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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

URL du site internet:

Un conflit généralisé au M-O ?

Publié dans De par le monde
Vers un conflit généralisé au Moyen-Orient ?
 
Ceux d’entre vous qui lisent les éditoriaux de Paul Craig Roberts, ancien secrétaire d’Etat au Trésor de Ronald Reagan et ancien éditeur du Wall Street Journal, pensent sans doute qu’il se répète. Je le pense aussi parfois. Il faut reconnaître cependant qu’il n’a pas tort car le danger demeure. A preuve, les frappes israéliennes sur la Syrie du 30 avril.
 
Dans un récent commentaire, Paul Craig Roberts voit dans ces frappes une escalade du conflit syrien – un conflit qui semblait s’être conclue par une victoire d’Assad grâce à l’aide de ses alliés. Il n’en est rien. La guerre entre dans une nouvelle phase, plus dangereuse que la précédente. Stephen Lendman rejoint les conclusions de Paul Craig Roberts. Tous deux considèrent que la décision de Vladimir Poutine de se retirer partiellement de la Syrie en 2016, loin de mettre fin au conflit comme espéré, a permis aux Etats-Unis et à ses alliés de se ressaisir. Le Colonel Lawrence Wilkerson, ancien chef d’état-major de Colin Powell, pensent que les frappes israéliennes sont "plutôt alarmantes". En février, Newsweek annonçait déjà qu’Israël se préparait à attaquer les positions iraniennes en Syrie. Le 18 avril, le New York Times confirme cette information en évoquant la possibilité d’une guerre israélo-iranienne. Sommes-nous à l’aube d’un embrasement du conflit syrien ?
 
L’intense activité diplomatique de ces derniers jours le laisse penser. Le 23 avril, Emmanuel Macron entame sa visite d’état à Washington. Le 24, le général Joseph Votel, chef des forces américaines au Moyen Orient, est en Israël. Le 25, Avigdor Lieberman, ministre israélien de la défense, est à Washington. Le 27, Angela Merkel rend visite au président américain. Le 29, Mike Pompeo, nouveau ministre des affaires étrangères, est en Israël. Pourquoi toutes ces visites dans un laps de temps aussi court ? Sont-elles liées à la date du 12 mai – jour où Donald Trump doit faire connaître sa décision concernant l’accord nucléaire iranien ?
 
Le 30 avril, Benjamin Netanyahu annonçait qu’il est en possession de documents secrets démontrant que les Iraniens construisent une force de frappe nucléaire. S’il n’a pas impressionné la communauté internationale, il a convaincu Donald Trump qui a exprimé à plusieurs reprises son intention de se retirer de l’accord nucléaire iranien de 2015. Le même jour, le Knesset accordait à Benjamin Netanyahu le droit de déclarer la guerre dans des "situations extrêmes" à la seule condition d’avoir l’accord du ministre de la défense. Cette loi s’apparente au projet de loi Corker-Kaine aux Etats-Unis qui, sous prétexte de limiter le pouvoir du président, lui accorde en fait le droit de déclarer la guerre dans le secret le plus absolu. Deux instances démocratiques, le Knesset et le Congrès, renoncent à leur droit le plus sacré : celui de déclarer la guerre. La démocratie mourra-t-elle sous les bombes, comme l’avait pressenti James Madison ? 
 
Les frappes des 13 et 30 avril sont-elles l’annonce d’un conflit généralisé au Moyen-Orient – conflit qui porte en germe un autre conflit beaucoup plus grave, celui des deux premières puissances nucléaires. Le proverbial grain de sable arrêtera-t-il cet enchaînement ? Sauvera-t-il les hommes de leur folie ?

Envoyé par l'auteur, 4 mai 2018

Russiagate

Publié dans De par le monde
Russiagate : les poupées russes de la conspiration
 
Note à l’attention du lecteur : considérant que Donald Trump était un électron libre et Hillary Clinton une va-t-en-guerre, l’auteur de ces lignes a recommandé en novembre 2016 aux Américains de s’abstenir (sans se faire d’illusion sur le résultat) afin de provoquer une crise constitutionnelle qui redonnerait au peuple le pouvoir que jadis Abraham Lincoln lui promit.
 
Russiagate est une succession d’évènements qui s’emboîtent les uns dans les autres, et débouchent sur une conspiration. C’est l’illustration du mépris d’une élite pour la démocratie et de la politisation des services secrets américains. En poursuivant les rêves des Paul Wolfowitz, William Kristol et autres Robert Kagan, des hommes politiques comme John McCain, Lindsey Graham, John Bolton et bien d’autres précipitent le déclin d’une nation qu’ils considèrent exceptionnelle. Cette affaire Russiagate est non seulement désastreuse pour les Américains qui dans leur ensemble n’ont pas conscience des enjeux, elle est aussi extrêmement dangereuse pour l’humanité par la résurgence de la Guerre froide qu’elle engendre.
 
La démission de Debbie Wasserman Schultz
L’affaire débute le 15 juin 2016. Selon CrowdStrike – société informatique spécialisée dans le renseignement – un logiciel malveillant aurait été introduit par les Russes dans l’ordinateur de la Convention nationale démocrate (CND). Un rapport de Christopher Steele, ancien membre du MI6, équivalent britannique du DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), corroborerait l’accusation.
 
Le 22 juillet, WikiLeaks publie 19.000 courriels de la CND, révélant que la direction du Parti démocrate, en accord avec Hillary Clinton, s’oppose à la candidature de Bernie Sanders à l’élection présidentielle. Debbie Wasserman Schultz, la présidente de la Convention démocrate, démissionne. WikiLeaks précise que sa source n’est pas russe. Cette dernière affirmation est confirmée par Craig Murray, ancien ambassadeur britannique, qui dit avoir rencontré la personne à l’origine de la fuite, car il s’agit d’une fuite informatique, c’est-à-dire d’un transfert de donnés de l’ordinateur du Parti démocrate vers une clé USB, et non d’un piratage, c’est-à-dire d’une opération commandée de l’extérieur par un "hacker". Le lanceur d’alerte se cache sous un pseudonyme – Guccifer 2.0 - et serait selon toute vraisemblance Seth Rich, membre du Parti démocrate, assassiné près de son domicile le 10 juillet 2016. Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, a offert une récompense de 20 000 dollars à toute personne fournissant des informations conduisant à la capture de l’assassin. 
 
Il ne s’agit donc pas d’une interférence russe mais d’un règlement de compte à l’intérieur du Parti démocrate visant à faire taire les opposants à la candidature d’Hillary Clinton. L’accusation d’interférence repose sur le rapport Steele qui se révèlera être sans valeur, et les affirmations de CrowdStrike dont l’un des dirigeants est Dmitri Alperovich, émigré russe, connu pour son antipathie envers Poutine. On apprend plus tard que le dossier Steele a été payé par la Convention démocrate.
 
L’affaire Michael Flynn et ses rebondissements
Donald Trump nomma le général Michael Flynn Conseiller à la sécurité nationale. Pendant la période de transition, entre l’élection et l’inauguration, Michael Flynn a eu plusieurs entretiens avec Sergey Kislyak, l’ambassadeur russe. Rien d’illégal à cela mais interrogé par le FBI, il nia leur existence. Dans un pays où le mensonge est la faute suprême depuis que George Washington reconnut à l’âge de six ans qu’il "ne pouvait pas mentir", cette dissimulation était inacceptable et Michael Flynn dut démissionner. Bien entendu, ce n’était pas là la vraie raison. Selon certains, Flynn aurait admis sa faute pour sauver son fils qui était l’objet d’une enquête du procureur spécial, Robert Mueller. Plus vraisemblablement, sa déchéance tient aux propos qu’il tint le 10 août 2015 lors d’un entretien avec Mehdi Hasan, journaliste d’Al Jazzera. Il était alors directeur de l’Agence de renseignement de la Défense. Il déclara que le gouvernement américain avait pris en pleine connaissance de cause la décision d’apporter son soutien à Al Qaeda et aux Frères musulmans. C’est un secret de polichinelle mais un crime de lèse-majesté aux yeux des néoconservateurs. 
 
L’affaire aurait pu en rester là mais des esprits chagrins se sont inquiétés de savoir comment le FBI était au courant de ses entretiens avec Sergey Kislyak ? La réponse se trouve dans le fonctionnement des Cours de surveillance du renseignement étranger. Ces cours d’exception autorisent les agences de renseignement à procéder à des écoutes téléphoniques sans que la preuve justifiant la demande ne soit apportée. C’est ainsi que Michael Flynn fut mis sur écoute. Son mensonge inutile et maladroit le condamna. Il encourt cinq ans de prison.
 
Des esprits curieux ont voulu savoir pourquoi Michael Flynn souhaitait parler à l’ambassadeur russe. Ils apprirent que le 22 décembre 2016, Michael Flynn appela Sergey Kislyak à la demande de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, lui-même agissant pour le compte de Benjamin Netanyahu. Barack Obama avait décidé de ne pas opposer son veto à la résolution 2334 du Conseil de sécurité condamnant la colonisation israélienne en territoire palestinien. L’objet de l’appel était de faire pression sur la Russie pour qu’elle oppose son veto à la résolution. Israël n’étant pas un ennemi des Etats-Unis la démarche de Jared Kushner ne peut être considérée comme un acte de trahison. En revanche, elle tombe probablement sous le coup du Logan Act de 1799 qui menace d’emprisonnement toute personne non autorisée à négocier avec un gouvernement en désaccord avec les Etats-Unis.
 
Un dossier vide
Russiagate repose sur trois accusations : a) la Russie a piraté l’ordinateur de la Convention démocrate, b) elle était de connivence avec Donald Trump pour l’aider à gagner l’élection présidentielle, et c) elle a aussi tenté d’interférer par d’autres moyens dans le processus électoral. Le dossier comporte quatre grands documents : le rapport Christopher Steele du 20 juin 2016, la déclaration conjointe du 7 octobre 2016, le rapport du FBI du 29 décembre 2016, et celui des dix-sept agences du renseignement du 6 janvier 2017. Le dossier comprend aussi la mise en accusation de plusieurs membres de l’équipe de campagne de Donald Trump, et de treize citoyens et trois entreprises russes. Il y a aussi la note de Davin Nunes, rapporteur de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants qui conteste les conclusions des agences de renseignement, et la réponse du Parti démocrate.
 
L’accusation de piratage n’a jamais été démontrée. Le Parti démocrate et CrowdStrike n’ont pas autorisé le FBI à examiner l’ordinateur. Le FBI était en droit d’exiger qu’il lui soit remis. Il ne l’a pas fait. Son attitude est incompréhensible. Des experts ont démontré qu’il était impossible de pirater 1 976 mégabytes en 87 secondes alors qu’il était possible de les transférer sur une clé USB dans ce laps de temps. Aucun démenti n’a été apporté à leur démonstration. Le 7 mars 2017, WikiLeaks révèle que la CIA dispose d’un programme qui lui permet de pirater des informations dans n’importe quel ordinateur tout en laissant des traces faisant penser que le pirate est une puissance étrangère. L’information n’a pas été démentie.
 
Aucun des quatre grands documents cités plus haut n’apporte la preuve d’une connivence russo-américaine ou d’une interférence russe dans le processus électoral. La validité juridique de l’inculpation de Michael Flynn est douteuse, compte tenu du procédé utilisé pour l’obtenir. Les mises en accusation des membres de la campagne électorale n’ont rien à voir avec l’élection. Le directeur de la campagne, Paul Manafort, et le conseiller aux affaires étrangères, Carter Page, sont inculpés d’irrégularités financières dans leurs affaires personnelles.
 
La mise en accusation de citoyens et entreprises russes par le procureur spécial Robert Mueller est d’un ridicule achevé. Elle leur reproche d’avoir tenu des propos calomnieux sur la toile dans l’intention de diviser et de troubler l’électoral américain. L’accusation est si grotesque que Rod Rosenstein, secrétaire d’Etat au ministère de la justice, crut bon de préciser que la manœuvre russe n’avait eu aucun effet sur l’élection. Elle n’avait qu’un but bassement commercial, sans portée politique. Alors pourquoi tout ce remue-ménage ? Parce qu’il convient de démontrer aux Américains que la Russie est l’ennemi juré des Etats-Unis. La Russie s’oppose en effet aux visées hégémoniques de Washington au Moyen Orient et en Europe de l’est.
 
L’absence de preuves n’empêche pas des hommes politiques et des commentateurs de parler d’acte de guerre. Jerrold Nadler, député de New York, y voit un nouveau Pearl Harbor. Thomas Friedman, éditorialiste du New York Times, y voit aussi un Pearl Harbor et, pour faire bonne mesure, y ajoute le 11 septembre. Ces parallèles sont grotesques. L’attaque japonaise détruisit la quasi-totalité de la flotte du Pacifique et fit 3 500 tués ou blessés. Le 11 septembre réduit en cendres plusieurs immeubles au cœur de Wall Street et tua 3 000 personnes. Ceux qui tiennent ces propos irresponsables sont-ils conscients de l’effet qu’ils produisent sur les dirigeants de la seconde puissance nucléaire mondiale et du regain de tension qu’ils génèrent ? C’est très dangereux, comme le notent le journaliste Max Blumenthal, et le professeur Stephen Cohen, spécialiste de la Russie.
 
Réactions de Donald Trump et de Vladimir Poutine
Hormis ses tweets rageurs et le licenciement du directeur du FBI, James Comey, Donald Trump s’est montré peu combatif dans cette affaire. Cette campagne de dénigrement l’affaiblit personnellement et l’empêche de conduire une politique de détente à l’égard de la Russie. Pourquoi a-t-il accepté la démission de Michael Flynn ? Pourquoi n’a-t-il pas déclassifié le dossier ce qui aurait tué la conspiration dans l’œuf ? Trump est un homme seul. Il n’était pas le candidat du Parti républicain. Il n’a pas été choisi, il s’est imposé. Il ne dispose d’aucune organisation propre. Les "petits blancs" désargentés et déboussolés des Appalaches et du Midwest sont son seul soutien. C’est peu. Qui plus est, sa politique étrangère va à l’encontre de la doxa néoconservatrice. Dans ces conditions, peut-il s’attaquer à la toute puissante CIA qui ne rend de compte à personne, pas même au sénat ?
 
Face aux insultes et brimades dont elle est l’objet – fermeture musclée du consulat de San Francisco, sanctions, humiliations, etc. – la Russie a fait le choix de la passivité, espérant sans doute que l’élection de Trump ferait évoluer les choses dans son sens. Ce n’est pas le cas. Au contraire, les choses risquent de s’envenimer. Le 1er mars, Vladimir Poutine a fait un long discours devant les représentants de la Fédération de Russie. Dans les quinze dernières minutes, il a donné des détails surprenants sur une nouvelle génération de missiles. Il a précisé que ces armes, capables de neutraliser la défense américaine, n’ont aucun but offensif. Son objectif, semble-t-il, est de rétablir la parité entre les deux premières puissances nucléaires, mis à mal par les difficultés économiques qu’a connu la Russie suite à la présidence de Boris Eltsine. Un glaive dans une main, un rameau d’olivier dans l’autre, il a invité Américains et Européens à la table des négociations. Aux Etats-Unis, son message a été interprété comme un signe d’agressivité. Poutine "menacerait l’Occident", titre le New York Times. Il se livrerait à "une escalade dans la rhétorique martiale", selon le Washington Post. Il s’agit là d’interprétations biaisées. Les va-t-en-guerre s’en servent pour exiger une augmentation d’un budget de la défense hors norme. 
 
Fake news : de vraies fausses nouvelles
Une russophobie s’installe, à la manière de l’air de la calomnie du Barbier de Séville : "elle glisse, elle rôde, s'introduit dans les têtes…"… orchestrée par les médias et les agences de renseignement. Trois anciens de la CIA, James Clapper, Michael Hayden et Philip Mudd (1), sont désormais des analystes attitrés de grandes chaînes de télévision. Dans un article paru sur son site le 27 février, Paul Craig Robert, ancien Secrétaire d’Etat au Trésor de Ronald Reagan, note que le Washington Post, le New York Times, et Bloomberg se livrent à une campagne de dénigrement systématique envers la Russie. Le 6 mars, le journaliste d’investigation Matt Taibbi relève que Drew Griffin, reporteur à CNN, est allé frapper à la porte d’une vielle dame pour la traiter de "collaboratrice russe" suite à son vote pour Donald Trump. Stephen Cohen, professeur émérite de Princeton University, s’inquiète de la tournure que prend l’enquête du procureur spécial. Toute personne ayant ou ayant eu des contacts avec des Russes est une criminelle en puissance. Cohen qui a consacré une partie de sa carrière universitaire à l’étude de la Russie et entretient des relations amicales avec de nombreux russes se sent visé. Il note, désabusé : "Après dix-huit mois d’enquête, nous avons un Russiagate sans Russie".
 
Le 24 novembre 2016, le Washington Post publia une liste de 200 sites accusés de sympathie pro-russe. Cette liste est l’œuvre d’un site totalement inconnu, PropOrNot. Des noms connus et respectés comme celui de Paul Craig Roberts, de Robert Parry ou de Ron Paul sont sur la liste. La tentative est si bouffonne qu’elle tourne court. Elle obligera cependant le site officiel russe, Russian Television (RT) de s’enregistrer comme agent étranger au titre du Foreign Agent Registration Act.
 
L’ironie de la chose est que ces 200 sites qui pour la plupart sont indépendants, sont accusés de disséminer des fausses nouvelles (fake news) par les émetteurs de ces fausses nouvelles. Google et Facebook ont modifié leurs programmes informatiques pour "déprioratiser" ce qu’ils considèrent de "fausses nouvelles". Sur quels critères s’appuient-ils ? Sans critères objectifs, cette "déprioritisation" s’assimile à de la censure. A qui profite-t-elle ? Les Etats-Unis sombrent-ils dans une nouvelle croisade McCarthyienne ou sont-ils à l’aube d’une ère orwellienne ?
 
L’attitude ambigüe des agences de renseignement
Cette affaire aux multiples rebondissements a aussi plusieurs origines. Dans le brouhaha médiatique, il est facile d’oublier l’attitude énigmatique de James Comey, directeur du FBI, qui le 28 octobre 2016 – onze jours avant l’élection présidentielle – publia la lettre qu’il avait envoyée au Congrès demandant que le dossier des courriels d’Hillary Clinton soit rouvert. L’effet sur la candidate fut catastrophique. Elle perdit 17 points dans les sondages alors que Donald Trump en gagnait onze. Inexplicablement, James Comey retira sa demande une semaine plus tard. Pour beaucoup, y compris Hillary Clinton, cette lettre est l’une des causes de la défaite de la candidate démocrate. Cette attitude incompréhensible du FBI se retrouve à plusieurs reprises dans le dossier.
 
Dans le rapport des dix-sept agences de renseignement, publié le 6 janvier 2017, il est écrit : "Nous estimons que Poutine et le gouvernement russe souhaitaient accroître les chances du candidat Trump en discréditant son adversaire. Les conclusions des trois agences [CIA, FBI et NSA] concordent sur ce point. La CIA et le FBI en sont convaincus. La NSA émet des réserves". Quelles sont ces réserves ? Le 12 janvier 2017, James Clapper (2) déclare que le rapport Christopher Steele ne saurait être considéré comme le produit d’agences américaines de renseignement. Il n’en fut pas moins utilisé pour mettre Michael Flynn sur écoutes ! Le même Clapper reconnut le 8 mai 2017, devant une commission du sénat, que le rapport des dix-sept agences de renseignement était le fruit de quatre agences (3) et non de dix-sept, comme indiqué précédemment. Le 16 mai 2017, John Brennan (4) confirme cette déclaration devant une commission de la Chambre des représentants. Par ailleurs, James Clapper déclare que les douze analystes qui ont participé à sa rédaction, ont été "présélectionnés".
 
Cette attitude ambigüe des agences de renseignement qui ne lasse pas d’étonner, est partagée par les politiques. Ainsi, Barack Obama qui a commissionné le rapport des dix-sept agences, admet lors de sa dernière conférence de presse du 18 janvier 2017 que leurs conclusions ne peuvent être considérées comme "définitives". Pourquoi cette prudence de dernière minute ? Parce que si interférence il y eut, elle eut lieu sous sa présidence ce qui le rend indirectement responsable de cette violation informatique du territoire nationale par une nation étrangère.
 
Le coup d’état permanent
Il est incongru de parler de coup d’état au pays de la démocratie. Néanmoins, un certain nombre de journalistes et d’hommes politiques n’hésitent pas à le faire. Pour Max Blumenthal, Russiagate est "un coup tranquille des agences de renseignement" dont l’objectif ultime est la réanimation de la Guerre froide. Le regretté Robert Parry, ancien journaliste du New York Times et fondateur du site Consortium News, partage cette opinion. David Stockman, directeur du budget de Ronald Reagan, parle de "coup en douceur". Paul Craig Roberts y voit une conspiration contre Donald Trump, et ajoute que seul un "contre coup" peut sauver la démocratie américaine. Chris Hedges (5), ancien journaliste du New York Times, très à gauche sur l’échiquier politique, rejoint Paul Craig Roberts lorsqu’il écrit que seule une révolution ramènera la démocratie aux Etats-Unis.
 
La démocratie américaine a connu plusieurs coups et tentatives de coup d’état au 20ème siècle. En 1934, Smedley Butler, général de division le plus décoré, est approché par des représentants de Wall Street pour renverser Franklin Roosevelt, considéré comme socialiste. Il refuse. Au cours de la Convention démocrate de 1944, le vice-président Henry Wallace est ovationné onze fois par les délégués qui souhaitent sa reconduction au poste de vice-président, faisant de lui le futur président des Etats-Unis en raison de l’état de santé de Roosevelt. Il allait être ovationné une douzième fois quand un inconnu cria "au feu". La salle fut rapidement évacuée. Le lendemain Harry Truman était nommé vice-président. Henry Wallace était un pacifiste, décidé à poursuivre la politique d’apaisement de Roosevelt envers l’Union soviétique.
 
L’assassinat de John Fitzgerald Kennedy est le fait d’une élite composée de représentants du pouvoir politique, militaire et financier. Il fut du côté des faucons tout au long de sa carrière, mais rejoint le camp des colombes après la crise de Cuba où, tout comme Khrouchtchev, il eut l’occasion de mesurer la profondeur de l’abysse nucléaire. Dans son discours du 10 juin 1963, il indique la voie qu’il entend suivre désormais, à savoir une politique de détente avec l’Union soviétique. Ce discours lui fut fatal. L’avenir lui donna raison. La détente était la seule voie raisonnable. Le vote de la Floride du 7 novembre 2000 qui donna la victoire à George W. Bush suite à une décision inappropriée de la Cour suprême, est une fraude électorale qui s’assimile à un coup d’état.
 
La preuve que la politique des Etats-Unis n’est plus le fait des électeurs mais d’une élite nous est donnée par le général Wesley Clark, ancien commandant des forces de l’OTAN. Dans un discours au Commonwealth Club de Californie le 3 octobre 2007 alors qu’il est candidat à l’élection présidentielle, il fait une déclaration stupéfiante. Alors qu’il visite le Pentagone une dizaine de jours après le 11 septembre, un général de ses amis l’interpelle et lui demande de l’accompagner dans son bureau. Il lui apprend que dans les cinq ans les Etats-Unis vont envahir sept nations : l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et l’Iran. Wesley Clark dit alors à son auditoire : "ce pays est victime d’un coup d’état réalisé par Wolfowitz (6), Dick Cheney (7) et Rumsfeld (8) et une demi-douzaine d’autres personnes dans le cadre du Projet pour un nouveau siècle américain (9). Ils veulent déstabiliser le Moyen Orient… alors qu’aucun sénateur ou député n’en est informé, et en l’absence de débat public." Alors qu’il était à Londres, Roland Dumas fut approché par des émissaires lui demandant d’intervenir auprès du gouvernement français pour faciliter le succès de ce projet. Il refusa de le faire.
 
Il ne fait pas de doute qu’une élite contrôle les principaux leviers du pouvoir aux Etats-Unis. C’est vrai dans la plupart des démocraties. C’est dans l’ordre naturel des choses. Platon l’a expliqué jadis. Encore faut-il savoir quelle est cette élite et quels sont ses objectifs.
 
La déstabilisation comme politique étrangère
N’ayant trouvé aucune arme de destruction massive, George W. Bush promit aux Iraquiens une démocratie vibrante. Quinze ans plus tard, elle n’est toujours pas au rendez-vous, et les Iraquiens vivent dans un pays dévasté. Les Libyens qui ont perdu le leader qui leur apportait le bien-être matériel à défaut de liberté, vivent dans un pays détruit et divisé. Les Syriens ont fait le choix de se rallier derrière leur "tyran sanguinaire" pour sauver leur pays. Le Yémen est dans une situation humanitaire catastrophique qui n’a d’égal que l’indifférence dont elle est l’objet en Occident. Nous voyons là l’illustration de la politique décrite par le général Wesley Clark dans son discours du 3 octobre 2007.
 
Les néoconservateurs sont d’une hypocrisie incroyable lorsqu’ils reprochent à tort aux Russes d’être intervenus dans l’élection présidentielle de 2016 alors qu’ils ont porté Boris Eltsine au pouvoir en 1996. Selon Dov Levin du Carnegie Mellon University les Etats-Unis seraient intervenus dans 81 élections nationales entre 1946 et 2000. Mais, selon Scott Shane du New York Times, ce serait pour la bonne cause ! Pas sûr que les victimes de ces interventions partagent son opinion.
 
Un fossé entre le peuple et ses élites
Les évènements de ces vingt-cinq dernières années ont creusé un fossé entre le peuple et ses élites dans les nations occidentales. Les Etats-Unis n’échappent pas à cette crise de la démocratie dont les causes sont profondes et difficiles à cerner. Pour autant, la division et la corruption semblent atteindre des sommets aux Etats-Unis. Ce n’est pas le sujet de cette note, mais un bref commentaire sur les principaux acteurs de Russiagate est révélateur.
 
Bill et Hillary Clinton, issus de milieux modestes, sont désormais à la tête d’une fortune évaluée à 120 millions de dollars et d’une fondation que certains évaluent à plus d’un milliard de dollars. Des soupçons de conflits d’intérêt entachent cette fondation. Hillary Clinton aurait utilisé sa position de Secrétaire d’Etat (ministre des affaires étrangères) pour obtenir des donations en échange de services diplomatiques. Le FBI enquêterait sur ces agissements. Hillary Clinton a monnayé au prix fort ses conférences auprès de Wall Street. Goldman Sachs lui aurait versé 675 000 dollars pour trois conférences. Cela fait désordre pour une candidate de la gauche.  
 
Après avoir espionné les fonctionnaires du sénat qui enquêtait sur la CIA, son patron, John Brennan, a nié le fait sur NBC, l’une des grandes chaînes américaines, avant de se rétracter suite à une déclaration de l’inspecteur général de l’agence. Le procureur spécial, Robert Mueller, ancien directeur de la CIA, vient d’être absous par la Cour suprême d’abus commis envers 700 étrangers suite à l’attaque du 11 septembre. La Cour a estimé que la sécurité nationale prévalait contre les libertés civiles. James Comey, autre ancien directeur de la CIA, s’imagine en Thomas Becket. Ses collègues l’appellent le "cardinal". Il ferait plus tôt penser à Olivier Cromwell. Un sondage révèle que 63 % des personnes interrogées ne font pas confiance aux agences de renseignement.
 
Le fossé entre le peuple et ses élites est flagrant à l’occasion de l’élection présidentielle. Environ 50 % des électeurs s’abstiennent. Le président étant élu avec un peu plus de 50 % des voix, il n’a le soutient que de 25 % des électeurs. L’élite qui gouverne les Etats-Unis n’a d’autre objectif que de maintenir et si possible accroître son pouvoir et sa richesse. Elle est protéiforme. Ses objectifs secondaires qui parfois s’opposent font qu’elle est sujette à des dissensions. Elle n’en a pas moins remarquablement réussi ces vingt-cinq dernières années. En pourcentage de la richesse nationale produite, ses revenus ont retrouvé leur niveau de 1929 après avoir subi une baisse considérable dans les années d’Après-guerre. L’inégalité croissance qui en résulte, particulièrement au niveau des "petits blancs", explique pour partie le succès de Donald Trump.
 
Les poupées de l’élite washingtonienne
Dans cet emboîtement de poupées russes, la plus petite et non la moindre est l’éviction de Bernie Sanders dans la course à la Maison Blanche par le Parti démocrate. La seconde est l’assassinat de Seth Rich qui fait suite au mystérieux décès de Shawn Lucas le jour où il devait déposer plainte pour fraude contre le Parti démocrate dans l’affaire Sanders. La troisième est la mise en accusation de Michael Flynn par des procédés douteux. La quatrième est l’intervention d’un citoyen des Etats-Unis auprès de la Russie pour le compte d’Israël. La cinquième et dernière est l’opération de désinformation mise en place par les agences de renseignement avec la complicité du personnel politique et des médias visant à faire de la Russie l’adversaire par excellence justifiant ainsi l’énorme budget du complexe militaro-industriel au nom d’une politique hégémonique insensée.
 
Le tout se résume à une conspiration – la conspiration d’une élite qui, en voulant consolider son pourvoir et ses avantages, détruit la nation à laquelle elle se félicite d’appartenir. Cela n’est pas sans rappeler les aristocrates de l’Ancien régime. La Révolution et les campagnes napoléoniennes firent suite à la royauté. Aux Etats-Unis, ce pourrait être la démocratie inversée du regretté Sheldon Wolin et Armageddon.
 
(1) Les deux premiers sont d’anciens directeurs de la CIA, le troisième est un spécialiste du contre-terrorisme.
(2) Directeur de l’Agence nationale du renseignement d’août 2010 à janvier 2017.
(3) La CIA, la NSA, le FBI et le Bureau du directeur de la National intelligence.
(4) Directeur de la CIA de mars 2013 à janvier 2017.
(5) Chris Hedges fut remercié pour avoir écrit un article sur le Moyen Orient qui ne correspondait pas à la ligne éditoriale du comité de rédaction du journal.
(6) Secrétaire d’Etat à la Défense de 2001 à 2005.
(7) Vice-président des Etats-Unis de 2001 à 2009.
(8) Ministre de la défense de 2001 à 2006.
(9) Cercle de réflexion dont les deux principaux animateurs sont William Kristol et Robert Kagan.

Envoyé par l'auteur, 15 avril 2018

Déclin annoncé des néoconservateurs

Publié dans De par le monde
Déclin annoncé des néoconservateurs
 
Renaud Girard a récemment annoncé le crépuscule des néoconservateurs. (1) Ce qui surprend, ce n’est pas tant son annonce que sa présentation de la pensée néoconservatrice. Elle serait un "messianisme démocratique". Si elle l’était, pourquoi serait-elle condamnée ? Non, hélas. Elle n’est ni messianique ni démocratique. Elle est brutale et destructrice. C’est ce qui la condamne.
 
Selon ses pères, Bill Kristol et Robert Kagan, "les buts moraux et les intérêts nationaux fondamentaux de l’Amérique sont presque toujours en harmonie". Cette vision du monde ne s’appuie pas sur la morale mais sur le rapport des forces en présence. Ce n’est pas un hasard si elle prit naissance après la chute de l’Union soviétique quand un monde bipolaire devint unipolaire pour un temps. Dans un document du Ministère de la défense de 1992 dont l’auteur est Paul Wolfowitz, il est écrit : "Notre objectif premier est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs, qui pose une menace du même ordre que celle posée par l’Union soviétique." Il n’y a rien de "moral" dans cet objectif qui est l’expression d’une vision hégémonique du monde.
La morale dont se prévalent Bill Kristol et Robert Kagan n’est qu’un faux-nez. Seule compte l’hégémonie américaine associée à la cause israélienne. D’où le souhait émis d’un nouveau Pearl Harbor dans "Projet pour un nouvel empire américain". Ce sera le "11 septembre". Cette analyse en apparence cynique que nous en faisons ne l’est que pour ceux qui ont oublié l’Opération Norwood qui prévoyait le massacre de plusieurs milliers d’Américains pour forcer la main du président Kennedy à Cuba, ou l’incident de la Baie du Tonkin qui entraînera les Etats-Unis dans une guerre aussi violente qu’inutile au Vietnam ou encore cette déclaration de Madeleine Albright selon laquelle la sécurité des Etats-Unis vaut bien la mort de 500 000 enfants irakiens. Faut-il aussi rappeler cette pitoyable performance de Colin Powell le 5 février 2003 aux Nations Unies destinée à convaincre le monde que Saddam Hussein dispose d’armes chimiques ? L’Irak sera envahi et détruit sans qu’il ne soit trouvé la moindre trace d’armes chimiques ce que les inspections de l’ONU, commencées en 1991 sous la direction du Suédois Hans Blix, avaient amplement démontré.
 
Les Etats-Unis sont un empire – un empire d’une violence extrême. La guerre de Corée en est l’exemple même. Constatant qu’ils ne pouvaient conquérir la Corée du nord, les dirigeants américains décidèrent de l’éradiquer. La même politique fut appliquée au Vietnam avec l’usage massif d’un herbicide, baptisé "Agent Orange", pour en cacher l’horreur. Cette barbarie est présente tout au long de l’histoire américaine… La distribution de chocolat aux populations par les "boys" à la fin de Seconde Guerre mondiale ne doit pas faire illusion. Elle est le fait d’actes spontanés de soldats étrangers à la violence du "système" qui les dirige.
Les guerres en Afghanistan et en Irak qui seront suivies de la destruction de la Libye, de la Syrie et du Yémen n’ont rien d’un "messianisme démocratique". Elles sont l’application d’une politique décidée bien avant le "11 septembre". Plusieurs documents en attestent dont : "Une nouvelle stratégie pour sécuriser le Royaume", de Richard Perle écrit en 1996 ou cette lettre adressée à Bill Clinton en janvier 1998 par Robert Kagan, William Kristol, Richard Perle, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Dans son discours du 3 octobre 2007, le général Clark, ancien commandant des forces de l’OTAn, apprend dix jours après le 11 septembre que le Pentagone prévoit la destruction de l’Irak, de la Syrie, du Liban, de la Libye, de la Somalie, du Soudan et de l’Iran. Constatant que le peuple américain n’est pas informé de cette politique, il n’hésitera pas à parler de "coup d’état". Dix ans plus tard, force est de constater que ce plan a été en partie réalisé.
 
Assistons-nous au crépuscule de cette politique néoconservatrice ? Sans doute. Ni la Russie, ni la Chine ne l’acceptent. Plus grave pour ses auteurs, elle aboutit aux résultats opposés à ceux recherchés. Ainsi, l’Irak est-elle désormais proche de l’Iran – un rapprochement qui oblige les Etats-Unis, sous la pression d’Israël, a envisagé un "changement de régime" dans ce pays. La violence appelle la violence sans que soit atteint le but fixé : le remplacement des Accords Sykes-Picot par la carte du colonel Ralph Peters. Ce dessein qui a failli réussir est sur le point d’échouer à moins d’un engagement direct des Etats-Unis en Syrie et en Iran. L’engagement en Syrie est impossible, sauf à envisager un affrontement avec la Russie, comme l’a rappelé le chef d’état-major Joseph Dunford lors de son audition au Sénat en février dernier. Un affrontement avec l’Iran ne l’est pas davantage puisqu’il remettrait en cause l’Accord signé par l’Iran, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. C’est inenvisageable à moins d’une erreur grossière de l’Iran que les Etats-Unis aimeraient provoquer, comme le laissent entendre leurs déclarations, sans espoir d’y parvenir car la ficelle est trop grosse pour que les Iraniens la saisissent.
 
La politique néoconservatrice est un désastre absolu, si l’on y ajoute son coût humain et financier. Elle met en cause la stabilité intérieure des Etats-Unis, comme l’a démontré l’élection de Donald Trump. Elle est donc condamnée. Pour autant, va-t-elle s’effacer dans un avenir proche, comme le laisse entendre Renaud Girard ? En dépit de ses échecs, elle demeure la pensée dominante à Washington, à preuve les nouvelles sanctions à l’égard de la Russie votées par le Congrès. Il faut s’attendre à de nouvelles crises. Les empires disparaissent rarement sans livrer un dernier combat.
(1) Figarovox, 17 juillet 2017.

Envoyé par l'auteur, 7 août 2017

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