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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Réformer la France

Publié dans En France
Réformer la France

Dans un éditorial intitulé : "France, prends garde à toi…", le politologue Yves Mény rappelle l’impérieuse nécessité qu’il y a pour notre pays de se réformer. (1) "Le diagnostic des réformes à faire et des économies à réaliser a été répété ad nauseam depuis trente ans", écrit-il. Pourquoi donc est-il si difficile de réformer la France ?

S’assigner cet objectif revient à s’interroger sur la nature du pouvoir. Qui le détient ? En vertu de quels principes ? En effet, quelle que soit la forme de gouvernement et quoique nous en pensions, le pouvoir est généralement détenu par quelques individus ou groupes d’individus.
Ainsi, aux Etats-Unis est-il aux mains du complexe militaro-industriel et de Wall Street. Depuis la Révolution Reagan, la pensée dominante est néolibérale. En France, les choses sont plus compliquées. Le pouvoir, en apparence dispersée puisqu’il est détenu par la haute fonction publique (2), l’administration et les syndicats, est unie par une pensée unique : le service de l’Etat et le radical socialisme inspiré des principes francs-maçons teintés de communisme. Un contre-pouvoir existe. Il est constitué de deux pensées distinctes, le libéralisme économique du 19ème siècle et le catholicisme. (3) Il s’exprime rarement, le premier dans les couloirs feutrés des ministères, le second par des manifestations quand la pensée radicale pousse son avantage trop loin, comme avec les lois Savary ou le mariage pour tous. Réformer la France revient donc a changé la nature du pouvoir, c’est-à-dire ses détenteurs et ses principes.

Cela pose deux questions : a) quels seront les nouveaux détenteurs et au nom de quels principes doivent-ils gouverner, b) les anciens décideurs abandonneront-ils le pouvoir ou combattront-ils pour le conserver ? Mettons de côté la première et arrêtons-nous sur la seconde. L’Histoire nous enseigne que les détenteurs ne renoncent jamais volontiers à leurs prérogatives. L’exemple nous en est donné par la "Glorieuse Révolution" anglaise et la Révolution de 1789. Dans ce dernier cas, ni l’aristocratie, ni la Cour, ni les membres des Parlements n’étaient prêts à se laisser déposséder de leurs privilèges, et ce en dépit d’un roi qui quoique faible en comprenait la nécessité. Face à l’effusion de sang qui résulte de tels refus, la question se pose de savoir si le jeu en vaut la chandelle. Faut-il réformer ? Les détenteurs du pouvoir répondront par la négative, suggérant que des modifications à la marge suffisent, alors que les ‘soumis’ exigeront des changements profonds.

Revenons à la première question. La réforme ne s’impose que si les conditions dans lesquelles s’exerce le pouvoir changent. Ce fut le cas au 18ème siècle. Les savants (Buffon, Lavoisier, Newton, et bien d’autres), les navigateurs (James Cook, La Pérouse, etc.), les inventeurs (Montgolfier, Cugnot, James Watt, etc.), les physiocrates (François Quesnay), les penseurs (Adam Smith, David Hume, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, etc.) transformaient le monde dans lequel il vivait sans qu’il fût possible de les arrêter. La chute du mur de Berlin, l’écroulement de l’Union soviétique, les innovations que sont l’ordinateur personnel, Internet, les réseaux sociaux, des hommes et des femmes tels que Ronald Reagan, Margaret Thatcher, Jean-Paul II, Gorbatchev, Helmut Kohl, François Mitterrand, etc. ont de la même manière transformé notre monde. Après les crises pétrolières de 1974 et 1978, la pensée évolue : de keynésienne elle devient néolibérale sous l’influence de Milton Friedman, Friedrich Hayek et quelques autres.

La mondialisation, née de ces évènements et de l’évolution de la pensée, bouleverse notre monde. Certaines nations n’ont pas attendu son avènement pour s’y préparer. En 1981, Ronald Reagan brise la grève des aiguilleurs du ciel. En 1984, Margaret Thatcher brise celle des mineurs.
D’autres prennent les mesures ad hoc pour y faire face avec succès. En 1992, Deng Xiaoping convertit la Chine à l’économie socialiste de marché, De 2003 à 2005, Gerhart Schröder impose les lois Hartz aux Allemands. En France, ce sont les cheminots qui brisent la réforme des retraites d’Alain Juppé, c’est Lionel Jospin qui distribue la cagnotte fiscale, lâche Claude Allègre, ministre de l’Education nationale, désireux de réformer le mammouth. Avec la retraite à 60 ans, les 35 heures payées 39 heures (4), la loi de modernisation sociale (5), la France marche à rebours du temps. Notre modèle, né de l’Après-guerre, refondé par le gaullisme, est à bout de souffle. Le monde nouveau s’impose à nous, tout comme les bouleversements du 18ème siècle le faisaient. La mondialisation est l’objet de nombreuses critiques, certaines justifiées, elle n’en est pas moins la matrice économique de notre époque. S’y opposer frontalement est contre-productif. Nous l’observons tous les jours en France. Les faillites s’enchaînent, 62.300 en 2013 contre 26.500 en Allemagne et 26.000 en Grande-Bretagne. Les plans sociaux se succèdent : Peugeot, Florange, Doux, etc.

Il convient donc de s’adapter à cette nouvelle donne par des réformes structurelles, détaillés dans de nombreux rapports (OCDE, FMI, Attali, Gallois, Cour des comptes, etc.). Ce qui nous ramène à la question initiale, celle du pouvoir. Les détenteurs accepteront-ils ces réformes qui vont à l’encontre de leurs intérêts ou à l’exemple du 18ème siècle, faudra-t-il une révolution pour entrer dans une nouvelle ère ? A chacun sa réponse.

(1) Ouest France, 19 mars 2014.
(2) Les Grands Corps de l’Etat auxquels l’ENA s’est adossée.
(3) A l’exclusion des extrêmes qui s’excluent d’eux-mêmes dans un pays de droit.
(4) Martine Aubry nous avait promis que le monde entier suivrait notre exemple !
(5) Qualifiée d’usine à gaz par Jean-Pierre Chevènement.

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