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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Crise des subprimes… suite

Publié dans De par le monde
Janet Yellen face au boomerang de Ben Bernanke - Crise des subprimes… suite
 
On a beaucoup écrit sur l’assouplissement quantitatif initié par la Réserve fédérale en réponse à la crise des subprimes. Ce n’est rien d’autre qu’une politique monétaire laxiste poussée à son paroxysme. L’heure du bilan a sonné. Il est mitigé, si l’on s’en tient aux résultats obtenus à ce jour, mais inquiétant si on ausculte le futur. En déclenchant cette politique en novembre 2008, Ben Bernanke, alors gouverneur de la Réserve fédérale, a lancé un boomerang qui revient à la face de son successeur.
 
L’assouplissement quantitatif n’a pas donné les résultats espérés. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Dans les trois mois qui suivent l’éclatement de la crise des subprimes, la Réserve fédérale abaisse son taux directeur de 2 % à 0,125%. Le Congrès approuve une série de déficits budgétaires élevés. Mais, l’économie américaine ne réagit pas comme prévu. La croissance moyenne annuelle s’élève 1,3 % contre 3,1 % pour les deux cycles précédents de croissance. Il faut sept ans au chômage pour retrouver son taux d’avant la crise contre quatre ans pour le cycle précédent et deux ans et demi pour celui d’avant. Même constat pour l’inflation. Elle était de 3,8 % en 2008 et tombe en dessous de zéro en 2009. Elle remonte à 1,3 % en 2016 et atteint 1,6 % en juin 2017, toujours inférieur à l’objectif de 2 % que s’est fixée la Réserve fédérale.
 
Pourquoi l’assouplissement quantitatif n’a-t-il pas donné les résultats attendus ? Parce qu’il repose sur un postulat, parce que son objectif premier était de secourir les banques, parce que les banques n’ont pas joué le jeu et enfin parce que le consommateur a choisi de se désendetter.
 
En 2002, dans un discours devenu célèbre, le futur gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, affirme qu’une augmentation hors norme de la masse monétaire viendrait à bout de toute déflation. Il se réfère à une allégorie de Milton Friedman qui suggérait qu’un gouvernement confronté à une récession insurmontable distribue des coupures de 1.000 dollars du haut d’un hélicoptère pour relancer l’économie. C’est d’une certaine manière ce que fit Bernanke au lendemain de la faillite de Lehman Bros., point de départ de la crise des subprimes. Craignant une crise d’ampleur, il acheta pour 1.400 milliards de dollars d’actifs bancaires du 17 septembre au 17 décembre 2008, triplant le total du bilan de la banque centrale en trois mois – du jamais vu dans les annales de la finance ! Cette manne qui consolida les banques mises à mal par la crise, était aussi un encouragement à relancer la consommation par le crédit. Les banques préférèrent déposer les sommes reçues en échange de leurs actifs sur leur compte à la Réserve fédérale, "stérilisant" la politique de Ben Bernanke. Quant au consommateur qui avait cru les balivernes des banquiers sur les prix de l’immobilier qui monteraient au ciel, il choisit de se désendetter. L’assouplissement quantitatif a échoué parce qu’il s’attaquait aux symptômes et non à la racine du mal.
 
En revanche, il a produit son plein effet sur les marchés financiers. Le S&P qui s’élevait à 1.192 le 15 septembre 2008 – jour de la faillite de Lehman Bros. – perdit près de la moitié de sa valeur en six mois, atteignant son point le plus bas le 9 mars 2009 (672). La première tranche d’assouplissement quantitatif le ramena à son niveau de septembre 2008 en avril 2010 (1.186). Les deux tranches suivantes le firent monter régulièrement. Il atteint 2.440 en juillet 2017, soit deux fois son niveau d’avant la crise. Cette performance a de quoi inquiéter. Le potentiel de l’économie américaine ne la justifie en aucune manière. Son taux de croissance devrait tomber de 2,1 % en 2018 à 1,9 % en 2019 et 1,8 % en 2020, selon les prévisions du Fonds monétaire international. Prudente, cette prévision n’en est pas moins optimiste. La reprise est dans sa septième année – durée moyenne des reprises américaines. Les marchés financiers seraient-ils sujets à une "exubérance irrationnelle" ? Selon les calculs de Robert Shiller, prix Nobel d’économie et père de cette expression, le ratio du résultat net par action ramené au prix de l’action (price earning ratio ou P/E), lissé sur dix ans, a retrouvé son niveau de 1929. Le risque d’une nouvelle crise financière ne peut donc être écarté.
 
Ce présage n’a pas échappé à la Réserve fédérale. Il a conduit Janet Yellen qui a remplacé Ben Bernanke en février 2014, a relevé le taux directeur par touches successives pour l’amener dans une fourchette de 1 % à 1,25 % le 15 juin 2017. Cette politique prudente s’explique par la vulnérabilité de l’économie américaine. Mais ce ne sont pas les taux à court terme qui importent, ce sont les taux à long terme que Janet Yellen ne contrôle pas. Le financement de l’économie américaine a connu une période exceptionnelle de 1980 à 2016, contredisant la loi fondamentale de l’offre et de la demande. Les taux d’intérêt à long terme des bons du Trésor ont régulièrement baissé alors que l’endettement public augmentait. Cette conjonction inédite tenait à l’apport des capitaux étrangers. Depuis 2015, cet apport s’est réduit à la marge, laissant aux investisseurs américains le soin de combler le vide. Les taux d’intérêt à long terme remontent, redonnant à la loi fondamentale toute sa légitimité. Cette hausse va se poursuivre puisqu’il est prévu que la dette fédérale augmente. Cette augmentation va entraîner l’économie américaine dans un cercle vicieux de décroissance.
 
Ainsi, l’assouplissement quantitatif présenté comme la solution miracle aux problèmes de l’économie américaine se révèle-t-il être un leurre. Il a pris la forme d’un boomerang qui s’apprête à frapper Janet Yellen en retour. Faut-il s’étonner alors qu’elle n’ait pas répondu à la question du sénateur John Kennedy* qui, lors de l’audition du 13 juillet, lui demanda si elle accepterait un second mandat en février 2018.  
 
*Aucun lien de famille avec le président John Kennedy

Envoyé par l'auteur, 30 juillet 2017

La France dans le déni

Publié dans Du côté des élites
La France dans le déni
 
"La critique est aisée mais l’art est difficile". Cet aphorisme de La Bruyère est certainement présent à l’esprit d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe quand ils entendent ou lisent les commentaires de leurs adversaires. Si le moraliste nous met en garde contre un usage abusif de la critique, il ne l’interdit pas. Profitant de cette liberté, tout en étant conscient de la tâche difficile à laquelle notre Président et son Premier ministre sont confrontés, nous analysons leurs discours respectifs. Force est d’admettre qu’ils sont décevants.
 
Celui d’Emmanuel Macron est un exercice de rhétorique tel que Sciences Po et l’ENA l’enseignent. On est tenté de reprendre la réplique de Ronald Reagan face à son adversaire Walter Mondale en 1984 : "where is the beef ?". Amender les institutions de la 5ème République, comme le Président le propose et comme beaucoup le souhaitent, n’est pas la priorité. Depuis la Révolution française, la France a eu vingt-et-une constitutions... dont certaines n’ont jamais eu d’existence réelle ! Elles n’ont empêché ni la défaite de Sedan ni la victoire de 1918.
 
Le discours d’Edouard Philippe est plus décevant encore. Il nous détaille un inventaire à la Prévert : taxe d’habitation, prix du paquet de cigarettes, déserts médicaux, vaccins obligatoires, remboursement des lunettes, etc. L’étonnement le dispute à la déception. Notre Premier ministre n’aurait-il pas lu les rapports Attali, Gallois, Pisani-Ferry Enderlein ou ceux de la Cour des comptes, de la Commission européenne, de l’OCDE et du Fonds monétaire international ? Son objectif prioritaire se limite à ramener le déficit budgétaire sous la barre des 3% pour satisfaire aux exigences de Bruxelles.
 
Selon le souhait du Président, il espère ainsi être en mesure de négocier avec l’Allemagne la création d’un ministère économique européen qui serait le pendant de la Banque centrale européenne – vieux rêve français qui vise à faire porter par les Allemands le coût de notre impéritie. Hélas, ils ne sont pas dupes. Non seulement ils ne le sont pas, mais ils sont d’excellents négociateurs en faisant de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom. Le traitement du solde de la balance des transactions courantes en fournit un excellent exemple. Alors que son déficit est limité à 4 % du produit intérieur brut, son excédent peut atteindre 6 %. Cette différence de traitement autorise une politique commerciale allemande outrageusement mercantile.
Ces limites de 4 % et 6 % sont arbitraires. Elles ne reposent sur aucune base rationnelle. Il en va de même du 3 %. Or, si la France est en contravention de ses engagements bruxellois avec un déficit budgétaire de 3,7 %, l’Allemagne l’est tout autant avec un excédent commercial de 8,5 % !
 
Comme le montrent les études mentionnées ci-dessus, la France a deux priorités : la réduction de son coût de fonctionnement et la compétitivité de ses entreprises. Au-delà de ces deux priorités, l’objectif du gouvernement doit être d’abaisser la limite de l’excédent commercial de 6 à 4 % afin d’obliger l’Allemagne à adopter une politique de relance qui profiterait à la France et à la zone euro.
nvoyé par l'auteur, 10 juillet 2017

L’Empire excède-t-il ... ?

Publié dans De par le monde
L’Empire excède-t-il ses limites ?
 
Donald Trump est un électron libre qui n’a pas sa place à la Maison Blanche. Ceci dit, il est l’élu du peuple américain, comme en a décidé le Collège électoral. Alors, pourquoi cette campagne de dénigrements et d’accusations sans précédent dans l’histoire américaine ? Parce qu’il conteste la politique hégémonique des Etats-Unis. Il considère qu’elle affaiblit le pays plus qu’elle ne le conforte.
L’extension d’un empire ne se justifie que dans la mesure où les profits qu’il en retire excèdent les coûts. Dans le cas des Etats-Unis, bien qu’il soit impossible d’en faire un bilan exact, le résultat ne semble pas conforme à la règle. Les coûts sont supérieurs aux profits, à preuve le déficit budgétaire, le déficit de la balance commerciale, le déficit de la balance des paiements, l’endettement extérieur croissant, etc. qui affaiblissent l’économie américaine.
 
Intéressons-nous au déficit budgétaire. Il est dû au budget hors norme de la défense. Officiellement, il s’élève à 615 milliards de dollars pour l’exercice 2017-18. Officieusement, il excède 1.100 milliards de dollars, si l’on inclue le coût des services secrets et des anciens combattants, soit le quart des dépenses totales. Si l’on s’en tient au chiffre officiel de 615 milliards, il faut additionner les budgets de sept nations pour atteindre un chiffre équivalent (Chine, Russie, Arabie saoudite, France, Grande-Bretagne, Inde et Allemagne).
Le déficit budgétaire, par l’endettement à l’étranger qu’il engendre, menace le dollar. Or celui-ci est l’un des piliers de la puissance américaine. New York est le centre financier mondial depuis 1945. Deux-tiers des réserves mondiales sont libellées en dollars entreposés à la Réserve fédérale. L’essentiel des transactions commerciales se font en dollar et transitent in fine par la Réserve fédérale. Il en va de même des emprunts internationaux. Cela confère un pouvoir considérable aux Etats-Unis. Ainsi, en réponse à la prise d’otages de 1981, le gouvernement américain a-t-il gelé les avoirs financiers iraniens.
 
Ce pouvoir repose sur la confiance que le reste du monde place dans le dollar. Cette confiance est basée sur la gestion de l’économie américaine. Or, cette gestion est menacée par la dette extérieure. Trump veut se désengager d’accords négociés dans le passé qu’il considère coûteux afin de maintenir la confiance dans le dollar. Sa dépréciation brutale sonnerait le glas pour l’Empire.
A noter que dans son évaluation de l’économie américaine, Trump ne tient pas compte de la désastreuse gestion de la crise des subprimes par les présidents Bush et Obama – gestion qui a fortement accru la dette publique. Compte tenu du nombre d’anciens membres de Wall Street dans son cabinet, il est douteux qu’il en fasse état un jour.
 
Quoiqu’il en soit, sa politique s’oppose à celle des néoconservateurs et des néolibéraux qui entendent poursuivre la politique hégémonique, adoptée à la suite de la chute de l’Empire soviétique, convaincus qu’ils sont qu’elle est dans la destinée des Etats-Unis et qu’elle se révèlera payante à terme. Il ne s’agit donc pas de savoir si Jared Kushner, le gendre de Trump, a rencontré un diplomate russe à Moscou ou à Washington mais quelle sera la politique étrangère des Etats-Unis à l’avenir. L’enjeu est considérable. En cas d’impasse le conflit peut déboucher sur une crise constitutionnelle, voire une révolution.

7 juin 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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