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Mai 68, un film de série "B"

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Mai 68, un film de série "B"
 

Le cri du coeur de notre ami Yves Meaudre, en prise au quotidien avec la réalité du grand monde, à des années lumière des minauderies réchauffées de quelques "maîtres à penser" du microcosme et des nostalgies pathétiques d'un certain journalisme, ce cri du coeur que je viens de lire à retardement dans mon "exil" du Nordeste brésilien, combien nous le comprenons et combien il est loin de nous scandaliser !

J'avais aussi dix-sept ans en 1968 et, dans notre campagne reculée, nos parents avaient jugé bon de nous tenir à l'écart des évènements. Nous avons passé le mois à découvrir les sites mariaux oubliés sur les chemins de randonnée des montagnes du Forez. Résistance non militante, même combat cependant, au moins dans l'esprit …
Mais, entre nous, avez-vous trouvé que cette commémoration de Mai 68 a eu le retentissement  que l'on nous avait annoncé ? 
Vu de la province et a fortiori de l'étranger, tout a semblé comme si nos héros d'une "H"istoire qu'ils font et refont coûte que coûte, dans le confort de leur admiration mutuelle, au mieux à l'aune de leurs illusions, en avaient été plutôt pour leurs frais.
C'est qu'une révolution - soit dit en passant, pour être nommé ainsi, le phénomène physique requiert d'effectuer 360°, et non pas seulement 180 comme sembleraient le croire la plupart des révolutionnaires qui s'en vont mettre le monde à l'envers. De la sorte, une fois le cycle accompli, il y a de grandes chances pour se retrouver au même point … A la dérive près, si l'on peut s'autoriser cette image aéromaritime, une dérive qui pourrait être une redistribution des privilèges, par exemple ! -   c'est qu'une vraie révolution, donc, on n'en ressort pas avec seulement quelques petits bobos ! On ne la fait pas, non plus, " avec des gens qui bouffent trois fois par jour " comme l'avait résumé, à sa façon, Michel Audiard auquel on voulait faire dire qu'il avait eu peur des dangereux révolutionnaires de 1968.
Dans le fond, ce Mai 68, on le rapprocherait bien de cette confidence qu'un diplomate brésilien me faisait récemment. Il avait joyeusement participé aux troubles des années soixante dans son pays, lesquels avaient fini par amener les militaires au pouvoir pour une vingtaine d'années. Exilé pendant plusieurs décennies, il a été réhabilité, depuis, par le Président Lula. Aujourd'hui, il juge, en substance, les évènements de sa jeunesse : "nous étions tous des acteurs de série B, y compris ceux qui ne voulaient pas vraiment du pouvoir mais qui y sont restés quand ils ont compris le profit matériel qu'ils pourraient en tirer".
Dans le monde libre - où l'on pouvait s'amuser - c'était les années Guevara, de ces soubresauts sans fin d'une sorte de marxisme romantique, orchestré pour masquer les échos grandissant du goulag et relayé par une jeunesse souvent dorée, tenante d'une gauche surtout disposée à partager ce qu'il y avait dans l'assiette des autres. Elle savait pertinemment qu'elle avait tort avec Sartre. Elle est allée dans le sens de la ravine comme toutes les eaux sans destin. Elle voulait, tout vulgairement, jouir de tout ce que proposent les marchands. Elle a même joué avec les espoirs légitimes de ceux qui croyaient sincèrement au "grand soir". Ainsi, elle aura trahi jusque dans son camp.

Mais le parallèle brésilien s'arrête là. En effet, si le président Lula dont les convictions personnelles relèvent plutôt d'un catholicisme proche de la théologie de la libération, s'est débarrassé peu à peu des représentants de l'aile d'inspiration marxiste de son parti (surpris la main dans le sac, pour bien d'entre eux !), en revanche, en France où l'échec ne tue pas, nos héros de série B ont encore voix de rengaine à quelque chapitre essoufflé.
Ils nous ressassent que depuis ce fol mois de Mai, plus rien ne serait comme avant. Mais au bilan, à les entendre, on en revient toujours à cette fameuse libération des "élèves de cinquième". Ah, la belle affaire ! C'est vrai qu'elles paraissaient tellement soumises, les jeunes femmes de la Belle Epoque, accoudées au bastingage en croisière sur le Nil ! Et la littérature de la plupart de nos académiciens à succès de la première partie du XX ème siècle, elle n'était que fiction ? Et "le Chemin des Ecoliers" de l'entre deux guerres ou des années 50, était-il plus triste que le regard vide de bien de nos adolescents d'aujourd'hui, qui ont déjà tout connu ? 
Oui, les dégâts sont là, dans toute leur désolation … Mais Dieu nous garde de nous laisser prendre au jeu d'une quelconque morale, car ce sont eux qui en font ! S'ils se sentent si libérés, en effet, pourquoi ont-ils tant besoin que le Vatican leur donne le coup de goupillon, en abondant dans le sens de leurs revendications chimique et plastique ?
Non, nous ne sommes pas condamnés à la série B !
Dans le grand monde, on rencontre de plus en plus de jeunes Français en voyage (pas en tourisme !). Ils viennent voir, ils restent parfois quelques temps si le pays leur plaît ou s'il se dérobe à leur désir de comprendre. Ils n'ont pas toujours des idées toutes faites. Justement, c'est pour s'en faire des idées que, consciemment ou non, ils ont pris leur sac à dos ! Ils viennent respirer quelques temps loin des sollicitations des marchands et n'ont pas vraiment l'allure de "fashion victims". Ils n'entendent pas grand-chose aux sornettes ringardes de nos révolutionnaires de pacotille. Ils reviendront sûrement au pays un jour. Ils retrouveront ceux qui n'auront pas, non plus, passé leur temps en nuts-coca devant la télé.  Ils ne sont pas nombreux, direz-vous ? C'est le propre du levain, il est toujours bien mince au regard de la masse qu'il lui faut faire bouger. Et ça, c'est chimique ! Imparable.

GEVIGNEY de  Hubert

Né le 9 septembre 1951
Marié – 5 enfants


Officier de marine, Contre amiral


Engagé volontaire au sein des équipages de la flotte (1970)
Officier stagiaire à l’école commando (1984-1985)
Ecole supérieure de guerre navale brésilienne (Rio de Janeiro) (1993-1995)
 
Officier en troisième puis en second du patrouilleur La Lorientaise (Polynésie Française) (1979-1981)
Officier en second du dragueur océanique Ouistreham (Océan Indien) (1981-1982)
Commandant du bâtiment école Guépard (1982-1984) 
Officier en second du commando Jaubert (1985-1987)
Commandant en second de l’aviso-escorteur Cdt Bory (guerre Irak-Iran) (1987-1988)
Commandant le commando Jaubert (1988-1990)
Directeur de l’enseignement de l’école des fusiliers marins (1990-1992)
Commandant la base navale française de Dakar (Sénégal) (1992-1993)
Commandant en second de la frégate Latouche-Tréville (Océan Indien) (1995-1997)
Chef du service intérieur du porte-avions Charles-De-Gaulle (1996-1997)
Commandant du bâtiment de transport spécial Bougainville (Océan Pacifique) (1997-1999)
Officier détaché à Rio de Janeiro (transfert du porte-avions Foch à la marine brésilienne) (2000)
Chef d’état-major de la force des fusiliers marins et commandos (2000-2001) 
Attaché naval près l’ambassade de France à Brasilia (2001-2004)
Attaché de défense près l’ambassade de France à Lisbonne (2004-2007)
Contre-amiral (2008)

Ouvrages
Dans les bars des bouts du monde (2010)- Zéraq, la mer sur le vif (2011)- Aux passantes des bouts du monde (2012)- Sorties de table (2012)- Sur le coffre de l'Homme Mort (2013)- Bras de fer à Moruroa (2013)- La diva, le président et autres face-à-face (2014)

Distinctions
Officier de la Légion d’honneur
Croix de la Valeur militaire

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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