programme. La situation économique donne du poids à leurs arguments. La croissance stagne et le chômage résiste à toutes tentatives pour le réduire. La bonne santé de l'économie allemande exacerbe le ressentiment français. Une solution s'impose donc dans de nombreux esprits : sortir de l'euro, comme remède à tous nos problèmes. Seuls les partis de gouvernement semblent insensibles à cette éventualité, d'où le glissement des voix vers les partis extrêmes. Mais la chose est-elle aussi simple ?

Le Traité de Maastricht ne prévoit pas la sortie d'un état-membre.
Si l'on fait abstraction de ce vide juridique, très vite des questions apparaissent sur la méthode et l'incidence d'une telle sortie. La France sortirait-elle seule ou de concert avec l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la Grèce ? Créerait-elle un euro franc qui serait le pendant d'un euro mark, rassemblant les pays du nord de l'Europe ? Comment procéder à cette sortie : en catimini ou à la suite d'une déclaration publique ?
Combien de temps faudrait-il pour résoudre les nombreuses questions qui se poseraient (institutionnelles, juridiques, monétaires, etc.) ?
Qu'adviendrait-il de l'euro, et plus généralement de l'économie de la zone, pendant la phase préparatoire et immédiatement après la scission ? En supposant un retour au franc, quel serait son cours sur le marché des changes : deux francs pour un Deutsche mark et 5 francs pour un dollar, valeur moyenne avant l'adoption de l'euro ? Ou chuterait-il à 3 francs pour un Deutsche mark et 10 francs pour un dollar, comme en 1985 ? Une telle baisse aiderait l'exportation mais raviverait l'inflation. Que ferait le gouvernement pour la juguler ? Il serait obligé d'adopter des mesures d'austérité !... Concomitamment, la dette française, libellée en euro, serait décuplée convertie en francs. Sa charge en serait augmentée forçant le gouvernement a renforcé l'austérité. N'y a-t-il aucun espoir d'émerger de cette situation dans laquelle nous sommes plongés ?

Il faut sortir de l'épure, pour y voir clair. Il faut s'extraire de l'espace et du temps européens, sans l'ignorer toutefois. Il faut replacer cette crise dans son contexte mondial et son continuum temporel. Si l'euro est victime de ses incohérences, il l'est aussi d'un environnement mondial, profondément bouleversé depuis le Rapport Delors (1) en 1989 -- année qui vit la chute du mur de Berlin, annonciatrice de l'effondrement de l'Union soviétique. Si 1992 est l'année de la signature du Traité de Maastricht, elle est aussi celle du 14ème Congrès du Parti communiste chinois qui, à la demande de Deng Xiaoping, adopta l'économie socialiste de marché. Ces deux évènements engendrent la mondialisation que l'avènement des nouvelles technologies de l'information et de la communication facilite. Cette évolution systémique est institutionnalisée par la création de l'Office mondial du commerce en 1995 et l'adhésion de la Chine en 2001. Les facteurs de production jusqu'alors concentrés en Occident, émigrent vers les pays émergents, ravivant une concurrence industrielle endormie, en lui substituant une concurrence mondiale beaucoup plus rude. C'est cette nouvelle concurrence qui rend l'adoption de réformes structurelles indispensables, et non l'appartenance à l'euro. Que la France soit ou non dans l'euro, elle devra tôt ou tard s'y adapter.

L'émergence d'un monde uni par le commerce fit croire à certains que l'époque des crises était révolue. Mal leur en prit. La décision de Bears Stearns de renflouer deux de ses fonds d'investissement en juin 2007 marque le début de la crise des subprimes. Initialement limitée aux Etats-Unis, elle s'étendra rapidement à l'Europe. Les gouvernements européens durent venir au secours de leurs banques, fortement investis en actifs financiers américains, pour éviter une crise économique d'ampleur. L'endettement des états qui en résulta, en Europe du sud en particulier, accrut leur vulnérabilité. Quand survint la crise de l'euro, ils ne furent pas en mesure de secourir leurs banques. (2)
L'interdiction faite à la Banque centrale européenne d'agir en tant que prêteur en dernier ressort, c'est-à-dire d'aider les banques en difficulté, transforma la crise de l'euro en crise de l'Europe. Si ce fut une erreur des états de prêter à leurs banques à fonds perdus suite à la crise des subprimes, ce fut aussi une erreur de Bruxelles de les soumettre à des plans drastiques de réduction de leurs dettes. Cette erreur bruxelloise lia deux crises distinctes et créa un marasme économique dont l'Europe a du mal s'extraire.

Les marchés financiers sont en partie responsables de la situation actuelle. Non seulement sont-ils à l'origine de la crise des subprimes, ils sont aussi la cause de la crise de l'euro. Leur responsabilité à cet égard est double. Ils ont tout d'abord prêté aux banques de l'Europe du sud avec une désinvolture coupable. Puis, la crise grecque venue, pris de panique ils relevèrent leurs taux d'intérêt brutalement, asphyxiant du même coup banques et états. (3) Née dans la City à Londres, la panique se propagea sans délai aux sphères politiques de Bruxelles, Paris et Berlin. Les Allemands, refusant d'être les banquiers d'une Europe du sud tenue pour insouciante, aggravèrent la crise par leur entêtement, incapables de sérier les causes européennes de ses causes générales -- ces dernières liées à la crise des subprimes et à la mondialisation de l'économie.

Les séquelles de la crise des supbrimes ne se limitent pas à l'Europe. Les Etats-Unis ont colmaté les brèches mais n'en ont pas pour autant retrouvé la sérénité d'antan. Leur reprise, alimentée par l'épargne, est fragile et inégale. Les pays émergents sont aussi touchés. Leur croissance est amoindrie et leur modèle économique inadapté. Ainsi, la Chine doit-elle modifier un modèle qui repose sur l'exportation, l'investissement, et plus récemment le crédit. Des groupes d'intérêt s'opposent à cette évolution. Le Japon qui entre dans sa troisième décennie perdue, fait face au même dilemme : modifier son modèle malgré des conservatismes profondément ancrés. Ainsi, après une croissance inégalée dans l'histoire au début des années 2000, la mondialisation est-elle touchée de plein fouet par la crise des subprimes, et subsidiairement par la crise de l'euro. Elle doit être repensée pour retrouver une "croissance forte, durable et équilibrée", comme en ont convenu les dirigeants du G-20 au sommet de Pittsburgh en septembre 2009. Pour arriver à ce résultat, trois conditions apparaissent nécessaires : a) assoir la croissance mondiale sur des bases saines, b) définir des règles bancaires mondiales, et c) réformer le système monétaire international. Sans reprise mondiale, il sera difficile à l'Europe de sortir du marasme dans lequel elle est plongée.

En Europe, les initiatives prises à la suite des crises grecque et irlandaise (Mécanisme européen de stabilité, Semestre européen, Union bancaire, etc.) pour corriger les incohérences et insuffisances de l'euro vont dans le bon sens. Elles n'en sont pas moins insuffisantes. Il convient également d'initier un double programme. Au plan européen, un plan d'investissement destiné aux infrastructures, à la formation, et à la recherche et au développement, doit être lancé sans tarder. Il sera financé par des euro-obligations. Au plan national, l'Allemagne doit épargner moins et consommer plus, la France doit assouplir son modèle économique et social, l'Italie doit faire de même. L'Espagne et le Portugal doivent s'accorder un temps de répit. Quant à la Grèce, ses instances dirigeantes, Eglise orthodoxe inclue, doivent adopter une constitution qui permette une distribution équitable de la richesse produite et mettre fin à la corruption. Ces conditions réunies tant au plan européen que mondial, peut-être l'euro survivra-t-il ?

On le voit, la chose n'est pas aisée. Hors d'une épure étroitement nationaliste ou européenne, la crise de l'euro apparaît dans toute son ampleur et sa complexité, et appelle à la modération. Les passions doivent se calmer et faire place à une analyse raisonnée pour retrouver le chemin de la croissance dans un monde apaisé.

(1) Document fondateur de l'euro.
(2) La dette espagnole crut de 42,5% du produit intérieur brut en 2007 à 68,4% en 2010.
(3) En 2007/2008, la performance économique de l'Espagne est similaire à celle de la Grande-Bretagne.

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