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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Victoire de Jean-Claude Junker ?

Publié dans Avec l'Europe
Avant de répondre à cette question, posons-en une autre : qui est Jean-Claude Junker ? Jean-Claude Junker est un homme politique qui fut premier ministre du Luxembourg pendant dix-huit ans. Il fut aussi président de l'Eurogroupe de 2005 à 2012 et, à ce titre, appelé Monsieur euro. L'euro étant la variable d'ajustement sur le marché des changes, ce poste est honorifique.
Autre question : quel est l'objectif primordial de Jean-Claude Juncker ? Préserver le statut de paradis fiscal du Luxembourg. Cette affirmation le met en colère, mais les règles de confidentialité du Luxembourg sont beaucoup plus strictes qu'elles ne le sont en Suisse où elles ont quasiment disparu. Voilà un secret bien gardé, hors quelques initiés.
Pourquoi David Cameron s'est-il opposé à la candidature du Luxembourgeois ?
Parce qu'attaquer l'Europe fait recette en Grande-Bretagne.
Mais aussi parce qu'en drainant l'épargne européenne et mondiale, le Luxembourg est un puissant concurrent de la City. Le Luxembourg en tire un profit économique énorme. Ce pays sans ressource, ni industrie, a le produit intérieur brut par habitant le plus élevé de l'Union européenne : 103 828 dollars (Allemagne : 41 862 dollars, France : 39 771 dollars, Royaume-Uni : 39 093 dollars).(1) Sauf à imaginer que les Luxembourgeois sont deux fois et demi plus productifs que les Allemands, ou meilleurs financiers que les Britanniques, force est de constater qu'il y a un loup !...
Le paradis fiscal luxembourgeois a de belles années devant lui et, par extension, les paradis fiscaux à travers le monde. L'élection programmée de Jean-Claude Juncker est la victoire des fédéralistes, nous dit-on. Peut-être. Mais c'est d'abord la victoire d'une certaine finance.
Faut-il s'en féliciter ?

(1) La Norvège qui jouit de ressources pétrolières importantes mais ne fait pas partie de l'Union européenne a un produit intérieur brut de 99 557 dollars par habitant. Source : la Banque mondiale.

BNP et porte-hélicoptères russes

Publié dans De par le monde
"L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu." La Rochefoucauld.

Le 5 juin, Barack Obama suggère aux Français de repousser la date de livraison des porte-hélicoptères russes. Quelques jours plus tôt, Benjamin Lawsky, superintendant des services financiers de l'état de New York assigne la BNP en justice pour 10 milliards de dollars. Existe-t-il un lien entre les deux affaires ?
Le Trésor américain, au travers de l'Office of Foreign Assets, supervise les sanctions économiques à l'égard des états étrangers. Ces sanctions s'appliquent à plusieurs pays dont l'Iran et le Soudan, deux nations pour lesquelles la banque française a effectué des transferts. Au regard de la loi américaine, en pénalisant la BNP Lawsky ne fait que son travail. De son coté, au regard de la loi internationale, la banque française est aussi dans son bon droit. Les transactions financières internationales sont régies par les Accords de Bretton Woods de 1944. Le dollar étant au cœur du système, tout transfert transite nécessairement par la Federal Reserve, la banque centrale américaine. Les statuts du Fonds monétaire international qui concrétisent les Accords de Bretton, ne contiennent aucune disposition dont le Trésor américain pourrait se prévaloir pour pénaliser la BNP. La décision du superintendant est donc un acte extraterritorial.
C'est aussi un acte hypocrite. L'Export Control Reform Initiative, entré en application en 2013, autorise le gouvernement américain à prendre compte les aspects économiques dans l'octroi de licences d'exportation de matériels militaires 'sensibles'. En clair, priorité est donnée à l'industrie de défense sur la sécurité de la nation. Seuls les équipements militaires, tels que les drones ou les technologies furtives, susceptibles de donner un 'avantage critique', sont interdits à l'exportation. (1) Attester que les porte-hélicoptères confèrent à la Russie un avantage critique est pour le moins exagéré.

L'attitude des autorités américaines est d'autant plus incompréhensible que, dans le même temps, Exxon, Mobil, BP et Total signent des contrats avec leurs homologues russes pour l'exploitation du pétrole de schiste. (2) Ceci, alors même que les Etats-Unis et l'Europe menacent la Russie de nouvelles sanctions si elle n'obtempère pas à l'injonction du président américain du 5 juin d'inverser sa politique ukrainienne dans le mois qui suit. (3) Sans tomber dans un anti-américanisme primaire, si répandu en France, il est difficile de ne pas voir un lien entre la BNP et les porte-hélicoptères russes, d'autant que cette attitude américaine s'inscrit dans un cadre plus large où le sens commun semble absent des relations internationales de la nation la plus puissante au monde. (4)

(1) "Obama can only blame himself for Putin's new navy", Colby Goodman, Foreign Policy Magazine, June 6, 2014.
(2) "New deals by oil titans deepen ties with Russia", The International New York Times, June 10, 2014.
(3) "With Group of 7 Backing, Obama Gives Russia One-Month Ukraine Deadline", Peter Baker, New York Times, June 5, 2014.
(4) "The US is an insane power like the Nazis", Dr. Edward Herman, Professor Emeritus at the Wharton School at the University of Pennsylvania, September 24, 2013

Comment les peuples jugent leurs dirigeants

Publié dans En France
Les Français ont coupé la tête de Louis XVI, et viré de Gaulle. René Coty a démissionné pour faire place à l'homme providentiel et les deux Napoléon ont abdiqué. Etre chef de l'Etat n'est pas une sinécure en France.
Pourquoi les Français traitent-ils leurs dirigeants ainsi ? Dans Les Discours, Machiavel explique que le but d'une république n'est pas de promouvoir les vertus civiques mais de défendre les intérêts de la nation. Les peuples sont attachés à leur sécurité, et veulent être entendus à ce sujet. La force de cette politique sécuritaire repose donc sur la capacité des dirigeants à créer un consensus sur cette question fondamentale. Les Anglais mirent en pratique les conseils de Machiavel. Cela explique pour partie leur victoire en 1815, victoire qui les rendit maîtres du monde. Satisfaits de cette puissance chèrement acquise, le peuple anglais ne fut jamais tenté de remercier ses dirigeants.

Les Français suivirent une autre voie. Ils instituèrent une 'République une et indivisible' qui, se transformant en empire, confisqua la liberté qu'elle prétendait donner au peuple. Voltairienne puisque dirigée par des despotes, pardon des souverains ou des présidents, (mal) éclairés, elle est aussi platonicienne. Les ministres et secrétaires d'état sont les 'philosophes' d'aujourd'hui, issus des Grands Corps de l'Etat ou de l'ENA. Elève de la promotion Voltaire, François Hollande se situe dans le droit fil de cette ligne révolutionnaire. A preuve : la réforme territoriale. Une telle initiative qui engage la France sur une question fondamentale, chargée d'histoire et d'émotions ne devrait-elle pas être l'objet d'une large consultation ? Que nenni ! Le président, aidé de ses 'philosophes', apporte la réponse, sans débat aucun. Erreur que peut-être il paiera au prix fort.

Le sort de la France ne se limite pas au mille-feuilles territoriale. Son statut en Europe et dans le monde se dégrade. Après les élections européennes, sa voix est inaudible à Bruxelles. Elle est absente du conflit ukrainien dans lequel l'Allemagne joue un rôle clé. Barack Obama consulte Angela Merkel régulièrement. Il appelle François Hollande occasionnellement. Par deux fois, une France humiliée a demandé un report de ses engagements à la Communauté européenne sur son déficit budgétaire. Son budget de la défense qui se réduit comme peau de chagrin depuis plusieurs décennies, ne lui donne plus les moyens d'assurer une politique postcoloniale destinée à 'tenir son rang' au plan mondial. En économie, l'Espagne dame le pion à la France. La balance commerciale espagnole est excédentaire en 2013, ce qui n'était pas arrivé depuis trente ans. La nôtre est déficitaire depuis 2005. Les exportations italiennes progressent plus vite que les françaises, et la balance commerciale italienne est excédentaire en 2012 et 2013. L'écart entre les balances commerciales française et allemande ne cesse de s'écarter - un écart intenable à terme.

Dans le même temps, l'industrie française se délite : Alstom, maître d'oeuvre du TGV est sur le point d'être repris par General Electric ou Siemens, Peugeot, autre entreprise emblématique, s'allie contraint et forcé avec le chinois Dongfeng, Lafarge fusionne avec Halcim transformant du même coup une entreprise française en société suisse. Le produit intérieur brut allemand par habitant surpassera de 2.300 euros celui de la France cette année.

De Gaulle rendit à la France sa souveraineté. Mitterrand utilisa l'euro pour arrimer à l'Europe une Allemagne puissante née de la réunification. Chirac refusa de participer à la guerre d'Irak. Sarkozy, en compagnie de Merkel, évita les écueils nés de la crise grecque. Que fait Hollande ? La réponse nous est donnée en négatif, par le résultat des élections européennes. Le succès du Front national tient à de nombreux facteurs, analysés à satiété par le gotha politique. Mais le principal d'entre eux n'est-il pas ce sentiment d'abandon, de vide politique, d'absence de pouvoir que ressentent les Français ? Sentiment d'autant plus profond que ni la droite ni le centre n'offrent d'alternatives viables, comme le fit Georges Pompidou en son temps. Déçus par les partis politiques traditionnels, les Français se tournent vers un parti populiste qui se nourrit d'invectives pour dissimuler un défaut de programme. Ce faisant, ils prennent un risque considérable, risque dont ils partagent la responsabilité avec les partis de gouvernement qui, ces trente dernières années, ont fait preuve d'une inertie coupable en optant pour l'immobilisme quand la mondialisation bouleversait notre planète.

Dans ses Discours, Machiavel rappelle que les peuples jugent sévèrement les dirigeants incapables de leur conférer ce sentiment de sécurité qui leur permet de vaguer sereinement à leurs occupations. C'est à cette aune qu'au-delà de François Hollande, la classe politique traditionnelle sera jugée.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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