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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Cessons de calomnier les Russes

Publié dans De par le monde
Cessons de calomnier les Russes
 
Surtout, nous autres Français. En 1815, le tsar Alexandre interdit à ses troupes d’entrer dans Paris pour épargner ses habitants. La bataille de la Marne fut gagnée avec le concours des Russes qui lancèrent une offensive à la demande de Joffre pour soulager l’armée française face à la pression allemande. Personne ne doute que les Alliés ont libéré la France mais combien savent qu’en juin 1944 plus rien ne pouvait arrêter Joukov dans sa marche sur Berlin après qu’il eut libéré Stalingrad et gagné la plus grande bataille de chars de tous les temps à Koursk. Combien savent que 26 millions de Soviétiques sont morts pendant la Seconde Guerre contre 300 000 Américains – un rapport de 1 à 100, pratiquement.
 
Oublions le passé, venons-en au présent.
L’élection présidentielle américaine a été l’occasion d’une virulente campagne antirusse affirmant, sans jamais le prouver, que Vladimir Poutine tentait de favoriser l’élection de Donald Trump. L’accusation ne manquerait pas de sel, si l’affaire n’était pas aussi sérieuse. En effet, depuis 1945, les Etats-Unis n’ont cessé d’intervenir dans les affaires intérieures de nombreuses nations, comme en Iran (Mossadegh), en Italie (affaire Gladio) ou au Chili (Allende). Qui doute qu’Al-Qaïda est une création américaine ? Le conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, Zbigniew Brezinski, l’a reconnu lui-même dans Libération. En Ukraine, le président Viktor Ianoukovitch, élu démocratiquement, a été victime d’un coup d’état, fomenté par les Etats-Unis. La secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Victoria Nuland s’en est vantée, ajoutant qu’elle avait dépensé 5 milliards de dollars à cet effet.
 
Les premières accusations à l’encontre de la Russie ont été formulées en juillet 2016, quelques jours après le scandale de la Convention démocrate et la démission de sa présidente, Debbie Wasserman Schultz. Les choses se sont calmées. Puis, les charges ont repris après l’élection de Donald Trump pour se porter sur Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, qui dut démissionner. C’est maintenant autour de Jeff Sessions, ancien sénateur et nouveau ministre de la justice, d’être accusé d’entente avec "l’ennemi". Jack Matlock, ancien ambassadeur à Moscou, s’étonne de ces accusations. C’est une pratique courante pour les sénateurs de s’entretenir avec les dirigeants de nations étrangères. Stephen Cohen, spécialiste de la Russie, déplore cette campagne antirusse qu’il considère très dangereuse. Noam Chomsky, linguiste reconnu et activiste politique, se désole d’une situation où les Etats-Unis sont la risée du monde entier, en l’absence de preuves justifiant ces accusations.
 
A quoi est due cette campagne ? Au fait que Donald Trump souhaite rétablir des relations normales avec la Russie. Quel mal y aurait-il à atteindre cet objectif ? Le monde n’en serait-il pas apaisé ? Cet objectif va à l’encontre de la politique néoconservatrice de domination mondiale. Lors de la réunification de l’Allemagne, les Etats-Unis se sont engagés à ne pas étendre l’OTAN à l’Est. Que constatons-nous aujourd’hui ? Que douze nations de l’Europe de l’Est ont rejoint l’Alliance atlantique. Que George W. Bush a mis fin unilatéralement au traité sur les missiles antimissiles balistiques de 1972. Que des missiles Tomahawk ont été installés en Pologne et en Roumanie sous le fallacieux prétexte de menacer l’Iran alors qu’ils visent la Russie. Que les Occidentaux conduisent les manœuvres militaires les plus grandes depuis l’opération Barbarossa de juin 1941 dans les pays baltes.
 
Si les Russes ont interféré dans l’élection présidentielle, que preuve en soit donnée. Sinon, cessons de les calomnier. La Russie est une grande nation, dotée d’une histoire et d’une culture exceptionnelles, avec laquelle la France se doit d’avoir les relations les meilleures dans le respect de sa souveraineté.

Brexit selon Theresa May

Publié dans Avec l'Europe
Brexit selon Theresa May
 
Le référendum du 23 juin 2016 sur l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne est une bourde monumentale qui menace l’unité du royaume. Theresa May a prononcé un discours de politique générale le 17 janvier. Les médias ont annoncé un Brexit dur. Cela surprend car la Grande-Bretagne n’est pas en mesure d’imposer ses conditions.
En se prononçant pour une sortie de l’Union, les Britanniques ont pris une mauvaise décision pour de bonnes raisons. Le destin de la Grande-Bretagne est en Europe. Mais la mondialisation qui supprime des emplois et l’immigration qui pèse sur les salaires ont conduit des électeurs à exprimer leur mécontentement. Mal leur en a pris car ils seront les premiers à souffrir du Brexit. Au vu de ce constat, il eut été judicieux de proposer des solutions adéquates. Or, il n’en est rien. Dans son discours, Theresa May annonce que les acquis de l’Union en faveur des salariés seront préservés et que l’immigration sera mieux contrôlée. Cela ne fera pas revenir les emplois dans le Lancashire ou le Yorkshire.
 
Pour ce faire, elle entend négocier un nouvel accord commercial avec l’Union européenne tout en conservant sa liberté d’action. C’est évidemment impossible. Elle n’en menace pas moins Bruxelles de transformer la Grande-Bretagne en paradis fiscal si elle n’obtient pas satisfaction – pas la meilleure façon d’entamer une négociation difficile. Elle veut aussi faire de la Grande-Bretagne "a global trading nation", entendez une nation commercialement ouverte sur le monde. Cela surprend car l’économie britannique est structurellement déficitaire. Il lui faudra donc accroître la productivité par un vaste programme d’investissement en R&D, en matériel et en formation. Mais elle n’en dit rien dans son discours.
 
Theresa May a prononcé un second discours, le 20 janvier à Philadelphie, devant les représentants du parti Républicain. Elle a évoqué les grandes heures de la nation, citant la Grande Chartre, l’Habeas Corpus et la Déclaration des Nations unies pour conclure qu’il était dans la destinée de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis de diriger le monde. Il est vrai que la démocratie telle que nous la connaissons est née sur les rives de la Tamise en 1688 et à Philadelphie en 1776. De là à en déduire que ces deux nations doivent conduire le monde il y a un pas qu’il faut se garder de franchir. Au reste, on voit mal comment cela aidera la Grande-Bretagne à s’extirper de la situation dans lequel elle s’est fourvoyée.
Ces deux discours frappent par leur vacuité au regard des problèmes auxquels la Grande-Bretagne est confrontée. A ce jour, la situation économique est contrastée. La bourse se porte bien mais la livre sterling s’est effondrée. A terme, la Grande-Bretagne devra se rapprocher de l’Union européenne qui compte pour cinquante pour cent de son commerce extérieur. L’expression "Brexit dur" est vide de sens.

D. Trump : une présidence...

Publié dans De par le monde
Donald Trump : une présidence mouvementée en perspective
 
En démocratie, l’accession à la présidence requiert plusieurs attributs : un candidat charismatique, un programme, un parti et un financement. Donald Trump ne satisfait pas à ces critères. Ses supporters lui reconnaissent du charisme mais ils sont loin de faire l’unanimité. Son programme est incohérent. Il n’a ni parti ni organisation, et contrairement à ses assertions, il n’a financé que 20 % des 322 millions de dollars qu’a coûté sa campagne. Dans ces conditions, quelle présidence peut-on en attendre ?
 
Commençons par son programme. Son électorat est la classe moyenne blanche, conservatrice et rurale. Ses électeurs se reconnaissent dans le Tea Party, mouvement libertaire, sans hiérarchie ni chef, en partie récupéré par les frères Koch, milliardaires texans. Donald Trump leur a promis le retour des emplois manufacturiers et, pour preuve donna en exemple la décision de Carrier Corporation de ne pas externaliser une usine au Mexique, sauvant ainsi mille emplois. Cette priorité donnée à l’emploi peut surprendre dans un pays où le chômage s’élève à 4,6 %. La raison en est que ce chiffre officiel ne reflète pas la réalité. Le chômage s’élève à 10 % si l’on inclue les demandeurs d’emploi "découragés". Le revenu médian des ménages est inférieur à ce qu’il était en 1998, et un tiers des personnes âgés de 21 à 45 ans reçoit une aide financière de leurs parents. Il y a donc une réelle détresse dans une partie de la population. Les promesses de Donald Trump inverseront-elles cette tendance ? Rien n’est moins sûr.
 
S’il est vrai que la mondialisation a éliminé des emplois, elle n’est pas seule en cause. La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication est aussi responsable ainsi que la politique budgétaire. Après une brève politique d’expansion en réponse à la crise des subprimes, le gouvernement a rapidement réduit le déficit budgétaire. Par ailleurs, un retour des emplois manufacturiers, à supposer qu’il soit possible, entraînerait une augmentation du coût de la vie, contrecarrant l’objectif d’augmentation du pouvoir d’achat. La politique d’infrastructure de Donald Trump est aussi sujette à caution. Il prévoit de lancer un programme de grands travaux de mille milliards de dollars, financé pour moitié par le secteur privé. L’autre moitié, financée par l’Etat fédéral, augmentera la dette publique qu’il a promis de réduire à zéro sur huit ans – une gageure. Son plan fiscal promet une réduction d’impôts pour l’ensemble de la population. Juste en apparence, ce plan favorise en fait les plus riches qui paient le plus d’impôt. Les revenus les plus élevés (1 % de la population) captent 18 % du total contre seulement 8 % en 1975.
 
On retrouve les mêmes contradictions en politique étrangère. Alors que Donald Trump veut rétablir des relations normales avec la Russie, le général James Mattis, son futur ministre de la défense, cite la Russie comme la plus importante menace à laquelle font face les Etats-Unis. Rex Tillerson, ancien président d’Exxon et ministre des affaires étrangères, est quant à lui partisan d’un rapprochement avec Vladimir Poutine. Par ailleurs, les liens réels ou supposés de Donald Trump avec la Russie ont fait l’objet d’accusations des services secrets américains. La chose est grave puisqu’elle suggère une trahison et peut conduire à sa destitution. La hache de guerre est enterrée, semble-t-il, mais elle resurgira.
 
Cette présidence sera à l’image de Donald Trump : brouillonne, contradictoire, remplie d’approximations dans les analyses et de contradictions dans les faits. En politique intérieure, la présence d’anciens dirigeants de Goldman Sachs dans le cercle rapproché du président renforce le scepticisme sur la nature de sa politique économique. En politique extérieure, ses ennemis fourbissent leurs armes, à preuve les manœuvres de l’Otan qui se déroulent aux frontières de la Russie dans le cadre de l’opération "Atlantic Resolve", où des sénateurs de son propre camp – John McCain et Lindsey Graham – haranguent les soldats baltes en vue d’un possible conflit avec la Russie.
 
Donald Trump ne satisfait pas aux conditions requises pour être candidat à la magistrature suprême. Il n’a ni programme, ni parti et son financement est assuré de la façon la plus traditionnelle qui soit ce qui le rend redevable envers ses bailleurs de fonds. Il décevra ses électeurs qui le lui feront savoir. A l’international, les évènements devraient lui être plus favorables. Un peuple américain, lassé des guerres au Moyen Orient, s’opposera à un Congrès belliciste qui rêve d’en découdre avec le nouveau président au sujet de la Russie. L’un dans l’autre, une présidence mouvementée qui, souhaitons-le, maintiendra la paix dans le monde.

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